La Lanterne (politique, sujets de société)

18 mai, 2012

« Z comme Zemmour » – Les écolos aiment… la soupe ! »

Classé dans : Politique — llanterne @ 18:21

Au micro de RTL, dans leur allocution matinale, les chroniqueurs Eric Zemmour et Vincent Parizot sont revenus récemment sur la composition du gouvernement, et soulignant en particulier, cet appétit ministériel des verts, qui s’est manifesté dès lundi, au lendemain de la victoire de François Hollande. Même bio, la soupe reste la soupe. Les verts l’ont prouvé, une fois encore, en se précipitant dans la course aux maroquins, sans la moindre décence. Cécile Duflot a très vite annoncé qu’elle démissionnait de ses fonctions de chef du parti, pour se consacrer à ses nouvelles fonctions ministérielles, le sénateur vert Jean-Vincent Placé voulait changer de lambris et même Eva Joly, du haut de ses 2,3 % de voix à la présidentielle, s’est senti en droit d’exiger un poste de ministre délégué ou un titre à la Martin Hisrch de haut commissaire chargé de la lutte contre la délinquance financière (cela dit pourquoi pas), ou de la lutte contre la corruption. Bon appétit Mesdames et Monsieur… Pourtant les verts ne sont pas interdits d’ambition, même l’arrivisme du parvenu, leur ait autorisé. C’est le contraste avec les leçons de morale, qu’ils nous dispensent, qui est cruel pour eux…  

 

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11 mai, 2012

Le phénomène Mélenchon, suite et fin ?

Classé dans : Politique — llanterne @ 19:05

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Il conviendrait, à l’issue de cette élection de revenir brièvement, sur l’une des surprises de cette élection, la 4e place de Jean-Luc Mélenchon, avec environ 11,1 % des voix. Mais cela dit, pour le candidat que l’on annonçait autour des 15 %, voire même devant Marine Le Pen – l’autre grande figure populiste du 1er tour, dans le rôle du père en 2002 -, la retombée est plutôt dure. Il a d’ailleurs du mal à le digérer, et on le comprend. Son talent exceptionnel en aura légitimement fait la vedette de cette campagne du 1er tour. Et il se trouve ainsi fort mal récompensé. Il est vrai, qu’il avait un peu fini, par se laisser étourdir par les sondages, pris un certain temps, par un succès militant le dépassant, qui le faisait grimper, comme un cycliste dopé dans une étape de montagne.

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Il s’était mis à rêver qu’il battrait Marine Le Pen. Elle l’a écrasé. « Front contre front », plastronnait-il. Mais c’est le sien qui a cédé, même si sa candidature, aura « peut-être » légèrement grignoté, émietté (d’1 à 2-3 % ?), la base électorale de sa grande rivale. Mélenchon était le candidat autoproclamé de la classe ouvrière ; mais elle est éclatée, et les ouvriers n’ont pas voté pour lui. Son offensive musclée contre le Front national, ne lui a pas rapporté d’électeurs ; mais l’a également rapproché, de « ces gens parfumés », comme il dit, et qu’il déteste, ces « bo-bos » libéraux, ou voire même de Laurence Parizot, la patronne du Medef. Paradoxalement, elle l’a banalisé, rendu conformiste. Il fut le tribun de la République, plus que le tribun du peuple. Son discours de Marseille et son ode au métissage, adressé à « ses frères du Maghreb » – petit-fils de pieds-noirs, né à Tanger, où il passa son enfance -, a été également, dans une approche idéologique, le début de sa dégringolade dans les sondages.

En l’ignorant, en partie, l’électorat populaire lui a signifié, qu’on ne pouvait pas à la fois tenir un discours ouvriériste et un discours anti-raciste de gauche, à la « Touche pas à mon pote ». Parler comme feu Georges Marchais, et parler comme SOS Racisme. On est l’avocat du peuple, ou celui des « bo-bos ». Dans une approche électorale populiste, on ne peut être à la fois le candidat de la France rurale et péri-urbaine, qui souffre réellement de la mondialisation et de l’immigration, et le candidat des habitants des grandes métropoles, qui sont intégrés à cette mondialisation. Le front de classe des vieux marxistes, ou la nouvelle alliance des femmes et des enfants de l’immigration, chère à Terra Nova. Mélenchon n’a finalement eu, ni l’un, ni l’autre. « Qui embrasse trop, mal étreint ». Oui, Mélenchon, s’est avéré le champion d’une classe moyenne intégrée, avec ses plus de 11 %, plutôt masculine et diplômée, fonctionnaire ou cadre moyen, qui ne supporte plus l’arrogance des nouvelles aristocraties financières.

C’est le paradoxe Mélenchon. Géographiquement, il n’hérite même pas des anciennes places fortes du PCF, au nord ou à l’est de la France. Il réalise ses meilleurs scores, dans le grand Ouest ou au Sud-Ouest, comme les socialistes de François Hollande. Leurs électorats des deux candidats sont indifférenciés, géographiquement, sociologiquement du socialiste. Il est son brillant second, il l’accompagne, sans le savoir. Il recueille des électeurs socialistes, qui jugent qu’Hollande n’est pas assez à gauche. En 2002, Lionel Jospin avait des rivaux autrement plus dangereux. Olivier Besancenot et Arlette Laguiller, lui reprochaient d’avoir capitulé devant le capitalisme, Chevènement d’avoir bradé la France, sur l’autel de l’Europe. A eux trois, ils totalisèrent plus que Jospin, au 1er tour de 2002. Ce n’est pas le cas de Mélenchon, avec Hollande. Il permet seulement au total gauche, d’être plus élevé qu’en 2007. Mais toujours moins qu’en 1981, qu’en 88. Il était donc contraint d’appeler sans condition, à voter contre Sarkozy. Ces électeurs l’auraient fait sans demander leur autorisation. Il est leur chef. Mais en réalité, cet électorat ne lui appartient pas, alors il les suit.

                                                                                                                                                                    J. D.

L’heure des faux semblants

Classé dans : Politique — llanterne @ 16:57

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La scène de mardi matin, à l’Arc de triomphe, mérite un bref détour, à savoir celle du président élu François Hollande et Nicolas Sarkozy – quittant l’Elysée -, ayant déposé ensemble une gerbe sur la tombe du Soldat inconnu, pour la cérémonie du 8 Mai. François Hollande a ainsi répondu à l’invitation du président sortant, battu dimanche dernier, à assister à ses côtés à la commémoration nationale. Les deux hommes se sont salués, juste avant le début de la cérémonie, ont déposé la gerbe et rallumé la flamme sur la tombe, avant d’écouter, côte-à-côte, la Marseillaise, puis le Chant des partisans. Le chef de l’Etat sortant, à son arrivée, avait passé les troupes en revue. Il avait auparavant déposé une gerbe devant la statue du général de Gaulle sur les Champs-Elysées. L’image des deux adversaires réunis pour l’occasion est inédite. « Deux présidents pour le prix d’un, nous n’avions jamais vu cela ».

Le 8 mai 1995, Mitterrand finissant y avait bien convié Chirac, à peine élu, mais ce-dernier était demeuré trois pas derrière lui. François Mitterrand était un monarque républicain, qui ne partageait pas sa souveraineté. Mais Sarkozy n’est pas Mitterrand, plus égalitaire, plus décontracté, plus américain, plus démocrate, plus républicain. Après la cérémonie, François Hollande n’a pas manqué de déclarer que l’image « du rassemblement devait se faire ». « Président encore en exercice, président élu qui va prendre ses responsabilités le 15 mai, nous devions être l’un et l’autre présents à cette cérémonie », a-t-il ajouté, pendant que Nicolas Sarkozy serrait des mains dans la foule. « L’un et l’autre nous devions être ici unis pour rendre hommage à toutes celles et à tous ceux qui sont tombés pour la France », a insisté le vainqueur du second tour. Et décidemment, Nicolas Sarkozy ne parviendra jamais à devenir un monarque à la française, retenu, froid, distant. Pendant cinq ans, le pays dans ses profondeurs lui en a fait grief. Après un long moment de fascination, les médias finirent aussi par le lui reprocher. Bien que l’on puisse cependant saluer, en se plaçant sous un autre point de vue, son pragmatisme et son intelligence – certaine, bien que relativement stérile -, il est vrai également, qu’après avoir fait rouler la couronne à ses pieds, il devient difficile de la recoiffer ensuite. « La désacralisation, voilà l’ennemi ».

Mais tout se renverse depuis sa défaite. Son discours de vaincu, dimanche soir, « pourtant plein de pathos sentimental », et à la tonalité que j’ai trouvé assez fausse, est cependant apparue comme digne et respectueux de son vainqueur et de la démocratie. Hier, tout le monde vantait sa générosité, sa loyauté, sa dignité. « Erreur hier, vérité aujourd’hui ». Avec les mêmes qualités, et les mêmes défauts, il réussit sa sortie, là où il avait manqué son entrée : Fouquet’s, escapade avec Bolloré en bateau, footing dans le bois de Boulogne, la trilogie maudite est enfin effacée, du moins mise entre parenthèses le temps de la sortie. Les médias vomissaient sa campagne à droite, mais bien qu’elle lui aura cependant permis, selon toute vraisemblance, sa sortie digne, en creusant l’écart et en évitant l’humiliation électorale. Ils louent désormais sa dignité dans la défaite, sa logique rassembleuse, soucieuse de la paix civile et de la réconciliation des deux camps, qui s’étaient affrontés, ceux-là même qui le fustigeaient encore, il y a peu. Mais n’était-ce pas déjà ce même souci de rassemblement, et de réconciliation, qui l’avait conduit à sa politique d’ouverture, qui s’est quand même résumée à quelques individualités, mais peut-être l’une de ses erreurs politiques majeures.

Cela dit sur le fond, on lui a tout de même reproché d’être clivant, d’avoir une vision disons, assez manichéenne de la France. On a accusé le président sortant, contrairement à Chirac – mauvais rassembleur -, d’avoir monté les Français les uns contre les autres, les jeunes contre les vieux, les salariés du privé contre ceux du public, les fonctionnaires, les Français de souche contre les étrangers, mais cela dit en passant, se contentant seulement parfois – non sans arrière-pensée électoraliste -, de dire le réel, en montrant une société plus divisée, disparate, plus antagoniste qu’elle ne l’aura jamais été. On le glorifie désormais de placer, traiter son adversaire en égal, presque en ami. « Il met seulement la poussière sous le tapis, le temps d’une journée solennelle ». La France a la nostalgie de l’Union nationale. Mais Bayrou en sait quelque chose, elle ne vote pas pour elle. Sarkozy et Hollande sont côte à côte, et on les applaudit. Comme hier, où ils furent côte à côte, à la une de Paris Match, afin de défendre le oui au référendum de 2005. Et où ils furent agonis d’injures. Ces images consensuelles, pleines de connivence, rappelleront très vite, dès que les premières difficultés apparaîtront, que les passions politiques renaitront, la collusion des deux grands partis, le fameux UMPS, cher à Marine Le Pen.

En effet, tout cela reviendra vite, dès la rentrée estivale, bien que pour l’instant – mais pour l’instant seulement – tout reste encore en suspens, en apesanteur, entre parenthèses. Mais cela, grâce aussi à Sarkozy, toujours sous tension durant les cinq ans de son mandat, mais aussi durant les trente ans de sa vie politique. Un Nicolas Sarkozy qui paraît, en réalité, apaisé par sa défaite. « Soulagé, décontracté, libéré »

                                                                                                                                                              J. D.

10 mai, 2012

L’UMP expulsée des grandes villes

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 22:55

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A peine sortie de la présidentielle, que l’on est déjà dans les législatives du mois prochain. Pour l’UMP, aucun accord avec le Front national. Bien que la nouvelle n’ait pas ému les foules, Alain Juppé ne sera pas candidat aux législatives à Bordeaux. Mais il ne sera pas le seul cacique de droite – l’ancien premier ministre « droit dans ses bottes », avant tout homme de cour revenu d’exil, bon adepte de Baltazar Gracian -, qui ne retrouvera pas les bans de l’Assemblée, à la rentrée. Il a beau découvrir les méfaits, sur le tard, du cumul des mandats, personne n’est dupe.

François Hollande a obtenu près de 60 % des voix, dans sa bonne ville de Bordeaux, au second tour. Comme dans toutes les grandes métropoles, à l’exception de Nice, Toulon ou Avignon, la gauche a percé au 1er tour et a écrasé la droite au second. La droite a été expulsée des grandes villes, la gauche y règne en maître. Ce sont les affres de la mondialisation, qui auront créé une nouvelle sociologie urbaine, les grandes villes étant désormais habitées, à l’exception de quelques quartiers, où est confiné la bourgeoisie traditionnelle, de « bo-bos » et d’immigrés, « les très aisés et les très aidés », pour reprendre l’expression de Monsieur Zemmour. Hollande a fait le plein dans les grandes villes, dans les banlieues, dans les DOM-TOM. Toutes ces métropoles sont désormais interdites à la droite, et encore plus à l’extrême-droite.

Pour se faire élire à l’assemblée nationale, les candidats UMP se voient priés de se diriger vers les zones rurales, le péri-urbain, où la droite sarkozyste a fait le meilleur score. Mais le Front national y fait également des cartons. C’est même l’anti-sarkozysme persistant, qui a permis à Hollande, au second tour seulement, de redevenir le candidat préféré de certaines classes populaires, ouvrières. Mais c’est surtout une hausse massive du vote blanc, qui aura desservi le président sortant, l’empêchant de créer la surprise au deuxième tour. Pour les législatives, cette nouvelle géographie et sociologie électorale pose un énorme problème aux dirigeants de l’UMP, à commencer par le courant centriste, arc-bouté sur ses principes et ses valeurs, ses convictions républicaines intransigeantes, de Raffarin à Villepin. D’ailleurs, 70 % des électeurs UMP sont favorables à des accords avec le FN, selon les sondages.

Donc, un chiffre qui fragilise beaucoup les positions de certains élus de l’UMP. Et qui met en danger de mort, un François Bayrou, qui se retrouve pris en étau à Pau, pour les législatives, « entre une droite revancharde et une gauche dominatrice », qui aura vu nombre de ses électeurs se rabattre sur Sarkozy au second tour. On comprend mieux pourquoi Juppé, a préféré se consacrer à sa bonne ville de Bordeaux, et qu’il risque d’ailleurs de perdre aux prochaines municipales.

                                                                                                                      J. D.

Les clés de la défaite de Sarkozy

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 22:51

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Hier soir, à vingt heures, c’était la chronique d’une défaite annoncée, depuis des jours et des jours, depuis des mois même. La défaite de Nicolas Sarkozy était écrite, inévitable, inéluctable. Elle n’a jamais fait l’ombre d’un doute, sauf pour ceux qui ne voyaient pas la réalité en face. Fruit à la fois de la crise de 2008, qui a balayé tous les sortants européens, mais aussi de son discrédit personnel, de ces manières, son style, ses inconstances et ses incohérences.

La question qui restait en suspens, n’était donc pas celle de la victoire et de la défaite, mais celle de l’ampleur de cette défaite. Surtout cette campagne a suscité beaucoup de polémiques, de sarcasmes, surtout pour les belles âmes de la droite et du centre, « campagne qui courait après le Front national », comme on l’a dit, décrié de Villepin à Bayrou, ou de Juppé à Raffarin dont le silence fut parlant. Les chiffres leurs répondent, la mobilisation du peuple de droite, a incontestablement payé, car Sarkozy a fini à 48 %. Il pourra longtemps regretter de n’être pas parti plus tôt en campagne, mais il pourra surtout regretter de n’avoir pas tenu les promesses faites en 2007, à l’électorat populaire qui avait misé sur lui.

Il avait ainsi siphonné les voix du Front national, en parlant de laïcité, d’immigration, de patriotisme, de protectionnisme et de frontières, de chômage, leur donnant une porte de sortie gouvernementale, sans outrance verbale, mais aussi sans faiblesse. Sarkozy n’a pas respecté ses promesses, c’est la clef évidente de sa défaite, la campagne Buisson ne pouvait combler cinq ans de renoncements, d’incohérences, voire de trahisons. Pourtant, son discours de 2012 sur la frontière en a séduit plus d’un. Sarkozy laisse son parti avec un nouveau discours, mais qui déplaît fortement à certains. Les centristes et les modérés se sont tus, et en échange, ils voudront reprendre en main la situation.

On ne sait ce que fera la droite populaire, le seul courant en phase avec l’esprit de la campagne sarkozyste. On ne sait ce que réalisera le Front national aux législatives. On ne sait si des élus de droite, accepteront de composer, de dialoguer avec le Front national comme le dit Gérard Longuet. Comme, on ne sait si l’unité de l’UMP y résistera.

                                                                                                                 J. D.

6 mai, 2012

Sarkozy, dans les pas de VGE

Classé dans : Politique — llanterne @ 17:33

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Revenons sur ce 1er tour, à un cheveu des résultats du second, sur ces enseignements probables. A plusieurs reprises, ont été évoqués les points communs entre Nicolas Sarkozy et Valéry Giscard d’Estaing. Et au lendemain du 1er tour, en tout cas, après des sondages concordant favorables à François Hollande, alors que Nicolas Sarkozy s’est vu légèrement distancée dans les urnes (à 27,3 % contre 28,3 % pour Hollande), on se dit ainsi que la comparaison de leurs actions pourrait déboucher sur un destin commun.

Dans un parallèle intéressant à établir, à plusieurs reprises, auront été évoqués les points communs entre Sarkozy et Giscard. Et au lendemain du 1er tour, après des sondages concordant, favorables à François Hollande, la comparaison deviendrait de plus en plus valable… En tout cas cela se jouera, au second tour, certainement dans un mouchoir de poche. Ca ne sera vraisemblablement pas du 45 % / 55 %, comme l’avait prévu les sondages. Et il paraît certain que Nicolas Sarkozy tentera – vaille que vaille – de conjurer la malédiction Giscard. Jusqu’au bout, il songera qu’ils n’ont rien à voir – la comparaison étant souvent reprise par la presse -, pas la même allure, pas la même personnalité, pas le même monde (ce qui est certain). Jusqu’au bout, il se dira que sa campagne fut beaucoup plus combattive, que ne le fut celle de son illustre prédécesseur, confiné dans ses hautaines certitudes. Pourtant lui aussi, aura joué son va-tout, un brin désespéré, sur le débat de l’entre-deux-tours. Sarkozy aura même été – ironie du sort – jusqu’à reprendre, un des slogans de campagne de Giscard, « Une France forte ». Pour finir comme il avait commencé, sous les auspices giscardiennes de la jeunesse, les deux seuls quinquagénaires de l’histoire de la République à l’Elysée. Giscard descendait les Champs-Elysées à pied, quand Sarkozy faisait la fête au Fouquet’s. Photographié en famille, Sarkozy a même fait un enfant à l’Elysée. On appelait l’un VGE, l’autre Sarkozy.

Dans une autre approche sémantique, c’est aussi l’ère des sigles, des abréviations, du mythe américain aussi en quelque sorte, dans une désacralisation du monarque républicain. Mais cependant, aucun des deux hommes n’a compris et assimilé, détail important, que les Américains avaient aussi Dieu au-dessus de leur tête. Alors que nous, Français, n’avons de sacré que notre République. Giscard se rêvait en Kennedy, Sarkozy aura promis à Cécilia, puis à Carla, qu’elle serait sa Jackie. Giscard prenait des bains dans une piscine avec Gerald Ford, Sarkozy mangeait des hot-dogs avec George Bush. « Giscard s’était rabiboché avec l’Amérique », après les grandes ruptures gaulliennes, pour pousser la comparaison zemmourienne, dans sa chronique radio (RTL). Et Sarkozy a réintégré l’OTAN, coupant avec les positionnements diplomatiques chiraquiens (les seuls points intéressants de ces deux mandats à l’Elysée de 1995 à 2007). Giscard a préparé la monnaie européenne, processus repris puis achevé, et enfin mené à bien par Mitterrand / Delors, au début des années 90. Et Sarkozy a tout fait pour la sauver. Tous deux auront ouvert leur mandat, au centre-gauche. Là où leur électorat ne les attendait pas nécessairement, par des mesures libérales et libertaires. Et ils l’auront tous deux achevé à droite. Ils l’ont tous deux commencé par une relance budgétaire, et fini par la rigueur. C’est également Giscard, qui le premier parlait d’identité nationale, proposa la loi du retour aux immigrés – décortiquée par Mitterrand -, après leur avoir permis le regroupement familial.

Et à l’époque, ce fut aussi son ministre de l’intérieur, Alain Peyrefitte – comme Brice Hortefeux sous Sarkozy, mais avec moins de talent -, qui tenta de concilier sécurité et liberté. Ils ont tous deux rendu inutiles leur premier ministre, et ils ont, tous deux, été incapables de s’en défaire : Chirac puis Raymond Barre sous Giscard, Fillon sous Sarko. Giscard aura également nommé les premières femmes ministres de la Ve République. Sarkozy y aura ajouté la diversité. Sarkozy, plus encore que Giscard, aura fait de son gouvernement une distribution, « une commedia dell’arte ». Sur le fond, Giscard par exemple, voulait rassembler deux Français sur trois, gouverner au centre. Mais tous deux ont fait l’ouverture à gauche, très fiers de décrisper la vie politique nationale, et tous deux ont rendu furieux leurs électeurs à droite. En 1981, comme aujourd’hui, les ministres de l’ouverture les ont trahis. Ils ont subi tous deux, une terrible crise économique, pétrolière pour l’un, financière pour l’autre. La courbe du chômage est montée, leur courbe de popularité a plongé. Tous deux avaient tous les talents, tous les dons. Lors de leurs élections, ils avaient tous deux dépassé brillamment les 30 % des suffrages, au 1er tour. Ils semblaient irrésistibles, invincibles. Quand François Mitterrand fut choisi contre Michel Rocard, par les socialistes, en 1980, Giscard sabla le champagne. Sarkozy exulta, lorsque DSK dut céder sa place à François Hollande. Alors, en cette incroyable soirée électorale, chaque camp en sort bouleversé.

La gauche retrouve – selon tous les pronostics, et toute vraisemblance -, le chemin du pouvoir, qu’elle avait abandonné, il y a plus de dix-sept ans. Son étiage est remonté à plus de 40 %, mais Jean-Luc Mélenchon n’est pas parvenu à renverser la table, à rassembler, au-delà des communistes, toutes tendances confondues. La droite réinvente son plus vieux clivage, entre une droite bonapartiste et une droite orléaniste, une droite populaire, patriote, étatiste, et une droite plus bourgeoise, plus libérale, plus européenne. Tous les efforts de Sarkozy pour se réattirer les électeurs de Le Pen n’ont pas cette fois suffi. On peut penser d’ailleurs, que l’annonce faite par Juppé, de l’arrivée de Bayrou à Matignon, à quelques peu décontenancé les électeurs tentés par le discours droitier de Sarkozy, et réveillé leurs craintes d’être une nouvelle fois trahi. Il est vrai, depuis un siècle, ces deux droites – la bonapartiste et l’orléaniste -, s’affrontent, mais s’allient aussi parfois pour gouverner. Et c’est un nouvel épisode de cette histoire mouvementée, qui commence aujourd’hui.

                                                                                                                                                                                   J. D.

15 avril, 2012

Les adieux à la Reine

Classé dans : theatre et 7e art — llanterne @ 16:58

Les Adieux à la reine

« Les Adieux à la Reine », c’est le dernier film de Benoît Jacquot - s’inspirant du roman du même nom de Chantal Thomas – sur le Versailles du 13 au 17 juillet 1789, continuant à vivre dans l’insouciance et la désinvolture, loin du tumulte grondant à Paris, et le basculement des jours suivant la prise de la Bastille. Et c’est tout d’abord une séduisante manière de contempler la fin du siècle, celle d’un régime, d’un monde clos, le château de Versailles, la cour et l’arrière-cour de Louis XVI, dans une sorte d’unité de lieu.

Le spectateur suit ainsi la trajectoire de Sidonie (Léa Seydoux), simple lectrice de la Reine - personnage fictif, la Reine de France, au demeurant peu cultivée, n’ayant jamais eu de lectrice -, mais réussi, en ce qu’il focalise sur Marie-Antoinette (Diane Kruger), ce regard de pure fascination, une forme d’amour dévot, entre érotisation, sacralisation. Jacquot prend ainsi plaisir à disséminer les signes d’un mal intérieur, pire que les révolutionnaires, venant attaquer Versailles, le grand canal, le marais infesté de rats et de moustiques, la saleté ambiante, la galerie des glaces, les courtisans agglutinés dans des couloirs lubugres. Quelques moments comiques nous sont apportés, mais aussi révélateurs de la nature humaine, la dureté des moeurs, la pauvreté et le manque d’égard, desservie par l’endettement, entre luxe et pourriture intérieure. Arrive la nouvelle de la prise de la Bastille, rapportée par un valet, comme au théâtre. Et la comédie de gynécée vole en éclats, un très beau plan-séquence suivant la course incertaine de Sidonie dans les couloirs sombres des étages du château. Accompagnée d’un vieil historien (Michel Robin, émouvant de désespoir incrédule), la suivante tente de déchiffrer les bribes de nouvelles à la lueur incertaine des bougies. Et la mobilité de la caméra, la pénombre baignant la scène ne font que rendre compte de la panique grandissante. Mais ce sont aussi des expressions cinématographiques modernes, qui ne trouvent généralement pas leur place dans les films historiques.

Au matin du 15 juillet, le Roi (Xavier Beauvois) se rend sous escorte devant les Etats généraux. Parallèlement, Sidonie devient, à son corps défendant, l’instrument d’une querelle amoureuse entre Marie-Antoinette et sa favorite, Gabrielle de Polignac (Virginie Ledoyen). Eperdue d’amour et d’inquiétude, la Reine n’en tente pas moins d’y aller de son influence – particulièrement négative -, souhaitant encore écraser la révolte parisienne. Diane Kruger se tire avec une certaine élégance, de cette accumulation de contradictions, et cela objectivement parlant (prouvant là, qu’elle est une comédienne plausible, dans différents rôles), tout en prenant l’accent autrichien. Dans une atmosphère de chaos réel, les masques tombent, les 15, 16 et 17 juillet, les accompagnatrices n’épargnant plus leur maîtresse, dans les coulisses, mais cette même ambivalence prenant sur la relation entre Sidonie et Marie-Antoinette. L’accélération du cours dérègle tout l’ordonnancement de la cour, la pauvre Sidonie, grisée par l’accès à l’intimité, ne finissant par ne plus distinguer l’irréel du réel, ce qui reste le motif central de ce beau film. Aristocrates aggripés à leur dignité, et dames de compagnie, à l’image de Dominique Reymond, en prédatrices prêtes à tous les pillages, ils sont tous là, bien dépeints. Jusqu’à la chute finale, et la fuite en berline - déguisée des pieds à la tête - vers la Suisse, en compagnie du couple Polignac. A cet égard, le départ de Sidonie, cet adieu à la Reine est aussi un adieu à une foi réelle, le simple constat d’un monde, qui s’est dissolu. Benoit Jacquot nous fait découvrir un monde à part, avec ses décors, ses références, son personnel, ses courtisans, dans un film à costumes, empreint d’un certain académisme cinématographique, superficiel, pour jouer avec les illusions (comme Marie-Antoinette, avec ses favorites).

On se réveille ainsi, un matin, sans savoir que le soir venu, le peuple aura changé au point d’en être méconnaissable. Bien que ce ne soit pas pour autant, que les êtres qui le peuplent, auront eux-mêmes changé. Bouffie de sommeil et dévorée de moustiques, dans une mansarde du château de Versailles, du haut de ses vingt ans à peine, à l’aube du 14 juillet 1789, Sidonie est aussi sûrement engoncée dans ses certitudes et sa soumission que sa maîtresse, Marie-Antoinette, peut l’être dans ses toilettes de cérémonie. Dans ce scénario, la jeune lectrice passe souvent d’un état à l’autre, et les 1ères séquences décrivent bien, le microcosme versaillais dans lequel les jeunes suivantes (également représentées par les comédiennes Lolita Chammah, Julie-Marie Parmentier), telle une caste inférieure à laquelle appartient Sidonie, se préoccupent d’abord de se trouver un protecteur, éventuellement un mari. Elle veut croire, qu’elle est indispensable au bonheur de la souveraine de France, au travers ses mots aimables, qu’elle lui dispense. Mais Sidonie écrase également, en jeune fille bien éduquée, ses compagnes de sa chasteté affichée souffrant peu d’impasses, et de son savoir, sa position de lectrice, et à son tour, écrasée par les dames de compagnie de la Reine (Dominique Reymond, Anne Benoît, Noémie Lvovsky), ces femmes chargées les unes des distractions, les autres des tenues. Le réalisateur prend son temps de les montrer, dans leur habitat naturel, la cour, avec ses rituels pensant, ses querelles s’y inscrivant, dans un déroutant huit clos.

Le choc des tribuns

Classé dans : Politique — llanterne @ 16:57

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Le dernier week-end, avant le premier tour, sera marqué par des « métingues », disons hors-normes, en tout cas spectaculaires : François Hollande au château de Vincennes, Nicolas Sarkozy, place de la Concorde, ce sera dimanche. Et puis la veille, samedi, Jean-Luc Mélenchon sur la place du Prado à Marseille, puisque après un premier accord tacite venant de la mairie, il a finalement obtenu le feu vert, l’autorisation de la préfecture. C’est une grande victoire symbolique, qu’a remporté Jean-Luc Mélenchon. Il a remis au goût du jour, le métingue en pleine ville. Le « métingue » entre les murs, au cœur de la foule, « le métingue à la papa ». Hollande, puis Sarkozy pour imiter Hollande, ont décidé de répondre au défi que leur a lancé Mélenchon. Ne veulent pas se laisser intimider, distancer, démoder, ne veulent pas lui abandonner la rue.

Eux aussi sont capables de faire venir, les foules innombrables et chaleureuses. Eux aussi sont à même de les galvaniser. Eux aussi sont des orateurs, des tribuns. Eux aussi aiment ça. Mais Mélenchon a des intonations de voix à la de Gaulle, et bien Hollande imitera Mitterrand. Et Sarkozy imitera Sarkozy. Mais le défi lancé par Mélenchon, n’est pas seulement un mano à mano viril, de tribuns à l’ancienne. Ils recouvrent un enjeu politique, idéologique. Quand il se rend place de la Bastille à Paris, place du Capitole à Toulouse, et samedi, au Prado à Marseille, le candidat du Front de Gauche choisit des sites emblématiques, de la geste prolétarienne. Il lit les poèmes de Victor Hugo, il incarne entre admiration et pastiche, les Blum, Thorez, Gambetta, Lamartine. Il conte les grandes heures de l’histoire, quand la France était le volcan de l’Europe, il tente par le verbe, de ressusciter la dignité et la fureur d’un peuple révolutionnaire… A l’heure de la mondialisation et de l’Europe, il veut faire croire que nous sommes encore à une époque, où la politique est le destin des hommes, comme disait Napoléon. Mais après tout, au commencement était le verbe.

Sarkozy et Hollande n’ont pas mis leurs pensées, en accord, avec les arrière-pensées de Mélenchon. Les endroits choisis par eux, ne correspondent pas à leurs imaginaires politiques. Les socialistes ne s’installent ni à la Bastille, ni à la République. La place de la Nation ne leur dit plus rien, depuis longtemps. Vincennes, qu’ils choisissent finalement, eut son heure de gloire lorsque Saint-Louis y rendait sa justice sous un chêne. En 1958, le général de Gaulle qui incarnait, lui, l’ultime trace de cette haute époque, avait songé à quitter l’Elysée, pour installer la présidence de la République, au château de Vincennes… Avant d’y renoncer. Sarkozy, lui, est à peine plus heureux avec la Concorde. L’endroit est majestueux. Tous les régimes qui suivirent, ont voulu faire de la place, le symbole de la réconciliation des deux Frances. Mais Sarkozy a rejeté avec véhémence, « une campagne pépère de père de la patrie rassembleur », pour le bruit et la fureur du candidat du peuple, en lutte contre les oligarchies. Il y a fêté sa victoire en 2007, certes. Mais c’est bien près du Fouquet’s.

Mais peu importe le passé, pourvu que l’on ait la foule. Peu importe le flacon, pourvu que l’on est l’ivresse. Cette vaine campagne fait ressembler la politique à la chanson. Pour séduire un public désillusionné et nostalgique, on revient au bon vieux trente-trois tours et au spectacle vivant. Alors, à quand un métingue sans micro, tel Jean Jaurès harranguant les ouvriers.

                                                                                                      J. D.

La Tunisie à l’épreuve de l’Islam

Classé dans : International,Politique — llanterne @ 16:57

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Revenons brièvement sur la situation politique et sociale, en Tunisie, plus d’un an après la révolution de Jasmin. C’est après la brutale répression d’une manifestation interdite, dans le centre de Tunis, lundi, que le dirigeant du parti islamiste au pouvoir, Rénada, s’est exprimé (hier soir). Il a ainsi déclaré que la Tunisie n’était pas menacée « par la dictature, mais par le chaos ». « Nous sommes attachés à la liberté, la liberté et la loi, sont indissociables », a-t-il précisé. Alors évidemment ces propos résument particulièrement, après la décision de ce parti islamiste, de ne pas inscrire la charia, dans la constitution tunisienne. C’est là, que tout a commencé. C’est là, que tout se jouera.

La Tunisie est un essai démocratique. Parce que le printemps arabe a soufflé, ici, en premier, à la surprise générale. Parce que la Tunisie est la société arabe la plus éduquée, où les femmes ont de tous temps, joué un rôle majeur. Parce que le régime avait été le plus loin – mis à part peut-être la Turquie - dans la désislamisation de la société, depuis l’indépendance et par le formidable legs idéologique du bourguibisme. Parce que la victoire électorale des islamistes, l’an dernier, a prouvé à tous les experts qui annonçaient leur fin, que la vague de fond emporterait tout le monde arabe. Quand les islamistes tunisiens ont gagné les élections, certains ont reproché leurs divisions aux partis laïques. Depuis ils se sont unis, radicalisés, ferraillant frontalement contre les islamistes. Tout est sujet à combattre, tous les symboles, du drapeau du pays, aux filles voilées, en passant par l’université ou même le cinéma. Il y a quelques jours, les laïcs ont remporté une grande victoire politique, en Tunisie, le pouvoir islamiste ayant ainsi renoncé à inscrire la loi religieuse sunnite, la plus stricte dans son application – la charia – comme fondement de la constitution, en cours de rédaction. Les frères musulmans de Rénada au pouvoir, ont renoncé au nom de la paix civile et de la sagesse. Ils ne voulaient pas effaroucher les occidentaux. Il est vrai également, que le tourisme est la première recette du pays, notamment dans la région de Djerba, et il s’est effondré.

Les salafistes reprochent furieusement ce recul au gouvernement. Ils veulent vivre comme au temps, du prophète Mahomet. Mais il est vrai également, qu’hormis quelques voyageurs, il y avait peu de touristes à Médine, au VIIe siècle ap. J-C. En attendant, les islamistes disons modérés – au pouvoir - n’ont rien cédé, aux extrémistes salafistes. Les frères musulmans et les salafistes sont rivaux. C’est à celui, qui sera le meilleur musulman, le plus pur, l’élève le plus assidu du prophète. Ils se disputent âprement les suffrages populaires, mais ils sont aussi complices, « comme le gentil et le méchant flic », dans les séries télévisées. Ils se répartissent les rôles. Rénada se sert des salafistes pour menacer le camp des laïcs. Comme d’un chien méchant, qu’ils retiennent. Mais qu’ils pourraient lâcher. Encore un classique, révolutionnaire. Sans rappeler les enragés de la commune de Paris, en 1789, se rangeant derrière Hébert, Saint-Just et Robespierre ou encore durant la révolution russe, en février 1917, Bolchévicks et Menchévicks tenant la rue, ralliés derrière Lénine. Les Tunisiens ont ainsi remarqué, que la police réprimait beaucoup plus férocement les manifestations laïques, que celles des salafistes. La violence de la rue a bon dos, mais elle est efficace pour Rénada et sa clique, pour terrifier les adversaires politiques et faire avancer leurs thèses politiques. Certains soupçonnent même une partie de la police, restée fidèle à l’ancien président Ben Ali, de monter les uns contre les autres.

Rénada s’accapare les rouages de l’Etat. Les salafistes s’occupent de la société. Ils islamisent par le bas, quand Rénada islamise par le haut. Les salafistes endoctrinent le peuple, Rénada légiférera le jour venu, au nom de la volonté du peuple. Les communistes, par exemple, ne faisaient pas autrement. Le temps que le contrôle policier de la société s’installe. Mais les laïcs n’ont pas le temps d’attendre, que le pouvoir islamiste se renforce. De nombreuses armes venues de Lybie, arrivent ces derniers temps, en Tunisie. Ce n’est pas encore la guerre civile, mais c’est déjà la montée des périls…

                                                                                                           J. D.

Le carton jeune de Marine Le Pen

Classé dans : Politique — llanterne @ 16:56

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Ca, c’est une surprise, c’est la surprise du jour, dans la campagne présidentielle, selon un sondage CSA pour le journal Le Monde, Marine Le Pen arrive en tête des intentions de vote, chez les 18-24 ans, avec 26 %, devant François Hollande à 25 %, et loin devant Nicolas Sarkozy et François Bayrou, respectivement à 17 et 16 % d’intentions de vote, chez les jeunes. C’est la grande satisfaction de sa campagne, qui connut pas mal de désillusions. De quoi faire enrager les candidats de gauche, qui se croient propriétaires de la jeunesse du monde, depuis 1789. De quoi compenser, en partie, son décrochage dans l’électorat des plus de soixante ans. Car pas de chance pour elle, mais c’est celui qui est le plus nombreux, et qui vote massivement. Mais il y a une certaine logique matérialiste, dans cette dialectique des vases communicants.

Marine Le Pen a légitimement inquiété les vieux, et surtout leurs économies – épargnées pour leurs retraites - en promettant, parfois un peu légèrement, la fin de l’euro, le retour au franc, mais aussi une dévaluation massive de la monnaie nationale. Elle ne pouvait pas effrayer les jeunes, qui n’ont rien. Surtout les jeunes non diplômés, qui la plébiscitent, et dont souvent les parents n’ont pas grand-chose. Cet électorat populaire et juvénile va au plus révolutionnaire des candidats. Puisque même Mélenchon veut conserver l’euro. Cette logique révolutionnaire des générations est une des clés de l’histoire de France, depuis deux siècles. En mai 68, les jeunes gens nés après-guerre, ont fait souffler le vent de la révolte, contre les caciques de la résistance, groupés autour du général de Gaulle. C’était le meurtre du père, et même du grand-père. Ils ont fait exploser les valeurs traditionnelles de la société : famille, patrie, travail. Ils ont imposé un monde ouvert, dominé par le marché, contre les frontières et les morales traditionnelles. Aujourd’hui, ces mêmes « baby-boomers » prennent leur retraite. Ils sont les patrons de l’époque. Mais aussi, jamais les inégalités de revenus n’ont été aussi importantes entre générations, qu’aujourd’hui.

Le vote pour le Front national, par les jeunes, est donc devenu assez naturellement, le vote de révolte transgressive, contre ces baby-boomers. Le meurtre du père et même du grand-père. Paradoxalement, il est même pour certains, à l’instar des populistes hollandais, un vote pour préserver une société de tolérance, contre le puritanisme islamique. Voter Marine Le Pen, au nom de la tolérance, il est certain que cela reste tout de même, assez tordu. Il doit bien avoir d’autres explications. Plus globalement, cette nouvelle génération - surtout chez les non-diplômés -, est la principale victime de ce fameux « monde ouvert ». Victime des délocalisations, qui les privent d’emplois ouvriers, incapable de se loger à des prix décents, victime d’une concurrence âpre également, avec les enfants de l’immigration. Dans son livre, désormais célèbre, « Fracture française », Christophe  Juilly décrit bien, ce qu’il appelle, la rivalité parfois dans les écoles, mais aussi dans la vie courante, que personne n’aime perdre, et personne n’acceptant d’être minoritaire, amenant également à un repli sur soit, pour tout à chacun. Elle se double d’une rivalité culturelle, comme l’explique encore le géographe.

Jusqu’aux années 70, l’assimilation à la française fonctionnait mieux. Elle donnait notamment, aux ouvriers français un rôle de mentor, de passeur du savoir-faire professionnel, de la langue et de la culture française, aux derniers arrivants. Le multiculturalisme de la gauche anti-raciste, a détruit ce rôle de référent culturel, qui donnait du prestige à « la classe ouvrière », depuis lors, méprisé par les bobos, traités de beaufs, voire de populistes, par la bien-pensance. Au fait d’ailleurs – ironie du sort -, Marine Le Pen est née en 1968.

                                                                                                                J. D.