La Lanterne (politique, sujets de société)

5 novembre, 2018

Les lendemains de triomphe

Classé dans : Sport — llanterne @ 2:58

En ce début d’automne, cette euphorie estivale étant maintenant retombée et bien qu’y allant d’une tardive analyse à rebours, je souhaiterais revenir avec recul sur cet événement sportif, ce triomphe des bleus, vu sous différents angles. Et cela alors que la rentrée politique et sociale s’offre à nous, non sans animations. On se souvient de cette liesse populaire et historique, en ce dimanche de juillet (comme la France les aime), sous le soleil et la chaleur estivale. La France célébrait son titre de championne du monde de football et ne voulait pas que la fête se termine. Une foule impressionnante était réunie sur les Champs-Elysées pour acclamer quelques minutes ses héros, ses joueurs qui ont non seulement remporté le titre suprême mais aussi acquis une popularité hors-norme. La célébration fut bruyante, parfois même délirante, prouvant que ce qui s’était passé à Moscou, était bien plus que du sport. C’était un moment de communion nationale comme en juillet 1998 et la victoire à cette coupe du monde organisée en France. Ce retour populaire fut à la hauteur de l’émotion, des moments de réjouissance collective, absolument immense avec un mélange de fierté, de plaisir, suite à cette victoire en finale face à la Croatie. Quand on est-ce qu’on a entendu un footballeur dire vive la République, à part peut-être Thuram, revendiquant son appartenance à la République et à la France ? Comment fait-on pour reconquérir sportivement, pour l’équipe de France, le cœur des Français, après différents échecs ? Etait-ce le triomphe du sport ou des sponsors ? Grande liesse populaire mais superficielle et éphémère, diront certains. Et quand le carrosse redevient citrouille, qu’advient-t-il ? Pourquoi certains sont-ils écoeurés par cette euphorie ? On a parlé de la Russie de manière positive. Sur place, est-ce que cela a été le fait d’une coercition un peu excessive ? Outre son très beau parcours, est-ce que le peuple russe s’est approprié cette coupe du monde ? Etait-ce aussi une victoire pour Poutine ? Qu’est-ce qui démarque cette coupe du monde, pleine de rebondissements sportifs… ? Que disent les économistes sur les retombées de cette victoire, maintenant en cette rentrée ?  Macron profite-t-il de cette victoire à fond ? Est-ce vraiment de la récupération de sa part ? Quels sont les critères pour recevoir la légion d’honneur, les joueurs de l’équipe de France l’ayant tous reçus récemment ? Mais sont-ils conscients de ce qu’elle représente et fallait-il la leur donner ? A-t-on le droit de trouver excessive cette mainmise du ballon rond sur l’actualité ? Combien ce mondial rapporte-t-il à la FIFA ? Didier Deschamps va-t-il poursuivre sa mission ou à défaut, Zidane ? Est-ce que Deschamps et certains joueurs comme Mbappé, Giroud, Griezmann contribuent aussi à cette envie de participer à cette équipe ? 

Nous sommes toujours à la recherche d’une signification sociologique et politique, à savoir pourquoi cela arrive à cette France-là, à ce moment-là. Et cela pour trouver des explications qui ne sont pas toujours pertinentes, accompagnant cet événement, avec cette sorte de mythe s’écrivant. C’est la mythologie du sport français dans ses grandes heures. Cela arrivait dans une période qui n’était pas inédite, il faut le dire. Toute une série d’épreuves ont été traversées à l’échelle nationale, non seulement les attentats. Mais depuis 1998 et la précédente victoire, la crise de 2007-08 dont on porte encore aujourd’hui les stigmates. Soit toute une série de traumatismes et de tensions sociales qui donnent une certaine couleur à cette victoire. Certains diront que c’est le début d’une ère nouvelle. Où cette équipe de France enthousiaste ensemencerait cette humeur collective d’un sens du positif. A savoir une équipe dont l’épopée continue à s’écrire. Ce qui est à observer, en vue de l’euro, après ce match nul plutôt décevant face à l’Islande, mais aussi suite à cette victoire face à l’Allemagne sur un doublé d’Antoine Griezmann. Ce qui est également important car autant de drapeaux bleu-blanc-rouge dans les rues, on voit cela très rarement, si ce n’est le 8 mai 1945, le 11 novembre 1918. Mais c’était pour clore des tragédies gravissimes, des guerres. Or le football a cette capacité de mettre dans la rue des millions de Français agitant un drapeau et ce qui éteint un temps les différences sociales, comme à l’armistice, pendant ce moment de patriotisme positif. Ce qui s’accompagne de cet hommage républicain devenu un rituel, avec la réception à l’Elysée et le bain de foule au balcon de l’hôtel Crillon, place de la Concorde. Comme ce fut le cas en 1998 et en 2006 lors de la finale ratée. Emmanuel Macron a profité à plein de ce bref interlude socio-médiatique, comme Jacques Chirac et Lionel Jospin le firent en leurs temps. Mais seul le football permet de communier ainsi. Ce n’est pas faire offense, mais la finale de volley à laquelle s’est hissée l’équipe de France, durant la même période, n’a pas, loin s’en faut, suscité cela.

Le football a cela de particulier de générer des passions collectives autour du ballon rond, étant à la fois mondialisé et venant renforcer l’identité nationale, en rassemblant. En effet, il y a ce besoin de communier, le football suscitant des émotions collectives, dans une ferveur à l’échelle nationale. Cela contribue à détourner aussi l’attention de l’actualité, à titre provisoire, comme l’a dépeint feu Jean d’Ormesson dans son éditorial du Figaro, après la victoire en finale 1998, en tant que pays hôte et vainqueur de la coupe du monde de football, à l’époque. Effectivement, ce fut un succès, personne n’ayant plus pensé à rien provisoirement, enfin ou presque. Cela en fait l’élément constitutif et peut-être le seul, comme l’analysait alors d’Ormesson, « d’un pacte social en charpie ». Cela vaut mieux « qu’une guerre et tue moins de monde ». Ce type d’événements ressuscite le patriotisme, incarne l’intégration, « chasse la morosité qu’intellectuels et bureaucrates ont été incapables de combattre », « rend au peuple désabusé par les politiciens l’enthousiasme et l’espérance ». Il aura fallu cette victoire pour retrouver l’atmosphère de la Libération. Le football a cette capacité de rassembler, c’est originel. La particularité du football c’est qu’il a été très vite, étant né, approprié par la société, d’abord la classe ouvrière anglaise à la fin du XIXe siècle, puis par les différentes classes populaires européennes, dans un premier temps, avec des règles simples à comprendre. En 1885, le professionnalisme émerge tandis que les premiers clubs apparaissent à travers le monde particulièrement en Europe et en Amérique du sud. Bordeaux est le premier club français professionnel né en 1882, le Bayern Munich étant né en 1899 outre-Rhin et l’Olympique de Marseille, par exemple, la même année… La FIFA est fondée en 1904 à Paris par des représentants de sept pays européens. La FFF est née la même année. Encouragée par le succès populaire rencontré par les tournois de football aux jeux olympiques (décidée en 1928 sous l’impulsion de Jules Rimet, alors président de la FIFA), on organise en 1930 la 1ère édition de la coupe du monde en Uruguay (dont l’équipe nationale sort vainqueur). Prévue tous les quatre ans, les éditions suivantes se déroulent en 1934 et 1938 et après un intermède lié à la seconde guerre mondiale, la compétition reprend en 1950.

La France a eu de très grands joueurs dans l’après-guerre. On peut citer Raymond Kopa ou Just Fontaine, qui a inscrit 164 buts en 200 matchs dans sa carrière et inscrit 13 buts en équipe nationale en une seule phase finale, à l’édition du mondial 1954. Ce qui est un record toujours inégalé. Par ailleurs, à l’image de nombreux pays, le football en France est le sport le plus populaire et la dont la pratique est la plus répandue. Si le football est né en Europe, il a donné lieu, en Amérique latine, à une culture de masse spécifique d’une puissance telle que l’objet transféré en est ressorti profondément transformé. Les conditions de sa réception et de son développement ont été fondées sur un antagonisme avec le vieux Continent sans cesse réactivé. Des dimensions sociologiques, coloniales, politiques entrent en compte dans la mise en avant du football en tant que vitrine idéologique notamment et le succès d’équipes nationales. Comme du temps des républiques populaires d’Europe centrale et de l’URSS, avec la RFA et la RDA, soit une vitrine politique. On en a fait des outils de construction nationale, mais aussi des éléments d’opposition par exemple avec les dominants coloniaux, etc. Et l’on voit cela dans tous les pays, au travers des rivalités régionales aussi, à Barcelone lorsque le Barça remporte la ligue des champions ou le Real Madrid. On le constate aussi au travers la rivalité entre le PSG et l’OM, le club de la capitale et celui de la province. Donc un sport d’emblée qui est plongé dans des problématiques sociales, nationales, politiques, voire culturelles, etc., pour un jeu professionnel, médiatisé très vite aussi (radio, tv…). Dans le développement des médias privées dans les années 1980, le football est ce que l’on va chercher comme type d’activités à montrer aux téléspectateurs. Canal + lance rapidement son offre privée autour de la rediffusion de certains matchs de football, notamment ceux du PSG.

Cela démultiplie également les effets du ballon rond, dans des pays qui ne le connaissaient absolument pas et qui vont le reprendre également, comme dans les pays d’Asie. Le nombre de licenciés en Inde ou en Chine, au Japon, dans certains pays d’Asie du sud-est, en Océanie, en Amérique du nord (et en particulier aux Etats-Unis) progresse de manière significative. Le football reste toutefois un sport mineur outre-atlantique, détrôné par le football américain et l’éternel baseball, mais touchant un nombre sensible tout à fait intéressant de personnes. Une petite génération de footballeurs asiatiques évoluant dans certains clubs étrangers (notamment européens) de haut niveau, émerge sensiblement. A l’image du défenseur japonais Kiroki Sakai à l’OM, de l’ex-attaquant Keisuke Honda au Milan AC ou le Sud-coréen Son Heng-Min, évoluant au poste d’ailier droit à Tottenham. A ce titre, cette coupe du monde fut étonnante sous de nombreux abords, certaines équipes nationales s’étant démarquées. Telle la Corée du sud qui a éliminé l’Allemagne, dès le 1er tour, à l’étonnement général. La Manschafft a craqué dans le temps additionnel, surpris par les attaquants Kim, puis Son (la star de l’équipe asiatique). Les Sud-Coréens furent également éliminés d’entrée, car il leur fallait une victoire du Mexique pour espérer se qualifier. Ils ont alors gagné pour rien ou presque. Puisqu’ils ont sauvé l’honneur et terminé à la troisième place d’un groupe F indécis jusqu’au bout. Le Japon a également mis à mal la Belgique de Eden Hazard, qui a signé une remontada (3 – 2) pour se qualifier, après avoir été mené longuement durant la 1ère mi-temps. Les Belges ont pu finalement obtenir leur ticket pour les quarts de finale sur des buts de Vertonghen, Fellaini et Chadli, lors l’un des plus beaux matchs de la coupe du monde. Les diables rouges ont ensuite défait le Brésil de Neymar (2 – 1 ) pour se qualifier en demi-finale face à la France. Pour la deuxième fois depuis 1986, la Belgique entrait ainsi dans le dernier carré d’une Coupe du monde. Mais on peut mentionner également la prestation des Suisses, qui se sont hissés en huitièmes de finale. Après les éliminations de l’Egypte, du Maroc et du Sénégal, le Nigéria, alors dernière équipe africaine en lice, s’est pris à rêver de grand huit. Mais les « Green eagles » furent logiquement battus 2 – 0 par la Croatie. La plupart des grandes équipes prétendantes et toutes les équipes sud-américaines étaient éliminées en 1/4 de finale : Allemagne, Italie, Espagne, Portugal, Brésil, Argentine… Tel le titrait « Courrier international », ce fut notamment le naufrage de l’Amérique du sud. La corruption, l’exportation précoce de talents et une formation adéquate se retournant contre une école jadis éblouissante. La seule exception fut l’Uruguay, battue par la France dans le dernier carré.

L’organisation a été implacable, le hooliganisme qui était prévu n’a pas été vu. Il y a eu une ferveur nationale et puis la Russie, c’est un immense pays. Classé 70e au classement mondial de la FIFA, la « Sbornaïa » (littéralement « équipe nationale » en russe) est arrivée en 1/4 de finale. Elle se qualifie pour les huitièmes de finale (deux victoires contre l’Arabie Saoudite et l’Egypte, contre une défaite face à l’Uruguay). En huitième de finale, elle élimine l’Espagne aux tirs au but, à la surprise générale. Puis c’est également aux tirs au but que la sélection russe se fait sortir par les Croates (les « Vetrani », futurs finalistes) en quart de finale. Et cela au cours d’un match qui ne fut pas le plus étonnant de la compétition, sur le plan technique, mais plein de suspense, la Russie ayant égalisé à la dernière minute pour arracher les tirs au but. Soit un très beau parcours, en outre en tant qu’équipe du pays hôte, qualifiée d’office. Cette sélection russe est partiellement héritière de la sélection soviétique puis de celle de la CEI jusqu’en 1992 (réunissant alors sous le même maillot des joueurs de nationalité russe et ukrainienne). Elle fut championne d’Europe en 1960, quatrième à la Coupe du monde 1966, et a décroché deux médailles d’or aux Jeux olympiques de 1956 et 1988. La sélection russe a connu une certaine irrégularité de 1996 à 2006, puis par la suite. Les Russes sont fiers d’avoir accueilli le monde dans de bonnes conditions et tous les supporteurs étaient surpris de la qualité de l’accueil, car la Russie n’a pas spécialement une réputation notable du moins, en la matière. Les JO de Sotchi étaient plus verrouillés. Macron s’est mis en scène également, en déplacement à Moscou. On se souvient qu’en 1998, Chirac suit le peuple, le football étant populaire. Bien qu’à la différence de Macron, Hollande ou Sarkozy, il n’y connaissait rien au football. En 1998, au Stade de France, invité à s’exprimer au micro depuis les tribunes, il avait eu besoin que l’on l’assiste pour égrener les noms des bleus évoluant sur le terrain, n’en connaissant pratiquement aucun. Mais bien que s’y connaissant en football, si le président Macron s’était détourné de cet événement sportif on aurait dit qu’il ne comprenait pas ses compatriotes. 36 millions de Français ont regardé le match, sans compter les bars, les fan-zones, etc. Macron n’en fait pas nécessairement trop. Il était avec les bleus. Mais il aurait été inconvenant qu’ils ne les reçoivent pas et qu’il ne se déplace pas pour la France, assister à la finale à Moscou. C’est quelqu’un qui maîtrise aussi très bien la com’, la fameuse photo de lui exaltant le poing levé en avant, dans les tribunes ayant été prise par un photographe présent pour cela, puis posté instantanément sur les réseaux sociaux. Emmanuel Macron est quelqu’un qui réagit très spontanément. Il y a eu ensuite l’histoire des vestiaires et de sa visite aux joueurs de l’équipe de France victorieuse, comme Chirac et Jospin en 1998. C’est évidemment sympathique. On se souvient aussi de Gaulle renvoyant le ballon à une finale de coupe de France. Cela tombe très bien également, pour Macron.

En 1998, Chirac et Jospin ont beaucoup récupéré cette victoire, édifiée autour du mythe du black-blanc-beur. Bien que l’équipe de France ait déjà compté, dans le passé, des joueurs de couleur et / ou d’origine étrangère (Larbi Benbarek, Abdelkader Ben Bouali en 1938, Raymond Kopa, Abderrahman Ibir, Jean Swiatek, Edouard Kargulewicz, Mustapha Ben M’Barek dans les années 1950, Luis Fernandez, Michel Platini, Jean Tigana ou Marius Trésor dans les années 80…). Cela vient dans une période de doute, la France ne cessant de s’interroger sur la question de l’identité nationale, présente dans plusieurs domaines, avec également plus de chômage encore qu’en 1998. Mais il faut effectivement éviter de renouveler les mêmes histoires, de reprendre les mêmes recettes communicatives, dans une société merveilleuse de bisounours. C’est aussi le pouvoir de séduire, le rayonnement à l’étranger étant positif. Tout le monde peut parler de football, car c’est quelque chose que tout le monde peut partager. Tous les politiques récupèrent les événements qu’ils peuvent récupérer. Macron aurait eu tort de ne pas s’intéresser à ce mondial, de ne pas se déplacer à Moscou, donc il était obligé de participer et en participant, il récupère. En 1998, cela validait le black-blanc-beur, qui était la visibilité des minorités. On ne va pas avoir de projet, mais on aura des discours, sur l’excellence, le travail, la relation à la symbolique de cette équipe. C’est très différent que ce qui se passe en 1998. D’abord parce que le mythe du black-blanc-beur, on sait que c’est un leurre, les problèmes se posant, avec Le Pen au second tour en 2002. Mais on sait comment on va lutter pour éviter cet éclatement, l’exemplarité d’un Mbappé, le discours d’un Pogba et c’est là-dessus que l’on va demander aux jeunes des banlieues de se prendre en main, avec l’Etat, les collectivités locales, si possible des jeunes qui vont se trouver un boulot, fonder une famille et construire la République française.

Black-blanc-beur, c’était une réponse à Jean-Marie Le Pen, disant qu’il y avait trop de joueurs antillais ou d’origine africaine dans l’équipe de foot, la France n’étant pas représentée équitablement dans sa diversité. Là, on ne va pas reprendre les mêmes termes, nous sommes français dans la diversité de la France. On parle de fraternité, en disant la même chose, avec d’autres termes car déviés, de gagner dans la diversité, avec des gens qui viennent de Bondy (Seine-Saint-Denis), d’autres de Mâcon (Bourgogne), de Chambéry (Savoie), de Baie-Mahault (Guadeloupe), de Maubeuge (Nord), de Nice (Alpes-Maritimes), etc…. Aujourd’hui, même si les médias étrangers parlent de l’origine étrangère de certains joueurs (environ onze sur vingt-trois étant d’origine africaine ou antillaise), on a l’impression qu’en France on a surtout parlé de sport, et non plus du pourquoi du comment. On a beaucoup parlé de fraternité, sans faire des clivages comme dans la presse transalpine ou étrangère. On se souvient de cette polémique autour de l’affaire dite des quotas, qui a été aussi grossi comme souvent dans les médias. Dans les centres de formation, il était question d’essayer d’éviter de choisir trop de blacks et de beurs et une longue conversation avait été enregistré. La décision n’a jamais été prise. Le monde du football est l’un des plus grands vecteurs de lutte contre le racisme. Il est toujours un peu curieux de monter cela en scandale, car en termes de lutte contre les discriminations et d’égalité des chances, il n’y a plus significatif que le football. En foot, vous êtes bon, vous n’êtes pas bon, peu importe votre origine. C’est une histoire de l’empire colonial français. Hernandez aurait pu choisir aussi l’équipe espagnole, par les trajets des parents, etc. C’est propre aussi au football et Hernandez a vécu longtemps en France, bien qu’étant retourné vivre en Espagne.

On célèbre le sport. Il n’y avait pas une star aussi, comme Zinédine Zidane en 2006. L’équipe était plus équilibrée, s’appuyant sur les joueurs d’expérience à savoir Hugo Lloris, Olivier Giroud… Ce qui avait tué un peu le football français, c’était ces bandes générationnelles, à savoir la génération Karim Benzema, Samir Nasri voulant prendre leur place aux joueurs de 1998 (Thierry Henry, etc…). A part l’attaquant Olivier Giroud et le gardien de but Hugo Lloris, légèrement plus âgés, l’équipe était assez homogène sur le plan de la moyenne d’âge, allant de 22 à 25 ans. Paul Pogba a pris une certaine dimension dans cette coupe du monde. Ce qui est intéressant par ailleurs, au sujet d’un joueur en particulier, à savoir Antoine Griezmann, c’est qu’il vient vraiment de la France profonde du foot, le petit club local, dans la tradition très républicaine, la France, son clocher, son terrain. Et ce n’est pas en France qu’il fait sa carrière, puisqu’on n’en veut pas. Il a été rejeté très jeune dans les centres de formation hexagonaux, parce qu’il est trop petit. Il doit tenter sa chance de l’autre côté des Pyrénées, où il a effectué toute sa carrière. Mais il se rattrape de ce rejet, au travers son engagement dans l’équipe de France. Olivier Giroud a bien joué aussi et s’est montré indispensable, bien que n’ayant pas marqué un seul but. Didier Deschamps a toujours été lui le stratège sur le terrain, comme Aymé Jacquet, qui était entraîneur alors qu’il était déjà capitaine. Il en est le digne successeur car il prend toujours de haut les problèmes. Et puis, Aymé Jacquet a eu le courage d’évincer David Ginola et Eric Cantona en 1998, énormes stars mais des fortes personnalités assez égotistes. Et il a pesé pour que ces deux-là soient écartés, après réflexion, car jugés responsables de la défaite de 1993 face à la Bulgarie de Kostadinov. Didier Deschamps a fait de même pour Karim Benzema. 

C’est une autre manière de retrouver Aymé Jacquet. C’était le modèle de l’instituteur, soit retrouver des entraîneurs de football qu’avaient créé la République, une forme de terroir, une certaine forme de réalisme basque véhiculé par Deschamps, avec une forme d’exigence dans le travail et qui le rend sympathique. Il semble travailler bien, il a toujours le sourire, il fait des plaisanteries. Il y a un très grand écart entre cette extrême simplicité et son statut sportif professionnel. Entrant dans le carré des trois entraîneurs qui a associé deux coupes du monde remportées, en tant que joueur et entraîneur. C’est une immense vedette, mais qui ne se prend pas au sérieux, le voisin d’à côté, ce qui forcément crée de la sympathie. C’est une victoire du sport. Certes, il y a aussi des sponsors, il y a de l’argent. Le foot est un business, c’est incontestable. Des sommes d’argent formidables sont en jeu. A ce titre, en effet, certaines places pour la finale de Moscou se vendaient au noir jusqu’à 10 000 euros. Et du jour au lendemain, des intermédiaires internationaux et des trafiquants clandestins se sont réveillés millionnaires. A l’image des chanteurs, des acteurs et actrices, des top-modèles, d’autres sportifs en tous genres, les vedettes du ballon rond représentent des fortunes. Mais tel l’analysait Olivier d’Ormesson, en juillet 1998, « à la différence des magnats des affaires, de la finance ou de l’industrie », ce sont des fortunes acclamées par les masses populaires. « Demain, les lampions éteints, elle repartiront vers les clubs qu’elles font vivre et qui les font vivre. Aussi loin que possible des exigences du fisc et des inquisitions ». 

Les joueurs singeaient les présidents avec leurs discours et donc effectivement cela fait plaisir aux gens d’entendre cela. On ne sait pas si c’est du 1er ou du second degré. Ils ont une façon de s’exprimer, d’être, cette culture, cette façon d’être. Ils viennent plutôt des banlieues résidentielles de petite classe moyenne comme Kylian Mbappé ou de province, à l’image de Benjamin Pavard, Antoine Griezman ou Olivier Giroud… Ce qui est intéressant au-delà de valeur sur la République, sur le vivre ensemble, la gentillesse, l’humour, l’envie de s’amuser. On les a vu comme des gosses après le coup de sifflet final, glisser sur la pelouse mouillée. Ce qui est naturel, car c’est une bande de copains qui s’amuse, et le sourire c’est Deschamps. Mais plus jamais des joueurs qui se font éliminer parce qu’ils ne descendent pas du bus, qui ne répondent pas aux autographes des supporteurs. C’était un peu le juin 1940 de l’équipe de France, en foot, cette série d’échecs en 2008, 2010 et 2012. Il y a une perte de licenciés, les sponsors commençant à se détourner. Donc quand même il y avait un danger, si l’on peut dire et là il y a un travail de réflexion, de pédagogie, de reconquête de l’esprit et du cœur des Français par le comportement. La France se retrouve dans cette équipe, dans ses valeurs, dans son esprit. C’est toute la question de la relation entre le public et une équipe, car la France du football ne démarre pas au quart de tour. On ne sait pas ce que l’on va découvrir, les Français ne s’étaient pas déplacés beaucoup à Moscou. C’est un football barbapapa qui s’adaptait à l’adversaire.

A la fin de la 1ère mi-temps face à la Croatie, on mène 2 – 1 alors que l’on a pratiquement pas touché un ballon, ce qui est miraculeux. Puis on se rattrape dans la 2e mi-temps, ayant été clairement en-dessous durant la 1ère mi-temps de la finale, mais plus efficace que les Croates avec toute une série d’entrelacs, stratégique, tactique. Car en 2016, lors de la finale de l’euro organisé dans l’hexagone, on a été supérieur techniquement aux Portugais et on a perdu. Mais là, on était peut-être inférieur sur ce plan aux Croates, mais on a gagné et c’est aussi un peu comme ça le football. Il y a toujours cette question du rapport entre des supporteurs et une équipe, étant dans une grande prudence sur le plan du résultat sportif. C’est une victoire progressive, ce qui est très important, d’où ce qui était évoqué précédemment. Et puis il y a le match, les matchs (celui face au Pérou, suivi du match nul contre le Danemark, puis la victoire contre l’Argentine, l’Uruguay…), et on a des idées, avec une équipe jouant bien, mais montant en puissance de façon très progressive. Donc il y a une mutation devant les téléspectateurs, ils ne sont pas enfermés sur eux-mêmes. Et il y a Didier Deschamps qui a travaillé sur cette équipe et sur la manière de créer le groupe. Mbappé est celui qui a le plus impressionné durant cette coupe du monde, en gagnant à 19 ans. La vedette du PSG, ce n’est plus Neymar, mais Mbappé. Et le sélectionneur devra gérer cette rivalité au sein de l’équipe. Neymar passe pour une diva un peu égoïste, alors que Mbappé coche toutes les cases. Bien que l’attaquant brésilien se soit rattrapé récemment, à l’occasion d’un superbe triplé en ligue des champions, lors d’une large victoire à domicile 6 – 1 du PSG face à l’Etoile rouge de Belgrade. Tout a l’air naturel, chez ce garçon de 19 ans. Le talent, on l’a ou on l’a pas, le père étant sportif professionnel et entraîneur de handball. C’est assez impressionnant, car on a l’impression que Kylian Mbappé a fait du média training pendant 5 ans, en arrivant à 19 ans, avec un côté p’tit gars sympa. C’est très réconfortant, car cela veut dire que le talent, la réussite n’empêche pas la solidarité et l’humilité.

La France était fâchée à mort avec son équipe nationale. Normalement, Didier Deschamps poursuivra jusqu’en 2020 pour justement sécuriser son contrat. Ca, c’est une logique du sport. Il y a effectivement l’ombre de Zidane, mais cela se fera dans l’ordre des choses, dans les règles. Jacquet avait quitté sa fonction en 2018, comme Hidalgo en 1984, après la victoire à l’euro avec la bande à Platini, Giresse et Rocheteau, qui était le 1er succès français dans le foot. Jacquet a été aussi très touché par les critiques de la presse, à l’époque. Mais là, Deschamps a signé une prolongation de contrat pour 2020 et lorsque Zidane a démissionné du Real Madrid, il n’était pas question qu’il y ait remise en cause de cela. Qu’en est-il des retombées financières ? Des efforts financiers sont faits pour les petites structures formant les jeunes footballeurs. Ce que touche la FIFA, c’est colossal par les droits télé. Mais la FIFA ne fait pas de bénéfices, elle redistribue tout, soit 25 millions d’euros pour la Fédération Française de Football. Tout au long de l’année, de l’argent est redistribué aux fédérations des Caraïbes ou africaines par la FIFA. Il y a eu des scandales de corruption aussi, mais il y a de la redistribution. La FFF redistribue. Entre 50 et 60 millions d’euros, sur un budget de 250 millions d’euros, sont redistribués aux footballeurs amateurs. L’argent, ce sont les sponsors, les droits télé. Il ne faut pas croire que ce sont les petits qui paient pour les gros. L’équipe de France de football bénéficie aux clubs amateurs, par l’argent qu’elle ramène, donc elle est bénéficiaire. Cet argent est redistribué aux petits clubs. Vu sous un autre angle, il y a eu entre 0,1 et 0,2 % de croissance de PIB en 1998, sur le plan des retombées économiques. Mais on était en pleine ascension. 

Par ailleurs, que faut-il penser de la remise de la légion d’honneur ? Quand bien même, ils gagnent de tels trophées, la question peut se poser. Il faudrait réserver la légion d’honneur à ceux qui risquent leur vie pour accomplir des actes héroïques (et arrêter de la donner à des sportifs), les palmes académiques aux enseignants, l’ordre du mérite à ceux qui le mérite, la dernière promotion ayant été limité à 398, mais c’est déjà trop. Il n’y a pas eu trop de grincheux, par ailleurs. En général, c’est l’extrême-gauche, qui considère que c’est l’opium du peuple et l’extrême-droite comme avec la polémique de 1994 de Jean-Marie Le Pen sur les joueurs ne chantant pas la marseillaise, car visiblement ils ne la connaissaient pas. Ce sont des moments de liesse éphémère, mais il faut les goûter, sinon c’est refuser tous les plaisirs car ils sont éphémères. Cela a aussi occulté l’actualité. Il est vrai qu’à partir de la victoire sur la Belgique, on a parlé surtout du football, à l’image de la mort de Johnny Hallyday. C’est le principe des événements d’actualité qui étouffent le reste, ce qui entraîne des manifestations populaires. Mais cela fait partie de notre histoire, de notre roman national et cette équipe de France de foot s’avère prometteuse, car jeune et talentueuse. 

                                                                                                                                                                   J. D.

 

21 octobre, 2018

Miro, Rétrospective au Grand Palais

Classé dans : Culture — llanterne @ 1:25

Miro, Rétrospective au Grand Palais, 3 Octobre 2018 – 4 Février 2019

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Joan Miro, né à Barcelone le 20 avril 1893 et mort à Palma de Majorque le 25 décembre 1983, est un peintre, sculpteur, graveur et céramiste espagnol. Il est l’un des principaux représentants du mouvement surréaliste (fauviste, cubiste), et une rétrospective de grande qualité lui est consacrée au Grand Palais jusqu’au 4 Février, au travers un parcours en seize étapes retraçant sa carrière. Réunissant près de 150 oeuvres dont certaines inédites en France et couvrant 70 ans de création, cette rétrospective retrace l’évolution technique et stylistique du célèbre artiste. A découvrir.

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Dès les années 1920, sa volonté de développer ses pratiques novatrices s’est affirmé. Sa terre natale, la Catalogne, lui a offert l’inspiration et Paris fut son premier tremplin, son premier séjour dans la capitale remontant à 1920. Décidément plus jamais Barcelone. Paris et la campagne et cela jusqu’à ma mort, écrit-il alors à son ami Enric Cristofol Ricart. En 1921, Miro habite à l’hôtel Namur, 39 rue Delambre (Paris 14e), et travaille dans un atelier situé rue Blomet qu’il sous-loue à Pablo Gargallo. Il a pour voisin André Masson, avec qui il se lie d’amitié. Grâce à ce dernier, il fait la connaissance de nombreux poètes et écrivains, qui tous entendent créer un nouveau langage poétique : Michel Leiris, Georges Bataille, Robert Desnos, Antonin Artaud, Raymond Queneau…  En 1925, Louis Aragon, Paul Eluard et Pierre Naville rendent visite à Miro pour voir ses dernières peintures. Avec Pablo Picasso, son compatriote, Miro entretiendra une longue amitié, nourrie d’un profond respect pour leur oeuvre respective.

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En avril 1937, le gouvernement espagnol commande à Miro une décoration destinée au pavillon de la République espagnole conçu pour l’Exposition universelle de Paris du 25 mai au 25 novembre 1937. Il réalise un grand panneau mural de sept mètres représentant un paysan espagnol en révolte, El Segador (Le Faucheur), qui fait face à la toile monumentale de Picasso, Guernica. Les oeuvres présentées y sont ouvertement politiques et symbolisent la résistance au fascisme franquiste. A l’été 1939, Miro s’installe avec sa famille au Clos des Sansonnets à Varengeville-sur-mer, où résident déjà des artistes comme Braque, Queneau, Duthuit… En dépit des événements tragiques secouant l’Europe, Miro trouve dans ce petit village de la côte normande le calme qu’il a connu autrefois à Mont-roig. C’est sans doute également dans le travail de la céramique que le génie de Miro a trouvé son expression la plus pleine. Aux vases, aux plats et aux nombreuses plaques rectangulaires réalisées entre 1944 et 1946 succédera en 1953 l’exceptionnelle série des Terres de grand feu cuites dans les fours qu’Artigas a installés dans le village de Galifa.

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Avec la fin des hostilités, la vie reprend son cours et Miro renoue avec ses amis et ses marchands, tisse de nouvelles amitiés, s’informe des nouveaux courants artistiques, et de tout ce qui se passe dans le monde. En 1947, il effectue un séjour de huit mois à New York qui produit sur lui une forte impression. A partir de 1956, Palma de Majorque fut le grand atelier dont il avait tant rêvé. Entre tous ces lieux autour desquels l’exposition s’articule, Joan Miro a créé une oeuvre dénudée de toute anecdote, de tout maniérisme et surtout de toute complaisance à l’égard des modes. Il a remis continuellement en question son langage pictural, au travers toute sa carrière, pour y parvenir. Bien que s’étant intéressé aux avant-gardes du XXe siècle, il n’a jamais adhéré à aucune école, ni aucun groupe précis.  Il est l’un des rares artistes, avec Pablo Picasso, à avoir lancé un défi au surréalisme et à l’abstraction, ici retracé dans cette formidable rétrospective dans ce magnifique lieu d’exposition.

12 juin, 2018

Néandertal, l’expo – Musée de l’homme

Classé dans : Culture — llanterne @ 14:54

Néandertal, l’expo, Musée de l’homme, 28 Mars 2018 – 7 Janvier 2019

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Depuis sa découverte, en 1856, dans la vallée (thal) de Neander en Allemagne (d’où son nom), l’Homme de Néandertal fascine autant qu’il intrigue. Grâce aux grandes découvertes archéologiques et paléoanthropologiques récentes, et les nombreuses productions artistiques et populaires réalisées depuis le milieu du XIXe siècle, cette passionnante exposition riche et interactive dresse le portrait d’un cousin, source de nombreux fantasmes véhiculés par un fertile imaginaire collectif.

Au fil d’un parcours immersif, le public est invité à découvrir ses comportements à travers des objets, etc., issus des collections du Muséum et de prêts de grandes institutions françaises et européennes, rarement exposés au public, voire jamais présentés en France. Espèce éteinte du genre Homo, l’homme de Néandertal a vécu en Europe, au Moyen-Orient et en Asie centrale, jusqu’à 35 000 ans avant notre ère. Selon une étude génétique publiée en 2016, il partage un ancêtre commun avec l’homme de Denisova (environ 450 000 ans avant notre ère). Depuis sa découverte, son statut a varié. L’homme de Néandertal fut un temps considéré comme une sous-espèce d’Homo Sapiens. Depuis le séquençage de son ADN réalisé en 2006 et publié en 2010, on a démontré un flux de gênes opéré entre l’homme de Néandertal et l’homme moderne d’Asie et du Proche-Orient, acquis par hybridation lors de leur probable sortie d’Afrique, et leur rencontre au Moyen-Orient. Il a pu ainsi être déterminé que l’homme moderne a de 0,8 à 2,5 % de gênes néandertaliens en lui et dans des proportions graduelles sensiblement plus élevées au sein des populations non-africaines (européenne, moyen-orientale ou asiatique). Très proche physiquement de l’homo sapiens (ou homme moderne), l’homme de Néandertal se caractérise par sa culture matérielle appelée Moustérien. Après une difficile reconnaissance scientifique, l’homme de Néandertal a longtemps pâti d’un jugement négatif par rapport à l’homo Sapiens, considéré dans l’imagerie populaire comme un être simiesque, fruste, laid et attardé. Les progrès de l’archéologie et de la paléonthropologie depuis les années 1960 ont en fait révélé une espèce d’un certain développement culturel.

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L’homme de Néandertal était physiquement plus robuste et plus trapu que l’homo Sapiens en raison de son développement dans un environnement plus froid. Il avait un cerveau un peu plus volumineux en moyenne, mais avec un coefficient d’encéphalisation légèrement moindre. De nombreux points restent encore à élucider, comme son ascendance précise ainsi que la date et les causes exactes de son extinction après plus de 400 000 ans d’existence !… Certains outils découverts à Gibraltar et attribués aux Néandertaliens pourraient dater de 28 000 ans avant notre ère. Soit à l’époque de l’homme de Cro-magnon ou homo Sapiens. L’homo Sapiens (ou homme moderne) serait sorti d’Afrique entre 194 000 et 177 000 ans avant notre ère, peut-être d’une vaste région située entre l’Egypte et l’Ethiopie actuelles, selon toute vraisemblance, avant de se déplacer au Moyen-Orient et en Europe occidentale puis orientale (continentale et méditerranéenne), où il a donc croisé l’homme de Néandertal avant sa disparition, ayant ponctuellement cohabité avec lui (violemment et / ou pacifiquement, selon les cas…), pendant plusieurs milliers, voire dizaines de milliers d’années !…

À travers l’évolution du regard porté sur cette « autre humanité », l’exposition interroge notre perception de la différence et notre rapport à la notion d’espèce humaine. « Néandertal n’était ni supérieur, ni inférieur à l’homme moderne, il était différent. La hiérarchisation est contraire à la démarche scientifique. Rien n’est fixé ou linéaire, l’évolution humaine est buissonnante, tant d’un point de vue biologique que culturel ».

 

11 juin, 2018

Sarkozy, les dessous de cette mise en examen

Classé dans : Politique — llanterne @ 22:59

Il convient de revenir sur cette mise en examen de Nicolas Sarkozy, consécutive à sa garde à vue de la mi-mars, étant maintenant fixé sur son sort. N’ayant pas fait appel de sa mise sous contrôle judiciaire, consécutive à sa mise en examen depuis le 21 mars dernier, Sarkozy contre-attaque depuis peu. L’ancien président français a demandé d’annuler pour vices de procédure son inculpation dans l’enquête sur des soupçons de financement lybien entourant sa campagne de 2007. Selon le JDD, l’avocat de l’ancien président a saisi la chambre d’instruction de la cour d’appel de Paris pour réclamer la nullité de la mise en examen pour « corruption passive », « financement illégal de campagne électorale » et « recel de détournement de fonds publics lybiens ». Dans son recours, Thierry Herzog recense des manquements d’une « particularité grave » justifiant, selon lui, la suspension de l’enquête jusqu’à l’arrêt de la cour d’appel. On ignore encore si cette demande en cours d’annulation pour vices de procédure est recevable, sur le plan juridique. Cette garde à vue, c’était du jamais vu pour un président la République. L’affaire du présumé financement lybien avait connu un rebondissement, Nicolas Sarkozy n’ayant jamais été interrogé directement dans ce dossier. On parle d’une somme faramineuse, voire colossale, cinquante millions d’euros selon Mediapart, apparaissant dans cette nébuleuse des hommes d’affaires sulfureux tel le marchand d’armes Ziad Takieddine.

Effectivement on était face à un événement, il ne faut pas le nier, un ancien président de la république sous le régime de la garde à vue, c’était exceptionnel et historique. Ce n’est pas n’importe qui Nicolas Sarkozy, étant présumé innocent. Mais il faut souligner la manière dont il a été associé à tout un arsenal de procédures liées au financement de la vie politique, avec l’affaire Bettencourt, l’affaire lybienne, l’affaire Bygmalion, son nom ayant aussi été évoqué dans l’affaire Karachi autour du financement de la campagne d’Edouard Balladur, ayant toutes ses dérives liées au système de financement des partis. Ce qui pose au-delà de la personnalité de Nicolas Sarkozy, la question de ces financements. Est-ce autorisé ? Comment réagit la droite ? Est-ce qu’il y a une sorte d’union sacrée au sein du parti Les Républicains, autour de Nicolas Sarkozy ? Est-ce qu’il faut que l’on augmente ce solde des comptes de campagne ? Ou bien est-ce qu’il faudrait que les hommes politiques se restreignent un peu ? Quelle est l’affaire la plus dangereuse ?  Pourquoi un dossier tel Bygmalion n’est-il toujours pas résolu ? En 1974, est-ce que cela aurait pu avoir lieu ?  Quel est le délai de prescription pour les différents faits reprochés ? Quels sont les nouveaux éléments dont dispose la justice pour mettre en garde à vue Sarkozy ? Est-ce que dans ces dossiers, Nicolas Sarkozy risque la prison ? Quel aurait été l’intérêt d’aller faire la guerre à quelqu’un qui lui aurait rendu service en le finançant ? Ce sont là autant de questions soulevées.

Ce qui frappait le plus, dans cette garde à vue effectuée au mois de mars, c’était la durée. Nicolas Sarkozy a bénéficié d’un régime particulier, ayant eu le droit de rentrer dormir chez lui, étant normalement un moyen de pression psychologique pour faire craquer les mis en examen que de les garder des heures, des heures et des heures. La garde à vue était de 48 heures, car elle ne peut excéder cette durée, hors affaire de terrorisme, pour ce qui relève du droit commun. Alors évidemment, c’est un ancien président de la République, c’est ce qui peut interpeller les Français. Jacques Chirac a déjà été entendu, mais très peu de temps et Sarkozy dans une autre affaire. Mais là, ce fut long, étant interrogé par le juge Tournère, qui est un redoutable juriste. Etant avant tout un ancien chef de l’Etat, l’idée était d’opérer une sorte de pression psychologique, cela faisant quelques semaines que Nicolas Sarkozy devait se préparer à cette question-là. Cela a permis aux policiers de se former à ce dossier extrêmement compliqué, tentaculaire. S’il était resté à Nanterre, il y aurait eu huit heures de sommeil décomptés, donc moins de temps de garde à vue, la question étant de savoir si c’était un traitement de faveur. Mais en fait, un certain nombre d’avocats pénalistes expliquaient que cela aurait pu au contraire signifier que le juge Tournère voulait profiter à cœur de ces quarante-huit heures. La garde à vue, c’est on vous met dans une cellule, on vous sort, on vous y remet, on vous sort et ainsi de suite, ce qui est terrible sur le plan psychologique. Il avait pu se préparer, ces avocats ayant vu la chose venir. La garde rapprochée de Nicolas Sarkozy était au courant.

Deux éléments ont accéléré la procédure. L’ex-directeur de cabinet de Kadhafi en exil, Bechir Salé a échappé à une tentative d’assassinat. Béchir Saleh doit sa survie à la France. Suite aux révélations de Médiapart, Nicolas Sarkozy opère son exfiltration vers la France, puis vers le Qatar, alors qu’il est recherché par Interpol, avant de gagner l’Afrique du sud. Il sort de son silence récemment et se fait tirer dessus en février dernier. Ensuite la justice française veut entendre parler Alexandre Djhouri, personnage sulfureux qui a été arrêté à Londres, ayant permis à Bechir Salé d’être exfiltré. Normalement, Djhouri doit être extradé vers la France, l’été 2018, et a été retrouvé dans la propriété de ce-dernier des documents qui pourraient être compromettant. En 2007, on a dit que l’UMP aurait été financé en partie par la Lybie. Nicolas Sarkozy s’engage pleinement dans la libération des infirmières bulgares détenues en Lybie (accusées par le régime lybien d’avoir inoculé le sida à plusieurs enfants lybiens). La contre-partie de ce service rendu aurait été de rendre une partie de cet argent. Après il y a eu une série d’événements. Claude Guéant a été mis en examen en 2012, quand l’affaire éclate. Mais c’est la première fois que l’ex-chef de l’Etat est auditionné directement dans ce dossier, interrogé sur le financement de sa campagne de 2007, les médias étant à l’affût de la moindre image. C’est une attention particulière pour un ancien président. Dans sa famille politique, l’affaire passe mal. Le gouvernement n’entend pas polémiquer sur le sujet. Parmi les autres réactions, on a pu noter celle de Ségolène Royal teintée d’une pointe d’ironie voire d’amertume, elle qui a été battu par Nicolas Sarkozy en 2007. Le juge Tournère a déjà suivi Sarkozy dans l’affaire Bygmalion. Réputé tenace, le magistrat cherche à savoir s’il a été rétribué par Kadhafi. L’homme d’affaires franco-libanais Takieddine a prétendu avoir joué les intermédiaires entre la France et Tripoli, des accusations toujours rejetées par Sarkozy. Il n’est pas le seul à avoir été entendu par les policiers anti-corruption, Claude Guéant l’ayant été dans une audition libre, pour faux, usage de faux et blanchiment de fraude fiscale en bande organisée. A part les policiers qui l’interrogent et les juges, personne ne connaît la réalité immédiate de ce qui est reproché à Sarkozy. La méthode n’est cependant pas très discutable et cette affaire met l’éclairage sur un certain nombre de personnages assez sulfureux, dont les témoignages peuvent être au moins sujets à caution.

La publication des documents par Médiapart a été validé par la justice. Alexandre Djhouri était assez fréquemment à l’Elysée, du temps de la présidence de Sarkozy où il rencontrait souvent Claude Guéant, lui qui a exfiltré le fameux Béchir Saleh de Lybie vers la France à la révolution de 2011, puis de France vers le Qatar. Donc il est certain qu’il a fréquenté de très près ces personnages. La réaction était toujours de le soutenir, la victimisation dont savait très bien jouer Nicolas Sarkozy fonctionne bien. Nicolas Sarkozy reste la figure tutélaire de la famille, d’où un soutien tacite. Il ne faut pas oublier que Laurent Wauquiez était dans les sarkozystes, qu’il est allé s’excuser platement auprès de lui au cours d’un déjeuner en tête-à-tête, après son étalage à l’EM Lyon. Car il sait parfaitement que Sarkozy est toujours le chef. Ce qui est intéressant, c’est ce que c’est vraiment un roman de John Le Carré absolument tentaculaire, où il y a des morts, Sarkozy ayant déclaré la guerre à la Lybie de Kadhafi en 2011, après plusieurs événements, de la libération des infirmières en passant par la visite du guide lybien en 2007 et la tente bédouine plantée dans les jardins de l’Elysée. Au début, on parle de cinquante millions d’euros. Après Takieddine parle de cinq millions d’euros ramenés dans un voyage express entre Tripoli et Paris, puis une troisième somme entre trois-cent-quarante et cinq-cent-mille euros avoués par Eric Woerth, selon qui des enveloppes étaient distribuées durant la campagne de 2007 à des employés. François Fillon aurait touché des enveloppes. En 2012, il n’y en a pas eu durant la campagne et des employés de l’UMP se sont plaints et ont protesté. Eric Woerth aurait rétorqué qu’en 2007, c’était des dons qui auraient été distribués et anonymement. En 2011, Kadhafi se fait taper dessus par Sarkozy, au travers l’intervention aérienne franco-britannique en soutien à l’insurrection lybienne, éclatée quelques mois plus tôt et visant au renversement du guide lybien. Il est vrai que l’on peut faire taire Kadhafi en allant le tuer. Le seul qui relaie cette accusation de financement, c’est le fils de Kadhafi, avant les bombardements. Il a exhumé la seule preuve écrite, dont l’authenticité a été contestée. C’est l’entourage de Kadhafi qui l’avait dissuadé d’utiliser cet argument, ce qui apparaît hypothétique. Mais cette circulation d’argent et de valises de billets, cela existe. A chaque fois, en 2007 et 2012, il y a eu des dépassements. On se souvient du fameux Sarkothon, en dépit de la loi des années 1990. Incontestablement, de l’argent non déclaré a été utilisé durant cette campagne. Cet argent aurait été distillé durant la campagne, sans que personne ne s’en rende compte. En 2003 – 04, un contrat signé avec l’Arabie saoudite a été l’objet d’une vraie guerre au sein de l’Elysée entre Villepin et Sarkozy, car il y avait des rétro-commissions, Chirac étant parvenu à bloquer un virement au dernier moment. 

Sur le long terme, c’est cela qui pose problème, à savoir comment on finance les campagnes présidentielles et ce que l’on fait pour éviter ce type de montage. Nicolas Sarkozy a toujours nié en bloc, toutes ces accusations, dans toutes ces affaires, la justice lui ayant donné raison, que ce soit dans l’affaire Bettencourt (du nom de feu Liliane Bettencourt, héritière de L’Oréal, première fortune de France et accusée de lui avoir versé des pots-de-vin), l’annulation de ses comptes de campagne. Après cette affaire est un peu plus particulière, par la personnalité aussi de Kadhafi, en arrière-plan en cette fin de quinquennat, l’explosion des dépenses de campagne de 2012 ayant fait porter un autre regard sur la campagne de 2007. Si cela est avéré, c’est grave. Immédiatement après, il y a une question qui se pose sur le déclenchement de l’opération franco-britannique, certes internationale, non justifiée par la volonté d’effacer l’ardoise. Cette question sera posée, de même que celle de l’élimination de Kadhafi et la fuite de sa localisation passée par les services secrets français, d’où un scandale assez international. C’est une histoire qui intrigue l’opinion et les magistrats, l’ayant réhabilité avant de lui faire la guerre quatre ans plus tard, Sarkozy ayant reçu Kadhafi sous les ors de la République française, à l’occasion de sa visite officielle en France, peu après son élection. Il faut se replacer dans le contexte de 2007. Sarkozy s’est rapproché de Bachar El-Assad et de tous les chefs d’Etat du Moyen-orient et d’Afrique du nord (Kadhafi, Mohammed VI, Bouteflika, Ben Ali, Moubarak…), presque tous balayés par les printemps arabes, quatre ans plus tard (de l’Egypte à la Tunisie, en passant par la Lybie, à l’exception de la Syrie, de l’Algérie et du Maroc), à l’époque au nom de cette idée d’Union de la méditerranée. Sarkozy pensait qu’il allait déclencher ce processus, et faire la paix dans ces pays troublés et insuffisamment développés. Mais cela a échoué. La Lybie est un régime éminemment corrupteur, qui a passé le plus clair de son temps à financer et soudoyer des responsables, essentiellement dans les pays d’Afrique. Kadhafi est le paria sur la scène internationale, parce qu’il est accusé d’avoir financé le terrorisme en Afrique, ayant eu deux grandes périodes, d’abord le panarabisme, puis le panafricanisme, suite à l’échec de la première doctrine. Et pour la plupart d’entre elles, les républiques africaines voisines ont cédé à cela. Il a toujours entretenu de très mauvais rapports avec les Occidentaux. Souhaitant entretenir de meilleures relations, il avait besoin de Nicolas Sarkozy, jusqu’à planter sa tente en plein Paris, dans le VIIe arrondissement.

Quelques petits contrats sont également signés dans l’aviation civile (cependant peu significatifs), à l’occasion de sa visite en France, dans le cadre d’une tournée européenne. A une époque où Kadhafi était en quête de reconnaissance internationale, en distribuant de l’argent pour se gagner une respectabilité. Il a aussi facilité cette libération des infirmières bulgares, avant de revenir dans le concert des nations. Il devait devenir le meneur et le porte-drapeau du continent africain. Il avait besoin pour cela de Nicolas Sarkozy, et le pétrole lybien, c’est très intéressant, le satrape lybien pouvant accompagner la mise en place de ce projet d’Union de la méditerranée. Dans un enregistrement audio, Kadhafi déclare qu’il a apporté à Sarkozy les financements nécessaires à sa campagne de 2007. Dans ce système, il y aurait des intermédiaires, tels Alexandre Djhouri et Ziad Takieddine. C’est un scandale d’Etat, le plus grave de la Ve République, à savoir la corruption d’une démocratie, la France, par une dictature, avec tout ce que cela subodore et sous-tend, dans la définition même de corruption, sur le plan sémantique. A savoir la perversion ou le détournement d’un processus ou d’une interaction avec une ou plusieurs personnes dans le dessein, pour le corrupteur, d’obtenir des avantages et des prérogatives particulières et / ou pour le corrompu, d’obtenir une rétribution en échange de sa complaisance. Sarkozy aurait monnayer ces intérêts personnels au travers sa stature de chef de l’Etat récemment élu, et non pas au nom, voire même au détriment de la raison d’Etat. Sans retour réel et très significatif pour l’économie française, dans les faits, sur le plan des contrats signés avec l’Etat lybien, au cours d’une visite officielle longue, et qui a échappé à un moment à tout contrôle sur le plan du protocole, par la personnalité singulière et légèrement déjantée du satrape lybien. En réhabilitant un dictateur associé au terrorisme international dans les années 1980, dont la France fut victime, comme au travers de l’attentat de l’avion de la TWA et ayant déstabilisé de nombreuses régions en Afrique subsaharienne, dont le Tchad. Ayant d’ailleurs entraîné une intervention militaire de la France, à l’époque, l’opération Epervier en février 1986, après le franchissement du 16e parallèle par les forces armées lybiennes venues soutenir le dictateur renversé Goukouni Oueddei. Qui s’avère être, en tant qu’intervention militaire, dans des conditions et interprétations géopolitiques certes éloignées (mais s’étant déroulé dans le même secteur géographique), l’antécédent lointain de l’opération Barkhane déclenchée en août 2014 par l’armée française. 

Après sept mois de bombardements (essentiellement de la France, de l’Italie et du Royaume-Uni), c’est la chute et la mort du dictateur à Syrte, après une révolution enclenchée fin 2010 en Lybie, dans la lignée des printemps arabes (et ayant fait vraisemblablement près de cent-vingt-mille morts). A la suite de quoi, la Lybie a implosé, la situation évoluant vers une deuxième guerre civile toujours en cours. Le pouvoir est scindé entre trois gouvernements rivaux ainsi que plusieurs groupes djihadistes, dont le gouvernement de Tobrouk, internationalement reconnu jusqu’en mars 2016, basé à l’est du pays et comptant sur la loyauté de l’armée lybienne commandée par le Maréchal Khalifa Haftar, soutenu par l’Egypte et les Emirats arabes unis. On compte également le gouvernement de Tripoli basé à l’ouest dans la capitale du même nom, dominé par les Frères musulmans et soutenu par le Qatar, le Soudan, la Turquie et le gouvernement d’union nationale du Conseil présidentiel14 présidé par Fayez el-Sarraj, à partir de mars 2016. Ainsi que plusieurs groupes djihadistes, la branche lybienne de l’Etat islamique (qui est partiellement réduite dans la région de Syrte, voire presque dissoute), des affrontements opposant également dans le sud lybien des milices toubous, touarègues et arabes, soit un chaos véritable… Ce sont des réseaux particuliers, il n’est pas évident qu’avant et après Sarkozy, le même type de problèmes se pose. Aujourd’hui, on est passé dans un mode de relations différent entre la France et le continent africain, et les pratiques sont de plus en plus placées sous le regard de la justice et des médias, Médiapart ayant tout de même suivi les choses d’assez près et il y a eu une évolution. Il faut bien que les médias fassent leur boulot. Le problème, c’est que le conseil constitutionnel valide le compte de campagne des élections présidentielles de 2007, mais beaucoup plus tard. Il se voyait mal quelques mois après, remettre en question un vote. On se souvient que durant la campagne d’Emmanuel Macron, les journalistes se sont interrogés sur l’origine des fonds de sa campagne. On établit toujours le rapport avec ces campagnes américaines qui atteignent les milliards d’euros avec l’achat de temps d’antenne de campagnes publicitaires télévisées.

En octobre dernier, le parquet a demandé le renvoi de l’ancien chef de l’Etat devant un tribunal correctionnel dans l’affaire Bygmalion, à savoir des fausses factures établies pour camoufler des dépassements de dépenses de campagne électorale. Mais aucun fait lié au dossier Bygmalion ne lui ayant été reproché, Nicolas Sarkozy n’a pas été mis en examen. Le parquet demande le renvoi en correctionnelle de Sarkozy, de même bénéficiant d’un non-lieu dans l’affaire Bettencourt. Son nom revient également dans d’autres affaires, pour lesquelles il n’a jamais été mis en examen, comme Karachi. Mais également durant l’affaire Tapie, Sarkozy bénéficie de l’immunité présidentielle, étant accusé d’avoir apporté une orientation favorable à l’homme d’affaires. Mais c’est précisément cette affaire lybienne, d’Etat à Etat, qui est la plus destructrice pour Sarkozy, contribuant à ternir son image, à savoir la corruption d’une campagne électorale d’une démocratie par un dictateur, tout comme la relation entre VGE et Bokassa. Les sommes d’argent ne sont cependant pas les mêmes, l’affaire des diamants de VGE ne correspondant absolument à rien, mais ayant été dévastatrice pour lui. Toutefois, la dynamique ayant porté Nicolas Sarkozy n’a pas été lancé uniquement par l’argent, c’est une certitude. Car il n’y a jamais eu de tel écart qu’en 2007 avec 53 % des voix au deuxième tour pour Nicolas Sarkozy face à Ségolène Royal. Ce n’est pas le fait qu’il ait pu éventuellement toucher des sommes d’argent qui l’a fait élire, ayant fait 31 % au premier tour, Jacques Chirac n’ayant jamais dépassé les 20 % que ce soit en 1988, en 1995 et en 2002. Cette affaire Bygmalion n’est pas finie, quant à elle et l’on peut se demander pourquoi. Il y a eu des recours, c’est une affaire qui est très longue et complexe, reportée à 2020. S’il est avéré que Sarkozy est directement impliqué dans le transfert de fonds, il serait passible de peines de prison pour trafic d’influence, corruption. Mais il faut savoir qu’il y a un certain nombre d’intermédiaires, comme Copé dans l’affaire Bygmalion. Dans le scandale de Panama dans les années 1890, il n’y a qu’un député qui a été condamné, car il s’était dénoncé, les cent-vingt-cinq députés et sénateurs incriminés et accusés d’avoir touché de l’argent, ayant été innocentés. Nicolas Sarkozy était revenu sur la scène publique et non la vie politique et il cherchait en tant que grand référent à être aimé, s’étant associé à certains sujets comme la lutte contre le cancer. Ce qui était une manière de se détacher de cette image de fin de mandat d’homme attaché à l’argent. Mais au-delà, pour les Français, il était en train de se construire une autre image. La popularité de l’homme est intacte, du moins il semblerait, auprès d’une partie de l’opinion publique et puis ce n’est pas parce qu’on est populaire dans une frange de l’électorat de droite, qu’on est à même de se faire élire, comme on l’a vu aux primaires « Les Républicains » en 2016. 

A chaque élection présidentielle, il y a toujours une histoire (1995, 2007 et 2012). Il n’y en a pas pour celle de 2017, du moins pas encore. On n’a jamais vu un président autant attaqué, mais on a jamais vu également un président associé à autant d’affaires. Mais pour autant, les prédécesseurs de Nicolas Sarkozy ne sont pas non plus des saints. Dans les années 1960, il y a eu l’affaire Ben Barka. Durant le septennat de Giscard, il y a eu quatre morts. Sous Mitterrand, il y a eu les suicides de Bérégovoy, Grosrouvre, l’affaire des écoutes téléphoniques de l’Elysée. Chirac a été condamné dans l’affaire du financement des HLM de la ville de Paris. C’est d’ailleurs pour cette raison principale que l’UMP a changé de nom. L’américanisation des formes de propagande, de campagne électorale, de mise en scène télévisuelle, cela choque et coûte cher et de plus en plus cher. Chirac a inauguré cette pratique dans les années 1980 avec des campagnes RPR à la Reagan (à défaut d’idées et de programmes réels), Nicolas Sarkozy ayant poursuivi dans cette voie, lors de la campagne de 2007. Le but de transformer chaque meeting en show télévisé a fait flamber les coûts des dépenses de campagne. Mais il faudrait vraisemblablement fixer une limite sur le plan juridique à ces dérives, cela accompagnant à juste titre dans l’opinion publique, la perception d’une vie politique se limitant de plus en plus à de la communication…

                                                                                                                                                                                           J. D.

15 mai, 2018

Carnet littéraire – Coups de coeur

Classé dans : Focus litteraire — llanterne @ 3:03

« Au plaisir de Dieu », Jean d’Ormesson, Folio

En hommage à la mémoire de son grand-père, symbole de la tradition, contraint de s’éloigner à jamais de la terre de ses ancêtres, le cadet d’une vieille famille française enfermée dans l’image du passé raconte ce qui a été et qui achève de s’effondrer. Le berceau de la tribu, le château de Plessis-lez-Vaudreuil, est au centre de cette longue chronique qui embrase, depuis les croisades jusqu’à nos jours, l’histoire du monde, du pays, de tout ce que la lignée a incarné et en quoi elle a cru, et qui s’est peu à peu effrité. Un mariage d’amour et d’argent, les idées contemporaines et subversives, les livres, les mœurs nouvelles ouvrent successivement des brèches dans la forteresse de la tradition. L’histoire du XXe siècle, avec ses situations paradoxales, précipite la mutation et la décadence d’une famille qui avait su, à travers tous les cataclysmes, maintenir ses privilèges et conserver son charme. Disparu le 5 décembre dernier, Jean d’Ormesson, de l’Académie française, ancien élève de l’Ecole normale supérieure, agrégé de philosophie, a écrit des œuvres où la fiction se mêle à l’autobiographie. C’est là son 1er roman, à redécouvrir.

« Désir de ville ; Petit précis de mondialisation V », Erik Orsenna, Robert Laffont

A ce jour, mars 2018, cinquante agglomérations dépassent, sur notre planète, les dix millions d’humains. Soixante-cinq millions à Hong Kong et dans les alentours de la rivière des Perles ; quarante-deux millions pour Tokyo et son proche voisinage ; trente-cinq millions pour Jakarta… D’ores et déjà, la moitié de nos compatriotes vivent en ville. Bientôt, dans quinze ans, dans vingt ans, ce seront les deux tiers…

Et si la ville était le creuset de toutes les inventions, le plus formidable des réservoirs de la vie ? Voilà pourquoi, en pestant, en ronchonnant, en rêvant de campagne, on se précipite pour y vivre. Alors, bienvenue dans deux cents villes d’aujourd’hui, dont trente françaises, de Paris à Guéret, de Lyon à Montfermeil. Bienvenue dans la vie moderne. Erik Orsenna, prix Goncourt 1988 pour L’Exposition coloniale, élu à l’Académie française en 1998, est l’auteur d’une cinquantaine de livres. Il publie simultanément, chez Robert Laffont, dans la collection « Bouquins », Dernières nouvelles du monde. Architecte et paysagiste, Nicolas Gilsoul est docteur en sciences à l’Institut des sciences et industries du vivant et de l’environnement, à Paris. Lauréat de l’Académie de France à Rome, pensionnaire de la Villa Médicis, il a remporté de nombreux prix d’architecture. Après le coton, le papier, l’eau, la géopolitique du moustique, c’est là un cinquième opus de la collection Petit précis de mondialisation écrit cette fois-ci à quatre mains par ces deux auteurs, Orsenna préfaçant l’ouvrage.

« Promenades en bord de mer et étonnements heureux », Olivier de Kersauzon, Points

De Brest à Tahiti, des Marquises au détroit de Magellan, Olivier de Kersauzon nous emmène en mer. Là où le temps est autre : long, dense, il s’étend pour permettre de réfléchir, aimer ou se battre. Anecdotes des quatre coins du globe, souvenirs doux-amers et contemplations enchantées… Voici le catalogue singulier d’un marin-poète, amoureux de la nature et des éléments qui se déchaînent. Profitons de ce qui émerveille, dépêchons-nous de saisir la lumière du monde ! Né en 1944, Olivier de Kersauzon est chroniqueur, écrivain et navigateur, connu pour avoir battu le record du monde en solitaire en 1989. Son récit Le monde comme il me parle est disponible en Points.

« Entrez dans la danse », Jean Teulé, Roman Julliard

Le nouveau roman de Jean Teulé s’inspire d’une réelle épidémie de danse mortelle, survenue en 1519. Après Le Montespan, O Verlaine, Fleur de tonnerre, Mangez-le si vous voulez, Charly 9, autant d’horreurs puisées dans l’histoire, l’auteur a déniché une curiosité hallucinante. 

A Strasbourg, au début du XVIe siècle, dans un contexte de pauvreté et de famine et à l’aune d’une hypothétique invasion ottomane, une partie de la population emboîte le pas à la femme de l’imprimeur Melchior. Cette- dernière, subitement saisie de folie après avoir balancé son nourrisson dans la rivière, se met à danser sans s’arrêter. L’épidémie se répand, c’est la panique chez le maire et la stupéfaction angoissée chez l’évêque. Qu’est-ce donc que cette ronde envoûtante, se répandant, au fur et à mesure que les gigoteurs s’épuisent, couverts d’abcès, de purulences et de pustules ? Certains se mirent à danser et ne cessèrent jour et nuit, pendant deux mois, sans interruption, jusqu’à tomber inconscients, voire jusqu’à la mort. Même les corps encore vivants tombent en morceaux dans cette danse macabre, au travers ces faits véridiques ici relatés par l’auteur de romans noirs historiques.

14 mai, 2018

Un 1er mai désuni

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 3:23

Ce devait être une démonstration de force pour les syndicats dans un printemps social agité, sur fond de blocage dans les universités, de grève à la SNCF, à Air France… Mais ce 1er mai sera marqué par la désunion syndicale. La CFDT boude les cortèges et la CGT continue d’espérer que cheminots, pilotes, infirmiers, caissières finiront par additionner leurs forces et unir leur colère. Mais pour l’instant, l’opinion soutient en tout cas la réforme de la SNCF et la mobilisation s’effrite un peu plus chaque jour. Du côté politique également, l’unité est difficile à construire. Par ailleurs, le cortège parisien de la manifestation a dû être détourné. Car une autre mobilisation s’est organisée en ce 1er mai, celle de mouvements radicaux qui utilisent, eux, la violence contre la politique d’Emmanuel Macron. Plus de 1 000 casseurs cagoulés, organisés, en rangs serrés, ont eux aussi, célébré le 1er mai à leur manière, ce qui est du jamais vu. A ce titre, plusieurs questions se posent. Les syndicats désunis servent-ils encore les intérêts des travailleurs ? Ne sont-ils pas devenus des mouvements politiciens ? Pourquoi n’ont-ils pas profité de cette occasion pour effectuer leur démonstration de force ? Qui sont ceux ayant commis les violences, en marge de la manifestation du 1er mai à Paris ? Que font ces organisations très radicales ? Aurait-on pu éviter les violences et les dégradations en marge du défilé parisien du 1er mai ? Est-ce que l’on a suffisamment anticipé les événements, à la préfecture de police de Paris ? Comment anticiper ce genre de choses ? La CGT a-t-elle un service d’ordre ? Pourquoi n’est-elle pas à même d’empêcher les casseurs de sévir ? Quelle sont les conclusions à en tirer ? Quelle sont en les causes ?

Dans un premier temps, ce qu’il convient de constater, c’est que s’ils font front commun à la SNCF ou dans la fonction publique, une nouvelle fois les syndicats n’ont pas défilé côte à côte en cette journée internationale des travailleurs. Il faut remonter en effet à 2017, entre les deux tours de la présidentielle, pour voir les centrales faire bloc. Ce jour-là, 1,3 million de personnes avaient manifesté (selon le ministère de l’Intérieur) à l’appel de la CGT, de la CFDT, de FO, la FSU et de l’Unsa pour « faire barrage » à Marine Le Pen. Et cette année, la désunion est la règle, malgré un contexte social agité avec les mobilisations de cheminots, de fonctionnaires, d’étudiants, de retraités ou de salariés d’Ephad et d’Air France. Sont en cause des positions jusqu’ici irréconciliables sur la « convergence des luttes » prônée par Philippe Martinez, le numéro un de la CGT. Réfractaire à ce mode d’action, le secrétaire général de la CFDT – Laurent Berger – entend mettre l’accent sur le dialogue social et la négociation collective. Alors que du côté de Force Ouvrière, l’arrivée de Pascal Pavageau s’accompagne d’un changement de ton. La semaine dernière, la gauche a multiplié les rendez-vous anti-Macron, mais chacun est resté pour l’instant dans son couloir. Jean-Luc Mélenchon a souhaité faire du rassemblement du 5 mai, la « marche nationale » à l’appel du député LFI de la Somme, François Ruffin. Néanmoins malgré cet appel, aucun représentant de la France Insoumise n’était présent place de la République, pour le « meeting unitaire » réunissant notamment Benoît Hamon (Génération.s, ex-PS), Pierre Laurent (PCF), Olivier Besancenot (NPA), David Cormand (EELV).

Si l’on additionne les cortèges parisiens et en province, avec 20 000 manifestants dans le cortège syndical, c’est ni plus ni moins, que les dernières années. Mais cela mobilise de moins en moins, la CFDT, la CFTC allant de plus en plus dans une logique de négociations et aussi parce que les mentalités évoluent. Dans les syndicats aujourd’hui, il y a également un vieillissement des bases militantes. Les jeunes générations ne battent plus autant le pavé parisien, le poing levé, il y a aussi internet. Macron expliquait que la démocratie sociale, c’était terminé et que les syndicats étaient là pour parler dans les branches, dans les entreprises, mais pas à l’échelle nationale. C’est un risque, car nous avons aussi l’impression que le pouvoir exécutif a pulvérisé les forces politiques d’opposition. Et il a certes beaucoup écouté les organisations syndicales et patronales, mais il les a laissés sur le côté. Les organisations syndicales sont à la recherche du dialogue, comme à la SNCF, à la recherche d’une convention collective. Et la place a davantage été laissé au syndicalisme de rupture, la CGT, la CFDT. On a le sentiment que Macron donne le dernier coup et c’est là où il y a rupture, comparée à ses prédécesseurs. Ce qui est assez nouveau et peut-être assez dangereux, c’est la manière dont ils traitent les syndicats souhaitant dialoguer, car nous avons besoin de syndicats, certes représentatifs comme Outre-Rhin. A ce titre, Laurent Berger avait tendu la main sur la SNCF, sur le conflit Air France, disant qu’il fallait arrêter ce bras de fer, la compagnie aérienne allant dans le mur, ce qui en fait un interlocuteur. Mais Emmanuel Macron fait la sourde oreille, car il considère qu’il n’a pas besoin de cette main tendue et que les réformes se feront, quoi qu’il en soit. Et Macron semble mettre ainsi tous les syndicats dans le même sac. Il y a pourtant des différences notables entre la CGT de Martinez et la CFDT de Laurent Berger. Outre-Rhin, si les réformes s’opèrent efficacement et en douceur, c’est souvent parce qu’il y a des syndicats représentatifs en face, à même de négocier.

Le monde du travail est beaucoup plus perplexe que l’ensemble des Français, à ce titre, vis-à-vis de cette option politique visant à marginaliser les syndicats posant problème, montrant que cette option n’est pas aussi évidente. On a vu des responsables de la CFDT faire de la philosophie politique, ces dernières semaines, en interpellant le chef de l’Etat. C’est la nécessité du contrat, du dialogue, de travailler en amont. Ce syndicalisme se trouve dans une logique de contestation, de protestation certes, mais pas de radicalité violente. Regardons quand l’Unef recule ou à NDDL, où les élus locaux sont moins présents. Or cela fait une société plus dure, quand il n’y a pas d’éléments intermédiaires, des facilitateurs, à même de transformer de la colère en propositions et en dialogue. Ainsi on s’aperçoit que sur un certain nombre de réformes, les syndicats font de la pseudo-contestation. Cependant les organisations ne veulent pas dérailler et n’ont pas voulu profiter du 1er mai pour faire leur démonstration de force. La CGT n’a de signification de valeur que si on est d’accord sur les objectifs. Or l’objectif de la CGT est un peu l’héritier de l’objectif du PCF. Et l’unité d’action a toujours prévalu sur la logique syndicale. Le nouveau dirigeant de FO promet de durcir le ton et tranche avec la logique de son prédécesseur. On se demande également si certains syndicats (FO, CGT…) servent encore les travailleurs et pas des positionnements politiques. La CGT a clairement des positionnements politiques, au contraire de la CFDT. Mais partout en Europe, le syndicalisme est utile, car il accompagne, il ne conteste pas. Une organisation doit avoir une relation de construction avec le politique. Et les syndicats se trouvent confrontés à cette violence sociale ayant des expressions récentes.

Les enragés, les anarchistes, les antifas, les zadistes, se distinguent bien d’une protestation du registre démocratique. Il y a toujours des casseurs en fin de cortège, comme ceux ayant dévasté le boulevard Montparnasse, lors de la loi El Khomri. Mais là, ils étaient devant, organisés et structurés. C’est un problème pour les organisations syndicales, qui voulaient refaire leur image. Ce ne sont toutefois pas nécessairement les services d’ordre des syndicats qui sont coupables. Les casseurs sont très très jeunes, le service d’ordre de la CGT, ce sont des gros durs, mais qui ne sont pas adaptés. Les services d’ordre d’aujourd’hui ne sont aussi pas ceux d’hier. Ils ne sont pas armés face aux Blacks blocs pour rivaliser. Le service d’ordre sert à réguler la manifestation, pas à faire la police dans Paris, et pas à Austerlitz. Dans certains cas, ils interviennent, tels ceux de la CGT ayant éjecté des casseurs à Tolbiac, empêchant certains d’entrer dans la fac. A la fin septembre, les troupes de la France insoumise se sont affrontées à la Bastille avec les Blacks Blocs. Les services d’ordre ont été efficaces, révélant parfois une meilleure mobilité, dans certains cas. Il y a des provocateurs, mais la réalité c’est que l’immense majorité des manifestants étaient pacifiques et pacifistes. Dans les entrepôts de la SNCF, il y a eu juste un ou deux cas de violence. Le défilé syndical a été bloqué par un rassemblement d’environ 1 200 individus cagoulés, masqués et vêtus de noir, à hauteur du pont d’Austerlitz. Ces organisations très radicales cherchent à se faire porter par cette contestation. Rassemblés autour de banderoles, ils ont scandé des slogans hostiles au gouvernement et à la presse avant de saccager un restaurant Mc Donald’s. 

Macron en déplacement en Australie, s’est dit ne cherchant pas à fuir ses responsabilités. On est dans une Ve République, où tout remonte en haut. Tout tourne autour de cette figure assez archaïque du président. Emmanuel Macron a condamné « avec une absolue fermeté les violences qui ont eu lieu et qui ont dévoyé les cortèges du 1er mai ». « La journée du travail, c’est la journée des travailleurs pas la journée des casseurs », a-t-il affirmé. Le Premier ministre Édouard Philippe a lui réagi depuis le commissariat du XIIIe arrondissement de Paris, souhaitant couper court à toute polémique. Les critiques pleuvent sur la gestion de la manifestation du 1er Mai. Le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, demande une commission d’enquête parlementaire sur la « chaîne de commandement ». Le secrétaire général du PCF, Pierre Laurent, dénonce « l’attitude trouble des forces de police ». « Faillite de l’Etat régalien » pour le patron de LR Laurent Wauquiez, « laxisme du pouvoir » selon la présidente frontiste Marine Le Pen. De son côté, le leader de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon a dénoncé d’« insupportables violences » et a appelé les plus jeunes à « ne pas se laisser embarquer là-dedans ». Le préfet de police de Paris, Michel Delpuech, assume ses choix. Il peut certes se prévaloir d’un bilan humain avantageux : seules quatre personnes ont été légèrement blessées, dont un CRS. Mais 31 commerces ont été mis à sac, 16 véhicules ont été dégradés ou brûlés. Politiquement, l’amertume l’emporte, tant le délai entre les saccages et l’intervention des forces de l’ordre est apparu important. Voilà de nouveau la philosophie du maintien de l’ordre à la française remise en cause.

Nous sommes dans un contexte de radicalité très fort, avec des casseurs venant de l’hexagone mais aussi de partout en Europe. Les repérages ont été faits, avant le défilé. Vous aviez depuis quelques jours, des tracts, des signatures, tout cela été pensé et réfléchi, car ce sont des gens très décentralisés, structurés. Les Black blocs sont des mouvements très radicaux, présents partout en Europe. On peut dire des Black blocs plutôt qu’ils sont spartakistes, anarcho-etc., mais pas vraiment d’ultra-gauche. Les Black blocs, ce n’est pas un mouvement, un nom générique. C’est un mode opératoire, une méthode visant à se cagouler, à se fondre et à disparaître. C’est un kidnapping de manifestation. A ce titre, Mai 68 en est un exemple car contrôlé par personne, les mouvements ayant été alors désorganisés. Il faut attendre 1986 pour apercevoir cette 1ère nébuleuse, ce qui s’est produit lors du CPE. Il y a plusieurs évolutions dans la désagrégation du mouvement social. Mais ces casseurs choisissent leurs moments, leur coordination, leur souplesse. Et là, il y a des points de ralliement, c’est le 1er mai. Et l’on avait des renseignements des RG établissant que ce 1er mai était à risque. Ils avouaient être dépassés par ces jeunes, voire des très jeunes, cagoulés dans les cortèges. Cela fait fuir les manifestants, pris dans des mouvements de foule, ce qui est compliqué pour les organisations syndicales. Le gouvernement mis en cause tente de déminer le terrain et de justifier la méthode mise en place par les forces de l’ordre. La polémique politique laisse la place à ces Black blocs. Ils n’ont toutefois pas parasité toutes les manifestations des dernières années. Ils choisissent leurs manifestations, leurs moments. Tel cela a été analysé, nous sortons d’une phase de NDDL et d’occupation de facs et donc cela les a libérés. Avec la fin d’autres conflits, ce type de casseurs a pu se concentrer sur le 1er mai. L’anniversaire de mai 68 avec les cinquante ans, leur donne l’idée d’imiter voire de dépasser le passé également. Mais on est cependant loin des violences des militants maoïstes de la nuit du 27 au 28 mai 1968, dans un contexte qui n’est plus aussi celui de la fin des trente glorieuses.

Les interpellations ont été nombreuses à l’issue du défilé et jusque dans la nuit. Peu ont été pris sur le fait, en plein saccage. Mais c’est aussi tout le traitement de l’information qui est au cœur de ce débat. Car il y a un an, les casseurs ont été beaucoup moins nombreux, mais les dégâts ont été beaucoup plus importants. Maintenir l’ordre malgré le désordre donc c’est le juste équilibre à trouver. Le service d’ordre et les forces de l’ordre ont fait preuve de sang-froid, disent les syndicats policiers. Il aurait fallu sinon avoir quasiment le double d’effectifs, pour éviter de la casse, car il faut mettre des réserves d’effectifs sur tout le parcours. On n’en a pas les moyens, car on a NDDL, les facultés, Bure, Calais, les frontières, Menton… Donc on a des choix stratégiques qui sont à faire. L’objectif c’est de s’en prendre aux forces de l’ordre, mais si ces dernières sont en contact avec les casseurs, il y a des violences. Les forces de l’ordre sont encore traumatisées par la mort de manifestants (Malik Oussekine en 1986 et Rémi Fraisse en 2014) et elles évitent le corps à corps dans la foule, privilégiant le maintien à distance, sauf si des personnes sont exposées. Là, ce sont plutôt des vitrines, du mobilier urbain, des véhicules qui ont été pris pour cible, et un Mac Donald’s avec un logo ANF, rejetant l’élevage animal. A NDDL, ce type de territoires, cela peut être la vulnérabilité, les failles ayant été exploité par ces mouvements. C’est l’aspect opérationnel, du point de vue théorique qu’il y ait à un moment donné un espace où le capitalisme et l’Etat n’a plus de rôle, cela a été théorisé. Face à la polémique qui enfle sur la stratégie policière, Edouard Philippe et Gérard Collomb ont pris la parole pour tenter de faire baisser la tension, la pression. Cette manif’ est un succès tactique relatif, car il y a dix fois moins de casse que l’année dernière. En la matière, l’ensemble du processus de maintien de l’ordre a été bien orchestré. Personne ne sait exactement ce que c’est qu’un métier de CRS. S’il y avait eu un mort, deux noyés, trois blessés, nous serions en train de faire le corbillard du gouvernement, de le suivre en cortège, en attendant sa démission.

L’usage de la force légitime n’est plus accepté dans la démocratie d’opinion émotionnelle. On ne va pas tuer quelqu’un pour sauver un Mc Do ou une voiture qui brûle, quelque soit l’adversaire. L’année dernière, les dégâts matériels étaient considérables, les blessés policiers très nombreux. Mais la particularité de ce type de groupe, c’est qu’ils ne sont pas dans la bataille de l’opinion, pour utiliser les masses dans un rapport de force avec les autorités, pour l’arrêt d’un projet, etc. Là, ils ne sont pas dans cette logique-là, parlant de sabotage, de blocage, c’est un rapport de force sur le terrain, pour démontrer que l’Etat est impuissant, que l’Etat dérape, que le système est impuissant et que les individus sont ingouvernables. Les anarchistes cherchent la destruction de toute forme d’autorité et l’action se fait par la violence. Au XIXe siècle, ils avaient tué un président de la République, jeté une grenade dans l’assemblée et il avait fallu un ministre de l’intérieur énergique et pragmatique, Georges Clémenceau, pour remettre de l’ordre dans tout cela. Mais le plus préoccupant à l’aune de ces évènements, c’est la faiblesse et la désunion affichée du monde syndical. L’Etat, la société civile, les entreprises ont besoin de partenaires sociaux représentatifs, Emmanuel Macron ne semblant pas accompagner une recomposition du modèle syndical hexagonal, pourtant nécessaire, voire indispensable à l’accompagnement de toute réforme en profondeur.

                                                                                                                                                                                     J. D.

 

1 mai, 2018

Les Hollandais à Paris – Le Petit Palais

Classé dans : Culture — llanterne @ 13:40

Les Hollandais à Paris, Le Petit Palais, 6 Février – 13 Mai 2018

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Entre 1789 et 1914, plus d’un millier d’artistes néerlandais séjournent à Paris, qui s’impose alors comme le creuset de la modernité. Certains s’y installent définitivement, comme Ary Scheffer, d’autres y passent quelques années décisives, c’est le cas de Vincent Van Gogh. Le Petit Palais explore en 115 oeuvres les fructueux échanges que ces peintres ont tissé avec les artistes installés dans la capitale, au travers cette exposition, contribuant ainsi au climat d’émulation hors normes qui régnait alors, organisée en collaboration avec le Van Gogh Museum d’Amsterdam et RKD (Institut néerlandais d’histoire de l’art de La Haye).

Parmi les peintres sélectionnés, certains sont bien connus du grand public : Kees van Dongen ou Piet Mondrian, bien que méconnus du point de vue de l’histoire de l’art. Sont exposés également des artistes peu ou pas connus en France, comme Jacob Maris qui a peint à Barbizon, ou George Hendrik Breitner, une icône aux Pays-Bas, Frederik Hendrik Kaemmerer, en revanche, étant une vraie découverte car il a été complètement oublié après sa mort. Dans le sillage des récentes expositions consacrées à Georges Desvallières, Albert Besnard ou Anders Zorn, le Petit Palais poursuit sa redécouverte des artistes du XIXe siècle. L’angle inédit choisi ici permet d’associer chaque peintre hollandais à un thème, le parcours débutant ainsi autour de Gérard Spaendonck et de la peinture florale et ensuite le romantisme, le paysage, le marché de l’art ou l’avant-garde. Le parcours s’achève sur les premières toiles cubistes de Piet Mondrian. Exposées en contrepoint, les toiles de David, Corot, Monet, Signac ou Braque démontrent combien les influences ont été fortes, certains diront mutuelles, mais de mon point de vue, et sans chauvinisme de ma part, plutôt objectivement à même de démontrer la forte influence de la peinture française à cette époque, sur un créneau large allant du XIXe au début du XXe. Paris s’impose comme la capitale des arts ; là où, pour le peintre Gerard Bilders, « brûle le flambeau de l’art moderne ». La part belle est faite également à Jongkind, Edouard Manet le qualifiant de « père du paysage moderne ». Il a énormément peint la capitale en travaux, des années 1850 à 1880, sous forme d’instantanés, dévoilant des artères parfois disparues suite à différents percements haussmanniens.

Jongkind a longtemps vécu dans des quartiers parisiens populaires, particulièrement pourvus en cafés et brasseries, où il pouvait étancher sa soif. Si ses établissements eurent autant de succès au XIXe, c’est aussi parce qu’ils constituaient des lieux de sociabilité de premier plan. Les artistes eurent tôt fait d’établir leurs quartiers généraux dans les cafés, que ce soit à la Brasserie Andler (l’un des berceaux du réalisme), au Divan Le Peletier, au Café Guerbois ou à La Nouvelle Athènes (le rendez-vous des impressionnistes)… En Normandie, c’est notamment à la Ferme Saint-Siméon, une auberge conviviale située sur les hauteurs de Honfleur, que Jongkind put nouer de belles amitiés avec Camille Corot, Eugène Boudon ou Claude Monet. Son usage instinctif de la couleur en fera l’un des artificiers du fauvisme. Si dans la seconde moitié du XIXe siècle les cabarets et autres lieux de plaisirs nocturnes s’ouvrent dans les grandes villes d’Europe comme Amsterdam, ils connaissent à Paris un essor sidérant. 

L’épopée du canal de Suez – Institut du monde arabe

Classé dans : Culture — llanterne @ 12:31

L’épopée du canal de Suez, Institut du monde arabe, 28 Mars – 5 Août 2018

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« L’épopée du canal de Suez », c’est la dernière passionnante exposition en cours, à l’Institut du Monde Arabe, à découvrir. Elle raconte quatre mille ans d’histoire : celle d’un isthme entre l’Asie et l’Afrique, celle du canal, au temps des pharaons d’abord, puis au siècle de la machine dans un pays en renaissance, à l’ombre des empires coloniaux, de la décision du percement du canal contemporain en 1869, jusqu’à sa nationalisation en 1956, suivi des deux conflits israélo-arabes. 

Au temps des pharaons, l’isthme de Suez était déjà parcouru par un canal qui aboutissait à la mer Rouge, comme nous le savons maintenant et tels ont pu l’établir les scientifiques français débarqués dans les bagages de Bonaparte, lors de l’expédition d’Egypte. Qui fut l’initiateur du projet ? A quelles fins était-il utilisé ? Etait-il navigable tout au long de l’année ? Le canal des pharaons partait de Suez pour bifurquer vers l’ouest et rejoindre un des bras du Nil, jusqu’à Zagazig. Son tracé reste relativement incertain malgré les descriptions des itinéraires et les vestiges archéologiques. Il aboutissait dans le golfe de Suez après une voie d’eau creusée dans la partie désertique de la région. Sésostris III fut le premier à avoir entrepris de le creuser. Une certaine activité continua après la conquête de l’Egypte par les Romains. Outre l’appétit des empereurs pour les grands travaux, les motifs étaient stratégiques et économiques. La navigation du Nil à la mer Rouge était difficile, rythmée par des contraintes saisonnières : crue annuelle du fleuve en juillet, régime des vents… Et l’entretien du canal, périodiquement ensablé, était une lourde charge. Quand le calife Amr entreprit la conquête de l’Egypte en 642, il fallut à nouveau désensabler le canal qui tomba définitivement en sommeil après une centaine d’années d’activité. Au XVIe siècle, les Vénitiens proposent au sultan Bajazet II de creuser à nouveau l’ancien canal des Egyptiens, sous l’initiative du marchand Francesco Teldi, en 1504, dont le pays conserve encore le contrôle de la Méditerranée occidentale, les Portugais ayant franchi le cap de Bonne-Espérance en 1498. La route de mer vers les Indes a été ouverte pour leur plus grand profit, le sultan ne percevant plus de taxes sur les épices, et Venise voyant son commerce partiellement péricliter. Mais pourtant le projet n’aboutira pas. C’est l’expédition de Bonaparte (1798) qui relance le projet. Mais Méhémet Ali hésite et cette hésitation reflète tout le dilemme des deux derniers siècles. 

Pour faire revivre cette lointaine province ottomane, il faut importer les techniques européennes et, en même temps, éviter d’éveiller les convoitises. Méhémet Ali sent le danger pour l’indépendance du pays d’une voie d’eau internationale. Lorsque Saïd Pacha accède au pouvoir en 1854, l’ayant connu adolescent, du temps où il était consul de France, Ferdinand de Lesseps se précipite en Egypte pour lui présenter le projet sur lequel il travaille depuis des années. Les deux hommes décident, ensemble, de changer la carte du monde. Pourtant, ils ne pèsent pas bien lourd. L’un est un diplomate sur la touche, l’autre n’est que le gouverneur d’une province de l’Empire ottoman. Le sultan Abdulmecit n’y voit que des inconvénients, notamment en terme de perte d’influence pour Istanbul. Les Anglais, eux, sont directement intéressés par l’isthme de Suez comme route des Indes. Mais ils ne songent pas à un canal, leurs efforts portent sur le développement de moyens terrestres, en attendant le chemin de fer qui reliera Alexandrie à Suez. Craignant une installation des Français en Egypte, ils ne reculent devant aucun argument pour s’y opposer. Le projet est irréalisable sur le plan technique et son existence est menacée – même une fois réalisé – par les dépôts de sable, nécessitant un entretien au coût faramineux, selon eux. Plus tard, Benjamin Disraeli, successeur de Palmerston, comprendra que puisque le canal existe, mieux vaut contrôler le pays tout entier. Et en dépit de la réticence de la Sublime Porte et de l’opposition anglaise, de 1855 à 1869, on passe de la conception à la réalisation du canal de Suez contemporain. 

Faisant le pari du progrès, en 1859, Saïd autorise ainsi Ferdinand de Lesseps à lancer les travaux, lui accordant la concession du canal. Outre l’édification de la voie navigable, ayant nécessité l’évacuation de près de 75 millions de kilomètres de mètres cubes de déblais, le chantier a nécessité de relever d’immenses défis. La construction du canal de Suez est un tour de force technique marquant une étape fondamentale dans l’histoire des travaux publics. Dès 1859, 25 000 ouvriers égyptiens sont engagés sous le régime de la corvée, et mis à la disposition de la Compagnie universelle du canal de Suez. On estime que 1,5 millions d’ouvriers égyptiens oeuvrèrent à la création du canal de Suez et ce qui est contesté, que 125 000 d’entre eux sont mort sur le chantier, principalement du choléra. Leurs principaux outils sont alors la pelle et la pioche. La suppression de ce régime de la corvée en 1863 entraîna l’arrêt des travaux et le chantier allait dès lors faire l’objet d’une profonde réorganisation, se traduisant par le recours aux machines et à la vapeur. Alors que les machines à vapeur étaient restées plutôt à la marge des travaux publics jusqu’aux années 1850, le percement du canal de Suez allait durablement consacrer leur utilité. Son successeur Ismaïl accélère la course au développement. Il dit : « Mon pays n’est plus en Afrique, il est en Europe ». Mais, conscient de la menace, il dit aussi : « Je veux que le canal soit à l’Egypte et non pas l’Egypte au canal. »  

Le 17 novembre 1869, c’est l’inauguration du canal, après 6 années de travaux. Long de 161, 15 kilomètres, il est ouvert à la navigation en grande pompe, le monde ayant alors les yeux tournés vers l’Egypte, l’événement rassemblant une foule en liesse venue applaudir cette réalisation hors normes et les hôtes de choix conviés pour l’occasion. Ferdinand de Lesseps négocie un accord avec le conseil d’administration de la chambre de commerce de Londres. Pour les Anglais, il ne s’agit plus de s’opposer au canal, mais de le placer sous leur direction. En 1875, l’Etat britannique profite de la banqueroute de l’Egypte et rachète la part des actions détenues par le vice-roi. Avec désormais 44 % des actions de la Compagnie du canal de Suez, le Royaume-Uni en devient le principal actionnaire, tandis que les 56 % de parts restantes sont aux mains de divers actionnaires, en majorité des petits porteurs français. Les Anglais prennent pour prétexte la situation révolutionnaire qui règne au Caire pour occuper le pays, en 1882. Français et Anglais resteront côte à côté par défaut. En 1904, dans le cadre de l’Entente cordiale, la France reconnaît la suprématie des Anglais en Egypte. Sous diverses formes, le Royaume-Uni sera hégémonique en Egypte jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale. C’est l’époque des voyages au long cours dont le canal de Suez est un passage mythique. Tandis que, pour les Egyptiens, il devient le symbole du colonialisme contre lequel ils luttent.

En 1952, la dynastie fondée par Mohamed Ali est renversée par le coup d’Etat des Officiers libres et en 1956, le président Gamal Abdel Nasser annonce la nationalisation du canal. Au terme d’un discours de deux heures et quarante-cinq minutes ponctué par un grand éclat de rire, le Raïs annonce la nationalisation, ce 26 juillet 1956. Alors que les bourses occidentales sont closes, Nasser précise que les porteurs d’actions seront remboursés au cours de clôture de la Bourse de Paris. « Nous ne permettrons pas, martèle Nasser, désignant la Compagnie du canal, que le canal de Suez soit un Etat dans l’Etat. » A l’annonce d’un mot de passe répété à trois reprises dans le discours de Nasser, comme convenu depuis la veille, les installations du canal sont prises d’assaut par des plénipotentiaires égyptiens. L’administrateur et les navigateurs français de la Compagnie du canal sont informés que désormais ils recevront leurs ordres de l’administration égyptienne et ils sont invités à poursuivre la navigation comme à l’accoutumée, dans les mêmes conditions contractuelles. C’est la fin d’une certaine Egypte cosmopolite, depuis la fin du XIXe. Bientôt, c’est l’ensemble du pays qui communie dans l’allégresse, de Suez à Alexandrie, en passant par Le Caire. Officier durant la guerre israélo-arabe de 1948-1949, le Raïs n’a pas oublié l’humiliation de la domination britannique. En parlant à son peuple, il vise juste et sauve l’honneur national. Et avec ce coup d’estoc aux intérêts étrangers, il affirme la véritable indépendance politique et économique de son pays.  C’est au tour des Occidentaux de subir de plein fouet l’annonce. 

La réalité immédiate, c’est une crise internationale. Le Royaume-Uni se sent menacé dans ses relations commerciales avec l’Extrême-Orient et dans son approvisionnement en pétrole. La France soupçonne le fondateur du panarabisme de soutenir la rébellion algérienne. Israël craint l’interdiction pour ses navires d’emprunter le canal de Suez. Conformément à l’alliance secrète actée par le protocole de Sèvres par ces trois pays, l’opération Kadesh est lancée. L’armée israélienne envahit la bande de Gaza et le Sinaï égyptien avant d’atteindre la zone du canal, le matin du 29 octobre 1956. Le lendemain, le 30 octobre, la France et le Royaume-Uni bombardent l’Egypte et un corps-expéditionnaire franco-britannique débarque à Suez. Mais sous la pression de l’URSS et des Etats-Unis, soucieux de préserver l’équilibre du nouvel ordre mondial, les forces de cette coalition capitulent sous la contrainte. Et, le 6 novembre, Israël doit se retirer sur la ligne d’armistice de 1949. Le 13 novembre, Nasser n’hésite pas à couler des bateaux pour entraver la circulation des Anglais et des Français dans le canal. L’emploi de la manière forte finira par payer. Après plusieurs guerres qui le paralysent, le canal de Suez est aujourd’hui l’une des premières sources de revenus du pays. Les travaux gigantesques effectués entre 2014 et 2015 doublent sa capacité. Autour de lui, se développe une zone industrielle qui sera un des principaux pôles d’activité de l’Egypte du futur.

 

 

8 mars, 2018

NDDL, un mois 1/2 après

Classé dans : Economie,Politique,sujets de societe — llanterne @ 23:31

Il y a maintenant environ un mois 1/2 de cela, le chef du gouvernement tranchait enfin. La décision d’Edouard Philippe était irrévocable. Après 50 ans de débats passionnés, 179 décisions de justice, des occupations de terres agricoles et une consultation locale, le 17 janvier dernier, le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes était enfin abandonné. Mais en ce début de mois de mars, l’Etat de droit peine à s’imposer dans l’ex-ZAD de Notre-Dame-des-Landes, toujours non évacuée par les gendarmes. Le chef du gouvernement avait pourtant précisé que son évacuation par les zadistes était par contre une condition sine qua non et cela avant la fin de l’hiver. Alors que des incidents sans gravité ont éclaté ailleurs, le 3 mars, dans la ZAD de Bure (Meuse). Et que va-t-il se passer à NDDL, après l’abandon du projet, vu sous différents angles ? Va-t-on aux devants de nouvelles difficultés, quant à l’extension de l’aéroport de Nantes ? Les aéroports français sont-ils réellement saturés ?  Avait-t-on vraiment besoin d’un nouvel aéroport, dans la région de Nantes ? Est-ce la fin des grands projets étatiques, suite à cet abandon face à une pression populaire ? Que faire des terres agricoles de l’ex-ZAD de Notre-Dame-des-Landes ? Et ce qui s’est joué à NDDL est aussi plus vaste et complexe. C’est un rapport à la modernité, au progrès. Car la question posée, c’est comment peut-on être moderne, tout en respectant l’équilibre environnemental sur le plan de l’aménagement du territoire. Comment concevoir un développement économique sans procéder à une artificialisation des sols, grignoter sur les surfaces agricoles et détruire les zones humides en France (dont on sait qu’elles sont très restreintes) ? Qu’en est-il sur le plan économique et du retour sur investissement ? Et combien vont coûter 50 ans d’atermoiements de l’Etat, sur le plan financier ? Quelles seront les compensations pour les collectivités locales ? Quelles seront les indemnisations accordées à Vinci ? Est-ce que cela sera un jour transparent ? Cela se négoce-t-il et que fait-on sur le plan comptable ? Autant d’interrogations sont soulevées et toujours en suspens.

Il y a un mois 1/2 de cela, avec l’abandon du projet de NDDL, c’était ainsi une longue histoire qui s’achevait, presque aussi longue que la Ve République. En effet, quand la déclaration d’utilité publique ouvre ce chantier d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, en 1965, Charles de Gaulle est encore au pouvoir. C’est un premier dossier difficile sur l’écologie, après la loi travail. Edouard Philippe expliquait à l’Assemblée nationale, qu’il n’y avait pas de bonnes solutions sur ce dossier qui traînait depuis très longtemps. S’il y en avait eu une, elle aurait sans doute été prise avant. On ne pouvait s’avancer sur un projet divisant autant les Français, faisant si peu l’unanimité. Naturellement, la décision a enflammé les débats politiques, le gouvernement ayant pour la 1ère fois ressuscité une opposition inaudible depuis l’élection de Macron, du FN à la France insoumise, en passant par Laurent Wauquiez. Les critiques émanant des partisans du projet ont fusé, à la mi-janvier, les détracteurs parlant d’abandon en rase campagne, de déni de démocratie. On accusait alors le gouvernement d’avoir reculé devant les zadistes, à savoir les militants opposés au projet d’aéroport, occupant l’ex-Zone à défendre (ZAD) de Notre-Dame-des-Landes. Soit un néologisme militant (ZAD) utilisé pour désigner une forme de squat à vocation politique, la plupart du temps à l’air libre, généralement destinée à s’opposer à un projet d’aménagement, dans ce cas à Notre-Dame-des-Landes, en Loire-Atlantique (à quelques km de Nantes). Politiquement, le gouvernement est plutôt soutenu par les sondages. La réaction des Français pour la plupart n’est pas sur le fond, ne connaissant pas aux 3/4 le dossier. Mais ce qu’ils ont approuvé, c’est que c’était enfin une décision.

Depuis 15 ans, c’était quand même à la une de l’actualité et c’était le symbole de cette incurie de l’Etat, incapable de trancher. Pour les Français, c’était un symbole d’un Etat faible. Nous voulons des politiques prenant des décisions. De ce point de vue là, pour Edouard Philippe, c’était sa 1ère épreuve. C’est un ancien élu local, maire du Havre et il est parti du rapport des médiateurs. La décision a été relativement bien annoncée, car elle tranchait non seulement un débat du passé, mais aussi par avance les débats à venir, du moins partiellement. Par exemple, un débat sensible commence à germer, à savoir la question de la rétrocession des terres aux agriculteurs, qui étaient propriétaires et qui ont été expropriés. Et qui la réclame, cette rétrocession, puisque l’aéroport ne se fait plus. Cela fait deux ans, que l’on sait qu’il ne se fera plus. En attendant, les zadistes s’organisent pour réclamer le droit de s’installer légalement sur les terres qu’ils occupent.  Si on relit le rapport, ces terres doivent revenir à l’Etat. Cependant, même si cela était noyé dans l’ensemble de son discours, Edouard Philippe y a apposé une fin de non-recevoir. Si bien que l’Etat ne va pas garder les terres, les préempter sur le plan cadastral. Il faudra cependant négocier, ayant eu des agriculteurs expropriés et trouver des solutions avec ces agriculteurs installés entre temps. Qu’aucun départ n’ait lieu à un moment donné s’avère difficilement imaginable déclarait cependant Edouard Philippe. A ce titre, le précédent du plateau du Larzac est instructif.

Rappelons-le, la lutte du causse Larzac fut un mouvement de désobéissance civile non-violente contre l’extension d’un camp militaire qui dura une décennie, de 1971 à 1981. Et qui se solda par une victoire lorsque François Mitterrand, nouvellement élu Président de la République, décida d’abandonner le projet. A ce titre, c’est une référence historique pour de nombreux zadistes, qui disent s’en inspirer largement, sachant que les terres agricoles du plateau n’ont jamais été évacuées, puis rachetées à l’Etat par des agriculteurs, des éleveurs installés entre temps. Que ce soit entièrement pacifique, espérons-le mais cependant ce n’est pas certain, disent certains spécialistes. Quelques expulsions seront opérées avec discernement, a-t-il été déclaré récemment. Emmanuel Macron ne s’est pas encore exprimé publiquement sur le fond du dossier, mais sur le fond sécuritaire il a déclaré : « je ne veux pas voir ce genre de choses sur le territoire français ». Ce n’est pas Martine à la ferme, l’ambiance à NDDL. Edouard Philippe tend aux zadistes l’occasion de partir d’eux-mêmes. Dans son discours très mesuré du 17 janvier dernier, il n’y emploie cependant pas le terme de zadistes, mais celui d’occupants illégaux, soulevant en filigrane la question de l’évacuation, de l’avenir des terres occupées. Un dispositif de 200 gendarmes a été mobilisé, dans les environs de NDDL. Mais après avoir obtenu l’abandon du projet d’aéroport du grand ouest, les 300 zadistes de Notre-Dame-des-Landes continuent à mener la danse.

Après avoir défié la préfète en visite sur le site, la huant, ils avaient appelé à converger récemment à NDDL pour fêter leur victoire, incendiant en effigie un avion en carton-pâte. La remise en état de la fameuse D 231 dite la « route des chicanes », détruite et occupée par les zadistes, se fait désormais au moyen d’un dispositif ahurissant. Mais il ne faut pas parler de « zadistes » dans un sens réducteur, car c’est un mouvement très large, rassemblant divers types d’activistes aux profils variés. Ces occupants sont des agriculteurs, des ingénieurs agronomes, des artisans, des collectifs d’élus, des écolos et aussi une nébuleuse de casseurs. Et avec une alliance dans le mode d’action entre contre-expertise, grève de la faim, coupage de routes, occupation illégale, squat et manifestations d’agriculteurs ayant mis leur matériel en danger ou encore vu leur matériel saisi. D’ailleurs, le décès accidentel d’un zadiste dans un affrontement avec des gendarmes a pesé dans la décision d’Edouard Philippe. Il ne souhaitait pas prendre le risque d’un nouvel incident. Et les forces de l’ordre rencontrent depuis 1986, des difficultés à s’adapter à la professionnalisation et la mobilité de ce type de mouvement protestataire. Des canaux de discussion seraient ouverts sur l’aménagement du territoire et l’avenir de NDDL. Un projet agricole encore incertain dans l’ex-ZAD est débattu avec la préfète et ainsi, on pourrait espérer une issue pacifique. 

Faisons de NDDL, insufflait le rapport du médiateur, un lieu où l’Etat est intelligent, dans un contexte agro-écologique. Et c’est aussi une idée de ne pas évacuer par la force NDDL, suite à une trêve hivernale. Vu sous un autre angle, les choses seraient appelées à se déliter, l’ex-ZAD étant forcément appelé à se dissoudre. Cependant, les zadistes n’auront pas leur victoire symbolique, si au printemps, il y a des départs. Une nouvelle période trouble a aussi été ouverte en prenant cette décision. C’est le grand risque des 50 zones où il y a déjà des crispations locales. Une liste par sous-catégories du Figaro établie par les RG montre une diversité de risques et de troubles liés à des erreurs manifestes de dialogue et de consultation avec les populations. Et nous allons devoir faire face à d’autres problèmes ailleurs, comme à Bure. C’est aussi le début d’une réflexion différente sur les projets. Ce qui est quand même très frappant, c’est que la contre-expertise des citoyens s’est révélée plus pertinente, dans le cas du projet de NDDL. Donc il convient d’abord avant de lancer un grand projet, de lancer une consultation technique et la prendre en considération. Mais la question la plus importante est de savoir si l’on a vraiment besoin d’un nouvel aéroport, dans la région de Nantes et ce qu’il en est sur le plan du retour sur investissement.

Il est difficile de s’y retrouver dans le décompte des aéroports français. L’Inspection du travail en dénombre pas moins de 475, mais si l’on compte uniquement les aéroports commerciaux, l’Union des aéroports français en dénombre environ 170. La France compte ainsi un aéroport pour 358 000 habitants, soit trois fois plus qu’au Royaume-Uni, six fois plus qu’en Italie et douze fois plus qu’en Allemagne. Il faut faire la différence entre les 17 grands aéroports parisiens et régionaux, ceux qui accueillent plus d’un million de passagers par an et les petits aéroports locaux. Les premiers, dont celui de Nantes, font des bénéfices. D’après un rapport de Bruno Le Roux, leur contribution économique s’élève à 20 milliards d’euros et ils représentent 149 000 emplois. Par contre, les autres sont en déficit chronique faute de passagers et ne survivent que grâce aux subventions publiques, seulement un aéroport sur cinq étant rentable. Les écologistes dénoncent, depuis les années 1960, un gaspillage des ressources en France, pays pionnier et berceau de l’aviation civile et miliaire, étant pointé une vision de l’aménagement du territoire obsolète. Mais les critiques, aujourd’hui, viennent du secteur aérien lui-même. Le Board of Airlines Representatives (Bar) en France dénonçait récemment le « nombre pléthorique d’aéroports en France dont les coûts sont finalement supportés par les compagnies aériennes opérant dans l’hexagone sans bénéfice pour le transport aérien dans son ensemble ».

Les aéroports français ne sont semble-t-il pas saturés, par conséquent, le maillage territorial étant très dense bien que partiellement inégal (à l’exception peut-être des deux grands aéroports parisiens de Roissy et Orly). Nombreux sont ainsi les députés souhaitant un aéroport pour le territoire dans lequel ils ont été élus, sous prétexte de développement économique, quoi qu’il en soit du besoin réel et du retour sur investissement. Mais cela est valable pour d’autres projets d’aménagement, tel l’a établi Jacques Marseille dans « Le grand gaspillage ». C’est l’éléphant blanc dans les années 70, Sylvie Brunait en ayant dressé la liste. Vous avez ici ou là des ouvrages immenses, sur le territoire hexagonal, qui ne servent à rien. Edouard Philippe a évoqué l’enclavement de Nantes, estimant qu’il faudrait fluidifier la circulation, en contre-partie de cet abandon du projet. C’est là un signal adressé à la maire de Nantes, entendant sa colère de façon très nette. La difficulté est de s’accorder sur ce qui serait envisageable, avec la question des liaisons ferroviaires entre Nantes et Paris et Rennes et Nantes. L’aéroport de Rennes aura droit à un agrandissement et il y a aura une petite compensation sans doute. Mais on n’est pas sûr que l’extension de l’aéroport de Nantes, présentée comme une contre-partie éventuelle, ne se réalise. Surtout dans le rapport du médiateur sur NDDL, un petit quodici stipule que cela règle le problème pour vingt ans, soit pour maintenant. Mais en 2037, peut-être va-t-on repartir pour un tour. Alors dans vingt ans, c’est certes dans quatre élections. Mais il n’est pas impossible que l’on en reparle, un jour. Cette décision semble irrévocable, dans l’immédiat. Il faut tourner une page, mais est-ce si simple que cela.

Ce projet datait, ne tenait pas la route. Mais l’intérêt de NDDL n’est pas lié uniquement au développement de Nantes, à la décentralisation, les élus locaux pointant du doigt Macron et son supposé mépris des territoires. Cela dit quelque chose sur l’évolution de notre économie, de notre société, de la façon dont on envisage l’avenir. Et ce qui s’est joué à NDDL, c’est comment on peut vivre la modernité. Et c’est ce qui explique également la motivation des zadistes à Notre-Dame-des-Landes, sur l’exemple de leurs prédécesseurs éleveurs du Larzac, jamais partis par la suite, se posant en gardiens du temple. Le changement climatique est important (quoi qu’il en soit des liens à établir avec), mais aussi la préservation de la bio-diversité, de nos terres cultivables, des zones humides. Et tous les élus diraient que oui, on doit se poser la question du développement du trafic aérien, de l’automobile, etc et de trouver d’autres moyens de développement de notre économie, plus harmonieuse, au XXIe siècle. Sur ce plan, Emmanuel Macron a du appuyer la décision d’Edouard Philippe à la marge, après la remise du rapport du médiateur. En effet, il s’est posé en tant que président « écolo » à l’échelle internationale et a pris Nicolas Hulot dans son gouvernement, à savoir sa prise de guerre et qu’il ne souhaitait pas perdre. Hulot aurait reçu négativement la nouvelle du maintien du projet.

En effet, NDDL posait une problématique qui est celle de l’aménagement du territoire (concernant un site classé rappelons-le, avec toute une faune et une flore protégée) et plus largement, celle du recul des surfaces agricoles, du recul des zones humides. La surface des sols artificialisés présente une hausse de façon régulière depuis 1992. On parle d’artificialisation du sol ou d’un milieu, d’un habitat naturel ou semi-naturel quand ces derniers perdent les qualités qui sont celles d’un milieu naturel. L’artificialisation s’accompagne généralement d’une perte de capacité d’auto-cicatrisation de la part du milieu (moindre résilience écologique). En 23 ans, l’artificialisation a augmenté de 36 % pour atteindre 51 603 km² en 2015, ce qui représente 9,4 % du territoire français. On observe sur la même période un recul de 7 % des terres agricoles, soit 0,2 % de baisse en moyenne par an, restant malgré tout majoritaires (couvrant 51 % du territoire). La part des zones boisées, naturelles, humides ou en eau est stable sur la période 1992-2015, représentant 39,6 % des sols de métropole en 2015 (alors qu’elle en représentait 38 % en 1992). Depuis 2015, les surfaces transformées en logements, commerces ou structures de loisirs ne cessent cependant d’augmenter. L’an dernier, 60 000 hectares de terres agricoles ont été urbanisés, dans l’hexagone.

Un des objectifs de la Trame verte et bleue française (TVB / SRCE) est de limiter ce phénomène et en atténuer les conséquences. Parallèlement à la Trame Verte et Bleue, la Région Nord-Pas-de-Calais expérimente une directive régionale d’aménagement visant à lutter contre l’artificialisation du territoire par la périurbanisation. Nicolas Hulot évoque la création d’une redevance, étudiant une nouvelle source de financement qui aurait un intérêt double : lutter contre l’artificialisation des sols et contribuer notamment à financer la préservation de la biodiversité. C’est une réflexion proposée à Edouard Philippe récemment, qui l’a invité à y travailler. Sur le plan financier, un autre débat se pose entre l’Etat et Vinci, d’une autre nature. Les négociations ont commencé entre Vinci et le gouvernement pour savoir si le groupe de BTP sera indemnisé après l’abandon. Vinci a annoncé que le trafic de l’aéroport de Nantes a augmenté de 15% en 2017. Edouard Philippe l’affirme, l’aéroport de Nantes-Atlantique sera modernisé, optimisé. Mais rien n’est sûr. Au-delà de la décision politique s’ouvrira un autre volet économique et Philippe se heurtera aux riverains bien décidés à en découdre à Nantes. 

Sur le plan économique, le projet d’extension sera très compliqué. Et il faudra le financer, les élus locaux n’étant pas préparés, l’Etat devant présenter le projet, ce qui est en général assez long. L’extension de l’aéroport de Nantes était présentée comme un projet réalisable en deux ans. L’aéroport vient d’être transféré ailleurs, à priori, ayant d’autres problématiques se posant, soit rallonger la piste, étendre l’aéroport de Nantes, repartir pour un tour, aussitôt relancé, en voyant s’il n’y a pas de problème. Les riverains de l’aéroport de Nantes s’en alarment également. Un patelain près de Roissy, Goussainville, a été vidé de sa population par les nuisances sonores avec des maisons abandonnées et murées, le même phénomène se produisant dans une localité près de Nantes. On fait allusion à une nuisance graduée par les nouvelles technologies. Ce que l’on pense, c’est qu’un certain nombre de dispositifs techniques ont été pris. Tout n’est pas obligé de se faire à Nantes également, à côté il y a Rennes et Angers, à 1/2 d’heure de train. En 2037, on verra peut-être que les projections de trafics aériens seront beaucoup moins importantes, disent certains spécialistes. Sur le plan pécunier, Bruno Le Maire a bien l’intention de faire baisser la note, ayant reçu le PDG de Vinci. Et qui s’entendra avec l’Etat, vu le nombre d’appels d’offres auquel le groupe répond chaque année, étant déjà concessionnaire de l’aéroport de Nantes. Car le débat de la gabegie ne se fera pas.

Certes, cela coûtera environ 450 millions d’euros, le débat sur les APL touchant à 110 millions d’euros ! Mais en général, ces choses-là se résolvent, car il y a d’autres sujets de conversation, les élus locaux ayant quelques moyens de recours. Dans le cas de l’aéroport de Nantes, il y en aura, mais l’aéroport existe déjà et fonctionne. Sa modernisation coûtera plusieurs dizaines de millions d’euros, mais il y aura quand même des économies sur ce plan-là, car les infrastructures existent. Le débat portera sur les conditions, où il pourrait y avoir indemnisation suite à l’abandon du projet de NDDL, pour savoir en restant dans la légalité, comment défendre au mieux les intérêts de l’Etat. Jusqu’à 350 millions d’euros, c’est ce que l’Etat pourrait avoir à verser à Vinci, selon certaines estimations. Cependant, dans l’esprit de l’opinion publique, le fait d’avoir tranché est un immense progrès et occulterait le reste. La terrible gabegie a eu lieu avant, durant les 60 ans. Les 31 millions d’euros des collectivités locales ont été prêtés par ces-dernières et il était convenu que l’Etat les prennent en charge. Mais si les Français payent à la fin, il est vrai que cela serait plus compliqué. A défaut d’argent, l’Etat a d’autres arguments. Mais autre problématique soulevée, Vinci étant un aménageur puissant, n°4 au monde et n°1 en France, présent dans les partenariats public / privé, le groupe peut exercer, il est vrai, une forme de chantage. A savoir faire cela contre autre chose, ce qui pourrait aller à contre-courant des règles du marché public. L’aéroport de Nantes-Atlantique géré par eux, doit faire l’objet d’aménagements supérieurs à 350 millions d’euros, peut-être 720 millions d’euros selon certains experts, ce qui aurait été pire encore pour NDDL. Sans compter le coût politique, car il aurait fallu expulser les zadistes. La moyenne, c’est le double du prix. 

On parle d’argent public et ce qui est souvent assez choquant, c’est cette approche commerciale, ne connaissant probablement jamais les tenants et les aboutissants du sujet abordé. Les partenariats public / privé soulèvent le même problème. En revanche, vous reportez ce coût sur les décennies à venir, soit 40, 50 ans, par l’endettement, etc. Pour le ministère de la défense, l’ajout d’une prise de courant coûterait 10 fois ce qu’il coûte à n’importe quel entrepreneur. C’est mal négocié, un rapport comparatif pointant le surcoût d’une prison construite en partenariat avec l’Etat. C’est préoccupant pour un Etat qui n’a pas d’argent. Quand l’Etat construit lui-même une route, il n’y a personne dans la comptabilité publique. Cependant, il y a une grande transparence de la part de Vinci et c’est une entreprise qui communiquera, devra communiquer. Ce que l’on ne connaîtra pas, en revanche, ce sont les dessous de table d’autres négociations. Par exemple, il y a un projet d’ouvrir le capital des aéroports de Paris (ADP). Si l’Etat n’explique pas que Vinci présente une meilleure offre financière dans l’entrée au capital d’ADP, cela ne se fera pas. Et l’Etat sera feux fois plus sous surveillance depuis l’abandon du projet de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes (NDDL), notamment par la Cour des Comptes. Vinci a de très bons juristes et sur un projet récent d’autoroutes, dans un différent avec Ségolène Royal, il y a eu un recours et il a été déterminé que ce contrat était illégal. Ce contrat est administratif et l’Etat peut le casser ou en rediscuter les conditions et cela varie d’un contrat classique. 

L’Etat peut mettre en avant un motif d’ordre d’intérêt général, d’ordre de sécurité publique, dans l’abandon du projet d’aéroport de NDDL. Aujourd’hui, tous les chiffres restent fantaisistes et cette négociation devra être transparente. Ce sont des montages un petit peu complexes aussi. Par contre, on sait qu’on trouvera très rarement ce type de sociétés dans des recours, parce que cela ne se fait pas non plus. Cela se règle autrement. L’indemnisation peut aussi être absente. Mais Vinci n’a aucune raison d’aller jusqu’au contentieux, au Conseil d’Etat, étant là question de s’en prendre juridiquement à l’Etat qui leur passe des commandes avec le risque de perdre. Par contre, une des contre-parties peut-être dans des contrats à l’étranger. Quand le chef de l’Etat effectue un déplacement officiel à l’étranger, il part très généralement avec les entrepreneurs de travaux publics, en Chine, en Inde, en Afrique du sud. Et là justement le gouvernement, le chef de l’Etat peut être un facilitateur pour passer des contrats. Vinci a décroché un contrat d’exploitation au Chili, celui de l’aéroport de Belgrade, exploite des aéroports au Japon, a racheté une entreprise de BTP en Australie, décroché un contrat de traitement de déchets en Allemagne et n’a donc pas vraiment attendu la décision de NDDL.  

                                                                                                                                                                                                            J. D.

 

2 janvier, 2018

« Au revoir là-haut » d’Albert Dupontel

Classé dans : theatre et 7e art — llanterne @ 3:27


« Au revoir là-haut », c’est le dernier film d’Albert Dupontel (coécriture et réalisation), adaptation cinématographique du roman éponyme de Pierre Lemaitre (prix Goncourt 2013). L’ex-humoriste se frotte ainsi à la réalisation pour la 7e fois dans sa carrière. C’est  en 1992, qu’Albert Dupontel s’initie à la mise en scène avec Désiré, son premier court métrage, puis dans la réalisation avec son premier film Bernie (1996), qui obtient un grand succès. Toujours adepte en tant que réalisateur des scénarios sinistres et de l’humour noir, il se démarque, ici, au travers cette adaptation littéraire, à la trame historique bien que romancée.  

En novembre 1920, Albert Maillard (modeste comptable), est interrogé par un officier de la Gendarmerie française, au Maroc. A travers son témoignage, il raconte la fin de sa participation à la Première Guerre mondiale, sa rencontre avec Edouard Péricourt (le 9 novembre 1918), fils de bonne famille parisienne (dessinateur fantasque, homosexuel et rejeté par son père). Edouard Péricourt est défiguré par un éclat d’obus en secourant Albert Maillard, alors enseveli sous terre par une explosion. Edouard est une gueule cassée, alors qu’Albert, traumatisé, devient paranoïaque. Démobilisés, Albert et Edouard, amers, vivent difficilement à Paris. Ensemble, faisant face à l’incapacité de la société française de leur ménager une place, ces deux laissés-pour-compte montent ainsi une opération d’escroquerie aux monuments aux morts, prenant appui sur l’une des valeurs les plus en vogue de l’après-guerre, à savoir le patriotisme. Ainsi, ils vendent aux municipalités des monuments fictifs, encaissant l’argent avant de disparaître (la livraison du monument aux morts n’étant jamais effectuée, le monument n’ayant même jamais été réalisé, l’approche commerciale s’opérant sur la simple présentation d’un catalogue, faisant ainsi appel aux talents de dessinateur d’Edouard). 

L’histoire suit également Henri d’Aulnay-Pradelle, leur ancien lieutenant va-t-en guerre, aristocrate arriviste, devenu lui aussi escroc et qui est parvenu à intégrer la famille Péricourt, dont le patriarche (le père d’Edouard) règne sur la classe politique parisienne. Ce-dernier profite des nombreux morts inhumés dans des tombes de fortune sur le champ de bataille pour signer un contrat avec l’Etat prévoyant de les inhumer dans des cimetières militaires, vendant « aux collectivités des cercueils remplis de terre et de cailloux… ». Dès lors, Edouard (devenu son beau-frère, Henri ayant épousé sa soeur) et Albert n’auront de cesse de tenter de le faire chuter, en le confondant, ayant eu vent des escroqueries auxquelles il s’associe. Pierre Lemaitre a emprunté le titre de son roman (ici adapté sur le grand écran), à la dernière lettre adressé à sa femme par le soldat Jean Blanchard injustement fusillé en 1914 et dans laquelle il écrit « Au revoir là-haut ma chère épouse ».

Sur le plan de la réalité historique, si l’arnaque au monument aux morts est inventée par l’auteur, celle du trafic des cercueils est réelle. A l’issue de 1914-18, la majorité des familles endeuillées souhaite exhumer le corps de leur parent mort au feu (toujours enterré suivant la loi, dans un carré militaire voisin du lieu où il est tombé au champ d’honneur), afin de l’inhumer dans le cimetière communal, mais le gouvernement interdisant cette pratique par souci d’hygiène, d’économie et pour ne pas mettre en danger l’intégrité et l’identité des cadavres. Bravant cette interdiction, ces familles entreprennent par elles-mêmes ou en faisant appel à des « mercantis de la mort » (entrepreneurs locaux ou « maisons » de pompes funèbres parisiennes, voire des escrocs), de violer les sépultures militaires et ramener clandestinement les corps. Le développement de cette pratique illicite dans les années 1919 et 1920 incite le ministère de l’Intérieur à prendre des décisions, oscillant entre prévention et répression, jusqu’à la loi du 31 juillet 1920 prévoyant que la totalité des frais de transfert autorisé des corps de soldats morts soient désormais à la charge de l’Etat. 

L’adaptation réalisée par Albert Dupontel (réalisateur et comédien dans le rôle d’Albert) de ce roman picaresque (et non un roman historique) s’avère relativement talentueuse sur le plan de la réalisation et de la mise en scène. Il est à souligner l’interprétation valable d’Albert Dupontel, mais également la prestation d’acteur de Néhuel Pérez Biscayart dans le rôle d’Edouard Péricourt. Il s’avère talentueux en « gueule cassée » masquant son infirmité derrière ses superbes masques chatoyant et colorés, dignes du carnaval de Venise (dessinés et confectionnés par ses soins), tentant de se faire comprendre en joignant la parole aux gestes, ayant perdu partiellement l’usage de la parole. Mais il est aussi à souligner celle de Laurent Lafitte particulièrement crédible dans le rôle d’Henri d’Aulnay-Pradelle, ainsi que celle de Niels Arestrup, dans le rôle du père d’Edouard Péricourt, en dépit d’une chute en queue de poisson, souvent inhérente au cinéma (français) contemporain.

                                                                                                                          J. D.

 

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