La Lanterne (politique, sujets de société)

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28 octobre, 2010

Des dernières nominations « méritoires » en date

Classé dans : Politique — llanterne @ 22:45

Des dernières nominations

Des nominations au Conseil d’Etat et au Conseil économique et social ont été officialisées récemment. Cela a pu être brièvement relaté au travers de la presse écrite, radio… Des nominations qui vont sans doute être commentées, critiquées dans les prochains jours. Il est vrai, si on se penche plus sur la question, elles défrayent – de nouveau -, la chronique, avec la nomination d’Arno Klasrfeld au Conseil d’Etat ! Ayant déjà habilement manœuvré (?) en pratiquant une ouverture contestée, à des personnalités ambigües telles que Bernard Kouchner, Nicolas Sarkozy s’assimile quelques peu à son illustre prédécesseur, François Mitterrand, qui était passé maître dans l’art des nominations – provocations. Mitterrand avait ainsi intercédé, en 1989, dans la nomination au Conseil économique et social de la chanteuse Georgette Lemaire…

Comme le commentait M. Zemmour avec ironie : « déjà la course en sac lancée depuis plusieurs mois depuis l’Elysée, pour Matignon, les ministères, ou encore la présidence de l’UMP, ressemblait furieusement au cynisme narquois avec lequel Mitterrand mettait en concurrence », nombre de dirigeants du PS dans les années 80 et la première moitié des années 90. Laurent Fabius avait coutume de dire, que Mitterrand était darwinien : « ce qui signifie que l’on veut voire le meilleur gagner ». Mais cela ne se vérifie pas toujours excatement dans les faits, rimant le plus souvent avec copinage. Et « quand le copain n’est pas le meilleur, il y a le conseil économique et social ». Il est évident que quand on lit les noms de l’escrimeuse Laura Flesselle, la navigatrice Maud Fontenoy ou Marie-Claude Tobaou, la veuve d’un ancien dirigeant kanak, et quant on voit confirmer Pierre Charon, conseiller et ami du président, Hervé Marseille, le maire de Meudon ou nommer Hugues Martin, le maire-adjoint d’Alain Juppé, « on se dit pudiquement que les considérations politiques ne sont pas absentes de ce choix ».

D’autant que l’on se demande à quoi sert, par exemple, le Conseil économique et social ? Le Conseil économique, social et environnemental est une assemblée consultative prévue par la Constitution française. Il peut être consulté par le Gouvernement ou le Parlement. Son siège est située au palais d’Iéna, à Paris, dans le 16e arrondissement. Même si le général de Gaulle avait eu d’autres ambitions pour lui, le Conseil économique et social est surtout devenu, en tout cas, un de ces organismes consultatifs dont la France a le secret, rédigeant des rapports « instructifs » qu’on s’empresse d’oublier sur une pile, où ils prennent la poussière. Le Conseil d’Etat – créé sous l’impulsion de Bonaparte en 1799 -, peut jouer un rôle normatif plus important, à l’occasion, notamment en matière de blocage juridique et constitutionnel.

Les conseillers d’Etat retiendront sans doute un cri d’horreur, stupeur et de fureur mêlé à la nomination d’Arno Klasrfeld. Est-ce une énième ouverture à la gauche ? Ce sympathique quadragénaire, avocat ayant peu plaidé, a juste rempli quelques missions en Haïti, pour le compte de Matignon. Il a aussi effectué quelques missions sur la question des sans-papiers et des mal-logés… Ces nouveaux collègues ne manqueront pas d’insinuer, que son amitié avec Carla Bruni a plaidé en sa faveur. « Que l’on se croirait revenu au temps où Madame de Maintenon, l’épouse de Louis XIV, faisait les nominations ». De plus, Nicolas Sarkozy peut avec délectation savourer sa revanche sur ces conseillers d’Etat, la crème de l’ENA, tous ces premiers de la classe, dont il souffre tant de n’avoir jamais fait parti…

                                                                                                                                                         J. D.

22 octobre, 2010

Les réalités du dernier sommet de Deauville

Classé dans : Diplomatie,Europe,Politique — llanterne @ 5:52

Les réalités du dernier sommet de Deauville dans Diplomatie latern

A Deauville, sur les planches, ce récent sommet franco-germano-russe (le 17 octobre) a parlé politique, ayant réuni Nicolas Sarkozy, Dimitri Medvedev et Angela Merkel, qui ont parlé notamment sécurité au cours de cette rencontre tripartiste. Ils s’étaient déjà rencontrés en 2003. Jacques Chirac, Vladimir Poutine et Gerard Schroeder manifestaient alors avec éclat leur opposition à la guerre en Irak, engagés par les Américains et les Anglais. Comme une alliance continentale, réveillant le spectre d’une opposition géostratégique entre les puissances continentales européennes et les puissances maritimes anglo-saxonnes.

Mais cette Europe de Brest à Vladivostock, était déjà l’idée aussi du général de Gaulle, lorsque dans les années 60, il développa une politique de détente, d’entente et de coopération avec l’Union soviétique. Mais les mâchoires de la guerre froide se refermèrent sur lui. Et puis comme l’analysait récemment Eric Zemmour, dans une perspective historique, à la fin du XIXe siècle, la France de la IIIe République s’alliait déjà à la Russie, et esquissait même un rapprochement avec l’Allemagne, qui se brisa sur l’Alsace-Lorraine. L’idée de cette grande alliance continentale était née, en 1807, à Tilsitt, lors de la célèbre rencontre entre Napoléon et le tsar Alexandre Ier, sur le Niemen. Mais cette alliance qui devait garantir la domination de la France sur l’Europe se brisa entre autre sur les intérêts commerciaux de l’aristocratie russe qui ne voulait pas renoncer à son commerce fructueux avec l’Angleterre. A vieille histoire, nouveaux acteurs : l’ambiance n’est aujourd’hui plus la même, l’Allemande Angela Merkel a dès son élection renoué avec Washington, Medvedev est un libéral et Nicolas Sarkozy s’est empressé de ramener notre pays, dans le giron protecteur de l’Otan, où nos meilleurs officiers obéissent en langue anglaise, à leurs homologues américains.

Mais alors pourquoi cette réunion ? D’abord pour des raisons économiques, les Russes savent que leurs richesses en hydrocarbures ne sont pas éternelles. Depuis des années déjà, les entreprises allemandes ont investi l’eldorado russe. Tardivement les industriels français leurs ont emboîté le pas. Mais plus profondément, Sarkozy qui avait commencé son mandat, avec les idées russophobes d’un philosophe tel M. Glucksmann, s’est peu à peu converti aux thèses traditionnellement pro-russes du quai d’Orsay. Les désaccords avec Obama se sont multipliés, et de même après avoir fait ratifier le traité de Lisbonne, Sarkozy refuse désormais avec véhémence, la tutelle des instances communautaires qu’avait prévue ce même traité. Cette accumulation de stratégies souvent opposées et peu cohérentes, trouble notre discours et le regard sur notre pays. Elle est comme le reflet des hésitations et des contradictions françaises. Nicolas Sarkozy est comme son mentor Balladur, un occidentaliste. Pour lui, la principale alliance reste avec l’Amérique. Mais il a donné des gages à l’Europe fédérale, et à ses yeux, le rassemblement avec l’Allemagne et la Russie n’est pas incompatible avec ses autres choix. Seule une crise grave pourrait l’obliger à choisir, car cela s’imposera un jour.

Au final, cette réunion à Deauville, a été marquée par des gestes d’ouverture du président russe à l’égard de l’Otan, et il a confirmé qu’il irait à son prochain sommet. L’Otan qui est un mort très fringant. Avec la chute du mur de Berlin, l’Otan avait perdu son adversaire et sa raison d’être. On sait que le général de Gaulle ne rêvait que de mettre fin à ce qu’il appelait le « protectorat américain », d’où sa politique d’ouverture avec l’Europe de l’est. On sait aussi que François Mitterrand a cru un moment, que lorsque le mur de Berlin tomberait, l’Otan mourrait de sa belle mort et qu’une défense européenne prendrait sa place. Il n’en a rien été. Vingt ans plus tard, le protectorat américain de l’Otan sur l’Europe, se porte comme un charme. Les pays de l’ancien bloc du pacte de Varsovie sont les plus demandeurs de protection. Les pays européens ont renoncé dans leur ensemble de se défendre. Ils baissent tous, tous les budgets de leurs armées, même le Royaume-Uni et la France. La crise aggrave encore ce tropisme.

L’Europe a sous-traité sa défense aux Américains, comme les Rois se payaient des lansquenets allemands ou suisses. A défaut que ce sont là, les Américains qui payent et qui commandent. Les Américains ont sorti l’Otan du champ de bataille européen et en ont fait une machine de guerre intervenant partout dans le monde. Non seulement les Français les ont suivi partout, au Kosovo, en Afghanistan, non seulement ils ont réintégré l’alliance intégrée, mais Nicolas Sarkozy semble accepter désormais le principe de bouclier antimissile américain. Bien-sûr l’Elysée précise que ce sera un complément de notre force de dissuasion. Mais à partir du moment où l’on est protégé par les Américains, notre force de dissuasion nucléaire n’est plus tout à fait indépendante. Et les Allemands nous ont poussés dans cette voix, car notre supériorité nucléaire est notre seule réelle prédominance stratégique sur eux. Les Russes sont les derniers à ne pas céder devant les pressions de l’Otan. Mais les Russes ont de grosses faiblesses économiques et démographiques. Eux aussi cherchent des alliés. Depuis des années, ils jouent du rapprochement improbable avec les Iraniens ou d’autres réprouvés de l’ordre international.

Le paradoxe est que les Américains remportent cette victoire totale, au moment où ils ont un président se détournant le plus de l’Europe et où leur affaiblissement économique éclate au grand jour. Au moment surtout où la guerre des monnaies fait rage et où le dollar faible cause un grand tort à l’économie des pays européens, sans que le continent européen ne réagisse. Mais précisément, cette dépendance géostratégique ne serait-elle pas la cause de notre incompréhensible passivité économique…

                                                                                                                                                    J. D.

21 octobre, 2010

La visite au Vatican ou les rapports ambigus de la France avec l’Eglise

Classé dans : Politique — llanterne @ 19:26

La visite au Vatican ou les rapports ambigus de la France avec l'Eglise dans Politique latern

Nicolas Sarkozy a été reçu par Benoit XVI, vendredi dernier. Après l’audience papale, dans un moment de prière aux dires du Vatican, de recueillement pour l’Elysée, on a vu le président se signer plusieurs fois et même réciter le « Notre père ». Résultat : des critiques à gauche, François Hollande y voyant notamment des manquements au principe de la laïcité. Décidément, Nicolas Sarkozy en fait toujours trop avec le Pape. Lors de son premier voyage au Vatican, il dépassait les limites de la désinvolture. Aujourd’hui, il excède les limites de la dévotion.

Il pourrait plaider que ses excès sont une tradition bien française, seul un sujet du Roi de France, Guillaume de Nogaret, envoyé de Philippe le Bel, osa frapper un Pape – qui décéda quelques jours plus tard. Mais seul un Roi de France aussi consacra son pays à la Vierge Marie, c’était Louis XIII. La France est la fille aînée de l’Eglise, qui entretint toujours des rapports si ambigus avec elle. C’est la France républicaine qui donna aussi cette couleur si anti - cléricale à son principe de laïcité. Le seul président catholique réellement pratiquant de notre Ve République, qui fut de Gaulle, quand il assistait à un office en ses qualités de chef de l’Etat, par souci de retenue et de respect du sacro-saint principe de laïcité, s’imposait de ne pas communier à l’issue de l’office.

Mais cette époque est passée, révolue. Les catholiques pratiquants sont devenus, on pourrait dire une minorité active – 4,5 % des Français se disent pratiquants réguliers, 8 % pratiquants occasionnels ; 79 % de la population restant cependant baptisée en 2010 – et dont on se dispute âprement les suffrages, notamment dans un certain électorat de droite. Certes, l’électorat catholique n’est la propriété de personne, il n’est d’ailleurs pas monolithique et nous devons respecter cette minorité, comme le rappelle le père Bernard Podvin, porte-parole de la Conférence des évêques de France – CEF -, qui inscrit, lui, la visite de Nicolas Sarkozy « dans une nécessité de dialoguer » avec le Vatican. Ils ne représentent plus par ailleurs, un quelconque « danger » d’influence en soit, dans notre République laïque. Le haut-clergé, ne joue plus aucun rôle politique, comme ce put être encore le cas au XIXe siècle, jusqu’au début du XXe siècle, à la faveur de la crise de 1905.

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Les évêques de l’Eglise de France aujourd’hui penchent d’ailleurs plutôt à gauche et sont souvent, il faut le dire, très politiquement corrects. C’est d’ailleurs sous la pression des évêques de France, que Benoit XVI s’est vu contraint de rappeler à l’ordre Sarkozy sur la politique à l’égard des Roms, n’ayant pas spécialement l’intention de stigmatiser la France sur ce point, au début. Les catholiques perçoivent la deuxième rencontre de Nicolas Sarkozy avec le pape Benoît XVI au Vatican plutôt comme « une tentative de reconquête d’un électorat déçu, une opération qui laisse certains dubitatifs ». Selon l’institut de sondage Ifop, contre 74 % des catholiques pratiquants ayant voté pour Sarkozy en 2007, plus que 50 % continuent à le soutenir. « L’idée est plutôt de donner des gages et de rassurer une partie de cet électorat catholique dans lequel il a beaucoup perdu », analyse Frédéric Dabi, directeur du département opinion chez Ifop.

Pour Christine Boutin, secrétaire général du Parti Chrétien Démocrate, parti fondateur de l’UMP, il faut adopter des attitudes qui soient en cohérence, pour pouvoir renouer avec l’électorat UMP en général, un électorat catholique pratiquant plus en particulier. « Je ne suis pas la porte-parole des catholiques français ! », rappelle-t-elle par ailleurs, sans cesse sollicitée dans les médias, pour commenter la visite de Nicolas Sarkozy. Elle avance que le déplacement du chef de l’Etat est « un geste de paix », dans un premier temps. Mais cependant la politique gouvernementale de son point de vue, est difficilement lisible, et aujourd’hui par ailleurs, 70 % de catholiques pratiquants – de sensibilité de gauche comme de droite -, ayant voté Sarkozy, sont déstabilisés. Le Parti Chrétien-Démocrate se veut cependant agnostique, nombre de ses militants étant athée ou relevant d’une autre confession, mais se rattachant à certaines valeurs humaines – relevant essentiellement de la morale chrétienne.

La politique du gouvernement sur la retraite des femmes, la suppression des avantages fiscaux pour le mariage, la diminution de l’allocation d’accueil pour le jeune enfant  – ou encore le débat souterrain sur le fameux contrat union civile ou cuc, auquel j’ai consacré un article récent -, sont très mal perçues par les catholiques de droite. Quant à ceux qui ont une sensibilité de gauche, représentés également par le PCD, ils sont choqués par l’expulsion des Roms, analyse l’ancienne ministre du Logement. Le message est clair : peu sensible « à l’image » renvoyée par une rencontre maladroite comme d’habitude, avec Benoit XVI, l’électorat catholique attend « d’autres gestes » de Nicolas Sarkozy, dans une politique claire et cohérente, sans va-et-vient médiatique permanent, incompréhensible, visant à détourner l’attention de l’actualité.

Comme le commente Eric Zemmour, cela « pose et repose également, sans cesse la problématique des racines chrétiennes de la France ». « Des racines chrétiennes qui sont pourtant indéniables dans l’Histoire de notre pays et celle de l’Europe ». Car on ne peut s’approprier la civilisation de notre pays, son Histoire sans assimiler culturellement certes  – et non cultuellement -, ces notions et racines chrétiennes. Même les républicains les plus laïcards de la IIIe République s’étaient ainsi revendiqués de la morale chrétienne, vidée de son contenu, dans une certaine mesure, pour inculquer les bons principes aux petits écoliers et collégiens en blouse noire. Enfin, il apparaît que ce n’est pas un hasard, si ce principe de laïcité ait parvenu à s’imposer en France, dans une nation imprégnée de valeurs judéo-chrétiennes.

                                                                                                                                                   J .D.

14 octobre, 2010

Le procès Kerviel

Classé dans : Economie — llanterne @ 22:32

Le procès Kerviel dans Economie latern

Dernière en date, Jérôme Kerviel -le fameux agent de change de la Société Générale, ayant défrayé la chronique à l’automne 2008- a donc été condamné le 5 octobre 2010, à cinq ans de prison -dont trois ferme- et à rembourser l’intégralité du préjudice subi à la Société Générale, soit quatre milliards neuf-cents millions d’euros. Mais le procès de Jérôme Kerviel fut celui de tout un système bancaire et boursier, dont ce-dernier n’était qu’un des simples rouages.

En effet, Jérôme Kerviel est un peu l’âne dans Jean La Fontaine et la fable des animaux malades de la peste. « L’âne qui peine, pour épargner tous les autres ». Parce qu’il est plus misérable que puissant. Non pas qu’il ne soit pas coupable, il l’est et énormément. Mais Jérôme Kerviel n’était pas seul, au milieu d’une île déserte, comme nous ne le savons bien. Il était entouré, contrôlé, surveillé -ou justement pas assez. C’est le bouc-émissaire dans cette affaire, celui qui paye pour les pots cassés, les dessous d’un système. Surtout, il faisait partie d’une banque, la Société générale, petite par la taille, comparée à certaines banques anglo-saxonnes, mais grande par le talent et l’inventivité de ses agents de change, réputés dans le monde entier. « L’audace de ce-dernier était dans les gênes de la Société générale ».

Mais sa condamnation sévère fera aussi plaisir à tous ceux, qui veulent croire qu’il était un « mouton noir ». Elle fera plaisir à tous ceux qui considèrent que la crise de 2008, ne fut qu’une crise financière, de banquiers immoraux ou bien d’agents de change accusés de cupidité, poussés à prendre des risques excessifs. Mais hélas, la cupidité a toujours été un moteur consubstantiel au capitalisme et la prise de risques est l’essence même du capitalisme. Il suffit de relire Adam Smith. Car cette explication par une crise exclusivement financière ne permet pas de comprendre, pourquoi les Etats ont donné les clefs aux banques, « pourquoi elles ont laissé faire n’importe quoi, jouer à saute-mouton par-dessus les frontières et les prudences les plus élémentaires », dixit Eric Zemmour.

C’est que la mondialisation avec son cortège de délocalisations dans les pays pauvres, et de chômage de masse dans les pays riches a entraîné une crise de la demande, au sein de nos pays. Pour compenser, les gouvernements ont poussé les banques à prêter des sommes énormes, d’abord aux classes moyennes, puis aux foyers plus modestes. Ce système a atteint des sommets aux Etats-Unis, mais aussi en Espagne, au Royaume-Uni, créant d’énormes bulles spéculatives. Les banques n’ont pas voulu rester avec des créances dont elles savaient, qu’elles ne seraient jamais remboursées. Elles ont donc inventé des techniques financières de plus en plus sophistiquées, pour se défausser sur les autres. Jusqu’à ce que le pot aux roses soit découvert.

Cette schizophrénie collective dans certains milieux bancaires et financiers a pu être décrite et analysée par l’essayiste Michel Drac, au travers de son dernier ouvrage « Crise ou coup d’Etat ? » -qui est un grand succès en librairie-, et la thèse d’une crise du sens, au sein de nos sociétés occidentales. Le ton est assez subversif, mais l’analyse est originale. Aujourd’hui, les milieux financiers, économiques occidentaux sont confrontés à la montée en puissance d’autres pôles, à l’échelle géo-stratégique mondiale, bouleversant la donne, dans leur vision mercantiliste. Pris dans un engrenage, ils se mettent à appliquer du surcodage. Ils se montrent incapables de sortir de leur logique d’endettement. Atteints d’une forme de pathologie collective, pris dans leur système de pensée et de fonctionnement, dont ils se montrent incapables même de percevoir les limites -largement atteintes-, ils se lancent ainsi dans une fuite en avant, particulièrement dangereuse.

La finalité à long terme pourrait être la faillite d’un grand Etat, dans les années à venir. Mais en tout cas, suite à la dernière réunion du G20 consacrée en grande partie aux conséquences de cette crise financière, le système n’a guère été remis en cause.

                                                                                                                                                      J. D.

Les réalités de la percée « populiste »

Classé dans : Politique — llanterne @ 21:51

Les réalités de la percée

L’actualité est marquée par des percées de partis populistes, dans plusieurs pays européens. Aux Pays-Bas, les Chrétiens démocrates ont pactisé avec l’extrême-droite, dans le cadre d’une coalition autour du parti libéral au sein d’un gouvernement. Ce parti populiste hollandais est celui de M. Gert Wilders. En Suède aussi, Jimmie Akesson – 31 ans -, a changé la donné politique, suite aux élections législatives du 19 septembre dernier voyant un parti d’extrême-droite entré au parlement suédois. Cela dit, cela passe comme une lettre à la poste, en Europe.

Il paraît bien loin le temps, en effet, où l’arrivée de Haider dans le gouvernement autrichien, provoquait en Europe, une crise politique majeure, parallèlement à la percée électorale en Italie de la ligue lombarde, aux accents disons « populistes » - phénomène toujours d’actualité dans la botte. Partout en Europe, la vie politique est bouleversée par l’arrivée au pouvoir de mouvements aux contours mal définis, que la presse qualifie d’extrême-droite ou populiste. Ils ont en commun de recueillir des suffrages populaires ou du troisième âge, qui ne veulent plus voter pour la social-démocratie. Mais ils n’ont pas de ligne idéologique commune. Leur rattachement aux partis fascistes et d’extrême-droite d’avant-guerre est une facilité journalistique et polémiste. Déjà historiquement, il est vrai, comme le soulignait récemment Eric Zemmour, c’est oublié que Mussolini fut avant tout socialiste et qu’il y a eu beaucoup de militants d’extrême-droite à Londres, autour du général de Gaulle, sympathisants de gauche et d’extrême-gauche pacifiste à Vichy. Gert Wilders, le leader hollandais est un homosexuel revendiqué (à l’image de son prédécesseur populiste Pim Fortuyn), loin de toute bigoterie, c’est avant tout un homme de droite traditionnel, qui rejette trente ans de tolérance batave et ses fissures.

Partout, l’Europe rejetée, le chômage, des sujets sociaux et sociétaux divers, ont pris une importance centrale, inquiétant certaines classes populaires, déjà frappée par un chômage de masse. Entre les deux grandes formations politiques suédoises, par ailleurs, les sociaux-démocrates de Mona Sahlin et les modérés dirigés par le Premier ministre sortant, Fredrik Reinfeldt, ce fut à qui promettait au « troisième âge » les plus gros avantages fiscaux. Finalement, Reinfeldt, dont la proposition était plus modérée, l’a emporté sur Sahlin qui avait pourtant présenté un « paquet fiscal » beaucoup plus généreux (33% de plus) que la concurrence. Cet électorat populaire – en général – est sinon d’autant plus furieux, que les élites de leur pays – de gauche comme de droite, libérales ou sociale-démocrates, mais aussi vertes, atlantistes ou non -, au nom de l’Europe fédérale et d’un idéalisme abstrait, ont souvent rejeté l’idée même de nation. Or comme disait Jaurès : « La nation est le seul bien des pauvres ». En France, la situation est paradoxale. Le Front National est à la fois l’aîné de tous ces mouvements et le plus ostracisé. Nicolas Sarkozy a coupé le FN de sa base électorale, en donnant dans les sirènes populistes lors de la campagne présidentielle de 2007.

Marine Le Pen briguant la succession de son père, cherche à renouer avec sa base militante, et a suivi le même chemin de ses voisins, qui a si bien réussi. Elle s’efforce désormais de reprendre à son compte, dans le cadre d’une politique habile, l’héritage républicain et assimilationniste, qu’ont rejeté, aux yeux de l’opinion, nos élites politiques depuis trente ans. Mais c’est justement ce que lui reproche une partie des militants du FN, qui sont séduits par un discours plus traditionaliste. Pour l’instant, du côté du FN comme de l’UMP, on se refuse avec horreur à tout rapprochement, mais comme le commentait récemment Eric Zemmour, «  2012, c’est demain ».

                                                                                                                                                     J. D.

8 octobre, 2010

La Chine vole au secours de la Grèce

Classé dans : Economie,Europe — llanterne @ 23:43

La Chine vole au secours de la Grèce dans Economie latern

Cet évènement d’importance est passé pourtant assez inaperçu, ces derniers temps. Du moins, il a été assez peu commenté. En effet, la Chine vient de voler récemment au secours de la Grèce engluée dans la crise. Pékin achète de nouvelles obligations grecques. En échange, elle va étendre ainsi son influence sur les infrastructures du pays, dont elle entend bien faire en fait, sa porte d’entrée dans l’Europe du sud et dans les Balkans.

Les Chinois font mine d’aider un pays en difficulté, qui ne leur avait rien demandé, en s’offrant sa seule activité compétitive, sa marine marchande et son port. Ils procèdent ainsi d’une tactique déjà bien rodée, élaborée et mise en application en Asie du sud-est et en Afrique. Les armes stratégiques de la Chine, ce ne sont pas tant des missiles et des fusées, mais avant tout une main-d’oeuvre sous-rémunérée, une monnaie dévaluée et des masses de devises accumulées -notamment en bons du Trésor américain-, plus efficaces que tout. Devant elles, tout s’ouvre, tout se plie. Petit à petit, la Chine nous dicte ainsi sa loi économique. En vingt ans, la Chine a édifié la magnifique puissance industrielle, dont elle rêvait depuis deux siècles, ayant su profiter des délocalisations massives d’activités de multinationales européennes et américaines, s’accompagnant de transferts technologiques acquis. Car pour mieux les copier et mieux les concurrencer, les Chinois pillent sans état d’âme leurs secrets de fabrication. Quand la commission européenne ou l’OMC protestent au nom des grands principes, les hauts-responsables chinois rétorquent avec un haussement d’épaules, un sourire en coin et une mauvaise foi caractéristique, nous n’avons pas encore touché les droits de la boussole, de la poudre ou du papier. Ces grandes multinationales ont fait gagner des fortunes à leurs dirigeants et leurs lobbies sont très influents à Bruxelles. Le commentaire de la commission de Bruxelles au sujet de cette aide chinoise apporté à la république hellénique, a été : « Tout appui à la reprise de l’économie grecque ne peut être que bienvenue ». 

Ca nous fait penser à l’histoire du loup dans la bergerie. Certes, en l’occurrence, pour la Grèce c’est un soutien bien venu et de tout de façon Bruxelles ne peut en aucun cas, empêcher qui que soit à acheter des obligations. C’est le principe même du libéralisme. Mais les dirigeants et patrons en Chine actuelle qui ont été formés par le communisme, connaissent la célèbre formule de Lénine : « Les capitalistes  nous vendrons la corde avec laquelle nous les pendrons ». Et encore, Lénine ne connaissait pas la commission européenne de Bruxelles, qui voit tout mais ne fait rien. Son dogmatisme libéral n’a en rien été ébranlé par la crise de 2008. Elle croit dans les vertus du laissez-faire, laissez-passer. Elle se dressa quand Dominique de Villepin tentait de s’interposer dans une affaire d’OPA hostile sur un grand groupe français, en 2006, qualifiant la manoeuvre de protectionniste. Mais les emplettes chinoises ne l’émeuvent pas. Alors que le congrès américain s’apprête à voter des mesures de rétorsion contre la sous-évaluation de la monnaie chinoise, la commission européenne, elle, ne bouge pas.

Alors que l’Etat chinois pèse de tout son poids pour renforcer la puissance de ses entreprises, la commission européenne s’affaiblit au nom de la concurrence des géants nationaux de l’énergie ou des communications. L’Euro est la seule grande monnaie qui encore s’apprécie, ruinant ainsi de nouveau les efforts de nos dernières industries exportatrices, les Chinois rachetant la dette grecque, pour consolider une monnaie européenne déjà très forte. Car après la Grèce, il y aura peut-être d’autres pays européens en difficulté, à savoir l’Irlande (…), peut-être l’Espagne et le Portugal. Les Chinois sortiront à chaque fois leur carnet de chèque, pour sauver une zone Euro, qui est de plus en plus un objectif de conquête et de moins en moins un concurrent.

Comme a pu le commenter Nicolas Dupont-Aignan, cela relance le débat sur le protectionnisme européen et permet de recentrer le débat sur le paysage national. Les chiffres de la commission de Bruxelles sont faux. La récession dans la zone Euro est et sera encore bien réelle. On a perdu un temps précieux, pour relancer notre économie. D’ailleurs le plan de relance du gouvernement français fut assez faible, malgré les messages encourageants de Christine Lagarde  -1,5 % du PIB en France, contre 10 % du PIB aux Etats-Unis. Le PS avait proposé aussi le sien. Et là, il faut reconnaître que c’était assez affligeant : réduction de la TVA, chèques à la consommation. Le PS a promis des cadeaux, certes sympathiques. Mais ces cadeaux étaient de la fausse monnaie, puisque immédiatement ils profitent aux producteurs chinois, et ils ne résolvent en rien les problèmes dramatiques du chômage et des délocalisations.

Et c’est là où on s’aperçoit -beaucoup plus symptomatique-, que les socialistes français, comme les libéraux de l’UMP, n’ont pas compris qu’ils ne pourraient jamais redresser la France, s’ils ne changent pas le fonctionnement de la construction européenne, s’ils n’instaurent pas un protectionnisme européen (sans parler de la remise en cause de l’Euro faisant débat en Allemagne), pour éviter la concurrence déloyale, sociale et environnementale des pays extérieurs. Mais peut-être font-ils mine de ne pas le comprendre. En reprenant ce sujet d’actualité sur cette aide chinoise, il convient en effet, de redéfinir la notion de protectionnisme européen. Le protectionnisme ne consiste pas en un repli sur soit. Cela consiste en une défense de nos intérêts économico-stratégiques, qui ne sont pas nécessairement en adéquation avec ceux de certains pays prédateurs, dans une mesure juste et pondérée. Obama est et sera confronté à la même difficulté. D’ailleurs, il a déjà indiqué qu’il voudrait un protectionnisme américain raisonnable, pour éviter que le déficit colossal avec la Chine, ne se creuse davantage. Car encore une fois, il ne sert à rien de déverser 1000 milliards de dollars aux Etats-Unis, si les consommateurs vont acheter des voitures japonaises ou chinoises.

Les enjeux européens se joueront sur la question de savoir, ce que nous proposerons concrètement pour éviter les délocalisations, re-localiser en France, permettre les innovations technologiques, permettre à la France et aux autres pays de l’Union, de retrouver la compétitivité et d’exporter, de partager ces devises. Cette crise passée doit être avant tout l’occasion de casser les dogmes et de repartir sur des bases saines. Sans quoi, il sera bientôt trop tard. L’Europe en tant que puissance économique ne sera plus qu’un lointain souvenir, avec ses conséquences socio-économiques si désastreuses.

                                                                                                                                            J. D.

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