La Lanterne (politique, sujets de société)

8 octobre, 2010

La Chine vole au secours de la Grèce

Classé dans : Economie,Europe — llanterne @ 23:43

La Chine vole au secours de la Grèce dans Economie latern

Cet évènement d’importance est passé pourtant assez inaperçu, ces derniers temps. Du moins, il a été assez peu commenté. En effet, la Chine vient de voler récemment au secours de la Grèce engluée dans la crise. Pékin achète de nouvelles obligations grecques. En échange, elle va étendre ainsi son influence sur les infrastructures du pays, dont elle entend bien faire en fait, sa porte d’entrée dans l’Europe du sud et dans les Balkans.

Les Chinois font mine d’aider un pays en difficulté, qui ne leur avait rien demandé, en s’offrant sa seule activité compétitive, sa marine marchande et son port. Ils procèdent ainsi d’une tactique déjà bien rodée, élaborée et mise en application en Asie du sud-est et en Afrique. Les armes stratégiques de la Chine, ce ne sont pas tant des missiles et des fusées, mais avant tout une main-d’oeuvre sous-rémunérée, une monnaie dévaluée et des masses de devises accumulées -notamment en bons du Trésor américain-, plus efficaces que tout. Devant elles, tout s’ouvre, tout se plie. Petit à petit, la Chine nous dicte ainsi sa loi économique. En vingt ans, la Chine a édifié la magnifique puissance industrielle, dont elle rêvait depuis deux siècles, ayant su profiter des délocalisations massives d’activités de multinationales européennes et américaines, s’accompagnant de transferts technologiques acquis. Car pour mieux les copier et mieux les concurrencer, les Chinois pillent sans état d’âme leurs secrets de fabrication. Quand la commission européenne ou l’OMC protestent au nom des grands principes, les hauts-responsables chinois rétorquent avec un haussement d’épaules, un sourire en coin et une mauvaise foi caractéristique, nous n’avons pas encore touché les droits de la boussole, de la poudre ou du papier. Ces grandes multinationales ont fait gagner des fortunes à leurs dirigeants et leurs lobbies sont très influents à Bruxelles. Le commentaire de la commission de Bruxelles au sujet de cette aide chinoise apporté à la république hellénique, a été : « Tout appui à la reprise de l’économie grecque ne peut être que bienvenue ». 

Ca nous fait penser à l’histoire du loup dans la bergerie. Certes, en l’occurrence, pour la Grèce c’est un soutien bien venu et de tout de façon Bruxelles ne peut en aucun cas, empêcher qui que soit à acheter des obligations. C’est le principe même du libéralisme. Mais les dirigeants et patrons en Chine actuelle qui ont été formés par le communisme, connaissent la célèbre formule de Lénine : « Les capitalistes  nous vendrons la corde avec laquelle nous les pendrons ». Et encore, Lénine ne connaissait pas la commission européenne de Bruxelles, qui voit tout mais ne fait rien. Son dogmatisme libéral n’a en rien été ébranlé par la crise de 2008. Elle croit dans les vertus du laissez-faire, laissez-passer. Elle se dressa quand Dominique de Villepin tentait de s’interposer dans une affaire d’OPA hostile sur un grand groupe français, en 2006, qualifiant la manoeuvre de protectionniste. Mais les emplettes chinoises ne l’émeuvent pas. Alors que le congrès américain s’apprête à voter des mesures de rétorsion contre la sous-évaluation de la monnaie chinoise, la commission européenne, elle, ne bouge pas.

Alors que l’Etat chinois pèse de tout son poids pour renforcer la puissance de ses entreprises, la commission européenne s’affaiblit au nom de la concurrence des géants nationaux de l’énergie ou des communications. L’Euro est la seule grande monnaie qui encore s’apprécie, ruinant ainsi de nouveau les efforts de nos dernières industries exportatrices, les Chinois rachetant la dette grecque, pour consolider une monnaie européenne déjà très forte. Car après la Grèce, il y aura peut-être d’autres pays européens en difficulté, à savoir l’Irlande (…), peut-être l’Espagne et le Portugal. Les Chinois sortiront à chaque fois leur carnet de chèque, pour sauver une zone Euro, qui est de plus en plus un objectif de conquête et de moins en moins un concurrent.

Comme a pu le commenter Nicolas Dupont-Aignan, cela relance le débat sur le protectionnisme européen et permet de recentrer le débat sur le paysage national. Les chiffres de la commission de Bruxelles sont faux. La récession dans la zone Euro est et sera encore bien réelle. On a perdu un temps précieux, pour relancer notre économie. D’ailleurs le plan de relance du gouvernement français fut assez faible, malgré les messages encourageants de Christine Lagarde  -1,5 % du PIB en France, contre 10 % du PIB aux Etats-Unis. Le PS avait proposé aussi le sien. Et là, il faut reconnaître que c’était assez affligeant : réduction de la TVA, chèques à la consommation. Le PS a promis des cadeaux, certes sympathiques. Mais ces cadeaux étaient de la fausse monnaie, puisque immédiatement ils profitent aux producteurs chinois, et ils ne résolvent en rien les problèmes dramatiques du chômage et des délocalisations.

Et c’est là où on s’aperçoit -beaucoup plus symptomatique-, que les socialistes français, comme les libéraux de l’UMP, n’ont pas compris qu’ils ne pourraient jamais redresser la France, s’ils ne changent pas le fonctionnement de la construction européenne, s’ils n’instaurent pas un protectionnisme européen (sans parler de la remise en cause de l’Euro faisant débat en Allemagne), pour éviter la concurrence déloyale, sociale et environnementale des pays extérieurs. Mais peut-être font-ils mine de ne pas le comprendre. En reprenant ce sujet d’actualité sur cette aide chinoise, il convient en effet, de redéfinir la notion de protectionnisme européen. Le protectionnisme ne consiste pas en un repli sur soit. Cela consiste en une défense de nos intérêts économico-stratégiques, qui ne sont pas nécessairement en adéquation avec ceux de certains pays prédateurs, dans une mesure juste et pondérée. Obama est et sera confronté à la même difficulté. D’ailleurs, il a déjà indiqué qu’il voudrait un protectionnisme américain raisonnable, pour éviter que le déficit colossal avec la Chine, ne se creuse davantage. Car encore une fois, il ne sert à rien de déverser 1000 milliards de dollars aux Etats-Unis, si les consommateurs vont acheter des voitures japonaises ou chinoises.

Les enjeux européens se joueront sur la question de savoir, ce que nous proposerons concrètement pour éviter les délocalisations, re-localiser en France, permettre les innovations technologiques, permettre à la France et aux autres pays de l’Union, de retrouver la compétitivité et d’exporter, de partager ces devises. Cette crise passée doit être avant tout l’occasion de casser les dogmes et de repartir sur des bases saines. Sans quoi, il sera bientôt trop tard. L’Europe en tant que puissance économique ne sera plus qu’un lointain souvenir, avec ses conséquences socio-économiques si désastreuses.

                                                                                                                                            J. D.

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