La Lanterne (politique, sujets de société)

14 octobre, 2010

Le procès Kerviel

Classé dans : Economie — llanterne @ 22:32

Le procès Kerviel dans Economie latern

Dernière en date, Jérôme Kerviel -le fameux agent de change de la Société Générale, ayant défrayé la chronique à l’automne 2008- a donc été condamné le 5 octobre 2010, à cinq ans de prison -dont trois ferme- et à rembourser l’intégralité du préjudice subi à la Société Générale, soit quatre milliards neuf-cents millions d’euros. Mais le procès de Jérôme Kerviel fut celui de tout un système bancaire et boursier, dont ce-dernier n’était qu’un des simples rouages.

En effet, Jérôme Kerviel est un peu l’âne dans Jean La Fontaine et la fable des animaux malades de la peste. « L’âne qui peine, pour épargner tous les autres ». Parce qu’il est plus misérable que puissant. Non pas qu’il ne soit pas coupable, il l’est et énormément. Mais Jérôme Kerviel n’était pas seul, au milieu d’une île déserte, comme nous ne le savons bien. Il était entouré, contrôlé, surveillé -ou justement pas assez. C’est le bouc-émissaire dans cette affaire, celui qui paye pour les pots cassés, les dessous d’un système. Surtout, il faisait partie d’une banque, la Société générale, petite par la taille, comparée à certaines banques anglo-saxonnes, mais grande par le talent et l’inventivité de ses agents de change, réputés dans le monde entier. « L’audace de ce-dernier était dans les gênes de la Société générale ».

Mais sa condamnation sévère fera aussi plaisir à tous ceux, qui veulent croire qu’il était un « mouton noir ». Elle fera plaisir à tous ceux qui considèrent que la crise de 2008, ne fut qu’une crise financière, de banquiers immoraux ou bien d’agents de change accusés de cupidité, poussés à prendre des risques excessifs. Mais hélas, la cupidité a toujours été un moteur consubstantiel au capitalisme et la prise de risques est l’essence même du capitalisme. Il suffit de relire Adam Smith. Car cette explication par une crise exclusivement financière ne permet pas de comprendre, pourquoi les Etats ont donné les clefs aux banques, « pourquoi elles ont laissé faire n’importe quoi, jouer à saute-mouton par-dessus les frontières et les prudences les plus élémentaires », dixit Eric Zemmour.

C’est que la mondialisation avec son cortège de délocalisations dans les pays pauvres, et de chômage de masse dans les pays riches a entraîné une crise de la demande, au sein de nos pays. Pour compenser, les gouvernements ont poussé les banques à prêter des sommes énormes, d’abord aux classes moyennes, puis aux foyers plus modestes. Ce système a atteint des sommets aux Etats-Unis, mais aussi en Espagne, au Royaume-Uni, créant d’énormes bulles spéculatives. Les banques n’ont pas voulu rester avec des créances dont elles savaient, qu’elles ne seraient jamais remboursées. Elles ont donc inventé des techniques financières de plus en plus sophistiquées, pour se défausser sur les autres. Jusqu’à ce que le pot aux roses soit découvert.

Cette schizophrénie collective dans certains milieux bancaires et financiers a pu être décrite et analysée par l’essayiste Michel Drac, au travers de son dernier ouvrage « Crise ou coup d’Etat ? » -qui est un grand succès en librairie-, et la thèse d’une crise du sens, au sein de nos sociétés occidentales. Le ton est assez subversif, mais l’analyse est originale. Aujourd’hui, les milieux financiers, économiques occidentaux sont confrontés à la montée en puissance d’autres pôles, à l’échelle géo-stratégique mondiale, bouleversant la donne, dans leur vision mercantiliste. Pris dans un engrenage, ils se mettent à appliquer du surcodage. Ils se montrent incapables de sortir de leur logique d’endettement. Atteints d’une forme de pathologie collective, pris dans leur système de pensée et de fonctionnement, dont ils se montrent incapables même de percevoir les limites -largement atteintes-, ils se lancent ainsi dans une fuite en avant, particulièrement dangereuse.

La finalité à long terme pourrait être la faillite d’un grand Etat, dans les années à venir. Mais en tout cas, suite à la dernière réunion du G20 consacrée en grande partie aux conséquences de cette crise financière, le système n’a guère été remis en cause.

                                                                                                                                                      J. D.

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