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22 octobre, 2010

Les réalités du dernier sommet de Deauville

Classé dans : Diplomatie,Europe,Politique — llanterne @ 5:52

Les réalités du dernier sommet de Deauville dans Diplomatie latern

A Deauville, sur les planches, ce récent sommet franco-germano-russe (le 17 octobre) a parlé politique, ayant réuni Nicolas Sarkozy, Dimitri Medvedev et Angela Merkel, qui ont parlé notamment sécurité au cours de cette rencontre tripartiste. Ils s’étaient déjà rencontrés en 2003. Jacques Chirac, Vladimir Poutine et Gerard Schroeder manifestaient alors avec éclat leur opposition à la guerre en Irak, engagés par les Américains et les Anglais. Comme une alliance continentale, réveillant le spectre d’une opposition géostratégique entre les puissances continentales européennes et les puissances maritimes anglo-saxonnes.

Mais cette Europe de Brest à Vladivostock, était déjà l’idée aussi du général de Gaulle, lorsque dans les années 60, il développa une politique de détente, d’entente et de coopération avec l’Union soviétique. Mais les mâchoires de la guerre froide se refermèrent sur lui. Et puis comme l’analysait récemment Eric Zemmour, dans une perspective historique, à la fin du XIXe siècle, la France de la IIIe République s’alliait déjà à la Russie, et esquissait même un rapprochement avec l’Allemagne, qui se brisa sur l’Alsace-Lorraine. L’idée de cette grande alliance continentale était née, en 1807, à Tilsitt, lors de la célèbre rencontre entre Napoléon et le tsar Alexandre Ier, sur le Niemen. Mais cette alliance qui devait garantir la domination de la France sur l’Europe se brisa entre autre sur les intérêts commerciaux de l’aristocratie russe qui ne voulait pas renoncer à son commerce fructueux avec l’Angleterre. A vieille histoire, nouveaux acteurs : l’ambiance n’est aujourd’hui plus la même, l’Allemande Angela Merkel a dès son élection renoué avec Washington, Medvedev est un libéral et Nicolas Sarkozy s’est empressé de ramener notre pays, dans le giron protecteur de l’Otan, où nos meilleurs officiers obéissent en langue anglaise, à leurs homologues américains.

Mais alors pourquoi cette réunion ? D’abord pour des raisons économiques, les Russes savent que leurs richesses en hydrocarbures ne sont pas éternelles. Depuis des années déjà, les entreprises allemandes ont investi l’eldorado russe. Tardivement les industriels français leurs ont emboîté le pas. Mais plus profondément, Sarkozy qui avait commencé son mandat, avec les idées russophobes d’un philosophe tel M. Glucksmann, s’est peu à peu converti aux thèses traditionnellement pro-russes du quai d’Orsay. Les désaccords avec Obama se sont multipliés, et de même après avoir fait ratifier le traité de Lisbonne, Sarkozy refuse désormais avec véhémence, la tutelle des instances communautaires qu’avait prévue ce même traité. Cette accumulation de stratégies souvent opposées et peu cohérentes, trouble notre discours et le regard sur notre pays. Elle est comme le reflet des hésitations et des contradictions françaises. Nicolas Sarkozy est comme son mentor Balladur, un occidentaliste. Pour lui, la principale alliance reste avec l’Amérique. Mais il a donné des gages à l’Europe fédérale, et à ses yeux, le rassemblement avec l’Allemagne et la Russie n’est pas incompatible avec ses autres choix. Seule une crise grave pourrait l’obliger à choisir, car cela s’imposera un jour.

Au final, cette réunion à Deauville, a été marquée par des gestes d’ouverture du président russe à l’égard de l’Otan, et il a confirmé qu’il irait à son prochain sommet. L’Otan qui est un mort très fringant. Avec la chute du mur de Berlin, l’Otan avait perdu son adversaire et sa raison d’être. On sait que le général de Gaulle ne rêvait que de mettre fin à ce qu’il appelait le « protectorat américain », d’où sa politique d’ouverture avec l’Europe de l’est. On sait aussi que François Mitterrand a cru un moment, que lorsque le mur de Berlin tomberait, l’Otan mourrait de sa belle mort et qu’une défense européenne prendrait sa place. Il n’en a rien été. Vingt ans plus tard, le protectorat américain de l’Otan sur l’Europe, se porte comme un charme. Les pays de l’ancien bloc du pacte de Varsovie sont les plus demandeurs de protection. Les pays européens ont renoncé dans leur ensemble de se défendre. Ils baissent tous, tous les budgets de leurs armées, même le Royaume-Uni et la France. La crise aggrave encore ce tropisme.

L’Europe a sous-traité sa défense aux Américains, comme les Rois se payaient des lansquenets allemands ou suisses. A défaut que ce sont là, les Américains qui payent et qui commandent. Les Américains ont sorti l’Otan du champ de bataille européen et en ont fait une machine de guerre intervenant partout dans le monde. Non seulement les Français les ont suivi partout, au Kosovo, en Afghanistan, non seulement ils ont réintégré l’alliance intégrée, mais Nicolas Sarkozy semble accepter désormais le principe de bouclier antimissile américain. Bien-sûr l’Elysée précise que ce sera un complément de notre force de dissuasion. Mais à partir du moment où l’on est protégé par les Américains, notre force de dissuasion nucléaire n’est plus tout à fait indépendante. Et les Allemands nous ont poussés dans cette voix, car notre supériorité nucléaire est notre seule réelle prédominance stratégique sur eux. Les Russes sont les derniers à ne pas céder devant les pressions de l’Otan. Mais les Russes ont de grosses faiblesses économiques et démographiques. Eux aussi cherchent des alliés. Depuis des années, ils jouent du rapprochement improbable avec les Iraniens ou d’autres réprouvés de l’ordre international.

Le paradoxe est que les Américains remportent cette victoire totale, au moment où ils ont un président se détournant le plus de l’Europe et où leur affaiblissement économique éclate au grand jour. Au moment surtout où la guerre des monnaies fait rage et où le dollar faible cause un grand tort à l’économie des pays européens, sans que le continent européen ne réagisse. Mais précisément, cette dépendance géostratégique ne serait-elle pas la cause de notre incompréhensible passivité économique…

                                                                                                                                                    J. D.

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