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31 janvier, 2011

Cette dernière réunion du G20

Classé dans : Economie,Monde — llanterne @ 5:27

Cette dernière réunion du G20 dans Economie latern

La France a pris la présidence du G 20 et Nicolas Sarkozy en a présenté les multiples priorités, lundi dernier, à savoir : régulation du prix des matières premières, stabilisation des marchés, amélioration de la gouvernance économique mondiale. Nicolas Sarkozy l’a clamé haut et fort, il faut taxer et réguler. Ces premiers débats entre les membres du G20, se sont ainsi clos vendredi, à Séoul, sur des accords à minima, avec quelques points de convergence, mais aussi le constat de nombreuses difficultés à résoudre et à surpasser, notamment en matière monétaire. 

Les dirigeants des vingt pays membres, se retrouveront à Cannes, à la fin 2011. Un positionnement de Nicolas Sarkozy, à cette occasion, dans l’ouverture de ses chantiers colossaux, qui lui a ainsi valu d’être présenté dans le journal « Le Monde » en véritable « social-démocrate, adepte du colbertisme ». Une formule qui ne manque pas de piquant, quand on se rappelle un temps pas si lointain, où les détracteurs de l’actuel président de la République le surnommaient « Sarkozy l’Américain ». Mais la crise de 2008 est passée par là, et entre-temps Nicolas Sarkozy a viré sa cuti. Mais derrière ces prises de positions affichées par le président de la République, plus que louables et de circonstance, et cette idée quelques peu chimérique de régulation mondiale, en réalité, on peut s’interroger sur les véritables marges de manœuvre pour cette présidence. 

Cette régulation mondiale est devenue le rêve de certaines élites françaises, qui ont reconverti l’universalisme hexagonal passé, en un fantasme de gouvernement mondial. Sarkozy emprunte ainsi « les patins » de certains nos grands technocrates, qui ont dirigé ou dirigent encore des organismes internationaux : Jacques Attali, Pascal Lamy, Dominique Strauss-Kahn ou Jean-Claude Trichet. Tous « ces machins » dénoncés jadis, par de Gaulle. Mais les marges de manœuvre pour Sarkozy, sont plus que minces, voire même nulles, et il le sait si bien, qu’il a même renoncé, en réalité, à sa seule proposition réellement iconoclaste et authentiquement révolutionnaire de nouveau système monétaire mondial, vieille idée française, mais butant sur les réalités géo – stratégiques.

Nicolas Sarkozy ne peut se limiter qu’à quelques condamnations, au nom des bons principes. Il a annoncé sa rencontre prochaine avec Dominique Strauss-Kahn. Il défend maintenant une conception plus protectionniste, l’idée de battre monnaie et jouer de sa valeur, dénonçant le souhait d’enterrer l’affaire, « sans fleurs ni couronnes ». Double discours diront ses détracteurs, mais surtout désarroi d’une France et d’une Europe, qui ne parviennent plus à imposer leurs conceptions, dépouillées de leur souveraineté et se cachant derrière une sémantique de coopération, pour mieux reculer face à la perspective de l’inéluctable affrontement économique.                           

                                                                                                                                          J. D.

Un pavé dans la marre du dollar…

Classé dans : Diplomatie,Economie,Monde — llanterne @ 0:03

Un pavé dans la marre du dollar... dans Diplomatie latern

Le président chinois Hu Jintao a effectué récemment une visite aux Etats-Unis, qui a été marquée par une offensive sur la question monétaire. On a pu retenir à cette occasion cette formule du dirigeant chinois, qui a marqué les esprits : « Le système monétaire international est devenu un produit du passé ». Voilà de quoi jeter la confusion parmi les esprits les plus idéalistes, toujours à l’affut d’une hypothétique communauté internationale, qui s’idéalisaient que la planète serait dirigée désormais par un consortium sino-américano, le fameux G2. Il est vrai, les dernières déclarations du président Hu Jintao, devraient déciller les yeux les plus embués. Car en remettant ouvertement le rôle de monnaie de réserve du dollar, les Chinois s’attaquent, en effet, au cœur nucléaire de l’impérium américain.        

Le général de Gaulle le savait mieux que quiconque, ayant expliqué avec une rare maestria, il y a plus de quarante ans, les avantages inouïs que les Américains tiraient de ce privilège exorbitant - consécutif aux accords de Bretton-Woods -, celui de battre leur propre monnaie, comme monnaie-référence du monde entier. La décision de Nixon de supprimer la convertibilité du dollar en or, à partir de 1971, avait fait disparaitre le seul talon d’Achille des Américains. Depuis lors, l’armée américaine avait financé sans douleurs la croissance infinie et exorbitante de ses équipements, en faisant jouer la planche à billets. Privilège exorbitant dont ne disposait pas l’Union soviétique Soviétique, et qui a empêché, en plus des absurdités de leur système économique, les communistes de suivre le rythme fou imposé par l’Oncle Sam, dans la course aux armements.Après avoir mis à genoux leur rival soviétique en 89, les Américains devaient réduire à néant, un autre concurrent, à savoir le Japon. En contraignant les Japonais, protégés par leur parapluie nucléaire, à réévaluer leur monnaie par rapport au dollar, les Américains sont parvenus à enrayer leur fantastique machine exportatrice, qui ne cessait alors de tailler des croupières à l’économie américaine.

Vingt ans après, l’économie japonaise ne s’en est toujours pas remise. D’où l’offensive du président chinois à Washington, car les Chinois veulent éviter ces deux écueils, à proprement parler. Ils augmentent de 2 % par an leurs dépenses militaires, et refusent de réévaluer le Yuan. Les Chinois ont aussi pris comme un casus-belli, la décision de la Banque Centrale Américaine de déverser 600 milliards de dollars, pour relancer une nouvelle fois la machine économique américaine et faire baisser le dollar. Les pays émergents sont également furieux. En attaquant ainsi publiquement le dollar, les Chinois incitent l’Arabie saoudite à abandonner la monnaie américaine, comme monnaie de paiement pour les exportations pétrolières. Alors on en aurait fini de la diplomatie du dollar. Et les Américains eux-mêmes, se battent avec une main attachée dans le dos.

Ces-derniers sont surendettés, et en effet, un débiteur parle toujours respectueusement à son banquier. Et aux Etats-Unis, le lobby chinois constitué des grandes industries qui ont délocalisé à tours de bras leurs usines depuis dix ans, et de Wall-Mart, le Carrefour américain, qui importe dans ses grandes surfaces tous les produits Made in China, ont fait la fortune de leurs dirigeants, sur la complaisance à l’égard de la Chine. Les Etats-Unis ont poussé à l’entrée de la Chine à l’OMC. Dixit M. Zemmour, dans une formule qui résume bien le propos : « Ce lobby chinois tel Frankestein a fabriqué un monstre au prix d’une désindustrialisation massive aux Etats-Unis… Et désormais le monstre se retourne contre son créateur »…

                                                                                                                                                               J. D.

29 janvier, 2011

Tunisie, Egypte : le triangle de la contestation dans le monde arabe…

Classé dans : Monde,Politique — llanterne @ 6:03

Tunisie, Egypte : le triangle de la contestation dans le monde arabe... dans Monde latern

Après la Tunisie, voici maintenant venu le tour de l’Egypte, comme dans une vaste théorie des dominos, et cette révolte partie du Maghreb, s’étend au Moyen-Orient. Des dizaines de milliers de manifestants défient le pouvoir du président égyptien Moubarak, dans plusieurs villes du pays – Le Caire, Alexandrie, Guizeh, Suez -, au cours de heurts avec les forces de l’ordre, qui ont fait plusieurs victimes, à l’image des tensions ayant touchées le centre-ouest de la Tunisie, les quinze derniers jours et cette « révolution du Jasmin ».

Il est vrai, que les potentats locaux ne manquent pas dans le monde arabo-musulman, en particulier. Mais toutefois, les Etats de la région ont également leurs spécificités. C’est ce qui explique d’ailleurs, la prudente réserve dans les rappels à l’ordre émanant des démocraties occidentales. Il est vrai que l’Egypte, n’est pas la Tunisie, les problématiques y sont autres. L’Egypte est l’Etat le plus peuplé du monde arabe (80 millions d’habitants) et le berceau historique du fondamentalisme islamiste. Les Frères musulmans sont une des principales forces d’opposition, dans un pays aux problématiques sociales diverses, en pleine explosion démographique. Le terrorisme frappe l’Egypte depuis les années 1980, pays comptant également la plus importante minorité chrétienne au Moyen-orient, représentant près de 10 à 15 % de la population – majoritairement de l’Eglise copte orthodoxe -, régulièrement visée et harcelée.

La Tunisie a toujours fait figure d’exception, depuis 40 ans, en tant qu’Etat laïc, dans le Maghreb et dans tout le monde arabo-musulman. Elle a été protégée de la vague terroriste des années 80. Dans les années 60, le président Bourguiba vint un soir à la télévision, pour boire un verre d’eau et dire aux Tunisiens, « le ramadan est inadapté aux conditions économiques modernes, travailler et manger, je m’arrange avec Dieu ». Anecdote révélatrice de la personnalité hors-norme du fondateur de la Tunisie indépendante, despote éclairé, modernisateur et anticlérical, une sorte de Clémenceau maghrébin. Mais la querelle autour des droits de l’homme, de la démocratie, ne peut s’abstraire de ce contexte.

Il serait bien-sûr exagéré d’expliquer que l’alternative pour la Tunisie se situait entre l’autoritarisme musclé de Ben Ali et l’islamisme, à l’image de l’Egypte tenu sous la férule du général Moubarak, depuis 1981. Bien-sûr, la lutte contre l’Islam radical, la peur de la guerre civile, qui ravagea le voisin algérien, dans le cas de la Tunisie, sont devenus de commodes prétextes, pour couvrir la corruption à grande échelle et la cupidité brutale et sans complexe des classes dirigeantes. Mais la démocratie libérale suppose par ailleurs, l’émergence d’un citoyen évoluant en-dehors des dogmes religieux, rationnellement, cheminement qu’a suivi la France au milieu du XVIIIe siècle. Mais cette évolution s’est inversée, et l’on assiste paradoxalement, à un basculement dans tout le monde arabo-musulman – particulièrement constatable en Egypte -, vers un Islam rigoriste, avec pourtant aussi dans tous ces pays, une élite bourgeoise éclairée, cultivée. 

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Jusqu’à présent, le discours délivré par Ben Ali ou d’autres dirigeants de la région, à l’image d’Hosni Moubarak, était plus ou moins le suivant : « Enrichissez-vous, au prix de votre liberté« . Mais ce modèle classique de développement fondé sur les exportations et le tourisme, a trouvé ses limites. « C’est la loi d’Erin de la mondialisation« . A la chute du mur de Berlin, on avait cru que le monde entier se convertirait à la sauce libérale occidentale. Mais ça ne s’est pas accompagné nécessairement par une démocratisation des régimes politiques, la dictature capitalistique étant devenue le vrai modèle d’aujourd’hui, le tout mâtiné de vrais retours identitaires et religieux. Nous assistons aux plus grands bouleversements géo – politiques dans cette région, depuis les trente dernières années.

Tout un modèle politique se voit ainsi remis en cause. Certes pour l’instant, la répression en Egypte ne semble pas aussi violente qu’elle ne l’a été Tunisie. Mais le mouvement va-t-il se poursuivre ? Quelles sont les issues pour le régime en place ? Comment va-t-il faire face et gérer cette vaste contestation populaire, qui semble prendre de l’ampleur ? Les Frères musulmans vont-ils s’engouffrer dans la brèche ? Autant de questions à des problématiques, qui sont importantes et lourdes de conséquences…

                                                                                                                                  J. D.

26 janvier, 2011

Pas de célébration pour l’auteur du « Voyage »

Classé dans : sujets de societe — llanterne @ 2:30

Pas de célébration pour l'auteur du

Après l’annonce du retrait de Louis-Ferdinand Céline, des calendriers des célébrations nationales pour le reste de l’année, le ministre de la culture, Frédéric Mitterrand s’est expliqué : « Déposer une gerbe au pied de Louis-Ferdinand Céline, au nom des valeurs de la République, pour l’instant, et pour toujours je crois, ce n’est pas possible ». Il aurait ajouté que la veille au soir, il avait relu « Bagatelles pour un massacre », ce qui lui avait suffi pour trancher et prendre cette décision.

Frédéric Mitterrand a eu une révélation, Louis-Ferdinand Céline était antisémite. C’est évident. Il a toujours dû le savoir, mais il a ressenti le besoin de relire le pamphlet controversé, pour s’en assurer. Un antisémitisme qui est à replacer aussi, dans le contexte des années 1930 en France, et qui ne transparait pas dans l’ensemble de son oeuvre, mais avec une fureur inégalée, notamment dans « Bagatelles pour un massacre », paru en 1937. Personne n’ait d’ailleurs parvenu, à clairement diagnostiquer cette évolution de la pensée chez l’auteur. Céline a suivi la voie d’une forme de collaboration littéraire en écrivant dans des journaux collaborationnistes sous l’occupation, condamné par contumace en France après-guerre avant d’être amnistié en 1951. Mais il avait été inscrit, au départ, à l’ordre du jour des célébrations annuelles à l’occasion du cinquantième anniversaire de sa disparition.

Pourtant la critique littéraire nous a appris, à distinguer entre l’écrivain et l’homme, entre l’oeuvre et les idées. Son « Voyage au bout de la nuit » est un des chefs d’œuvre de la littérature française, à l’image de « Mort à Crédit ». Le personnage célinien est complexe à saisir, voire quelque peu schizophréne. Mais Céline fut surtout le créateur d’un style narratif très particulier, teinté d’argot parisien, qui traduit toute la difficulté d’une époque à être et à se dire. Il y exprime sa haine du monde moderne. Plusieurs passages de « Voyage au bout de la nuit » (1932) dénonceront clairement, l’inhumanité du système capitaliste et fordiste en particulier. Il s’inspire ainsi de son expérience de médecin de la SDN, parti visiter les usines Ford de Détroit. Même son échappée à Sigmaringen avec le dernier carré des fuyards de la collaboration, autour de Pétain et Laval, lui donna l’occasion de livrer une grandiose farce rabelaisienne, dans laquelle il n’épargna guère ses compagnons d’infortune.

Au-delà de cette problématique, entre en ligne de compte, le fait que l’on puisse être, hélas, un génie et s’être compromis politiquement. On n’est pas forcément un grand écrivain, parce que l’on est irréprochable sur le plan moral. C’est injuste, mais c’est ainsi. Mitterrand ne saurait l’ignorer, ayant écrit d’un plume talentueuse, pour dire tout le mal qu’il pensait de lui-même, comme l’observe Eric Zemmour. Le général de Gaulle disait, que « tout homme qui écrit et qui écrit bien, sert la France ! ». Et Nicolas Sarkozy, lui-même, grand amateur du « Voyage au bout de la nuit », a toujours dit que l’on pouvait aimer Céline, sans être antisémite, tout comme on pouvait aimer Proust sans être homosexuel. Certes, il s’agissait là d’une commémoration de la mémoire du célèbre écrivain, qui est toujours beaucoup lu et même étudié. Mais une certaine célébration aurait pu être l’occasion d’une pédagogie intéressante sur la partie de son oeuvre connue du public et particulièrement instructive sur l’antisémitisme d’avant-guerre.

Car Céline est l’incarnation même de ces anciens combattants de la guerre de 14, qui avaient érigé la paix en valeur suprême. De ces hommes de gauche aussi, qui deviendront antisémites et « collabos », surtout par pacifisme et refus absolu de la guerre avec l’Allemagne. « Je préfère être un Allemand vivant, qu’un Français mort », disait Giono, qui fut également inquiété à la Libération. Connaissant bien l’auteur et son oeuvre, à l’image de nombreux critiques littéraires, il est établi, qu’il n’avait vraisemblablement pas bien compris, saisi et assimilé, la nature particulière et exceptionnelle de ce second conflit mondial. Les débuts de l’occupation allemande semblaient s’inscrire pour lui, dans la continuité des conflits de la fin du XIXe et de 14-18. Mais il importe de prendre du recul face à ce triste épisode de l’occupation. Ne serait-ce que pour comprendre et analyser, cette page de la collaboration littéraire, dans laquelle de nombreux intellectuels se sont fourvoyés. On pourrait ne plus étudier aussi dans les écoles, Giono pour ses ambiguïtés ou Aragon, qui célébra dans ses poèmes, la Tcheka, la police politique stalinienne, qui tortura et massacra à tout va. Ou encore Rousseau, qui abandonna ses cinq enfants. Qui sait, si dans quelques années, des voix ne contesteront pas, sinon la commémoration de Voltaire, qui s’est enrichi honteusement dans la traite triangulaire ?

Le même Voltaire, qui n’était d’ailleurs pas avare de réflexions antisémites, dans son « Dictionnaire Philosophique ». Une pensée qui semble liée au combat de ce-dernier contre l’église chrétienne selon certains philosophes contemporains, Pierre-André Taguieff plaçant ainsi la reformulation de la pensée antijudaïste de penseurs comme Voltaire ou le baron d’Horbach, « dans le code culturel « progressiste » de la lutte contre les préjugés et les superstitions », l’antisémitisme n’ayant vraisemblablement pas cherché sa doctrine chez Voltaire. Mais si l’auteur de « Candide » résistait à ses hypothétiques assauts, faisant fi de tout anachronisme, il ne manquera pas de bonnes âmes pour expliquer ce deux poids / deux mesures. Et en l’occurrence, Messieurs Klarsfeld et Mitterrand pourront se féliciter, à défaut de réflexions en profondeur et de pédagogie instructive sur une époque et son contexte, ils auront décidément bien travaillé…     

                                                                                                               J. D.

22 janvier, 2011

La vente de l’hôtel de la Marine

Classé dans : Culture,Politique,sujets de societe — llanterne @ 3:19

C’est un dossier culturel très sensible, puisqu’il concerne un des fleurons du patrimoine national, à savoir l’hôtel de la Marine, place de la Concorde, qui est à vendre ! On pensait d’ailleurs, au début, que l’affaire était réglée, dans un programme disons culturel et commercial. Mais le Ministère de la Marine nationale a repoussé la date limite in-extremis, et ce sont maintenant une soixantaine de candidats potentiels qui se manifestent, poussant au portillon. Mais pourquoi ce splendide hôtel de la marine, est-il à vendre ? Parce que les marins doivent l’abandonner prochainement, appelés à rejoindre leurs collègues militaires, dans le projet de pentagone, prévu au sein du XVe arrondissement de Paris. Et aussi et surtout parce que l’Etat a besoin d’argent… beaucoup d’argent. Alors on vend, des hôtels particuliers, des casernes… « On brade » même, comme l’a dit Régis Debray, rejoint par d’autres personnalités. Il est vrai que de voir des boutiques de luxe et des galeries d’art contemporain rejoindre ce haut-lieu de l’Histoire de la France, a de quoi surprendre et choquer.

Construit par Jacques-Ange Gabriel entre 1766 et 1775, ce qu’on appelle l’hôtel de la Marine, classé monument historique sous le Second Empire, constitue sans doute l’un des plus beaux ensembles architecturaux de la fin de l’Ancien Régime, par sa façade extérieure, qui se dresse sur l’une des places les plus historiques de Paris, mais aussi par son architecture et son décor intérieurs. Ce bâtiment est lié dès son origine au fonctionnement de l’Etat. Il a en particulier abrité les richesses du Garde-Meuble de la Couronne, parmi lesquelles les regalia, les instruments du sacre. Dans un clin d’oeil historique d’ailleurs, cet ancien garde-meuble de la monarchie fut aussi, en quelque sorte le premier musée des arts décoratifs. Puisque sous « l’ancien régime », le peuple entouré de garde-suisses, pouvait au moins une fois par mois admirait les meubles et bronzes qui étaient fabriqués. Cette vente du ministère de la Marine n’en finit de susciter le débat. « Quiconque éprouve encore un minimum de respect pour le passé national, pour les pierres chargées de symboles et d’une histoire qui touche tous les Français ne peut qu’être révulsé », s’exclamaient sept personnalités dans une tribune publiée dans Le Monde, le 11 janvier 2011. Le ministre de la défense, Alain Juppé, touché semble-t-il lui-même en son for intérieur, par la polémique, a exigé en substance, qu’aucune élection de Miss France n’y soit jamais organisée…

Les projets les plus démentiels foisonnent, commerciaux, mais aussi culturels. Alors que l’on croyait le dossier réglé à la hâte, Pierre Nora a proposé sinon ce lieu pour le projet sarkozyste si décrié, de musée de l’Histoire de France. C’est là aussi que fut signée la condamnation à mort de Louis XVI. D’autres historiens, parce que c’est en ce lieu que fut signée l’abolition de l’esclavage par Victor Schoelcher, en 1848, proposent de le transformer en musée de l’histoire de l’esclavage et de la colonisation. L’état-major de la marine qui l’occupe actuellement doit le libérer en 2014. L’Etat avait décidé de le vendre, puis a envisagé une location de quatre-vingt-dix-neuf ans, en l’occurrence à l’homme d’affaires Alexandre Allard, pour en faire un ensemble de commerces et de suites de luxe. Face à l’ampleur de la protestation, une commission indépendante chargée de réfléchir à l’utilisation future de l’hôtel, doit être ainsi mise en place, par le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand. Mais au-delà de ces débats divers sur la nature de la réhabilitation de cet hôtel de la Marine, cela ne fait même pas au bout du compte, les affaires de nos comptables publics. Ils voulaient gagner de l’argent. Mais cette affaire a été si mal montée, qu’ils risquent même d’être contraint d’en dépenser…

Au-delà du cas particulier de l’hôtel de la Marine, ce n’est pas n’importe quelle problématique qui est touchée, mais celle de la gestion du patrimoine historique national. La France associe étroitement l’Etat à l’idée de Nation. Des historiens ont même déterminé, que c’est historiquement l’Etat, qui a forgé la Nation en France. C’est le fond de la problématique et ce qui explique l’ampleur de la polémique. Et c’est pourquoi aussi l’Etat français – par son rôle – doit s’efforcer de préserver au mieux, en son giron, les lieux qui incarnent la mémoire de la France…

J. D.

17 janvier, 2011

Les trente ans de la politique de la ville

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 7:23

Les trente ans de la politique de la ville dans Politique latern

Jeudi dernier, sept anciens ministres de la ville étaient réunis, autour de l’actuel titulaire du poste, Maurice Leroy, pour célébrer les vingt ans de la politique de la ville : Eric Raoult, Claude Bartolone, Jean-Louis Borloo, Fadela Amara, Catherine Vautrin, François Loncle. Ils étaient tous là, sauf Tapie, « le fils maudit« , qui fut le premier ministre de la ville. Et tous ont convenu d’une chose, être ministre de la ville, c’est une tâche ingrate. Mais la politique de la ville est toujours au goût du jour, l’Etat-Providence n’est pas mort, c’est ce qui est ressorti de cette réunion. C’est au cours des années 1970 et 1980 qu’une approche globale, à la fois sociale et urbanistique, des problèmes spécifiques aux villes modernes est apparue. Cette prise de conscience a mené à la création d’un ministère de la ville en 1991. Et cet anniversaire apparaît, comme l’occasion de dresser un bilan de cette politique, consistant en un ensemble d’actions d’Etat visant à revaloriser certains quartiers urbains (appelés quartiers de la politique de la ville).

tapie-dessin dans sujets de societe  Bernard Tapie, 1er ministre de la ville

 

Une politique qui consiste essentiellement à subventionner les associations, réparer les cages d’escaliers, reconstruire les immeubles HLM trop abîmés, « à repeindre les ghettos ». La politique de la ville, ce sont avant tout des dizaines de milliards partis on ne sait où, pour on ne sait quoi. C’est  une invention socialiste, que la droite a reprise à son compte. Et qui est devenue un de ses sujets consensuels, que la classe politique s’est appropriée, et dont elle semble si fière, sans jamais oser la remettre en compte. Mais comme l’a dit, un jour, François Bayrou « Quand on pense tous la même chose, c’est qu’on ne pense plus rien ». Horwell aurait adoré cette politique de la ville, avec à chaque fois, l’Etat qui remettait au pot, suite à des mouvements de colère, plus ou moins spontanés, quelques milliards « pour acheter la paix sociale », oubliant ainsi tout sentiment de culpabilité. Une étude administrative récente montre par ailleurs, que les plus défavorisés ne sont pas où l’on croit, mais dans les départements ruraux du centre, comme la Creuse, ou de l’est de la France. Ce qui vient corroborer par exemple, la thèse du criminologue Xavier Rauffer, selon laquelle les départements les plus pauvres, ne sont pas nécessairement les plus criminogènes. Les banlieues au contraire sont proches des grandes métropoles, irriguées par le dynamisme économique de la mondialisation. La Seine-Saint-Denis est un département au tissu d’activités dense, mais habitée par des gens pauvres et massivement au chômage. Cette proximité avec les centre – villes, rend les trafics de drogue très attractifs, si rémunérateurs qu’ils détournent de la recherche d’emploi. 

Mais là où le bas blesse, c’est que la politique de la ville ne pourra rien contre cela, ni détruire les ghettos. Car ce n’est pas l’urbanisme qui provoque les ghettos, mais d’abord la délinquance, qui fait fuir les gens honnêtes, dès qu’ils le peuvent. Une politique d’immigration laxiste ensuite - 200 000 entrées régulières par an -, qui ruine tous les efforts d’intégration, et l’abandon par l’Etat et les élites de l’exigence d’assimilation, des codes sociaux et culturels français. « On ne peut pas exalter les différences et obliger des gens trop différents à vivre ensemble ». Malgré toutes les contraintes légales inventées, les aides financières déversées, la politique de la ville n’y pourra vraisemblablement rien. Elle sera au mieux inefficace, au pire même nuisible.

                                                                                                                                            J. D.

La logique sondagière

Classé dans : Politique — llanterne @ 6:37

La logique sondagière dans Politique latern

Selon le résultat d’un sondage consacré à son image publié dans Le Monde, l’euro-députée Eva Joly, l’ancienne juge d’instructions de l’affaire Elf, serait considérée comme la candidate à la présidentielle de 2012, la plus crédible. 65 % des personnes interrogées estiment qu’elle ait une candidate sincère, arrivant d’ailleurs loin devant tous les autres. Ce qui m’amène à me pencher sur cette dictature des sondages, devenus des armes de guerre politiques, utilisés pour promouvoir une candidature. Ce n’est d’ailleurs pas tant ce sondage derrière cette candidature d’Eva Joly, qui est ici intéressant, mais plutôt son caractère symptomatique. Les sondages sont ainsi devenus des sortes de juges suprêmes, dans le vide absolu du monde politique contemporain.

Naguère dans le fonctionnement démocratique républicain, c’étaient plutôt les partis – avec les militants derrière -, qui choisissaient les candidats représentant le mieux l’idéologie de leur mouvement. Ce fut ainsi le cas de Mitterrand en 81 contre Rocard ou encore celui de Chirac au RPR. Aujourd’hui, au moment même où on fait de plus en plus voter les militants, « ceux-ci ont des comportements de parieurs de courses de chevaux, misant sur le gagnant », comme ce fut le cas pour Ségolène Royal en 2006. C’est d’ailleurs pour cette raison que ce sondage est si important, pour Eva Joly ou pour d’autres candidats potentiels. Il conjure le reste pour l’instant, les risques de déstabilisations liées aux piètres prestations publiques, l’absence de réel programme, sans oublier que « les résultats de ce sondage ne règlent rien », comme le décriait le journaliste Eric Zemmour justement. L’ancienne juge d’instruction est certes considérée comme honnête, sincère, compétente, efficace, inspirant confiance… Mais personne n’en doutait sérieusement. Ce n’est d’ailleurs pas le fonds du débat, car cela ne signifie nullement qu’elle puisse prétendre à la magistrature suprême pour autant, qu’elle ait des solutions sur le chômage, l’insécurité, la crise monétaire, ou la désindustrialisation. 

Elle serait la personnalité écologique la plus à même de répondre à la crise économique et financière. Mais est-ce réellement cela que l’on attend d’une candidature écologiste ? D’ailleurs de circonstance, certains en tenant rigueur à Eva Joly, au sein des verts. « Elle n’est même pas environnementaliste, comme disent les apparatchiks verts disent avec mépris, de ceux qui ne s’occupent pas des sans papiers ou du mariage homosexuel », pour citer M. Zemmour. Mais elle est le produit d’un casting intelligent, apparemment validé par les sondages. Elle appellera par ailleurs, à voter au second tour, pour le candidat socialiste. Ce qui n’était pas si évident dans son positionnement de départ. Il est vrai que ses rapports avec les socialistes n’ont pas toujours été au beau fixe, sa boutade sur Strauss-Kahn qu’elle avait mise en examen, ayant fortement déplu rue de Solférino. Elle était d’ailleurs plutôt séduite par François Bayrou, avant de tomber par défaut, dans les bras de Cohn-Bendit. D’autant plus, que l’alliance de programme entre les socialistes et les verts, peut paraître fragile. Reste pour les unir, une sorte de mondialisme naïf, une philosophie plutôt antinationale, affichée et assumée chez Cohn-Bendit et la plupart des verts, mieux dissimulée chez la plupart des socialistes. 

Il est vrai, cette candidature d’Eva Joly, mi-française, mi-norvégienne, avec son accent charmant ou horripilant selon les moments, incarne de manière subliminale ce dépassement des nations. Mais sans même qu’elle et les verts ne s’avisent que leur internationalisme si sympathique ne fasse de fait, le lit de toutes les tractations post-électorales et celui du Front national. Dans tous ces débats, on cherche encore, quel est le positionnement d’Eva Joly, sa philosophie. Une campagne présidentielle est une épreuve « féroce », et une bonne image ne suffit pas…

                                                                                                                                                     J. D. 

16 janvier, 2011

Carnet littéraire – coups de coeur

Classé dans : Focus litteraire — llanterne @ 0:16

 « Impostures politiques », Marie-France Garaud, Plon   

L’ancienne conseillère de Georges Pompidou, et de Jacques Chirac, présenté comme « la femme la plus influente de France », par le magazine Newsweek en 1972, a signé récemment son dernier ouvrage, « Impostures politiques », chez Plon. Pourquoi l’Allemagne s’affirme-t-elle de plus en plus diplomatiquement, et la Chine s’impose-t-elle progressivement ? Aux côtés d’une Russie qui tente d’émerger, et des Etats-Unis, qui trouvent encore la force de résister pour l’instant, en dépit d’une crise financière digne de 1929.

Toute une série de questions, estime-t-elle, qui devrait tarauder les « princes qui nous gouvernent ». Et auxquelles la présidente de l’Institut international de géopolitique, répond avec son expérience d’un demi-siècle de combats politiques, avec un regard objectif et critique. Un réquisitoire sur la classe politique française pour cette femme assimilée souvent, dans notre imaginaire collectif, à une éminence grise. Au travers de cet ouvrage, elle nous livre, en tout cas, un constat intéressant, avec en toile de fonds, une certaine vision de la France, teintée de regrets…

« De Gaulle – Pétain », Frédéric Salat-Baroux,  Robert Laffont 

En 1952, lors d’une de ses grandes conférences de presse, le général de Gaulle s’exclame : « Chaque Français fut, est ou sera gaulliste. Je ne jurerais pas qu’à quelque moment, malheureusement trop tard ! le maréchal Pétain lui-même ne l’ait pas été quelques peu. » Pourquoi la première phrase est-elle restée dans toutes les mémoires et la seconde a-t-elle été occultée ? Frédéric Salat-Baroux, avocat, et ancien secrétaire général de la présidence de la République, est l’auteur de cet ouvrage, à la fois récit historique et réflexion politique.

Il nous plonge ainsi au cœur de l’affrontement sans merci, qui opposa le chef de la France Libre à celui du régime de Vichy. De Gaulle et Pétain se sont rencontrés dès 1912. Ils ont d’abord été unis par une complicité et une admiration réciproque sans pareil, comme on l’oublie souvent, avant de s’éloigner petit à petit, durant l’entre-deux-guerres. Jusqu’à devenir, par les méandres de l’Histoire, les porte-drapeaux de ces deux France qui n’ont cessé de s’opposer depuis la Révolution. Ce livre nous fait revivre ainsi une des périodes les plus sombres de notre histoire contemporaine, marquée par l’armistice, la collaboration, le si long soutien d’une majorité de Français au Maréchal, et de l’autre par l’épopée solitaire de l’homme du 18 juin et l’engagement des résistants. Pourquoi, en juin 1940, quand l’un acceptera la capitulation et l’armistice, l’autre optera-t-il pour la poursuite des combats ? En quoi Pétain a-t-il tenté de construire, sur les ruines de la défaite, un régime contre-révolutionnaire ? Qu’est-ce qui a conduit de Gaulle, enfin, à faire le choix de la continuité républicaine et de la défense du modèle français – nous donnant ainsi une magnifique et si actuelle leçon de vie et de France ?

Au travers de cet ouvrage au style accrocheur, et bien documenté, l’auteur s’efforce de dénouer les fils de l’imbroglio relationnel entre ces deux hommes, portés au pinacle par les évènements. Car c’est bien de la France et de son identité, que nous parlent ces deux imposantes figures.

« Portraits crachés », Denis Jeambar,  Flammarion       

Journaliste et écrivain, Denis Jeambar a été notamment directeur de la rédaction du Point, président d’Europe 1, président et directeur de la rédaction de L’Express. Il est l’auteur d’une vingtaine d’essais et romans, dont Le Défi du monde (Avec Claude Allègre, Fayard, 2006), Nos enfants nous haïront (Avec Jacqueline Rémy, Seuil, 2006), Accusé Chirac, levez-vous ! (Seuil, 2005), Les Dictateurs à penser (Seuil, 2004). De Mitterrand et Sarkozy, en passant par Ségolène Royal, Jacques Chirac, Lionel Jospin, Jean-Luc Lagardère, Charles Pasqua, Serge Dassault, mais aussi Jeysse Norman, Louis Chedid, Michel Petrucciani, Denis Jeambar nous promène dans ses souvenirs et brosse une galerie de portraits, avec son sens aigu du portrait.

 

 

 

 

14 janvier, 2011

Le Président d’Yves Jeuland

Classé dans : Culture,theatre et 7e art — llanterne @ 0:20

Le Président 

 Le Président, long-métrage d’Yves Jeuland

Avec Georges Frêche, Laurent Blondiau, Frédéric Bort 

Le 21 mars 2010, Georges Frêche -récemment décédé-, est réélu dans son fauteuil. En Languedoc, il est le Président. C’est l’objet du dernier film d’Yves Jeuland, réalisateur de documentaires, souvent dédiés à l’engagement politique. Dans Paris à tout prix, il suivait déjà, entre 1999 et 2001, Jean Tibéri, Bertrand Delanoë, Philippe Séguin et les autres protagonistes de l’élection municipale de 2001, dans la capitale française.

Dans ce dernier film-documentaire, Le Président, six mois durant, au fil d’une campagne ébouriffante, mais cependant captivante, la caméra d’Yves Jeuland n’a pas quitté le candidat PS de la région Languedoc-Roussillon, partout, hors champs et contrechamps, dans le secret des conciliabules et les fins de banquet. Que ce soit face aux ténors des médias, au milieu d’une réunion de militants, dans son bureau, au saut du lit… Escorté de ses deux conseillers politiques, Georges Frêche, le président décrié de « Septimanie », se révèle un formidable animal politique, grand acteur rabelaisien, et provocateur dans l’âme. Une véritable comédie humaine, que ce voyage au cœur d’une campagne électorale, s’inscrivant dans le registre de l’émission « streap-tease », leçon sur la vie politique, la chose publique et le cynisme du pouvoir.

                                                                                                                      J. D.

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12 janvier, 2011

Cette complexe « crise ivoirienne »…

Classé dans : Diplomatie,Monde — llanterne @ 2:16

Cette complexe

Cette crise en Côte-d’Ivoire s’avère décidément pleine de rebondissements et d’imprévus. Les médiateurs africains ont quitté Abidjan, sans faire état de progrès vers une solution à la crise politique sévissant. Laurent Gbagbo est toujours installé dans son palais présidentiel et il affiche depuis quelques jours, deux soutiens aussi spectaculaires qu’improbables, deux avocats français : Jacques Vergès et Roland Dumas. Deux vieux renards du barreau qui ont débarqué à Abidjan, « tels Dupont et Dupondt » – dixit le truculent journaliste au Figaro, Eric Zemmour -, pour défendre un président officiellement vaincu. « Et cela alors que leurs amis de gauche ne cessent de donner depuis toujours, des leçons de morale démocratique à la terre entière ». Une situation complexe qui oscille entre farce et tragédie.

La Côte-d’Ivoire est au bord de la guerre civile, révélant la cruauté de sa structure tribale, entre le nord Malinké et Dioula, le centre Baoulé et le sud où l’alliance des peuples lagunaires n’a jamais fait défaut à Gbagbo. Il vient encore s’y greffer le conflit entre chrétiens / animistes du sud et musulmans du nord. Avec derrière, une communauté internationale qui ne veut reconnaître qu’une nation, qui n’existe pas, par idéologie et héritage des frontières de la décolonisation. Gbagbo qui donne contre le néocolonialisme, s’empresse pourtant d’appeler à la rescousse, deux avocats français, héritiers certes de tous les combats du néocolonialisme, mais aussi de toute l’histoire tortueuse de la Françafrique. La communauté internationale, « elle-même chimère de bons esprits », se voit dénoncée par l’habile Gbagbo, comme l’alliance des puissances impérialistes d’hier et d’aujourd’hui, qui veulent imposer un président musulman, de l’ethnie Dioula, ancien haut-fonctionnaire du FMI, et naguère premier ministre d’Houphouët. Ce-dernier reste cantonné dans un hôtel, protégé mollement par des troupes de la CEAO mandatées par l’ONU. 

Concernant le positionnement diplomatique français, Nicolas Sarkozy a bien lancé un ultimatum à Gbagbo, mais sans intervention armée, autant dire un cri dans le désert. Alain Juppé a d’ailleurs précisé le 4 janvier, que « la France ne prendra pas l’initiative d’une intervention militaire ». Il est vrai que l’on se rappelle les incidents de 2004, et la fièvre post-électorale n’incite apparemment personne à réellement recourir à la force, avec des troubles qui ont déjà fait 169 morts civils en Côte-d’Ivoire. La solution pourrait sinon venir d’une ingérence de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest. La CEAO se dit ainsi prête à envoyer des troupes. Mais ce n’est pas sans risque, car apte à déstabiliser et fragiliser la région. Personne ne sait ce que ferait alors l’Angola, par exemple, face à une intervention de son grand rival, le Nigéria. Gbagbo peut encore prendre la posture de la victime d’un complot des grandes puissances. On redoute aussi la pugnacité de ce-dernier, autrement plus combatif que son opposant, d’autant plus qu’issu d’une ethnie minoritaire du sud – les Bété. Il sait ainsi qu’en perdant le pouvoir, il risque beaucoup avec son entourage immédiat, à savoir des poursuites judiciaires sur des affaires de malversations, les « biens mal acquis », et aussi sur les dessous de la répression post-électorale. 

Et on peut compter sur la culture historique et l’habileté « de nos deux Dupont et Dupondt », pour tenter de confondre au mieux les opinions publiques. Nos deux ténors du barreau s’avèrent, de plus, les détenteurs potentiels de nombreux secrets relevant des relations tortueuses entre la France et certains Etats africains. Vergès et Dumas ne manqueront d’ailleurs certainement pas de rappeler en habiles connaisseurs des rouages de la Françafrique, à toutes fins utiles, qu’il y a quelques mois à peine, au Congo, le fils du président défunt Bongo, fut intronisé par la France et l’ONU, grand vainqueur d’élections démocratiques. Et cela, alors qu’on découvre aujourd’hui, qu’il n’était arrivé que bon troisième lors du 1er tour… Bienvenue dans les rouages de la  Françafrique.

                                                                                                                                    J. D.

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