La Lanterne (politique, sujets de société)

10 février, 2011

« Progrès et conservatisme »

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 21:12


A l’assemblée nationale, la commission parlementaire spéciale sur la bio-éthique a voté ces trois derniers jours, trois amendements, qui modifient sensiblement le projet de loi soumis au conseil des Ministres au mois d’octobre 2010. Mais le texte maintient le statut-quo sur l’essentiel, notamment sur la recherche embryonnaire, et l’anonymat des donneurs de gamètes. Et le commentaire du député Jean-Marc Ayrault a été le suivant : « Le gouvernement est frileux, face aux lobbies les plus conservateurs »

Bouger avec une société qui bouge, changer avec une société qui change. C’est la rengaine que l’on entend depuis des années, en matière de moeurs surtout. A chaque fois, la loi est sommée de s’adapter, encore et encore, « aux désirs et aux foucades de nos contemporains », suivant l’analyse zemmourienne. La gauche s’accapare un certain nombre de sujets, derrière une sémantique de « progrès ». Mais la droite avec Giscard avait aussi pris, plus que sa part. Quand il arrive à l’Elysée, Sarkozy cherche à renouer avec une intuition giscardienne, et s’engage notamment, à prendre en compte « les nouvelles constellations familiales ». Il ouvre une fenêtre aux tenants -très marginaux- du Cuc. Et Nadine Morano envisage une révision du statut de beau-parent, qui ressemble fortement à une reconnaissance tacite de l’homo-parentalité. Et puis, plus rien. La révision actuelle à l’assemblée, des lois de la bio-éthique, désespère nos progressistes. « Pas la moindre avancée à se mettre sous la dent », rien de rien… Sarkozy a abandonné Giscard, pour rejoindre le conservatisme pompidolien, qui ne voulait pas meurtrir un corps social déjà bousculé, par les transformations économiques et sociales.

Nos progressistes dénoncent bien-sûr les évidentes arrière-pensées électoralistes de Sarkozy, soucieux de ne pas froisser l’électorat catholique. Ils incriminent également l’influence néfaste d’un collectif de parlementaires réunis sous la bannière de la Droite Populaire, et dénoncent l’activisme réactionnaire de certains députés, tel Hervé Maryton, qui a théorisé le retour de la droite sur ces questions sociétales. Et le débat politique s’enferme à chaque fois dans une opposition stérile, où chaque tenant argumente dans une sémantique, obéissant à une logique : progrès / conservatisme. Certes, pour une fois que la droite ne se fait déborder par l’activisme médiatique et idéologique de la gauche, on comprend qu’elle ne le digère pas. Mais il faut peut-être dépasser cette dialectique, la problématique étant plus profonde. Et après tout, pourquoi ne pas faire l’éloge d’un conservatisme supposé, en la matière ?

Mais si tout simplement, les principes qui guident notre politique en la matière, depuis 1994, étaient les meilleurs. Et pourquoi changer pour changer ? Le grand premier ministre anglais, Disraéli, disait « je suis conservateur, parce que je conserve ce qui est bien et je change ce qui est mal ». Alors pourquoi détruire ce qui est bien ? Ces lois sur la bio-éthique ont été débattues, comme le cuc, pour faire plaisir et satisfaire des lobbies minoritaires et des intérêts, l’essentiel de l’opinion publique s’en désintéressant. Alors pourquoi renoncer à la dignité de la personne humaine, à l’inviolabilité, à l’intégrité du corps humain ? Pourquoi autoriser les mères porteuses, alors que des féministes éminentes dont Gisèle Halimi, dénoncent elles-même, la marchandisation du corps de la femme ? Pourquoi ouvrir la procréation médicale assistée aux couples de femmes et de célibataires, comme si avoir un enfant était devenu le dernier droit individuel d’une société consumériste et existentialiste ?

C’est le coeur du débat, les sciences sont évidemment détachées de la sphère morale, quelque soit la sagesse et le sérieux, dans la démarche et la méthode de la recherche scientifique. « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme », disait Rabelais en son temps. Les progrès incroyables de la science posent ainsi des problématiques nouvelles et lourdes d’un point de vue sociétal. Nous citons toujours en référence, les exemples étrangers, ce qui se passe en Allemagne, en Italie. Mais pourquoi toujours regarder ailleurs ? Et si nous faisions aussi confiance à notre génie national. Au moment, où les prouesses scientifiques nous permettent d’utiliser un embryon humain, uniquement à des fins médicales (!), la France est, peut-être, encore le dernier rempart des valeurs humanistes, menacées par l’eugénisme et l’hubrisme de la technique et du marché.

                                                                                                                           J. D.

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