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17 février, 2011

Cette « révolution du Nil » et ses défis

Classé dans : Diplomatie — llanterne @ 22:28

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La pression populaire a finalement eu raison du président égyptien, et l’Egypte vit ainsi ses premiers jours sans Moubarak, au pouvoir depuis 1981. Le raïs a quitté Le Caire pour se réfugier à Charm el Sheik, station balnéaire des bords de la mer rouge. Un départ et une démission qui ont donné lieu à des scènes de liesse dans les rues de la capitale et dans tout le pays. Une foule euphorique célèbre cette « révolution du Nil », et c’est l’armée égyptienne qui assure provisoirement la transition politique. Mais à l’aune de ces bouleversements inédits, cinq jours après le départ de Moubarak, de nombreuses questions restent en suspens.

Dans les faits d’abord, Hosni Moubarak incarnait le régime, mais également l’armée, qui avait repris les rênes du pouvoir dès le début. Moubarak a ainsi été contraint de nommer vice-président le général Omar Suleiman, chef des services de renseignements égyptiens. Le président Moubarak était par ailleurs, très usé par l’âge et la maladie, et il n’était plus tout à fait présent. C’était le premier ministre, qui s’occupait des affaires courantes, et Moubarak ne gérait plus la crise, à proprement parler. Mais la lassitude – légitime et compréhensible -, l’exaspération même à son encontre étaient telles, qu’il a été poussé à la sortie et désavoué par l’armée. Mais il reste cependant de nombreuses zones grises, et le chemin vers la démocratie est semé d’embûches. Les anciennes méthodes ont ainsi la vie dure, dans un pays arabe où le parti au pouvoir avait l’habitude de truquer les élections. Où la corruption, les pots de vin, ont toujours été la norme, et avec une opposition longtemps mise sous la coupe, aux visages inconnus à l’étranger. Le prix nobel de la paix, Mohammed El Baradei, est en réalité peu reconnu, en Egypte. Il est présenté comme un occidental et n’incarne pas réellement l’opposition. Et la normalisation politique sera ainsi longue à se mettre en place.

Par ailleurs, ces évolutions représentent aussi un énorme défi et un énorme espoir, pour l’ensemble des peuples du monde arabe. Mais l’Egypte n’est pas la Tunisie, ni l’Algérie, car chaque pays a ses spécificités. L’Egypte est un pays surpeuplé, qui connaît aussi un revirement constatable vers un Islam rigoriste, depuis ces dernières années. Or, la querelle autour des droits de l’homme, de la démocratie, ne peut s’abstraire de ce contexte. Difficultés économiques encore criantes, illettrisme, explosion démographique, urbanisation anarchique et galopante, replis identitaires et religieux, toutes les problématiques se recoupent. Mais tout type de régime tyrannique s’inscrit dans une certaine configuration historique et socioéconomique. Ainsi considéré, il se substitue toujours difficilement, dans un premier temps, en l’absence d’un degré élevé de sagesse politique dans une société donnée. L’armée égyptienne se veut pour l’instant le garant de la laïcité, un paratonnerre contre l’anarchie, le désordre, les pillages, la remontée des extrémismes. Mais chaque geste ou annonce du Conseil suprême des forces armées, assurant l’intermède, est scruté avec attention par les Egyptiens, prêts à redescendre dans la rue pour protéger leurs acquis. Les revendications économiques, sociales vont être de plus en plus nombreuses. Et il faudra pouvoir les satisfaire dans une certaine mesure, au risque d’une nouvelle explosion sociale.

L’évolution politique des prochains mois, sera ainsi lourde de conséquences sur le plan de la stabilité intérieure. L’aboutissement de cette transition et la normalisation représentent également des enjeux cruciaux sur le plan diplomatique. Car il est certain que l’on assistait depuis 2005 à une remontée en Egypte, de ceux qui ne veulent pas entendre parler des accords de paix. Et l’Egypte a toujours joué un rôle clef depuis Sadate, dans le processus de paix israélo-palestinien. Il y a eu des partis politiques égyptiens, qui sont aujourd’hui dissous. Certains hommes sont parfois encore là, et l’Egypte compte sinon des élites cultivées. Mais la transition politique représente un sérieux défi ; sachant aussi que l’ensemble du monde arabe a les yeux rivés sur l’Egypte, et ces bouleversements inédits en cours…

                                                                                                                                                                                               J. D.

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