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5 mai, 2011

« De la transgression de l’art, à l’art de la transgression »

Classé dans : Culture — llanterne @ 1:48

C’est la dernière polémique, touchant au domaine « artistique », autour de deux oeuvres de l’artiste américain Andres Serrano – deux photographies en couleurs placées sous plexiglas – dont une intitulée « Piss Christ », représentant un crucifix immergé dans de l’urine, réalisée en 1987. L’image diffuse ainsi une lumière orangée, auréolant un crucifix grandeur nature, que l’on pourrait qualifier d’esthétique d’un premier abord, selon l’intérêt porté à l’exposition. Le journal « Libération » présente ainsi l’oeuvre visée au travers un long article, dans un style enamouré de catalogue d’art. Ces deux images ont donc été détruites à coups de marteau, par des « amateurs » du genre, à la collection d’art contemporain d’Avignon, Yvon Lambert, il y a quinze jours de cela. Les réactions d’indignation ont été nombreuses, dans la presse écrite notamment. Mais outre la polémique plus ou moins intéressante en soit, cela ramène à une problématique plus profonde, qui est celle de la provocation artistique, à l’égard de la religion, mais aussi et surtout celle de l’art contemporain, en général.

Comme a pu l’analyser, l’historienne d’art et conservatrice, Christine Sourgins, «  l’art contemporain cherche non par la beauté mais le scandale » et cette affaire en est emblématique, sur ce point. Aux yeux du journal « Libération », les agresseurs d’Avignon étaient des « vandales », et des « illuminés », l’hebdomadaire « Le Monde » en profitant ainsi pour dénoncer certains courants catholiques intégristes, ainsi l’influence jugée néfaste de l’archevêque d’Avignon. Mais il est vrai, dans une approche schématique mais révélatrice, imaginons aussi « un instant, d’autres oeuvres qui montreraient une Torah dans un bain de sang (…), un Mahomet déféquant, le Moïse de Michel-Ange plongé dans ses excréments », dixit Eric Zemmour. Et imaginons ensuite les réactions des militants du CRIF et d’autres, s’indignant, et bien-sûr, la gêne des journalistes dans la presse écrite, « pris entre la défense de la liberté de l’art et la légitime réaction de minorités outragées ». Mais pour de nombreux « artistes contemporains », l’objectif recherché n’est plus que de créer un « évènement, à tout prix », jusque dans le choix du lieu, et de la date d’une exposition, en pleine période de carême, et surtout à Avignon, ville des papes. C’est là une stratégie communicative et publicitaire bien rodée, visant à engranger les retombées médiatiques, et faisant monter les côtes artistiques, un vaste « mainstream », comme on dit aujourd’hui, visant à récupérer l’indignation artificielle d’un public saturé. A l’exemple de l’oeuvre de Cattelan (1999), « La Nona ora » utilisant l’image du pape Jean-Paul II, ayant déclenché colère, critiques et controverses, lorsqu’elle fut exposée en Pologne, pays d’Europe centrale au catholicisme chevillé au corps. Et qui trouva son public, en partant à des sommes inconsidérées en salle des ventes. 

Le conservateur de l’exposition d’Avignon, Yvon Lambert, est avant tout « un homme de l’art financier, donc il est innocent des blessures infligées aux âmes car celles-ci ne sont pas quantifiable en monnaie sonnante et trébuchante : le dol n’existe pas ». Et ne lui dites surtout pas qu’il faisait de la provocation, « montrer cette photo à Avignon, en temps de carême, relève juste d’une bonne stratégie de com’ ». Le Temple, « le seul, le vrai, c’est le Marché » ; le marché de l’art contemporain, en l’occurrence. Les réactions officielles viennent aussi s’inscrire dans ce courant, le ministre de la culture, Frédéric Mitterrand, ayant condamné en réponse à l’incident, une « atteinte à un principe fondamental, la présentation de ces oeuvres relevant pleinement de la liberté de création et d’expression qui s’inscrit dans le cadre de la loi ». Tout en reconnaissant que « l’une des deux oeuvres pouvait choquer certains publics ». Même s’il était évident que l’exposition atteindrait la sensibilité, et l’objectif attendu, ayant été largement atteint, « surtout avec le montage financier (…) derrière », d’où la concession « pouvait choquer ». A l’aune d’une récente exposition contemporaine controversée, à Saint-Sulpice, à Paris (6e arr), le débat sur l’art contemporain dans les églises avait été également soulevé. Ce terme d’art contemporain qui prétend recouvrir la totalité, comme le dénonçait Marc Fumoroli, « loin de désigner une époque », signalant un genre, « bien distinct de l’Art moderne ou l’Art abstrait, prisés par les pères Regamey et Couturier ».

Pour en revenir à cette exposition d’Avignon, il est certain que la destruction à coups de marteau par quelques-uns, des deux oeuvres en plexiglas, n’a pas empêché le musée de réouvrir ses portes le lendemain, exposant le vandalisme tel quel, l’oeuvre en étant déifiée. Il est vrai qu’accepter la parodie, la caricature et même le blasphème, est la preuve d’une grande maturité spirituelle. « Depuis la religieuse de Diderot, le monde chrétien a fait du chemin », comme l’analysait Eric Zemmour, la religion majoritaire en Europe s’étant habituée à vivre sous les quolibets, voire l’hostilité. L’anticléricalisme du petit père Combes ne choque plus personne et encore moins l’Eglise. Cet anti-cléricalisme serait même plutôt devenu l’idéologie dominante dans les médias, on ne compte plus les campagnes contre le Pape. Mais les autres religions monothéistes refusent également avec véhémence de verser dans la placidité catholique à l’égard de l’outrage, le judaïsme et l’Islam interdisant les représentations de Dieu, et n’ayant donc pas, sur le plan artistique, entretenu ce vieux compagnonnage sensuel des catholiques, de la Renaissance italienne à nos jours.

Suite à d’autres provocations artistiques, du même genre, certains pieds-nickelés ont ainsi préparé leur coup, se vantant depuis longtemps de vouloir passer à un acte « revendicatif ». L’occasion fut la bonne. Sans doute est-ce aussi une conséquence ultime de la déchristianisation en France, qui a fait du catholicisme, dans sa pratique, une religion à son tour quasi-minoritaire. Et du climat mondial aussi, car le christianisme est certainement dans le monde, à l’heure actuelle – en Asie, ainsi qu’au Moyen-Orient – la religion la plus outragée. Mais en tout cas, il est certain dans cette affaire, qu’il est plus commode de dénoncer des influences conservatrices supposées, dans les médias, sans analyse, ni objectivité, ni recul, plutôt que de s’interroger sur la médiocrité d’une oeuvre, mais aussi surtout la supercherie d’un art dit « contemporain », dans son ensemble.

                                                                                                                                                                J. D.

 

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