La Lanterne (politique, sujets de société)

30 mai, 2011

Ras-le-bol à Puerta del sol

Classé dans : Europe,Politique,sujets de societe — llanterne @ 17:14

Ras-le-bol à Puerta del sol dans Europe latern

Lancé le 15 mai dernier, à Madrid et dans plusieurs villes espagnoles (Barcelone, Grenade, Valence…), ce mouvement des indignés, « los indignados », a démarré à la veille des élections municipales du 22. En Espagne, la place Puerta del Sol, à Madrid, est devenue un foyer symbolique de la contestation. Les manifestants forment un groupe ambigu et hétérogène d’étudiants, de chômeurs, de retraités, voire de familles parfois, souhaitant exprimer leur ras-le-bol, à une classe politique espagnole corrompue, qu’ils jugent coupés de leurs réalités.

Depuis le 15 mai, « los indignados » occupent ainsi la fameuse place Puerta del Sol, comme d’autres occupaient la place Tahir, au Caire, il y a quelques mois. Un mouvement qui est partiellement activé par les réseaux sociaux également, à l’initiative de Démocracia Réal ! -Une vraie démocratie vraiment !-, ayant obtenu l’appui de plus de 200 petites associations. Ces manifestations sont le fruit d’une lassitude exprimée, à l’égard du bipartisme en vigueur en Espagne, où les deux grands partis majoritaires alternent successivement au pouvoir, à savoir le Parti Populaire (PP), et le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE), de Zapatero. Campant sous des tentes et des bâches bleues, des centaines de manifestants restent mobilisés sur la célèbre place madrilène (km zéro de la ville) et le théâtre de nombre d’évènements historiques, de la rébellion du dos de mayo (2 mai 1808), immortalisée par la célèbre toile de Goya, en passant par la proclamation de la IIe République par Primo de Rivera, jusqu’aux manifestations pour la liberté d’expression de l’après-franquisme.

Le jeune premier ministre espagnol, José-Luis Zapatero, élu démocratiquement en mai 2004, a annoncé sa retraite politique, à la fin de son second mandat. Il avait déclaré s’attendre sans surprise à une défaite de son parti, aux élections municipales. Ajoutant par ailleurs, qu’il comprenait parfaitement les motivations de ce mouvement, et que s’il avait vingt-cinq ans aujourd’hui, il manifesterait sûrement avec les jeunes dans la rue. On ne peut faire plus compréhensif, habile, politicien et démagogue aussi. Ce qui tue tout romantisme révolutionnaire dans l’oeuf, qui a toujours besoin de bouc-émissaire, voire d’un tyran et de la répression. Si ce n’est quelques débordements, comme à Barcelone où la Guardia Civil a dispersé des centaines de manifestants, on ne constate rien de tout cela à Madrid et dans d’autres villes espagnoles. On laisse les manifestants aller et venir, s’exprimer librement. On touche aussi à la problématique d’un pouvoir contesté, mais qui est démocratiquement issu du peuple. Les jeunes espagnols rêvent de révolution, mais sans Ben Ali ou Moubarak à chasser.

Soit une révolution introuvable, une révolution de la parole, qui ne peut ainsi déboucher sur rien, comme l’avait diagnostiqué Raymond Aron, en son temps, au sujet des évènements de mai 68. A la différence près, que l’Espagne se trouve dans une situation économique et sociale très difficile, qui est le contrecoup de l’explosion de la bulle immobilière, à la source de cette croissance bienfaisante mais artificielle, depuis une décennie. Le phénomène touche spécifiquement les jeunes espagnols, qui ont l’impression fondée, qu’ils auront moins de chance que leurs parents. Vient s’ajouter ce plan de rigueur adopté, coupant drastiquement dans les dépenses sociales. Et les jeunes espagnols se disent que droite et gauche ne changeront rien à tout cela, dans l’immédiat. « Puisqu’au dessus du pouvoir politique, du clivage droite / gauche, au-dessus du peuple même, soit disant souverain, il y a ces marchés qui imposent leurs lois rigoristes, au nom de l’argent qu’ils prêtent ou ne prêtent pas », comme l’analysait Eric Zemmour. Ces marchés anonymes, lointains, insaisissables, l’argent étant « un monarque volatile et désinvolte, qui joue à saute-mouton avec les frontières ».

Il n’y a plus de Roi à embastiller et à guillotiner, plus de deux cent familles à identifier et chasser, de fortunes à saisir et confisquer. C’est la problématique de la démocratie moderne, surtout dans un pays comme l’Espagne, qui en a été privée durant si longtemps, et qui a été vécue comme un cadeau par leurs aînés, après la guerre civile, la dictature et le franquisme. On considère presque l’alternance, comme un jeu de dupe. Le phénomène s’est même étendu par effet de contagion, au Portugal voisin, avec quelques manifestations à Lisbonne, les plus importantes depuis la révolution des oeillets. Le gouvernement socialiste de José Socrates a d’ailleurs démissionné le 23 mars dernier. En Grèce, l’agitation est importante également. La semaine dernière, c’était jour de grève à Athènes, accompagné de manifestations contre les mesures d’austérité, et les privatisations décidées par le gouvernement. Plus personne ne croit sur les marchés à la capacité de la Grèce de rembourser sa dette, avec des taux plafonnant à 25 %. Un plan de restructuration de la dette grecque a été proposé récemment, et tout le pays est contraint de se serrer la ceinture.  

Les mouvements de contestation gagnent ainsi nombre de pays européens, s’en prenant aux gouvernements en place, en Espagne, au Portugal, en Grèce, et même en Italie où Berlusconi risque de perdre les prochaines municipales. Mais comme l’a analysé le philosophe Maxence Hecquart, la démocratie moderne – qui est après tout, une construction législative et intellectuelle encore récente -, paraît de plus en plus fondée sur des relations matérielles comparables à des contrats commerciaux, par la communication et un certain « mercantilisme » politique. Ce régime ne donne plus l’impression, d’être à proportion humaine, les gouvernants paraissant coupés plus que jamais de la masse et les gouvernés raisonnant au rythme des images, avec leur part d’illusion.

La démocratie est une religion absolutiste, en rupture avec un ordre ancien, amenant à aller toujours vers plus de démocratie (directe, participative…). Mais ce qui se révèle être, hélas, qu’un miroir aux alouettes, dans des sociétés où le politique a rétrocédé nombre de ses prérogatives…

                                                                                                                                                              J. D.

Pas de commentaire »

Pas encore de commentaire.

Flux RSS des commentaires de cet article.

Laisser un commentaire

Vous devez être connecté pour commenter.

Demandeur d'emploi |
OKL-GOLP'S CENTER |
Interdit bancaire? Enfin le... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | homosexualiteethomoparentalite
| misoprostolfr
| paroxetinefr