La Lanterne (politique, sujets de société)

25 juin, 2011

La Fête de la musique : incarnation du « festivisme » contemporain

Classé dans : sujets de societe — llanterne @ 13:46

La Fête de la musique : incarnation du

Ce mardi 21 juin, c’était la trentième édition de la Fête de la Musique, encourageant les musiciens amateurs et professionnels, à se produire bénévolement, à tous les coins de rue, dans les jardins et espaces publics. La fête de la musique, c’est l’expression d’une joyeuse convivialité collective, au travers d’une pratique musicale partagée, consacrée, pour néophytes et amateurs confirmés. Inaugurant la saison estivale, chaque année, l’évènement promeut la pratique de la musique, ouvrant l’accès de répertoires divers à un public large et varié. Mais derrière ce panégyrique, il est vrai, un trentième anniversaire qui est également l’occasion d’établir un bilan et d’apporter son point de vue sur « la fête voulue par tous ».

En 1976, le musicien américain Joël Cohen, travaillant alors pour Radio France-France Musique, propose pour cette antenne des « Saturnales de la Musique » pour le 21 juin et le 21 décembre (lors des deux solstices annuels). Après les élections présidentielles de 1981, l’idée adaptée par Maurice Fleuret et Jack Lang donnera naissance à la première Fête de la Musique. Le 21 juin 1982, c’est la première édition, correspondant à un essai, lançant des appels aux musiciens amateurs, les invitant à se produire en début de soirée, en plein air, dans les jardins ou espaces publics… Et le succès est au rendez-vous, contre toute attente, à Paris et dans plusieurs villes de province. Parallèlement, ce sont les débuts du mitterrandisme, les compagnons de route de l’idéologie anti-raciste des années 80, se réunissant ainsi autour de la musique, à l’image des grands concerts de la Concorde et de la place de la Bastille. Mais outre tout aspect, toute dimension politico-idéologique, la Fête de la Musique se pérennise et en moins de quinze ans, l’idée est reprise à l’étranger, notamment dans les pays voisins. Le nom français « Fête de la musique » est d’ailleurs repris assez souvent, ou sous des appellations littérales traduites, comme « Fiesta de la Musica » (Espagne), ou « Festa della Musica » (Italie), pour les festivités affiliées au programme français.

Depuis son lancement, le succès n’a pas été démenti. Coïncidant avec le premier jour de la saison estivale, c’est l’occasion d’une véritable liesse populaire, tous les ans, sous le slogan homophone « Faites de la musique ». Mais il est vrai que dans son approche, l’évènement consiste également à lâcher dans les rues tous les plus mauvais musiciens de France, le résultat se résumant le plus souvent, à une vaste cacophonie (autant dans sa composition, que de son interprétation). « Tous ces gens qui font prendre l’air à leur guitare », selon la formule piquante de l’humoriste Laurent Gerra. « On écoute un petit peu, c’est très Fête de la Musique ». Mais parfois, on y est aussi un peu contraint. Et lorsque le 21 juin tombe dans la semaine, les riverains ne peuvent assister « à la fête », mais se voient plus ou moins perturbés dans leur sommeil, jusqu’au milieu de la nuit, voire jusqu’à l’aube, suivant la proximité avec les lieux des festivités…

A défaut d’une abrogation pure et simple ou de limite, certains ont préconisé de choisir, par exemple, le 1er samedi des mois de juin ou de juillet, plutôt que la date fixe du 21 juin. D’ailleurs, il est curieux que notre peuple présenté comme frondeur se plie sans broncher, à ce calendrier. Comme la démonstration la plus probante des travers de notre époque, où le « festivisme » fait loi, « où le risible a fusionné avec le sérieux », comme l’a dépeint feu Philippe Muray, à travers cette image allégorique de l’« homo festivus »A Paris, mais aussi dans toutes les grandes villes de province (Lyon, Bordeaux, Marseille) et nombre de villes moyennes, la Fête de la Musique a pu s’apparenter, ces dernières années, à une vaste kermesse populaire à ciel ouvert, où la musique n’apparaissait plus nécessairement comme l’élément central. Au travers de toute la France, par son ampleur et par le fait qu’il expose un public large et varié (composé de badauds et riverains de tous âges), à des risques particuliers, l’évènement nécessite la mobilisation de moyens bien plus importants, que ceux utilisés habituellement pour ce type de manifestations (police nationale, gendarmerie, samu, secteur associatif). Ce qui a pu faire fuir nombre de spectateurs, voire des musiciens, ces dernières années, préférant l’organisation plus convenue des festivals et cafés-concerts, nuisant fortement à la réputation de « la fête voulue par tous »

Pour conclure sur cette note corrosive d’Alain-Gérard Slama, il est vrai « ce jour, quand j’entends de la cacophonie organisée dans les rues, je me dis que les musiciens méritent le traitement qu’ils s’infligent, mais pas celui qu’ils infligent aux autres ». On nous parle de remède contre la sinistrose. Mais en l’occurence, pour reprendre cette tirade d’Eric Naulleau, et cloturer crûment le débat : « Moi, j’aurai plutôt la nostalgie du silence… ».

                                                                                                                                                                              J. D.

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