La Lanterne (politique, sujets de société)

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2 juillet, 2011

Ce séisme du bac S

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 1:55

 Ce séisme du bac S dans Politique latern

Cette affaire de la fraude au bac, dans l’épreuve de maths de la série S, a fait la une de tous les journaux. Luc Châtel s’est voulu rassurant, déclarant que toute la lumière sera faite, que les services spécialisés de la gendarmerie étaient sur la brèche, et rappelant que la fraude est sévèrement punie par la loi. Au total, cinq personnes ont été interpelées et un employé d’imprimerie a été placé en garde à vue. Une affaire qui porte un nouveau coup, à cette institution qu’est le baccalauréat. Cela dit, ce n’est pas la première, ni la dernière fois, la fraude étant consubstantielle aux examens. Mais cette crise-là est aussi le révélateur d’un secret de polichinelle, qu’on s’obstinait à ne pas voir. Est-ce le fait que la fraude a touché l’épreuve reine des maths, dans la section S de l’élite ? Est-ce la légèreté avec laquelle, le ministre a supprimé la partie incriminée ? Est-ce la moyenne abaissée à neuf ? En tout cas, cette affaire de fuite a instauré comme un malaise…

Certains esprits paranoïaques ont même avancé, que le ministère avait provoqué lui-même cette fraude, pour montrer à tous la réalité, pour déciller les yeux des plus aveugles, qui s’obstinaient « à sanctifier ce monument national en péril ». Il est vrai que l’on aura tout vu, avec des consignes d’indulgence écrites, les options facultatives qui se multiplient, des notes gonflées « à l’hélium de l’indulgence », et des mentions bien et très bien, qui finissent par être atteintes dans leur aura. En le créant, Bonaparte ne s’imaginait sûrement pas, que le baccalauréat survivrait aussi longtemps. Surnommé familièrement « bac », et anciennement « bachot », l’épreuve aura connu d’importantes évolutions et franchi plusieurs paliers dans sa diffusion au sein de la population. Il y avait au XIXe siècle suffisamment peu de candidats pour que les professeurs de l’université fassent eux-mêmes passer les épreuves, comme on le voit dans « Le Bachelier » de Jules Vallès. A partir de 1924, le baccalauréat s’ouvre largement aux filles et à partir des années 1930, le lycée public devient gratuit (il était payant auparavant, sauf pour quelques rares boursiers, comme Marcel Pagnol ou Georges Pompidou, par exemple). Mais l’explosion du nombre de bacheliers intervient réellement à partir des années 1960-1970, quand le primaire supérieur est supprimé en 1963, au profit du fameux collège unique (1975).

Le baccalauréat est ainsi passé, en un peu plus d’un siècle et demi d’un diplôme élitiste et bourgeois, à un diplôme de base, indispensable à toute formation et à toute carrière professionnelle. Certes, le baccalauréat reste le premier grade universitaire, ouvrant la voie aux études supérieures. Mais toutes les filières sélectives des préparations aux grandes écoles, ainsi que les BTS et les IUT sélectionnent sur dossier, dès le mois de janvier, soit « six mois avant l’épreuve reine, reine d’un jour »… Ceux qui y croient, s’inscriront en université. La fac, elle seule, n’a pas le droit de trier. Trier, à savoir un mot maudit, qui dit sélection, dit élitisme… Mais pas autant maudit, pour ceux qui s’inscriront en masse, en communication ou en sociologie… Sans oublier les titulaires d’un bac professionnel, qui croient les ingénus, que c’est « bac » qui est important dans l’intitulé de leur diplôme, alors que c’est « pro », hélas. C’est-à-dire qu’ils ont une qualification professionnelle, mais pas les outils théoriques, parfois la simple maîtrise de la langue française, pour suivre un enseignement abstrait… 97 % d’échecs à l’université, pour les étudiants issus des bacs pro. Valérie Pécresse se flatte d’avoir organisé l’autonomie des universités, mais n’a jamais osé imposer la sélection à leur entrée, qui éviterait cette hécatombe. Sarkozy ne l’aurait pas laissé aller jusque là.  

Depuis l’échec de la réforme Devaquet, en 1986, la droite est pétrifiée, et « la gauche entonne le discours démagogique, du bac pour tous, de la fac pour tous, du diplôme pour tous », et tant pis pour le bac, grand rite initiatique national, maintenu comme un comateux en vie artificielle. Personne n’a voulu lui administrer de remède de cheval, pour le sauver. Et personne n’ose désormais le débrancher…

                                                                                                                                          J. D.

                                                                                                                                                                                              

1 juillet, 2011

La semaine de Madame Aubry

Classé dans : Politique — llanterne @ 20:34

La semaine de Madame Aubry dans Politique latern

C’est désormais une certitude, Martine Aubry se lancera dans la course à la primaire au PS. Elle a donné le vrai coup de départ de la campagne, à Lille. C’est ainsi la semaine de Martine, candidate, fille de Jacques Delors et catholique de gauche, dans sa bonne ville de Lille… Mais que Martine Aubry en profite, car elle n’est pas seule en lice, et « le coup d’encensoir médiatique » ne perdurera pas.

En effet, dans un premier temps, Martine Aubry n’est pas une véritable créature médiatico-politique, à l’opposé de sa grande rivale, Ségolène Royal, candidate en 2007. C’est une femme politique, froide, distante avec les journalistes, mais aussi avec les militants. Elle n’est pas affublée du redoutable sens de l’humour et du côté pince-sans-rire, d’un François Hollande (en tout cas, en public), mais elle a par contre la réputation d’avoir la dent dure. En 1993, elle exécute l’ensemble des dirigeants socialistes dans la presse, les traitant de « lâches » pour les garçons et d’« oies blanches » pour les filles, n’en épargnant aucun, de Fabius à Hollande, en passant par Mauroy et Bérégovoy, seul le regretté Jean Poperen échappant au massacre.

Dans l’ouvrage « La Dame des 35 heures », nombre des penchants et revers de Mme Aubry étaient dévoilés, de ses relations avec André Mauroy et une partie du patronat, à son élection à la mairie de Lille, en passant par sa spectaculaire ascension au sein du parti, ses inimitiés en interne et son bilan mitigé au gouvernement. Par ailleurs, sur le plan de son image, il est vrai qu’elle semble ne pas avoir quitté tout à fait l’administration des affaires sociales, où elle fit aussi ses premières armes. Elle a élagué une partie de son vocabulaire médiatique, mais l’idée, le style sont restés. Martine Aubry est une femme moderne des années 70, issue de la deuxième gauche rocardienne, qui avait fait sienne toutes ses idées qui paraissaient si neuves de l’élite technocratique de la gauche des années 70, de l’Europe à la décentralisation / contractualisation, en passant par la politique intérieure, mais qui ont perdu de leur éclat, restant le corset idéologique.

Mais Martine Aubry est surtout et avant tout, associée dans l’imagerie populaire, à la réduction du temps de travail, aux 35 heures. Ce que lui reproche la droite, au nom de la compétitivité des entreprises, mais aussi et surtout les classes populaires, qui se voient empêchés de mettre du beurre dans leurs épinards, par l’impossibilité d’effectuer des heures supplémentaires. Et ce qui est pourtant injuste, car Martine Aubry n’avait fait qu’appliquer « une mirobolante idée de campagne de DSK », à laquelle elle était au début opposée. Il fut un temps où elle était l’idôle du patronat, proche d’Alain Minc -ce qui est toujours le cas-, partisane de la mondialisation heureuse gagnante-gagnante, et du traitement social du chômage. Et c’est d’ailleurs le salariat et la dette, qui ont payé le coût mirifique de ces chers 35 heures, et non le patronat.

Mais finalement, rien ne la sépare fondamentalement de François Hollande, son grand adversaire de la primaire… Pour conclure sur cette tirade zemmourienne, il est vrai, « en politique, l’inimitié, voire la haine, est souvent un moteur décisif. Elle vous pousse en avant, vous stimule, vous motive, mais vous pousse à la faute et vous aveugle aussi parfois… ».

                                                                                                                                                                           J. D.

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