La Lanterne (politique, sujets de société)

31 décembre, 2011

Malheur au vaincu

Classé dans : Diplomatie — llanterne @ 12:31

 Malheur au vaincu dans Diplomatie latern

Transféré le 30 novembre 2011, au centre de détention de La Haye, Laurent Gbagbo a comparu pour la première fois, devant la Cour Pénale Internationale, le lundi 5 décembre dernier, au travers d’une série d’audiences qui se poursuivent, à l’heure actuelle. L’ex-président ivoirien est le premier chef d’Etat, à comparaitre devant le Tribunal Pénal International, né en 2002. Il est poursuivi pour quatre chefs d’accusation, en tant que co-auteur indirect, au cours de la récente crise post-électorale ivoirienne, ayant tourné à la guerre civile entre décembre 2010 et avril dernier, entre le nord et le sud de la République de Côte-d’Ivoire. Les grands mots sont de sortie, à cette occasion : « Crimes contre l’humanité, communauté internationale, justice ».

Le procureur du TPI y tenait, lui qui n’avait pu accrocher à son tableau de chasse, le soudanais Omar El-Beshir, qui est toujours président de son pays. Certes, cette juridiction est un progrès historique du droit et de la justice. Le TPI est une épée de Damoclès au-dessus de la tête des tyrans, on ne le conteste pas, surtout dans le cadre de conflits civils particulièrement cruels, où des populations innocentes sont le plus souvent prises pour cible. Ils ne sont plus impunis et ne peuvent plus jouir de leurs crimes et de leurs rapinages, sur le principe. Mais ce grand progrès historique se révèle également, il convient de l’analyser, être la mise en forme judiciaire d’une des plus vieilles lois de l’humanité et qui n’a, elle, rien de nouveau : « Malheur aux vaincus ». Car Laurent Gbagbo n’aurait -hélas- jamais été jugé, s’il n’avait pas perdu la guerre civile, qui l’opposa à son adversaire, Alassane Ouattara (aidé par l’armée française). On reproche à Gbagbo de n’avoir pas accepté sa défaite électorale. Mais rien ne prouve -tels l’ont établi de nombreux spécialistes- qu’il a davantage triché que son rival. Et personne ne sait, ce que sont devenus les officiers de Ouattara, ayant commis d’autres crimes contre les civils, non moins affreux. Non seulement, ils n’ont pas été jugés, mais ils ont été promus par le nouveau président ivoirien.

Ce conflit n’était d’ailleurs pas un bras de fer entre des « gentils » et des « méchants ». Mais une lutte pour le pouvoir entre les représentants d’ethnies, composant la population d’un Etat africain aux frontières tracées artificiellement -tenu sous la férule autoritaire d’Houphouët-Boigny, durant une quarantaine d’années-, et dans le cadre de problématiques antérieures à la colonisation, ressurgies à partir des premières manifestations de 1994, en Côte-d’Ivoire, à la faveur de la hausse des prix du cacao, et de la politique opportuniste poursuivie par ses successeurs -à commencer par Henri Konan Bédié-, autour du concept d’ivoirité. Et si pour les partisans de Alassane Ouattara, c’est ainsi la victoire de leur camps, pour les pro-Gbabo, cette victoire post-électorale ne serait que la traduction politique d’une descente de l’Islam vers le sud du pays, interrompue et ralentie durant l’épisode de la colonisation. Ainsi, ce conflit ivoirien n’est, hélas, en rien résolu sur le fond, comme nous le savons bien. Par ailleurs, avant Gbagbo, des officiers serbes ont eux aussi, connu la paille des cachots hollandais. Pas des tendres, non ces serbes, ni des innocents, on ne le conteste pas. Mais surtout des vaincus, qui durent subir la loi des avions de l’Otan. Certains officiers croates ou bosniaques, ne sont pas moins absous de nombreux crimes, perpétués durant ces conflits d’ex-Yougoslavie, particulièrement cruels à l’égard des populations civiles. Personne ne jugera Poutine, pour avoir massacré les Tchétchènes. Personne ne jugera les dirigeants du parti communiste chinois, pour avoir envoyé les chars sur les manifestants de la place Tian’anmen, le 4 juin 1989, faisant de très nombreuses victimes. On pourrait continuer longtemps cette nouvelle version du deux poids / deux mesures…

La guerre, c’est malheur au vaincu, nous l’avons dit. Mais les lois de la guerre traditionnelle entre rois européens, qui ont régi pendant des siècles les relations internationales, ne condamnaient pas le vaincu au nom de la morale. Cette inflexion est récente. Elle date du XXe siècle. Les Allemands furent considérés, moralement, comme responsables de la guerre de 14-18. Et c’est d’ailleurs poussé par une opinion publique traumatisée par la guerre, et prétextant que « le boche doit payer », que les exigences envers l’Allemagne ont pu être considérées par certains comme exorbitantes, nombre d’historiens contemporains estimant que Clémenceau porte une certaine responsabilité dans les erreurs du traité de Versailles. Les grands dignitaires nazis furent jugés à Nuremberg pour crimes contre l’humanité, ce qui fut un grand progrès dans l’histoire de la justice internationale, à l’image du « procès de Tokyo », mené par le tribunal militaire international pour l’Extrême-Orient, inculpant pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, vingt-huit personnalités nippones.

Cependant, cette manière de juger l’adversaire vient plutôt de la tradition anglo-saxonne. Napoléon était déjà présenté par la propagande anglaise, comme un ogre, ennemi de l’humanité. Et les Américains conjugueront cet héritage anglais, avec leur isolationnisme originel. S’ils se décidaient à guerroyer en-dehors de leurs frontières, ce ne pouvait être à leurs yeux puritains, que pour faire le bien. Et leur adversaire ne pouvait donc incarner que le mal, dans une vision manichéenne qui ne les a jamais quittés, sur le plan diplomatique. Saddam Hussein fut présenté comme un nouvel Hitler. Le paradoxe est que les Américains n’ont jamais reconnu, ni ratifié le traité de Rome, qui fonda la Cour Pénale Internationale, dans une problématique qui devra bien conduire à une résolution diplomatique sur la forme, un jour ou l’autre. La justice, ils la rendent eux-mêmes, en faisant la guerre sur le territoire de ceux qu’ils considèrent comme une incarnation du mal. « A l’ancienne »

                                                                                                                   J. D.

Pas de commentaire »

Pas encore de commentaire.

Flux RSS des commentaires de cet article.

Laisser un commentaire

Vous devez être connecté pour commenter.

Demandeur d'emploi |
OKL-GOLP'S CENTER |
Interdit bancaire? Enfin le... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | homosexualiteethomoparentalite
| misoprostolfr
| paroxetinefr