La Lanterne (politique, sujets de société)

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18 mars, 2013

De l’usage de la démocratie en Suisse

Classé dans : Europe,Politique,sujets de societe — llanterne @ 19:57

Comme l’analysait le truculent Eric Zemmour, dans sa chronique matinale, qui me sert souvent de fil directeur, les patrons suisses « l’ont mauvaise », en ce moment. L’un des plus emblématiques, l’ancien patron du laboratoire pharmaceutique Novartis parlait même de s’exiler ! En effet, les Suisses ont décidé par référendum, de limiter les bonus et d’interdire les parachutes dorés. C’est une mesure très applaudie, côté français.

Ainsi, la gauche française les cite ainsi en exemple, se propose de les imiter. Les petits Suisses sont loués par les grands médias français, pour avoir eu l’audace d’affronter les patrons. Les Suisses se souviennent, que les mêmes, il y a deux ans seulement, avaient déversé sur eux des tombereaux d’injures pour un autre référendum, une autre  « votation » comme ils disent. Alors cette procédure était cruellement dénigrée, elle faisait le lit du populisme. Les Suisses les plus francophiles auront du mal à comprendre une telle inconstance hexagonale. Ce sont pourtant les mêmes électeurs, la même démocratie directe séculaire, qui sont glorifiés après avoir été traînés dans la boue. Le pays du secret bancaire, des montres de luxe, de Davos et des référendums interdisant les minarets est aussi celui qui implique le plus ses citoyens dans le processus de décision, loin de toute polarisation politique. La Suisse est une démocratie historique.

C’est ainsi qu’on dit tout d’un trait : la démocratie suisse, la démocratie française, la démocratie américaine, sans réfléchir qu’entre la première et la deuxième, entre la deuxième et la troisième, il y a plus que la hauteur des Alpes ou la largeur de l’Océan. La démocratie suisse, par exemple, est historique et traditionnelle ; la démocratie américaine s’est établie d’un coup dans un pays neuf ; la démocratie française, au contraire, est comme une jeune greffe plantée sur un vieil arbre monarchique. La démocratie helvétique s’est, dès l’origine, appliquée et n’a pas cessé de s’appliquer  à une confédération d’Etats ; la démocratie française, au contraire, vient se superposer, sur le tard, à un État unitaire et centralisé. La démocratie helvétique existe depuis toujours, depuis que la Suisse est née, depuis six cents ans. La Suisse est une démocratie de par toute son histoire. Elle est, de naissance, une démocratie. Mais avant tout, une particularité de la démocratie suisse est que le peuple garde en permanence un contrôle sur ses élus, car la Suisse est une démocratie qui peut être qualifiée de semi-directe, dans le sens où elle a des éléments d’une démocratie représentative et d’une démocratie directe.

En effet, en Suisse, le corps électoral dispose de deux instruments qui lui permettent d’agir sur un acte décidé par l’État : il s’agit du référendum, qui peut être facultatif ou obligatoire, et de l’initiative populaire qui est le droit d’une fraction du corps électoral de déclencher une procédure permettant l’adoption, la révision, ou l’abrogation d’une disposition constitutionnelle. Cette fois-ci, en plafonnant les salaires des grands patrons, les Suisses veulent lutter contre cet accroissement inouï des inégalités, qui sape depuis vingt ans la cohésion de toutes les sociétés occidentales, et pousse les classes moyennes à s’endetter, pour suivre, pour ne pas déchoir, habitées par la suprême hantise du déclassement social. Les Suisses essayent de préserver, vaille que vaille, une cohésion, une sociabilité, un mode de vie, une culture, un héritage. C’est le même idéal de mesures des classes moyennes, qui les animent, et s’incarnait naguère dans la notion de République, en Suisse, mais aussi en France.

Mais la gauche française a des œillères, condamnant l’insécurité sociale de ces classes moyennes et populaires - par le discours et non dans les actes -, mais refusant de considérer les autres formes d’insécurités qui hantent les mêmes. Il est vrai, que souvent la droite française a les mêmes œillères, mais mises à l’envers. A tous, les Suisses montrent que l’on peut être petit, seul, mais courageux et cohérent.

                                                                                                                                                                                                      J. D.

Habemus papam !

Classé dans : sujets de societe — llanterne @ 17:27

C’est le « protodiacre », le cardinal français Jean-Louis Tauran, qui a fait l’annonce rituelle en latin, ce mercredi 13 mars, sur la place Saint-Pierre de Rome. Le 266e successeur élu de Saint Pierre et Saint Paul est l’Argentin Jorge Mario Bergoglio, sous le nom de François (en latin Franciscus). Il est le premier pape jésuite, le premier non européen - depuis Grégoire III au VIIIe siècle -, et le premier sud-américain. Et dès son avènement, ce pape est observé à la loupe par les médias du monde entier… Et les hostilités sont ouvertes. C’est une guerre de mots, d’images, une guerre en dentelles, mais une guerre inexpiable avec les médias. Une guerre qui n’en finit jamais, qui recommence avec chaque nouvel élu.

Déjà en amont, une fois de plus les spécialistes et les analystes en tous genres se sont trompés. Pour emprunter l’analyse du journaliste au Figaro, Thierry Desjardins, « ils nous avaient annoncé un pape jeune, peut-être de couleur, voire même favorable au mariage des homosexuels et des prêtres, à l’avortement et à l’euthanasie ». Mais les voix du Saint-Esprit et du Conclave sont plus impénétrables que celles de tout autre électorat. Le successeur de Benoit XVI a 76 ans, il est argentin, fils d’immigrés italiens venus de Ligurie et, tout jésuite qu’il soit, semble très à cheval sur les grands principes. Comme le titre assez drôlement, et sans doute à regret, Libération, il est « argentin mais pas gaucho ».

Et dès son avènement, l’Argentin subit le même sort que l’Allemand. Celui-ci avait eu les jeunesses hitlériennes, celui-là aura les généraux argentins. Mais peut-on vraiment reprocher à un pape de croire en Dieu et de respecter la parole divine ? Et à l’ancien archevêque de Buenos Aires de ne pas être entré dans le combat politique ? On peut espérer au moins qu’on lui accordera son désir d’être « le pape des pauvres ». Pendant toute sa vie, en Argentine, il aura voulu être proche des malheureux et aider les plus défavorisés, faisant preuve d’un ascétisme intransigeant, et n’ayant pas choisi le prénom de Saint François d’Assise par hasard. Les médias traqueront désormais la moindre déclaration du pape sur le mariage, le sida, l’homosexualité (questions restant, certes, en suspens, mais là n’est pas le fond du sujet), pour après une déformation et décontextualisation d’usage, le rendre odieux aux masses.

Un bon scandale financier ou une bonne affaire de pédophilie feront aussi bien l’affaire. Le catholicisme est la religion la plus maltraitée par les médias internationaux. Elle bénificie d’un traitement de défaveur, tandis que le protestantisme est ignoré, le judaïsme protégé et l’Islam craint, ou l’inverse. En effet, le catholicisme subit la conjonction de deux traditions : « la laïcarde » des médias français et la protestante anti-papale des médias anglo-saxons. Avec sa structure pyramidale et son discours moralisant, l’Eglise incarne tout ce qu’exècre un univers médiatique baignant dans la culture soixante-huitarde. Dans cette guerre, Benoit XVI était une proie idéale. Un pape intellectuel qui veut réconcilier la foi et la raison, grand doctrinaire, connaissant le poids des mots, mais pas le choc des photos, était une cible facile. Les médias le regrettent déjà. Car le successeur est plus pugnace et surtout plus retors.

Le nouveau pape est le produit de ces Jésuites, qui ont toujours érigé comme principe de combat, l’adaptation au terrain et à l’adversaire. Fondé par le Basque espagnol Ignace de Loyola, le 15 août 1534, sur la butte Montmartre à Paris, à l’occasion de la « Contre-Réforme », l’ordre des Jésuites est entièrement dévoué à la papauté. Très cultivés, ils surent mettre « ad majorem dei gloriam » l’intelligence au service de la mission. Des jésuites devinrent mandarins en Chine (Matteo Ricci), brahmanes aux Indes (Nobili) ou missionnaires au Japon (François-Xavier). Venu de cette Amérique du sud, où les évangélistes, les pentecôtistes protestants taillent des croupières au catholicisme, ce pape sud-américain a pris la mesure d’une époque qui fait primer l’émotion sur la raison, le chant sur l’étude et l’image sur la lettre. Il est apparemment décidé à rendre coup pour coup. Son slogan répété à satiété « N’oublie pas les pauvres », tourne ses ennemis sur leur gauche.

Ainsi, alors que le monde entier est plongé dans une crise économique sans précédent, digne de l’entre-deux-guerres, que les organisations internationales, les agences de notation et les gouvernements affolés imposent aux peuples une rigueur qui les conduit à la famine et qu’on apprend qu’il y a de plus en plus de milliardaires sur cette planète, il est bon que le chef de plus d’un milliard de catholiques se présente en « frère des pauvres ». Peut-être pourrait-il tout au plus donner mauvaise conscience à certains et surtout ouvrir les yeux des « maîtres du monde » en leur répétant inlassablement que tout cela ne pourra pas durer indéfiniment. Et qu’ils pourraient bien connaître un premier châtiment avant même le jugement dernier. Ce serait déjà beaucoup.

On peut d’ailleurs, parier qu’avant longtemps, en effet, « les puissances d’argent » n’accusent François d’être un affreux réactionnaire sous prétexte que, non content de s’en prendre aux homosexuels, il voudrait aussi s’en pendre au Veau d’or, ce qui est autrement impardonnable…

                                                                                                                                                                J. D.

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