La Lanterne (politique, sujets de société)

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19 avril, 2013

Vers une « radicalisation », dites-vous ?

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 14:47

Les commentateurs ne parlent plus que de cela, et il semble que le gouvernement s’en inquiète aussi. Le mécontentement des Français… se « radicaliserait ». A cet effet, certains voient dans l’ampleur et la multiplication des manifestations contre le mariage des homosexuels ainsi que dans ce qui ressemble à des appels à l’insurrection émanant de la gauche de la gauche ses signes inquiétants. Cela laisserait entendre qu’un nombre grandissant de nos compatriotes ne se contentent plus de rejeter Hollande dans les sondages, et qu’ils n’auraient pas l’intention d’attendre les municipales de l’an prochain pour faire part de leur désenchantement.

Mais comment s’étonner de cette rage des Français, devant l’incurie de ceux qui nous gouvernent ? Aucune des promesses du candidat Hollande n’a été tenue, que ce soit sur le chômage, le pouvoir d’achat, le déficit, la ré-industrialisation du pays ou encore l’Europe, et tout va de mal en pis, à un rhytme encore supérieur à celui que nous avait imposé son prédécesseur. Ainsi, le gouvernement dénonce une « radicalisation » de l’opposition et pointe du doigt certains groupuscules extrémistes sans pouvoir d’ailleurs les désigner avec précision. Mais il ne s’agit pas de quelques groupuscules. Le pouvoir a désormais en face de lui une foule immense de Français dont le ras-le-bol peut, à tout instant, se transformer en colère dévastatrice. Parce qu’ils sont menacés par le chômage  - qui va bientôt battre des records inégalés -, parce qu’ils voient, chaque jour, leur niveau de vie dégringoler - le pouvoir d’achat a régressé d’1,1 % en 2012, marquant son premier recul depuis 1984 ! -, parce que l’avenir n’est plus seulement « incertain » mais de toute évidence catastrophique. L’affaire du mariage des homosexuels n’est plus maintenant qu’un prétexte cristallisant tous les mécontentements, toutes les colères. Or, devant cette ambiance, le pouvoir reste sourd, inaudible, inerte, les bras ballants. Jamais un président de la République n’a été aussi hésitant, désorienté, balbutiant, chancelant, vacillant, en face d’une crise de régime, il est vrai, sans précédent. Jamais un Premier ministre n’a été aussi inexistant. Jamais un gouvernement n’a été aussi divisé entre ses socio-démocrates, ses socialistes purs et durs, et ses écologistes illuminés.

Là encore, l’affaire Cahuzac n’a été qu’un prétexte (de plus) pour que les Français rejettent cette équipe gouvernementale. Peut-être pas « Tous pourris », mais en tout cas « Tous menteurs ». Cahuzac avait menti sur son compte en Suisse, mais il avait aussi menti sur les résultats de sa politique budgétaire. Tout comme Hollande, lui-même, avait menti en nous annonçant un retour aux 3 % de déficit ou, bien pire encore, qu’il inverserait la courbe du chômage avant la fin de l’année. A cet effet, dans des situations similaires (mais cependant moins graves) Mitterrand avait su opérer le virage de la rigueur, remplaçant André Mouroy, « le Rougeot de Lille » ou « Gros Quinquin » comme on le surnommait par Laurent Fabius, et Chirac n’avait pas hésité à faire une dissolution, quand le pays était bloqué par l’intransigeance de Juppé, droit dans ses bottes, sur les recommandations de Dominique de Villepin. Si nos institutions garantissent la stabilité du pouvoir, elles offrent trois échappatoires en cas de crise et de blocage : le remaniement gouvernemental, la dissolution et la voie référendaire. Avec, bien sûr, pour les deux dernières solutions, tous les risques qu’elles comportent. Buté comme pas deux, le président de la République préfère faire le dos rond, s’imaginant naïvement, que « les choses » finiront par se calmer d’elles-mêmes pour peu que la croissance redémarre miraculeusement aux Etats-Unis ou ailleurs. Mais « les choses » ne se calmeront pas d’elles-mêmes, car elles sont symptomatiques de la déliquescence de notre économie, et de celle de l’Etat, ce à quoi s’ajoute désormais un rejet viscéral du pouvoir en place.

Face à cette situation, l’opposition reste relativement effacée - divisée au sommet par sa lutte fratricide et affaiblie par son absence de « leadership » -, ne pensant qu’à la présidentielle de 2017, voire même à celle de 2022. Entendant ménager la chèvre et le chou, les ténors de l’UMP ont raté la marée populaire se levant contre le mariage dit « pour tous ». Ils n’ont pas bien compris et analysé que si des millions de Français entendaient protester contre ce chamboulement de notre société qu’on leur imposait, ils voulaient aussi profiter de cette occasion pour exprimer leur ras-le-bol contre une politique aggravant considérablement leur situation, sans pour autant donner au pays la moindre chance de redressement. Du coup, l’opposition, la vraie, se trouve dans la rue, sans chef et sans organisation, et sans autre programme que de crier « Hollande démission ». Et forcément, devant le mépris que lui jette au visage le pouvoir, elle se radicalise. Quand Frigide Barjot, la pasionaria des anti-mariage gay, promet du « sang » à François Hollande s’il insiste avec sa loi, quand des ouvriers d’Aulnay font irruption au conseil national du PS pour crier à la trahison des clercs socialistes, quand Jean-Luc Mélenchon attend avec impatience sa manifestation du 5 mai pour « donner un coup de balai » à la Ve République, il y a ainsi de quoi se poser des questions. 

Les mécontents d’aujourd’hui veulent le changement qu’on leur avait promis, pas celui de la société mais celui de leur vie personnelle, faite désormais de privations quotidiennes, de dégringolade sociale, d’angoisse pour l’avenir immédiat. Alors oui, les foules défilant ces jours-ci dans les rues se radicalisent. Il n’y a pas de quoi s’en étonner. Or, ce genre de mouvement, on ne s’aperçoit jamais quand ça commence et on sait encore moins comment ça finit.

                                                                                                                                                                                               J. D.

« La Religieuse » de Guillaume Nicloux

Classé dans : Culture,theatre et 7e art — llanterne @ 0:01

« La Religieuse », c’est le dernier film de Guillaume Nicloux, adaptation cinématographique du célèbre roman-mémoires achevé vers 1780 par Denis Diderot, et publié à titre posthume, en 1796.

Au XVIIIe siècle, une jeune fille nommée Suzanne Simonin est contrainte par ses parents de prononcer ses voeux au terme de son noviciat. En effet, pour de prétendues raisons financières, ceux-ci ont préféré enfermer leur fille au couvent. C’est en réalité parce qu’elle est une enfant illégitime et que sa mère espère ainsi expier sa faute de jeunesse. C’est dans la communauté des clarisses de Longchamp qu’elle rencontre la supérieure de Moni. Celle-ci, une mystique, se lie d’amitié avec la jeune fille avant de mourir. La période de bonheur et de plénitude s’achève pour l’héroïne avec l’arrivée d’une nouvelle supérieur : Sainte-Christine. Au courant que Suzanne désire rompre ses voeux et que pour ce faire, elle a intenté un procès à la communauté, la supérieure opère un véritable harcèlement moral et physique sur Suzanne. L’infortunée subit de l’ensemble de la communauté, à l’instigation de la supérieure, une multitude d’humiliations physiques et morales.

En perdant son procès, Suzanne est condamnée à rester au couvent. Cependant son avocat, Maître Manouri, touché par sa détresse, obtient son transfert au couvent Saint-Eutrope. Au terme de son calvaire, Suzanne pardonne à ses bourreaux tout en continuant à poursuivre ses réflexions éminemment subversives sur le bien-fondé des cloîtres et de l’univers conventuel. Son arrivée dans la communauté de Saint-Eutrope marque le début de l’épisode le plus fameux de « La Religieuse ». Cette période est caractérisée par l’entreprise de séduction de la supérieure à son égard. Celle-ci sombre dans la folie devant l’indifférence et l’innocence de la chaste Suzanne. Consciente de la dangerosité de ses désirs pervers qu’elle ne peut refouler, elle se livre aux macérations et au jeûne avant de mourir démente. Incapable de rester plus longtemps cloîtrée, Suzanne réussit à s’enfuir du couvent. Dans une conclusion à peine esquissée, l’auteur nous fait comprendre que Suzanne dans la clandestinité attend l’aide du marquis de Croismare et vit dans la peur d’être reprise.

Diderot fait ainsi le procès des institutions religieuses coercitives  - dans le contexte de l’époque -, contraires à la véritable religion, le monde clos entraînant ainsi la dégradation de la nature humaine. Oisiveté, inutilité sociale, promiscuité plongent peu à peu les reclus dans les rêveries morbides ou mystiques, puis dans la folie et les mènent parfois au suicide. Oeuvre anticléricale par excellence, « La Religieuse » se veut telle une ode à la liberté de choisir son destin. L’aliénation religieuse créée par l’univers conventuel y est dénoncée de manière polémique. Diderot prête sa voix et ses idées sur le couvent à Suzanne, qui, contrairement à l’auteur, est une croyante convaincue. Ce sujet aura ainsi inspiré deux cinéastes, Jacques Rivette, en 1966, et aujourd’hui Guillaume Nicloux, au travers de deux films passionnants. Lorsqu’au milieu des années 60, Jacques Rivette réalise son deuxième long métrage, « Suzanne Simonin, la religieuse » de Diderot, c’est le scandale lors de sa sortie, si bien que la programmation officielle en fut repoussée jusqu’en 1967. De son côté, Jacques Rivette a toujours affirmé qu’il n’était pas tant intéressé par la provocation en soi que par un questionnement légitime sur l’enfermement volontaire lié au couvent. En cela, le film de Jacques Rivette rejoint celui de Guillaume Nicloux, dont c’est tout le propos, qui a voulu faire de son adaptation du texte de Diderot une oeuvre moins anticléricale qu’une « ode à la liberté ». La structure des deux films reste relativement fidèle au récit de Diderot. L’injustice de cet enfermement involontaire est vécue différemment chez les deux héroïnes, des deux adaptations.

Chez Rivette, le personnage de Suzanne Simonin (incarnée par Anna Karina) semble, comme chez Diderot, moins farouchement rebelle que chez Nicloux. Pauline Etienne, elle, semble tenir tête plus ouvertement à l’institution. Ainsi, son regard, aussi doux soit-il, trahit-il en permanence cette détermination. Sur le plan des mises en scène respectives, celle de Jacques Rivette trahit son sens de la théâtralité, installant son récit dans une atmosphère anxiogène, alimentée par des éclairages tranchés et une maîtrise du son. Chez Nicloux, c’est au contraire une nature très graphique qu’exalte le réalisateur. Les deux réalisateurs ont en commun d’utiliser de nombreux éléments rappelant la symbolique de l’enfermement, des grilles et autres garde-fous de fonte, recadrant l’image en permanence. Mais les deux films se dégagent d’emblée du péril du film classique en costumes. L’adaptation de Rivette apparaît à l’époque, même comme une oeuvre manifeste dans la lignée de la Nouvelle Vague. « Ce film n’attaque pas les religieuses, expliquera le réalisateur, il n’attaque même pas la religion. Il attaque une certaine société qui est celle du XVIIIe siècle, il s’attaque à un certain état de fait qui est, en principe, aujourd’hui totalement dépassé ». Guillaume Nicloux s’inscrit également dans l’universalité du propos de Diderot. Malgré une fin différente de celle de Rivette, où Suzanne finit par mettre fin à ses jours, il s’agit, ici, avant tout de la lutte d’une jeune femme face à l’autorité, une influence familiale et d’un milieu social, le refus de se résigner.

                                                                                                                                      J. D.


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