La Lanterne (politique, sujets de société)

3 décembre, 2013

Cette baisse en trompe-l’oeil

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 15:48

Il est clair que personne ne fanfaronne, en particulier au gouvernement, avec l’annonce des derniers chiffres du chômage, même s’ils marquent un léger recul. Ainsi, il y a eu, en octobre, 20 500 chômeurs de moins, soit – 0,6 %. Ce qui n’est pas grand-chose, c’est le moins que l’on puisse dire, nous avons toujours 3 270 000 chômeurs inscrits à Pôle-emploi, sans compter les inactifs. Même si cela nous change, bien évidemment des dramatiques augmentations mensuelles habituelles, cette toute petite baisse du baromètre n’est guère stimulante. A savoir, une éclaircie qui n’empêche pas la destruction d’emplois et le recul de la consommation dans notre pays.

Dans un premier temps, ce qu’il convient d’analyser - pour être juste -, c’est que le chômage est stable, c’est ce que l’on doit retenir suite à l’annonce des dernières statistiques officielles publiées, il y a trois-quatre jours. Mais d’où cela vient, là est la question ? Et est-ce que cela est durable, ou supposé l’être ? C’est là que le bas blesse. On voit qu’il y a beaucoup de radiations, même s’il peut y en avoir pour de bonne raisons – ou du moins légitimes -, mais aussi le rôle essentiel des emplois aidés, qui sont pour l’essentiel des emplois publics. Il ne faut pas nécessairement dédaigner ces emplois aidés, qui peuvent appuyer des jeunes gens peu qualifiés, en difficulté d’insertion sociale et éloignés du marché de l’emploi. Mais néanmoins, l’emploi privé ne contribue pas véritablement à la diminution du chômage. La prudence du gouvernement sur la durée est donc de bon aloi. Tant que l’on n’aura pas une croissance d’1,5 % au minimum, nous n’aurons pas de baisse significative du chômage. Et nous en sommes loin. Le chômage est stabilisé à un niveau élevé, semble-t-il, dans l’hexagone.

Vu sous un autre angle, il est vrai que le nombre de chômeurs a diminué, mais il y a plus de chômeurs au mois d’octobre 2013, qu’au mois d’octobre 2012 (+ 6 %), ce qui est non négligeable. Enfin, le nombre de chômeurs de plus d’un an est aussi en explosion, représentant 42 % du nombre de chômeurs, ce qui est inquiétant, la probabilité de retrouver un emploi, au bout d’un an, étant beaucoup plus faible. La probabilité de retrouver un emploi est de 30 % en France, après un an de chômage, contre de 80 à 90 % en Scandinavie. On a l’impression que l’on décrit la France des années 1970, en citant ces derniers chiffres. Il n’y a ainsi pas de fluidité suffisante du marché du travail, pour éviter aux chômeurs longue durée d’être stigmatisés. Le suivi laisse également à désirer, même si des tentatives ont été réalisées, dans la seconde moitié des années 1990. La crise pointe son nez partout. Depuis un mois, les salariés du groupe « La Redoute » manifestent leur mécontentement, et leur inquiétude, face au développement de la vente sur internet. L’histoire du groupe « La Redoute » a débuté, il y a plus de 75 ans, dans les filatures de Roubaix. Depuis un mois, les salariés inquiets pour leur avenir, multiplient les manifestations. La vente de ce groupe de prêt-à-porter est un dossier, parmi tant d’autres, hautement symbolique et politique.

François Hollande ne se réjouit-il pas trop vite, alors que des centaines d’entreprises, voire des milliers, dans toute la France, sont menacées de dépôt de bilan. Ainsi, pour en revenir aux statistiques du chômage, cette petite baisse en trompe-l’oeil, ne concerne que les chômeurs de catégorie A (chômage total). Les chômeurs de catégories B et C (activité réduite) ont, eux, continué à augmenter, 39 600 de plus, soit + 0,8 %. Et puis, surtout, comme nous l’avons prouvé, il ne faut pas oublier que le gouvernement triche d’une manière éhontée. D’abord, en faisant radier à tour de bras certains chômeurs des listes officielles, comme nous l’avons vu, quoi qu’il en soit (11 000 radiations administratives de plus). Ensuite, en transformant, par un tour de passe-passe incroyable, des chômeurs de catégorie A en chômeurs de catégories B ou C, sous prétexte qu’ils suivent un vague stage de formation (plus ou moins bidon).

C’est ce qui est arrivé à 60 000 d’entre eux, en octobre. Et bien-sûr, en multipliant à l’infini, les embauches à coups d’emplois d’avenir ou de génération et d’emplois « aidés », quoi que l’on puisse en dire, mais payer par les entreprises et le contribuable. Ainsi, nous avons encore 11,1 % de chômeurs, au bas mot, alors que l’Allemagne n’en a plus que 5,2 % (même si les radiations existent là-bas aussi, mais à population active plus importante, le chômage reste nettement plus bas), les Etats-Unis 7,2 %, la Suisse, 3,2 %, ou l’Autriche, 4,9 %. Certes, la natalité de l’Allemagne ou de l’Autriche est faiblarde, mais les analyses restent intéressantes. Et l’on peut toujours évoquer l’Espagne, 26,6 %, ou la Grèce, 27,3 %, mais c’est une bien maigre consolation, sachant que nous sommes bien à plus de 15 % de chômeurs et d’inactifs, dans la réalité des faits. En jouant sur les chiffres, Hollande joue aussi sur les mots. En fait, ce qui compte n’est pas le nombre de chômeurs mais bien le nombre d’emplois marchands qui sont créés. Cette année, la France a encore perdu plus de 110 000 emplois. Quelque soit les entourloupes auxquelles se livrent les socialistes, les réalités sont têtues.

Sur ce point, la croissance ne repartira, qu’à certaines conditions. Et non pas en attendant, le nez au vent et les bras croisés, pour paraphraser Thierry Desjardins, que l’économie mondiale redémarre et que nous puissions en récolter quelques miettes. Cela veut dire permettre aux entreprises de se développer aussi, en investissant et en innovant pour créer de la richesse et conquérir des marchés intérieurs comme extérieurs, tout en relançant la consommation, en permettant aux citoyens de consommer. Or, il est vrai, toute la politique socio-économique menée par Hollande afin de maquiller les chiffres avec ses emplois aidés l’oblige à augmenter toujours plus les prélèvements et à oppresser davantage encore les entreprises et les consommateurs. C’est toute l’absurdité de cette politique. Cela se fait nécessairement au détriment de l’économie marchande. L’argent qui est placé dans l’assistanat et les emplois aidés, ne l’est pas ailleurs, dans l’allégement des charges des entreprises, etc. Nous fonctionnons dans un système en vase clos, selon le principes des vases communicant. Il convient surtout de dynamiser le secteur privé par la formation notamment. La majorité des licenciés économiques en France, le sont par absence d’investissements, en matière de formation, d’adaptabilité. Il faudrait que les salariés du groupe « La Redoute » soient suffisamment formés pour aller travailler, par exemple, auprès de ces nombreuses petites entreprises diversifiées dans la vente en ligne, par correspondance (suivant l’exemple scandinave). C’est le problème français, en grande partie.

Nous ne ferons baisser le chômage significativement, que lorsque nous serons capables de former les salariés, face aux soubresauts du marché, et avec la réactivité s’imposant en matière d’évolution professionnelle. Ainsi, pour faire baisser artificiellement le nombre de chômeurs, Hollande massacre à la tronçonneuse toutes les possibilités de créer des emplois. Les Français commencent à s’apercevoir que ce n’est pas la courbe du chômage, qu’il convient d’observer, mais bien celle des créations d’emplois, pensant naïvement que si la première baissait un jour, ce serait parce que la seconde augmenterait. Et ils comprennent sans doute, qu’Hollande va, peut-être, parvenir à l’exploit de faire baisser les deux en même temps. Moins de chômeurs, moins d’emplois. Le chômage baisse, mais l’emploi recule… C’est évidemment suicidaire, car avant longtemps, faute de la moindre croissance qu’il paralyse lui-même, Hollande ne pourra plus s’offrir d’emplois aidés. Le nombre de chômeurs baisse virtuellement, mais paradoxalement, le nombre des fermetures d’entreprises se multiplie. Mais cela dit, comment s’en étonner ? Ainsi, une politique socialiste ne peut que conduire à une économie du même type. Et comme dans une vaste faillite, l’Etat-providence devient l’Etat-catastrophe.

                                                                                                                                                                                         J. D.

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