La Lanterne (politique, sujets de société)

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4 février, 2019

Carnet littéraires – Coups de coeur

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« La Fontaine; Une école buissonnière », Erik Orsenna, Le Livre de poche

Que savons-nous de La Fontaine, sans doute le plus grand poète de notre langue française ? Erik Orsenna nous livre le récit d’une promenade d’un certain Jean, né le 8 juillet 1621, dans la ville de Château-Thierry, juste à l’entrée de la Champagne. Bientôt voici Paris, le joyeux Quartier latin et quelques bons camarades : Boileau, Molière, Racine…. Voici un protecteur, un certain Fouquet, trop brillant surintendant des Finances et qui est bientôt emprisonné. On ne fait pas sans risque de l’ombre au Roi-Soleil. Voici un mari trompé mais également peu fidèle, et qui souffre de la pauvreté en dépit du succès des Fables, sans parler de ces Contes, que l’Education nationale nous interdit d’apprendre, car on y rencontre trop de grivoiseries. Après notamment Pasteur, Le Nôtre, Erik Orsenna nous livre une biographie imagée, avec son talent habituel, sur cet auteur toujours enseigné.

« Le premier homme », Albert Camus, Folio

« En somme, je vais parler de ceux que j’aimais », écrit Albert Camus dans une note pour Le premier homme. Le projet de ce roman auquel il travaillait au moment de sa mort était ambitieux. Il avait dit un jour que les écrivains « gardent l’espoir de retrouver les secrets d’un art universel qui, à force d’humilité et de maîtrise, ressusciterait enfin les personnages dans leur chair et dans leur durée ».

Il avait jeté les bases de ce qui serait le récit de l’enfance de son « premier homme ». Cette rédaction initiale a un caractère autobiographique qui aurait sûrement disparu dans la version définitive du roman. Mais c’est justement ce côté autobiographique qui est précieux aujourd’hui. Après avoir lu ces pages, on voit apparaître les racines de ce qui fera la personnalité de Camus, sa sensibilité, la genèse de sa pensée, les raisons de son engagement. Pourquoi, toute sa vie, il aura voulu parler au nom de ceux à qui la parole est refusée.

« La ruée vers l’Europe », Stephen Smith, Grasset

L’Europe vieillit et se dépeuple. L’Afrique déborde de jeunes et de vie. Une migration de masse va se produire. Son ampleur et ses conditions constituent l’un des plus grands défis du XXIe siècle.

L’Union européenne compte aujourd’hui 510 millions d’habitants vieillissant : l’Afrique 1,25 milliard, dont quarante pour cent ont moins de quinze ans. En 2050, 450 millions d’Européens feront face à 2,5 milliards d’Africains. D’ici à 2100, trois personnes sur quatre venant au monde naîtront au sud du Sahara.

L’Afrique « émerge ». En sortant de la pauvreté absolue, elle se met en marche. Dans un premier temps, le développement déracine : il donne à un plus grand nombre les moyens de partir. Si les Africains suivent l’exemple d’autres parties du monde en développement, l’Europe comptera dans trente ans entre 150 et 200 millions d’Afro-Européens, contre 9 millions à l’heure actuelle.

Une pression migratoire de cette ampleur va soumettre l’Europe à une épreuve sans précédent, au risque de consommer la déchirure entre ses élites cosmopolites et ses populistes nativistes. L’Etat-providence sans frontières est une illusion ruineuse. Vouloir faire de la Méditerranée la douve d’une « forteresse Europe » en érigeant autour du continent de l’opulence et de la sécurité sociale des remparts – des grillages, un mur d’argent, une rançon versée aux Etats policiers en première ligne pour endiguer le flot – corrompt les valeurs européennes.

L’égoïsme nationaliste et l’angélisme humaniste sont unanimement dangereux. Guidé par la rationalité des faits, cet essai de géographe humaine assume la nécessité d’arbitrer entre intérêts et et idéaux.

Journaliste-écrivain et universitaire, Stephen Smith a tenu la rubrique Afrique de Libération (1988-2000) puis du Monde (2000-2005). Il a travaillé comme analyste pour les Nations unies et L’international Crisis Group. Depuis 2007, il est professeur à l’Université de Duke aux Etats-Unis, où il enseigne les études africaines. Il est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages publics en France, dont Négrologie : pourquoi l’Afrique meurt ou Oufkir, un destin marocain et d’ouvrages co-écrits avec Antoine Glaser comme Ces Messieurs Afrique ou Comment la France a perdu l’Afrique.

La ruée vers l'Europe

« En marche vers l’immobilisme », Agnès Verdier-Molinié, Albin Michel

Agnès Verdier-Molinié occupe les écrans, auréolé d’un statut de chercheuse à l’Ifrap, fondation ultra-libérale présentée parfois selon certains médias comme un vrai-faux institut de recherche, étant plutôt assimilé selon certains à un lobby tenu par certains financements issus du privé et enregistré comme tel à l’Assemblée nationale. Toujours est-il que cette dernière, au travers de nombreux ouvrages publiés depuis neuf ans (traitant surtout de fiscalité), livrent parfois certaines analyses intéressantes, car relativement sourcées, chiffrées. En marche vers l’immobilisme, tel est le titre de son dernier ouvrage, décryptant les six premiers mois du quinquennat Macron, guère convaincants de son point de vue.

Tout devait changer : allègement des normes, baisse des dépenses et des impôts… Mais, dix-huit mois plus tard, la réalité est bien différente. Le décalage, pour ne pas dire le fossé, se creuse tous les jours. Certaines grandes réformes (prélèvement à la source, taxe d’habitation…) paraissent d’ores et déjà aussi ambitieuses qu’inutiles. D’autres, nécessaires (baisse des effectifs publics, réforme des retraites, réduction de la dépense sociale…), patinent dangereusement. Au-delà des mots rassurants, c’est bien un choc de complexité auquel sont confrontés les Français : multiplication des contraintes administratives et fiscales, organisation kafkaïenne des territoires… Où est la simplification sans cesse annoncée ?

Cet ouvrage dresse, à travers de nombreux exemples, le tableau de l’ancien monde qui, selon l’auteur, refuse de disparaître. L’heure tournerait et, malgré quelques mesures ponctuelles pertinentes, la grande transformation annoncée se fait attendre. La France va-t-elle encore rester immobile ou est-elle en marche ? Sans partager systématiquement les points de vue de l’auteur, très libérale à mon goût et assez péremptoire, abordant des thématiques souvent récurrentes dans ces ouvrages (suppression intégrale de l’ISF, fiscalité des hauts-patrimoines, privatisations…), ce constat livré reste intéressant et certains points soulevés intrigants, au travers des informations chiffrées et sourcées.

« Bilan de faillite », Régis Debray, Gallimard

Un dépôt de bilan peut se consigner la bonne humeur, avec clins d’oeil et sourires. C’est cette variante teintée d’humour, rarement pratiquée au  tribunal de commerce, qu’a choisie Régis Debray, dans cette lettre d’un père à son fils bachelier, en quête de conseils sur la filière à suivre. Littérature, sociologie, politique, sciences dures ? En empruntant le langage entrepreneurial, celui de notre temps, l’auteur lui expose les bénéfices qu’un jeune homme peut dorénavant attendre ces divers investissements.

En lui recommandant instamment d’éviter la politique. Bien au-delà de simples conseils d’orientation professionnelle, ce livre – testament voudrait faire le point sur le métier de vivre dans le monde d’aujourd’hui, sans rien sacrifier aux convenances. Beaucoup d’adultes et quelques délurés sans âge particulier pourront sans doute y trouver leur compte.

« Qu’est-ce qu’un chef ? », Pierre de Villiers, Fayard

« Je ne suis ni philosophe, ni sociologue, ni capitaine d’industrie. Je suis un praticien de l’autorité qui s’est toujours efforcé de placer les relations humaines au coeur de son engagement au service de la France et de ses armées. Car l’autorité n’est pas spécifiquement militaire, c’est le lien fondamental de toute société humaine. Fort de ces convictions, je propose dans ce livre quelques jalons pragmatiques, simples et avérés pour sortir d’un mal-être sociétal croissant, diriger avec justesse et discernement. »

Le général Pierre de Villiers signe un essai ambitieux sur l’ordre, remettant l’Homme au centre du système. Comme le ferait un officier, il indique au lecteur le cap qu’il faut tenir dans un monde complexe et sa méthode pour y agir utilement.

Mêlant une réflexion puissante sur les problèmes profonds que traverse notre époque et des solutions efficaces, le général de Villiers met ici son expérience unique au service de tous.

Après quarante-trois années d’une carrière militaire qui l’a conduit à devenir chef d’état-major des armées, le général Pierre de Villiers est président d’une société de conseil en stratégie. Il a publié en 2017 Servir aux éditions Fayard.

« There is no society », Christophe Guilluy, Champs – Flammarion

« There is no society » : la société, ça n’existe pas. C’est en octobre 1987 que Margaret Thatcher prononce ces mots. Depuis, son message a été entendu par l’ensemble des classes dominantes occidentales. Il a pour conséquence la grande sécession du monde d’en haut qui, en abandonnant le bien commun, plonge les pays occidentaux dans le chaos de la société relative. La rupture du lien, y compris conflictuel, entre le haut et le bas, nous fait basculer dans l’a-société. Désormais, no more society. La crise de la représentation politique, l’atomisation des mouvements sociaux, la citadellisation des bourgeoisies, le marronnage des classes populaires et la communautarisation sont autant de signes de l’épuisement d’un modèle. La vague populiste qui traverse le monde occidental n’est que partie visible d’un soft power des classes populaires qui contraindra le monde d’en haut à rejoindre le mouvement réel de la société ou bien à disparaître.

Christophe Guilluy, géographe, est notamment l’auteur de deux essais très remarqués : La France périphérique et Le Crépuscule de la France d’en haut (Champs – Flammarion).

« Le crépuscule de la France d’en haut », Christophe Guilluy, Flammarion

La bourgeoisie triomphante du XIXe siècle a disparu. Ses petits-enfants se fondent désormais dans le décor d’anciens quartiers populaires, célèbrent la mixité sociale et le respect de l’Autre. Fini les Rougon-Macquart, bienvenue chez les hipsters… Bénéficiaire des bienfaits de la mondialisation, cette nouvelle bourgeoisie en oublie jusqu’à l’existence d’une France d’en bas, boutée hors des nouvelles citadelles que sont devenues les métropoles.

Pendant ce temps, dans la France périphérique, les classes populaires coupent les ponts avec la classe politique, les syndicats et les médias. Leurs nouvelles solidarités, leur souverainisme n’intéressent personne. Le grand marronnage des classes populaires, comme avant elles celui des esclaves qui fuyaient les plantations, a commencé. On croyait la lutte des classes enterrée, voici son grand retour…

Christophe Guilluy est géographe. Il est l’auteur des essais remarqués Fractures françaises (Champs, 2013) et La France périphérique (Champs, 2015).

« Balzac », François Taillandier, Folio

« N’est-ce pas un martyre pour un homme qui ne vit que par l’épanchement des sentiments, qui ne respire que tendresse, et qui a besoin de trouver sans cesse près de lui une âme pour asile, de méditer, de comparer, d’inventer, de chercher sans cesse, de voyager dans les espaces de la pensée, quand il aime à aimer ? »

En trente ans de travail acharné, harassé par les soucis d’argent, Honoré de Balzac (1799-1850) édite un monument romanesque sans égal, donnant vie à des dizaines de personnages devenus mythiques – Eugénie Grandet, Le père Goriot, Le colonel Chabert, Rastignac, La cousine Bette, etc. -, tout en rêvant à l’amour de sa vie, une aristocrate polonaise qu’il n’épousera qu’à la veille de sa mort. Balzac, ou le destin d’un génie foudroyé.

« La France périphérique ; Comment on a sacrifié les classes populaires », Christophe Guilluy, Champs actuel

Désormais, deux France s’ignorent et se font face : la France des métropoles, brillante vitrine de la mondialisation heureuse, où cohabitent cadres et immigrés, et la France périphérique des petites et moyennes villes, des zones rurales éloignées des bassins d’emplois les plus dynamiques. De cette dernière, qui concentre 60 % de la population française, personne ne parle jamais.

Comment en sommes-nous arrivés là ? Pourquoi a-t-on sacrifié les classes populaires sur l’autel d’une mondialisation volontiers communautariste et inégalitaire, aux antipodes des valeurs dont se réclame la classe politique ? Comment cette France populaire peut-elle changer la donne, et regagner la place qui est la sienne – la première ?

Dans cet essai retentissant, Christophe Guilluy dresse un diagnostic sans complaisance de notre pays, et esquisse les concours d’une contre-société à venir.

Christophe Guilluy est géographe. Il est l’auteur, avec Christophe Noyé, de L’Atlas des nouvelles fractures sociales en France (Autrement, 2004) et d’un essai remarqué, Fractures françaises (Champs-Flammarion, 2013).

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