La Lanterne (politique, sujets de société)

15 avril, 2012

Les adieux à la Reine

Classé dans : Culture,theatre et 7e art — llanterne @ 16:58

Les Adieux à la reine

« Les Adieux à la Reine », c’est le dernier film de Benoît Jacquot - s’inspirant du roman bien documenté, de Chantal Thomas - sur le Versailles du 13 au 17 juillet 1789, continuant à vivre dans l’insouciance et la désinvolture, loin du tumulte grondant à Paris, et le basculement des jours suivant la prise de la Bastille. Et c’est tout d’abord une séduisante manière de contempler la fin du siècle, celle d’un régime, d’un monde clos, le château de Versailles, la cour et l’arrière-cour de Louis XVI, dans une sorte d’unité de lieu.

Le spectateur suit ainsi la trajectoire de Sidonie (Léa Seydoux), simple lectrice de la Reine - personnage fictif, au demeurant -, mais réussi, en ce qu’il focalise sur Marie-Antoinette (Diane Kruger), ce regard de pure fascination, une forme d’amour dévot, entre érotisation, sacralisation. Bouffie de sommeil et dévorée de moustiques, dans une mansarde du château de Versailles, du haut de ses vingt ans à peine, à l’aube du 14 juillet 1789, Sidonie est aussi sûrement engoncée dans ses certitudes et sa soumission que sa maîtresse, Marie-Antoinette, peut l’être dans ses toilettes de cérémonie. Dans ce scénario, la jeune lectrice passe souvent d’un état à l’autre, et les 1ères séquences décrivent bien, le microcosme versaillais dans lequel les jeunes suivantes (également représentées par les comédiennes Lolita Chammah, Julie-Marie Parmentier), telle une caste inférieure à laquelle appartient Sidonie, se préoccupent d’abord de se trouver un protecteur, éventuellement un mari. Elle veut croire, qu’elle est indispensable au bonheur de la souveraine de France, au travers ses mots aimables, qu’elle lui dispense.

Mais Sidonie écrase également, en jeune fille bien éduquée, ses compagnes de sa chasteté affichée souffrant peu d’impasses, et de son savoir, sa position de lectrice, et à son tour, écrasée par les dames de compagnie de la Reine (Dominique Reymond, Anne Benoît, Noémie Lvovsky), ces femmes chargées les unes des distractions, les autres des tenues. Le réalisateur prend son temps de les montrer, dans leur habitat naturel, la cour, avec ses rituels pesant, ses querelles s’y inscrivant, dans un déroutant huit clos. Jacquot prend ainsi plaisir à disséminer les signes d’un mal intérieur, pire que les révolutionnaires, venant attaquer Versailles, le grand canal, le marais infesté de rats et de moustiques, la saleté ambiante, la galerie des glaces, les courtisans agglutinés dans des couloirs lubugres. Quelques moments comiques nous sont apportés, mais aussi révélateurs de la nature humaine, la dureté des moeurs, la pauvreté et le manque d’égard, desservie par l’endettement, entre luxe et pourriture intérieure.

Arrive alors la nouvelle de la prise de la Bastille, rapportée par un valet, comme au théâtre, et la comédie de gynécée vole en éclats, un très beau plan-séquence suivant la course incertaine de Sidonie dans les couloirs sombres des étages du château. Accompagnée d’un vieil historien (Michel Robin, émouvant de désespoir incrédule), la suivante tente de déchiffrer les bribes de nouvelles à la lueur incertaine des bougies, et la mobilité de la caméra, la pénombre baignant la scène ne font que rendre compte de la panique grandissante. Mais ce sont aussi des expressions cinématographiques modernes, qui ne trouvent généralement pas leur place dans les films historiques. On se réveille ainsi, un matin, sans savoir que le soir venu, le peuple aura changé au point d’en être méconnaissable. Bien que ce ne soit pas pour autant, que les êtres qui le peuplent, auront eux-mêmes changé.  

Parallèlement, Sidonie devient, à son corps défendant, l’instrument d’une querelle amoureuse entre Marie-Antoinette et sa favorite, Gabrielle de Polignac (Virginie Ledoyen). Eperdue d’amour et d’inquiétude, la Reine n’en tente pas moins d’y aller de son influence – particulièrement négative -, souhaitant encore écraser la révolte parisienne. Diane Kruger se tire avec une certaine élégance – tout en prenant l’accent autrichien -, de cette accumulation de contradictions, et cela objectivement parlant (prouvant là, qu’elle est une comédienne plausible, dans différents rôles). Dans une atmosphère de chaos réel, les masques tombent, les 15, 16 et 17 juillet, les accompagnatrices n’épargnant plus leur maîtresse, dans les coulisses, mais cette même ambivalence prenant sur la relation entre Sidonie et Marie-Antoinette. L’accélération du cours dérègle tout l’ordonnancement de la cour, la pauvre Sidonie, grisée par l’accès à l’intimité, ne finissant par ne plus distinguer l’irréel du réel, ce qui reste le motif central de ce beau film. Aristocrates aggripés à leur dignité, et dames de compagnie, à l’image de Dominique Reymond (en prédatrice prête à tous les pillages), ils sont tous là, bien dépeints.

Jusqu’à la chute finale, et la fuite en berline - déguisée des pieds à la tête - vers la Suisse, en compagnie du couple Polignac. A cet égard, le départ de Sidonie, cet adieu à la Reine est aussi un adieu à une foi réelle, le simple constat d’un monde, qui s’est dissolu. Benoit Jacquot nous fait découvrir un monde à part, avec ses décors, ses références, son personnel, ses courtisans, dans un film à costumes, empreint d’un certain académisme cinématographique, superficiel, pour jouer avec les illusions, comme Marie-Antoinette, avec ses favorites.

                                                                                                                               J. D.

7 janvier, 2012

« Intouchables », de Olivier Nakache et Eric Toledano

Classé dans : Culture,theatre et 7e art — llanterne @ 14:49

Avec François Cluzet, Omar Sy

Comme des dizaines de milliers de spectateurs, je suis allé découvrir récemment -sur le tard- le film « Intouchables » d’Eric Toledano et Olivier Nakache, pour poursuivre disons, sur une tonalité culturelle, cette fois-ci en se focalisant sur le septième art.

Cependant, à l’image d’autres auteurs de portails identiques au nôtre, j’avoue pour m’exprimer avec franchise -sans aucune prétention, ne prétendant nullement m’élever au rang de critique de cinéma, à la hauteur du talentueux Henri Chapier ou de la sémillante et caustique Elisabeth Quin-, difficilement comprendre, pourquoi les médias, dans leur globalité (!), encensent ainsi ce film, sans contre-partie, ni demi-mesure aucune (ce qui n’est pas sans soulever certaines problématiques). Et j’avoue ainsi, que les critiques totalement di-thy-ram-biques dont nous auront abreuvé les médias -presse écrite, radio-TV-, au sujet de cette comédie française, ont effectivement, moi aussi, fini par me convaincre d’aller passer deux heures, en compagnie du duo interprété par François Cluzet et Omar Sy. En effet, ma critique du scénario est acerbe, mais je ne vais pas y aller par quatre chemins, moi également et comme nombre d’autres spectateurs, « ce film ne m’a pas seulement déçu, il m’a exaspéré ». Il est vrai qu’avec le recul, je me dis que j’aurai aussi dû me méfier. « Tant de critiques unanimes auraient dû me mettre la puce à l’oreille ».

Il est certain que que les réels chefs d’oeuvre, par leur originalité, leur parti-pris et souvent leurs propos, sont inaptes par définition à remporter l’adhésion générale des critiques. Il est souvent établi que quand « Le Parisien », « Paris-Match », « le Figaro » ou « le Nouvel Obs » encensent un film, cela s’assimile finalement presque à une contre-publicité faite à ce long-métrage ! Tout d’abord, quelques mots sur les deux acteurs, portant cette histoire. En effet, Cluzet est plutôt bon, « bien qu’un peu outrancier » dans son -difficile- rôle de riche aristocrate handicapé. Le personnage central du petit gars de banlieue, dans une France de surcroît, gravement « malade de ses banlieues », bien que talentueusement interprété, verse malheureusement dans le cliché -à cause du scénario, bien écrit mais versant à dessein, dans l’outrancier- peut-être le plus marqué dans le cinéma français des cinq dernières années (m’autorisant avec humilité cette critique, appréciant les comédies françaises). Et ce qui est dommageable, car le comédien semble, en effet, « véritablement offrir une meilleure prestation aux spectateurs », et on le découvrira certainement dans de prochaines comédies, dramatiques ou non. Car Omar Sy y révèle un réel talent d’humoriste et de comédien, assez complet -à l’image de la scène de la danse, certainement difficile à interpréter-, et propre à renverser les situations.

« Intouchables », c’est un petit film, une petite comédie française de crise, ménageant la chèvre et le chou, au travers de deux archétypes de milieux sociaux, supposés irréconciliables. La parabole est ainsi présentée, limpide mais aussi « hypocrite comme une recette » à réaliser un bon film culte, celle de l’aveugle et du paralytique. Prenez ainsi un pauvre d’aujourd’hui, cumulant des difficultés lourdes -d’ordre social et sociétal-, et mettez-le en présence d’un méchant riche, devenu gentil cependant, à force d’être ostracisé par la société, dans une problématique liée à son handicap, pour le moins inconvenant. Le premier devient le confident du second, et tous deux apprennent à s’évaluer, se respecter, voire à s’apprécier, à s’attacher l’un à l’autre, s’initiant mutuellement aux sept pêchers capitaux, dans une camaraderie circonstanciée. A l’exception du fait, que les deux personnages sont les archétypes de deux milieux, disons opposés, qui n’auraient jamais du être appelés à se rencontrer (« même si c’est arrivé, dit-on, une fois, une seule, dans la vraie vie »), avec d’un côté un loulou de banlieue, couleur ébène, de bonne composition, plein de bon sens, sympathique, un peu voleur, un peu traficant comme nombre de ses corelégionnaires -bien que réunissant indubitablement, des circonstances atténuantes-, un peu naïf, se satisfaisant de dormir dans des draps de soie, mais aussi bon danseur comme tous les noirs (les clichés sont là). Et de l’autre côté, « un riche, belle gueule, famille d’aristocrates, grandes études » (Sciences-po, naturellement), réussite, grosse fortune, « hôtel particulier grouillant de serviteurs heureux et zélés d’être exploités par milliardaire si gentil, aimable et attentionné ». Et voilà la trouvaille : le héros, bourgeois bon chic-bon genre, patron autoritaire, est devenu « tétraplégique », et humain du même coup, suite à un dramatique accident. La trétraplégie étant pour l’histoire et le scénario, une lésion grave et sérieuse de la moelle épinière, causée par une chute ou un choc anormal et accidentel, s’accompagnant d’une absence totale ou partielle de motricité et de sensibilité.

Omar Sy, le grand et beau comédien, d’origine sénégalaise (interprétant sa propre caricature, sous forme de duo, dans une émission comique à succès sur le petit écran, la chaîne Canal +), a beau réalisé des prouesses d’acteur : chanter, danser, conduire. Il rit et roule des yeux comme un blanc s’entendrait à voir rire et s’étonner un noir, dans une caricature tirée d’un sketch à la Michel Leeb. Et au bout du compte, il ne parvient pas à décoller de lui, cette image d’Oncle Ben’s sur les paquets de riz, ou de tirailleur sénégalais « Y’a bon ! » sur les boîtes de cacao Banania, s’enfermant dans un mécanisme stéréotypaire inversé… Le jeune de banlieue, issu de l’immigration -et en voie de réinsertion, après des erreurs de jeunesse-, finit par tomber dans les clichés, engendrés d’ailleurs par l’idéologie anti-raciste des années 80, à la Julien Dray et à la « Touche pas à mon pote », dans un scénario à l’envers. Quant à François Cluzet, engoncé dans son fauteuil roulant, il livre une étonnante interprétation, dans un rôle particulièrement difficile à interpréter. Mais desservi par la tournure scénaristique, le poussant -du moins, c’est mon point de vue et c’est ainsi, que je l’ai ressenti-, à en faire trop, tête et épaule sans cesse en mouvement, au lieu d’adopter la raideur et le détachement élégant d’un Eric Von Stroheim, dans  « La Grande Illusion ». Certes, c’est une autre école scénaristique, mais en tout cas, des rôles de tétraplégiques ont déjà été interprétés, dans l’histoire du cinéma français. François Cluzet l’interprète avec brio, certainement servi par une talentueuse direction d’acteur, mais enfermé malgré lui dans le carcan de cette école scénaristique, guère talentueuse, du moins de mon point de vue. Une école de jeunes réalisateurs, qui emprunte trop, à des fins d’efficacité commerciale, aux articulations comiques du cinéma américain, hollywoodien, dans un scénario comparable au film « Rain Man » (avec Dustin Hoffman et Tom Cruise), sorti en 1988 et premier film consacré au thème de l’autisme. Mais attention, j’entends déjà les cris d’orfraie ! 

Certes, ce scénario est tiré d’une histoire vraie et vécue, ayant d’ailleurs fait l’objet d’un documentaire en 2003, « A la vie, à la mort », relayé par le petit écran, et dont on a récupéré la thématique, pour faire une bonne petite comédie à succès. A l’évidence, tel l’établit un auteur -sur le portail lepost.fr-, que je me permets de citer en référence, « les stylos des scénaristes ont dessiné des personnages trop caricaturaux, trop formatés pour que l’intrigue soit intéressante à suivre ». Le scénario est trop appuyé et « les nombreux effets comiques et scénaristiques calibrés pour faire rire à tout prix » trahissant « une recherche quasi maladie d’efficacité », nuisant à la sincérité de ce long métrage. D’ailleurs, il est certain, que le manque de sincérité de ce film est d’autant plus saisissant, qu’il est inspiré d’une histoire vraie. Mais ceux qui ont vu le documentaire original, penseront certainement comme nous, que « l’original était beaucoup plus fort » que la copie. La faiblesse scénaristique -de mon point de vue-, réside effectivement dans le fait, que dans ce film « tout est prémâché, prédigéré et au final », l’impression délivrée est d’être placée en face d’un scénario, « qui vous interdit de penser et de réagir par vous-mêmes ». D’où un sentiment d’être « pris au piège », qui est particulièrement agaçant. Comme si de grands panneaux fléchés, à la Tex Avery, guidaient nos émotions, ne leur laissant aucune liberté, ni aucune chance de s’émanciper de ce parcours obligatoire. C’est d’ailleurs, je suis de cet avis, un téléfilm plus qu’un film, manquant cruellement « de finesse » et ne valant rien de plus, qu’une des productions TF1, dont « dès la première minute », « le jeu des acteurs et le traitement de l’intrigue semblent indigents ».

Comment des critiques, qui se nomment comme tels, « ont-ils pu adorer avec une telle unanimité ce long métrage ? »  Un tel engouement laisse perplexe et sans voix… Et nous nous retrouvons, au bout du compte, dans le même camp que les gratte-papier de « Télérama » et des « Inrocks », qui ont eux aussi détesté ce long métrage. Enfin, pour être totalement honnête, il convient d’indiquer que sur un panel de sept spectateurs, ayant découvert « ce chef-d’oeuvre », « trois l’ont trouvé très bon » (« le meilleur film de l’année »), deux l’ont trouvé plutôt divertissant, et deux en sont sortis fortement déçus, ce qui fait toujours qu’environ 35 % de spectateurs conquis, et 65 % qui ne l’ont pas complètement été. Le cinéma est et a toujours été commercial, « Qu’est-ce que c’est que le cinéma, pour vous, si ce n’est pas commercial ? », comme l’a confié, un jour, Lino Ventura à un journaliste, l’interrogeant sur les « nanars » à la Delon-Belmondo, dans les années 1970. Mais un petit peu d’éclectisme dans le travail des critiques de cinéma, ne serait pas contre-productif. Après tout la France est la patrie du cinéma et il est dommageable que la presse d’information -particulièrement interdépendante-, perde ainsi, de sa liberté de ton et d’esprit, face au congloméral des grandes machines de production et de distribution cinématographiques, tels que Gaumont, UGC, MK2 Productions ou encore Pathé…

Nous sommes dans la patrie des réalisateurs-metteurs en scène, dialoguistes, de Sacha Guitry à Louis Malle, en passant par Duvivier, Renoir, Pagnol, Fernandel, Melville, Truffaut, Chabrol, Fresnay, Audiard, Godard, jusqu’à Rohmer. Les films sont des objets culturels issus d’une culture spécifique, dont ils sont le reflet. Leur diffusion est potentiellement universelle, grâce au développement de techniques ayant permis un rayonnement mondial des films, par le sous-titrage ou le doublage des dialogues (ainsi que par leur mise à disposition dans des formats domestiques, les fameux DVD). Ils sont susceptibles de devenir de purs produits commerciaux -même s’ils ont toujours été, dans une certaine mesure-, dans une logique mercantiliste à l’anglo-saxonne, si l’on peut dire. Au sens où les sommes drainées par cette industrie peuvent être colossales, malgré les coûts de production, eu égard au nombre potentiel de spectateurs payant, mais également au détriment d’un certain éclectisme…                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                              J. D.

« Diplomatie » de Cyril Gély

Classé dans : Culture,theatre et 7e art — llanterne @ 6:19

           

Cyril Gély, Diplomatie, Théâtre de la Madeleine, 1er octobre – 31 décembre 2011

« Diplomatie » , c’est la dernière pièce de Cyril Gély, en prolongation du 1er octobre au 31 décembre 2011, au Théâtre de la Madeleine, dans laquelle deux grands comédiens s’affrontent sur scène. D’un côté, le comédien André Dussolier, qui outre sa grande carrière cinématographique, s’est assez largement illustré dans le milieu théâtral, où il fit aussi ses premières armes. Et en face, Niels Arestrup, ayant lui aussi une importante carrière cinématographique et théâtrale, derrière lui.

Cyril Gély prend ainsi le parti de raconter, avant l’aube du 25 août 1944, la rencontre hypothétique entre le général Dietrich Von Choltitz -Niels Arestrup- et le consul général de Suède Raoul Nordling -André Dussolier-, à l’Hôtel Meurice à Paris. Reprenant le thème soulevé par le roman éponyme de Larry Collins et Dominique Lapierre, la pièce dévoile ainsi, dans un déroutant huit-clos, le processus ayant amené ce général -à la loyauté sans borne-, à désobéir à l’ordre d’Hitler de brûler Paris. Même si la chronologie des évènements n’est pas respectée précisément -notamment la rencontre aussi tardive entre les deux personnages-, tenant à l’imagination de l’auteur, les arguments avancés sont largement tirés des mémoires de Von Choltitz.

La pièce peut ainsi se lire, tel un dialogue interne, dont les articulations sont essentiellement servies par le talent d’acteur de Niels Arestrup, et la réplique savoureuse d’André Dussolier. Ses premiers pas, ce dernier -ex-lauréat du Conservatoire de Paris-, les réalise en 1972, dans « la Grande muraille » de Max Frish. Ayant interprété tous les registres, le comique comme le tragique, cinq ans après « La Chèvre ou qui est Sylvia ? » d’Edward Albee, au Théâtre de la Madeleine, il remonte sur les mêmes planches, face à Niels Arestrup, qui n’a nul besoin de prouver ses qualités de comédien, aux vues de ses nombreuses prestations et nominations aux Molière. Dans une pièce à l’intrigue bien menée -bien que lente dans son développement-, relevant d’une certaine gageure scénaristique.

                                                                                                                            J. D.

18 juin, 2011

« Le Moche » de Marius Von Mayenburg ; « Fin de Partie » de Samuel Beckett

Classé dans : Culture,theatre et 7e art — llanterne @ 11:13

  

Marius Von Mayenburg, Le Moche, Théâtre du Rond-Point, 28 avril – 22 mai 2011

« Le Moche », c’est la dernière pièce du jeune dramaturge allemand, Marius Von Mayenburg, interprétée jusqu’au mois dernier, au Théâtre du Rond-Point. Quatre personnages sur scène nous entraînent une heure durant, dans une intrigue absurde et qui pourtant dit quelque chose de juste de l’homme moderne. Le personnage principal de Lette apprend tardivement de son entourage qu’il est d’une laideur repoussante, et il accepte de se refaire complètement le visage et se métamorphoser, en un homme d’une élégance irrésistible… Hélas, le succès de sa nouvelle beauté est telle, que nombre de gens veulent adopter les mêmes traits, au point que le personnage finit par perdre sa propre identité réfractée chez autrui et par souhaiter retourner à sa laideur première, à jamais perdue…

L’intrigue assez simple (mais bien menée) permet d’innerver l’ensemble de la pièce ; elle est surtout le lieu d’une succession mordante de répliques savoureuses qui est un premier ressort comique réussi… L’absurdité de certaines scènes (notamment celle de la chirurgie esthétique) qui ne va pas sans une certaine satire du monde contemporain obsédé par l’apparence, ajoute au comique une dimension un peu plus inquiétante, mais sans tomber pour autant dans une gravité facile ; et l’action rebondit sans cesse grâce à la dextérité avec laquelle l’auteur échange les lieux et les rôles, puisqu’un personnage peut brutalement passer d’un rôle à un autre et dans un lieu différent. Et pourtant, il y a bien de graves questions qui sont soulevées en filigrane dans un tel spectacle. La première est celle de l’identité : suis-je ce que les autres pensent de moi et dois-je me hisser au niveau de leur désir ? La pièce semble nous dire que l’adulation des autres aboutit au final à la perte inéluctable de soi. Plus largement, c’est la question du rapport de soi à l’autre, qui est posée et notamment celle de l’amour. Devenu Apollon, Lette ne sait plus pourquoi, ni par qui il est aimé, ni s’il ne s’est pas transformé en un pur objet esthétique. Le personnage, dans sa beauté factice, se fait réclame publicitaire pour les intérêts de son patron et apparaissent aux yeux des spectateurs, les excès d’un matérialisme capable de se construire sur mesure des identités humaines.

Enfin, la chute de la pièce où celui qui était adulé se trouve finalement détrôné par ses rivaux, qui ont eux aussi désiré acquérir son visage, met en scène l’éternelle roue de la Fortune qui entraîne dans sa course lente ou rapide, les destinées humaines à elle attachées. Au final, cette pièce présente un réel intérêt. L’action manque parfois un peu d’épaisseur, mais elle parvient encore une fois à donner une dynamique à une représentation qui reste enjouée, impertinente et parfois d’une absurdité qui joue avec l’angoisse.                                                                                                                                                                                                                                                                     Christian.   

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Samuel Beckett, Fin de partie, Théâtre de la Madeleine, 10 mai – 17 juillet 2011

A l’image d’« En attendant Godot », « Fin de partie » est une des plus célèbres pièces de Samuel Beckett, interprétée jusqu’à la mi-juillet au Théâtre de la Madeleine. Une pièce sans intrigue, à proprement parler, au cadre spatio-temporel indéfinissable, propre au célèbre dramaturge. Quatre personnages vivent dans une maison, réunis dans la même pièce sombre, percée de deux timides ouvertures sur l’extérieur, dans un monde dévasté et post-apocalyptique… Hamm (Serge Merlin), aveugle paraplégique, occupe le centre de l’espace, vissé dans son fauteuil roulant, aux côtés de son supposé valet et fils adoptif, Clov (Jean-Quentin Châtelain). Nell (Isabelle Sadoyan) et Nagg (Michel Robin) - les parents de Hamm -, ont perdu leurs jambes dans un accident de tandem dans les Ardennes, et vivent enfermés dans deux poubelles, situées sur le devant de la scène…

Comme son titre l’évoque, la fin est annoncée dès les premiers instants, les personnages s’adressant même au public, pour exprimer leur mortel ennui… On s’interroge durant 1 h 45, se demandant ainsi, si ce n’est qu’une « journée comme les autres », ainsi mise en scène ; ou si des éléments nouveaux et inconnus, ne viendraient faire leur apparition dans la vie des personnages. Ce ne sont que courts échanges et répétitions entre Hamm et Clov, le discours étant sans ordre logique apparent, répétitif, percé de silences, et au service d’aucune action. Adoptant un comportement étrange et maladroit, Clov entretient un curieux rapport d’interdépendance avec Hamm, mêlé de rancoeur. Hamm récite des passages de son « roman » à Clov. « Ce n’est pas l’heure de mon calmant », interroge-t-il. Nell et Nagg émergent occasionnellement de leurs poubelles, pour échanger brièvement. Avant que Hamm, agacé, ne demande à Clov de les y réenfermer, en rescellant le couvercle sur eux…

C’est l’expression du théâtre de l’absurde, divisant et partageant toujours les critiques sur sa classification, mais exprimant surtout un profond pessimisme devant la condition humaine, une vision drôle et pitoyable de l’humanité. Une pièce pour la moins originale, qui semble surtout reprendre, en les accentuant, les défauts de la communication au quotidien, ainsi que les détresses communes…

                                                                                                                                 J. D.               

                             

                                                                                                                                                                              

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                

 

5 mai, 2011

« De la transgression de l’art, à l’art de la transgression »

Classé dans : Culture — llanterne @ 1:48

C’est la dernière polémique, touchant au domaine « artistique », autour de deux oeuvres de l’artiste américain Andres Serrano – deux photographies en couleurs placées sous plexiglas – dont une intitulée « Piss Christ », représentant un crucifix immergé dans de l’urine, réalisée en 1987. L’image diffuse ainsi une lumière orangée, auréolant un crucifix grandeur nature, que l’on pourrait qualifier d’esthétique d’un premier abord, selon l’intérêt porté à l’exposition. Le journal « Libération » présente ainsi l’oeuvre visée au travers un long article, dans un style enamouré de catalogue d’art. Ces deux images ont donc été détruites à coups de marteau, par des « amateurs » du genre, à la collection d’art contemporain d’Avignon, Yvon Lambert, il y a quinze jours de cela. Les réactions d’indignation ont été nombreuses, dans la presse écrite notamment. Mais outre la polémique plus ou moins intéressante en soit, cela ramène à une problématique plus profonde, qui est celle de la provocation artistique, à l’égard de la religion, mais aussi et surtout celle de l’art contemporain, en général.

Comme a pu l’analyser, l’historienne d’art et conservatrice, Christine Sourgins, «  l’art contemporain cherche non par la beauté mais le scandale » et cette affaire en est emblématique, sur ce point. Aux yeux du journal « Libération », les agresseurs d’Avignon étaient des « vandales », et des « illuminés », l’hebdomadaire « Le Monde » en profitant ainsi pour dénoncer certains courants catholiques intégristes, ainsi l’influence jugée néfaste de l’archevêque d’Avignon. Mais il est vrai, dans une approche schématique mais révélatrice, imaginons aussi « un instant, d’autres oeuvres qui montreraient une Torah dans un bain de sang (…), un Mahomet déféquant, le Moïse de Michel-Ange plongé dans ses excréments », dixit Eric Zemmour. Et imaginons ensuite les réactions des militants du CRIF et d’autres, s’indignant, et bien-sûr, la gêne des journalistes dans la presse écrite, « pris entre la défense de la liberté de l’art et la légitime réaction de minorités outragées ». Mais pour de nombreux « artistes contemporains », l’objectif recherché n’est plus que de créer un « évènement, à tout prix », jusque dans le choix du lieu, et de la date d’une exposition, en pleine période de carême, et surtout à Avignon, ville des papes. C’est là une stratégie communicative et publicitaire bien rodée, visant à engranger les retombées médiatiques, et faisant monter les côtes artistiques, un vaste « mainstream », comme on dit aujourd’hui, visant à récupérer l’indignation artificielle d’un public saturé. A l’exemple de l’oeuvre de Cattelan (1999), « La Nona ora » utilisant l’image du pape Jean-Paul II, ayant déclenché colère, critiques et controverses, lorsqu’elle fut exposée en Pologne, pays d’Europe centrale au catholicisme chevillé au corps. Et qui trouva son public, en partant à des sommes inconsidérées en salle des ventes. 

Le conservateur de l’exposition d’Avignon, Yvon Lambert, est avant tout « un homme de l’art financier, donc il est innocent des blessures infligées aux âmes car celles-ci ne sont pas quantifiable en monnaie sonnante et trébuchante : le dol n’existe pas ». Et ne lui dites surtout pas qu’il faisait de la provocation, « montrer cette photo à Avignon, en temps de carême, relève juste d’une bonne stratégie de com’ ». Le Temple, « le seul, le vrai, c’est le Marché » ; le marché de l’art contemporain, en l’occurrence. Les réactions officielles viennent aussi s’inscrire dans ce courant, le ministre de la culture, Frédéric Mitterrand, ayant condamné en réponse à l’incident, une « atteinte à un principe fondamental, la présentation de ces oeuvres relevant pleinement de la liberté de création et d’expression qui s’inscrit dans le cadre de la loi ». Tout en reconnaissant que « l’une des deux oeuvres pouvait choquer certains publics ». Même s’il était évident que l’exposition atteindrait la sensibilité, et l’objectif attendu, ayant été largement atteint, « surtout avec le montage financier (…) derrière », d’où la concession « pouvait choquer ». A l’aune d’une récente exposition contemporaine controversée, à Saint-Sulpice, à Paris (6e arr), le débat sur l’art contemporain dans les églises avait été également soulevé. Ce terme d’art contemporain qui prétend recouvrir la totalité, comme le dénonçait Marc Fumoroli, « loin de désigner une époque », signalant un genre, « bien distinct de l’Art moderne ou l’Art abstrait, prisés par les pères Regamey et Couturier ».

Pour en revenir à cette exposition d’Avignon, il est certain que la destruction à coups de marteau par quelques-uns, des deux oeuvres en plexiglas, n’a pas empêché le musée de réouvrir ses portes le lendemain, exposant le vandalisme tel quel, l’oeuvre en étant déifiée. Il est vrai qu’accepter la parodie, la caricature et même le blasphème, est la preuve d’une grande maturité spirituelle. « Depuis la religieuse de Diderot, le monde chrétien a fait du chemin », comme l’analysait Eric Zemmour, la religion majoritaire en Europe s’étant habituée à vivre sous les quolibets, voire l’hostilité. L’anticléricalisme du petit père Combes ne choque plus personne et encore moins l’Eglise. Cet anti-cléricalisme serait même plutôt devenu l’idéologie dominante dans les médias, on ne compte plus les campagnes contre le Pape. Mais les autres religions monothéistes refusent également avec véhémence de verser dans la placidité catholique à l’égard de l’outrage, le judaïsme et l’Islam interdisant les représentations de Dieu, et n’ayant donc pas, sur le plan artistique, entretenu ce vieux compagnonnage sensuel des catholiques, de la Renaissance italienne à nos jours.

Suite à d’autres provocations artistiques, du même genre, certains pieds-nickelés ont ainsi préparé leur coup, se vantant depuis longtemps de vouloir passer à un acte « revendicatif ». L’occasion fut la bonne. Sans doute est-ce aussi une conséquence ultime de la déchristianisation en France, qui a fait du catholicisme, dans sa pratique, une religion à son tour quasi-minoritaire. Et du climat mondial aussi, car le christianisme est certainement dans le monde, à l’heure actuelle – en Asie, ainsi qu’au Moyen-Orient – la religion la plus outragée. Mais en tout cas, il est certain dans cette affaire, qu’il est plus commode de dénoncer des influences conservatrices supposées, dans les médias, sans analyse, ni objectivité, ni recul, plutôt que de s’interroger sur la médiocrité d’une oeuvre, mais aussi surtout la supercherie d’un art dit « contemporain », dans son ensemble.

                                                                                                                                                                J. D.

 

15 février, 2011

Les lectures de l’oeuvre de Muray, par Fabrice Luchini

Classé dans : Culture,theatre et 7e art — llanterne @ 19:41

Dans la lignée de ses lectures de passages du « Voyage au bout de la nuit » de Céline, ou encore de Paul Valéry, Gustave Flaubert ou des fables de La Fontaine, Fabrice Luchini s’est intéressé récemment, à l’œuvre de Philippe Muray, au travers d’une compilation de quelques textes choisis, écrits essentiellement entre 1998 et 1999.

A l’image de Céline, le philosophe et essayiste, Philippe Muray - décédé en 2006 -, se voulait le chroniqueur de ce qu’il appelait le « désastre contemporain ». Une époque où selon lui, « le risible a fusionné avec le sérieux », et où le « festivisme » fait la loi. Dans un ton rempli de dérision, Philippe Muray a stigmatisé les travers de notre temps, notamment au travers de la figure allégorique de l’« Homo festivus »… Il fut ainsi l’auteur de nombreux néologismes assassins, à l’image d’ « Aristocrate », « rebellocrate », « Mutin de Panurge » (individu à la rébellion factice, en accord avec l’air du temps), ou encore « Maton de Panurge » (individu tentant par tous les moyens, de faire taire les voix s’opposant au consensus d’un certain politiquement correct). Bref, un atypique et un réactionnaire, au style assez copieux, mais plein d’humour et de justesse.

En prolongation jusqu’au mois dernier, au théâtre de l’Atelier, j’ai eu ainsi le plaisir de découvrir Muray, au travers de ses lectures, dans un exercice pourtant malaisé, mais servi par le talent de conteur de Fabrice Luchini, et son sens inné des apartées avec le public.

                                                                                                                     J. D.

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22 janvier, 2011

La vente de l’hôtel de la Marine

Classé dans : Culture,Politique,sujets de societe — llanterne @ 3:19

C’est un dossier culturel très sensible, puisqu’il concerne un des fleurons du patrimoine national, à savoir l’hôtel de la Marine, place de la Concorde, qui est à vendre ! On pensait d’ailleurs, au début, que l’affaire était réglée, dans un programme disons culturel et commercial. Mais le Ministère de la Marine nationale a repoussé la date limite in-extremis, et ce sont maintenant une soixantaine de candidats potentiels qui se manifestent, poussant au portillon. Mais pourquoi ce splendide hôtel de la marine, est-il à vendre ? Parce que les marins doivent l’abandonner prochainement, appelés à rejoindre leurs collègues militaires, dans le projet de pentagone, prévu au sein du XVe arrondissement de Paris. Et aussi et surtout parce que l’Etat a besoin d’argent… beaucoup d’argent. Alors on vend, des hôtels particuliers, des casernes… « On brade » même, comme l’a dit Régis Debray, rejoint par d’autres personnalités. Il est vrai que de voir des boutiques de luxe et des galeries d’art contemporain rejoindre ce haut-lieu de l’Histoire de la France, a de quoi surprendre et choquer.

Construit par Jacques-Ange Gabriel entre 1766 et 1775, ce qu’on appelle l’hôtel de la Marine, classé monument historique sous le Second Empire, constitue sans doute l’un des plus beaux ensembles architecturaux de la fin de l’Ancien Régime, par sa façade extérieure, qui se dresse sur l’une des places les plus historiques de Paris, mais aussi par son architecture et son décor intérieurs. Ce bâtiment est lié dès son origine au fonctionnement de l’Etat. Il a en particulier abrité les richesses du Garde-Meuble de la Couronne, parmi lesquelles les regalia, les instruments du sacre. Dans un clin d’oeil historique d’ailleurs, cet ancien garde-meuble de la monarchie fut aussi, en quelque sorte le premier musée des arts décoratifs. Puisque sous « l’ancien régime », le peuple entouré de garde-suisses, pouvait au moins une fois par mois admirait les meubles et bronzes qui étaient fabriqués. Cette vente du ministère de la Marine n’en finit de susciter le débat. « Quiconque éprouve encore un minimum de respect pour le passé national, pour les pierres chargées de symboles et d’une histoire qui touche tous les Français ne peut qu’être révulsé », s’exclamaient sept personnalités dans une tribune publiée dans Le Monde, le 11 janvier 2011. Le ministre de la défense, Alain Juppé, touché semble-t-il lui-même en son for intérieur, par la polémique, a exigé en substance, qu’aucune élection de Miss France n’y soit jamais organisée…

Les projets les plus démentiels foisonnent, commerciaux, mais aussi culturels. Alors que l’on croyait le dossier réglé à la hâte, Pierre Nora a proposé sinon ce lieu pour le projet sarkozyste si décrié, de musée de l’Histoire de France. C’est là aussi que fut signée la condamnation à mort de Louis XVI. D’autres historiens, parce que c’est en ce lieu que fut signée l’abolition de l’esclavage par Victor Schoelcher, en 1848, proposent de le transformer en musée de l’histoire de l’esclavage et de la colonisation. L’état-major de la marine qui l’occupe actuellement doit le libérer en 2014. L’Etat avait décidé de le vendre, puis a envisagé une location de quatre-vingt-dix-neuf ans, en l’occurrence à l’homme d’affaires Alexandre Allard, pour en faire un ensemble de commerces et de suites de luxe. Face à l’ampleur de la protestation, une commission indépendante chargée de réfléchir à l’utilisation future de l’hôtel, doit être ainsi mise en place, par le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand. Mais au-delà de ces débats divers sur la nature de la réhabilitation de cet hôtel de la Marine, cela ne fait même pas au bout du compte, les affaires de nos comptables publics. Ils voulaient gagner de l’argent. Mais cette affaire a été si mal montée, qu’ils risquent même d’être contraint d’en dépenser…

Au-delà du cas particulier de l’hôtel de la Marine, ce n’est pas n’importe quelle problématique qui est touchée, mais celle de la gestion du patrimoine historique national. La France associe étroitement l’Etat à l’idée de Nation. Des historiens ont même déterminé, que c’est historiquement l’Etat, qui a forgé la Nation en France. C’est le fond de la problématique et ce qui explique l’ampleur de la polémique. Et c’est pourquoi aussi l’Etat français – par son rôle – doit s’efforcer de préserver au mieux, en son giron, les lieux qui incarnent la mémoire de la France…

J. D.

14 janvier, 2011

Le Président d’Yves Jeuland

Classé dans : Culture,theatre et 7e art — llanterne @ 0:20

Le Président 

 Le Président, long-métrage d’Yves Jeuland

Avec Georges Frêche, Laurent Blondiau, Frédéric Bort 

Le 21 mars 2010, Georges Frêche -récemment décédé-, est réélu dans son fauteuil. En Languedoc, il est le Président. C’est l’objet du dernier film d’Yves Jeuland, réalisateur de documentaires, souvent dédiés à l’engagement politique. Dans Paris à tout prix, il suivait déjà, entre 1999 et 2001, Jean Tibéri, Bertrand Delanoë, Philippe Séguin et les autres protagonistes de l’élection municipale de 2001, dans la capitale française.

Dans ce dernier film-documentaire, Le Président, six mois durant, au fil d’une campagne ébouriffante, mais cependant captivante, la caméra d’Yves Jeuland n’a pas quitté le candidat PS de la région Languedoc-Roussillon, partout, hors champs et contrechamps, dans le secret des conciliabules et les fins de banquet. Que ce soit face aux ténors des médias, au milieu d’une réunion de militants, dans son bureau, au saut du lit… Escorté de ses deux conseillers politiques, Georges Frêche, le président décrié de « Septimanie », se révèle un formidable animal politique, grand acteur rabelaisien, et provocateur dans l’âme. Une véritable comédie humaine, que ce voyage au cœur d’une campagne électorale, s’inscrivant dans le registre de l’émission « streap-tease », leçon sur la vie politique, la chose publique et le cynisme du pouvoir.

                                                                                                                      J. D.

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20 septembre, 2010

Murakami à Versailles, lumières sur l’exposition controversée

Classé dans : Culture — llanterne @ 15:43

Après le homard géant de Jeff Koons et tout son bestiaire bariolé, en 2008, le château de Versailles accueille depuis peu l’exposition  d’un artiste japonais, M. Takashi Murakami : des drôles de bouddhas, des compositions de fleurs aux couleurs acidulées, que l’on pourrait rattacher à un univers de bandes-dessinées japonaises, trônant dans la grande cour pavée du Château et quelques-uns de ses appartements adjacents… Un univers propre à cet artiste, qui se revendique d’Andy Warhol. 

La « polémique » était certes inévitable. Elle avait déjà éclaté pour d’autres expositions controversées du même genre, comme il y a deux ans. Mais elle est particulièrement virulente cette fois-ci. Cette exposition maintenue jusqu’au 12 décembre, a vu ainsi la controverse autour d’elle, réunir deux collectifs, à savoir « Versailles mon amour » et « Non aux mangas », ayant réuni à eux deux une dizaine de milliers de signatures. Mais ces manifestes ont été balayés d’un revers de main, par un Jean-Jacques Aillagon, président de l’établissement public du musée et du domaine national de Versailles, arguant du fait que l’on a pas le droit de critiquer une exposition ayant à peine ouverte ses portes, « ou que ses détracteurs seraient animés par des nostalgies politiques inavouables » ( ?…), comme le retranscrit l’hebdomadaire « Valeurs actuelles ». Triste argument… De tout de façon, comme répliquait Philippe Tesson, à juste titre, le 9 septembre dans la Croix : « Notre divorce n’est pas médiocrement politique, il touche au fond d’un problème culturel et artistique… ». Et cela n’en est particulièrement symptomatique de notre période artistique contemporaine.

Le débat sur l’art contemporain est ainsi bel et bien ré-ouvert, du réquisitoire récent dans Courrier international du critique britannique Ben Lewis, sous la forme d’une lettre ouverte, se demandant, si nous ne sommes pas las de ce type d’expositions artistiques, à la tribune pour sa part, du philosophe Luc Ferry, dans le Figaro du 29 juillet, intitulée « L’art contemporain est-il nul ? ». A cette image, comme le rappelle l’hebdomadaire Valeurs actuelles, la « rétrospective Arman, au Centre Pompidou à partir du 22 septembre, affiche comme œuvre emblématique une chaise calcinée » surmontée de ressorts, pour donner le ton… Et elle était d’ailleurs prévisible… et prévue, cette polémique, sur cette exposition « d’art contemporain » au château de Versailles. Non seulement, Jean-Jacques Aillagon l’attendait, mais comme le souligne judicieusement Eric Zemmour, mieux : « il l’espérait. Elle fait partie du plan com’ du patron de Versailles. Elle fait venir le grand public, multiplie les entrées et stimule la générosité des riches mécènes internationaux. Bref, elle fait marcher les affaires… ». D’où cette surenchère des conservateurs, affichée dans la volonté de choquer, dénoncée par exemple par le grand collectionneur Michel David-Weill dans Libération (6 janvier 2009), l’analysant en ces termes : « On privilégie le choc, dit-il, afin d’obtenir une réaction d’un spectateur saturé ». L’objectif espéré est atteint ; c’est une mécanique à la logique bien rôdée.

Accessoirement, elle pose Aillagon au passage, en « progressiste » dans le domaine, contre les tenants d’un repli artistique passéiste, en conservateur de musée innovant…. Comme l’analyse Luc Ferry : « Quand l’œuvre n’est pas belle mais ne vise qu’à choquer, à innover, à prouver que l’artiste est génial, qu’il n’a qu’un « message », un discours pompeux prend presque toujours le relais. A Beaubourg, il faut lire les commentaires qui figurent sous les œuvres. C’est souvent à pleurer de rire de jargon pseudo-philosophique ». Mais seulement Jean-Jacques Aillagon se moque. On vient à Versailles, non pas pour voir de l’art, « contemporain ou pas » ; mais on vient à Versailles, du monde entier mais aussi de toute la France, pour revivre un moment d’histoire et le transmettre, dans ce lieu de mémoire, de transmission de notre histoire à nos enfants ; le symbole du grand siècle de Louis XIV, de son éclat, de sa domination sur l’Europe… M. Aillagon est beaucoup plus dans son rôle de mécénat, quand il restaure inlassablement ce sublime château, ou quant il unifie sa décoration autour de la personne du  « Roi-soleil ».

C’est peut-être un pied de nez au conservatisme, marque de la bourgeoisie, qui a toujours crié au scandale…. Mais ça a plus qu’un air de déjà-vu. Nous ne sommes plus dans les années 60, au temps d’André Malraux. Comme le souligne toujours Eric Zemmour, sur RTL : « il y a belle lurette que les bourgeois ne se choquent plus « devant les impressionnistes »… Aujourd’hui, les grands bourgeois s’achètent des œuvres d’art modernes, dont ils sont friands… La puérilité vulgaire de ce « pop art » les ravit ». Posant en rebelle, Jean-Jacques Allaigon sert en réalité les intérêts financiers d’une industrie artistique, aux canons plus financiers qu’esthétiques. Il se fait le valet d’un courant, d’un « mainstream » comme on dit aujourd’hui, culturel, planétaire, dirigé d’outre – atlantique. M. Aillagon, éphémère  détenteur du portefeuille de ministre de la culture sous Raffarin, est le véritable conformiste. Les non-conformistes seraient à la rigueur plutôt aujourd’hui « les réactionnaires qui le conspuent ». Il faut dire que M. Aillagon, rompu aux techniques et éléments de language en communication, est depuis longtemps passé maître dans l’art de la contre-argumentation  passe-partout. Beaucoup plus édifiant dans cette problématique, le plus formidable tour de force de cet art contemporain, est ainsi de s’être érigé en dogme, au point de discréditer et décréter comme passéiste, toute autre forme d’approche, se présentant à la prétention autoproclamée de seul art du temps.

Ce courant kitsch contemporain, autrefois qualifié d’avant-gardiste est devenu une norme érigée en art officiel. D’autant plus que comme l’écrit et le souligne Jean Clair dans « la Responsabilité de l’artiste » : « Peu d’Etats comme la France auront consacré autant de moyens à « promouvoir » l’art « contemporain ». C’était d’ailleurs la finalité de la création, dans les années 1970 du Centre Beaubourg-Georges Pompidou, non achevé et finalisé à la mort de Pompidou, Giscard ayant d’ailleurs pensé mettre fin aux travaux…Comme l’analyse toujours Luc Ferry, si « l’on pense en termes de beauté, aucune période n’est plus misérable », dans le domaine de l’art, que notre période actuelle. « Tous ses pères fondateurs l’ont du reste proclamé haut et fort. Il suffit de les lire. Comme l’écrivait Leibowitz dans son Introduction à la musique de douze sons (…), l’idée même de beauté relève d’un « psychologisme faux et confus », « stupide », et même « odieux ». L’art contemporain, parfaitement aujourd’hui protéiforme, ne repose que sur la logique de la table rase, « de la subversion et de l’originalité à tout prix, fut-elle insignifiante ». Le XXe siècle sera un siècle de déconstruction non seulement des classiques (comme jamais dans l’histoire de l’humanité), mais aussi par ce biais de la tonalité, de la figuration, de l’intrigue, des règles fluctuentes du théâtre, voire du cinéma…

Or l’art, dans sa finalité, c’est avant tout une mise en scène : celle de symboles éthiques, intellectuels ou spirituels majeurs, communs à un peuple ou à une époque : le marbre du sculpteur, la couleur du peintre, les vibrations sonores et musicales du compositeur… L’art grec, par exemple, cherchait à traduire le visage calme et serein des statues, par la juste proportion des corps et des temples, dans une représentation de l’univers… Le Moyen Age célébrait de mille façons les splendeurs du divin. Avec l’art hollandais de la Renaissance, c’est désormais l’être humain comme tel, qu’il s’agit de mettre en scène. Aujourd’hui l’originalité et l’innovation priment sur tout, l’artiste mettant en scène. A « peu près personne, à Leipzig, ne connaissait le nom de Bach », mais nombreux étaient ceux qui l’écoutaient à l’église. A l’inverse, de nos jours, « tout le monde » connaît Boulez et Stockausen, mais qui écoute leurs oeuvres ?

                                                                                     J. D.

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