La Lanterne (politique, sujets de société)

28 juin, 2012

Adieu Berthe, l’enterrement de mémé (actuellement au cinéma)

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Adieu Berthe, l'enterrement de mémé (actuellement au cinéma) dans Culture

Des acteurs éprouvés et un scénario un peu lâche mais sympathique : voilà l’impression que l’on a après avoir regardé Adieu Berthe, un film de Bruno Podalydès. De quoi s’agit-il ? Des amours d’Armand et la mort de Berthe, sa grand-mère, mis en scène avec un cynisme bon-enfant – même s’il devient lassant à la longue – et servis par des acteurs de talent et des dialogues amusants. Valérie Lemercier et Podalydès forment un duo que les spectateurs ont apprécié dans Palais Royal et qu’ils retrouveront avec plaisir.

Armand (Bruno Podalydès) est un quadra pharmacien bonhomme qui, entre sa femme Hélène (Isabelle Candelier) et Alix, sa maîtresse, (Valérie Lemercier), habite une banlieue pouponne de Paris. Mais il doute, le pauvre bougre, il ne sait comment quitter sa femme qu’il aime, enfin, qu’il aime bien – et, en attendant, il voit sa maîtresse en cachette. Le scénario n’est évidemment pas sans rappeler le vaudeville et ses ingrédients. Il y a la femme et la maîtresse entre lesquelles Armand, l’homme-enfant, se débat ; il y a également le soupirant de sa femme, le directeur des pompes funèbres, et enfin sa difficile belle-mère, surnommée par ses soins « la mère sup ». Armand vit ses amours comme il peut, à coup de texto dans les toilettes, comme un adolescent qui aurait peur de se faire prendre, jusqu’au dénouement final où – horreur ! – il se fait surprendre, au matin, dans la chambre de la grand-mère morte où il avait passé la nuit avec sa maîtresse. Encore une fois, l’intrigue est un peu lâche, mais les personnages, mari faible mais gentil, amante hystérique mais un peu perdue, belle-mère snob, restent attachants tout au long du film.

Une touche de cynisme bon-enfant aide le film à prendre un peu d’épaisseur. La façon dont la mort de la grand-mère d’Armand est traitée fait sourire. La mort devient un sujet de dérision, avec les deux croque-morts qui se disputent, en quelque sorte, le cadavre. Il y a d’un côté le croque-mort cool et sans vergogne (Denis Podalydès) qui parle de ses clients et des pompes funèbres comme de rien, et il  y a le croque-mort cérémonieux et fantasque (Michel Vuillermoz), maître des ambiances mortuaires lunaires jusqu’au ridicule, qui fait la cour à la belle-mère tout en lorgnant sa fille. Cynisme et fantaisie, donc, mais l’absence d’un scénario suivi manque là encore et le film a tendance à se diluer.

Quelques questions plus graves transparaissent pourtant : la question de la paternité par exemple, lorsque le fils d’Armand jette sur son père et ses aventures hors de saison un regard quelque peu pitoyable. Il y a bien sûr aussi celle de l’amour, mais on reste déçu par le dénouement inachevé : Armand obtient le pardon de sa femme qui l’aime et qu’il aime, mais au final, il disparaît à la fin du film, après avoir dispersé les cendres de sa grand-mère en présence de sa maîtresse dont on ne sait si elle-même va rejoindre son propre mari qui finalement lui manque. Les personnages sont fuyants et du coup, le film le devient aussi. De la même façon, le thème de la magie et de l’illusion est convoqué – Armand est un peu magicien et sa grand-mère aima en son temps un fameux illusionniste – mais on peine à l’intégrer vraiment dans la trame du scénario et il apparaît comme un prétexte fantaisiste de plus qu’on aurait aimé voir investi d’un symbole, d’une poésie.

Alors quoi ? Un film touchant et un peu bancal, des acteurs de talent, du charme dans les personnages, les réparties et dans maints détails – mais il manque ce qui fait qu’un film perdure : le souffle de l’intrigue et par-delà les merveilleuses fantaisies, une profondeur humaine qui les lie entre elles.

                                                                                                                                                             Christian

Le prénom

Classé dans : Culture,theatre et 7e art — llanterne @ 21:46

Le prénom dans Culture

Le rire est-il risqué ? A priori, non, bien sûr, c’est le propre de l’homme… Mais lorsqu’une plaisanterie bon-enfant déclenche, au sein d’un dîner amical et familial, une avalanche de déclarations beaucoup moins agréables qui font rire jaune, ou qui ne font plus rire du tout, on obtient une comédie désopilante.

Le Prénom est de ces films. Alexandre de La Patellière et Mathieu Delaporte adaptent au cinéma leur pièce du même nom, un huis clos, ou peu s’en faut, où l’intrigue, fondée avant tout sur le langage et sur un jeu de révélations, se réduit à sa plus simple expression. Le comique du film repose d’abord sur une pointe de satire qui tisse le portrait de personnages bien campés, avec leurs petits défauts trop humains.

Vincent (Patrick Bruel), agent immobilier quarantenaire, bon vivant, sans vergogne et un peu macho, est marié à Anna (Judith El Zein), une femme de tête qui sait ce qu’elle veut et qui attend un enfant, un fils semble-t-il. Vincent arrive un soir chez Elisabeth (Françoise Fabian) – la mère de famille un peu pénible, qui cherche à bien faire mais qui finira par péter les plombs – et son mari Pierre (Charles Berling), l’universitaire lettreux. Tous deux habitent un appartement vaste et un tantinet vieillot du IXème arrondissement de Paris où se rend également Claude (Guillaume de Tonquédec), l’ami et confident de madame, tromboniste et gentil garçon, qui cache peut-être un secret sous un air brave et innocent –  et voilà un dîner amical et familial en perspective.

La satire se double alors d’un comique fondé sur le quiproquo et le sens brillant de la répartie entre les personnages. Vincent, qui a le goût de la bonne blague, fait croire à son beau-frère qu’il va appeler son fils « Adolphe », mais Adolphe avec un « ph », pas avec un « f », donc pas de panique. Mais il n’en faut pas plus pour provoquer l’indignation écriée des uns et des autres, pour les raisons qu’on devine. C’est une boutade, bien sûr, mais lorsque débarque Anna, la future et heureuse maman, elle a droit à une mise au point énergique qu’elle ne comprend pas. Et c’est le début rocambolesque d’une dispute qui rebondit habilement de révélations en révélations qui n’ont rien moins que d’agressif. On peut regretter que les acteurs cèdent à la facilité de toujours crier pour susciter le rire, cela dit, force est de constater qu’ils incarnent leur rôle de façon convaincante. On apprend ainsi que les prénoms des enfants des hôtes – Appolin et Myrtille – ne sont pas moins ridicules, que Vincent le beau gosse est l’égoïsme en personne, que Pierre l’intello est un pingre fini qui délaisse sa femme, et que, pour couronner le tout, Claude le gentil tromboniste – surnommé en cachette Prune parce qu’il est évidemment homosexuel – n’est pas tant que ça homosexuel, puisque, trois bémols à la clé, il est l’amant de la mère de Vincent et d’Elisabeth. Rien ne va plus. Le spectateur comme les personnages, de quiproquos en révélations, se mettent à penser à un pire qui se trouve souvent déjoué et l’action se poursuit ainsi tout du long, mêlant un art tout théâtral du dialogue et du bon mot à une désopilante levée des masques.

Mais elle reste inquiétante, quelque peu, cette progressive apparition de ce que pensent les uns des autres. A la satire des personnages s’ajoute une satire des rapports humains où les compliments convenus, souvent imposés la politesse, frisent finalement une bienséance un tantinet hypocrite qui vole en morceaux lorsque les apparences et la réalité se trouve, un instant, inversées. C’est au final la leçon du Prénom : la plaisanterie, ce mensonge qui se voulait innocent, fait apparaître un autre faux-semblant, celui des relations sociales, dont tout le monde était victime et qui détruit l’harmonie vaguement factice qui règne dans les familles, les amitiés, les amours… Mais, Dieu merci, il en fallait plus pour que tout cela se termine mal : tout ce petit monde s’aime bien dans le fond et après les diatribes qui n’épargnent personne, la naissance du petit garçon met tout le monde d’accord – petit garçon qui, soit dit en passant, se trouvera être une petite fille… Voilà la responsable finalement, ce bébé qui n’a pas dit son nom. Ni Henri, et encore moins Adolphe, elle s’appellera Françoise.

                                                                                                                                                                       Christian

 

 

28 mai, 2012

« Sur mesure », avec Bernard Mabille

Classé dans : Culture,theatre et 7e art — llanterne @ 23:53

« Sur mesure », avec Bernard Mabille dans Culture 7725826147_sur-mesure-bernard-mabille

Bernard Mabille, Sur Mesure, Théâtre Saint-Georges, 13 décembre 2011 – 6 mai 2012

« Sur Mesure », c’est le dernier spectacle en solo de Bernard Mabille, en représentation du 13 décembre 2011 au 6 mai dernier, au théâtre Saint-Georges, à la représentation traditionnellement éclectique, accueillant un registre de spectacles, relevant essentiellement de la comédie ou du spectacle de boulevard. Tailleur de costards depuis 1976, parolier-auteur de Thierry Le Luron, Bernard Mabille brocarda à l’époque, avec talent (se focalisant essentiellement sur la vie politique), les rivalités entre Giscard et Mitterrand, sans oublier les crises de nerfs de Georges Marchais.

Du journalisme écrit au web, en passant par la radio (RTL), célèbre pour son sens de la formule assassine, ses réparties et son humour ravageur, Mabille sera longtemps resté dans les coulisses. Après son adaptation de l’oeuvre de Frédéric Dard, en 2001, au Théâtre Marigny (« Les Libres pensées de San Antonio »),  il se découvre ainsi en homme de scène à une nouvelle reprise, dans ce talentueux numéro en solo, et surtout profitant du vent des présidentielles, pour tailler des costards « Sur mesure ». De Sarkozy à DSK, en passant par Hollande, Ségolène Royal, Montebourg, DSK, mais aussi Bolloré, Eva Joly, Delanoë, les vélib’ et les autolib’, rien ne lui échappe, tout y passe, durant deux heures de spectacle, servis par un certain talent, et un sens de la dérision pour le moins abrasif, mais truculent et efficace…

                                                                                                                      J. D.

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15 avril, 2012

Les adieux à la Reine

Classé dans : Culture,theatre et 7e art — llanterne @ 16:58

Les Adieux à la reine

« Les Adieux à la Reine », c’est le dernier film de Benoît Jacquot - s’inspirant du roman bien documenté, de Chantal Thomas - sur le Versailles du 13 au 17 juillet 1789, continuant à vivre dans l’insouciance et la désinvolture, loin du tumulte grondant à Paris, et le basculement des jours suivant la prise de la Bastille. Et c’est tout d’abord une séduisante manière de contempler la fin du siècle, celle d’un régime, d’un monde clos, le château de Versailles, la cour et l’arrière-cour de Louis XVI, dans une sorte d’unité de lieu.

Le spectateur suit ainsi la trajectoire de Sidonie (Léa Seydoux), simple lectrice de la Reine - personnage fictif, au demeurant -, mais réussi, en ce qu’il focalise sur Marie-Antoinette (Diane Kruger), ce regard de pure fascination, une forme d’amour dévot, entre érotisation, sacralisation. Bouffie de sommeil et dévorée de moustiques, dans une mansarde du château de Versailles, du haut de ses vingt ans à peine, à l’aube du 14 juillet 1789, Sidonie est aussi sûrement engoncée dans ses certitudes et sa soumission que sa maîtresse, Marie-Antoinette, peut l’être dans ses toilettes de cérémonie. Dans ce scénario, la jeune lectrice passe souvent d’un état à l’autre, et les 1ères séquences décrivent bien, le microcosme versaillais dans lequel les jeunes suivantes (également représentées par les comédiennes Lolita Chammah, Julie-Marie Parmentier), telle une caste inférieure à laquelle appartient Sidonie, se préoccupent d’abord de se trouver un protecteur, éventuellement un mari. Elle veut croire, qu’elle est indispensable au bonheur de la souveraine de France, au travers ses mots aimables, qu’elle lui dispense.

Mais Sidonie écrase également, en jeune fille bien éduquée, ses compagnes de sa chasteté affichée souffrant peu d’impasses, et de son savoir, sa position de lectrice, et à son tour, écrasée par les dames de compagnie de la Reine (Dominique Reymond, Anne Benoît, Noémie Lvovsky), ces femmes chargées les unes des distractions, les autres des tenues. Le réalisateur prend son temps de les montrer, dans leur habitat naturel, la cour, avec ses rituels pesant, ses querelles s’y inscrivant, dans un déroutant huit clos. Jacquot prend ainsi plaisir à disséminer les signes d’un mal intérieur, pire que les révolutionnaires, venant attaquer Versailles, le grand canal, le marais infesté de rats et de moustiques, la saleté ambiante, la galerie des glaces, les courtisans agglutinés dans des couloirs lubugres. Quelques moments comiques nous sont apportés, mais aussi révélateurs de la nature humaine, la dureté des moeurs, la pauvreté et le manque d’égard, desservie par l’endettement, entre luxe et pourriture intérieure.

Arrive alors la nouvelle de la prise de la Bastille, rapportée par un valet, comme au théâtre, et la comédie de gynécée vole en éclats, un très beau plan-séquence suivant la course incertaine de Sidonie dans les couloirs sombres des étages du château. Accompagnée d’un vieil historien (Michel Robin, émouvant de désespoir incrédule), la suivante tente de déchiffrer les bribes de nouvelles à la lueur incertaine des bougies, et la mobilité de la caméra, la pénombre baignant la scène ne font que rendre compte de la panique grandissante. Mais ce sont aussi des expressions cinématographiques modernes, qui ne trouvent généralement pas leur place dans les films historiques. On se réveille ainsi, un matin, sans savoir que le soir venu, le peuple aura changé au point d’en être méconnaissable. Bien que ce ne soit pas pour autant, que les êtres qui le peuplent, auront eux-mêmes changé.  

Parallèlement, Sidonie devient, à son corps défendant, l’instrument d’une querelle amoureuse entre Marie-Antoinette et sa favorite, Gabrielle de Polignac (Virginie Ledoyen). Eperdue d’amour et d’inquiétude, la Reine n’en tente pas moins d’y aller de son influence – particulièrement négative -, souhaitant encore écraser la révolte parisienne. Diane Kruger se tire avec une certaine élégance – tout en prenant l’accent autrichien -, de cette accumulation de contradictions, et cela objectivement parlant (prouvant là, qu’elle est une comédienne plausible, dans différents rôles). Dans une atmosphère de chaos réel, les masques tombent, les 15, 16 et 17 juillet, les accompagnatrices n’épargnant plus leur maîtresse, dans les coulisses, mais cette même ambivalence prenant sur la relation entre Sidonie et Marie-Antoinette. L’accélération du cours dérègle tout l’ordonnancement de la cour, la pauvre Sidonie, grisée par l’accès à l’intimité, ne finissant par ne plus distinguer l’irréel du réel, ce qui reste le motif central de ce beau film. Aristocrates aggripés à leur dignité, et dames de compagnie, à l’image de Dominique Reymond (en prédatrice prête à tous les pillages), ils sont tous là, bien dépeints.

Jusqu’à la chute finale, et la fuite en berline - déguisée des pieds à la tête - vers la Suisse, en compagnie du couple Polignac. A cet égard, le départ de Sidonie, cet adieu à la Reine est aussi un adieu à une foi réelle, le simple constat d’un monde, qui s’est dissolu. Benoit Jacquot nous fait découvrir un monde à part, avec ses décors, ses références, son personnel, ses courtisans, dans un film à costumes, empreint d’un certain académisme cinématographique, superficiel, pour jouer avec les illusions, comme Marie-Antoinette, avec ses favorites.

                                                                                                                               J. D.

7 janvier, 2012

« Intouchables », de Olivier Nakache et Eric Toledano

Classé dans : Culture,theatre et 7e art — llanterne @ 14:49

Avec François Cluzet, Omar Sy

Comme des dizaines de milliers de spectateurs, je suis allé découvrir récemment -sur le tard- le film « Intouchables » d’Eric Toledano et Olivier Nakache, pour poursuivre disons, sur une tonalité culturelle, cette fois-ci en se focalisant sur le septième art.

Cependant, à l’image d’autres auteurs de portails identiques au nôtre, j’avoue pour m’exprimer avec franchise -sans aucune prétention, ne prétendant nullement m’élever au rang de critique de cinéma, à la hauteur du talentueux Henri Chapier ou de la sémillante et caustique Elisabeth Quin-, difficilement comprendre, pourquoi les médias, dans leur globalité (!), encensent ainsi ce film, sans contre-partie, ni demi-mesure aucune (ce qui n’est pas sans soulever certaines problématiques). Et j’avoue ainsi, que les critiques totalement di-thy-ram-biques dont nous auront abreuvé les médias -presse écrite, radio-TV-, au sujet de cette comédie française, ont effectivement, moi aussi, fini par me convaincre d’aller passer deux heures, en compagnie du duo interprété par François Cluzet et Omar Sy. En effet, ma critique du scénario est acerbe, mais je ne vais pas y aller par quatre chemins, moi également et comme nombre d’autres spectateurs, « ce film ne m’a pas seulement déçu, il m’a exaspéré ». Il est vrai qu’avec le recul, je me dis que j’aurai aussi dû me méfier. « Tant de critiques unanimes auraient dû me mettre la puce à l’oreille ».

Il est certain que que les réels chefs d’oeuvre, par leur originalité, leur parti-pris et souvent leurs propos, sont inaptes par définition à remporter l’adhésion générale des critiques. Il est souvent établi que quand « Le Parisien », « Paris-Match », « le Figaro » ou « le Nouvel Obs » encensent un film, cela s’assimile finalement presque à une contre-publicité faite à ce long-métrage ! Tout d’abord, quelques mots sur les deux acteurs, portant cette histoire. En effet, Cluzet est plutôt bon, « bien qu’un peu outrancier » dans son -difficile- rôle de riche aristocrate handicapé. Le personnage central du petit gars de banlieue, dans une France de surcroît, gravement « malade de ses banlieues », bien que talentueusement interprété, verse malheureusement dans le cliché -à cause du scénario, bien écrit mais versant à dessein, dans l’outrancier- peut-être le plus marqué dans le cinéma français des cinq dernières années (m’autorisant avec humilité cette critique, appréciant les comédies françaises). Et ce qui est dommageable, car le comédien semble, en effet, « véritablement offrir une meilleure prestation aux spectateurs », et on le découvrira certainement dans de prochaines comédies, dramatiques ou non. Car Omar Sy y révèle un réel talent d’humoriste et de comédien, assez complet -à l’image de la scène de la danse, certainement difficile à interpréter-, et propre à renverser les situations.

« Intouchables », c’est un petit film, une petite comédie française de crise, ménageant la chèvre et le chou, au travers de deux archétypes de milieux sociaux, supposés irréconciliables. La parabole est ainsi présentée, limpide mais aussi « hypocrite comme une recette » à réaliser un bon film culte, celle de l’aveugle et du paralytique. Prenez ainsi un pauvre d’aujourd’hui, cumulant des difficultés lourdes -d’ordre social et sociétal-, et mettez-le en présence d’un méchant riche, devenu gentil cependant, à force d’être ostracisé par la société, dans une problématique liée à son handicap, pour le moins inconvenant. Le premier devient le confident du second, et tous deux apprennent à s’évaluer, se respecter, voire à s’apprécier, à s’attacher l’un à l’autre, s’initiant mutuellement aux sept pêchers capitaux, dans une camaraderie circonstanciée. A l’exception du fait, que les deux personnages sont les archétypes de deux milieux, disons opposés, qui n’auraient jamais du être appelés à se rencontrer (« même si c’est arrivé, dit-on, une fois, une seule, dans la vraie vie »), avec d’un côté un loulou de banlieue, couleur ébène, de bonne composition, plein de bon sens, sympathique, un peu voleur, un peu traficant comme nombre de ses corelégionnaires -bien que réunissant indubitablement, des circonstances atténuantes-, un peu naïf, se satisfaisant de dormir dans des draps de soie, mais aussi bon danseur comme tous les noirs (les clichés sont là). Et de l’autre côté, « un riche, belle gueule, famille d’aristocrates, grandes études » (Sciences-po, naturellement), réussite, grosse fortune, « hôtel particulier grouillant de serviteurs heureux et zélés d’être exploités par milliardaire si gentil, aimable et attentionné ». Et voilà la trouvaille : le héros, bourgeois bon chic-bon genre, patron autoritaire, est devenu « tétraplégique », et humain du même coup, suite à un dramatique accident. La trétraplégie étant pour l’histoire et le scénario, une lésion grave et sérieuse de la moelle épinière, causée par une chute ou un choc anormal et accidentel, s’accompagnant d’une absence totale ou partielle de motricité et de sensibilité.

Omar Sy, le grand et beau comédien, d’origine sénégalaise (interprétant sa propre caricature, sous forme de duo, dans une émission comique à succès sur le petit écran, la chaîne Canal +), a beau réalisé des prouesses d’acteur : chanter, danser, conduire. Il rit et roule des yeux comme un blanc s’entendrait à voir rire et s’étonner un noir, dans une caricature tirée d’un sketch à la Michel Leeb. Et au bout du compte, il ne parvient pas à décoller de lui, cette image d’Oncle Ben’s sur les paquets de riz, ou de tirailleur sénégalais « Y’a bon ! » sur les boîtes de cacao Banania, s’enfermant dans un mécanisme stéréotypaire inversé… Le jeune de banlieue, issu de l’immigration -et en voie de réinsertion, après des erreurs de jeunesse-, finit par tomber dans les clichés, engendrés d’ailleurs par l’idéologie anti-raciste des années 80, à la Julien Dray et à la « Touche pas à mon pote », dans un scénario à l’envers. Quant à François Cluzet, engoncé dans son fauteuil roulant, il livre une étonnante interprétation, dans un rôle particulièrement difficile à interpréter. Mais desservi par la tournure scénaristique, le poussant -du moins, c’est mon point de vue et c’est ainsi, que je l’ai ressenti-, à en faire trop, tête et épaule sans cesse en mouvement, au lieu d’adopter la raideur et le détachement élégant d’un Eric Von Stroheim, dans  « La Grande Illusion ». Certes, c’est une autre école scénaristique, mais en tout cas, des rôles de tétraplégiques ont déjà été interprétés, dans l’histoire du cinéma français. François Cluzet l’interprète avec brio, certainement servi par une talentueuse direction d’acteur, mais enfermé malgré lui dans le carcan de cette école scénaristique, guère talentueuse, du moins de mon point de vue. Une école de jeunes réalisateurs, qui emprunte trop, à des fins d’efficacité commerciale, aux articulations comiques du cinéma américain, hollywoodien, dans un scénario comparable au film « Rain Man » (avec Dustin Hoffman et Tom Cruise), sorti en 1988 et premier film consacré au thème de l’autisme. Mais attention, j’entends déjà les cris d’orfraie ! 

Certes, ce scénario est tiré d’une histoire vraie et vécue, ayant d’ailleurs fait l’objet d’un documentaire en 2003, « A la vie, à la mort », relayé par le petit écran, et dont on a récupéré la thématique, pour faire une bonne petite comédie à succès. A l’évidence, tel l’établit un auteur -sur le portail lepost.fr-, que je me permets de citer en référence, « les stylos des scénaristes ont dessiné des personnages trop caricaturaux, trop formatés pour que l’intrigue soit intéressante à suivre ». Le scénario est trop appuyé et « les nombreux effets comiques et scénaristiques calibrés pour faire rire à tout prix » trahissant « une recherche quasi maladie d’efficacité », nuisant à la sincérité de ce long métrage. D’ailleurs, il est certain, que le manque de sincérité de ce film est d’autant plus saisissant, qu’il est inspiré d’une histoire vraie. Mais ceux qui ont vu le documentaire original, penseront certainement comme nous, que « l’original était beaucoup plus fort » que la copie. La faiblesse scénaristique -de mon point de vue-, réside effectivement dans le fait, que dans ce film « tout est prémâché, prédigéré et au final », l’impression délivrée est d’être placée en face d’un scénario, « qui vous interdit de penser et de réagir par vous-mêmes ». D’où un sentiment d’être « pris au piège », qui est particulièrement agaçant. Comme si de grands panneaux fléchés, à la Tex Avery, guidaient nos émotions, ne leur laissant aucune liberté, ni aucune chance de s’émanciper de ce parcours obligatoire. C’est d’ailleurs, je suis de cet avis, un téléfilm plus qu’un film, manquant cruellement « de finesse » et ne valant rien de plus, qu’une des productions TF1, dont « dès la première minute », « le jeu des acteurs et le traitement de l’intrigue semblent indigents ».

Comment des critiques, qui se nomment comme tels, « ont-ils pu adorer avec une telle unanimité ce long métrage ? »  Un tel engouement laisse perplexe et sans voix… Et nous nous retrouvons, au bout du compte, dans le même camp que les gratte-papier de « Télérama » et des « Inrocks », qui ont eux aussi détesté ce long métrage. Enfin, pour être totalement honnête, il convient d’indiquer que sur un panel de sept spectateurs, ayant découvert « ce chef-d’oeuvre », « trois l’ont trouvé très bon » (« le meilleur film de l’année »), deux l’ont trouvé plutôt divertissant, et deux en sont sortis fortement déçus, ce qui fait toujours qu’environ 35 % de spectateurs conquis, et 65 % qui ne l’ont pas complètement été. Le cinéma est et a toujours été commercial, « Qu’est-ce que c’est que le cinéma, pour vous, si ce n’est pas commercial ? », comme l’a confié, un jour, Lino Ventura à un journaliste, l’interrogeant sur les « nanars » à la Delon-Belmondo, dans les années 1970. Mais un petit peu d’éclectisme dans le travail des critiques de cinéma, ne serait pas contre-productif. Après tout la France est la patrie du cinéma et il est dommageable que la presse d’information -particulièrement interdépendante-, perde ainsi, de sa liberté de ton et d’esprit, face au congloméral des grandes machines de production et de distribution cinématographiques, tels que Gaumont, UGC, MK2 Productions ou encore Pathé…

Nous sommes dans la patrie des réalisateurs-metteurs en scène, dialoguistes, de Sacha Guitry à Louis Malle, en passant par Duvivier, Renoir, Pagnol, Fernandel, Melville, Truffaut, Chabrol, Fresnay, Audiard, Godard, jusqu’à Rohmer. Les films sont des objets culturels issus d’une culture spécifique, dont ils sont le reflet. Leur diffusion est potentiellement universelle, grâce au développement de techniques ayant permis un rayonnement mondial des films, par le sous-titrage ou le doublage des dialogues (ainsi que par leur mise à disposition dans des formats domestiques, les fameux DVD). Ils sont susceptibles de devenir de purs produits commerciaux -même s’ils ont toujours été, dans une certaine mesure-, dans une logique mercantiliste à l’anglo-saxonne, si l’on peut dire. Au sens où les sommes drainées par cette industrie peuvent être colossales, malgré les coûts de production, eu égard au nombre potentiel de spectateurs payant, mais également au détriment d’un certain éclectisme…                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                              J. D.

« Diplomatie » de Cyril Gély

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Cyril Gély, Diplomatie, Théâtre de la Madeleine, 1er octobre – 31 décembre 2011

« Diplomatie » , c’est la dernière pièce de Cyril Gély, en prolongation du 1er octobre au 31 décembre 2011, au Théâtre de la Madeleine, dans laquelle deux grands comédiens s’affrontent sur scène. D’un côté, le comédien André Dussolier, qui outre sa grande carrière cinématographique, s’est assez largement illustré dans le milieu théâtral, où il fit aussi ses premières armes. Et en face, Niels Arestrup, ayant lui aussi une importante carrière cinématographique et théâtrale, derrière lui.

Cyril Gély prend ainsi le parti de raconter, avant l’aube du 25 août 1944, la rencontre hypothétique entre le général Dietrich Von Choltitz -Niels Arestrup- et le consul général de Suède Raoul Nordling -André Dussolier-, à l’Hôtel Meurice à Paris. Reprenant le thème soulevé par le roman éponyme de Larry Collins et Dominique Lapierre, la pièce dévoile ainsi, dans un déroutant huit-clos, le processus ayant amené ce général -à la loyauté sans borne-, à désobéir à l’ordre d’Hitler de brûler Paris. Même si la chronologie des évènements n’est pas respectée précisément -notamment la rencontre aussi tardive entre les deux personnages-, tenant à l’imagination de l’auteur, les arguments avancés sont largement tirés des mémoires de Von Choltitz.

La pièce peut ainsi se lire, tel un dialogue interne, dont les articulations sont essentiellement servies par le talent d’acteur de Niels Arestrup, et la réplique savoureuse d’André Dussolier. Ses premiers pas, ce dernier -ex-lauréat du Conservatoire de Paris-, les réalise en 1972, dans « la Grande muraille » de Max Frish. Ayant interprété tous les registres, le comique comme le tragique, cinq ans après « La Chèvre ou qui est Sylvia ? » d’Edward Albee, au Théâtre de la Madeleine, il remonte sur les mêmes planches, face à Niels Arestrup, qui n’a nul besoin de prouver ses qualités de comédien, aux vues de ses nombreuses prestations et nominations aux Molière. Dans une pièce à l’intrigue bien menée -bien que lente dans son développement-, relevant d’une certaine gageure scénaristique.

                                                                                                                            J. D.

18 juin, 2011

« Le Moche » de Marius Von Mayenburg ; « Fin de Partie » de Samuel Beckett

Classé dans : Culture,theatre et 7e art — llanterne @ 11:13

  

Marius Von Mayenburg, Le Moche, Théâtre du Rond-Point, 28 avril – 22 mai 2011

« Le Moche », c’est la dernière pièce du jeune dramaturge allemand, Marius Von Mayenburg, interprétée jusqu’au mois dernier, au Théâtre du Rond-Point. Quatre personnages sur scène nous entraînent une heure durant, dans une intrigue absurde et qui pourtant dit quelque chose de juste de l’homme moderne. Le personnage principal de Lette apprend tardivement de son entourage qu’il est d’une laideur repoussante, et il accepte de se refaire complètement le visage et se métamorphoser, en un homme d’une élégance irrésistible… Hélas, le succès de sa nouvelle beauté est telle, que nombre de gens veulent adopter les mêmes traits, au point que le personnage finit par perdre sa propre identité réfractée chez autrui et par souhaiter retourner à sa laideur première, à jamais perdue…

L’intrigue assez simple (mais bien menée) permet d’innerver l’ensemble de la pièce ; elle est surtout le lieu d’une succession mordante de répliques savoureuses qui est un premier ressort comique réussi… L’absurdité de certaines scènes (notamment celle de la chirurgie esthétique) qui ne va pas sans une certaine satire du monde contemporain obsédé par l’apparence, ajoute au comique une dimension un peu plus inquiétante, mais sans tomber pour autant dans une gravité facile ; et l’action rebondit sans cesse grâce à la dextérité avec laquelle l’auteur échange les lieux et les rôles, puisqu’un personnage peut brutalement passer d’un rôle à un autre et dans un lieu différent. Et pourtant, il y a bien de graves questions qui sont soulevées en filigrane dans un tel spectacle. La première est celle de l’identité : suis-je ce que les autres pensent de moi et dois-je me hisser au niveau de leur désir ? La pièce semble nous dire que l’adulation des autres aboutit au final à la perte inéluctable de soi. Plus largement, c’est la question du rapport de soi à l’autre, qui est posée et notamment celle de l’amour. Devenu Apollon, Lette ne sait plus pourquoi, ni par qui il est aimé, ni s’il ne s’est pas transformé en un pur objet esthétique. Le personnage, dans sa beauté factice, se fait réclame publicitaire pour les intérêts de son patron et apparaissent aux yeux des spectateurs, les excès d’un matérialisme capable de se construire sur mesure des identités humaines.

Enfin, la chute de la pièce où celui qui était adulé se trouve finalement détrôné par ses rivaux, qui ont eux aussi désiré acquérir son visage, met en scène l’éternelle roue de la Fortune qui entraîne dans sa course lente ou rapide, les destinées humaines à elle attachées. Au final, cette pièce présente un réel intérêt. L’action manque parfois un peu d’épaisseur, mais elle parvient encore une fois à donner une dynamique à une représentation qui reste enjouée, impertinente et parfois d’une absurdité qui joue avec l’angoisse.                                                                                                                                                                                                                                                                     Christian.   

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Samuel Beckett, Fin de partie, Théâtre de la Madeleine, 10 mai – 17 juillet 2011

A l’image d’« En attendant Godot », « Fin de partie » est une des plus célèbres pièces de Samuel Beckett, interprétée jusqu’à la mi-juillet au Théâtre de la Madeleine. Une pièce sans intrigue, à proprement parler, au cadre spatio-temporel indéfinissable, propre au célèbre dramaturge. Quatre personnages vivent dans une maison, réunis dans la même pièce sombre, percée de deux timides ouvertures sur l’extérieur, dans un monde dévasté et post-apocalyptique… Hamm (Serge Merlin), aveugle paraplégique, occupe le centre de l’espace, vissé dans son fauteuil roulant, aux côtés de son supposé valet et fils adoptif, Clov (Jean-Quentin Châtelain). Nell (Isabelle Sadoyan) et Nagg (Michel Robin) - les parents de Hamm -, ont perdu leurs jambes dans un accident de tandem dans les Ardennes, et vivent enfermés dans deux poubelles, situées sur le devant de la scène…

Comme son titre l’évoque, la fin est annoncée dès les premiers instants, les personnages s’adressant même au public, pour exprimer leur mortel ennui… On s’interroge durant 1 h 45, se demandant ainsi, si ce n’est qu’une « journée comme les autres », ainsi mise en scène ; ou si des éléments nouveaux et inconnus, ne viendraient faire leur apparition dans la vie des personnages. Ce ne sont que courts échanges et répétitions entre Hamm et Clov, le discours étant sans ordre logique apparent, répétitif, percé de silences, et au service d’aucune action. Adoptant un comportement étrange et maladroit, Clov entretient un curieux rapport d’interdépendance avec Hamm, mêlé de rancoeur. Hamm récite des passages de son « roman » à Clov. « Ce n’est pas l’heure de mon calmant », interroge-t-il. Nell et Nagg émergent occasionnellement de leurs poubelles, pour échanger brièvement. Avant que Hamm, agacé, ne demande à Clov de les y réenfermer, en rescellant le couvercle sur eux…

C’est l’expression du théâtre de l’absurde, divisant et partageant toujours les critiques sur sa classification, mais exprimant surtout un profond pessimisme devant la condition humaine, une vision drôle et pitoyable de l’humanité. Une pièce pour la moins originale, qui semble surtout reprendre, en les accentuant, les défauts de la communication au quotidien, ainsi que les détresses communes…

                                                                                                                                 J. D.               

                             

                                                                                                                                                                              

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                

 

5 mai, 2011

« De la transgression de l’art, à l’art de la transgression »

Classé dans : Culture — llanterne @ 1:48

C’est la dernière polémique, touchant au domaine « artistique », autour de deux oeuvres de l’artiste américain Andres Serrano – deux photographies en couleurs placées sous plexiglas – dont une intitulée « Piss Christ », représentant un crucifix immergé dans de l’urine, réalisée en 1987. L’image diffuse ainsi une lumière orangée, auréolant un crucifix grandeur nature, que l’on pourrait qualifier d’esthétique d’un premier abord, selon l’intérêt porté à l’exposition. Le journal « Libération » présente ainsi l’oeuvre visée au travers un long article, dans un style enamouré de catalogue d’art. Ces deux images ont donc été détruites à coups de marteau, par des « amateurs » du genre, à la collection d’art contemporain d’Avignon, Yvon Lambert, il y a quinze jours de cela. Les réactions d’indignation ont été nombreuses, dans la presse écrite notamment. Mais outre la polémique plus ou moins intéressante en soit, cela ramène à une problématique plus profonde, qui est celle de la provocation artistique, à l’égard de la religion, mais aussi et surtout celle de l’art contemporain, en général.

Comme a pu l’analyser, l’historienne d’art et conservatrice, Christine Sourgins, «  l’art contemporain cherche non par la beauté mais le scandale » et cette affaire en est emblématique, sur ce point. Aux yeux du journal « Libération », les agresseurs d’Avignon étaient des « vandales », et des « illuminés », l’hebdomadaire « Le Monde » en profitant ainsi pour dénoncer certains courants catholiques intégristes, ainsi l’influence jugée néfaste de l’archevêque d’Avignon. Mais il est vrai, dans une approche schématique mais révélatrice, imaginons aussi « un instant, d’autres oeuvres qui montreraient une Torah dans un bain de sang (…), un Mahomet déféquant, le Moïse de Michel-Ange plongé dans ses excréments », dixit Eric Zemmour. Et imaginons ensuite les réactions des militants du CRIF et d’autres, s’indignant, et bien-sûr, la gêne des journalistes dans la presse écrite, « pris entre la défense de la liberté de l’art et la légitime réaction de minorités outragées ». Mais pour de nombreux « artistes contemporains », l’objectif recherché n’est plus que de créer un « évènement, à tout prix », jusque dans le choix du lieu, et de la date d’une exposition, en pleine période de carême, et surtout à Avignon, ville des papes. C’est là une stratégie communicative et publicitaire bien rodée, visant à engranger les retombées médiatiques, et faisant monter les côtes artistiques, un vaste « mainstream », comme on dit aujourd’hui, visant à récupérer l’indignation artificielle d’un public saturé. A l’exemple de l’oeuvre de Cattelan (1999), « La Nona ora » utilisant l’image du pape Jean-Paul II, ayant déclenché colère, critiques et controverses, lorsqu’elle fut exposée en Pologne, pays d’Europe centrale au catholicisme chevillé au corps. Et qui trouva son public, en partant à des sommes inconsidérées en salle des ventes. 

Le conservateur de l’exposition d’Avignon, Yvon Lambert, est avant tout « un homme de l’art financier, donc il est innocent des blessures infligées aux âmes car celles-ci ne sont pas quantifiable en monnaie sonnante et trébuchante : le dol n’existe pas ». Et ne lui dites surtout pas qu’il faisait de la provocation, « montrer cette photo à Avignon, en temps de carême, relève juste d’une bonne stratégie de com’ ». Le Temple, « le seul, le vrai, c’est le Marché » ; le marché de l’art contemporain, en l’occurrence. Les réactions officielles viennent aussi s’inscrire dans ce courant, le ministre de la culture, Frédéric Mitterrand, ayant condamné en réponse à l’incident, une « atteinte à un principe fondamental, la présentation de ces oeuvres relevant pleinement de la liberté de création et d’expression qui s’inscrit dans le cadre de la loi ». Tout en reconnaissant que « l’une des deux oeuvres pouvait choquer certains publics ». Même s’il était évident que l’exposition atteindrait la sensibilité, et l’objectif attendu, ayant été largement atteint, « surtout avec le montage financier (…) derrière », d’où la concession « pouvait choquer ». A l’aune d’une récente exposition contemporaine controversée, à Saint-Sulpice, à Paris (6e arr), le débat sur l’art contemporain dans les églises avait été également soulevé. Ce terme d’art contemporain qui prétend recouvrir la totalité, comme le dénonçait Marc Fumoroli, « loin de désigner une époque », signalant un genre, « bien distinct de l’Art moderne ou l’Art abstrait, prisés par les pères Regamey et Couturier ».

Pour en revenir à cette exposition d’Avignon, il est certain que la destruction à coups de marteau par quelques-uns, des deux oeuvres en plexiglas, n’a pas empêché le musée de réouvrir ses portes le lendemain, exposant le vandalisme tel quel, l’oeuvre en étant déifiée. Il est vrai qu’accepter la parodie, la caricature et même le blasphème, est la preuve d’une grande maturité spirituelle. « Depuis la religieuse de Diderot, le monde chrétien a fait du chemin », comme l’analysait Eric Zemmour, la religion majoritaire en Europe s’étant habituée à vivre sous les quolibets, voire l’hostilité. L’anticléricalisme du petit père Combes ne choque plus personne et encore moins l’Eglise. Cet anti-cléricalisme serait même plutôt devenu l’idéologie dominante dans les médias, on ne compte plus les campagnes contre le Pape. Mais les autres religions monothéistes refusent également avec véhémence de verser dans la placidité catholique à l’égard de l’outrage, le judaïsme et l’Islam interdisant les représentations de Dieu, et n’ayant donc pas, sur le plan artistique, entretenu ce vieux compagnonnage sensuel des catholiques, de la Renaissance italienne à nos jours.

Suite à d’autres provocations artistiques, du même genre, certains pieds-nickelés ont ainsi préparé leur coup, se vantant depuis longtemps de vouloir passer à un acte « revendicatif ». L’occasion fut la bonne. Sans doute est-ce aussi une conséquence ultime de la déchristianisation en France, qui a fait du catholicisme, dans sa pratique, une religion à son tour quasi-minoritaire. Et du climat mondial aussi, car le christianisme est certainement dans le monde, à l’heure actuelle – en Asie, ainsi qu’au Moyen-Orient – la religion la plus outragée. Mais en tout cas, il est certain dans cette affaire, qu’il est plus commode de dénoncer des influences conservatrices supposées, dans les médias, sans analyse, ni objectivité, ni recul, plutôt que de s’interroger sur la médiocrité d’une oeuvre, mais aussi surtout la supercherie d’un art dit « contemporain », dans son ensemble.

                                                                                                                                                                J. D.

 

15 février, 2011

Les lectures de l’oeuvre de Muray, par Fabrice Luchini

Classé dans : Culture,theatre et 7e art — llanterne @ 19:41

Dans la lignée de ses lectures de passages du « Voyage au bout de la nuit » de Céline, ou encore de Paul Valéry, Gustave Flaubert ou des fables de La Fontaine, Fabrice Luchini s’est intéressé récemment, à l’œuvre de Philippe Muray, au travers d’une compilation de quelques textes choisis, écrits essentiellement entre 1998 et 1999.

A l’image de Céline, le philosophe et essayiste, Philippe Muray - décédé en 2006 -, se voulait le chroniqueur de ce qu’il appelait le « désastre contemporain ». Une époque où selon lui, « le risible a fusionné avec le sérieux », et où le « festivisme » fait la loi. Dans un ton rempli de dérision, Philippe Muray a stigmatisé les travers de notre temps, notamment au travers de la figure allégorique de l’« Homo festivus »… Il fut ainsi l’auteur de nombreux néologismes assassins, à l’image d’ « Aristocrate », « rebellocrate », « Mutin de Panurge » (individu à la rébellion factice, en accord avec l’air du temps), ou encore « Maton de Panurge » (individu tentant par tous les moyens, de faire taire les voix s’opposant au consensus d’un certain politiquement correct). Bref, un atypique et un réactionnaire, au style assez copieux, mais plein d’humour et de justesse.

En prolongation jusqu’au mois dernier, au théâtre de l’Atelier, j’ai eu ainsi le plaisir de découvrir Muray, au travers de ses lectures, dans un exercice pourtant malaisé, mais servi par le talent de conteur de Fabrice Luchini, et son sens inné des apartées avec le public.

                                                                                                                     J. D.

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22 janvier, 2011

La vente de l’hôtel de la Marine

Classé dans : Culture,Politique,sujets de societe — llanterne @ 3:19

C’est un dossier culturel très sensible, puisqu’il concerne un des fleurons du patrimoine national, à savoir l’hôtel de la Marine, place de la Concorde, qui est à vendre ! On pensait d’ailleurs, au début, que l’affaire était réglée, dans un programme disons culturel et commercial. Mais le Ministère de la Marine nationale a repoussé la date limite in-extremis, et ce sont maintenant une soixantaine de candidats potentiels qui se manifestent, poussant au portillon. Mais pourquoi ce splendide hôtel de la marine, est-il à vendre ? Parce que les marins doivent l’abandonner prochainement, appelés à rejoindre leurs collègues militaires, dans le projet de pentagone, prévu au sein du XVe arrondissement de Paris. Et aussi et surtout parce que l’Etat a besoin d’argent… beaucoup d’argent. Alors on vend, des hôtels particuliers, des casernes… « On brade » même, comme l’a dit Régis Debray, rejoint par d’autres personnalités. Il est vrai que de voir des boutiques de luxe et des galeries d’art contemporain rejoindre ce haut-lieu de l’Histoire de la France, a de quoi surprendre et choquer.

Construit par Jacques-Ange Gabriel entre 1766 et 1775, ce qu’on appelle l’hôtel de la Marine, classé monument historique sous le Second Empire, constitue sans doute l’un des plus beaux ensembles architecturaux de la fin de l’Ancien Régime, par sa façade extérieure, qui se dresse sur l’une des places les plus historiques de Paris, mais aussi par son architecture et son décor intérieurs. Ce bâtiment est lié dès son origine au fonctionnement de l’Etat. Il a en particulier abrité les richesses du Garde-Meuble de la Couronne, parmi lesquelles les regalia, les instruments du sacre. Dans un clin d’oeil historique d’ailleurs, cet ancien garde-meuble de la monarchie fut aussi, en quelque sorte le premier musée des arts décoratifs. Puisque sous « l’ancien régime », le peuple entouré de garde-suisses, pouvait au moins une fois par mois admirait les meubles et bronzes qui étaient fabriqués. Cette vente du ministère de la Marine n’en finit de susciter le débat. « Quiconque éprouve encore un minimum de respect pour le passé national, pour les pierres chargées de symboles et d’une histoire qui touche tous les Français ne peut qu’être révulsé », s’exclamaient sept personnalités dans une tribune publiée dans Le Monde, le 11 janvier 2011. Le ministre de la défense, Alain Juppé, touché semble-t-il lui-même en son for intérieur, par la polémique, a exigé en substance, qu’aucune élection de Miss France n’y soit jamais organisée…

Les projets les plus démentiels foisonnent, commerciaux, mais aussi culturels. Alors que l’on croyait le dossier réglé à la hâte, Pierre Nora a proposé sinon ce lieu pour le projet sarkozyste si décrié, de musée de l’Histoire de France. C’est là aussi que fut signée la condamnation à mort de Louis XVI. D’autres historiens, parce que c’est en ce lieu que fut signée l’abolition de l’esclavage par Victor Schoelcher, en 1848, proposent de le transformer en musée de l’histoire de l’esclavage et de la colonisation. L’état-major de la marine qui l’occupe actuellement doit le libérer en 2014. L’Etat avait décidé de le vendre, puis a envisagé une location de quatre-vingt-dix-neuf ans, en l’occurrence à l’homme d’affaires Alexandre Allard, pour en faire un ensemble de commerces et de suites de luxe. Face à l’ampleur de la protestation, une commission indépendante chargée de réfléchir à l’utilisation future de l’hôtel, doit être ainsi mise en place, par le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand. Mais au-delà de ces débats divers sur la nature de la réhabilitation de cet hôtel de la Marine, cela ne fait même pas au bout du compte, les affaires de nos comptables publics. Ils voulaient gagner de l’argent. Mais cette affaire a été si mal montée, qu’ils risquent même d’être contraint d’en dépenser…

Au-delà du cas particulier de l’hôtel de la Marine, ce n’est pas n’importe quelle problématique qui est touchée, mais celle de la gestion du patrimoine historique national. La France associe étroitement l’Etat à l’idée de Nation. Des historiens ont même déterminé, que c’est historiquement l’Etat, qui a forgé la Nation en France. C’est le fond de la problématique et ce qui explique l’ampleur de la polémique. Et c’est pourquoi aussi l’Etat français – par son rôle – doit s’efforcer de préserver au mieux, en son giron, les lieux qui incarnent la mémoire de la France…

J. D.

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