La Lanterne (politique, sujets de société)

26 février, 2011

Analyse de Laurent Bazin – La France a-t-elle perdu sa voix ?

Classé dans : Diplomatie — llanterne @ 1:53

Dans une récente allocution matinale, sur RTL, les chroniqueurs Laurent Bazin et Vincent Parizot revenaient sur la diplomatie française actuelle. A savoir notamment une tribune qui fait beaucoup de bruit : une quarantaine de diplomates anonymes réunis sous le nom de code « Marly », dénonçant les« improvisations » et « l’amateurisme » de Nicolas Sarkozy. Et avec une question qui ait ainsi posée, à force de revirements diplomatiques et de polémiques médiatiques : la France a-t-elle perdu sa voix ? Une tribune assez subversive, mais aussi intéressante sur le fonds, et révélatrice d’un profond malaise, à l’heure actuelle, régnant au sein des grands corps de l’Etat.

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17 février, 2011

Cette « révolution du Nil » et ses défis

Classé dans : Diplomatie — llanterne @ 22:28

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La pression populaire a finalement eu raison du président égyptien, et l’Egypte vit ainsi ses premiers jours sans Moubarak, au pouvoir depuis 1981. Le raïs a quitté Le Caire pour se réfugier à Charm el Sheik, station balnéaire des bords de la mer rouge. Un départ et une démission qui ont donné lieu à des scènes de liesse dans les rues de la capitale et dans tout le pays. Une foule euphorique célèbre cette « révolution du Nil », et c’est l’armée égyptienne qui assure provisoirement la transition politique. Mais à l’aune de ces bouleversements inédits, cinq jours après le départ de Moubarak, de nombreuses questions restent en suspens.

Dans les faits d’abord, Hosni Moubarak incarnait le régime, mais également l’armée, qui avait repris les rênes du pouvoir dès le début. Moubarak a ainsi été contraint de nommer vice-président le général Omar Suleiman, chef des services de renseignements égyptiens. Le président Moubarak était par ailleurs, très usé par l’âge et la maladie, et il n’était plus tout à fait présent. C’était le premier ministre, qui s’occupait des affaires courantes, et Moubarak ne gérait plus la crise, à proprement parler. Mais la lassitude – légitime et compréhensible -, l’exaspération même à son encontre étaient telles, qu’il a été poussé à la sortie et désavoué par l’armée. Mais il reste cependant de nombreuses zones grises, et le chemin vers la démocratie est semé d’embûches. Les anciennes méthodes ont ainsi la vie dure, dans un pays arabe où le parti au pouvoir avait l’habitude de truquer les élections. Où la corruption, les pots de vin, ont toujours été la norme, et avec une opposition longtemps mise sous la coupe, aux visages inconnus à l’étranger. Le prix nobel de la paix, Mohammed El Baradei, est en réalité peu reconnu, en Egypte. Il est présenté comme un occidental et n’incarne pas réellement l’opposition. Et la normalisation politique sera ainsi longue à se mettre en place.

Par ailleurs, ces évolutions représentent aussi un énorme défi et un énorme espoir, pour l’ensemble des peuples du monde arabe. Mais l’Egypte n’est pas la Tunisie, ni l’Algérie, car chaque pays a ses spécificités. L’Egypte est un pays surpeuplé, qui connaît aussi un revirement constatable vers un Islam rigoriste, depuis ces dernières années. Or, la querelle autour des droits de l’homme, de la démocratie, ne peut s’abstraire de ce contexte. Difficultés économiques encore criantes, illettrisme, explosion démographique, urbanisation anarchique et galopante, replis identitaires et religieux, toutes les problématiques se recoupent. Mais tout type de régime tyrannique s’inscrit dans une certaine configuration historique et socioéconomique. Ainsi considéré, il se substitue toujours difficilement, dans un premier temps, en l’absence d’un degré élevé de sagesse politique dans une société donnée. L’armée égyptienne se veut pour l’instant le garant de la laïcité, un paratonnerre contre l’anarchie, le désordre, les pillages, la remontée des extrémismes. Mais chaque geste ou annonce du Conseil suprême des forces armées, assurant l’intermède, est scruté avec attention par les Egyptiens, prêts à redescendre dans la rue pour protéger leurs acquis. Les revendications économiques, sociales vont être de plus en plus nombreuses. Et il faudra pouvoir les satisfaire dans une certaine mesure, au risque d’une nouvelle explosion sociale.

L’évolution politique des prochains mois, sera ainsi lourde de conséquences sur le plan de la stabilité intérieure. L’aboutissement de cette transition et la normalisation représentent également des enjeux cruciaux sur le plan diplomatique. Car il est certain que l’on assistait depuis 2005 à une remontée en Egypte, de ceux qui ne veulent pas entendre parler des accords de paix. Et l’Egypte a toujours joué un rôle clef depuis Sadate, dans le processus de paix israélo-palestinien. Il y a eu des partis politiques égyptiens, qui sont aujourd’hui dissous. Certains hommes sont parfois encore là, et l’Egypte compte sinon des élites cultivées. Mais la transition politique représente un sérieux défi ; sachant aussi que l’ensemble du monde arabe a les yeux rivés sur l’Egypte, et ces bouleversements inédits en cours…

                                                                                                                                                                                               J. D.

8 février, 2011

L’Egypte et les enjeux de la transition

Classé dans : Diplomatie,Monde — llanterne @ 18:09

L'Egypte et les enjeux de la transition dans Diplomatie latern

Après deux semaines de contestation -ayant fait de 120 à 130 morts-, Hosni Moubarak se cramponne toujours à son fauteuil. Mais l’opposition de la rue ne semble pas faiblir, les manifestants reconduisant le mouvement jour après jour, après la « journée du départ », vendredi dernier, ayant mobilisé près d’un million de manifestants au Caire. Le bureau exécutif du parti de Moubarak a annoncé sa démission, samedi dernier, ce qui a été présenté comme une étape « positive » par Washington. Le raïs semble ainsi plus isolé, diplomatiquement parlant, suite déjà à l’appel du Département d’Etat américain adressé à tous ses ressortissants, les invitant à quitter le pays dans les plus brefs délais. Et les Etats-Unis appellent maintenant à une transition politique progressive, jugée nécessaire, à l’image de l’Union européenne.

Aujourd’hui, le président américain semble « vouloir ménager la chèvre et le chou », accompagnant le mouvement populaire, sans toutefois brutalement lâcher le régime égyptien. Alors que l’on établit des liens, avec la révolution iranienne de 1979, où le Shah fut finalement abandonné par Jimmy Carter. Certes, l’Egypte en 2011 n’est pas l’Iran du Shah, en 79. Mais certains précédents diplomatiques sont intéressants. L’Iran décollait économiquement, à la fin des années 70, avant les premières manifestations lancées par la petite bourgeoisie commerçante de Téhéran, dont les islamistes n’étaient pas les instigateurs. L’Egypte -comme la Tunisie-, depuis dix ans, est devenu un des grands succès de la mondialisation à l’anglo-saxonne. L’Egypte affiche ainsi 4 à 5 % de croissance de son PIB, par an, depuis sept ou huit ans.

Mais comme la Tunisie, elle paye aussi le prix de la mondialisation néo - libérale,  à savoir une caste de prédateurs qui s’enrichit, une corruption massive, une classe moyenne qui se prolétarise, une urbanisation anarchique et galopante. Des diplômés qui se retrouvent marchands de fruits et légumes -comme en Tunisie- et qui sont branchés sur internet. Une situation particulière aussi, car l’Egypte n’a pas achevé sa transition démographique et souffre cruellement d’un manque d’accès à l’eau potable avec une seule vallée fertile, d’où une densité de population effrayante. C’est un pays de quatre-vingt millions d’habitants, qui en compte un million de plus tous les dix mois, avec quinze à dix-huit millions d’habitants au Caire, dont sept entassés dans des bidonvilles. Et dans l’ensemble du pays, trente millions d’Egyptiens très pauvres, dont beaucoup illettrés qui suivent aveuglément leur imam et les frères musulmans.

L‘Egypte est historiquement le berceau du « fondamentalisme islamiste », l’association des frères musulmans ayant été fondée au Caire, en 1928. Son fondateur Hassan el-Banna a été assassiné par les barbouzes du Roi Farouk en 1949, et la confrérie dissoute par Nasser en 54. Mais les frères musulmans sont toujours présents -revenus politiquement dans les années 70- et ont fait un score important aux législatives de 2005, contraignant Moubarak à les faire entrer au parlement. Ils n’avaient pas suivi les évènements du début. Puis ils ont voulu sortir de leur passivité et récupérer leur positionnement dans leurs places fortes, Alexandrie et Suez. Les frères musulmans se sont discrédités, en s’attaquant au tourisme en Egypte – qui fait vivre deux à trois millions de familles égyptiennes – dans les années 1990. Mais ils restent présents et dangereux politiquement, alliant assistanat social et quadrillage habile de la population.  

Il est vrai, ces révolutions tunisienne et égyptienne sont souvent comparées, au printemps des peuples de 1848. En effet, même contagion d’une ville à une autre et même soif éperdue de liberté. Mais suivant l’analyse zemmourienne concluant bien le propos c’est oublié aussi que ces mouvements révolutionnaires ont échoué, et ont tous débouché sur des régimes férocement réactionnaires…

                                                                                                                          J. D.

4 février, 2011

Les évènements en Egypte – Analyse d’Antoine Sfeir

Classé dans : Diplomatie,Monde,Politique — llanterne @ 4:47

Antoine Sfeir est un journaliste et professeur franco-libanais. Directeur des « Cahiers de l’Orient », il préside également le Centre d’études et de réflexions sur le Proche-Orient et est professeur en relations internationales au CELSA. Il est reconnu comme un des spécialistes du monde arabo-musulman, et à ce titre, était l’invité de TV5 Monde pour s’exprimer sur la situation politique actuelle en Egypte.

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31 janvier, 2011

Un pavé dans la marre du dollar…

Classé dans : Diplomatie,Economie,Monde — llanterne @ 0:03

Un pavé dans la marre du dollar... dans Diplomatie latern

Le président chinois Hu Jintao a effectué récemment une visite aux Etats-Unis, qui a été marquée par une offensive sur la question monétaire. On a pu retenir à cette occasion cette formule du dirigeant chinois, qui a marqué les esprits : « Le système monétaire international est devenu un produit du passé ». Voilà de quoi jeter la confusion parmi les esprits les plus idéalistes, toujours à l’affut d’une hypothétique communauté internationale, qui s’idéalisaient que la planète serait dirigée désormais par un consortium sino-américano, le fameux G2. Il est vrai, les dernières déclarations du président Hu Jintao, devraient déciller les yeux les plus embués. Car en remettant ouvertement le rôle de monnaie de réserve du dollar, les Chinois s’attaquent, en effet, au cœur nucléaire de l’impérium américain.        

Le général de Gaulle le savait mieux que quiconque, ayant expliqué avec une rare maestria, il y a plus de quarante ans, les avantages inouïs que les Américains tiraient de ce privilège exorbitant - consécutif aux accords de Bretton-Woods -, celui de battre leur propre monnaie, comme monnaie-référence du monde entier. La décision de Nixon de supprimer la convertibilité du dollar en or, à partir de 1971, avait fait disparaitre le seul talon d’Achille des Américains. Depuis lors, l’armée américaine avait financé sans douleurs la croissance infinie et exorbitante de ses équipements, en faisant jouer la planche à billets. Privilège exorbitant dont ne disposait pas l’Union soviétique Soviétique, et qui a empêché, en plus des absurdités de leur système économique, les communistes de suivre le rythme fou imposé par l’Oncle Sam, dans la course aux armements.Après avoir mis à genoux leur rival soviétique en 89, les Américains devaient réduire à néant, un autre concurrent, à savoir le Japon. En contraignant les Japonais, protégés par leur parapluie nucléaire, à réévaluer leur monnaie par rapport au dollar, les Américains sont parvenus à enrayer leur fantastique machine exportatrice, qui ne cessait alors de tailler des croupières à l’économie américaine.

Vingt ans après, l’économie japonaise ne s’en est toujours pas remise. D’où l’offensive du président chinois à Washington, car les Chinois veulent éviter ces deux écueils, à proprement parler. Ils augmentent de 2 % par an leurs dépenses militaires, et refusent de réévaluer le Yuan. Les Chinois ont aussi pris comme un casus-belli, la décision de la Banque Centrale Américaine de déverser 600 milliards de dollars, pour relancer une nouvelle fois la machine économique américaine et faire baisser le dollar. Les pays émergents sont également furieux. En attaquant ainsi publiquement le dollar, les Chinois incitent l’Arabie saoudite à abandonner la monnaie américaine, comme monnaie de paiement pour les exportations pétrolières. Alors on en aurait fini de la diplomatie du dollar. Et les Américains eux-mêmes, se battent avec une main attachée dans le dos.

Ces-derniers sont surendettés, et en effet, un débiteur parle toujours respectueusement à son banquier. Et aux Etats-Unis, le lobby chinois constitué des grandes industries qui ont délocalisé à tours de bras leurs usines depuis dix ans, et de Wall-Mart, le Carrefour américain, qui importe dans ses grandes surfaces tous les produits Made in China, ont fait la fortune de leurs dirigeants, sur la complaisance à l’égard de la Chine. Les Etats-Unis ont poussé à l’entrée de la Chine à l’OMC. Dixit M. Zemmour, dans une formule qui résume bien le propos : « Ce lobby chinois tel Frankestein a fabriqué un monstre au prix d’une désindustrialisation massive aux Etats-Unis… Et désormais le monstre se retourne contre son créateur »…

                                                                                                                                                               J. D.

12 janvier, 2011

Cette complexe « crise ivoirienne »…

Classé dans : Diplomatie,Monde — llanterne @ 2:16

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Cette crise en Côte-d’Ivoire s’avère décidément pleine de rebondissements et d’imprévus. Les médiateurs africains ont quitté Abidjan, sans faire état de progrès vers une solution à la crise politique sévissant. Laurent Gbagbo est toujours installé dans son palais présidentiel et il affiche depuis quelques jours, deux soutiens aussi spectaculaires qu’improbables, deux avocats français : Jacques Vergès et Roland Dumas. Deux vieux renards du barreau qui ont débarqué à Abidjan, « tels Dupont et Dupondt » – dixit le truculent journaliste au Figaro, Eric Zemmour -, pour défendre un président officiellement vaincu. « Et cela alors que leurs amis de gauche ne cessent de donner depuis toujours, des leçons de morale démocratique à la terre entière ». Une situation complexe qui oscille entre farce et tragédie.

La Côte-d’Ivoire est au bord de la guerre civile, révélant la cruauté de sa structure tribale, entre le nord Malinké et Dioula, le centre Baoulé et le sud où l’alliance des peuples lagunaires n’a jamais fait défaut à Gbagbo. Il vient encore s’y greffer le conflit entre chrétiens / animistes du sud et musulmans du nord. Avec derrière, une communauté internationale qui ne veut reconnaître qu’une nation, qui n’existe pas, par idéologie et héritage des frontières de la décolonisation. Gbagbo qui donne contre le néocolonialisme, s’empresse pourtant d’appeler à la rescousse, deux avocats français, héritiers certes de tous les combats du néocolonialisme, mais aussi de toute l’histoire tortueuse de la Françafrique. La communauté internationale, « elle-même chimère de bons esprits », se voit dénoncée par l’habile Gbagbo, comme l’alliance des puissances impérialistes d’hier et d’aujourd’hui, qui veulent imposer un président musulman, de l’ethnie Dioula, ancien haut-fonctionnaire du FMI, et naguère premier ministre d’Houphouët. Ce-dernier reste cantonné dans un hôtel, protégé mollement par des troupes de la CEAO mandatées par l’ONU. 

Concernant le positionnement diplomatique français, Nicolas Sarkozy a bien lancé un ultimatum à Gbagbo, mais sans intervention armée, autant dire un cri dans le désert. Alain Juppé a d’ailleurs précisé le 4 janvier, que « la France ne prendra pas l’initiative d’une intervention militaire ». Il est vrai que l’on se rappelle les incidents de 2004, et la fièvre post-électorale n’incite apparemment personne à réellement recourir à la force, avec des troubles qui ont déjà fait 169 morts civils en Côte-d’Ivoire. La solution pourrait sinon venir d’une ingérence de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest. La CEAO se dit ainsi prête à envoyer des troupes. Mais ce n’est pas sans risque, car apte à déstabiliser et fragiliser la région. Personne ne sait ce que ferait alors l’Angola, par exemple, face à une intervention de son grand rival, le Nigéria. Gbagbo peut encore prendre la posture de la victime d’un complot des grandes puissances. On redoute aussi la pugnacité de ce-dernier, autrement plus combatif que son opposant, d’autant plus qu’issu d’une ethnie minoritaire du sud – les Bété. Il sait ainsi qu’en perdant le pouvoir, il risque beaucoup avec son entourage immédiat, à savoir des poursuites judiciaires sur des affaires de malversations, les « biens mal acquis », et aussi sur les dessous de la répression post-électorale. 

Et on peut compter sur la culture historique et l’habileté « de nos deux Dupont et Dupondt », pour tenter de confondre au mieux les opinions publiques. Nos deux ténors du barreau s’avèrent, de plus, les détenteurs potentiels de nombreux secrets relevant des relations tortueuses entre la France et certains Etats africains. Vergès et Dumas ne manqueront d’ailleurs certainement pas de rappeler en habiles connaisseurs des rouages de la Françafrique, à toutes fins utiles, qu’il y a quelques mois à peine, au Congo, le fils du président défunt Bongo, fut intronisé par la France et l’ONU, grand vainqueur d’élections démocratiques. Et cela, alors qu’on découvre aujourd’hui, qu’il n’était arrivé que bon troisième lors du 1er tour… Bienvenue dans les rouages de la  Françafrique.

                                                                                                                                    J. D.

31 décembre, 2010

Après la Grèce, le tour du Portugal

Classé dans : Diplomatie,Economie,Europe,Monde — llanterne @ 22:11

Après la Grèce, le tour du Portugal dans Diplomatie latern

Après la Grèce, vient maintenant le tour du Portugal, comme dans une implacable théorie des dominos. Le salut de la zone euro viendrait-il de l’Empire du Milieu ? C’est l’interrogation que l’on finit par soulever.

En octobre dernier, les Chinois volaient déjà au secours de la république hellénique, englué dans la crise financière, s’offrant au passage la dernière activité compétitive de la Grèce : sa marine marchande et son activité portuaire. Et c’est maintenant l’annonce d’une aide chinoise au Portugal, qui s’est vue de nouveau réserver un bon accueil à Bruxelles, le commissaire européen aux Affaires économiques Olli Rehn, saluant ouvertement « le soutien exprimé par les autorités chinoises » à « la stabilité de la zone euro ». Selon le quotidien économique lusophone Jornal de negocios, la Chine serait prête à acheter quatre à cinq milliards d’euros de dette souveraine portugaise, à l’image des achats de titres grecs d’octobre dernier. Mais alors qu’une aide chinoise à l’économie espagnole commence déjà à se profiler, ce soutien inattendu est décidemment peu analysé et commenté. Car il a pourtant ses dessous et conséquences politiques. Et cela me fait penser de nouveau à « l’histoire du loup dans la bergerie »… 

Ce soutien chinois au Portugal, comme pour la Grèce, pourrait certes sembler bien venu au premier abord. Et il est vrai, Bruxelles ne peut de tout de façon, empêcher la Chine d’acheter des obligations. C’est encore une fois, le principe même du libéralisme. Mais un libéralisme auquel la Chine applique souvent sa propre conception. Les Chinois se fichent, en effet, des lois de l’économie de marché, étant sur ce point encore communistes. La Chine conserve une monnaie sous-évaluée, dans un implacable dumping salarial et monétaire, sourde à toutes remontrances. L’Empire du milieu pratique l’espionnage industriel sans vergogne, pillant le savoir-faire technologique occidental, les responsables chinois rétorquant aux rodomontades épisodiques de l’OMC ou de l’UE, au nom des bons principes, avec un haussement d’épaules et une mauvaise foi caractéristique, « nous n’avons toujours pas touché les royalties de la boussole, de la poudre ou du papier ». Et petit à petit, l’Empire du Milieu nous dicte sa loi en matière économique. Face à une Commission européenne qui se refuse à tout protectionnisme mesuré et raisonnable, auquel le président Obama se résout pourtant aux Etats-Unis. Et qui continue à croire aux dogmes du laissez-faire, laissez-passer, au nom de vertus libérales nullement ébranlées par la crise de 2008, et sans qu’aucune voix ne s’élève au passage dans le paysage politique européen.   

Car cette aide n’est évidemment pas désintéressée, elle a ses dessous. Avec leurs 2 648 milliards de dollars de change en 2010, les Chinois essaient avant tout de diversifier leurs réserves de change, par tous les moyens. Ils ont aussi un intérêt direct à préserver la santé économique de l’Europe, à savoir leur principal débouché commercial - qu’ils inondent de leurs produits textiles et high-tech  »bon marché » – passée devant les Etats-Unis se relevant progressivement de la crise. Les Chinois atténuent ainsi leur dépendance à l’égard de la dette américaine, rendant les Européens vulnérables et de plus en plus redevables à leur égard, et se dotant de moyens de pression non négligeables en matière diplomatique. Les Chinois rachètent ainsi la dette du Portugal et de la Grèce, pour consolider un euro déjà beaucoup trop fort, ruinant les efforts de nos dernières industries encore compétitives à l’exportation, comme nous le dénoncions dans le cas récent de la Grèce. 

Car après la Grèce et le Portugal, ce sera le tour de l’Espagne, l’Irlande, et en-dehors de ces trois « PIIGS » – charmant surnom en langage technocratique bruxellois, pour désigner les quatre pays membres « à la traîne », à savoir Portugal – Irlande – Italy – Greece – Spain -, peut-être justement l’Italie, voire même ensuite la France. Comme dans une marche irrésistible, les Chinois sortiront à chaque fois leur carnet de chèques, pour « sauver » une zone euro chancelante, un espace économique de moins en moins souverain, et surtout de moins en moins concurrent… 

                                                                                                                                 J. D.

12 décembre, 2010

La dernière visite en Asie, un miroir aux alouettes…

Classé dans : Diplomatie,Economie — llanterne @ 15:48

La dernière visite en Asie, un miroir aux alouettes...  dans Diplomatie latern

L’actualité des derniers jours aura bel et bien été à la diplomatie. Nicolas Sarkozy a été accompagné dans sa visite officielle en Inde, par sept ministres, et soixante-dix industriels. Depuis son élection en 2007, le président s’évertue à jouer énergiquement son rôle de Vrp de l’Entreprise France, au travers de chacun de ses nombreux déplacements à l’étranger. Il emboîte ainsi le pas à son prédécesseur, Jacques Chirac, qui se déplaçait aussi à chaque fois, accompagné d’une cohorte de chefs d’entreprise. L’Inde que Sarkozy a l’intention de soutenir, dans sa démarche pour un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU. De nombreux chefs d’Etat se déplacent d’ailleurs en Asie, actuellement - marché important, continent comptant deux futurs géants du XXIe siècle. Le gouvernement français qui estime que cette visite, va nous rapporter près de 17 milliards d’euros de contrats, signés ou annoncés. C’est la version rose de la mondialisation heureuse, le fameux gagnant-gagnant, que nous ont vanté et seriné depuis vingt ans, les partisans du libre-échange.

Mais un gagnant-gagnant qui se révèle être de plus en plus un miroir aux alouettes. Car à chaque fois que l’on vend à l’Inde, à la Chine ou au Brésil et à d’autres, ces pays exigent des transferts de la technologie la plus récente. Ils développent donc à une vitesse inégalée dans l’Histoire, des concurrents pour nos industries, dans les secteurs les plus en pointe. La Chine prépare un airbus et va construire elle-même 42 lignes de TGV, la Corée du Sud a détrôné Areva sur un contrat, et il ne faut pas oublier que c’est l’Indien Mittal qui avait racheté Arcelor. L’Inde qui perce également dans le secteur informatique – Sarkozy s’étant d’ailleurs déplacé à Bangalore, au coeur de « la silicon valley » indienne -, mais également dans l’industrie pharmaceutique.

Par ailleurs, l’Inde comme la Chine ont dépassé le milliard d’habitants. Les centaines de millions de pauvres restent un réservoir inépuisable pour conserver chez eux, des usines avec une main-d’œuvre très bon marché. C’est désormais la classe moyenne occidentale qui subit une lente mais inexorable paupérisation, après les classes plus populaires dans les années 80 et 90. Pékin comme Delhi et Bombay savourent ainsi avec délectation leur revanche, comme dans un gigantesque retournement historique. En effet, comme le commentait récemment Eric Zemmour : « Au XVIIIe siècle, l’Inde et la Chine tenaient la dragée haute aux Européens les plus avancés. C’est l’ouverture forcée de leur marché, arrachée et imposée à coups de canon par la puissance coloniale anglaise, qui avaient permis aux manufactures de Manchester, de ruiner la concurrence raffinée des tissus indiens. » Et il est vrai « deux siècles plus tard, le même libre-échange est le moyen imprévu de leur revanche historique !… »

Cette mondialisation voulue et imposée par une puissance américaine au fait de sa puissance, à la chute du mur de Belin, et approuvée avec enthousiasme par les élites européennes, aura donc comme résultat de permettre la revanche historique des deux grands vaincus de la diplomatie occidentale des derniers siècles… « Une incontestable réussite… ».

                                                                                                                                                     J. D.

                             

 

Les leçons du rapprochement franco-syrien

Classé dans : Diplomatie — llanterne @ 15:46

Les leçons du rapprochement franco-syrien dans Diplomatie latern

Le président syrien est venu récemment en visite à Paris, durant deux jours. Bachar El-Hassad a été reçu pour un déjeuner à l’Elysée. Et cela juste avant un déplacement officiel prévu de notre chef d’Etat en Inde. Il a sans doute beaucoup été question du Liban et de l’Iran. Et à un moment, où il apparait depuis les fuites diplomatiques de Wikileaks, que l’ouverture de Nicolas Sarkozy au régime syrien depuis 2008, a été très mal vécue à Washington. Ce qui est l’occasion de revenir également sur la stratégie diplomatique sarkozyste, mise en oeuvre au Moyen-Orient, depuis 2007. Mais qui pour une fois, il faut le reconnaître, emboîte le pas à la plus traditionnelle diplomatie française en la matière…

Bien-sûr, nos belles âmes bien-pensantes protesteront une fois encore contre la venue d’un dictateur. Mais il faut le reconnaître, « si on ne traitait qu’avec des démocraties, on sortirait rarement d’Europe », comme le soulignait judicieusement M. Zemmour, sur le sujet. C’est également de Gaulle qui a toujours voulu que la France ait une politique arabe, jouant de son influence historique au Proche-orient. Il est certes nécessaire d’entretenir des relations diplomatiques, ne serait-ce que pour discuter, échanger des points de vue, surtout avec un pays francophone et stratégique tel la Syrie, avec qui nous conservons et entretenons des liens historiques étroits. Bien-sûr les Américains se moqueront encore de ces Français frustrés, tels l’établissent les messages d’ambassades révélés par Wikileaks, qui font tout et son contraire pour renouer avec leur grandeur passée dans cette région.

Pourtant dans cette histoire, « Sarkozy l’américain », ce Nicolas Sarkozy que Villepin présente – souvent d’ailleurs à raison – comme un inculte, qui a sabordé l’indépendance gaullienne, a étonnamment réemboité le pas à la plus traditionnelle diplomatie hexagonale. Il a écarté l’ancien ministre Kouchner, lui préférant pour cela, son conseiller Claude Guéant. L’objectif diplomatique français était en fait de sortir la Syrie de son isolement, pour l’écarter de son unique allié iranien. Cette visite du président syrien à Paris s’inscrit dans le cadre de cette tentative de normalisation des rapports. Accessoirement, « les Syriens devaient fermer en contre partie la route des armes, qui alimente le Hezbollah libanais, Etat dans l’Etat, qui menace à la fois l’intégrité libanaise et la frontière israélienne ». Si l’on s’en fie toujours à Wikileaks, les Américains se seraient gaussés de ces Français crédules prêts à croire n’importe quelle embrouille de ces Syriens retors.

Les Américains ne voient pas à quoi ont servi concrètement ces rapprochements avec les Syriens. Mais la diplomatie française analyse pourtant le voyage récent du président iranien Amadinejad, dans le territoire du  Hezbollah libanais, comme un bras d’honneur aux Syriens, une manière de faire comprendre à un allié désormais devenu distant, qu’il n’avait plus besoin de lui pour dominer le Hezbollah. La Syrie a traîné avant d’envoyer son ambassadeur à Beyrouth, mais l’a quand même fait, en mars 2009. Sarkozy peut se féliciter pour une fois, de son audacieuse stratégie diplomatique. « Un pas en avant, deux pas en arrière… » Même si Dieu sait que rien n’ait jamais gagné d’avance, dans les relations avec cet Orient si compliqué…

                                                                                                                                                    J. D.

 

22 novembre, 2010

Notre diplomatie économique : un véritable marché de dupes

Classé dans : Diplomatie,Economie,Politique — llanterne @ 1:53

Notre diplomatie économique : un véritable marché de dupes dans Diplomatie latern

Le président de la République Populaire de Chine, M. Hu Jintao, s’est vu dérouler le tapis rouge au cours de sa récente visite d’une semaine dans l’hexagone. Ce qui laisse quelques peu dubitatif. En effet, aucune prise de position réellement courageuse n’a été prise à l’occasion de cette visite. Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera, avait averti Alain Peyrefitte. Et la Chine entretemps s’est levée… Elle a pris un essor phénoménal, prédateur redoutable et pour le moins irrésistible. Sa diplomatie économique est sans failles et elle a encore une fois tiré ses épingles du jeu. On ne peut que s’interroger devant la couardise de Paris et son manque de combativité, en matière de diplomatie économique. Il conviendrait d’opérer un bilan de cette visite, dans un premier temps, placée sous le signe d’une indéfectible amitié entre notre pays et l’empire du milieu, suivie par la dernière réunion G20.

Des commandes auraient été passées par la Chine à des entreprises françaises – à hauteur de 20 milliards d’Euros -, en particulier à certains de nos fleurons hexagonaux : Areva, Total, Alcatel-Lucent, PSA… Mais en réalité, cela s’opère bel et bien au détriment du « Made in France »… Des contrats passés, en réalité souvent déjà négociés, ressortis à l’occasion de cette visite telle une grande victoire arrachée. Une commande de 102 airbus a été passée, Areva s’est vu confirmer un contrat de 3,5 milliards de Dollars, soit la fourniture de 20 000 tonnes d’uranium sur dix ans, au groupe d’électricité chinois CGNPC et juste un accord de coopération. Total a confirmé la signature d’une lettre d’intention concernant la construction en Mongolie intérieure d’une usine de transformation et Alcalet-Lucent, comme cela était commenté dans un article récent de Marianne 2 (http://www.marianne2.fr/), « plus gâté », a décroché un contrat de 1,1 milliard de Dollars. PSA se serait peut-être vu confirmer l’installation d’une usine automobile en Chine !…

 Mais il s’agit de la face émergée de l’iceberg. Car les avions airbus seront fabriqués dans des usines chinoises, détenues à 50 % par des capitaux chinois, accompagnés de transferts technologiques, soit un vrai marché de dupes comme à l’accoutumée. Car bientôt, les Chinois sauront fabriquer leurs propres airbus, pour nous concurrencer sur ce même marché ensuite. Il en a été ainsi d’Alstom, implanté en Chine pour un fructueux contrat ferroviaire, accompagné d’un transfert de technologie acquis. Et qui n’a pas été renouvelé en 2009, les Chinois ayant décidé de construire 42 lignes de TGV désormais, tous seuls… Il en a été de même pour Areva. Il n’y a que le groupe de grande distribution, Carrefour, qui ait parvenu à se maintenir. Accepter ce principe du transfert de technologies, c’est tout bonnement scier la branche sur laquelle nous sommes assis. La Chine ne se contente plus seulement d’être l’atelier du monde, ni même son laboratoire, elle aspire à elle, toutes les richesses, le travail, les sociétés à fort potentiel technologique. Bientôt, les Chinois seront présents à l’exportation dans certains nouveaux secteurs, avec une combattivité imbattable, liée à leur faible masse salariale. Car le décollage économique chinois, précisons-le, n’est nullement accompagné d’une réduction des inégalités sociales et salariales. Le pauvre salarié mingong continue d’être exploité et sous-rémunéré, car tout ce dynamisme économique chinois repose sur ce dumping salarial et monétaire, que les oligarchies chinoises ne sont près pour rien au monde, à remettre en cause.

A Séoul, pour le G20, les tensions ont été très fortes et c’est bel et bien un conflit qui s’est déroulé autour de la table; mais auquel la France n’a pas réellement pris part. Ce conflit est monétaire et commercial. Il a déjà chamboulé les rapports de force internationale et les alliances traditionnelles, ayant même vu les Allemands s’alliaient aux Chinois contre les Américains ! La presse outre-Rhin titrait ainsi, il y a peu : « La Chine ou la mort ». La convergence franco-allemande et européenne est inexistante sur ce point. Les Allemands font notamment cavalier seul. En effet, la Chine et l’Allemagne sont les deux plus grands pays exportateurs de la planète et grands accumulateurs de devises – il est bien connu que les Allemands sont imbattables sur le marché des machines-outils, où ils nous taillent des croupières à l’exportation, constamment depuis des années. Mais la crise de 2008 a laissé les Etats-Unis sur le carreau, à savoir un important marché. Les consommateurs américains surendettés et appauvris, recommencent tranquillement à épargner. Obama a réinjecté 600 milliards de Dollars dans leur économie. Le plan de sauvetage américain a été plus conséquent d’ailleurs qu’en France, même s’il a fallu pour cela faire jouer la planche à billets. Mais il faut dire que les Américains, eux, disposent encore de cette marge de manœuvre.

Pour le reste du monde, les conséquences immédiates seront de tout de façon, l’inflation et la récession. Les Chinois s’en fichent, ils ont calé leur yuan sur le dollar. « Ils se moquent des lois de l’économie », étant sur ce point encore bel et bien communistes, comme le soulignait ironiquement M. Zemmour. Les Allemands ont sinon hurlé, au cours du G20 – et cela pouvait paraitre légitime -, au sujet de l’Euro qui va encore monter et rogner les ailes de leur magnifique machine exportatrice. Mais élément pondérateur, les Allemands opèrent 65 % de leurs exportations au sein de l’UE et là, miracle monétaire de l’Euro, leurs concurrents ne peuvent jouer le jeu de la dévaluation, comme le font les Américains avec le Dollar.

Au final, les Français perdent sur tous les tableaux : celui monétaire et celui du libre-échange. Selon un rapport de la Direction du Trésor, 63 % des emplois perdus entre 2000 et 2007 l’ont été à cause de la conjoncture internationale ! Mais Sarkozy n’ignore rien du prix à payer : délocalisation, désindustrialisation et chômage. En guise de traité de paix, il avait proposé une réforme globale du système monétaire international. Au G20, personne ne lui a dit non, mais personne ne lui a dit oui, non plus. Les Français jouaient les éléments pondérateurs, alors que les autres défendaient âprement leur bout de gras, autour de la table des négociations. Il s’imposerait de changer enfin de stratégie. Et c’est d’ailleurs peut-être pour cela que Sarkozy ait rentré pour transformer son équipe gouvernementale en équipe de combat. Du moins espérons-le, car les défis gouvernementaux en matière économique, sont loin d’être négligeables.

                                                                                                                                                         J. D.

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