La Lanterne (politique, sujets de société)

5 août, 2015

La colère est dans le pré

Classé dans : Economie,Europe,Politique,sujets de societe — llanterne @ 16:02

Le gouvernement a annoncé sous la pression un plan d’aide de 600 millions d’euros, en tout et pour tout et une revalorisation du prix du lait et du porc breton (revu finalement à la baisse), face à la colère des agriculteurs ayant bloqué le Mont Saint-Michel et menaçant prochainement de manifester à Paris. Mais en tout cas, ce plan est jugé insuffisant par les intéressés. Pourquoi notre filière agricole est-elle en crise ? Qui paiera ces mesures ? Dans une économie de marché, est-ce à l’Etat d’intervenir systématiquement ? Notre structure économique, avec ces charges, nous permet-elle d’être compétitif ? Autant de questions sont soulevées, autour de ce mouvement, la crise agricole actuelle étant le miroir de la crise hexagonale.

Cela fait des décennies qu’on nous parle de la « désertification » de nos campagnes, de la disparition de nos exploitations, de l’agonie de la plupart de nos filières agricoles. Ainsi, dans une approche sociologique, la question est de savoir si l’on peut vivre avec 15 000 euros annuels de revenus, quand l’on travaille de 12 à 15 heures / jour, sans souvent de congés. Sur le plan structurel, des questions peuvent se poser, notamment celle de la taille de nos entreprises agricoles, du caractère hyper-administré de l’agriculture en France, qui fait que nous ne sommes pas préparés à cette compétitivité mondiale effrénée. Depuis l’après-guerre, les gouvernements successifs ont géré les malheurs de nos paysans, grâce à un système obsolète, la FNSEA (fondée en 1946), à savoir un syndicat majoritaire tenant les Chambres d’agriculture, le Crédit agricole, les Safers, les coopératives, la protection sociale. Mais le président de la FNSEA locale se réserve à ses petites relations les prêts, les meilleures terres, les meilleures ventes, contrôlant tout, du foncier à la vente de la production, en passant par les crédits. Ce système est évidemment l’un des premières causes de la catastrophe. Et puis, bien sûr, il y a tout le reste, c’est-à-dire cette «  exception » française garottant, à coup de charges insupportables et de règlementations – le plus souvent – absurdes, tous ceux qui tentent d’entreprendre quoi que ce soit dans le pays, dans n’importe quel domaine.

En France, cette économie agricole est productive et cela alors que la population agricole diminue, avec moins de 600 000 agriculteurs contre un million en 1986, avec alors une production de 40 % inférieure à ce qu’elle est aujourd’hui. L’agriculture américaine est devenue le premier client d’Enron, par exemple, c’est-à-dire que l’on utilise toutes les nouvelles technologies pour augmenter considérablement la production. En France, nous avons un secteur très productif qui souffre de deux problèmes, à savoir que des sous-secteurs sont très productifs, mais que d’autres sont très en retard. Quand le président de la République se rend à Vinexpo, il dit aux producteurs présents, « vous êtes une des sources de revenus les plus importantes », étant vrai que l’excédent agricole porté par le vin et les spiritueux français est parmi les plus importants de nos excédents commerciaux. C’est le 1er secteur exportateur en France devant l’aéronautique – mais le 2e solde commercial derrière ce-dernier -, porté par les céréales, le vin, et une autre agriculture qui est plus de proximité, autour du lait. Quand l’on regarde le revenu des agriculteurs, une partie passe par les prix et une partie par les subventions. Dans l’économie hexagonale, l’agriculture représente 58 milliards d’euros de chiffre d’affaires, soit 50 milliards par les prix et 8 milliards par les subventions de la CEE. Donc il y a un arbitrage entre ce que l’on fera passer par les prix, ce que l’on fera passer par les subventions et dans le choix qui est fait, c’est quelle vision de l’agriculture l’on a. A cet effet, toute une partie de notre élite dirigeante cultive une vision assez négative de notre agriculture induite par un discours un petit peu mondain germanopratin de l’agriculteur pollueur. Et donc l’arbitrage entre les prix et les subventions est lié à la fois à la compétitivité, au commerce international et à cette ambiance étrange et délétère entretenue entre les Français et l’agriculture.

On peut se demander pourquoi plutôt que de bloquer les ponts et les routes, les agriculteurs ne s’en prennent pas aux industriels ou aux distributeurs qui leurs nuisent, voire aux sous-préfectures. Le blocage est un coup de gueule pour être entendu vraiment, mais ce n’est pas le seul type d’opération entreprise, certains agriculteurs étant en observation, par exemple, depuis des mois, afin de vérifier la provenance des produits carnés et laitiers dans la grande distribution. Le problème réside dans les coûts de production et la compétitivité vis-à-vis de nos pays voisins, à savoir l’Allemagne, les Pays-Bas, le Danemark, l’Espagne, donc nos partenaires européens. En Espagne, les coûts de production sont plus faibles. Car ce qui compte après, c’est la transformation du porc, l’Allemagne ayant fait le choix de faire appel à des intérimaires précaires, roumains, polonais ou autres, par exemple, dans les champs et les abattoirs, qu’ils conservent à bas coûts, quatre à cinq mois, puis faisant appel à d’autres. Sur le marché du porc breton, à 1,3 euros le kilo, les prix espagnols sont quelques centimes plus bas, les prix allemands à 4 centimes de différence, en intégrant tous les intermédiaires et le coût salarial de l’abatteur. Dans l’UE, on ne peut forcer le consommateur français à acheter français. Par contre, les industriels demandent une harmonisation des coûts de main-d’oeuvre dans les abattoirs. Les producteurs voisins ont des infrastructures plus importantes, les normes sanitaires sont plus sévères en France qu’en Allemagne. Pour construire une porcherie, avec le même caractère productif et polluant, en Allemagne, il faut demander une autorisation au-delà de 2000 porcs. En France il faut en demander une, qui est longue et coûteuse, au-delà de 450 porcs… 

Nous avons l’impression d’entendre au sujet de l’agriculture, les complaintes portées dans d’autres secteurs d’activités, en France, soit des charges plus élevées et des normes plus complexes qu’ailleurs. Cette filière agro-alimentaire française – les abattoirs, les laiteries, etc. – qui est immense, et reconnue dans le monde, avec un label qualité, est à défendre, à promouvoir. L’agriculture devient l’un des grands défis de demain, avec aujourd’hui 7 milliards d’habitants à nourrir. La PAC a été peu à peu détricotée, sans filet de sécurité et de mécanisme d’achat. Les quotas laitiers (instaurés en 1985) ont été supprimés, au printemps dernier. Sur le plan historique, nous avons eu une 1ère période où nous ne produisions pas assez de lait, dans l’immédiat après-guerre. On se souvient du lait Mendès France, distribué dans les écoles primaires. Puis la génération d’après se remémore qu’il y avait une production laitière devenue trop importante, donc la CEE l’achetait et le stockait sous des formes diverses et variées. Puis il y a eu cette régulation par les quotas laitiers. Et maintenant, nous sommes dans une situation où on a libéralisé le commerce du lait. Un paysan sur deux en Europe est polonais, roumain ou bulgare aujourd’hui, alors qu’en 1950, c’était le paysan français, d’où la redéfinition de la PAC, liée à l’évolution de notre agriculture et à l’entrée dans le marché commun des nouveaux pays entrants en 2004 et 2006. Et depuis dix ans, ce qui s’est immiscé dans ces marchés, c’est la volatilité pour des raisons x, y, z, car tous les pays veulent rentrer dans cette course à l’alimentation mondiale, sans régulation, au travers une activité très capitalistique (bâtiments, tracteurs, animaux, etc…), le niveau de rentabilité étant plutôt faible. Il faut investir beaucoup, ce qui fait qu’en cas d’à coûts des prix, si cela dure trois ans, l’agriculteur ne peut faire face.

Il faudrait permettre le regroupement d’exploitations entrepreneuriales, devant sortir de toutes les autorisations administratives pour s’installer ou augmenter et même pour racheter la ferme d’un voisin, en passant par la Safer (gérant le foncier), soit toute une demande très administrée. Aujourd’hui, un producteur laitier passé de 500 à 524 vaches doit payer des amendes excessives. Une ferme de 70 vaches laitières subit des normes qui seront les mêmes. L’espace, la climatisation sont meilleurs que dans des exploitations n’ayant pas les moyens de se développer et de s’équiper. Ces porcheries devraient être rassemblées, nécessitant une grande surveillance, en regroupant des exploitations, permettant de partager le travail, de mutualiser les investissements, etc. Mais il y a la place aussi pour des modèles plus artisanaux, comme dans le Cantal. Des mécanismes de régulation sont à réinventer, non plus dans les politiques publiques européennes, mais entre agriculteurs et acteurs économiques. En nouant des contrats tripartites entre producteur-transformateur-distributeur qui permettent de partager des coûts d’investissements, sur des volumes négociés, intégrant des coûts de production franco-français avec des normes. En aval, un certain nombre de points pourrait être défini avec la distribution, dans la promotion de la qualité et l’origine (avec la labellisation et le sticker « viande de nulle part », portant son effet sur le consommateur, comme l’analyse l’économiste Philippe Dessertines). Le consommateur est prêt à faire un choix, l’alimentaire touchant à quelque chose de très fort, du point de vue psychologique. 80 % de ce que vous mangez, a été produit en France (avec un label Unesco). Mais notre production doit s’adapter et notre structure économique ne nous permet pas d’être compétitif, dans une économie dérégulée. Lorsque l’on parle des intermédiaires, il y a enfin la guerre des enseignes et donc des prix. Les grands distributeurs font un profit (des marges de 15 % entre 2013 et 2014 sur la viande bovine). Les quatre principaux se sont regroupés récemment pour être plus efficaces, en mutualisant leurs centrales d’achat, et étant tout seul, Leclerc s’étant mis avec un Allemand. Quand dans le même temps les revenus des agriculteurs a diminué de 20 %. Si le pouvoir d’achat n’était pas si bas, sûrement les Français achèteraient plus facilement de la qualité.

Défendre les éleveurs, c’est aussi se souvenir que la France a très longtemps été une nation paysanne. La population rurale n’a cessé d’être majoritaire que dans les années 1950, alors qu’en Allemagne ce fut le cas au début du XXe siècle. A ce titre, 86 % des Français appellent à plus de solidarité avec les éleveurs. C’est défendre l’enracinement, le terroir, à savoir la classique posture barrésienne. Le secteur primaire est par essence celui des entreprises à taille humaine, et son développement et son épanouissement passent par la mise en oeuvre des principes de l’économie sociale, comme le déclarait Jules Méline, ministre de l’Agriculture, lors d’une discussion à l’Assemblée nationale, le 10 mai 1890, et notamment du système de coopération en agriculture, au delà du seul système de crédit. Sur le plan historique, alors député des Vosges, Jules Méline se voit confier le portefeuille du ministère de l’Agriculture par Jules Ferry en 1883, se consacrant à sa tâche avec beaucoup de conscience. Car c’est alors la période difficile de la « crise agricole », marquée par la baisse des prix due à la concurrence des pays neufs. Si Méline fait établir des droits de douane sur les céréales, et plafonne les prix du grain, il aperçoit bien à l’origine les limites de cette solution et il désire améliorer parallèlement la rentabilité des exploitations. Il contribue activement dans ce sens à l’organisation du crédit agricole. Ayant évolué politiquement vers le centre droit, il est encore ministre de l’Agriculture en 1915, et vit jusqu’en 1925, profondément vénéré des ruraux. On lui a beaucoup reproché depuis lors l’orientation défensive qu’il a donné à la politique agricole française, et le terme de mélinisme a pris, non sans quelle injustice, une tonalité péjorative. Il est vrai, après ce n’est peut-être pas à l’Etat d’intervenir systématiquement, dans une économie de marché. Mais il faut rappeler qu’aux Etats-Unis, pourtant un pays libéral, l’Etat intervient systématiquement en faveur de l’agriculture, n’ayant toujours pas aboli le Buy American Act de 1933, et n’hésitant pas à imposer des normes sanitaires qui, de facto, bloquent les importations, comme pour les fromages au lait cru. Et sans l’intervention de l’Etat, l’agriculture japonaise n’existerait plus (la plus subventionnée au monde), car aucun pays ne veut abandonner sa souveraineté alimentaire.

Hollande, Valls et Le Foll (sans doute le ministre de l’Agriculture le plus médiocre, à part Edith Cresson, que nous ayons eu depuis le début de la Ve République, ayant même refusé de se déplacer pour rencontrer les agriculteurs, au début de la crise) annoncent ainsi dans la précipitation des plans d’urgence, quelques millions d’euros à la volée, des réunions de concertation, des commissions. Clémenceau disait « quand je veux enterrer un problème, je crée une commission ». Mais ce n’est évidemment pas avec quelques subventions supplémentaires et quelques facilités de paiement qu’on sauvera l’agriculture française – ou du moins les plus petits producteurs – face à la concurrence européenne et mondiale, et surtout face à elle-même. Le contribuable et le consommateur paieront à double titre, outre une légère hausse de prix, au travers la répercussion de l’aide d’Etat dans l’allongement de la dette. Mais ce ne sont pas des réformes structurelles, c’est là que le bas blesse. Les agriculteurs veulent simplement que le pouvoir tienne (au moins un peu) toutes les promesses qu’il leur a faites il n’y a pas si longtemps et pouvoir continuer à nourrir leurs concitoyens, comme cela a toujours été leur mission sacrée. C’est-à-dire, au moins, qu’il abaisse les fameuses charges les asphyxiant, qu’il règlemente la distribution et qu’il régule, dès que la concurrence européenne et / ou mondiale devient par trop déloyale.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         J. D.

28 novembre, 2013

La fin de la diplomatie gaullienne

Classé dans : Diplomatie,Economie,Monde,Politique — llanterne @ 2:30

Téhéran et les Occidentaux ont trouvé - ce week-end -, un compromis sur l’épineux dossier du nucléaire. Si la communauté internationale se réjouit, Israël s’en inquiète, fustigeant « une erreur historique ». Après dix ans de crise diplomatique, de sanctions économiques et de négociations ardues, l’Iran et les grandes puissances ont scellé à Genève un premier accord pour contenir le programme nucléaire iranien. La France s’y était un temps opposée. Mais la France a-t-elle réellement bien manoeuvré dans ce dossier ?

Revenons sur ce coup de tonnerre diplomatique. Il y a deux semaines, Paris a empêché un accord avec l’Iran sur le nucléaire, accord auquel la Maison blanche, pourtant, semblait prête. Du coup, nous étions redevenus populaires à Washington. En Israël, le premier ministre a félicité chaleureusement Laurent Fabius. Pour reprendre l’analyse zemmourienne, on se croyait revenu au temps, où Guy Mollet et les pilotes français faisaient la guerre à bord d’avions israéliens, contre l’Egypte de Nasser. De leur côté, les Iraniens étaient furieux. Obama et son ministre Kerry regardaient Fabius et Hollande de travers. Le socialiste Hollande était acclamé par la droite outre-atlantique et la droite israélienne, comme un vulgaire Sarkozy. On croyait que l’arrivée de Hollande au pouvoir, aurait au moins le mérite de marquer une rupture avec ce tropisme atlantiste de son prédécesseur et un retour aux subtilités diplomatiques d’antan. Et le pire, c’est que ce n’est pas la première fois.

Dans l’affaire syrienne, notre président avait voulu punir Bachar El-Assad pour l’usage d’armes chimiques, tandis qu’Obama s’avérait beaucoup plus modéré et conciliant. Au Mali, de même, les Français se sont précipités pour combattre les terroristes, reprenant là encore, la terminologie des néo-conservateurs américains, sans discuter du bien-fondé de cette intervention aux racines complexes. Mais toujours est-il qu’à l’heure actuelle, Hollande s’avère être la pointe émergée de l’Otan, quand l’Amérique est tentée par un isolationnisme prudent. On se souvient, Sarkozy avait lui aussi renversé Kadhafi avant de menacer la Syrie d’Assad et l’Iran des Mollahs. Hollande se révèle le frère jumeau de Sarkozy. Comme si l’identité des générations était bien plus déterminante que les clivages politiques. Ainsi, les deux hommes viennent tout de même, en quelques années, de balayer d’un revers de main, quarante ans de politique gaullienne. Le général, au nom de l’indépendance de la nation, n’hésitait pas à s’opposer à l’Amérique, s’avérait méfiant à l’égard des Anglais, s’ouvrait à la Chine de Mao et à l’URSS de Khroutchev, pourtant communistes, et soignait sa popularité dans le tiers-monde, comme le petit qui n’a pas peur des grands.

La France de Sarkozy et Hollande laisse à l’Allemagne réunifiée d’Angela Merkel, les joies du commerce, de l’entente et de la coopération, avec la Russie et la Chine. Sarkozy et Hollande poursuivent les mêmes chimères de l’Europe de la Défense, dont les Français sont les seuls à vouloir. Mais pour être le gendarme de la méditterranée, il faut des moyens. Alors même qu’Hollande, comme Sarkozy, ne cesse de réduire les budgets militaires. Or, il est vrai, ne pas accorder sa politique militaire avec sa politique étrangère, comporte de gros risques. Mais les deux hommes comptent manifestement sur la même planche de salut, à savoir le chéquier bien garni des pétro-monarchies du Golfe - Arabie saoudite, Qatar -, pays sunnites qui feront tout pour avoir la peau des Chiites (Iraniens, Syriens), suivant l’analyse d’Eric Zemmour. Pays du Golfe également, qui n’ont aucun intérêt à ce que l’Iran revienne sur le marché vendre son pétrole, ce qui aura pour effet de faire baisser les coûts. A cet effet, rien ne serait plus périlleux, aujourd’hui, que de décrypter les tumultes secouant le monde arabe par le prisme de l’opposition entre démocratie et dictature. Cette grille d’analyse permet également de souligner le flagrant manque de perspicacité de la diplomatie hollandaise, au sujet du dossier iranien.

Il s’agit en effet de l’importation de catégories occidentales, celles de l’opposition entre « démocrates » et « intégristes », ou entre dictatures et démocraties, dans une région qui ne les connaît pas comme telles. Outre la distinction fondamentale entre les deux branches principales de l’Islam, une analyse de la situation géopolitique actuelle, et notamment de la place de l’Iran, reste à apporter. Touchant plus précisément au cas iranien, la question à poser est « Faut-il avoir peur de l’Iran ? ». L’étude des quatre pôles du pouvoir en Iran, le Guide, le président, les Gardiens de la Révolution (ou Pasdaran) et le clergé, met en évidence les crises que traverse le régime actuel. Là encore, le lien entre le religieux et le politique apparaît comme indiscutable. Quant à la perception de l’Iran en Occident, elle s’explique par une diabolisation d’abord fondée sur des intérêts stratégiques que sur la réalité du pouvoir iranien, quoi qu’il en soit des dessous du dossier nucléaire.

La comparaison avec le Qatar et l’Arabie saoudite, alliés de l’Occident malgré leur rigorisme religieux et social, semble en effet justifier cette assertion. Enfin, il convient de s’interroger sur le rôle des puissances occidentales au Proche et Moyen-Orient, et particulièrement sur la place de la France et son influence déclinante. Entre la Révolution française et 1919, de nombreux contacts se nouent entre les deux pays, avec la mise en place d’une influence culturelle française grandissante en Perse. Ces relations sont périodiquement ternies par les manœuvres des grands empires occidentaux (russe et britannique principalement) visant à peser sur le destin de l’Iran, stratégiquement situé sur les routes entre le Proche-Orient et l’Inde. L’Iran du XXIe siècle aura besoin de se tourner vers les puissances occidentales (notamment en matière de coopération dans certains secteurs de pointe, tels le nucléaire civil), en opérant son envol économique. L’Iran est un futur pays émergent. Or, les anglo-saxons sont mis sur la touche, pour des raisons historico-géopolitiques. 

La France a une carte à jouer. Cependant, depuis la révolution iranienne et le soutien de la France à l’Irak lors de la guerre Iran-Irak, les relations se sont dégradées. Le refus de l’Iran de stopper l’enrichissement de l’uranium, et le fait que la France soutient le renvoi de l’Iran devant le Conseil de Sécurité des Nations unies ont encore plus éloigné les deux pays. Mais l’atout fondamental de la diplomatie française dans cette région était sa capacité à dialoguer avec tous les régimes. Un pays n’a pas d’amis, il n’a que des intérêts, disait le général de Gaulle. Mais c’est ainsi en reconstruisant cette force diplomatique que la France pourrait redevenir une grande puissance au Moyen-Orient, en renouant avec ce pragmatisme originel.

                                                                                                                                                                       J. D.

15 avril, 2012

L’Espagne et l’austérité

Classé dans : Economie,Europe — llanterne @ 16:51

L'Espagne et l'austérité dans Economie latern

Ces derniers jours, nous avons beaucoup parler de la situation en Espagne, évidemment, au lendemain de cette grève générale, qui a paralysé une partie du pays et même dégénéré à Madrid, comme à Barcelone. Mariano Rarol, le président du gouvernement de droite, va présenter un projet de budget d’austérité, qu’il qualifie lui-même de très très sévère. Ainsi après le feuilleton grec, qui n’est pas terminé, voici maintenant venu le tour de l’Espagne. Endettement induisant la rigueur, l’austérité, puis mécontentement, et enfin grève générale. Le scénario est toujours le même. Aujourd’hui, les Espagnols cochent la case grève générale.

Le nouveau premier ministre en est visiblement ravi. Il aura tout fait, pour avoir sa petite grève générale. Car ses manifestations dans la rue, son conflit social, le posent en grand réformateur libéral. Il imite un peu Sarkozy, lors de la réforme des retraites. Tous jouent à Margareth Thatcher, pour séduire les marchés, leur prouver leur détermination sans faille. Dans une approche schématique, tous les gouvernements européens en sont là. Car la politique ne se fait pas au taux d’intérêt, mais au spred, qui détermine le taux d’intérêt, auxquels ils empruntent sur les marchés internationaux. Or, le spred de l’Espagne est au plus mal, il est plus haut désormais que celui de l’Italie. Les Espagnols ont en effet reconnu, qu’ils ne respecteraient pas leur objectifs de réduction des déficits budgétaires. Leur organisation fédéraliste avec leurs régions si puissantes, qui faisait l’admiration de tous les modernes, se retournent contre eux. Les régions sont surendettées, certaines au bord de la faillite, en plus de l’Etat central.

La moitié de la jeunesse espagnole est au chômage, l’autre est payée une misère. Les Espagnols retrouvent le chemin de l’immigration vers l’Allemagne, le Canada, l’Australie, comme leurs grands-pères étaient venus en France. Une régression historique inouïe. Le tableau est sombre, et on a le sentiment quand même d’une douche froide, avec ce nouveau plan de rigueur, en Espagne. Parce qu’on pensait tout de même que l’Europe avait évité le pire et mangé son pain noir. On croyait la crise de l’euro partiellement passée, pour l’instant. En France, la campagne présidentielle n’en parlait plus. La Banque Centrale Européenne avait éteint l’incendie, en inondant les banques de mille milliards d’euros, qu’elle leur a confié au taux ridicule de 1 %. Celles-ci, ravies, ont prêté à leur tour cet argent aux Etats européens, beaucoup plus cher. Tout le monde était content. Les banques vont continuer à s’engraisser, et les Etats ont ainsi financé leurs précieuses dettes. Mais la crise de l’euro n’est pas seulement un manque de liquidité. Elle est aussi, d’abord une crise de solvabilité. L’économie espagnole n’est pas compétitive. Son modèle de croissance reposait sur une bulle immobilière artificielle, qui a éclaté. Pour retrouver un certain dynamisme économique, elle devrait dévaluer sa monnaie, de 20, 30 %, peut-être. Mais l’euro ne lui appartient pas. Sa Banque Centrale à Madrid, ne sert à rien, la politique monétaire est dictée par la BCE à Francfort. Elle ne peut pas prêter à l’Etat espagnol, et elle ne peut pas financer les investissements pour relancer la croissance.

L’euro est tiré vers le haut, par la super-compétitivité des pays du nord, Allemagne en particulier. C’est le drame de la monnaie européenne, que d’avoir été distribué à des économies structurellement divergentes. Ainsi, pour retrouver sa compétitivité, l’Espagne n’a plus le choix. Puisqu’elle ne peut pas dévaluer sa monnaie, il lui faut baisser les salaires du public, comme du privé, d’au moins de 20 %,  directement, brutalement, sauvagement. Alors après la Grèce, maintenant l’Espagne. Et demain, à qui le tour ?

                                                                                                                               J. D.

15 février, 2012

« Cultivons l’optimisme » – Intervention de Michel Godet

Classé dans : Economie — llanterne @ 8:40

A l’occasion du 4e forum économique de la région Bourgogne, l’économiste Michel Godet – par ailleurs professeur au Conservatoire national des arts et métiers – a livré au travers d’une courte intervention, une analyse pour la moins énergique, éclairante et originale, sur la situation économique et sociale actuelle, en Europe et dans le monde.

Docteur en statistique (Paris-Sorbonne – Paris IV), et en sciences économiques (Paris I – Panthéon-Sorbonne), Michel Godet possède plusieurs casquettes,  de ses statuts de membre du Conseil d’analyse économique – rattaché à Matignon -,  et du Comité directeur de l’Institut Montaigne, à celui enfin d’administrateur des groupes Bongrain et AGIPI. Economiste aux prises de position tranchées, mais à l’analyse intéressante, il s’est fait le défenseur du principe de Revenu minimum d’activité – permettant à certains salariés de bénéficier d’un crédit d’impôt -, le professeur Godet ayant ainsi pris position contre le Revenu de solidarité active. Il participe régulièrement à l’émission On refait le monde sur RTL, dénonçant souvent une politique d’assistance sans contrepartie, présenté comme un cercle vicieux, et ayant avancé alors une autre proposition – non retenue à l’époque -, à des fins de justice sociale. 

Dans le milieu des économistes, Michel Godet se caractérise avant tout, par le lien qu’il établit entre dynamisme démographique et croissance économique, ainsi que par le rôle clé que joue, selon lui, la famille dans l’éducation et l’investissement en capital humain. Tel il l’expose, dans cet exposé court mais musclé – fonction aussi du temps de parole, qu’il lui était imparti – aux relents peut-être semblables au controversé Jacques Attali, mais cependant argumenté, relativement posé et réfléchi, et surtout non dépourvu d’intelligence. A découvrir…

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31 décembre, 2011

Le nucléaire : en sortir ou pas ?

Classé dans : Economie — llanterne @ 10:27

 Le nucléaire : en sortir ou pas ? dans Economie latern

Récemment c’était tout un pataquès écolo-socialiste : Mogs, Areva, train de déchet. Les débats ont été recentrés sur la question du nucléaire, qui sera à l’évidence au cœur de la présidentielle. Car après Fukushima et la décision allemande de sortir du nucléaire, cette question que l’on pensait pourtant tranchée en France, recommence à diviser. Pour ou contre, moderne ou ringard, responsable ou irresponsable, droite ou gauche, technocrate ou idéologue, secret des lobbies ou transparence démocratique. La vie politique française s’est offerte une actualité, dont elle a le secret, pleine de bruits et de fureurs, d’invectives et de simplismes, de chiffres et de bons mots, de grands principes et de marchandages républicains, un psychodrame !

Aussitôt, les adversaires ont retrouvé leurs réflexes, vieux de quarante ans. Avec d’un côté, les gaullistes alliés aux communistes de la CGT, et de l’autre, les écologistes libertaires, anciens combattants du Larzac. Et adversaires de cette religion du progrès scientiste, qui porte la République depuis le XIXe siècle. D’un côté, on vénère l’Etat colbertiste et le social, de l’autre, l’individu et la nature, et « les socialistes font l’essuie-glace ». Dans l’opposition, ils font des risettes aux écolos, au pouvoir, ils poursuivent l’œuvre de leurs prédécesseurs. Mais il faut reconnaitre, que le nucléaire a toujours été en France, l’objet d’un très large consensus national. Seul l’accident japonais de Fukushima aura fait légèrement osciller les sondages. Les écologistes qui avaient mis la question en sourdine, se sont ainsi rués sur l’occasion, « comme la petite vérole sur le bas clergé », croyant tenir là, leur revanche historique. Ils donnent en exemple, l’Allemagne qui est ressortie du nucléaire. Mais ils oublient seulement de noter, au travers de cette très sérieuse et complexe question énergétique, qu’au travers des exemples étrangers, la chancelière Angela Merkel s’est vue contrainte également de remettre en route ses vieilles mines de charbon, s’empressant de garantir auprès des Russes ses livraisons de gaz. Charbon, gaz : énergies vertes bien connues !… La France serait guettée selon les verts, par « le syndrome Minitel », grand succès hexagonal qui avait dissimulé aux industriels français l’essor d’internet…

Mais si c’était pour une fois, l’inverse. Si les Allemands abandonnaient le terrain, faute de le dominer, faute d’avoir opéré avec succès et efficience, l’offre publique d’achats sur Areva qu’avait tenté Siemens. Et si le nucléaire était un de ses ultimes secteurs, où la France conservait un avantage comparatif sur son grand voisin. Y compris sur l’épineuse question du traitement des déchats nucléaires, mais qui ne sera progresser, en l’absence de crédits de recherche… En Allemagne même, les nouvelles énergies sont loin de répondre à l’ensemble de ses besoins énergétiques… Et elles coûtent chères, très chères, plus chères que le nucléaire. La note d’électricité des Allemands grimpera très sérieusement. Au fond, c’est ce que désirent les verts, qui veulent obliger les ménages à réduire, sous la contrainte, leurs consommations. Vaste débat, certes. Mais l’industrie française peut-elle vraiment se permettre une hausse de ses coûts ? Sur le prix aussi, les discussions sont sans fin et empreintes de mauvaise foi, de tous les côtés. On s’étripe à couts de centaines de milliards d’euro. C’est paraît-il, le prix à payer pour sortir du nucléaire… et pour y rester aussi.

Les centrales françaises font de la résistance. Elles durent plus longtemps que prévu. C’est un point positif, pour la rentabilité des investissements, disent les experts… C’est mauvais pour la sécurité, disent les écologistes… Sauf que les centrales nucléaires, sont à l’instar des cathédrales rénovées sans cesse, par petits bouts… Les plus vieilles centrales n’ont donc pas l’âge de leur naissance. Et le fameux EPR est la technologie la plus sûre du monde. C’est d’ailleurs même pour cela, qu’il se vend difficilement…

                                                                                                                          J. D.

19 août, 2011

« Ce soir ou jamais » de Frédéric Taddeï – Intervention de Michel Sapin

Classé dans : Economie,Europe,Politique — llanterne @ 1:12

Dans l’émission « Ce soir ou jamais » présentée par Frédéric Taddeï, l’économiste Michel Sapin revenait il y a quelques mois – en présence de plusieurs invités – sur la crise actuelle, apportant une analyse toujours éclairante, alors que les perspectives économiques deviennent de plus en plus sombres…

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6 juin, 2011

Le G8 de Deauville ou le déclin de l’occident

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Le G8 de Deauville ou le déclin de l'occident dans Diplomatie latern

C’était récemment la réunion du G8, à Deauville, rassemblant les chefs d’Etats et de gouvernements des Etats-Unis, de la Russie, de l’Allemagne, du Royaume-Uni, de l’Italie, du Canada -de la France accueillant le sommet-, et du Japon, les 26 et 27 mai. Une réunion - symbole de la démesure contemporaine, avec un déploiement de 16 000 policiers, mais aussi des experts par milliers, des communicants par milliers, des manifestants par milliers… Et le bilan de ce sommet a été présenté comme positif, ayant été abordés la question du nucléaire, du printemps arabe, du FMI, de la croissance et d’internet…

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En 1975, Valéry Giscard d’Estaing expliquait qu’il avait eu l’idée de petites rencontres informelles au coin du feu… C’était alors le premier G5, réunissant les Etats-Unis, la RFA, le Royaume-Uni, le Japon et la France, en réponse au premier choc pétrolier. Mais c’était aussi la nostalgie de l’équilibre européen du XIXe, qui se cachait derrière cette fausse simplicité, dont Giscard avait voulu faire sa marque de fabrique. Le contexte de la guerre froide entrait également en ligne de compte, sans oublier ce fantasme de directoire mondial, cher à la France, habitée par la hantise du déclassement, depuis la défaite de 1940. A savoir, toujours cette volonté hexagonale de rester une grande puissance, au moins par le verbe, mais qui a indéniablement son importance symbolique… Bien qu’ayant perdu son caractère informel et discret, des débuts, le G8 (pour « Groupe des huit ») en est devenu ce groupe de discussion et de partenariat économique réunissant les huit pays, parmi les plus puissants du monde (rassemblant dans les années 90, près de 60 % de la richesse mondiale)… Et les dirigeants du G8 se réunissent annuellement, lors d’un sommet regroupant les chefs d’Etats ou de gouvernements, ainsi que les présidents de la Commission et du conseil européens, et des représentants d’autres pays ou unions internationales…

Mais dans la seconde moitié des années 90, avec l’émergence de la Chine et de l’Inde, les pays émergents sont devenus les concurrents redoutables de nos pays, par le rythme effréné des déménagements d’usines et délocalisations…. Dans le monde en 2007, le G8 rassemblait 13,1 % de la population mondiale et produisait environ 58 % du PIB mondial, contre environ 40 % en 2011. Au XXIe siècle, plusieurs membres du G8 plaident pour un élargissement du groupe, pour inclure les « cinq », c’est-à-dire les principaux pays émergents : Chine, Inde, Brésil… Invités jusqu’ici, au cas par cas, ils seront désormais associés aux grands débats du G8 sur les thèmes cruciaux comme le climat. Le G8 est ainsi devenu le G13, puis le G20 pour faire plaisir, et inclure les amis de l’Amérique (Arabie saoudite, Turquie…). A savoir un vaste forum bavard et vain, où émergent et s’affrontent les intérêts nationaux. Les occidentaux sont rapidement déclassés, désignés comme responsables de cette crise financière, ayant fait exploser l’économie mondiale, mais aussi de bien d’autres maux : pollution, réchauffement climatique, etc… Et ils sont également devenus des débiteurs impécunieux et arrogants, qui ont le culot de faire la leçon de morale, à leurs créanciers chinois ou arabes.

Les occidentaux ont ainsi préféré retourner dans le giron du G8, on le comprend aisèment. Mais avec un Barack Obama, père prodigue, qui n’aime ni le G8, ni Sarkozy. Le président américain a d’ailleurs rechigné à se déplacer, n’annonçant sa venue qu’au dernier moment. Il laisse finalement les Français et les Anglais intervenir en Lybie. Il a insisté auprès de Merkel, pour sauver l’euro, l’an dernier et contraindre les Allemands à mettre la main au porte-monnaie. Mais il ne supporte pas que l’on remette en cause, la gestion irresponsable du dollar… A l’occasion de ce sommet, les pays du G8 se sont ainsi engagés, à plus de coopération sur le nucléaire et à l’adoption de normes de sécurité plus strictes, le drame de Fukushima étant dans les esprits. Le dossier de la nomination de Christine Lagarde, n’a pas été avancé, juste abordé, Nicolas Sarkozy ayant précisé que le G8 n’était pas le « directoire du monde ». A l’aune des révolutions arabes, un partenariat a également été proposé, via un renforcement de la coopération économique sur le long terme. Mais n’ont pas été abordés les questions qui fâchent, notamment d’ordre monétaire.

En 1975, Giscard demandait déjà à Ford, une gestion monétaire plus responsable. Mais en 2011, les Américains continuent à inonder la planète de leur monnaie, sans se soucier des conséquences. Et depuis trente-six ans, sur fond de déclassement des puissances occidentales, l’histoire de ces grands sommets internationaux n’est qu’un éternel recommencement… 

                                                                                                                                                                                   J. D.

4 février, 2011

La TVA sociale : l’éternel débat

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Sur le plan de la politique intérieure, les débats et polémiques autour de la TVA sociale, ont été réanimés par Jean-François Copé, secrétaire général de l’UMP, mardi dernier. Mais François Fillon l’a renvoyé dans les cordes. Et depuis, chacun y va de sa petite phrase, pour approuver ou pour rejeter l’idée de cette hausse de la TVA, idée intéressante et pragmatique qui permettrait de lutter contre les délocalisations. Mais le débat sur la TVA sociale n’arrive jamais au bon moment, en empruntant l’analyse récente d’Eric Zemmour. En effet, à chaque fois, les discussions de fonds sur son sujet, sont décidément parasitées par les querelles politiciennes… 

En 2007, Borloo puis Fillon avaient avalé maladroitement le morceau, entre les deux tours des législatives, sous l’œil goguenard des socialistes. Cette – fois ci, la querelle de succession entre Copé et Fillon attirent les regards et biaisent les réactions. Copé se laisse lui-même englué dans ses petites arrière – pensées tacticiennes, en prônant une hausse d’un petit point de la TVA. Mais pour être efficace, il faudrait augmenter notre taux d’au moins trois points, pour ne pas dire cinq, suivant l’exemple suédois (au taux de 25 %, le plus élevé d’Europe), qui permet à ce pays de faire financer une grande partie de sa protection sociale, par sa TVA. Les entreprises suédoises ont ainsi pu réduire les charges sociales qui pesaient sur les salaires, tout en améliorant leur remarquable compétitivité. La TVA n’est pas payée à l’exportation, c’est l’un de ces avantages. Elle revient donc à faire payer une partie de notre protection sociale, par les grands groupes mondialisés. Elle permettrait de ralentir enfin, le rythme mortel des délocalisations. C’est ce qu’on fait les Allemands en 2007, en augmentant de trois points leur TVA. Notre heure de travail nous coûte désormais plus cher chez nous, que chez eux. 

Si la TVA sociale est l’impôt parfait, il est vrai, alors pourquoi ne pas l’avoir mise en place plus tôt. Le fait est que la TVA est loin de faire l’unanimité, rencontrant de multiples oppositions politiques et idéologiques. La gauche n’a jamais aimé la Taxe sur la Valeur Ajoutée, cet impôt proportionnel et non progressif, qu’elle accuse toujours de cibler les plus pauvres, à savoir jeunes, chômeurs, retraités, parce qu’ils consomment. Mais il est difficile de faire supporter le coût de notre système de protection sociale, aux seuls salariés. Et puis surtout, on ne peut cumuler économiquement à la fois les 35 heures, l’euro et les effets de la mondialisation. La vraie crainte des dirigeants français est sinon que l’on détruise le seul moteur de la croissance française, à savoir la consommation, sans toutefois que les moteurs de l’investissement et des exportations ne se mettent à vrombir… Il faut cependant choisir. Et puis, l’avantage de la mondialisation – d’ailleurs peut-être le seul -, est qu’à force de concurrence mondialisée sur le coût, elle réduit au maximum la hausse des prix des produits. 

Mais en effet, le moment est mal choisi, cette ouverture des débats s’associant à l’annonce de la remontée des prix du pétrole et des produits alimentaires. La TVA sociale risquerait ainsi, d’être accusée de relancer l’inflation, et cela à un an des élections présidentielles. Les défenseurs de cette TVA sociale – à l’image de nombreuses autres réformes -, n’ont décidemment pas de chance, les débats à son sujet n’arrivent jamais à point nommé…

                                                                                                                                         J. D.

31 janvier, 2011

Cette dernière réunion du G20

Classé dans : Economie,Monde — llanterne @ 5:27

Cette dernière réunion du G20 dans Economie latern

La France a pris la présidence du G 20 et Nicolas Sarkozy en a présenté les multiples priorités, lundi dernier, à savoir : régulation du prix des matières premières, stabilisation des marchés, amélioration de la gouvernance économique mondiale. Nicolas Sarkozy l’a clamé haut et fort, il faut taxer et réguler. Ces premiers débats entre les membres du G20, se sont ainsi clos vendredi, à Séoul, sur des accords à minima, avec quelques points de convergence, mais aussi le constat de nombreuses difficultés à résoudre et à surpasser, notamment en matière monétaire. 

Les dirigeants des vingt pays membres, se retrouveront à Cannes, à la fin 2011. Un positionnement de Nicolas Sarkozy, à cette occasion, dans l’ouverture de ses chantiers colossaux, qui lui a ainsi valu d’être présenté dans le journal « Le Monde » en véritable « social-démocrate, adepte du colbertisme ». Une formule qui ne manque pas de piquant, quand on se rappelle un temps pas si lointain, où les détracteurs de l’actuel président de la République le surnommaient « Sarkozy l’Américain ». Mais la crise de 2008 est passée par là, et entre-temps Nicolas Sarkozy a viré sa cuti. Mais derrière ces prises de positions affichées par le président de la République, plus que louables et de circonstance, et cette idée quelques peu chimérique de régulation mondiale, en réalité, on peut s’interroger sur les véritables marges de manœuvre pour cette présidence. 

Cette régulation mondiale est devenue le rêve de certaines élites françaises, qui ont reconverti l’universalisme hexagonal passé, en un fantasme de gouvernement mondial. Sarkozy emprunte ainsi « les patins » de certains nos grands technocrates, qui ont dirigé ou dirigent encore des organismes internationaux : Jacques Attali, Pascal Lamy, Dominique Strauss-Kahn ou Jean-Claude Trichet. Tous « ces machins » dénoncés jadis, par de Gaulle. Mais les marges de manœuvre pour Sarkozy, sont plus que minces, voire même nulles, et il le sait si bien, qu’il a même renoncé, en réalité, à sa seule proposition réellement iconoclaste et authentiquement révolutionnaire de nouveau système monétaire mondial, vieille idée française, mais butant sur les réalités géo – stratégiques.

Nicolas Sarkozy ne peut se limiter qu’à quelques condamnations, au nom des bons principes. Il a annoncé sa rencontre prochaine avec Dominique Strauss-Kahn. Il défend maintenant une conception plus protectionniste, l’idée de battre monnaie et jouer de sa valeur, dénonçant le souhait d’enterrer l’affaire, « sans fleurs ni couronnes ». Double discours diront ses détracteurs, mais surtout désarroi d’une France et d’une Europe, qui ne parviennent plus à imposer leurs conceptions, dépouillées de leur souveraineté et se cachant derrière une sémantique de coopération, pour mieux reculer face à la perspective de l’inéluctable affrontement économique.                           

                                                                                                                                          J. D.

Un pavé dans la marre du dollar…

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Un pavé dans la marre du dollar... dans Diplomatie latern

Le président chinois Hu Jintao a effectué récemment une visite aux Etats-Unis, qui a été marquée par une offensive sur la question monétaire. On a pu retenir à cette occasion cette formule du dirigeant chinois, qui a marqué les esprits : « Le système monétaire international est devenu un produit du passé ». Voilà de quoi jeter la confusion parmi les esprits les plus idéalistes, toujours à l’affut d’une hypothétique communauté internationale, qui s’idéalisaient que la planète serait dirigée désormais par un consortium sino-américano, le fameux G2. Il est vrai, les dernières déclarations du président Hu Jintao, devraient déciller les yeux les plus embués. Car en remettant ouvertement le rôle de monnaie de réserve du dollar, les Chinois s’attaquent, en effet, au cœur nucléaire de l’impérium américain.        

Le général de Gaulle le savait mieux que quiconque, ayant expliqué avec une rare maestria, il y a plus de quarante ans, les avantages inouïs que les Américains tiraient de ce privilège exorbitant - consécutif aux accords de Bretton-Woods -, celui de battre leur propre monnaie, comme monnaie-référence du monde entier. La décision de Nixon de supprimer la convertibilité du dollar en or, à partir de 1971, avait fait disparaitre le seul talon d’Achille des Américains. Depuis lors, l’armée américaine avait financé sans douleurs la croissance infinie et exorbitante de ses équipements, en faisant jouer la planche à billets. Privilège exorbitant dont ne disposait pas l’Union soviétique Soviétique, et qui a empêché, en plus des absurdités de leur système économique, les communistes de suivre le rythme fou imposé par l’Oncle Sam, dans la course aux armements.Après avoir mis à genoux leur rival soviétique en 89, les Américains devaient réduire à néant, un autre concurrent, à savoir le Japon. En contraignant les Japonais, protégés par leur parapluie nucléaire, à réévaluer leur monnaie par rapport au dollar, les Américains sont parvenus à enrayer leur fantastique machine exportatrice, qui ne cessait alors de tailler des croupières à l’économie américaine.

Vingt ans après, l’économie japonaise ne s’en est toujours pas remise. D’où l’offensive du président chinois à Washington, car les Chinois veulent éviter ces deux écueils, à proprement parler. Ils augmentent de 2 % par an leurs dépenses militaires, et refusent de réévaluer le Yuan. Les Chinois ont aussi pris comme un casus-belli, la décision de la Banque Centrale Américaine de déverser 600 milliards de dollars, pour relancer une nouvelle fois la machine économique américaine et faire baisser le dollar. Les pays émergents sont également furieux. En attaquant ainsi publiquement le dollar, les Chinois incitent l’Arabie saoudite à abandonner la monnaie américaine, comme monnaie de paiement pour les exportations pétrolières. Alors on en aurait fini de la diplomatie du dollar. Et les Américains eux-mêmes, se battent avec une main attachée dans le dos.

Ces-derniers sont surendettés, et en effet, un débiteur parle toujours respectueusement à son banquier. Et aux Etats-Unis, le lobby chinois constitué des grandes industries qui ont délocalisé à tours de bras leurs usines depuis dix ans, et de Wall-Mart, le Carrefour américain, qui importe dans ses grandes surfaces tous les produits Made in China, ont fait la fortune de leurs dirigeants, sur la complaisance à l’égard de la Chine. Les Etats-Unis ont poussé à l’entrée de la Chine à l’OMC. Dixit M. Zemmour, dans une formule qui résume bien le propos : « Ce lobby chinois tel Frankestein a fabriqué un monstre au prix d’une désindustrialisation massive aux Etats-Unis… Et désormais le monstre se retourne contre son créateur »…

                                                                                                                                                               J. D.

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