La Lanterne (politique, sujets de société)

2 octobre, 2015

« Ce soir ou jamais » de Frédéric Taddéï – « Face à l’afflux de réfugiés, que faire ? »

Classé dans : Diplomatie,Europe,Monde,Politique,sujets de societe — llanterne @ 21:15

L’émission « Ce soir ou jamais », présentée par Frédéric Taddeï sur France 2, réunissait dans son dernier numéro, plusieurs personnalités, dont le philosophe Edgar Morin, le député (Les Républicains) Henri Guaino, l’économiste Jacques Attali, la géopoliticienne Béatrice Giblin, le philosophe et mathématicien Olivier Rey, ainsi que la journaliste Eugénie Bastié, pour débattre de la crise des migrants. Comme toujours dans cette émission, la tonalité était souvent subsersive, mais les échanges s’avéraient être sans langue de bois, enrichissant et instructifs.

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5 août, 2015

La colère est dans le pré

Classé dans : Economie,Europe,Politique,sujets de societe — llanterne @ 16:02

Le gouvernement a annoncé sous la pression un plan d’aide de 600 millions d’euros, en tout et pour tout et une revalorisation du prix du lait et du porc breton (revu finalement à la baisse), face à la colère des agriculteurs ayant bloqué le Mont Saint-Michel et menaçant prochainement de manifester à Paris. Mais en tout cas, ce plan est jugé insuffisant par les intéressés. Pourquoi notre filière agricole est-elle en crise ? Qui paiera ces mesures ? Dans une économie de marché, est-ce à l’Etat d’intervenir systématiquement ? Notre structure économique, avec ces charges, nous permet-elle d’être compétitif ? Autant de questions sont soulevées, autour de ce mouvement, la crise agricole actuelle étant le miroir de la crise hexagonale.

Cela fait des décennies qu’on nous parle de la « désertification » de nos campagnes, de la disparition de nos exploitations, de l’agonie de la plupart de nos filières agricoles. Ainsi, dans une approche sociologique, la question est de savoir si l’on peut vivre avec 15 000 euros annuels de revenus, quand l’on travaille de 12 à 15 heures / jour, sans souvent de congés. Sur le plan structurel, des questions peuvent se poser, notamment celle de la taille de nos entreprises agricoles, du caractère hyper-administré de l’agriculture en France, qui fait que nous ne sommes pas préparés à cette compétitivité mondiale effrénée. Depuis l’après-guerre, les gouvernements successifs ont géré les malheurs de nos paysans, grâce à un système obsolète, la FNSEA (fondée en 1946), à savoir un syndicat majoritaire tenant les Chambres d’agriculture, le Crédit agricole, les Safers, les coopératives, la protection sociale. Mais le président de la FNSEA locale se réserve à ses petites relations les prêts, les meilleures terres, les meilleures ventes, contrôlant tout, du foncier à la vente de la production, en passant par les crédits. Ce système est évidemment l’un des premières causes de la catastrophe. Et puis, bien sûr, il y a tout le reste, c’est-à-dire cette «  exception » française garottant, à coup de charges insupportables et de règlementations – le plus souvent – absurdes, tous ceux qui tentent d’entreprendre quoi que ce soit dans le pays, dans n’importe quel domaine.

En France, cette économie agricole est productive et cela alors que la population agricole diminue, avec moins de 600 000 agriculteurs contre un million en 1986, avec alors une production de 40 % inférieure à ce qu’elle est aujourd’hui. L’agriculture américaine est devenue le premier client d’Enron, par exemple, c’est-à-dire que l’on utilise toutes les nouvelles technologies pour augmenter considérablement la production. En France, nous avons un secteur très productif qui souffre de deux problèmes, à savoir que des sous-secteurs sont très productifs, mais que d’autres sont très en retard. Quand le président de la République se rend à Vinexpo, il dit aux producteurs présents, « vous êtes une des sources de revenus les plus importantes », étant vrai que l’excédent agricole porté par le vin et les spiritueux français est parmi les plus importants de nos excédents commerciaux. C’est le 1er secteur exportateur en France devant l’aéronautique – mais le 2e solde commercial derrière ce-dernier -, porté par les céréales, le vin, et une autre agriculture qui est plus de proximité, autour du lait. Quand l’on regarde le revenu des agriculteurs, une partie passe par les prix et une partie par les subventions. Dans l’économie hexagonale, l’agriculture représente 58 milliards d’euros de chiffre d’affaires, soit 50 milliards par les prix et 8 milliards par les subventions de la CEE. Donc il y a un arbitrage entre ce que l’on fera passer par les prix, ce que l’on fera passer par les subventions et dans le choix qui est fait, c’est quelle vision de l’agriculture l’on a. A cet effet, toute une partie de notre élite dirigeante cultive une vision assez négative de notre agriculture induite par un discours un petit peu mondain germanopratin de l’agriculteur pollueur. Et donc l’arbitrage entre les prix et les subventions est lié à la fois à la compétitivité, au commerce international et à cette ambiance étrange et délétère entretenue entre les Français et l’agriculture.

On peut se demander pourquoi plutôt que de bloquer les ponts et les routes, les agriculteurs ne s’en prennent pas aux industriels ou aux distributeurs qui leurs nuisent, voire aux sous-préfectures. Le blocage est un coup de gueule pour être entendu vraiment, mais ce n’est pas le seul type d’opération entreprise, certains agriculteurs étant en observation, par exemple, depuis des mois, afin de vérifier la provenance des produits carnés et laitiers dans la grande distribution. Le problème réside dans les coûts de production et la compétitivité vis-à-vis de nos pays voisins, à savoir l’Allemagne, les Pays-Bas, le Danemark, l’Espagne, donc nos partenaires européens. En Espagne, les coûts de production sont plus faibles. Car ce qui compte après, c’est la transformation du porc, l’Allemagne ayant fait le choix de faire appel à des intérimaires précaires, roumains, polonais ou autres, par exemple, dans les champs et les abattoirs, qu’ils conservent à bas coûts, quatre à cinq mois, puis faisant appel à d’autres. Sur le marché du porc breton, à 1,3 euros le kilo, les prix espagnols sont quelques centimes plus bas, les prix allemands à 4 centimes de différence, en intégrant tous les intermédiaires et le coût salarial de l’abatteur. Dans l’UE, on ne peut forcer le consommateur français à acheter français. Par contre, les industriels demandent une harmonisation des coûts de main-d’oeuvre dans les abattoirs. Les producteurs voisins ont des infrastructures plus importantes, les normes sanitaires sont plus sévères en France qu’en Allemagne. Pour construire une porcherie, avec le même caractère productif et polluant, en Allemagne, il faut demander une autorisation au-delà de 2000 porcs. En France il faut en demander une, qui est longue et coûteuse, au-delà de 450 porcs… 

Nous avons l’impression d’entendre au sujet de l’agriculture, les complaintes portées dans d’autres secteurs d’activités, en France, soit des charges plus élevées et des normes plus complexes qu’ailleurs. Cette filière agro-alimentaire française – les abattoirs, les laiteries, etc. – qui est immense, et reconnue dans le monde, avec un label qualité, est à défendre, à promouvoir. L’agriculture devient l’un des grands défis de demain, avec aujourd’hui 7 milliards d’habitants à nourrir. La PAC a été peu à peu détricotée, sans filet de sécurité et de mécanisme d’achat. Les quotas laitiers (instaurés en 1985) ont été supprimés, au printemps dernier. Sur le plan historique, nous avons eu une 1ère période où nous ne produisions pas assez de lait, dans l’immédiat après-guerre. On se souvient du lait Mendès France, distribué dans les écoles primaires. Puis la génération d’après se remémore qu’il y avait une production laitière devenue trop importante, donc la CEE l’achetait et le stockait sous des formes diverses et variées. Puis il y a eu cette régulation par les quotas laitiers. Et maintenant, nous sommes dans une situation où on a libéralisé le commerce du lait. Un paysan sur deux en Europe est polonais, roumain ou bulgare aujourd’hui, alors qu’en 1950, c’était le paysan français, d’où la redéfinition de la PAC, liée à l’évolution de notre agriculture et à l’entrée dans le marché commun des nouveaux pays entrants en 2004 et 2006. Et depuis dix ans, ce qui s’est immiscé dans ces marchés, c’est la volatilité pour des raisons x, y, z, car tous les pays veulent rentrer dans cette course à l’alimentation mondiale, sans régulation, au travers une activité très capitalistique (bâtiments, tracteurs, animaux, etc…), le niveau de rentabilité étant plutôt faible. Il faut investir beaucoup, ce qui fait qu’en cas d’à coûts des prix, si cela dure trois ans, l’agriculteur ne peut faire face.

Il faudrait permettre le regroupement d’exploitations entrepreneuriales, devant sortir de toutes les autorisations administratives pour s’installer ou augmenter et même pour racheter la ferme d’un voisin, en passant par la Safer (gérant le foncier), soit toute une demande très administrée. Aujourd’hui, un producteur laitier passé de 500 à 524 vaches doit payer des amendes excessives. Une ferme de 70 vaches laitières subit des normes qui seront les mêmes. L’espace, la climatisation sont meilleurs que dans des exploitations n’ayant pas les moyens de se développer et de s’équiper. Ces porcheries devraient être rassemblées, nécessitant une grande surveillance, en regroupant des exploitations, permettant de partager le travail, de mutualiser les investissements, etc. Mais il y a la place aussi pour des modèles plus artisanaux, comme dans le Cantal. Des mécanismes de régulation sont à réinventer, non plus dans les politiques publiques européennes, mais entre agriculteurs et acteurs économiques. En nouant des contrats tripartites entre producteur-transformateur-distributeur qui permettent de partager des coûts d’investissements, sur des volumes négociés, intégrant des coûts de production franco-français avec des normes. En aval, un certain nombre de points pourrait être défini avec la distribution, dans la promotion de la qualité et l’origine (avec la labellisation et le sticker « viande de nulle part », portant son effet sur le consommateur, comme l’analyse l’économiste Philippe Dessertines). Le consommateur est prêt à faire un choix, l’alimentaire touchant à quelque chose de très fort, du point de vue psychologique. 80 % de ce que vous mangez, a été produit en France (avec un label Unesco). Mais notre production doit s’adapter et notre structure économique ne nous permet pas d’être compétitif, dans une économie dérégulée. Lorsque l’on parle des intermédiaires, il y a enfin la guerre des enseignes et donc des prix. Les grands distributeurs font un profit (des marges de 15 % entre 2013 et 2014 sur la viande bovine). Les quatre principaux se sont regroupés récemment pour être plus efficaces, en mutualisant leurs centrales d’achat, et étant tout seul, Leclerc s’étant mis avec un Allemand. Quand dans le même temps les revenus des agriculteurs a diminué de 20 %. Si le pouvoir d’achat n’était pas si bas, sûrement les Français achèteraient plus facilement de la qualité.

Défendre les éleveurs, c’est aussi se souvenir que la France a très longtemps été une nation paysanne. La population rurale n’a cessé d’être majoritaire que dans les années 1950, alors qu’en Allemagne ce fut le cas au début du XXe siècle. A ce titre, 86 % des Français appellent à plus de solidarité avec les éleveurs. C’est défendre l’enracinement, le terroir, à savoir la classique posture barrésienne. Le secteur primaire est par essence celui des entreprises à taille humaine, et son développement et son épanouissement passent par la mise en oeuvre des principes de l’économie sociale, comme le déclarait Jules Méline, ministre de l’Agriculture, lors d’une discussion à l’Assemblée nationale, le 10 mai 1890, et notamment du système de coopération en agriculture, au delà du seul système de crédit. Sur le plan historique, alors député des Vosges, Jules Méline se voit confier le portefeuille du ministère de l’Agriculture par Jules Ferry en 1883, se consacrant à sa tâche avec beaucoup de conscience. Car c’est alors la période difficile de la « crise agricole », marquée par la baisse des prix due à la concurrence des pays neufs. Si Méline fait établir des droits de douane sur les céréales, et plafonne les prix du grain, il aperçoit bien à l’origine les limites de cette solution et il désire améliorer parallèlement la rentabilité des exploitations. Il contribue activement dans ce sens à l’organisation du crédit agricole. Ayant évolué politiquement vers le centre droit, il est encore ministre de l’Agriculture en 1915, et vit jusqu’en 1925, profondément vénéré des ruraux. On lui a beaucoup reproché depuis lors l’orientation défensive qu’il a donné à la politique agricole française, et le terme de mélinisme a pris, non sans quelle injustice, une tonalité péjorative. Il est vrai, après ce n’est peut-être pas à l’Etat d’intervenir systématiquement, dans une économie de marché. Mais il faut rappeler qu’aux Etats-Unis, pourtant un pays libéral, l’Etat intervient systématiquement en faveur de l’agriculture, n’ayant toujours pas aboli le Buy American Act de 1933, et n’hésitant pas à imposer des normes sanitaires qui, de facto, bloquent les importations, comme pour les fromages au lait cru. Et sans l’intervention de l’Etat, l’agriculture japonaise n’existerait plus (la plus subventionnée au monde), car aucun pays ne veut abandonner sa souveraineté alimentaire.

Hollande, Valls et Le Foll (sans doute le ministre de l’Agriculture le plus médiocre, à part Edith Cresson, que nous ayons eu depuis le début de la Ve République, ayant même refusé de se déplacer pour rencontrer les agriculteurs, au début de la crise) annoncent ainsi dans la précipitation des plans d’urgence, quelques millions d’euros à la volée, des réunions de concertation, des commissions. Clémenceau disait « quand je veux enterrer un problème, je crée une commission ». Mais ce n’est évidemment pas avec quelques subventions supplémentaires et quelques facilités de paiement qu’on sauvera l’agriculture française – ou du moins les plus petits producteurs – face à la concurrence européenne et mondiale, et surtout face à elle-même. Le contribuable et le consommateur paieront à double titre, outre une légère hausse de prix, au travers la répercussion de l’aide d’Etat dans l’allongement de la dette. Mais ce ne sont pas des réformes structurelles, c’est là que le bas blesse. Les agriculteurs veulent simplement que le pouvoir tienne (au moins un peu) toutes les promesses qu’il leur a faites il n’y a pas si longtemps et pouvoir continuer à nourrir leurs concitoyens, comme cela a toujours été leur mission sacrée. C’est-à-dire, au moins, qu’il abaisse les fameuses charges les asphyxiant, qu’il règlemente la distribution et qu’il régule, dès que la concurrence européenne et / ou mondiale devient par trop déloyale.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         J. D.

19 mars, 2013

Bruxelles et les budgets nationaux

Classé dans : Europe,Politique,sujets de societe — llanterne @ 20:20

Les dirigeants européens se sont réunis en sommet, mardi dernier, à Bruxelles. Ils devaient notamment entériner l’obligation qui va être faite désormais aux Etats, de soumettre leurs budgets nationaux à la Commission européenne, avant le vote des parlements. « Cela signifie que l’on peut fermer la mêlée parlementaire du Palais Bourbon », comme l’observe Monsieur Zemmour. Les députés perdent ainsi de leurs prérogatives initiales, les commissaires de Bruxelles ayant au préalable imposé leur « diktat ».

Nos chers députés ne pourront plus que se soumettre ou se démettre. Le vote du budget, des impôts, des dépenses par les représentants du peuple, fut pourtant aux sources de la démocratie. C’est ainsi que les révolutions ont commencé en Angleterre et puis en France. Il y a vingt ans, Philippe Séguin avait prophétisé, lors du référendum sur Maastricht, en 1992 : « Ce sera la revanche sur 1789 ». L’élu d’Epinal - « la bête des Vosges », comme on le surnommait -, ne s’était pas trompé. L’autre grande arme économique des Etats, la monnaie, avait alors été confié à un cénacle de technocrates rassemblés dans une Banque Centrale Européenne, qui depuis lors, défend farouchement son indépendance. Avec les budgets sous contrôle de commissaires non élus, l’Europe ferme une parenthèse démocratique de plusieurs siècles. C’est ce que le philosophe allemand Habermas appelle « l’autocratie post-démocratique », en langage courant, la dictature des technocrates.

Chaque année, en votant la loi de finances, le Parlement donne à l’État l’autorisation de percevoir l’impôt. C’est un moment clé et l’un des temps forts de la démocratie représentative. En effet, dès qu’il est voté, l’impôt est obligatoire. Il est fondamental que l’ensemble des citoyens, par l’intermédiaire de leurs représentants, donnent leur consentement à l’impôt. C’est un acte solennel, un des temps forts de la vie parlementaire, qui se répète chaque automne et constitue un fondement de la démocratie. Le consentement à l’impôt est aux sources même du principe parlementaire. Historiquement, les premiers Parlements étaient convoqués par les souverains pour réunir les sommes nécessaires à l’État. C’était le cas en France avec la réunion des États Généraux. Reprenant l’héritage de l’Ancien Régime, la Révolution française a maintenu, développé et théorisé le rôle du Parlement dans la formation et le vote de l’impôt. Trois articles (13, 14 et 15) de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen en font un principe fondamental.

En France, les politiques bougonnent, marmonnent, protestent, mais ils sont piégés. La gauche est depuis un siècle, internationaliste, européenne, fédéraliste. Mais cette Europe fédérale se construit pour mettre en place une politique d’austérité, qui l’horripile. La droite française, depuis le général de Gaulle, est censée défendre l’indépendance de la France. Mais elle approuve cette rigueur, qu’un des siens, Sarkozy, avait accepté sans broncher. Quand les peuples votent, ils rejettent violemment la politique imposée par Bruxelles. L’Italien Mario Monti l’a rudement appris à ses dépens. Mais Bruxelles est sourde, sûre d’être dans le vrai, sûre de « sa réussite », comme dit le Portugais Manuelo Barroso, un mot parfaitement choisi par le président de la Commission. Suivant l’analyse zemmourienne, sept pays de la zone euro sont en récession, neuf sont en stagnation. Un seul pays est florissant, l’Allemagne, se donne fièrement en exemple, et inspire la politique imposée par Bruxelles, qui n’est en réalité, qu’un relais de l’actuelle hégémonie germanique.

Mais le « cocktail » berlinois de monnaie forte, de libre-échange et de rigueur répond aux besoins de l’Allemagne : sa démographie faible et son industrie puissante à forte valeur ajoutée. L’inverse exact de la France. Mais les peuples ne s’y trompent pas. Angela Merkel est souvent visée dans les manifestations à Athènes ou Madrid. En Italie, ceux qui criaient le plus fort contre l’Euro et l’Allemagne, ont gagné. Ce que Jean-Claude Barreau avait dénoncé dans « Le coup d’Etat invisible », le voici. Ce coup d’Etat invisible, Mitterrand l’a voulu. Chirac et Juppé en avaient rêvé. Delors, Jospin et Strauss-Kahn l’ont fait. Supprimer le dernier privilège du peuple français : les effets du suffrage universel. Les fanatiques de l’Europe ont gagné et ce qui était chimère devient réalité. Pendant que Bruxelles donne des directives sur le sperme de cochon, et contrôle maintenant le budget des Etats, le chômage explose chez nous. La France ne maîtrise plus son destin. Mais il paraît que c’est le progrès. La secte des gnomes européistes qui tient désormais tous les partis a réussi à dissoudre la nation et à effacer 1789. 

A Bruxelles, comme à Paris, on dénonce le populisme, on craint le retour des nationalismes. Mais les tensions montent. Il y a cinquante ans, l’Europe a été fondé au nom de la paix et de la démocratie. La démocratie ne subsiste que comme un décor. Reste la paix. Pour combien de temps ? 

                                                                                                         J. D.

18 mars, 2013

De l’usage de la démocratie en Suisse

Classé dans : Europe,Politique,sujets de societe — llanterne @ 19:57

Comme l’analysait le truculent Eric Zemmour, dans sa chronique matinale, qui me sert souvent de fil directeur, les patrons suisses « l’ont mauvaise », en ce moment. L’un des plus emblématiques, l’ancien patron du laboratoire pharmaceutique Novartis parlait même de s’exiler ! En effet, les Suisses ont décidé par référendum, de limiter les bonus et d’interdire les parachutes dorés. C’est une mesure très applaudie, côté français.

Ainsi, la gauche française les cite ainsi en exemple, se propose de les imiter. Les petits Suisses sont loués par les grands médias français, pour avoir eu l’audace d’affronter les patrons. Les Suisses se souviennent, que les mêmes, il y a deux ans seulement, avaient déversé sur eux des tombereaux d’injures pour un autre référendum, une autre  « votation » comme ils disent. Alors cette procédure était cruellement dénigrée, elle faisait le lit du populisme. Les Suisses les plus francophiles auront du mal à comprendre une telle inconstance hexagonale. Ce sont pourtant les mêmes électeurs, la même démocratie directe séculaire, qui sont glorifiés après avoir été traînés dans la boue. Le pays du secret bancaire, des montres de luxe, de Davos et des référendums interdisant les minarets est aussi celui qui implique le plus ses citoyens dans le processus de décision, loin de toute polarisation politique. La Suisse est une démocratie historique.

C’est ainsi qu’on dit tout d’un trait : la démocratie suisse, la démocratie française, la démocratie américaine, sans réfléchir qu’entre la première et la deuxième, entre la deuxième et la troisième, il y a plus que la hauteur des Alpes ou la largeur de l’Océan. La démocratie suisse, par exemple, est historique et traditionnelle ; la démocratie américaine s’est établie d’un coup dans un pays neuf ; la démocratie française, au contraire, est comme une jeune greffe plantée sur un vieil arbre monarchique. La démocratie helvétique s’est, dès l’origine, appliquée et n’a pas cessé de s’appliquer  à une confédération d’Etats ; la démocratie française, au contraire, vient se superposer, sur le tard, à un État unitaire et centralisé. La démocratie helvétique existe depuis toujours, depuis que la Suisse est née, depuis six cents ans. La Suisse est une démocratie de par toute son histoire. Elle est, de naissance, une démocratie. Mais avant tout, une particularité de la démocratie suisse est que le peuple garde en permanence un contrôle sur ses élus, car la Suisse est une démocratie qui peut être qualifiée de semi-directe, dans le sens où elle a des éléments d’une démocratie représentative et d’une démocratie directe.

En effet, en Suisse, le corps électoral dispose de deux instruments qui lui permettent d’agir sur un acte décidé par l’État : il s’agit du référendum, qui peut être facultatif ou obligatoire, et de l’initiative populaire qui est le droit d’une fraction du corps électoral de déclencher une procédure permettant l’adoption, la révision, ou l’abrogation d’une disposition constitutionnelle. Cette fois-ci, en plafonnant les salaires des grands patrons, les Suisses veulent lutter contre cet accroissement inouï des inégalités, qui sape depuis vingt ans la cohésion de toutes les sociétés occidentales, et pousse les classes moyennes à s’endetter, pour suivre, pour ne pas déchoir, habitées par la suprême hantise du déclassement social. Les Suisses essayent de préserver, vaille que vaille, une cohésion, une sociabilité, un mode de vie, une culture, un héritage. C’est le même idéal de mesures des classes moyennes, qui les animent, et s’incarnait naguère dans la notion de République, en Suisse, mais aussi en France.

Mais la gauche française a des œillères, condamnant l’insécurité sociale de ces classes moyennes et populaires - par le discours et non dans les actes -, mais refusant de considérer les autres formes d’insécurités qui hantent les mêmes. Il est vrai, que souvent la droite française a les mêmes œillères, mais mises à l’envers. A tous, les Suisses montrent que l’on peut être petit, seul, mais courageux et cohérent.

                                                                                                                                                                                                      J. D.

30 janvier, 2013

Ce référendum anglais sur l’Europe

Classé dans : Europe,Politique,sujets de societe — llanterne @ 19:51

 Accusé de faire chanter l’Europe, David Cameron passe un mauvais quart d’heure, de Bruxelles à Berlin, en passant par Paris et même Washington. Il parait que même Pékin désapprouve. Les élites européennes et britanniques désapprouvent aussi. Son prédécesseur, Tony Blair, le condamne. Les marchés, les bourses, les banquiers, les milieux d’affaires aussi. Il faut dire que le Premier ministre de Sa Gracieuse Majesté, a exagéré en exigeant un référendum sur la sortie du Royaume-Uni de l’UE.

Demander au peuple, son avis. On n’a pas idée aussi. On dira que, malgré le tunnel sous la Manche, la Grande-Bretagne est encore une île, qu’elle regarde toujours davantage vers les Etats-Unis que vers le vieux continent, qu’elle est entrée à reculons dans l’Union et qu’elle n’a jamais voulu adopter l’euro. Mais cela dit, les Anglais ont de la chance. Cela fait bien longtemps qu’on ne nous a plus demandé, à nous autres, ce que nous pensions de cette Europe qu’on nous avait présentée jadis comme une aimable confédération d’Etats-Nations. Il parait que Cameron pousserait l’incongruité, jusqu’à se soumettre à la volonté du peuple britannique. Pourtant, Sarkozy lui avait donné le bon exemple, le ton, l’on pourrait dire : un référendum sur l’Europe, on s’assoit dessus, ou alors on fait revoter en catimini, jusqu’à ce qu’un oui s’en suive. Et si le non l’emportait, pourquoi pas démissionner, tant qu’on y est, comme un vulgaire général de Gaulle, en 1969. La dernière fois qu’on nous avait demandé notre avis, nous avions dit très clairement « non » et nos dirigeants - en l’occurrence Sarkozy qui ne l’a pas emporté au paradis -, n’en ont tenu aucun compte. Ils savent mieux que nous ce que nous souhaitons.

Les Anglais, eux, ont refusé les douceurs de l’euro, qui devaient nous conduire sur les voies de la croissance et de la prospérité, pour paraphraser Eric Zemmour. Depuis vingt ans, la zone euro est la région du monde où la croissance est la plus faible. Les Anglais veulent continuer à bénéficier de leur propre planche à billets, comme les Américains, les Japonais ou les Chinois. Ils ont aussi refusé les joies de Schengen, qui permet de recevoir des centaines de milliers d’immigrés, dont personne ne veut. Ils refusent aussi de se soumettre à l’impérium de la grande puissance du continent, l’Allemagne. Les Anglais nous comprennent mal, nous qui cédons au lyrisme illusoire du couple franco-allemand. « Un couple, disait Oscar Wilde, c’est quand deux personnes ne font qu’un ». Mais lequel ? Ils sont susceptibles, en plus. Ils ne supportent pas, après la suppression des frontières, la monnaie, de voir leurs lois, fabriquer par des technocrates bruxellois. Ils ont la prétention de continuer à les faire aux Communes à Londres. Ils appellent cela, la démocratie parlementaire. Ils refusent aussi que des juges étrangers à La Haye, leurs fassent des remontrances sur les droits de l’homme. Comme s’ils se prenaient pour le pays de l’Habeas Corpus.

Depuis cette annonce, on menace aux entreprises britanniques de leur fermer le marché européen. Mais le marché européen est le plus ouvert au monde. Les Américains, les Chinois, les Japonais y entrent comme dans du beurre. Et l’industrie britannique est en train de se refaire une santé, grâce à une monnaie faible et des lois sociales encore plus faibles. Comme le conclut M. Zemmour,  décidément, ce populisme britannique qui ne reconnait que son propre intérêt s’avère intolérable…

                                                                                                                                                                                                      J. D.

15 avril, 2012

L’Espagne et l’austérité

Classé dans : Economie,Europe — llanterne @ 16:51

L'Espagne et l'austérité dans Economie latern

Ces derniers jours, nous avons beaucoup parler de la situation en Espagne, évidemment, au lendemain de cette grève générale, qui a paralysé une partie du pays et même dégénéré à Madrid, comme à Barcelone. Mariano Rarol, le président du gouvernement de droite, va présenter un projet de budget d’austérité, qu’il qualifie lui-même de très très sévère. Ainsi après le feuilleton grec, qui n’est pas terminé, voici maintenant venu le tour de l’Espagne. Endettement induisant la rigueur, l’austérité, puis mécontentement, et enfin grève générale. Le scénario est toujours le même. Aujourd’hui, les Espagnols cochent la case grève générale.

Le nouveau premier ministre en est visiblement ravi. Il aura tout fait, pour avoir sa petite grève générale. Car ses manifestations dans la rue, son conflit social, le posent en grand réformateur libéral. Il imite un peu Sarkozy, lors de la réforme des retraites. Tous jouent à Margareth Thatcher, pour séduire les marchés, leur prouver leur détermination sans faille. Dans une approche schématique, tous les gouvernements européens en sont là. Car la politique ne se fait pas au taux d’intérêt, mais au spred, qui détermine le taux d’intérêt, auxquels ils empruntent sur les marchés internationaux. Or, le spred de l’Espagne est au plus mal, il est plus haut désormais que celui de l’Italie. Les Espagnols ont en effet reconnu, qu’ils ne respecteraient pas leur objectifs de réduction des déficits budgétaires. Leur organisation fédéraliste avec leurs régions si puissantes, qui faisait l’admiration de tous les modernes, se retournent contre eux. Les régions sont surendettées, certaines au bord de la faillite, en plus de l’Etat central.

La moitié de la jeunesse espagnole est au chômage, l’autre est payée une misère. Les Espagnols retrouvent le chemin de l’immigration vers l’Allemagne, le Canada, l’Australie, comme leurs grands-pères étaient venus en France. Une régression historique inouïe. Le tableau est sombre, et on a le sentiment quand même d’une douche froide, avec ce nouveau plan de rigueur, en Espagne. Parce qu’on pensait tout de même que l’Europe avait évité le pire et mangé son pain noir. On croyait la crise de l’euro partiellement passée, pour l’instant. En France, la campagne présidentielle n’en parlait plus. La Banque Centrale Européenne avait éteint l’incendie, en inondant les banques de mille milliards d’euros, qu’elle leur a confié au taux ridicule de 1 %. Celles-ci, ravies, ont prêté à leur tour cet argent aux Etats européens, beaucoup plus cher. Tout le monde était content. Les banques vont continuer à s’engraisser, et les Etats ont ainsi financé leurs précieuses dettes. Mais la crise de l’euro n’est pas seulement un manque de liquidité. Elle est aussi, d’abord une crise de solvabilité. L’économie espagnole n’est pas compétitive. Son modèle de croissance reposait sur une bulle immobilière artificielle, qui a éclaté. Pour retrouver un certain dynamisme économique, elle devrait dévaluer sa monnaie, de 20, 30 %, peut-être. Mais l’euro ne lui appartient pas. Sa Banque Centrale à Madrid, ne sert à rien, la politique monétaire est dictée par la BCE à Francfort. Elle ne peut pas prêter à l’Etat espagnol, et elle ne peut pas financer les investissements pour relancer la croissance.

L’euro est tiré vers le haut, par la super-compétitivité des pays du nord, Allemagne en particulier. C’est le drame de la monnaie européenne, que d’avoir été distribué à des économies structurellement divergentes. Ainsi, pour retrouver sa compétitivité, l’Espagne n’a plus le choix. Puisqu’elle ne peut pas dévaluer sa monnaie, il lui faut baisser les salaires du public, comme du privé, d’au moins de 20 %,  directement, brutalement, sauvagement. Alors après la Grèce, maintenant l’Espagne. Et demain, à qui le tour ?

                                                                                                                               J. D.

1 janvier, 2012

L’humour anglais

Classé dans : Europe — llanterne @ 11:32

Dans l’actualité de la zone euro, à l’échelle européenne, le premier ministre britannique, conservateur rappelons-le, David Cameron, a défendu, becs et ongles devant les députés des communes, son véto contre un nouveau traité européen. D’ailleurs, il est le seul dirigeant concerné à s’être opposé, vendredi 8 décembre, à ce nouveau compromis destiné à sauver l’euro. David Cameron a ainsi ajouté qu’il était allé à Bruxelles, avec un seul objectif, « protéger l’intérêt national britannique ».

Bien-sûr, ce n’est pas la première, ni la dernière fois, que la perfide Albion se démarque, au sein des instances européennes, et officiellement, le Royaume-Uni n’est pas sorti de l’UE, où il est entré en 1973, David Cameron peut légitimement le proclamer. Mais qu’il le veuille ou non, et quoi qu’il en soit de la portée réelle de ce nouveau traité, il a ainsi donné le signe que désormais, dans le cadre de la résolution de cette crise monétaire, leur chemin se séparer… C’est ainsi, à juste titre vraisemblablement, que l’ont compris Sarkozy et Merkel, et c’est ainsi que l’ont compris également, les parlementaires anglais. La City est le prétexte officiel de la rupture. Les Etats européens voulaient enfin réguler un peu, une finance dont les débordements exubérants, les auront mis à la torture. Mais seulement, les Anglais ne peuvent pas se permettre de voir partir pour Singapour ou ailleurs, une activité économique qui représente 13 % de la richesse nationale et 300 000 emplois. Mais la City, c’est davantage que des chiffres.

La City, c’est un symbole, un esprit, une histoire, vieille histoire. C’est la City qui finança les guerres contre Louis XIV et Napoléon. C’est la City qui est aujourd’hui la vraie mère patrie de tous les paradis fiscaux de la planète. Depuis le « Big Bang » de 1986, les activités financières de la City n’ont cessé de gagner du terrain, en particulier face à sa grande concurrente, la Big Apple et Wall Street, par une position géographique priviligiée. Aujourd’hui, la City reste la première place financière du monde (gérant 1/5 des fameux « hedge funds », et près de 80 % des fonds européens), en ce qui concerne les devises et son avance ne cesse de progresser. C’est la City aussi, qui incarne ce goût du grand large, cette idéologie libérale et mondialisée, qu’elle aura fini par insuffler aux institutions européennes.

Dans son célèbre « C’était de Gaulle », Alain Peyrefitte rapporte ainsi, sur cette même tonalité, cette confidence lumineuse du général : « En raison de sa géographie, l’Angleterre n’a jamais admis, ni de voir le continent s’unir, ni de se confondre avec lui ». On peut même dire que depuis huit siècles, toute l’histoire de l’Europe est là, ainsi résumée. Certes, la Grande-Bretagne reste quand même, un membre à part entière de l’Union européenne, mais s’ils voulaient, les Anglais pourraient presque en sortir, car ils ont une fois de plus gagné. Lorsque le général de Gaulle leur refusait obstinément l’entrée du marché commun, c’était, avant tout, au nom de la défense de la politique agricole commune, et de ce tarif extérieur commun qui faisait passer alors l’Europe des six pour une forteresse protectionniste (presque un nouveau blocus continental). Depuis la PAC a été désactivée et la forteresse Europe est le continent le plus ouvert, le plus offert aux produits étrangers.

Les Anglais ont obtenu que l’anglais remplace le français -langue traditionnelle de la diplomatie-, comme la langue des travaux communautaires, et que le droit anglo-saxon concurrence le droit civil napoléonien. Les Anglais n’ont jamais cru aux chimères des Etats-Unis d’Europe, peut-être parce qu’ils étaient trop liés aux Etats-Unis d’Amérique. Ils n’ont jamais signé ces accords de Schengen, dont Sarkozy ne sait plus comment se débarrasser. N’ayant adopté l’euro, ils ont pu dévaluer la livre sterling de 30 % et empruntent sur les marchés, à des taux inférieurs à ceux de l’Allemagne. Ils contestent désormais l’impérium juridique de la Cour européenne des droits de l’homme, corsetant notre politique judiciaire, fiscale et intérieure.

L’Europe n’est pour eux qu’un grand marché, où cette nation avant tout commerçante, se sent comme un poisson dans l’eau. Quand Georges Pompidou les laissa entrer dans le marché commun, levant son véto, c’était pour faire contrepoids à une Allemagne de l’ouest, dont il craignait déjà la puissance. Quarante ans plus tard, les Anglais nous laissent à notre tête déséquilibrée, avec les héritiers de Bismarck. Comme le concluait ironiquement le journaliste Eric Zemmour, sur sa récente chronique sur RTL consacrée au sujet, c’est probablement là, « ce que l’on doit appeler l’humour anglais ».

                                                                                                                                                                                          J. D.

31 décembre, 2011

L’éternelle fracture

Classé dans : Europe,Politique,sujets de societe — llanterne @ 11:20

 L'éternelle fracture  dans Europe latern

L’Europe est de nouveau au cœur du débat politique, ce dont on a eu la confirmation, avec le récent discours -début décembre-, de Nicolas Sarkozy, et on peut même dire, que l’on retrouve au-delà du clivage habituel gauche / droite, cette fracture de Maastricht, vieille de dix-neuf ans. « Plus rien ne sera comme avant ». On se souvient, Charles Pasqua le proclamait goulument, le soir du référendum sur Maastricht, en 1992. Mais ni Philippe Séguin, ni Philippe de Villiers, ni Charles Pasqua, ni Jean-Pierre Chevènement, les champions du non d’alors, n’ont jamais réussi à rassembler les républicains des deux rives, « pour faire turbuler le système », pour reprendre deux expressions chères à ce dernier. Jean-Marie Le Pen lui n’a jamais essayé.

Ostracisé par tous les autres, il s’est enfermé dans son donjon. Mais c’est lui qui avait le magot, le peuple. C’est lui qui posait la question, qui intéressait l’électorat populaire, l’immigration, l’insécurité, questions devant lesquelles les autres tournaient pudiquement la tête. A savoir, une équation insoluble qui a fait la fortune successive de Chirac et de Sarkozy, qui ont l’habileté de faire campagne sur des thèmes souverainistes : fracture sociale et sécurité pour le premier, identité nationale pour le second, s’accompagnant de la prudence matoise de gouverner, en se soumettant aux canons européens… C’est parce que la gauche n’a jamais eu ce culot, empêtrée qu’elle est dans ses utopies internationalistes, et par sa répulsion contre-productive pour tout ce qui est national, qu’elle a perdu le peuple et trois présidentielles successives. Les départs successifs des souverainistes de gauche, de Chevènement à Mélenchon, n’ont jamais réussi à détruire la vieille maison, qui est redevenu ce qu’elle était, quand elle s’appelait la S.F.I.O., à savoir un parti d’élus locaux servi par leur clientélisme et leur savoir-faire de notables. Vous connaissez la célèbre formule du cardinal de Retz, ressortie par Mitterrand : « On ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment ». En 2007, Nicolas Sarkozy, en réduisant le grand écart entre Henri Guaino et Alain Minc, avait réconcilié les artisans du oui et du non au référendum sur l’Europe de 2005.

De même, en 2009, la fille de Jacques Delors s’abouchait avec la gauche du non, pour arracher l’appareil du PS à Ségolène Royal. Et voilà que la crise de l’euro, la rigueur imposée par les agences de notation et Berlin, détruisent ce savant travail tactique et projette une lumière crue, sur cette cruelle réalité. Le clivage entre la droite et la gauche n’existe plus. Sarkozy défend la rigueur et Hollande veut donner du sens à la rigueur. Mais si Marine Le Pen a remplacé son père, personne n’a remplacé Séguin et Pasqua, du côté des gaullistes. En dépit des valeureux efforts de Dupont-Aignan, qui y va vraisemblablement, avant tout de sa stratégie personnelle. L’UMP, à part la frange de la droite populaire qui conserve le silence le plus absolu, s’est ralliée à l’intégration européenne sous la férule allemande. Alain Juppé proclame ainsi sa flamme aux Etats-Unis d’Europe, qui l’aurait fait traiter de « cabri » par le général de Gaulle, et de « parti de l’étranger » par Chirac en 1978, depuis sa chambre à coucher de l’hôpital Cochin. A gauche, Montebourg et Mélenchon ont donc remplacé Chevènement, mais ils n’osent pas plus que lui, aborder l’autre question majeure de la mondialisation, à savoir l’immigration, et la maîtrise des flux migratoires.

Le même clivage fondamental est ainsi persistant, depuis Maastricht. La France du haut est plutôt pour l’Europe, la France du bas (ouvriers, employés), est plus que jamais contre. Mais elle est également, plus que jamais majoritaire en voix. Mais aucun de ses porte-voix n’ait parvenu à renverser la table, jusqu’à présent. Ainsi, comme dans cette citation d’Il Gattopardo (Le Guépard), du romancier italien Giuseppe Tomasi di Lampedusa, en vingt ans, « tout a changé, pour que rien ne change »

                                                                                                                                                                      J. D.

19 août, 2011

« Ce soir ou jamais » de Frédéric Taddeï – Intervention de Michel Sapin

Classé dans : Economie,Europe,Politique — llanterne @ 1:12

Dans l’émission « Ce soir ou jamais » présentée par Frédéric Taddeï, l’économiste Michel Sapin revenait il y a quelques mois – en présence de plusieurs invités – sur la crise actuelle, apportant une analyse toujours éclairante, alors que les perspectives économiques deviennent de plus en plus sombres…

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30 mai, 2011

Ras-le-bol à Puerta del sol

Classé dans : Europe,Politique,sujets de societe — llanterne @ 17:14

Ras-le-bol à Puerta del sol dans Europe latern

Lancé le 15 mai dernier, à Madrid et dans plusieurs villes espagnoles (Barcelone, Grenade, Valence…), ce mouvement des indignés, « los indignados », a démarré à la veille des élections municipales du 22. En Espagne, la place Puerta del Sol, à Madrid, est devenue un foyer symbolique de la contestation. Les manifestants forment un groupe ambigu et hétérogène d’étudiants, de chômeurs, de retraités, voire de familles parfois, souhaitant exprimer leur ras-le-bol, à une classe politique espagnole corrompue, qu’ils jugent coupés de leurs réalités.

Depuis le 15 mai, « los indignados » occupent ainsi la fameuse place Puerta del Sol, comme d’autres occupaient la place Tahir, au Caire, il y a quelques mois. Un mouvement qui est partiellement activé par les réseaux sociaux également, à l’initiative de Démocracia Réal ! -Une vraie démocratie vraiment !-, ayant obtenu l’appui de plus de 200 petites associations. Ces manifestations sont le fruit d’une lassitude exprimée, à l’égard du bipartisme en vigueur en Espagne, où les deux grands partis majoritaires alternent successivement au pouvoir, à savoir le Parti Populaire (PP), et le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE), de Zapatero. Campant sous des tentes et des bâches bleues, des centaines de manifestants restent mobilisés sur la célèbre place madrilène (km zéro de la ville) et le théâtre de nombre d’évènements historiques, de la rébellion du dos de mayo (2 mai 1808), immortalisée par la célèbre toile de Goya, en passant par la proclamation de la IIe République par Primo de Rivera, jusqu’aux manifestations pour la liberté d’expression de l’après-franquisme.

Le jeune premier ministre espagnol, José-Luis Zapatero, élu démocratiquement en mai 2004, a annoncé sa retraite politique, à la fin de son second mandat. Il avait déclaré s’attendre sans surprise à une défaite de son parti, aux élections municipales. Ajoutant par ailleurs, qu’il comprenait parfaitement les motivations de ce mouvement, et que s’il avait vingt-cinq ans aujourd’hui, il manifesterait sûrement avec les jeunes dans la rue. On ne peut faire plus compréhensif, habile, politicien et démagogue aussi. Ce qui tue tout romantisme révolutionnaire dans l’oeuf, qui a toujours besoin de bouc-émissaire, voire d’un tyran et de la répression. Si ce n’est quelques débordements, comme à Barcelone où la Guardia Civil a dispersé des centaines de manifestants, on ne constate rien de tout cela à Madrid et dans d’autres villes espagnoles. On laisse les manifestants aller et venir, s’exprimer librement. On touche aussi à la problématique d’un pouvoir contesté, mais qui est démocratiquement issu du peuple. Les jeunes espagnols rêvent de révolution, mais sans Ben Ali ou Moubarak à chasser.

Soit une révolution introuvable, une révolution de la parole, qui ne peut ainsi déboucher sur rien, comme l’avait diagnostiqué Raymond Aron, en son temps, au sujet des évènements de mai 68. A la différence près, que l’Espagne se trouve dans une situation économique et sociale très difficile, qui est le contrecoup de l’explosion de la bulle immobilière, à la source de cette croissance bienfaisante mais artificielle, depuis une décennie. Le phénomène touche spécifiquement les jeunes espagnols, qui ont l’impression fondée, qu’ils auront moins de chance que leurs parents. Vient s’ajouter ce plan de rigueur adopté, coupant drastiquement dans les dépenses sociales. Et les jeunes espagnols se disent que droite et gauche ne changeront rien à tout cela, dans l’immédiat. « Puisqu’au dessus du pouvoir politique, du clivage droite / gauche, au-dessus du peuple même, soit disant souverain, il y a ces marchés qui imposent leurs lois rigoristes, au nom de l’argent qu’ils prêtent ou ne prêtent pas », comme l’analysait Eric Zemmour. Ces marchés anonymes, lointains, insaisissables, l’argent étant « un monarque volatile et désinvolte, qui joue à saute-mouton avec les frontières ».

Il n’y a plus de Roi à embastiller et à guillotiner, plus de deux cent familles à identifier et chasser, de fortunes à saisir et confisquer. C’est la problématique de la démocratie moderne, surtout dans un pays comme l’Espagne, qui en a été privée durant si longtemps, et qui a été vécue comme un cadeau par leurs aînés, après la guerre civile, la dictature et le franquisme. On considère presque l’alternance, comme un jeu de dupe. Le phénomène s’est même étendu par effet de contagion, au Portugal voisin, avec quelques manifestations à Lisbonne, les plus importantes depuis la révolution des oeillets. Le gouvernement socialiste de José Socrates a d’ailleurs démissionné le 23 mars dernier. En Grèce, l’agitation est importante également. La semaine dernière, c’était jour de grève à Athènes, accompagné de manifestations contre les mesures d’austérité, et les privatisations décidées par le gouvernement. Plus personne ne croit sur les marchés à la capacité de la Grèce de rembourser sa dette, avec des taux plafonnant à 25 %. Un plan de restructuration de la dette grecque a été proposé récemment, et tout le pays est contraint de se serrer la ceinture.  

Les mouvements de contestation gagnent ainsi nombre de pays européens, s’en prenant aux gouvernements en place, en Espagne, au Portugal, en Grèce, et même en Italie où Berlusconi risque de perdre les prochaines municipales. Mais comme l’a analysé le philosophe Maxence Hecquart, la démocratie moderne – qui est après tout, une construction législative et intellectuelle encore récente -, paraît de plus en plus fondée sur des relations matérielles comparables à des contrats commerciaux, par la communication et un certain « mercantilisme » politique. Ce régime ne donne plus l’impression, d’être à proportion humaine, les gouvernants paraissant coupés plus que jamais de la masse et les gouvernés raisonnant au rythme des images, avec leur part d’illusion.

La démocratie est une religion absolutiste, en rupture avec un ordre ancien, amenant à aller toujours vers plus de démocratie (directe, participative…). Mais ce qui se révèle être, hélas, qu’un miroir aux alouettes, dans des sociétés où le politique a rétrocédé nombre de ses prérogatives…

                                                                                                                                                              J. D.

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