La Lanterne (politique, sujets de société)

16 avril, 2011

Cette victoire des « verts » outre-Rhin

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 Cette victoire des

L’évènement de la fin mars-début avril, chez nous, c’était les cantonales. Mais en Allemagne, c’était les élections régionales, qui ont été marquées par la percée éclatante du parti écologiste, dans le Bade-Wurtemberg. Pour la première fois dans l’histoire politique allemande, les Verts allemands, vont présider un Land, infligeant une défaite aux chrétiens-démocrates, au pouvoir dans cette région depuis plus de cinquante ans. Ils se sont imposés au sein d’une coalition de gauche, et un ministre-président issu des verts devrait donc, pour la toute première fois dirigée ce land allemand, très riche. C’est dans ce fief industriel de Damler et de Porsche, le fameux Land de Bade-Wurtemberg, que les verts allemands ont été élus. Pour une victoire électorale Outre-Rhin -remontant à une dizaine de jours-, qui a été peu analysé et qui mériterait l’attention du courant écolo hexagonal…

Jusqu’à présent, les verts allemands avaient l’habitude d’être cantonnés à l’arrière de la scène politique, par une image assez prononcée et caricaturale, correspondant à leur jeunesse post-soixante-huitarde. Mais ce qui ne correspond pas vraiment au profil de Wilfried Kretschmann, le nouveau président vert du Land, qui ne cache pas une foi catholique vibrante et se déclare sans fard, très conservateur. On est loin du mariage homosexuel, cher à Noël Mamère, et du combat pour les sans-papiers, cher à Dominique Voynet. Certes, ils sont quand même verts allemands et ils ont gagné ces élections dans le Bade-Wurtemberg. Le débat nucléaire a été certainement fondamental, dans ce Land, abritant quatre des dix-sept centrales nucléaires allemandes. Mais au-delà des causes conjoncturelles de cette victoire -accident nucléaire japonais / lutte contre la construction d’une grande gare à Stuggart-, les verts allemands n’ont remporté leur combat politique, que parce qu’ils ont renoncé à leur anticapitalisme des origines et à leurs combats sociétaux les plus subversifs…

Paradoxalement, les verts allemands reviennent également aux sources de l’écologie, qui naquit d’abord sur les rives d’une droite réactionnaire, qui refusaient depuis le XIXe siècle, les certitudes progressistes et scientistes de la gauche… En France, c’est sous la présidence de Pompidou, que la nébuleuse écologiste a vécu sa période de plus intense développement, bien déterminée à manifester sa vitalité dans sa première élection de 1974. C’est la candidature de René Dumont, agronome retraité, à la campagne iconoclaste très remarquée… Mais l’écologie politique est alors plus recentrée sur ses problématiques initiales. Par une évolution tacticienne remontant aux années 1990, le courant écologiste français en ait ainsi devenu, un mouvement transfuge d’extrême-gauche associant post soixante-huitards reconvertis à quelques écologistes avérés. Mais en Allemagne, on constate qu’ils s’allient aux grands patrons de l’industrie automobile, pour inventer la fameuse nouvelle donne verte, assumant leur inscription critique dans le système capitaliste mondialisé. Et ils ont toutes les qualités pour remplacer dans ce rôle-là, les socio-démocrates, affaiblis par le recul des syndicats et la désagrégation de la classe ouvrière.

Les verts allemands seraient en train de réaliser le rêve des verts français, remplacer les socialistes. Ils accomplissent la mission que leur a accordé, Daniel Cohn-Bendit, devenir le grand parti réformiste libéral de gauche, avec bien-sûr, une forte dose environnementale. Les Français tergiversent encore devant ce reniement, qui leur ouvrirait les portes du pouvoir et de l’assemblée. Mais faute de mieux, certainement y viendront-ils.

                                                                                                                                                            J. D.

11 avril, 2011

Schengen à l’épreuve des faits

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Schengen à l'épreuve des faits dans Europe latern

C’est la dernière controverse récente, en matière de politique intérieure. Confrontée depuis plusieurs mois, à un afflux d’immigrants illégaux tunisiens, l’Italie a décidé de leur délivrer des titres de séjour temporaires, valables dans l’espace Schengen. Ce qui a immédiatement enclenché une polémique avec Paris, qui parle d’un comportement inamical. Claude Guéant, ministre de l’intérieur, a rappelé les règles de séjour pour la France : passeport national valide, titre de séjour, titre de voyage, ressources minimum, justification du but de voyage. « S’il n’y a pas de ressources, nous raccompagnerons les personnes en situation irrégulière en Italie », a ainsi prévenu Claude Guéant, au micro de RTL. Et la situation a tourné ces derniers jours au bras de fer diplomatique, entre Paris et Rome, avec Bruxelles en « médiateur ».

Mais il est vrai, à la base, qu’est-ce que l’espace Schengen ? Depuis 1985, la convention de Schengen promulgue l’ouverture des frontières entre les pays signataires, le territoire ainsi créé étant communément appelé « espace Schengen », du nom du village luxembourgeois, où fut signé le traité entre la France, l’Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg. Si la première convention de Schengen date de 1985, cet espace a été institutionnalisé par le traité d’Amsterdam de 1997. Le traité de Lisbonne, signé le 13 décembre 2007, modifie les règles juridiques concernant l’espace Schengen, en renforçant la notion d’espace de liberté, de sécurité et de justice. Celui-ci fait intervenir davantage de coopération policière et judiciaire, et vise à une mise en commun des politiques de visas, d’asile et d’immigration. Désormais les citoyens étrangers qui disposent d’un visa de longue durée pour l’un des pays membres, peuvent circuler librement à l’intérieur de la zone. Or, sur les 22 000 migrants à qui Berlusconi a accordé le permis de séjour italien, la plupart ne rêve que de la France.

Déjà 1 348 Tunisiens ont été arrêtés par la police des Alpes-Maritimes, durant le mois de mars, renvoyés à Vintimille ou en Tunisie, « dans le strict respect des accords de Schengen », affirment les autorités françaises. Le ministre des Affaires étrangères italien Franco Frattini, a dénoncé le comportement de la France qui renvoie dans son pays et non en Tunisie, les migrants arrêtés à la frontière franco-italienne. « C’est l’un des aspects graves de l’absence de solidarité de la part de la France et d’absence totale de l’Europe, mais il ne revient pas à l’Italie d’ouvrir un contentieux avec la France », a ainsi tonné nerveusement Franco Frattini. La crise migratoire à Lampedusa est d’ailleurs la cause de tensions diplomatiques entre Paris et Rome, depuis le début. De son côté, Roberto Maroni, ministre italien de l’intérieur, a déploré le « comportement hostile » de Paris : « Les Tunisiens auxquels nous accorderons le permis de séjour auront le droit de circuler. La France ne peut pas l’empêcher sauf en sortant de Schengen ou en suspendant le traité ». Mais alors, à combien de milliers d’arrestations par la police française et de renvoi en Italie ou en Tunisie, les accords de Schengen seront-ils déclarés caducs ?

Pourtant la France, l’Allemagne et trois pays du Benelux, avaient instauré un espace sans frontières à l’époque, dans l’enthousiasme général, comme le soulignait M. Zemmour ironiquement. « Les plus lettrés invoquaient l’Europe de Voltaire ou de Stefan Zweig », qui se promenaient sans passeport. On regardait disparaître sans nostalgie, les guérites des poste-frontières. Les pays signataires rassurèrent les inquiets, la disparition des frontières internes devrait s’accompagner d’un renforcement de la frontière externe de l’Europe, devenue commune à tous. Mais une promesse qui n’est jamais vraiment devenue réalité. Plus l’espace Schengen grossissait et s’étendait, plus ses frontières reculaient, plus elles devenaient poreuses. L’espace Schengen compte désormais vingt-cinq Etats-membres et rassemble quatre cent millions d’âmes. Mais jamais Bruxelles n’a forgé une vraie police européenne, jamais les Etats européens n’ont réellement coordonné leurs actions, en dépit des efforts louables de certains d’entre eux…

L’espace Schengen s’est toujours apparenté plutôt à un gruyère… Il faut reconnaître aussi, que la tâche était ardue. Déjà au temps du blocus continental, les gabelous eux-même, n’avaient pas réussi à tenir toutes les frontières européennes. Aujourd’hui, chaque Etat - après tout souverain – collabore ou ne collabore pas. Certaines frontières sont ainsi réputées pour être des passoires, la Grèce en étant l’exemple le plus connu. Depuis le 21 janvier dernier, la Cour européenne des droits de l’homme a même interdit aux autres Etats, de renvoyer en Grèce, les clandestins arrivés par la Turquie. Bref, la Turquie est donc exemptée de tenir sa part de frontières communes… Une bonne nouvelle pour les clandestins venus d’Irak, d’Afghanistan ou d’ailleurs, qui passaient par la Turquie, puis la Thrace. Ils peuvent tranquillement gagner le nord de l’Europe, la France, l’Allemagne ou la Belgique.

Le geste de Berlusconi est le second coup porté à Schengen, médiatiquement parlant, peut-être mortel selon certains analystes… Les Italiens se plaignent que les autres pays européens ne se soient pas portés à leurs secours, que la Tunisie refuse de prendre ces migrants. Ils ont aussi ramené la frontière européenne -de Schengen- à Menton. Pour tenter d’arrondir un tant soit peu les angles, Claude Guéant a rencontré vendredi à Milan, son homologue italien Roberto Maroni… Mais entre les engagements de la France et ses déclarations musclées sur l’immigration, il devra clairement choisir…

                                                                                                                                                                             J. D.

19 mars, 2011

Le dernier sommet de Bruxelles

Classé dans : Europe,Politique — llanterne @ 3:27

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Lundi dernier, les ministres des finances des pays membres de la zone euro se sont retrouvés à Bruxelles, pour mettre en musique les grandes directives des chefs d’Etat et de gouvernement. C’est la suite du sommet qui s’est achevé, samedi, avec ce pacte pour l’euro, et la mise en place d’un système d’aide aux pays les plus fragiles. Il paraît que ce fut un succès. Les transactions financières internationales seront désormais taxées selon le voeu de la France. Les bases d’un gouvernement économique de l’euro auraient même été posées. Tout va pour le mieux Madame la Marquise, dans le meilleur des mondes d’une Europe française… Il paraît du moins. Mais comme nous nous en doutons, derrière les apparences, la réalité est souvent plus austère… Car la taxe sur les transactions financières est uniquement mise à l’étude pour les dix-sept pays européens, et non décidée. On sait que Bruxelles est le royaume des études qui s’éternisent…

Le gouvernement économique européen est le grand projet français. Mais il relève, hélas, pour l’essentiel de l’utopie. Car les Allemands le refusent obstinément. Ces-derniers ont juste obtenu que leur soit confié la gouvernance économique de la zone euro, sur leurs propres principes, suivant l’analyse d’Eric Zemmour. Et la France s’y est soumise pour pouvoir continuer à parler de couple franco-allemand, et pouvoir donner l’impression de diriger l’Europe à deux. On se souvient de la célèbre phrase du général De Gaulle, « qui disait fièrement que la France serait le jockey et l’Allemagne le cheval ». Mais aujourd’hui, les rôles sont simplement inversés. Certes, l’Allemagne a mis beaucoup d’eau dans son vin. Les Allemands se sont ainsi résolus à sauver l’euro, après avoir beaucoup hésité. Mais ils ont surtout compris, qu’il y allait aussi de leur intérêt économique. Ils veulent pouvoir continuer à exporter sur tout le continent sans risque de dévaluation monétaire, pour résister à leur magnifique machine exportatrice industrielle et même désormais agricole.

Mais ils ne veulent pas devoir payer pour tous les pays surendettés. Car la compétitivité des PIIGS, en dépit de tous leurs efforts, ne parviendra jamais au niveau exigé par l’euro fort. La situation est ainsi complexe, et c’est un choix parfois difficile à tenir, car obligeant à de fortes concessions. Ainsi, à l’occasion de cette réunion de lundi dernier, les Irlandais ont réussi à sauver leur taux d’impôt sur les sociétés à 12,5 %. Les Français ont d’ailleurs tenté de les appâter, en leur proposant de renégocier à la baisse leurs taux d’emprunts, contre une augmentation de leur impôt fétiche sur les sociétés. Mais la manoeuvre a fait choux blanc. Il faut comprendre les Irlandais, leur compétitivité économique repose uniquement sur leur fiscalité extrêmement modeste et avantageuse, attirant toutes les multinationales américaines chez eux, notamment dans le secteur des nouvelles technologies. Pour eux, « il fallait sauver leur taux d’imposition fétiche ou revenir aux famines du XIXe siècle, on exagère à peine ».

Mais le dumping fiscal et monétaire continuera ainsi de fausser les relations économiques, au sein du continent. Les Irlandais profitent de la solidarité européenne, mais défendent âprement leur bout de gras. L’Allemagne et la France cèdent, la première parce que ses banques ont beaucoup prêté, l’autre parce que Sarkozy veut à tout prix sauver l’euro. Pour l’Europe, derrière les effets d’annonce, cela signifie que rien n’a changé. Mais ce statut-quo a aussi un prix de plus en plus élevé.

                                                                                                                                                                       J. D.

1 février, 2011

La Belgique au bord de la sécession

Classé dans : Europe — llanterne @ 5:45

La Belgique au bord de la sécession dans Europe latern

La Belgique est à l’heure actuelle, sur le point de battre un record :  227 jours sans gouvernement, depuis les dernières élections. Le dernier médiateur envoyé pour tenter de régler la querelle entre Flamands et Wallons, vient de jeter l’éponge. La Flandre ne veut plus payer pour les Wallons, et les négociateurs flamands proposent désormais de régionaliser les secteurs de l’emploi et de la santé. La sécurité sociale est clairement visée. Les Flamands estiment que les Wallons sont des parasites entretenus dans une logique d’assistanat, par un parti socialiste clientéliste. Et la situation tourne aujourd’hui à l’impasse, dans une Belgique acculée à une forme de sécession.

 mannekp0 dans Europe

Ce n’est pas seulement pour eux une revanche historique sur des Wallons, jadis arrogants. Parce que les ressources houillères et les industries métallurgiques étaient chez eux et que les Flamands étaient à leurs yeux des culs-terreux pauvres et obéissants à Monsieur le curé, comme le chante Jacques Brel. Mais les culs-terreux se sont révélés travailleurs et dynamiques. La mondialisation accuse les concurrences. Partout le social est devenu un coût qu’il faut réduire, comme de la mauvaise graisse. L’Europe qui a longtemps encouragé les autonomismes régionaux, se trouvent prise à son propre piège. Bruxelles est le siège des institutions européennes. Longtemps cette grande et riche métropole a retenu les Flamands du chemin de la sécession. Mais cette ville devenue francophone effraye de plus en plus les Flamands, à cause de son endettement colossal et de ses nombreuses problématiques sociales. Mais tout cela n’est pas dit officiellement et l’on se cache commodément derrière la fracture de la langue, la querelle linguistique. 

Cette évolution est d’autant plus étonnante, qu’en fait, la bourgeoisie flamande a très longtemps parlé français. Le peuple parlait d’innombrables dialectes flamands, phénomène historique. Les régions belges qui étaient sous impérium français de 1792 à 1815, puis hollandais, sont devenues un Etat indépendant en 1830. Alors que la Révolution avait commencé à Liège, en chantant la Marseillaise et en brandissant le drapeau tricolore. Mais l’Angleterre refusait de voir un uniforme français, dans le port d’Anvers. Ce port d’Anvers avait été un des principaux casus-belli dans le conflit, tournant au bras de fer, qui opposa l’Angleterre et Napoléon 1er, à  la faveur du blocus continental. Pour éviter une nouvelle guerre et résoudre le problème conflictuel, Talleyrand créa la Belgique. Dans cette Belgique sous influence culturelle française, la querelle linguistique est donc un produit pur de la Belgique, et la querelle linguistique aussi vieille que la Belgique elle-même.

Dans le féroce Pauvre Belgique !, resté inachevé, le poète Charles Baudelaire pressentait déjà la mort inéluctable de ce royaume qu’il jugeait artificiel, résumant son épitaphe en un mot : Enfin ! Et effectivement, cette fameuse querelle linguistique serait aujourd’hui, sur le point de causer sa mort… 

                                                                                                                                                                  J. D. 

31 décembre, 2010

Après la Grèce, le tour du Portugal

Classé dans : Diplomatie,Economie,Europe,Monde — llanterne @ 22:11

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Après la Grèce, vient maintenant le tour du Portugal, comme dans une implacable théorie des dominos. Le salut de la zone euro viendrait-il de l’Empire du Milieu ? C’est l’interrogation que l’on finit par soulever.

En octobre dernier, les Chinois volaient déjà au secours de la république hellénique, englué dans la crise financière, s’offrant au passage la dernière activité compétitive de la Grèce : sa marine marchande et son activité portuaire. Et c’est maintenant l’annonce d’une aide chinoise au Portugal, qui s’est vue de nouveau réserver un bon accueil à Bruxelles, le commissaire européen aux Affaires économiques Olli Rehn, saluant ouvertement « le soutien exprimé par les autorités chinoises » à « la stabilité de la zone euro ». Selon le quotidien économique lusophone Jornal de negocios, la Chine serait prête à acheter quatre à cinq milliards d’euros de dette souveraine portugaise, à l’image des achats de titres grecs d’octobre dernier. Mais alors qu’une aide chinoise à l’économie espagnole commence déjà à se profiler, ce soutien inattendu est décidemment peu analysé et commenté. Car il a pourtant ses dessous et conséquences politiques. Et cela me fait penser de nouveau à « l’histoire du loup dans la bergerie »… 

Ce soutien chinois au Portugal, comme pour la Grèce, pourrait certes sembler bien venu au premier abord. Et il est vrai, Bruxelles ne peut de tout de façon, empêcher la Chine d’acheter des obligations. C’est encore une fois, le principe même du libéralisme. Mais un libéralisme auquel la Chine applique souvent sa propre conception. Les Chinois se fichent, en effet, des lois de l’économie de marché, étant sur ce point encore communistes. La Chine conserve une monnaie sous-évaluée, dans un implacable dumping salarial et monétaire, sourde à toutes remontrances. L’Empire du milieu pratique l’espionnage industriel sans vergogne, pillant le savoir-faire technologique occidental, les responsables chinois rétorquant aux rodomontades épisodiques de l’OMC ou de l’UE, au nom des bons principes, avec un haussement d’épaules et une mauvaise foi caractéristique, « nous n’avons toujours pas touché les royalties de la boussole, de la poudre ou du papier ». Et petit à petit, l’Empire du Milieu nous dicte sa loi en matière économique. Face à une Commission européenne qui se refuse à tout protectionnisme mesuré et raisonnable, auquel le président Obama se résout pourtant aux Etats-Unis. Et qui continue à croire aux dogmes du laissez-faire, laissez-passer, au nom de vertus libérales nullement ébranlées par la crise de 2008, et sans qu’aucune voix ne s’élève au passage dans le paysage politique européen.   

Car cette aide n’est évidemment pas désintéressée, elle a ses dessous. Avec leurs 2 648 milliards de dollars de change en 2010, les Chinois essaient avant tout de diversifier leurs réserves de change, par tous les moyens. Ils ont aussi un intérêt direct à préserver la santé économique de l’Europe, à savoir leur principal débouché commercial - qu’ils inondent de leurs produits textiles et high-tech  »bon marché » – passée devant les Etats-Unis se relevant progressivement de la crise. Les Chinois atténuent ainsi leur dépendance à l’égard de la dette américaine, rendant les Européens vulnérables et de plus en plus redevables à leur égard, et se dotant de moyens de pression non négligeables en matière diplomatique. Les Chinois rachètent ainsi la dette du Portugal et de la Grèce, pour consolider un euro déjà beaucoup trop fort, ruinant les efforts de nos dernières industries encore compétitives à l’exportation, comme nous le dénoncions dans le cas récent de la Grèce. 

Car après la Grèce et le Portugal, ce sera le tour de l’Espagne, l’Irlande, et en-dehors de ces trois « PIIGS » – charmant surnom en langage technocratique bruxellois, pour désigner les quatre pays membres « à la traîne », à savoir Portugal – Irlande – Italy – Greece – Spain -, peut-être justement l’Italie, voire même ensuite la France. Comme dans une marche irrésistible, les Chinois sortiront à chaque fois leur carnet de chèques, pour « sauver » une zone euro chancelante, un espace économique de moins en moins souverain, et surtout de moins en moins concurrent… 

                                                                                                                                 J. D.

16 décembre, 2010

La reconduction de Berlusconi

Classé dans : Europe,Politique — llanterne @ 23:11

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Silvio Berlusconi a sauvé de justesse mardi, sa tête, ou plutôt sa majorité parlementaire. Ce qui a donné lieu à des soupçons de corruption et même à des scènes de violences dans les rues de Rome.  Cela dit, sa majorité de droite reste très fragile. Son avenir est incertain et sa côte de popularité est en berne, de l’autre côté des Alpes. Silvio Berlusconi est l’homme que la gauche aime haïr. Les médias le ridiculisent, le présentant sans cesse sous les traits d’un bouffon ridicule, inculte et grossier – ce qui n’est pas complétement faux, disons du moins non dénué de fondement… Riche, donc voleur, voire mafieux, mais aussi et surtout, un homme de droite italienne, donc fasciste.

Parfois Berlusconi en rajoute, donnant des verges pour se faire battre… Même si les raccourcis sont parfois simples et sommaires. Il y a aussi dans la gauche française, un soupçon de mépris xénophobe, à l’égard du macaroni. On accuse Berlusconi de faire main basse sur la télévision. Mais cependant, la presse italienne est de qualité, talentueuse, libre et coriace. La chaîne de télévision Raï 3 ne lésine pas sur l’anti-berlusconisme. Mais il faut dire, que notre gauche a tellement l’habitude de dominer les médias qu’elle ne pardonne à Berlusconi d’avoir brisé efficacement son monopole. On reproche sinon à la télévision italienne d’être vulgaire, ce qui est souvent vrai, et de laver le cerveau des Italiens. Certes, le bilan de Berlusconi est sinon loin d’être fameux. 

L’Italie est les deux pieds dans la crise. Berlusconi va aussi mal que les autres dirigeants européens, il n’enraye ni la désindustrialisation de l’Italie, ni la spirale de son déficit colossal. S’y rajoute les spécificités de l’Italie, d’une nation sans Etat, édifiée tardivement, ce qui faisait dire à Mussolini : « Ce n’est pas difficile de gouverner l’Italie, c’est inutile ». En fait, Berlusconi règne surtout sur la vie politique italienne, non tant par sa force, que par la faiblesse de la gauche. Les trois grands partis de l’après-guerre – démocratie chrétienne, parti communiste, parti socialiste -, ont disparu. Les juges anti-corruption ont liquidé les deux premiers.

La gauche est tellement démunie, qu’elle a dû se résoudre. L’héritier du parti fasciste italien, Gian Franco Fini, est devenu le porte-voix des bien-pensants de gauche, des deux côtés des Alpes. Il y a dix ans, Berlusconi avait résisté à la pression de la gauche. Et dans ce désert qu’est devenue aujourd’hui la vie politique italienne, après l’intermède Romano Prodi, c’est désormais un « post-fasciste » qui donne des leçons d’opposition…

                                                                                                                                      J. D. 

7 novembre, 2010

Les dessous du traité de défense et de sécurité

Classé dans : Diplomatie,Europe,Politique — llanterne @ 19:07

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Revenons sur le récent traité de défense et de sécurité, signé le 2 novembre 2010, entre la France et le Royaume-Uni. Accords qui concernent entre autres une force expéditionnaire commune, mais aussi une étroite coopération dans la construction et la fabrication des porte-avions, et dans le domaine de la dissuasion, le partage de simulateurs nucléaires en Bourgogne. Mais que signifie cet accord entre notre pays et la « perfide Albion » ? Est-ce un progrès dans la défense européenne ou un accord strictement bilatéral et relevant de la coopération entre deux Etats, sous couvert de l’OTAN ?

Concrètement, ce n’est pas la première fois que les Anglais et les Français édifient des programmes militaires en commun. Nous avons déjà conçu ensemble les avions d’attaque au sol Jaguar – régulièrement employés en soutien, lors d’interventions en Afrique noire dans les années 70 et 80, au point qu’on les a baptisés, les missions « Jaguar ». Aussi les hélicoptères Puma… Pour le reste, ce retour à l’Entente cordiale, cent ans après, ne semble pas s’inscrire dans le cadre d’une défense européenne. Dont les Anglais d’ailleurs, ne veulent pas. D’ailleurs personne n’en veut en Europe… Sauf la France… Pour les vingt-six autres pays de l’UE, la défense européenne s’appelle l’OTAN et le protecteur militaire de l’Europe, en fait les Etats-Unis. Tous les pays européens baissent d’ailleurs leurs budgets militaires. C’est justement plutôt pour additionner leurs queues de cerises budgétaires, que les deux anciennes plus grandes puissances militaires mondiales se mettent ensemble.

Mais les Français font semblant de n’avoir pas compris. Il faut dire que Nicolas Sarkozy avait justifié le retour de la France dans le giron de l’OTAN, dans le cadre d’une stratégie visant à donner enfin sa chance à la défense européenne. Cela devait garantir à la France une position géostratégique et lui accorder le commandement de l’OTAN en Europe de l’ouest notamment. Par agrégation, cette stratégie aurait pu permettre à la France de créer un noyau opérationnel, autour d’elle, au sein de la direction européenne de l’OTAN. Mais même s’il l’a cru un jour, Sarkozy semble en avoir fait désormais son deuil. « En s’associant aux Anglais, les Français veulent seulement en réalité montrer aux Américains qu’ils sont des partenaires aussi loyaux et crédibles que leurs alliés ! » L’Etat-major français – qui a pu goûter au luxe ouaté des bureaux de l’OTAN – aimerait beaucoup traiter les affaires militaires à trois, avec les Anglais et les Américains. Une idée qui va sûrement ravir les Allemands, avec lesquels les désaccords stratégiques se multiplient ces temps-ci. Mais une idée qui semble curieuse aussi, au moment où le président américain prône une forme d’isolationnisme vis-à-vis de l’Europe.

Il y a d’ailleurs un clin d’oeil historique piquant à cette histoire, qui est que cette troïka à la tête de l’OTAN réclamée en sous-main par les Français, correspond exactement au mémorandum proposé par le général de Gaulle lui-même en 1958. Mais le contexte historique était alors différent. Les Américains avaient refusé de partager leur prédominance sur l’alliance militaire occidentale et ce refus américain avait alors poussé de Gaulle à sortir la France de l’alliance intégrée de l’OTAN, où Sarkozy l’a ramené. De Gaulle avait édifié une arme nucléaire indépendante, disposant de vecteurs indépendants. L’histoire de la Force de dissuasion nucléaire française, aussi nommée Force de frappe, commence officiellement en 1958, pendant la guerre froide, lorsque le général de Gaulle décide de doter la France d’une force de dissuasion nucléaire. Alors que les Anglais donnaient aux Américains, une clef de leur armement atomique. 

La base de la doctrine française a toujours reposé sur la volonté de conférer à l’arme nucléaire un rôle fondamentalement politique, concept que ses successeurs - de Pompidou à Chirac, en passant par Giscard et Mitterrand -, n’ont jamais remis en cause.  »Et beaucoup plus inquiétant, quand on entend parler aujourd’hui de collaboration nucléaire entre nos deux pays, cela signifie-t-il alors que les Français mettent sans le dire, ouvertement leur dissuasion nucléaire sous la tutelle des Américains ?! »

                                                                                                                                      J. D.

22 octobre, 2010

Les réalités du dernier sommet de Deauville

Classé dans : Diplomatie,Europe,Politique — llanterne @ 5:52

Les réalités du dernier sommet de Deauville dans Diplomatie latern

A Deauville, sur les planches, ce récent sommet franco-germano-russe (le 17 octobre) a parlé politique, ayant réuni Nicolas Sarkozy, Dimitri Medvedev et Angela Merkel, qui ont parlé notamment sécurité au cours de cette rencontre tripartiste. Ils s’étaient déjà rencontrés en 2003. Jacques Chirac, Vladimir Poutine et Gerard Schroeder manifestaient alors avec éclat leur opposition à la guerre en Irak, engagés par les Américains et les Anglais. Comme une alliance continentale, réveillant le spectre d’une opposition géostratégique entre les puissances continentales européennes et les puissances maritimes anglo-saxonnes.

Mais cette Europe de Brest à Vladivostock, était déjà l’idée aussi du général de Gaulle, lorsque dans les années 60, il développa une politique de détente, d’entente et de coopération avec l’Union soviétique. Mais les mâchoires de la guerre froide se refermèrent sur lui. Et puis comme l’analysait récemment Eric Zemmour, dans une perspective historique, à la fin du XIXe siècle, la France de la IIIe République s’alliait déjà à la Russie, et esquissait même un rapprochement avec l’Allemagne, qui se brisa sur l’Alsace-Lorraine. L’idée de cette grande alliance continentale était née, en 1807, à Tilsitt, lors de la célèbre rencontre entre Napoléon et le tsar Alexandre Ier, sur le Niemen. Mais cette alliance qui devait garantir la domination de la France sur l’Europe se brisa entre autre sur les intérêts commerciaux de l’aristocratie russe qui ne voulait pas renoncer à son commerce fructueux avec l’Angleterre. A vieille histoire, nouveaux acteurs : l’ambiance n’est aujourd’hui plus la même, l’Allemande Angela Merkel a dès son élection renoué avec Washington, Medvedev est un libéral et Nicolas Sarkozy s’est empressé de ramener notre pays, dans le giron protecteur de l’Otan, où nos meilleurs officiers obéissent en langue anglaise, à leurs homologues américains.

Mais alors pourquoi cette réunion ? D’abord pour des raisons économiques, les Russes savent que leurs richesses en hydrocarbures ne sont pas éternelles. Depuis des années déjà, les entreprises allemandes ont investi l’eldorado russe. Tardivement les industriels français leurs ont emboîté le pas. Mais plus profondément, Sarkozy qui avait commencé son mandat, avec les idées russophobes d’un philosophe tel M. Glucksmann, s’est peu à peu converti aux thèses traditionnellement pro-russes du quai d’Orsay. Les désaccords avec Obama se sont multipliés, et de même après avoir fait ratifier le traité de Lisbonne, Sarkozy refuse désormais avec véhémence, la tutelle des instances communautaires qu’avait prévue ce même traité. Cette accumulation de stratégies souvent opposées et peu cohérentes, trouble notre discours et le regard sur notre pays. Elle est comme le reflet des hésitations et des contradictions françaises. Nicolas Sarkozy est comme son mentor Balladur, un occidentaliste. Pour lui, la principale alliance reste avec l’Amérique. Mais il a donné des gages à l’Europe fédérale, et à ses yeux, le rassemblement avec l’Allemagne et la Russie n’est pas incompatible avec ses autres choix. Seule une crise grave pourrait l’obliger à choisir, car cela s’imposera un jour.

Au final, cette réunion à Deauville, a été marquée par des gestes d’ouverture du président russe à l’égard de l’Otan, et il a confirmé qu’il irait à son prochain sommet. L’Otan qui est un mort très fringant. Avec la chute du mur de Berlin, l’Otan avait perdu son adversaire et sa raison d’être. On sait que le général de Gaulle ne rêvait que de mettre fin à ce qu’il appelait le « protectorat américain », d’où sa politique d’ouverture avec l’Europe de l’est. On sait aussi que François Mitterrand a cru un moment, que lorsque le mur de Berlin tomberait, l’Otan mourrait de sa belle mort et qu’une défense européenne prendrait sa place. Il n’en a rien été. Vingt ans plus tard, le protectorat américain de l’Otan sur l’Europe, se porte comme un charme. Les pays de l’ancien bloc du pacte de Varsovie sont les plus demandeurs de protection. Les pays européens ont renoncé dans leur ensemble de se défendre. Ils baissent tous, tous les budgets de leurs armées, même le Royaume-Uni et la France. La crise aggrave encore ce tropisme.

L’Europe a sous-traité sa défense aux Américains, comme les Rois se payaient des lansquenets allemands ou suisses. A défaut que ce sont là, les Américains qui payent et qui commandent. Les Américains ont sorti l’Otan du champ de bataille européen et en ont fait une machine de guerre intervenant partout dans le monde. Non seulement les Français les ont suivi partout, au Kosovo, en Afghanistan, non seulement ils ont réintégré l’alliance intégrée, mais Nicolas Sarkozy semble accepter désormais le principe de bouclier antimissile américain. Bien-sûr l’Elysée précise que ce sera un complément de notre force de dissuasion. Mais à partir du moment où l’on est protégé par les Américains, notre force de dissuasion nucléaire n’est plus tout à fait indépendante. Et les Allemands nous ont poussés dans cette voix, car notre supériorité nucléaire est notre seule réelle prédominance stratégique sur eux. Les Russes sont les derniers à ne pas céder devant les pressions de l’Otan. Mais les Russes ont de grosses faiblesses économiques et démographiques. Eux aussi cherchent des alliés. Depuis des années, ils jouent du rapprochement improbable avec les Iraniens ou d’autres réprouvés de l’ordre international.

Le paradoxe est que les Américains remportent cette victoire totale, au moment où ils ont un président se détournant le plus de l’Europe et où leur affaiblissement économique éclate au grand jour. Au moment surtout où la guerre des monnaies fait rage et où le dollar faible cause un grand tort à l’économie des pays européens, sans que le continent européen ne réagisse. Mais précisément, cette dépendance géostratégique ne serait-elle pas la cause de notre incompréhensible passivité économique…

                                                                                                                                                    J. D.

8 octobre, 2010

La Chine vole au secours de la Grèce

Classé dans : Economie,Europe — llanterne @ 23:43

La Chine vole au secours de la Grèce dans Economie latern

Cet évènement d’importance est passé pourtant assez inaperçu, ces derniers temps. Du moins, il a été assez peu commenté. En effet, la Chine vient de voler récemment au secours de la Grèce engluée dans la crise. Pékin achète de nouvelles obligations grecques. En échange, elle va étendre ainsi son influence sur les infrastructures du pays, dont elle entend bien faire en fait, sa porte d’entrée dans l’Europe du sud et dans les Balkans.

Les Chinois font mine d’aider un pays en difficulté, qui ne leur avait rien demandé, en s’offrant sa seule activité compétitive, sa marine marchande et son port. Ils procèdent ainsi d’une tactique déjà bien rodée, élaborée et mise en application en Asie du sud-est et en Afrique. Les armes stratégiques de la Chine, ce ne sont pas tant des missiles et des fusées, mais avant tout une main-d’oeuvre sous-rémunérée, une monnaie dévaluée et des masses de devises accumulées -notamment en bons du Trésor américain-, plus efficaces que tout. Devant elles, tout s’ouvre, tout se plie. Petit à petit, la Chine nous dicte ainsi sa loi économique. En vingt ans, la Chine a édifié la magnifique puissance industrielle, dont elle rêvait depuis deux siècles, ayant su profiter des délocalisations massives d’activités de multinationales européennes et américaines, s’accompagnant de transferts technologiques acquis. Car pour mieux les copier et mieux les concurrencer, les Chinois pillent sans état d’âme leurs secrets de fabrication. Quand la commission européenne ou l’OMC protestent au nom des grands principes, les hauts-responsables chinois rétorquent avec un haussement d’épaules, un sourire en coin et une mauvaise foi caractéristique, nous n’avons pas encore touché les droits de la boussole, de la poudre ou du papier. Ces grandes multinationales ont fait gagner des fortunes à leurs dirigeants et leurs lobbies sont très influents à Bruxelles. Le commentaire de la commission de Bruxelles au sujet de cette aide chinoise apporté à la république hellénique, a été : « Tout appui à la reprise de l’économie grecque ne peut être que bienvenue ». 

Ca nous fait penser à l’histoire du loup dans la bergerie. Certes, en l’occurrence, pour la Grèce c’est un soutien bien venu et de tout de façon Bruxelles ne peut en aucun cas, empêcher qui que soit à acheter des obligations. C’est le principe même du libéralisme. Mais les dirigeants et patrons en Chine actuelle qui ont été formés par le communisme, connaissent la célèbre formule de Lénine : « Les capitalistes  nous vendrons la corde avec laquelle nous les pendrons ». Et encore, Lénine ne connaissait pas la commission européenne de Bruxelles, qui voit tout mais ne fait rien. Son dogmatisme libéral n’a en rien été ébranlé par la crise de 2008. Elle croit dans les vertus du laissez-faire, laissez-passer. Elle se dressa quand Dominique de Villepin tentait de s’interposer dans une affaire d’OPA hostile sur un grand groupe français, en 2006, qualifiant la manoeuvre de protectionniste. Mais les emplettes chinoises ne l’émeuvent pas. Alors que le congrès américain s’apprête à voter des mesures de rétorsion contre la sous-évaluation de la monnaie chinoise, la commission européenne, elle, ne bouge pas.

Alors que l’Etat chinois pèse de tout son poids pour renforcer la puissance de ses entreprises, la commission européenne s’affaiblit au nom de la concurrence des géants nationaux de l’énergie ou des communications. L’Euro est la seule grande monnaie qui encore s’apprécie, ruinant ainsi de nouveau les efforts de nos dernières industries exportatrices, les Chinois rachetant la dette grecque, pour consolider une monnaie européenne déjà très forte. Car après la Grèce, il y aura peut-être d’autres pays européens en difficulté, à savoir l’Irlande (…), peut-être l’Espagne et le Portugal. Les Chinois sortiront à chaque fois leur carnet de chèque, pour sauver une zone Euro, qui est de plus en plus un objectif de conquête et de moins en moins un concurrent.

Comme a pu le commenter Nicolas Dupont-Aignan, cela relance le débat sur le protectionnisme européen et permet de recentrer le débat sur le paysage national. Les chiffres de la commission de Bruxelles sont faux. La récession dans la zone Euro est et sera encore bien réelle. On a perdu un temps précieux, pour relancer notre économie. D’ailleurs le plan de relance du gouvernement français fut assez faible, malgré les messages encourageants de Christine Lagarde  -1,5 % du PIB en France, contre 10 % du PIB aux Etats-Unis. Le PS avait proposé aussi le sien. Et là, il faut reconnaître que c’était assez affligeant : réduction de la TVA, chèques à la consommation. Le PS a promis des cadeaux, certes sympathiques. Mais ces cadeaux étaient de la fausse monnaie, puisque immédiatement ils profitent aux producteurs chinois, et ils ne résolvent en rien les problèmes dramatiques du chômage et des délocalisations.

Et c’est là où on s’aperçoit -beaucoup plus symptomatique-, que les socialistes français, comme les libéraux de l’UMP, n’ont pas compris qu’ils ne pourraient jamais redresser la France, s’ils ne changent pas le fonctionnement de la construction européenne, s’ils n’instaurent pas un protectionnisme européen (sans parler de la remise en cause de l’Euro faisant débat en Allemagne), pour éviter la concurrence déloyale, sociale et environnementale des pays extérieurs. Mais peut-être font-ils mine de ne pas le comprendre. En reprenant ce sujet d’actualité sur cette aide chinoise, il convient en effet, de redéfinir la notion de protectionnisme européen. Le protectionnisme ne consiste pas en un repli sur soit. Cela consiste en une défense de nos intérêts économico-stratégiques, qui ne sont pas nécessairement en adéquation avec ceux de certains pays prédateurs, dans une mesure juste et pondérée. Obama est et sera confronté à la même difficulté. D’ailleurs, il a déjà indiqué qu’il voudrait un protectionnisme américain raisonnable, pour éviter que le déficit colossal avec la Chine, ne se creuse davantage. Car encore une fois, il ne sert à rien de déverser 1000 milliards de dollars aux Etats-Unis, si les consommateurs vont acheter des voitures japonaises ou chinoises.

Les enjeux européens se joueront sur la question de savoir, ce que nous proposerons concrètement pour éviter les délocalisations, re-localiser en France, permettre les innovations technologiques, permettre à la France et aux autres pays de l’Union, de retrouver la compétitivité et d’exporter, de partager ces devises. Cette crise passée doit être avant tout l’occasion de casser les dogmes et de repartir sur des bases saines. Sans quoi, il sera bientôt trop tard. L’Europe en tant que puissance économique ne sera plus qu’un lointain souvenir, avec ses conséquences socio-économiques si désastreuses.

                                                                                                                                            J. D.

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