La Lanterne (politique, sujets de société)

23 octobre, 2017

Carnet littéraire – Coups de coeur

Classé dans : Focus litteraire — llanterne @ 3:11

« Ce que doit faire le (prochain) président », Agnès Verdier-Molinié, Albin Michel

Etait-ce inconvenant de suggérer ce que DEVAIT faire le prochain président, en pleine campagne, il y a quelques mois de cela ? Non : car ceci est plus un plan qu’un programme. C’est une obligation morale de résultat. La situation de la France est en effet à haut risque. Elus, syndicats, gestionnaires, ministres en portent la responsabilité. Nous avons pourtant toutes les clés pour éviter le mur. En sortant de l’asphyxie fiscale et de la prolifération des normes et des lois. On croit que c’est impossible de réformer notre pays car tout – les dépenses folles, le chômage, la dette – est à reconstruire ? C’est juste qu’il faut « faire le job », maintenant. La feuille de route est là, il suffit de la mettre en oeuvre.

Agnès Verdier-Molinié est directrice de la Fondation iFRAP, un think tank qui évalue les politiques publiques. Elle est intervenue régulièrement sur les thématiques de la campagne présidentielle et a déjà publié entre autres, avec succès, On va dans le mur ! Au travers cet ouvrage publié avant l’élection d’Emmanuel Macron, elle livre quelques pistes de réformes bien éclairantes.

« Tout ce qu’il ne faut pas dire », Bertrand Soubelet, Plon

Le 18 décembre 2013, Bertrand Soubelet, général de corps d’armée et directeur des Opérations et de l’Emploi de la Gendarmerie, a été écarté pour avoir dit la vérité : la sécurité dans notre pays n’est pas assurée comme elle le devrait. Que s’est-il passé ? Au Palais-Bourbon, devant les députés, ce jour-là, il a expliqué, en toute franchise, les difficultés que rencontre la gendarmerie : six mille emplois supprimés, une procédure trop complexe, une justice sans moyens, des délinquants dans la nature malgré l’engagement des gendarmes et des magistrats, des coupables mieux considérés que les victimes. A ce titre, Bertrand Soubelet ne peut s’empêcher de penser aux attentats de janvier et au carnage de novembre 2015. C’est le résultat de plus de trente ans de mollesse dans la lutte contre l’insécurité, analyse-t-il. 

Des pressions ont été exercées sur lui pour le faire quitter la gendarmerie qui a été sa vie pendant trente-cinq ans. Désormais personne ne peut lui opposer un pseudo devoir de réserve, d’où ce livre. Son diagnostic est simple : la sécurité est l’affaire de tous. Il est temps de réagir, grand temps. Il y a urgence. Notre société est en danger. Jamais le danger n’a été aussi menaçant. Il ne fait pas de polémique, il ne roule pas pour un parti politique. Simplement, il alerte. Parce qu’il aime son pays.

« Sans autorité, quelle liberté ? », Bertrand Soubelet, Editions de l’Observatoire

« La France va dans le mur ». « On ne peut plus continuer comme ça » : tous les citoyens font ce constat d’échec, quand les politiques, eux, s’obstinent à rester aveugles, à diviser au lieu de rassembler. Qu’il s’agisse de la justice ou du maintien de la tranquilité publique, il est grand temps d’apporter les remèdes pour guérir un système malade. 

De son poste, Bertrand Soubelet a vu ce que la société française comportait d’espoir, de besoin de changement et d’institutions fortes. Il a vu aussi, ses zones de non-droit et ses exclusions. Il faut s’indigner, lutter, rétablir une autorité bienveillante. Il a été l’un des plus hauts responsables de la gendarmerie française. A la demande des élus de la République, il a expliqué les carences et les défis, auxquels nous devions faire face. Cette vérité, détaillée dans un livre, lui a coûté cher : Tout ce qu’il ne faut pas dire. Ayant provoqué son exclusion de cette institution. Désormais libre de parole et loin de la « Grande Muette », il ne veut plus rien cacher.

« Le monde au défi », Hubert Védrine, Fayard

Pour Hubert Védrine, la « communauté internationale » est un objectif, pas encore une réalité. Ni les idéaux de l’ONU, ni le marché global n’ont suffi à la fonder. Le monde est éclaté, le pouvoir est émietté, les mentalités s’opposent, chaque peuple est mû par ses propres passions et ses intérêts immédiats.. Et si la cohésion de l’humanité se créait autour de la vie sur la planète ?

Dans ce nouvel opus, Hubert Védrine trace un portrait lucide de notre monde et tente de jeter un pont entre la géopolitique et l’écologie. Il nous livre, là, un éclairage clair et puissant, sans langue de bois, sur la réalité du monde d’aujourd’hui par l’ancien ministre des Affaires étrangères. 

« Un fauteuil sur la Seine », Amin Maalouf, Grasset

En racontant la vie et les aventures des dix-huit personnages qui se sont succédé au 29e fauteuil de l’Académie française depuis 1634, Amin Maalouf nous fait revivre de manière charnelle, incarnée, quatre siècles de l’histoire de France. Son premier occupant se noie dans la Seine, Montherlant se suicide dans son appartement avec vue sur la Seine, et l’Académie elle-même siège dans un périmètre longé par la Seine, entre le Louvre et le quai Conti : unité d’un lieu à partir duquel se déploie le kaléidoscope de l’Histoire.

Le pouvoir des rois et des cardinaux, des hommes d’épée et des négociateurs, l’autorité grandissante ou déclinante des philosophes et des savants, l’influence des poètes, des librettistes, des dramaturges et des romanciers : autant de visages de la gloire qui nous parlent des âges différents de la Nation. On revisite ici la révocation de l’Edit de Nantes, la Fronde et le jansénisme, l’expulsion des jésuites et l’émergence de la franc-maçonnerie, la Révolution de 1789, l’insurrection du 13 Vendémiaire et le coup d’Etat du 18 Brumaire, le Second Empire, la guerre de 1870 et la Commune de Paris, l’invention de l’anesthésie et celle des funérailles nationales, l’affaire Dreyfus et les grandes guerres du XXe siècle…

A partir d’un simple fauteuil, lieu de mémoire fragile et chaleureux posé sur les bords de la Seine, Amin Maalouf nous fait redécouvrir à la fois la permanence et les métamorphoses de notre « génie national ».

« Des hommes qui lisent », Edouard Philippe, JCLattès

Des hommes qui lisent est le récit d’un homme par les livres qu’il a aimé, qui l’ont marqué : des livres qui ont fait de lui un fils, un père, un citoyen, un homme politique. Il explique un engagement, une vision, une pensée, des doutes et des choix.

Edouard Philippe et Premier ministre. Il a été député et maire du Havre. Il est l’auteur de deux romans écrits avec Gilles Boyer : L’Heure de vérité et Dans l’ombre.

« La France est-elle finie », Jean-Pierre Chevènement, Fayard

La France va-t-elle se résigner à sortir définitivement de l’Histoire pour devenir un simple parc d’attractions, à l’extrémité occidentale d’une Europe elle-même marginalisée ? Ou bien trouvera-t-elle la force de redevenir une nation de citoyens dont elle a fourni le modèle, pour offrir un avenir à sa jeunesse et continuer son histoire ?

Dans ce livre décapant, Jean-Pierre Chevènement éclaire le chemin par lequel nous en sommes arrivés là. Au moment où la monnaie unique, créée il y a vingt ans à Maastricht, prend l’eau, il montre comment le « pari pascalien » de François Mitterrand sur un au-delà des nations appelé « Europe » n’a pas seulement recouvert le ralliement de la gauche française au néo-libéralisme, mais s’enracine dans un doute plus ancien de nos élites sur la France.

Méditation sur le destin de notre pays entre de Gaulle et Mitterrand, il rend enfin lisible, dans toute sa cohérence, l’histoire de notre dernier siècle. Il fournit ainsi les clés qui peuvent permettre un retour de la France du XXIe siècle au premier rang des nations.

Jean-Pierre Chevènement est l’un des artisans décisifs du Congrès d’Epinay (1971) qui a refondé le Parti socialiste, il est l’auteur des programmes de ce parti en 1972 et 1979 et l’un des négociateurs du Programme commun de la gauche (1972). Plusieurs fois ministre de 1981 à 2000 (Recherche, Industrie, Education nationale, Défense, Intérieur), il défend depuis longtemps l’idée d’une « autre politique ». Président d’honneur du MRC, sénateur du Territoire de Belfort, il est aussi vice-président de la Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat.

« Un défi de civilisation », Jean-Pierre Chevènement, Fayard

Sidération : les attentats et le spectre de la guerre civile nous ont pris à l’improviste. Comme en 1870 et en 1940, la France se redécouvre un ennemi qu’elle n’avait pas vu venir et qu’elle peine d’ailleurs à définir. D’abord comprendre : nommer les maux, mais avec de justes mots. La gravité des attentats tient aux faiblesses qu’ils révèlent et que nos élites ont laissé se creuser au fil des ans. Pour remonter aux causes, déplaçons notre regard du terrorisme djihadiste mondialisé vers une « globalisation » devenue folle. Cette globalisation a modifié la hiérarchie des puissances, créé des fractures sociales, géographiques, générationnelles, miné la démocratie, suscité frustrations et rejets, particulièrement dans le monde musulman. Elle a mis en crise le modèle républicain et périmé le projet européen initié par la France après 1945.

Le fond de l’affaire ne serait-il pas que nous ne savons plus aujourd’hui qui nous sommes ni ce que nous voulons faire ? Face à une globalisation, mère d’un nouveau chaos mondial, la France a encore les moyens de faire face, en donnant vie, de concert avec l’Allemagne, au projet d’Europe européenne, de l’Atlantique à l’Oural, que le général de Gaulle avait conçu pour elle. Seul levier pour peser au XXIe siècle entre les Etats-Unis et la Chine, et renouer avec l’universel en ouvrant au monde, y compris musulman, un horizon de progrès. Dans les épreuves, des forces de résilience insoupçonnées sont en train de surgir, qui sont aussi des forces spirituelles : regain d’un patriotisme républicain, à la fois de principes et enracine dans toute notre histoire, laïcité éclairée par la Raison, universalisme du réel. Le bateau France a encore les moyens de se redresser. Jean-Pierre Chevènement dessine la carte d’une confiance retrouvée. Le bateau France n’a besoin que d’un cap : un projet politique qui soit aussi un projet de civilisation.

« Alstom, scandale d’Etat », Jean-Michel Quatrepoint, Fayard

Le 19 décembre 2014, presqu’à la sauvette, les actionnaires d’Alstom décident de vendre à l’américain General Electric les activités énergie du groupe, un des leaders mondiaux pour l’équipement des centrales électriques. Une bonne affaire pour GE. Une mauvaise pour la France. Après Pechiney, Arcelor, Alcatel, c’est le dernier acte du grand démantèlement de l’industrie française. La France perd le contrôle d’un secteur stratégique : l’électricité, l’un des piliers de la croissance économique du XXIe siècle. D’Alstom, il ne reste que la branche Transport.

De la fabrication des turbines Arabelle indispensables à la nouvelle génération des EPR à la maintenance du parc existant de centrales nucléaires, c’est toute la filière nucléaire française qui est ainsi déstabilisée. Au moment même où Areva est en grande difficulté. Il n’y aura pas d’« Airbus européen » de l’énergie non plus.Comment une telle chose a-t-elle pu se produire ? Pourquoi n’a-t-on pas négocié un accord équilibré ? Pourquoi l’État n’a-t-il rien vu venir ? Quel rôle ont joué les deux ministres, Montebourg, puis Macron ? Oui, il y a bien une affaire Alstom.

Jean-Michel Quatrepoint mène une enquête serrée autour de ce dossier. Il raconte la nouvelle stratégie des États-Unis pour faire main basse sur les fleurons industriels européens, et français en particulier. Notre classe dirigeante se révèle impuissante à faire prévaloir les intérêts du pays. Jean Michel Quatrepoint est journaliste. Après onze ans passés au Monde, il a dirigé les rédactions de l’Agefi, de la Tribune et du Nouvel Economiste. Il a été pendant quinze ans le patron de La Lettre A. Il est l’auteur de nombreux ouvrages, dont La Crise globale (Mille et une nuits, 2008) et Le Choc des empires (Gallimard, 2014).

« Bandes à part, Pour en finir avec la violence », Jean-Claude Barreau, Plon

Des territoires interdits. Voilà ce que sont devenues nos cités HLM. La violence, le racket, le trafic de drogue, la corruption, les émeutes y règnent en maîtres. Et de très jeunes bandes d’adolescents y entretiennent une terreur contre laquelle la police ne peut plus rien… Comment venir à bout de ces zones de non-droit, dans lesquelles même les médecins n’osent plus se hasarder la nuit ?

Jean-claude Barreau, ancien prêtre, ancien éducateur de rue dans le XVIIIe arrondissement (auprès des blousons noirs, dans les années 1960-70) de Paris et conseiller particulier de François Mitterrand – mais aussi de Charles Pasqua – dans les années 1980, livre sa réponse. Une réponse ? Non. Un véritable plan de campagne. Son ouvrage (sorti en 2002) tranche dans un débat d’actualité brûlante, propose des solutions originales et nous donne enfin l’espoir d’une paix retrouvée dans nos banlieues…

« Luke Rhinehart, L’homme dé », George Powers Cockcroft

Le psychanalyste Luke Rhinehart a décidé de transformer son existence en un immense jeu de hasard : il laisse de simples dés prendre pour lui toutes les décisions de son existence. Très vite, le « syndrome du dé » se répand dans la population. Et les autorités s’inquiètent. Marié, âgé de 32 ans, habitant à New-York, Luke Rhinehart est recherché par le FBI. Motif : subversion de la vie quotidienne. Le Dr Rhinehart a peut-être inventé, sans le savoir, le moyen d’en finir pour toujours avec la civilisation. Assez troublant…

L’Homme-dé, manifeste subversif affirmant le droit à l’expression de tous les fantasmes, est devenu très vite une sorte de mot de passe pour initiés. Après sa publication quasi clandestine en France (1971), il fait désormais partie des « livres cultes » dont la lecture s’impose à chacun. 

Né en 1932, Georges Powers Cockcroft, alias Luke Rhinehart, a enseigné la littérature et la psychologie. Il vit à Majorque.

« Changez d’alimentation », Pr Henri Joyeux, Pocket

Notre organisme est heureusement très cohérent. Si nous lui donnons les bons aliments, nous avons le maximum de chances de rester en excellente santé. Quels sont alors les aliments à éviter ? Quels sont ceux qui, au contraire, peuvent nous permettre de préserver, voire d’améliorer notre santé ? Comment une bonne nutrition peut-elle freiner ou stopper les symptômes de nombreuses maladies ? Peut-on se protéger contre le cancer ? Et que penser du gluten, du lait et de la viande ?

Dans ce livre, le professeur Joyeux répond à toutes ces questions, et bien d’autres, et permet à chacun de savoir comment se nourrir. 

Chirurgien cancérologue et chirurgien des hôpitaux, professeur honoraire à la faculté de médecine de Montpellier, Henri Joyeux a publié de nombreux ouvrages consacrés à la santé, et notamment à l’alimentation.

 

 

23 août, 2015

Carnet littéraire estival – Coups de coeur

Classé dans : Focus litteraire — llanterne @ 16:31

« Petit dictionnaire amoureux de Venise », Philippe Sollers, Pocket

Revenu d’un séjour estival en Italie, à Venise, je ne peux que recommander ce « Petit dictionnaire amoureux de Venise ». D’Accademia à Zaterre, Philippe Sollers évoque Venise à travers sa passion et son expérience personnelle de la ville qu’il parcourt chaque année depuis sa jeunesse. Suivez le guide au coeur de la Sérénissime…

« Peste & Choléra », Patrick Deville, Points

Jeune chercheur de la « bande à Pasteur », Alexandre Yersin rêve de nouveaux horizons. A l’image de Livingstone, il veut être savant et explorateur. De la rue d’Ulm à l’Indochine, il découvre le monde en même temps que le bacille de la peste, loin du brouhaha des guerres. Marin, médecin, baroudeur, cet oublié de l’histoire aura fait de sa vie une folle aventure scientifique et humaine. Grand voyageur, esprit cosmopolite, Patrick Deville est né en 1957. Il a publié une dizaine de livres, et « Peste & Choléra » est un roman dépaysant à la Stevenson, et mystérieux comme un Jules Verne.

« Doit-on le dire ? », Jacques Bainville, Les Belles Lettres, « le goût des idées » de Jean-Claude Zylberstein

Ce volume, formé des articles qui paraissent chaque semaine dans Candide, est l’un des plus représentatifs du talent de Jacques Bainville. La variété des sujets traités y est le signe de la curiosité et l’étendue de l’esprit de son auteur.

L’article court, genre qui oblige à une concentration de pensée et d’expression devait tout naturellement tenter un écrivain comme Jacques Bainville. A lire ce recueil, on verra qu’il y a excellé. Sur toutes les affaires, petites ou grandes, qui ont occupé Paris et la France depuis 1924, Jacques Bainville confie ici ses impressions. Une représentation théâtrale, une lecture, une publication des lettres de Napoléon, une candidature aux élections législatives, les déclarations d’un ministre, les crises financières, les difficultés diplomatiques, tout est objet de remarques pittoresques et de réflexions valables. Mais ce qui fait la valeur exceptionnelle de ces articles séparés, c’est que Jacques Bainville qui avait une vaste culture et qui avait beaucoup réfléchi savait qu’il n’y a pas de questions isolées. Ce recueil est le livre d’un historien et d’un philosophe d’où sa sérénité constante et son unité.

Jacques Bainville (1876-1936), historien français et journaliste, fut élu à l’Académie française en 1935. Dans les premières années du XXe siècle, il se consacra essentiellement au journalisme, sous la férule de Charles Maurras, à la rubrique de politique étrangère à L’Action française. Parallèlement, Bainville devait également collaborer à La Liberté, au Petit Parisien, à La Nation belge et à La Revue universelle dont il assura aussi la direction.

« Richie », Raphaëlle Bacqué, Grasset

« Richie ». C’est ainsi que ses étudiants le surnommaient, brandissant sa photo comme s’il s’agissait d’une rock star ou d’un gourou. La nuit de sa mort dans un hôtel de New York, une foule de jeunes gens se retrouva, une bougie à la main, devant le temple de la nomenklatura française, Sciences Po. Quelques jours plus tard, le visage de Richard Descoings couvrait la façade de l’église Saint-Sulpice. Politiques, grands patrons et professeurs défilèrent silencieusement devant l’épouse et l’ancien compagnon, qui pleuraient ensemble sa disparition. Voici l’histoire de l’ascension vertigineuse d’un fils de bonne famille, tenté par toutes les transgressions. Le Tout-Paris l’adorait. A peine s’interrogeait-on sur ce directeur homosexuel marié à une femme dont il avait fait sa principale adjointe. Sur ses pas, Raphaëlle Bacqué nous entraîne au coeur d’un pouvoir méconnu : dans les boîtes du Marais, les cabinets ministériels, les soirées déjantées avec ses étudiants, et les plus grandes universités du monde. Personne n’a résisté à la folie de Richie. Surtout pas lui. Raphaëlle Bacqué est grand reporter au Monde. Elle est l’auteur de plusieurs livres, parmi lesquels La femme fatale (avec Ariane Chemin) et, sous la couverture jaune, Le dernier mort de Mitterrand (prix Aujourd’hui).

« Ainsi va le monde… », Vincent Hervouët, Albin Michel

L’interview présidentielle est comme le lever du Roi à Versailles : le Pouvoir se met en scène. Il faut guetter l’instant de vérité avant l’épreuve, pendant l’émission, à l’instant de se démaquiller. Alors, le Roi est nu. Après avoir sillonné le monde en crise, le journaliste Vincent Hervouët a rencontré les hommes qui le gouvernent (du moins, souvent en apparence). Mouammar Kadhafi, Bill Clinton, Mikhaïl Gorbatchev, Benjamin Netanyahou, Nicolas Sarkozy, Laurent Gbagbo, Recep Tayyip Erdogan, François Hollande… Plus d’une centaine de chefs d’Etat ont fendu l’armure. Une galerie de portraits tragiques ou jubilatoires qui vous permettra de cerner le pouvoir et de dire : Ainsi va le monde.

Vincent Hervouët est un pionnier de l’information continue. Il a participé au lancement de France Info et de LCI dont il dirige le service étranger. Il collabore à divers médias internationaux.

« Le Brasier ; Le Louvre incendié par la Commune », Nicolas Chaudun, Actes Sud

Au cours des derniers jours de mai 1871, le gouvernement d’Adolphe Thiers se résolut à réprimer dans le sang la Commune de Paris. La Semaine sanglante s’accompagna d’un gigantesque incendie. Plus que les morts par milliers, cet embrasement frappa les témoins immédiats. Parmi les destructions à déplorer, notre mémoire embrumée retient celle du château des Tuileries. Ce que l’on retient moins, c’est que, se communiquant aux ailes par les pavillons de Flore et de Marsan, le feu menaça dangereusement le Louvre et ses collections. Les incendiaires s’en prirent également à la Bibliothèque impériale, au coeur même du palais, livrant aux flammes son fonds de cent mille volumes précieux… Face au sinistre, deux hommes : un conservateur jusque-là confit dans ses notices de catalogue, et un officier que rien ne prédisposait au sauvetage du sel de la civilisation. Se livrant, chacun à sa manière, à une course contre la montre, ces deux héros oubliés déjouèrent la tuerie et défièrent l’imbécilité d’enragés des deux bords. Jamais l’épisode n’avait fait l’objet d’une enquête aussi détaillée. Le récit du fait d’armes se passe d’effets. La réalité, sèche, vaut ici tous les romans.

Après avoir dirigé la rédaction de Beaux-Arts magazine, Nicolas Chaudun a créé sa propre maison d’édition d’art, qu’il a quittée en 2013 pour se consacrer à l’écriture. Il est notamment l’auteur d’une biographie du baron Haussmann qui fait référence, Haussmann, Georges-Eugène, préfet-baron de la Seine (Actes Sud, 2009), d’un récit historique, L’Eté en enfer (Actes Sud, 2011), plusieurs fois primé, et de La Majesté des centaures, prix Pégase 2007 (Actes Sud, 2006).

12 mars, 2013

Carnet littéraire – Coups de coeur

Classé dans : Focus litteraire — llanterne @ 23:30

« Sur la route du papier ; Petit précis de mondialisation III », Erik Orsenna, Stock

Après « Son voyage au pays du coton », paru en 2006, puis  « L’avenir de l’eau  , en 2008, dans la trilogie « Petit précis de mondialisation », Erik Orsenna s’attaque maintenant au papier.

De la Chine à la forêt canadienne, en passant par la Finlande, la Suède, la Russie, l’Inde, le Japon, l’Indonésie, l’Ouzbékistan, le Brésil, l’Italie, le Portugal et bien sûr la France, il a rendu visite aux souvenirs les plus anciens du papier. L’infatigable Erik Orsenna décrypte à nouveau l’histoire de la mondialisation, cette fois à travers celle du papier : celui d’hier, « allié de la mémoire » et « dépositaire de tous les anciens temps », celui d’aujourd’hui, recyclé à 60 %, issu de technologies ultra-modernes, mais aussi celui de demain, que l’on dit menacé. Notre globe-trotter encyclopédiste nous propose ainsi un voyage dans le temps et aux quatre coins du monde, aux côtés des plus éminents spécialistes. Cet esprit curieux, qui n’hésite pas non plus à battre en brèche les idées reçues, signe là une enquête captivante, en regardant de près la fabuleuse histoire du papier et des livres.

« L’Eglise va-t-elle disparaître ? », Jean-Claude Barreau, Seuil

Né en 1933, Jean-Claude Barreau, l’enfant terrible de l’Eglise fut ordonné prêtre sous Jean XXIII avant de quitter le clergé pour se marier, en désaccord avec le Vatican sur le fonctionnement de l’Eglise. Vibrant polémiste, il a publié de nombreux essais sur l’Eglise, la foi, l’engagement chrétien, mais aussi de nombreux ouvrages de synthèse, dont son dernier grand succès :  « Toute l’histoire du monde ».

Faute de prêtres et de vocations, l’Eglise catholique va-t-elle disparaître ? Partout, dans les pays développés, l’Eglise s’efface progressivement ; ailleurs, dans le tiers-monde, le phénomène des sectes menace son développement. Affaiblie dans ses structures, concurrencée sur le marché des religions, l’Eglise forme bien davantage aujourd’hui des « déistes moralisants » que des chrétiens véritables. Pourtant, l’Eglise peut encore être sauvée et elle le mérite. Comment lui redonner vie et dynamisme ? Faisant écho à l’un de ses tout premier ouvrage « La Foi d’un Païen », publié chez le même éditeur, il y a près de cinquante ans, l’auteur au fil des pages, signale avec une lucidité courageuse quelques vérités oubliées.

« Fleur de tonnerre », Jean Teulé, Julliard

Jean Teulé a publié récemment son quatorzième roman « Fleur de tonnerre ». Après « Le Montespan », « Charly 9 », le romancier délaisse la biographie, pour le fait divers historique. « Je n’ai encore jamais trouvé moi-même d’idées de romans. A chaque fois, c’est le hasard », confie-t-il. Au salon du livre de St-Malo, un admirateur apporte à l’auteur dédicaçant ses livres un gâteau, lui présentant « - Tenez, c’est pour vous. C’est le gâteau d’Hélène Jégado, vous connaissez… une empoisonneuse bretonne. Une pâtisserie à Rennes fait toujours le gâteau d’Hélène Jégado. Mais sur le gâteau, il y a une bande où il y a écrit « garantie sans arsenic » ».

On dit trente-sept meurtres, l’auteur dit probablement davantage. Elle devrait être considérée comme la « star » absolue du crime. Et elle ne l’est pas, pour une raison simple, c’est que son histoire criminelle a rencontré l’histoire de France. Son procès a démarré le samedi 6 décembre 1851, et il se trouve, que quatre jours avant, le mardi 2 décembre, ce fut le coup d’Etat du futur Napoléon III, qui occulta complètement les faits. Passée dans les oubliettes de l’histoire, Hélène Jégado dite « Fleur de tonnerre » a grandi dans une terre de superstitions, de légendes extravagantes, de surnaturel. Après avoir empoisonné sa mère, dès l’âge de huit ans, elle est partie sur les chemins de Bretagne. Elle empoisonne comme par distraction, comme si elle lançait des graines aux pigeons. Jeune domestique, elle a traversé la Bretagne de part en part, de place en place, tuant avec détermination tous ceux qui croisèrent son chemin. Elle empoisonne des familles entières, des religieuses dans un couvent, des soldats dans un bordel à Port-Louis, partout où elle va, sans être associée. Elle tue tout le monde sur son passage, les hommes, les femmes, les vieillards, les enfants et même les nourrissons. Elle s’appelait Hélène Jégado, et le bourreau qui lui trancha la tête le 26 février 1852 sur la place du Champs-de-Mars à Rennes ne sut jamais qu’il venait d’exécuter la plus terrifiante meurtrière de tous les temps.

« Ma grand-mère avait les mêmes ; Les dessous affriolants des petites phrases », Philippe Delerm, Points

L’auteur de la première gorgée de bière est toujours aussi doué pour coucher sur le papier, ces instants pleins de banalité que nous avons tous vécus, mais dont la poésie nous a échappée. On peut appeler ça des petites phrases toutes faites. Mais, tout à coup, les voilà dépoussiérées, démasquées, à l’affût d’une histoire derrière le mot, d’une aventure derrière l’expression : « Il a refait sa vie… », « Y a pas d’souci… », « Il pourrait bien neiger… » : voilà des souvenirs, des anecdotes, entre un demi-sourire et une brassée d’émotions. Avec Philippe Delerm, les petites phrases communes prennent un sens nouveau. L’écrivain sait en termes justes évoquer un moment familier, un sentiment enfoui mais jamais oublié. Philippe Delerm continue à nous donner le goût des mots avec ce florilège de phrases toutes faites, illustrées par un propos plein d’humour, de profondeur et de poésie.

 

 

1 juillet, 2012

Carnet littéraire – Coups de coeur

Classé dans : Focus litteraire — llanterne @ 19:00

« Un capitalisme à visage humain, Le modèle vénitien », Jean-Claude Barreau, Fayard

« Issu d’une lignée mi-juive, mi-athée » selon ses dires, orphelin en fuite sous l’occupation, prêtre éducateur dans les années 70, mais aussi conseiller de Mitterrand, puis de Pasqua, Jean-Claude Barreau a eu mille vies. En profond désaccord avec les positionnements du pape Paul VI sur le mariage des prêtres et la question de la contraception, il abandonne la prêtrise pour se marier. Sa vie oscille ensuite entre l’édition, le journalisme et la politique. Mais comment un républicain aussi convaincu que Jean-Claude Barreau peut-il choisir l’oligarchie vénitienne, comme modèle pour notre société ? Avant tout, parce qu’elle sut inventer un capitalisme intelligent, redistributeur, fondé sur le sens de l’Etat de ses élites, parce qu’y avoir de l’argent y impliquait plus de devoirs que de droits. Jean-Claude Barreau confesse ainsi dans ce récent essai, sa coupable admiration pour une oligarchie disparue.

Venise n’a pas toujours été une ville morte, un musée à ciel ouvert saturé de touristes, menacée par les eaux, telle que nous la connaissons aujourd’hui. Des siècles durant, Venise fut l’exemple le plus accompli de la thalassocratie dominante, à l’image de la Londres victorienne, la cité comptant elle-même, quelque deux cent mille habitants, ce qui en fit longtemps la plus importante ville d’Europe, jusqu’à ce Paris la dépasse au XVIIIe siècle… Mais cette civilisation où un libertaire comme Casanova avait sa place, était surtout caractérisée par la conviction de la supériorité de la collectivité sur l’individu, du public sur le particulier. Derrière cette culture chatoyante, se cachait un Etat fort et respecté, Richelieu lui-même le constatant pour le déplorer. Venise savait que pour produire des bénéfices à long terme, le capitalisme ne doit pas être insupportable aux pauvres, et surtout insensible au bien commun. Venise commerçait comme le disait Fernand Braudel, avec l’économie monde de son époque : celle du « tri-continent » (Europe, Asie, Afrique), depuis la Baltique jusqu’à la Chine, puis après sa découverte par les monarchies ibériques, avec le Nouveau Monde.

Mais le gouvernement agissait aussi en matière économique, la loi réglant minutieusement les droits de douane et les courtages. Gravitant autour de la Bourse, le capitalisme vénitien était un capitalisme redistributeur, pratiquant pourtant les techniques de la finance moderne. Il tint toujours à en partager les risques et les gains. Les faillites y étaient ainsi rares, le capitalisme vénitien particulièrement fluide. Mais surtout, Venise fut longtemps la première place industrielle d’Europe, avec les milliers d’ouvriers de l’Arsenal et des verreries, des chantiers navals, les artisans des imprimeries et des filatures, des industries de luxe, mais aussi les sidérurgistes de ses fonderies de canon, à la fabrication « taylorisée » avant l’heure. Entreprises de tout genre, privées ou publiques, la cité sut toujours garder de puissantes manufactures locales, sources de profits et bassins d’emploi, pour éviter le chômage, qui fut un souci permanent des élites en place.

Outre le caractère original de son capitalisme, il met en valeur son caractère exemplaire et toujours actuel. Venise aimait le profit, mais avait compris que le profit ne saurait ignorer le bien commun. La cité des Doges fut l’exemple d’une économie mixte, alliant les capitaux et l’Etat, comme la France colbertiste qui créa les Eaux et Forêts, les Ponts et Chaussées, ainsi que les manufactures royales, ou celle des Trente Glorieuses où la liberté d’entreprendre existait, mais les banques de dépôt (Société Générale, Crédit Lyonnais) étaient en partie nationalisées. Comment construire un capitalisme un visage humain ? En ces temps de crise, la question est d’une grande urgence. Venise nous livre une partie de la réponse, et Jean-Claude Barreau une magistrale leçon d’économie politique, au travers ce déroutant essai. A découvrir…

« Le trottoir au soleil », Philippe Delerm, Gallimard

Romancier, essayiste, l’auteur à succès de « La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules » (1997), passé le cap de la soixantaine, pressent maintenant avoir franchi le solstice d’été… Ainsi, y aura-t-il « encore de jolis soirs, des amis, des souvenirs d’enfance, des choses à espérer », mais c’est ainsi, l’on est sûr d’avoir franchi le solstice, une goutte de nostalgie s’infiltrant au coeur de chaque sensation, au quotidien, pour la rendre ainsi « plus durable et menacée »…

Derrière la sensation du temps qui passe, des lilas persistants à la saveur de la figue séchée, en passant par le fameux pudding de Le Bras, le Naples-Oberkampf, ou encore un voyage en train remémorant de lointains souvenirs d’enfance, Philippe Delerm reste « léger dans les instants, avec les mots », le solstice d’été étant peut-être déjà l’été indien…  Comment rester solaire, les jours passant, tout en conservant l’envie de guetter la lumière… Relevant certes de la petite littérature en prose, « Le trottoir au soleil » c’est le dernier essai de Philippe Delerm, plus ou moins dans la lignée de « La première gorgée…», et dans ce style désuet et de l’observation que l’on lui connaît, peut-être plus intime qu’à l’accoutumée, mais à l’écriture toujours savoureuse…

Carnet littéraire - Coups de coeur dans Focus litteraire

 

3 juin, 2012

Carnet littéraire – Coups de coeur

Classé dans : Focus litteraire — llanterne @ 17:52

« Le bottin des lieux proustiens », Michel Erman, la petite Vermillon

Professeur à l’université de Bourgogne, Michel Erman est notamment l’auteur d’une biographie de Proust (Fayard, 1994), de « La Cruauté », essai sur la passion du mal (PUF, 2009) et du « Bottin proustien » (la petite Vermillon, 2010).

Michel Erman, après avoir recensé les quelque deux cent êtres de fiction peuplant « A la recherche du temps perdu », explore ici l’espace proustien et montrer à quel point, il ne constitue pas une simple toile de fond. « J’avais autrefois l’illusion de ressaisir Bablec, quand, à Paris, Albertine venait me voir et que je la tenais dans mes bras », écrit Proust dans « Albertine disparue ».

De la chambre de Cambray aux hôtels particuliers du faubourg St-Germain, de la cité balnéaire à la cité des Doges, les lieux sont lourds de sens, et recensés, répertoriés, Michel Erman nous les fait revisiter. Réels ou inventés, ils font esprit et corps avec les personnages qui les habitent, qui les arpentent ou qui les hantent.

« L’art d’avoir toujours raison », Arthur Schopenhauer, Circé poche

Rédigé à Berlin en 1830-31, ce traité du célèbre auteur et philosophe allemand, fut publié pour la première fois en 1864, suivi dans la présente édition par une postface de Franco Volpi. A savoir, un court traité à l’usage de quiconque croit sincèrement « aux dividendes de la pensée ». Trente-huit ficelles, tours et autres passes, pour ainsi garder raison à tout prix, en ayant objectivement tort (ou non). Ou comment terrasser son adversaire, en étant parfois, de plus mauvaise foi encore qui lui. Un traité théoricien d’usage, à l’adresse de la classe politique actuelle…

 

 

22 avril, 2011

« Crimes et fraudes en Côte-d’Ivoire » – Jacques Vergès et Roland Dumas

Classé dans : Diplomatie,Focus litteraire,Monde — llanterne @ 2:19

Maître Jacques Vergès a livré une conférence de presse, le 8 avril 2011, à Paris, annonçant la sortie de son dernier livre - co-rédigé avec Roland Dumas -, « Crimes et fraudes en Côte d’Ivoire » (éditions Edites). Coutumier des prises de position à contre-courant, Maître Vergès présente ainsi son interprétation, chaque camps ayant autant triché que l’autre et les élections en Côte d’Ivoire étant de son point de vue, à réorganiser, tel qu’il l’expose au travers de cette intervention au ton sulfureux, mais qui reste intéressante et à découvrir…

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Carnet littéraire – Coups de coeur

Classé dans : Focus litteraire — llanterne @ 0:54

« Charly 9 », Jean Teulé, Julliard  

Jean Teulé a publié récemment son treizième roman, « Charly 9″ ». Après « Le Montespan », « Mangez-le si vous voulez », l’ami des poètes (Verlaine, Rimbaud, Villon) nous fait revisiter les méandres du règne de Charles IX, associé dans l’imaginaire collectif au massacre de la Saint-Barthélémy. Sa responsabilité réelle continue de diviser les historiens, mais l’auteur présente cependant « Charly 9″ » en pantin placé entre les mains de sa mère, Catherine de Médicis. En proie aux remords et aux hallucinations, le jeune roi aurait accumulé les initiatives désespérées. Sa santé ayant toujours été médiocre, les tumultes d’un complot déjoué contre lui, finirent de l’affaiblir, et atteint de maux divers, il s’éteint le 30 mai 1574, un mois avant son vingt-quatrième anniversaire. C’est ainsi le bref règne de celui, de tous les rois de France, qui aurait été « l’un des plus calamiteux », que Jean Teulé nous fait redécouvrir, à sa manière, dans ce style bien à lui.

« Eloge des frontières », Régis Debray, Gallimard

Et si le sans-frontiérisme n’était pas plutôt « un leurre, une fuite, une lâcheté » ? C’est l’interrogation soulevée par Régis Debray, dans « Eloge des frontières ». Le philosophe rassemble dans ce petit essai, le contenu de conférences prononcées en mars 2010, à la Maison franco-japonaise de Tokyo, tournant progressivement au fil du récit, à l’attaque en règle des chantres d’une globalisation indifférenciée. En « bon Européen », Régis Debray choisirait ainsi « de célébrer ce que d’autres déplorent : la frontière comme vaccin contre l’épidémie des murs ». Parce que partout « sur la mappemonde, et contre toute attente, se creusent ou renaissent de nouvelles et d’antiques frontières »… L’ancien militant d’extrême-gauche s’inscrit dans un positionnement quelques peu chevènementiste, au travers de ce petit manifeste à rebrousse-poil, à découvrir.

 « J’y crois pas », Orimont Bolacre, David Reinharc & Parti de l’In-nocence

Contredire Stéphane Hessel, par son passé de résistant, sa carrière, son âge, et surtout au travers de son succès littéraire récent (avec Indignez-vous !), peut sembler ardu, médiatiquement parlant. Même si pourtant, Stéphane Hessel ne laisse en face de lui, que des portes ouvertes, « y compris celles qu’il défonce doucement ». Et c’est l’exercice malaisé, auquel s’est livré Orimont Balacre (avec un talent relatif), dans un récent opuscule « J’y crois pas », que l’auteur a voulu du même format que l’ouvrage auquel il répond, et qui a attiré récemment mon attention dans une librairie, placée sur un présentoir, juste à côté d’« Indignez-vous ».

A savoir certes, un opuscule à l’intitulé pour le moins laconique, elliptique et succinct, mais en guise de réponse à un autre ouvrage au titre non moins lapidaire. Agé de trente et un ans, l’auteur ne parle pas de si haut. Mais visiblement proche du parti de l’In-nocence du controversé Renaud Camus, il s’est évertué cependant à décrypter ces « indignations » successives destinées aux « jeunes générations », les jugeant prévisibles et assez sélectives. Tous ces « grands principes de la Résistance, invoqués par l’ancien ambassadeur, [qui] ne seraient plus opérationnels en ce début de XXIe siècle mondialisé »

 

 

 

 

 

16 janvier, 2011

Carnet littéraire – coups de coeur

Classé dans : Focus litteraire — llanterne @ 0:16

 « Impostures politiques », Marie-France Garaud, Plon   

L’ancienne conseillère de Georges Pompidou, et de Jacques Chirac, présenté comme « la femme la plus influente de France », par le magazine Newsweek en 1972, a signé récemment son dernier ouvrage, « Impostures politiques », chez Plon. Pourquoi l’Allemagne s’affirme-t-elle de plus en plus diplomatiquement, et la Chine s’impose-t-elle progressivement ? Aux côtés d’une Russie qui tente d’émerger, et des Etats-Unis, qui trouvent encore la force de résister pour l’instant, en dépit d’une crise financière digne de 1929.

Toute une série de questions, estime-t-elle, qui devrait tarauder les « princes qui nous gouvernent ». Et auxquelles la présidente de l’Institut international de géopolitique, répond avec son expérience d’un demi-siècle de combats politiques, avec un regard objectif et critique. Un réquisitoire sur la classe politique française pour cette femme assimilée souvent, dans notre imaginaire collectif, à une éminence grise. Au travers de cet ouvrage, elle nous livre, en tout cas, un constat intéressant, avec en toile de fonds, une certaine vision de la France, teintée de regrets…

« De Gaulle – Pétain », Frédéric Salat-Baroux,  Robert Laffont 

En 1952, lors d’une de ses grandes conférences de presse, le général de Gaulle s’exclame : « Chaque Français fut, est ou sera gaulliste. Je ne jurerais pas qu’à quelque moment, malheureusement trop tard ! le maréchal Pétain lui-même ne l’ait pas été quelques peu. » Pourquoi la première phrase est-elle restée dans toutes les mémoires et la seconde a-t-elle été occultée ? Frédéric Salat-Baroux, avocat, et ancien secrétaire général de la présidence de la République, est l’auteur de cet ouvrage, à la fois récit historique et réflexion politique.

Il nous plonge ainsi au cœur de l’affrontement sans merci, qui opposa le chef de la France Libre à celui du régime de Vichy. De Gaulle et Pétain se sont rencontrés dès 1912. Ils ont d’abord été unis par une complicité et une admiration réciproque sans pareil, comme on l’oublie souvent, avant de s’éloigner petit à petit, durant l’entre-deux-guerres. Jusqu’à devenir, par les méandres de l’Histoire, les porte-drapeaux de ces deux France qui n’ont cessé de s’opposer depuis la Révolution. Ce livre nous fait revivre ainsi une des périodes les plus sombres de notre histoire contemporaine, marquée par l’armistice, la collaboration, le si long soutien d’une majorité de Français au Maréchal, et de l’autre par l’épopée solitaire de l’homme du 18 juin et l’engagement des résistants. Pourquoi, en juin 1940, quand l’un acceptera la capitulation et l’armistice, l’autre optera-t-il pour la poursuite des combats ? En quoi Pétain a-t-il tenté de construire, sur les ruines de la défaite, un régime contre-révolutionnaire ? Qu’est-ce qui a conduit de Gaulle, enfin, à faire le choix de la continuité républicaine et de la défense du modèle français – nous donnant ainsi une magnifique et si actuelle leçon de vie et de France ?

Au travers de cet ouvrage au style accrocheur, et bien documenté, l’auteur s’efforce de dénouer les fils de l’imbroglio relationnel entre ces deux hommes, portés au pinacle par les évènements. Car c’est bien de la France et de son identité, que nous parlent ces deux imposantes figures.

« Portraits crachés », Denis Jeambar,  Flammarion       

Journaliste et écrivain, Denis Jeambar a été notamment directeur de la rédaction du Point, président d’Europe 1, président et directeur de la rédaction de L’Express. Il est l’auteur d’une vingtaine d’essais et romans, dont Le Défi du monde (Avec Claude Allègre, Fayard, 2006), Nos enfants nous haïront (Avec Jacqueline Rémy, Seuil, 2006), Accusé Chirac, levez-vous ! (Seuil, 2005), Les Dictateurs à penser (Seuil, 2004). De Mitterrand et Sarkozy, en passant par Ségolène Royal, Jacques Chirac, Lionel Jospin, Jean-Luc Lagardère, Charles Pasqua, Serge Dassault, mais aussi Jeysse Norman, Louis Chedid, Michel Petrucciani, Denis Jeambar nous promène dans ses souvenirs et brosse une galerie de portraits, avec son sens aigu du portrait.

 

 

 

 

30 novembre, 2010

Emmanuel Todd : après la démocratie

Classé dans : Focus litteraire — llanterne @ 1:20

Focus littéraire : « Après la démocratie », Emmanuel Todd, Folio actuel

« L’élection de Nicolas Sakozy semble avoir placé la France en état d’apesanteur : cadeaux fiscaux aux plus riches, socialistes passés à droite, atlantisme, exhibitionnisme présidentiel, reniement des engagements, dévalorisation de la politique, etc ». Mais dénoncer l’action de Nicolas Sarkozy ne suffit pas, car c’est en partie grâce à ses défauts qu’il aurait été élu. C’est la thèse avancée par Emmanuel Todd dans son dernier essai paru récemment - « Après la démocratie ». Sous la diversité des symptômes, selon l’auteur, c’est d’une véritable crise de la démocratie dont il s’agit. Et pour la comprendre, au présent et dans une perspective historique, sont identifiés par ce-dernier, plusieurs « facteurs lourds » : vide religieux, stagnation éducative, nouvelle stratification sociale, impact destructeur du libre-échange, appauvrissement et prolétarisation des classes moyennes, égarement des classes supérieures…

En se replaçant dans une perspective sociologique et historique longue, Emmanuel Todd tente de faire comprendre, au lecteur – dans un style très dense, mais aussi plus corrosif et acide qu’à l’accoutumée -, pourquoi, en 2010, « par l’ébranlement général de la démocratie », la société française hésite désormais entre repli identitaire et retour de la lutte des classes…             

Conférence d’Emmanuel Todd, présentation de son ouvrage « Après la démocratie »                                                                                                               

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28 septembre, 2010

Carnet littéraire estival – coups de coeur

Classé dans : Focus litteraire — llanterne @ 1:15

« Le Vampire du Milieu ; Comment la Chine nous dicte sa loi ?  » ; Pierre Cohen et Luc Richard ; Mille et une nuits  

« Le Vampire du Milieu; Comment la Chine nous dicte sa loi ? », paru aux éditions « Mille et une nuits » est le dernier ouvrage de Pierre Cohen, écrit en collaboration avec Luc Richard. En 2005, ils ont déjà publié « La Chine sera-t-elle notre cauchemar », en pleine euphorie « sino-béate ». Leur thèse y est simple, l’insertion de la Chine dans la mondialisation ne se fait au profit ni des classes populaires chinoises, surtout celles des campagnes, ni de celles des pays développés. Il est à y ajouter, que le marché n’est pas forcément engendreur de démocratisation. « La Chine a pris un essor phénoménal en quelques années, assumant sans complexe une expansion internationale qui en fait un prédateur irrésistible. Aux mains du PCC, le pays de Confucius ne se contente plus d’être l’atelier du monde, ni même son laboratoire. La Chine aspire à elle toutes les richesses, non seulement le travail, les entreprises, le potentiel technologique » et innovateur, mais aussi les ressources énergétiques, les matières premières et même les terres agricoles. 

Les armes de la Chine, ce ne sont pas d’abord des fusées et des missiles, mais avant tout une main-d’œuvre sous-payée, une monnaie dévaluée, le doux commerce des produits à bas coût et bas de gamme ; des centaines d’instituts Confucius, des médias sous influence (y compris en Occident, par une forme de compromission) ; et une diaspora de dizaines de millions de Chinois d’origine, très encadrée, défendant ses intérêts. La Chine s’alimente en capitaux et de plus en plus, en savoir-faire, ce que les Français notamment, souvent insouciants, tardent à percevoir : nous nous sommes endormis, quand la Chine s’est réveillée, comme l’avait justement annoncé Alain Peyrefitte, qui n’était pas le plus imbécile des gaullistes. Cette faiblesse envers ce Vampire, se comprend, car il sait enjôler, derrière la diffusion du mandarin, du tai-chi ou de la médecine chinoise, toute cette culture orientale, qui a tant d’attrait pour nous. A nous de saisir aussi, quels sont les objectifs poursuivis à travers. Economie, énergies, transfert technologique, intelligence économique, diaspora, soft power, où s’arrêtera la Chine ?

Dans ce dernier ouvrage, pour la première fois, le grand puzzle de l’ambition chinoise est reconstituée. Exemples et chiffres à l’appui, Philippe Cohen et Luc Richard racontent comment le régime chinois, petit à petit, nous dicte sa loi…

« Le dernier mort de Mitterrand » ; Raphaëlle Bacqué ; Grasset & Albin Michel 

La journaliste d’investigation Raphaëlle Bacqué, grand reporter au quotidien « Le Monde », après « Chirac ou le Démon du pouvoir » (2002, Albin Michel) ; « La Femme fatale » avec Ariane Chemin, sur Ségolène Royal (2007, Albin Michel) ; « L’Enfer de Matignon » (2008, Albin Michel), dans son dernier ouvrage « Le Dernier Mort de Mitterrand » (2010, Grasset et Albin Michel), nous éclaircit sur le mystère planant autour de la disparition de François Grossrouvre. 

Cette éminence grise, cet aristocrate maurrassien, ancien financier des campagnes socialistes en 1981, remisé dans un placard à la fin de sa carrière et retrouvé suicidé dans son bureau de l’Elysée, en avril 1994, à deux pas de François Mitterrand… Nous sommes ainsi invités à un passionnant retour en arrière, sur la vie de cet homme, fidèle compagnon de route de Mitterrand, industriel tissant des réseaux en Afrique, ancien membre des services spéciaux ; mais homme amer et déçu, « Belphégor » errant dans les couloirs de l’Elysée, explorant les dérives toujours fascinantes de la Mitterrandie crépusculaire…  

« Si nous nous taisons » ; René Guitton, paru le 05/2001 ; Prix Montyon de l’Académie Française 2002  

Prix Montyon de philosophie et littérature de l’Académie française, Prix Lyautey de l’Académie des sciences d’outre-mer, et Prix Liberté pour son ouvrage « Si nous nous taisons » (Calmann-Lévy 2001 & Pocket 2009), membre du réseau mondial d’experts de l’Alliance des Civilisations des Nations unies, René Guitton œuvre depuis de nombreuses années pour un dialogue philosophique, culturel et religieux entre l’Orient et l’Occident.

Dans cet ouvrage, paru en 2001, republié récemment dans une édition revue et augmentée, René Guitton revient sur un sujet, traité par le dernier film de Xavier Beauvois, « Des Hommes et des Dieux », indéniablement, le phénomène culturel et cinématographique de cette rentrée, portant sur le destin tragique des sept moines de Tibhirine, tués en mai 1996, dans une Algérie à feu et à sang. Qui sont les coupables de l’assassinat : les islamistes ou l’armée algérienne, au bout du compte ? Peu d’analystes nous expliquent par ailleurs, les raisons de cette présence chrétienne et française en terre d’Islam, son antériorité même à la conquête, il y a plus de mille ans par l’Islam du Maghreb. Au XIXe siècle, sur les pas de St Augustin, toutes ces confréries religieuses furent à la pointe de cette présence coloniale au Maghreb, convertissant, mais aussi protégeant, éduquant, soignant. Après le départ de l’armée française, certains sont restés.  

René Guitton a passé son enfance et son adolescence en Afrique du Nord. Tout jeune, il est imprégné des religions et a vécu avec émotion la présence de l’Eglise en terre d’Islam. Après le drame, il a éprouvé le besoin justement, d’aller à la recherche minutieuse de la vérité. Aidé par les témoignages des familles des victimes, des moines de la communauté trappiste, des plus hautes autorités religieuses, d’hommes politiques de toutes sensibilités, de responsables politiques français de premier plan, d’agents des services secrets (lui ayant ouvert l’accès à nombre de documents confidentiels) et de témoins anonymes, il dénoue ainsi peu à peu, les fils de cet imbroglio tragique. Rien n’a été laissé dans l’ombre, jusqu’aux racines de cette implantation trappiste à Tibhirine, au cours de ces investigations qui ont conduit l’auteur de France en Algérie et au Maroc.

« L’Etat schizo, Pompier et pyromane » ; Martine Lombard ; JC Lattès 

Bien instructif est ce voyage dans « La France des services publics », une spécificité bien française. D’Air France – KLM à EDF, certaines de nos entreprises anciennement ou encore partiellement nationalisées, apparaissent comme des fleurons de notre économie, de nos jours ;  mais encore pour longtemps ? Là est la question… 

« La réussite d’Air France-KLM nous entretient dans un rêve éveillé. En apparence, tout va bien pour nos fleurons nationaux. Air France privatisée porte haut les couleurs de la République avec, sur l’empennage de ses avions, les fameuses rayures bleu, blanc, rouge et les étoiles d’or européennes en surimpression (KLM a gardé sa couronne). L’Etat (…) en oublie qu’il l’avait, lui-même conduit à une quasi-faillite. Il a pourtant été ce pilote schizophrène qui a plongé l’avion vers le sol avant de le redresser in extremis et à très grand frais pour les contribuables. Ainsi l’Etat ne veut pas voir les autres risques (…) qui menacent ce qu’il reste des services publics. » 

De La Poste à EDF – Gaz de France, en passant par les ex-PTT (France Télécom), la RATP et la SNCF, au travers de cet essai, Martine Lombard, haut fonctionnaire de formation et spécialiste des services publics français, nous décrypte sur les quinze dernières années, les spécificités inhérentes au service public français, avec en toile de fond, un Etat « mauvais pilote », à la fois pompier et pyromane, face à l’évolution de la libre concurrence, l’Europe des juges, les aléas des privatisations… C’est ici, l’illustration et le décryptage d’un immense gâchis, fait d’un Etat mauvais gestionnaire et à la politique ambiguë et non définie, depuis trop longtemps, au grand dam souvent des salariés et actionnaires des groupes concernés, mais aussi parfois des usagers… « Alors que la survie de ces derniers dépend à nouveau, de façon urgente, de sa capacité à parler et à agir vrai, ses silences, sous l’écume d’une vaine agitation, sont toujours plus assassins. »  

« Le temps des chimères 2003-2009 » ; Hubert Védrine ; Fayard

« Le temps des chimères… », c’est le dernier ouvrage d’Hubert Védrine, ancien ministre des affaires étrangères et spécialiste hors pair, en matière de relations internationales. Il nous présente et analyse la situation géopolitique mondiale sous forme de cahiers, regroupés dans cet ouvrage, décryptant l’actualité de 2003 à aujourd’hui. Hubert Védrine  nous livre ainsi ses observations et interprétations, sur l’évolution et le basculement des équilibres mondiaux, l’émergence de la Chine, de l’Inde. C’est ainsi tout un redécoupage planétaire, qui se profile, inédit depuis l’après seconde guerre mondiale et dans lequel la France et l’Europe, doivent pouvoir trouver leur place.

« Où en sommes-nous en 2009-10 ? Non pas à l’avènement d’un « monde multipolaire » plus juste, plus harmonieux et forcément stable, mais au début d’une longue redistribution des cartes qui prendra la forme d’une bagarre ou, en tout cas, d’une compétition multipolaire à rebondissements multiples et à l’issue incertaine. Et, conjoncturellement, à un carrefour d’incertitudes sur les modalités, les formes et le rythme de la sortie de « crise », à supposer que nous n’ayons vécu qu’une simple « crise » et non une mutation d’une ampleur et d’une durée imprévisibles. C’est la simultanéité et l’interrelation de ces mutations qui font la singularité du temps présent. 

Hubert Védrine »

« L’Entrevue de Saint-Cloud » ; Harold Cobert ; Editions Héloïse d’Ormesson

Né à Bordeaux en 1974, Harold Cobert a consacré une thèse (Mirabeau, polygraphe : du pornographe à l’orateur politique) et un essai à Mirabeau. Il est l’auteur de deux romans, dont « Un hiver avec Baudelaire » (2009), qui a rencontré un vif succès. Il écrit également pour le théâtre, le cinéma et la télévision.

Dans cet ouvrage, l’auteur opère une incursion historique au coeur de l’Ancien Régime crépusculaire et de la tourmente révolutionnaire. Il relate ainsi une rencontre d’importance, souvent négligée et qui aurait pu renverser l’inexorable cours de l’histoire, à savoir l’audience secrète accordée par Marie – Antoinette à Mirabeau, dans les jardins du château de Saint – Cloud, à la tombée de la nuit. Le 3 juillet 1790, alors que la monarchie est en péril et l’avenir de la France incertain, une seule volonté anime l’orateur du peuple, élu du tiers état, celle de sauver le trône. Durant ces quelques heures à la dérobée, déployant son éloquence, le redoutable tribun qu’est Mirabeau, tentera de rallier la reine à ses convictions. Ce roman en costumes (par ailleurs, fort bien documenté et écrit) témoigne également de la fragilité des destinées collectives.


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