La Lanterne (politique, sujets de société)

23 août, 2015

Carnet littéraire estival – Coups de coeur

Classé dans : Focus litteraire — llanterne @ 16:31

« Petit dictionnaire amoureux de Venise », Philippe Sollers, Pocket

Revenu d’un séjour estival en Italie, à Venise, je ne peux que recommander ce « Petit dictionnaire amoureux de Venise ». D’Accademia à Zaterre, Philippe Sollers évoque Venise à travers sa passion et son expérience personnelle de la ville qu’il parcourt chaque année depuis sa jeunesse. Suivez le guide au coeur de la Sérénissime…

« Peste & Choléra », Patrick Deville, Points

Jeune chercheur de la « bande à Pasteur », Alexandre Yersin rêve de nouveaux horizons. A l’image de Livingstone, il veut être savant et explorateur. De la rue d’Ulm à l’Indochine, il découvre le monde en même temps que le bacille de la peste, loin du brouhaha des guerres. Marin, médecin, baroudeur, cet oublié de l’histoire aura fait de sa vie une folle aventure scientifique et humaine. Grand voyageur, esprit cosmopolite, Patrick Deville est né en 1957. Il a publié une dizaine de livres, et « Peste & Choléra » est un roman dépaysant à la Stevenson, et mystérieux comme un Jules Verne.

« Doit-on le dire ? », Jacques Bainville, Les Belles Lettres, « le goût des idées » de Jean-Claude Zylberstein

Ce volume, formé des articles qui paraissent chaque semaine dans Candide, est l’un des plus représentatifs du talent de Jacques Bainville. La variété des sujets traités y est le signe de la curiosité et l’étendue de l’esprit de son auteur.

L’article court, genre qui oblige à une concentration de pensée et d’expression devait tout naturellement tenter un écrivain comme Jacques Bainville. A lire ce recueil, on verra qu’il y a excellé. Sur toutes les affaires, petites ou grandes, qui ont occupé Paris et la France depuis 1924, Jacques Bainville confie ici ses impressions. Une représentation théâtrale, une lecture, une publication des lettres de Napoléon, une candidature aux élections législatives, les déclarations d’un ministre, les crises financières, les difficultés diplomatiques, tout est objet de remarques pittoresques et de réflexions valables. Mais ce qui fait la valeur exceptionnelle de ces articles séparés, c’est que Jacques Bainville qui avait une vaste culture et qui avait beaucoup réfléchi savait qu’il n’y a pas de questions isolées. Ce recueil est le livre d’un historien et d’un philosophe d’où sa sérénité constante et son unité.

Jacques Bainville (1876-1936), historien français et journaliste, fut élu à l’Académie française en 1935. Dans les premières années du XXe siècle, il se consacra essentiellement au journalisme, sous la férule de Charles Maurras, à la rubrique de politique étrangère à L’Action française. Parallèlement, Bainville devait également collaborer à La Liberté, au Petit Parisien, à La Nation belge et à La Revue universelle dont il assura aussi la direction.

« Richie », Raphaëlle Bacqué, Grasset

« Richie ». C’est ainsi que ses étudiants le surnommaient, brandissant sa photo comme s’il s’agissait d’une rock star ou d’un gourou. La nuit de sa mort dans un hôtel de New York, une foule de jeunes gens se retrouva, une bougie à la main, devant le temple de la nomenklatura française, Sciences Po. Quelques jours plus tard, le visage de Richard Descoings couvrait la façade de l’église Saint-Sulpice. Politiques, grands patrons et professeurs défilèrent silencieusement devant l’épouse et l’ancien compagnon, qui pleuraient ensemble sa disparition. Voici l’histoire de l’ascension vertigineuse d’un fils de bonne famille, tenté par toutes les transgressions. Le Tout-Paris l’adorait. A peine s’interrogeait-on sur ce directeur homosexuel marié à une femme dont il avait fait sa principale adjointe. Sur ses pas, Raphaëlle Bacqué nous entraîne au coeur d’un pouvoir méconnu : dans les boîtes du Marais, les cabinets ministériels, les soirées déjantées avec ses étudiants, et les plus grandes universités du monde. Personne n’a résisté à la folie de Richie. Surtout pas lui. Raphaëlle Bacqué est grand reporter au Monde. Elle est l’auteur de plusieurs livres, parmi lesquels La femme fatale (avec Ariane Chemin) et, sous la couverture jaune, Le dernier mort de Mitterrand (prix Aujourd’hui).

« Ainsi va le monde… », Vincent Hervouët, Albin Michel

L’interview présidentielle est comme le lever du Roi à Versailles : le Pouvoir se met en scène. Il faut guetter l’instant de vérité avant l’épreuve, pendant l’émission, à l’instant de se démaquiller. Alors, le Roi est nu. Après avoir sillonné le monde en crise, le journaliste Vincent Hervouët a rencontré les hommes qui le gouvernent (du moins, souvent en apparence). Mouammar Kadhafi, Bill Clinton, Mikhaïl Gorbatchev, Benjamin Netanyahou, Nicolas Sarkozy, Laurent Gbagbo, Recep Tayyip Erdogan, François Hollande… Plus d’une centaine de chefs d’Etat ont fendu l’armure. Une galerie de portraits tragiques ou jubilatoires qui vous permettra de cerner le pouvoir et de dire : Ainsi va le monde.

Vincent Hervouët est un pionnier de l’information continue. Il a participé au lancement de France Info et de LCI dont il dirige le service étranger. Il collabore à divers médias internationaux.

« Le Brasier ; Le Louvre incendié par la Commune », Nicolas Chaudun, Actes Sud

Au cours des derniers jours de mai 1871, le gouvernement d’Adolphe Thiers se résolut à réprimer dans le sang la Commune de Paris. La Semaine sanglante s’accompagna d’un gigantesque incendie. Plus que les morts par milliers, cet embrasement frappa les témoins immédiats. Parmi les destructions à déplorer, notre mémoire embrumée retient celle du château des Tuileries. Ce que l’on retient moins, c’est que, se communiquant aux ailes par les pavillons de Flore et de Marsan, le feu menaça dangereusement le Louvre et ses collections. Les incendiaires s’en prirent également à la Bibliothèque impériale, au coeur même du palais, livrant aux flammes son fonds de cent mille volumes précieux… Face au sinistre, deux hommes : un conservateur jusque-là confit dans ses notices de catalogue, et un officier que rien ne prédisposait au sauvetage du sel de la civilisation. Se livrant, chacun à sa manière, à une course contre la montre, ces deux héros oubliés déjouèrent la tuerie et défièrent l’imbécilité d’enragés des deux bords. Jamais l’épisode n’avait fait l’objet d’une enquête aussi détaillée. Le récit du fait d’armes se passe d’effets. La réalité, sèche, vaut ici tous les romans.

Après avoir dirigé la rédaction de Beaux-Arts magazine, Nicolas Chaudun a créé sa propre maison d’édition d’art, qu’il a quittée en 2013 pour se consacrer à l’écriture. Il est notamment l’auteur d’une biographie du baron Haussmann qui fait référence, Haussmann, Georges-Eugène, préfet-baron de la Seine (Actes Sud, 2009), d’un récit historique, L’Eté en enfer (Actes Sud, 2011), plusieurs fois primé, et de La Majesté des centaures, prix Pégase 2007 (Actes Sud, 2006).

12 mars, 2013

Carnet littéraire – Coups de coeur

Classé dans : Focus litteraire — llanterne @ 23:30

« Sur la route du papier ; Petit précis de mondialisation III », Erik Orsenna, Stock

Après « Son voyage au pays du coton », paru en 2006, puis  « L’avenir de l’eau  , en 2008, dans la trilogie « Petit précis de mondialisation », Erik Orsenna s’attaque maintenant au papier.

De la Chine à la forêt canadienne, en passant par la Finlande, la Suède, la Russie, l’Inde, le Japon, l’Indonésie, l’Ouzbékistan, le Brésil, l’Italie, le Portugal et bien sûr la France, il a rendu visite aux souvenirs les plus anciens du papier. L’infatigable Erik Orsenna décrypte à nouveau l’histoire de la mondialisation, cette fois à travers celle du papier : celui d’hier, « allié de la mémoire » et « dépositaire de tous les anciens temps », celui d’aujourd’hui, recyclé à 60 %, issu de technologies ultra-modernes, mais aussi celui de demain, que l’on dit menacé. Notre globe-trotter encyclopédiste nous propose ainsi un voyage dans le temps et aux quatre coins du monde, aux côtés des plus éminents spécialistes. Cet esprit curieux, qui n’hésite pas non plus à battre en brèche les idées reçues, signe là une enquête captivante, en regardant de près la fabuleuse histoire du papier et des livres.

« L’Eglise va-t-elle disparaître ? », Jean-Claude Barreau, Seuil

Né en 1933, Jean-Claude Barreau, l’enfant terrible de l’Eglise fut ordonné prêtre sous Jean XXIII avant de quitter le clergé pour se marier, en désaccord avec le Vatican sur le fonctionnement de l’Eglise. Vibrant polémiste, il a publié de nombreux essais sur l’Eglise, la foi, l’engagement chrétien, mais aussi de nombreux ouvrages de synthèse, dont son dernier grand succès :  « Toute l’histoire du monde ».

Faute de prêtres et de vocations, l’Eglise catholique va-t-elle disparaître ? Partout, dans les pays développés, l’Eglise s’efface progressivement ; ailleurs, dans le tiers-monde, le phénomène des sectes menace son développement. Affaiblie dans ses structures, concurrencée sur le marché des religions, l’Eglise forme bien davantage aujourd’hui des « déistes moralisants » que des chrétiens véritables. Pourtant, l’Eglise peut encore être sauvée et elle le mérite. Comment lui redonner vie et dynamisme ? Faisant écho à l’un de ses tout premier ouvrage « La Foi d’un Païen », publié chez le même éditeur, il y a près de cinquante ans, l’auteur au fil des pages, signale avec une lucidité courageuse quelques vérités oubliées.

« Fleur de tonnerre », Jean Teulé, Julliard

Jean Teulé a publié récemment son quatorzième roman « Fleur de tonnerre ». Après « Le Montespan », « Charly 9 », le romancier délaisse la biographie, pour le fait divers historique. « Je n’ai encore jamais trouvé moi-même d’idées de romans. A chaque fois, c’est le hasard », confie-t-il. Au salon du livre de St-Malo, un admirateur apporte à l’auteur dédicaçant ses livres un gâteau, lui présentant « - Tenez, c’est pour vous. C’est le gâteau d’Hélène Jégado, vous connaissez… une empoisonneuse bretonne. Une pâtisserie à Rennes fait toujours le gâteau d’Hélène Jégado. Mais sur le gâteau, il y a une bande où il y a écrit « garantie sans arsenic » ».

On dit trente-sept meurtres, l’auteur dit probablement davantage. Elle devrait être considérée comme la « star » absolue du crime. Et elle ne l’est pas, pour une raison simple, c’est que son histoire criminelle a rencontré l’histoire de France. Son procès a démarré le samedi 6 décembre 1851, et il se trouve, que quatre jours avant, le mardi 2 décembre, ce fut le coup d’Etat du futur Napoléon III, qui occulta complètement les faits. Passée dans les oubliettes de l’histoire, Hélène Jégado dite « Fleur de tonnerre » a grandi dans une terre de superstitions, de légendes extravagantes, de surnaturel. Après avoir empoisonné sa mère, dès l’âge de huit ans, elle est partie sur les chemins de Bretagne. Elle empoisonne comme par distraction, comme si elle lançait des graines aux pigeons. Jeune domestique, elle a traversé la Bretagne de part en part, de place en place, tuant avec détermination tous ceux qui croisèrent son chemin. Elle empoisonne des familles entières, des religieuses dans un couvent, des soldats dans un bordel à Port-Louis, partout où elle va, sans être associée. Elle tue tout le monde sur son passage, les hommes, les femmes, les vieillards, les enfants et même les nourrissons. Elle s’appelait Hélène Jégado, et le bourreau qui lui trancha la tête le 26 février 1852 sur la place du Champs-de-Mars à Rennes ne sut jamais qu’il venait d’exécuter la plus terrifiante meurtrière de tous les temps.

« Ma grand-mère avait les mêmes ; Les dessous affriolants des petites phrases », Philippe Delerm, Points

L’auteur de la première gorgée de bière est toujours aussi doué pour coucher sur le papier, ces instants pleins de banalité que nous avons tous vécus, mais dont la poésie nous a échappée. On peut appeler ça des petites phrases toutes faites. Mais, tout à coup, les voilà dépoussiérées, démasquées, à l’affût d’une histoire derrière le mot, d’une aventure derrière l’expression : « Il a refait sa vie… », « Y a pas d’souci… », « Il pourrait bien neiger… » : voilà des souvenirs, des anecdotes, entre un demi-sourire et une brassée d’émotions. Avec Philippe Delerm, les petites phrases communes prennent un sens nouveau. L’écrivain sait en termes justes évoquer un moment familier, un sentiment enfoui mais jamais oublié. Philippe Delerm continue à nous donner le goût des mots avec ce florilège de phrases toutes faites, illustrées par un propos plein d’humour, de profondeur et de poésie.

 

 

1 juillet, 2012

Carnet littéraire – Coups de coeur

Classé dans : Focus litteraire — llanterne @ 19:00

« Un capitalisme à visage humain, Le modèle vénitien », Jean-Claude Barreau, Fayard

« Issu d’une lignée mi-juive, mi-athée » selon ses dires, orphelin en fuite sous l’occupation, prêtre éducateur dans les années 70, mais aussi conseiller de Mitterrand, puis de Pasqua, Jean-Claude Barreau a eu mille vies. En profond désaccord avec les positionnements du pape Paul VI sur le mariage des prêtres et la question de la contraception, il abandonne la prêtrise pour se marier. Sa vie oscille ensuite entre l’édition, le journalisme et la politique. Mais comment un républicain aussi convaincu que Jean-Claude Barreau peut-il choisir l’oligarchie vénitienne, comme modèle pour notre société ? Avant tout, parce qu’elle sut inventer un capitalisme intelligent, redistributeur, fondé sur le sens de l’Etat de ses élites, parce qu’y avoir de l’argent y impliquait plus de devoirs que de droits. Jean-Claude Barreau confesse ainsi dans ce récent essai, sa coupable admiration pour une oligarchie disparue.

Venise n’a pas toujours été une ville morte, un musée à ciel ouvert saturé de touristes, menacée par les eaux, telle que nous la connaissons aujourd’hui. Des siècles durant, Venise fut l’exemple le plus accompli de la thalassocratie dominante, à l’image de la Londres victorienne, la cité comptant elle-même, quelque deux cent mille habitants, ce qui en fit longtemps la plus importante ville d’Europe, jusqu’à ce Paris la dépasse au XVIIIe siècle… Mais cette civilisation où un libertaire comme Casanova avait sa place, était surtout caractérisée par la conviction de la supériorité de la collectivité sur l’individu, du public sur le particulier. Derrière cette culture chatoyante, se cachait un Etat fort et respecté, Richelieu lui-même le constatant pour le déplorer. Venise savait que pour produire des bénéfices à long terme, le capitalisme ne doit pas être insupportable aux pauvres, et surtout insensible au bien commun. Venise commerçait comme le disait Fernand Braudel, avec l’économie monde de son époque : celle du « tri-continent » (Europe, Asie, Afrique), depuis la Baltique jusqu’à la Chine, puis après sa découverte par les monarchies ibériques, avec le Nouveau Monde.

Mais le gouvernement agissait aussi en matière économique, la loi réglant minutieusement les droits de douane et les courtages. Gravitant autour de la Bourse, le capitalisme vénitien était un capitalisme redistributeur, pratiquant pourtant les techniques de la finance moderne. Il tint toujours à en partager les risques et les gains. Les faillites y étaient ainsi rares, le capitalisme vénitien particulièrement fluide. Mais surtout, Venise fut longtemps la première place industrielle d’Europe, avec les milliers d’ouvriers de l’Arsenal et des verreries, des chantiers navals, les artisans des imprimeries et des filatures, des industries de luxe, mais aussi les sidérurgistes de ses fonderies de canon, à la fabrication « taylorisée » avant l’heure. Entreprises de tout genre, privées ou publiques, la cité sut toujours garder de puissantes manufactures locales, sources de profits et bassins d’emploi, pour éviter le chômage, qui fut un souci permanent des élites en place.

Outre le caractère original de son capitalisme, il met en valeur son caractère exemplaire et toujours actuel. Venise aimait le profit, mais avait compris que le profit ne saurait ignorer le bien commun. La cité des Doges fut l’exemple d’une économie mixte, alliant les capitaux et l’Etat, comme la France colbertiste qui créa les Eaux et Forêts, les Ponts et Chaussées, ainsi que les manufactures royales, ou celle des Trente Glorieuses où la liberté d’entreprendre existait, mais les banques de dépôt (Société Générale, Crédit Lyonnais) étaient en partie nationalisées. Comment construire un capitalisme un visage humain ? En ces temps de crise, la question est d’une grande urgence. Venise nous livre une partie de la réponse, et Jean-Claude Barreau une magistrale leçon d’économie politique, au travers ce déroutant essai. A découvrir…

« Le trottoir au soleil », Philippe Delerm, Gallimard

Romancier, essayiste, l’auteur à succès de « La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules » (1997), passé le cap de la soixantaine, pressent maintenant avoir franchi le solstice d’été… Ainsi, y aura-t-il « encore de jolis soirs, des amis, des souvenirs d’enfance, des choses à espérer », mais c’est ainsi, l’on est sûr d’avoir franchi le solstice, une goutte de nostalgie s’infiltrant au coeur de chaque sensation, au quotidien, pour la rendre ainsi « plus durable et menacée »…

Derrière la sensation du temps qui passe, des lilas persistants à la saveur de la figue séchée, en passant par le fameux pudding de Le Bras, le Naples-Oberkampf, ou encore un voyage en train remémorant de lointains souvenirs d’enfance, Philippe Delerm reste « léger dans les instants, avec les mots », le solstice d’été étant peut-être déjà l’été indien…  Comment rester solaire, les jours passant, tout en conservant l’envie de guetter la lumière… Relevant certes de la petite littérature en prose, « Le trottoir au soleil » c’est le dernier essai de Philippe Delerm, plus ou moins dans la lignée de « La première gorgée…», et dans ce style désuet et de l’observation que l’on lui connaît, peut-être plus intime qu’à l’accoutumée, mais à l’écriture toujours savoureuse…

Carnet littéraire - Coups de coeur dans Focus litteraire

 

3 juin, 2012

Carnet littéraire – Coups de coeur

Classé dans : Focus litteraire — llanterne @ 17:52

« Le bottin des lieux proustiens », Michel Erman, la petite Vermillon

Professeur à l’université de Bourgogne, Michel Erman est notamment l’auteur d’une biographie de Proust (Fayard, 1994), de « La Cruauté », essai sur la passion du mal (PUF, 2009) et du « Bottin proustien » (la petite Vermillon, 2010).

Michel Erman, après avoir recensé les quelque deux cent êtres de fiction peuplant « A la recherche du temps perdu », explore ici l’espace proustien et montrer à quel point, il ne constitue pas une simple toile de fond. « J’avais autrefois l’illusion de ressaisir Bablec, quand, à Paris, Albertine venait me voir et que je la tenais dans mes bras », écrit Proust dans « Albertine disparue ».

De la chambre de Cambray aux hôtels particuliers du faubourg St-Germain, de la cité balnéaire à la cité des Doges, les lieux sont lourds de sens, et recensés, répertoriés, Michel Erman nous les fait revisiter. Réels ou inventés, ils font esprit et corps avec les personnages qui les habitent, qui les arpentent ou qui les hantent.

« L’art d’avoir toujours raison », Arthur Schopenhauer, Circé poche

Rédigé à Berlin en 1830-31, ce traité du célèbre auteur et philosophe allemand, fut publié pour la première fois en 1864, suivi dans la présente édition par une postface de Franco Volpi. A savoir, un court traité à l’usage de quiconque croit sincèrement « aux dividendes de la pensée ». Trente-huit ficelles, tours et autres passes, pour ainsi garder raison à tout prix, en ayant objectivement tort (ou non). Ou comment terrasser son adversaire, en étant parfois, de plus mauvaise foi encore qui lui. Un traité théoricien d’usage, à l’adresse de la classe politique actuelle…

 

 

22 avril, 2011

« Crimes et fraudes en Côte-d’Ivoire » – Jacques Vergès et Roland Dumas

Classé dans : Diplomatie,Focus litteraire,Monde — llanterne @ 2:19

Maître Jacques Vergès a livré une conférence de presse, le 8 avril 2011, à Paris, annonçant la sortie de son dernier livre - co-rédigé avec Roland Dumas -, « Crimes et fraudes en Côte d’Ivoire » (éditions Edites). Coutumier des prises de position à contre-courant, Maître Vergès présente ainsi son interprétation, chaque camps ayant autant triché que l’autre et les élections en Côte d’Ivoire étant de son point de vue, à réorganiser, tel qu’il l’expose au travers de cette intervention au ton sulfureux, mais qui reste intéressante et à découvrir…

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Carnet littéraire – Coups de coeur

Classé dans : Focus litteraire — llanterne @ 0:54

« Charly 9 », Jean Teulé, Julliard  

Jean Teulé a publié récemment son treizième roman, « Charly 9″ ». Après « Le Montespan », « Mangez-le si vous voulez », l’ami des poètes (Verlaine, Rimbaud, Villon) nous fait revisiter les méandres du règne de Charles IX, associé dans l’imaginaire collectif au massacre de la Saint-Barthélémy. Sa responsabilité réelle continue de diviser les historiens, mais l’auteur présente cependant « Charly 9″ » en pantin placé entre les mains de sa mère, Catherine de Médicis. En proie aux remords et aux hallucinations, le jeune roi aurait accumulé les initiatives désespérées. Sa santé ayant toujours été médiocre, les tumultes d’un complot déjoué contre lui, finirent de l’affaiblir, et atteint de maux divers, il s’éteint le 30 mai 1574, un mois avant son vingt-quatrième anniversaire. C’est ainsi le bref règne de celui, de tous les rois de France, qui aurait été « l’un des plus calamiteux », que Jean Teulé nous fait redécouvrir, à sa manière, dans ce style bien à lui.

« Eloge des frontières », Régis Debray, Gallimard

Et si le sans-frontiérisme n’était pas plutôt « un leurre, une fuite, une lâcheté » ? C’est l’interrogation soulevée par Régis Debray, dans « Eloge des frontières ». Le philosophe rassemble dans ce petit essai, le contenu de conférences prononcées en mars 2010, à la Maison franco-japonaise de Tokyo, tournant progressivement au fil du récit, à l’attaque en règle des chantres d’une globalisation indifférenciée. En « bon Européen », Régis Debray choisirait ainsi « de célébrer ce que d’autres déplorent : la frontière comme vaccin contre l’épidémie des murs ». Parce que partout « sur la mappemonde, et contre toute attente, se creusent ou renaissent de nouvelles et d’antiques frontières »… L’ancien militant d’extrême-gauche s’inscrit dans un positionnement quelques peu chevènementiste, au travers de ce petit manifeste à rebrousse-poil, à découvrir.

 « J’y crois pas », Orimont Bolacre, David Reinharc & Parti de l’In-nocence

Contredire Stéphane Hessel, par son passé de résistant, sa carrière, son âge, et surtout au travers de son succès littéraire récent (avec Indignez-vous !), peut sembler ardu, médiatiquement parlant. Même si pourtant, Stéphane Hessel ne laisse en face de lui, que des portes ouvertes, « y compris celles qu’il défonce doucement ». Et c’est l’exercice malaisé, auquel s’est livré Orimont Balacre (avec un talent relatif), dans un récent opuscule « J’y crois pas », que l’auteur a voulu du même format que l’ouvrage auquel il répond, et qui a attiré récemment mon attention dans une librairie, placée sur un présentoir, juste à côté d’« Indignez-vous ».

A savoir certes, un opuscule à l’intitulé pour le moins laconique, elliptique et succinct, mais en guise de réponse à un autre ouvrage au titre non moins lapidaire. Agé de trente et un ans, l’auteur ne parle pas de si haut. Mais visiblement proche du parti de l’In-nocence du controversé Renaud Camus, il s’est évertué cependant à décrypter ces « indignations » successives destinées aux « jeunes générations », les jugeant prévisibles et assez sélectives. Tous ces « grands principes de la Résistance, invoqués par l’ancien ambassadeur, [qui] ne seraient plus opérationnels en ce début de XXIe siècle mondialisé »

 

 

 

 

 

16 janvier, 2011

Carnet littéraire – coups de coeur

Classé dans : Focus litteraire — llanterne @ 0:16

 « Impostures politiques », Marie-France Garaud, Plon   

L’ancienne conseillère de Georges Pompidou, et de Jacques Chirac, présenté comme « la femme la plus influente de France », par le magazine Newsweek en 1972, a signé récemment son dernier ouvrage, « Impostures politiques », chez Plon. Pourquoi l’Allemagne s’affirme-t-elle de plus en plus diplomatiquement, et la Chine s’impose-t-elle progressivement ? Aux côtés d’une Russie qui tente d’émerger, et des Etats-Unis, qui trouvent encore la force de résister pour l’instant, en dépit d’une crise financière digne de 1929.

Toute une série de questions, estime-t-elle, qui devrait tarauder les « princes qui nous gouvernent ». Et auxquelles la présidente de l’Institut international de géopolitique, répond avec son expérience d’un demi-siècle de combats politiques, avec un regard objectif et critique. Un réquisitoire sur la classe politique française pour cette femme assimilée souvent, dans notre imaginaire collectif, à une éminence grise. Au travers de cet ouvrage, elle nous livre, en tout cas, un constat intéressant, avec en toile de fonds, une certaine vision de la France, teintée de regrets…

« De Gaulle – Pétain », Frédéric Salat-Baroux,  Robert Laffont 

En 1952, lors d’une de ses grandes conférences de presse, le général de Gaulle s’exclame : « Chaque Français fut, est ou sera gaulliste. Je ne jurerais pas qu’à quelque moment, malheureusement trop tard ! le maréchal Pétain lui-même ne l’ait pas été quelques peu. » Pourquoi la première phrase est-elle restée dans toutes les mémoires et la seconde a-t-elle été occultée ? Frédéric Salat-Baroux, avocat, et ancien secrétaire général de la présidence de la République, est l’auteur de cet ouvrage, à la fois récit historique et réflexion politique.

Il nous plonge ainsi au cœur de l’affrontement sans merci, qui opposa le chef de la France Libre à celui du régime de Vichy. De Gaulle et Pétain se sont rencontrés dès 1912. Ils ont d’abord été unis par une complicité et une admiration réciproque sans pareil, comme on l’oublie souvent, avant de s’éloigner petit à petit, durant l’entre-deux-guerres. Jusqu’à devenir, par les méandres de l’Histoire, les porte-drapeaux de ces deux France qui n’ont cessé de s’opposer depuis la Révolution. Ce livre nous fait revivre ainsi une des périodes les plus sombres de notre histoire contemporaine, marquée par l’armistice, la collaboration, le si long soutien d’une majorité de Français au Maréchal, et de l’autre par l’épopée solitaire de l’homme du 18 juin et l’engagement des résistants. Pourquoi, en juin 1940, quand l’un acceptera la capitulation et l’armistice, l’autre optera-t-il pour la poursuite des combats ? En quoi Pétain a-t-il tenté de construire, sur les ruines de la défaite, un régime contre-révolutionnaire ? Qu’est-ce qui a conduit de Gaulle, enfin, à faire le choix de la continuité républicaine et de la défense du modèle français – nous donnant ainsi une magnifique et si actuelle leçon de vie et de France ?

Au travers de cet ouvrage au style accrocheur, et bien documenté, l’auteur s’efforce de dénouer les fils de l’imbroglio relationnel entre ces deux hommes, portés au pinacle par les évènements. Car c’est bien de la France et de son identité, que nous parlent ces deux imposantes figures.

« Portraits crachés », Denis Jeambar,  Flammarion       

Journaliste et écrivain, Denis Jeambar a été notamment directeur de la rédaction du Point, président d’Europe 1, président et directeur de la rédaction de L’Express. Il est l’auteur d’une vingtaine d’essais et romans, dont Le Défi du monde (Avec Claude Allègre, Fayard, 2006), Nos enfants nous haïront (Avec Jacqueline Rémy, Seuil, 2006), Accusé Chirac, levez-vous ! (Seuil, 2005), Les Dictateurs à penser (Seuil, 2004). De Mitterrand et Sarkozy, en passant par Ségolène Royal, Jacques Chirac, Lionel Jospin, Jean-Luc Lagardère, Charles Pasqua, Serge Dassault, mais aussi Jeysse Norman, Louis Chedid, Michel Petrucciani, Denis Jeambar nous promène dans ses souvenirs et brosse une galerie de portraits, avec son sens aigu du portrait.

 

 

 

 

30 novembre, 2010

Emmanuel Todd : après la démocratie

Classé dans : Focus litteraire — llanterne @ 1:20

Focus littéraire : « Après la démocratie », Emmanuel Todd, Folio actuel

« L’élection de Nicolas Sakozy semble avoir placé la France en état d’apesanteur : cadeaux fiscaux aux plus riches, socialistes passés à droite, atlantisme, exhibitionnisme présidentiel, reniement des engagements, dévalorisation de la politique, etc ». Mais dénoncer l’action de Nicolas Sarkozy ne suffit pas, car c’est en partie grâce à ses défauts qu’il aurait été élu. C’est la thèse avancée par Emmanuel Todd dans son dernier essai paru récemment - « Après la démocratie ». Sous la diversité des symptômes, selon l’auteur, c’est d’une véritable crise de la démocratie dont il s’agit. Et pour la comprendre, au présent et dans une perspective historique, sont identifiés par ce-dernier, plusieurs « facteurs lourds » : vide religieux, stagnation éducative, nouvelle stratification sociale, impact destructeur du libre-échange, appauvrissement et prolétarisation des classes moyennes, égarement des classes supérieures…

En se replaçant dans une perspective sociologique et historique longue, Emmanuel Todd tente de faire comprendre, au lecteur – dans un style très dense, mais aussi plus corrosif et acide qu’à l’accoutumée -, pourquoi, en 2010, « par l’ébranlement général de la démocratie », la société française hésite désormais entre repli identitaire et retour de la lutte des classes…             

Conférence d’Emmanuel Todd, présentation de son ouvrage « Après la démocratie »                                                                                                               

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28 septembre, 2010

Carnet littéraire estival – coups de coeur

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« Le Vampire du Milieu ; Comment la Chine nous dicte sa loi ?  » ; Pierre Cohen et Luc Richard ; Mille et une nuits  

« Le Vampire du Milieu; Comment la Chine nous dicte sa loi ? », paru aux éditions « Mille et une nuits » est le dernier ouvrage de Pierre Cohen, écrit en collaboration avec Luc Richard. En 2005, ils ont déjà publié « La Chine sera-t-elle notre cauchemar », en pleine euphorie « sino-béate ». Leur thèse y est simple, l’insertion de la Chine dans la mondialisation ne se fait au profit ni des classes populaires chinoises, surtout celles des campagnes, ni de celles des pays développés. Il est à y ajouter, que le marché n’est pas forcément engendreur de démocratisation. « La Chine a pris un essor phénoménal en quelques années, assumant sans complexe une expansion internationale qui en fait un prédateur irrésistible. Aux mains du PCC, le pays de Confucius ne se contente plus d’être l’atelier du monde, ni même son laboratoire. La Chine aspire à elle toutes les richesses, non seulement le travail, les entreprises, le potentiel technologique » et innovateur, mais aussi les ressources énergétiques, les matières premières et même les terres agricoles. 

Les armes de la Chine, ce ne sont pas d’abord des fusées et des missiles, mais avant tout une main-d’œuvre sous-payée, une monnaie dévaluée, le doux commerce des produits à bas coût et bas de gamme ; des centaines d’instituts Confucius, des médias sous influence (y compris en Occident, par une forme de compromission) ; et une diaspora de dizaines de millions de Chinois d’origine, très encadrée, défendant ses intérêts. La Chine s’alimente en capitaux et de plus en plus, en savoir-faire, ce que les Français notamment, souvent insouciants, tardent à percevoir : nous nous sommes endormis, quand la Chine s’est réveillée, comme l’avait justement annoncé Alain Peyrefitte, qui n’était pas le plus imbécile des gaullistes. Cette faiblesse envers ce Vampire, se comprend, car il sait enjôler, derrière la diffusion du mandarin, du tai-chi ou de la médecine chinoise, toute cette culture orientale, qui a tant d’attrait pour nous. A nous de saisir aussi, quels sont les objectifs poursuivis à travers. Economie, énergies, transfert technologique, intelligence économique, diaspora, soft power, où s’arrêtera la Chine ?

Dans ce dernier ouvrage, pour la première fois, le grand puzzle de l’ambition chinoise est reconstituée. Exemples et chiffres à l’appui, Philippe Cohen et Luc Richard racontent comment le régime chinois, petit à petit, nous dicte sa loi…

« Le dernier mort de Mitterrand » ; Raphaëlle Bacqué ; Grasset & Albin Michel 

La journaliste d’investigation Raphaëlle Bacqué, grand reporter au quotidien « Le Monde », après « Chirac ou le Démon du pouvoir » (2002, Albin Michel) ; « La Femme fatale » avec Ariane Chemin, sur Ségolène Royal (2007, Albin Michel) ; « L’Enfer de Matignon » (2008, Albin Michel), dans son dernier ouvrage « Le Dernier Mort de Mitterrand » (2010, Grasset et Albin Michel), nous éclaircit sur le mystère planant autour de la disparition de François Grossrouvre. 

Cette éminence grise, cet aristocrate maurrassien, ancien financier des campagnes socialistes en 1981, remisé dans un placard à la fin de sa carrière et retrouvé suicidé dans son bureau de l’Elysée, en avril 1994, à deux pas de François Mitterrand… Nous sommes ainsi invités à un passionnant retour en arrière, sur la vie de cet homme, fidèle compagnon de route de Mitterrand, industriel tissant des réseaux en Afrique, ancien membre des services spéciaux ; mais homme amer et déçu, « Belphégor » errant dans les couloirs de l’Elysée, explorant les dérives toujours fascinantes de la Mitterrandie crépusculaire…  

« Si nous nous taisons » ; René Guitton, paru le 05/2001 ; Prix Montyon de l’Académie Française 2002  

Prix Montyon de philosophie et littérature de l’Académie française, Prix Lyautey de l’Académie des sciences d’outre-mer, et Prix Liberté pour son ouvrage « Si nous nous taisons » (Calmann-Lévy 2001 & Pocket 2009), membre du réseau mondial d’experts de l’Alliance des Civilisations des Nations unies, René Guitton œuvre depuis de nombreuses années pour un dialogue philosophique, culturel et religieux entre l’Orient et l’Occident.

Dans cet ouvrage, paru en 2001, republié récemment dans une édition revue et augmentée, René Guitton revient sur un sujet, traité par le dernier film de Xavier Beauvois, « Des Hommes et des Dieux », indéniablement, le phénomène culturel et cinématographique de cette rentrée, portant sur le destin tragique des sept moines de Tibhirine, tués en mai 1996, dans une Algérie à feu et à sang. Qui sont les coupables de l’assassinat : les islamistes ou l’armée algérienne, au bout du compte ? Peu d’analystes nous expliquent par ailleurs, les raisons de cette présence chrétienne et française en terre d’Islam, son antériorité même à la conquête, il y a plus de mille ans par l’Islam du Maghreb. Au XIXe siècle, sur les pas de St Augustin, toutes ces confréries religieuses furent à la pointe de cette présence coloniale au Maghreb, convertissant, mais aussi protégeant, éduquant, soignant. Après le départ de l’armée française, certains sont restés.  

René Guitton a passé son enfance et son adolescence en Afrique du Nord. Tout jeune, il est imprégné des religions et a vécu avec émotion la présence de l’Eglise en terre d’Islam. Après le drame, il a éprouvé le besoin justement, d’aller à la recherche minutieuse de la vérité. Aidé par les témoignages des familles des victimes, des moines de la communauté trappiste, des plus hautes autorités religieuses, d’hommes politiques de toutes sensibilités, de responsables politiques français de premier plan, d’agents des services secrets (lui ayant ouvert l’accès à nombre de documents confidentiels) et de témoins anonymes, il dénoue ainsi peu à peu, les fils de cet imbroglio tragique. Rien n’a été laissé dans l’ombre, jusqu’aux racines de cette implantation trappiste à Tibhirine, au cours de ces investigations qui ont conduit l’auteur de France en Algérie et au Maroc.

« L’Etat schizo, Pompier et pyromane » ; Martine Lombard ; JC Lattès 

Bien instructif est ce voyage dans « La France des services publics », une spécificité bien française. D’Air France – KLM à EDF, certaines de nos entreprises anciennement ou encore partiellement nationalisées, apparaissent comme des fleurons de notre économie, de nos jours ;  mais encore pour longtemps ? Là est la question… 

« La réussite d’Air France-KLM nous entretient dans un rêve éveillé. En apparence, tout va bien pour nos fleurons nationaux. Air France privatisée porte haut les couleurs de la République avec, sur l’empennage de ses avions, les fameuses rayures bleu, blanc, rouge et les étoiles d’or européennes en surimpression (KLM a gardé sa couronne). L’Etat (…) en oublie qu’il l’avait, lui-même conduit à une quasi-faillite. Il a pourtant été ce pilote schizophrène qui a plongé l’avion vers le sol avant de le redresser in extremis et à très grand frais pour les contribuables. Ainsi l’Etat ne veut pas voir les autres risques (…) qui menacent ce qu’il reste des services publics. » 

De La Poste à EDF – Gaz de France, en passant par les ex-PTT (France Télécom), la RATP et la SNCF, au travers de cet essai, Martine Lombard, haut fonctionnaire de formation et spécialiste des services publics français, nous décrypte sur les quinze dernières années, les spécificités inhérentes au service public français, avec en toile de fond, un Etat « mauvais pilote », à la fois pompier et pyromane, face à l’évolution de la libre concurrence, l’Europe des juges, les aléas des privatisations… C’est ici, l’illustration et le décryptage d’un immense gâchis, fait d’un Etat mauvais gestionnaire et à la politique ambiguë et non définie, depuis trop longtemps, au grand dam souvent des salariés et actionnaires des groupes concernés, mais aussi parfois des usagers… « Alors que la survie de ces derniers dépend à nouveau, de façon urgente, de sa capacité à parler et à agir vrai, ses silences, sous l’écume d’une vaine agitation, sont toujours plus assassins. »  

« Le temps des chimères 2003-2009 » ; Hubert Védrine ; Fayard

« Le temps des chimères… », c’est le dernier ouvrage d’Hubert Védrine, ancien ministre des affaires étrangères et spécialiste hors pair, en matière de relations internationales. Il nous présente et analyse la situation géopolitique mondiale sous forme de cahiers, regroupés dans cet ouvrage, décryptant l’actualité de 2003 à aujourd’hui. Hubert Védrine  nous livre ainsi ses observations et interprétations, sur l’évolution et le basculement des équilibres mondiaux, l’émergence de la Chine, de l’Inde. C’est ainsi tout un redécoupage planétaire, qui se profile, inédit depuis l’après seconde guerre mondiale et dans lequel la France et l’Europe, doivent pouvoir trouver leur place.

« Où en sommes-nous en 2009-10 ? Non pas à l’avènement d’un « monde multipolaire » plus juste, plus harmonieux et forcément stable, mais au début d’une longue redistribution des cartes qui prendra la forme d’une bagarre ou, en tout cas, d’une compétition multipolaire à rebondissements multiples et à l’issue incertaine. Et, conjoncturellement, à un carrefour d’incertitudes sur les modalités, les formes et le rythme de la sortie de « crise », à supposer que nous n’ayons vécu qu’une simple « crise » et non une mutation d’une ampleur et d’une durée imprévisibles. C’est la simultanéité et l’interrelation de ces mutations qui font la singularité du temps présent. 

Hubert Védrine »

« L’Entrevue de Saint-Cloud » ; Harold Cobert ; Editions Héloïse d’Ormesson

Né à Bordeaux en 1974, Harold Cobert a consacré une thèse (Mirabeau, polygraphe : du pornographe à l’orateur politique) et un essai à Mirabeau. Il est l’auteur de deux romans, dont « Un hiver avec Baudelaire » (2009), qui a rencontré un vif succès. Il écrit également pour le théâtre, le cinéma et la télévision.

Dans cet ouvrage, l’auteur opère une incursion historique au coeur de l’Ancien Régime crépusculaire et de la tourmente révolutionnaire. Il relate ainsi une rencontre d’importance, souvent négligée et qui aurait pu renverser l’inexorable cours de l’histoire, à savoir l’audience secrète accordée par Marie – Antoinette à Mirabeau, dans les jardins du château de Saint – Cloud, à la tombée de la nuit. Le 3 juillet 1790, alors que la monarchie est en péril et l’avenir de la France incertain, une seule volonté anime l’orateur du peuple, élu du tiers état, celle de sauver le trône. Durant ces quelques heures à la dérobée, déployant son éloquence, le redoutable tribun qu’est Mirabeau, tentera de rallier la reine à ses convictions. Ce roman en costumes (par ailleurs, fort bien documenté et écrit) témoigne également de la fragilité des destinées collectives.


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