La Lanterne (politique, sujets de société)

2 octobre, 2015

« Ce soir ou jamais » de Frédéric Taddéï – « Face à l’afflux de réfugiés, que faire ? »

Classé dans : Diplomatie,Europe,Monde,Politique,sujets de societe — llanterne @ 21:15

L’émission « Ce soir ou jamais », présentée par Frédéric Taddeï sur France 2, réunissait dans son dernier numéro, plusieurs personnalités, dont le philosophe Edgar Morin, le député (Les Républicains) Henri Guaino, l’économiste Jacques Attali, la géopoliticienne Béatrice Giblin, le philosophe et mathématicien Olivier Rey, ainsi que la journaliste Eugénie Bastié, pour débattre de la crise des migrants. Comme toujours dans cette émission, la tonalité était souvent subsersive, mais les échanges s’avéraient être sans langue de bois, enrichissant et instructifs.

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31 mai, 2015

Ce génocide arménien

Classé dans : Monde,Politique — llanterne @ 4:12

Ce génocide arménien fait l’objet d’une passionnante exposition, à l’hôtel de ville, à l’occasion du centième anniversaire des évènements. Elle présente un état de nos connaissances sur cet événement marquant de l’histoire du XXe siècle, illustrant les violences de masse commises contre les Arméniens, en 1915-16, par le régime Jeune-Turc. Cette exposition produite par la Ville de Paris, avec le prêt exceptionnel de 350 documents photos et de 150 pièces provenant du Musée-Institut du Génocide Arménien et de la bibliothèque Nubar à Paris, vise à présenter au grand public une synthèse des savoirs dont on dispose aujourd’hui sur ces violences et leurs conséquences.

Tout le monde, mis à part les Turcs, reconnaît que les Arméniens ont été victimes en 1915 du premier grand génocide de ce XXe siècle. Et chacun sait que l’électorat arménien pèse encore d’une certain poids dans nos scrutins, à l’image du déplacement de Hollande à Erevan, en Arménie, en avril dernier. En France, la diaspora rassemble près de 500 000 personnes, dont notamment à Paris, Lyon et Marseille. Le député Patrick Devedjian, le chanteur Charles Aznavour étaient du déplacement à Erevan, en avril dernier, par leurs origines arméniennes. Il est vrai, qu’est-ce qui explique la non-reconnaissance par la Turquie contemporaine, de ces évènements ayant fait près d’1,5 million de victimes, maintenant un siècle après les faits ? Ne touche-t-on pas là, au problème entretenu par la Turquie, avec ces minorités (kurdes, arméniens, etc…), parmi d’autres problématiques ? La reconnaissance officielle du génocide est-elle une des conditions sina-qua non à l’entrée de la Turquie dans l’UE ?

Tout d’abord, il n’y a aucune notion quantitative, quand l’on parle de génocide, il convient de le préciser. L’historiographie est établie là-dessus, c’est un génocide. Il y a l’intention, la planification, avec une intention d’éliminer un peuple, qu’il s’agisse de cent personnes, de mille personnes, de dix mille personnes ou de cent mille, ou encore un million, peu importe. Il y a aussi les transferts de population. Et ensuite, de faire en sorte que toute trace de cette civilisation disparaisse. Dès que vous cherchez à malmener des êtres humains, à massacrer en partie, une population, pour des critères religieux, ethniques, tel que l’a défini Raphaël Lenkind, à savoir un juif polonais - qui s’est appuyé sur trois exemples, que sont le génocide arménien, les famines en Ukraine et la Shoah -, il y a génocide. Ce-dernier était arrivé à la conclusion qu’il fallait le conceptualiser. Outre le crime de masse, le génocide issu du grec, est un néologisme s’apparentant à la notion de crimes contre l’humanité, inventé en 1943. Il a été tenté de l’imposer sémantiquement en 1945, au procès de Nuremberg, mais ça ne l’a été qu’en 1948. Aujourd’hui, à part quelques universitaires américains, à peu près tous sont d’accord sur la notion de génocide, mais il y a quinzaine d’années, ce n’était pas le cas. Un très grand spécialiste de l’Empire ottoman, Bernard Loïs, déclarait dans un entretien dans Le Monde en 1997, que le génocide, c’est le terme arménien. Il perdra un procès intenté. Un autre historien perdra un procès équivalent, durant la même période.

D’abord, un génocide est un crime imprescriptible, même commis, il y a cent ans, d’où la non-reconnaissance par la Turquie, impliquant aussi des questions de territoires, de géopolitique, mais aussi différents acteurs, à savoir la République d’Arménie, l’Azerbaïdjan, le Haut-Karabath, mais aussi des revendications de propriétés « je veux récupérer ma maison, etc. » François Hollande a demandé aux Turcs, lors d’une cérémonie officielle où il était présent, en Arménie, à Erevan, d’avancer sur la voie de la reconnaissance. Cent ans après les faits, seulement vingt-et-un dirigeants s’étaient rendus en Arménie. Sur le plan historique, au tournant du XXe siècle, les Arméniens sont principalement concentrés dans les six provinces orientales de l’Empire ottoman, leur territoire ancestral, ainsi qu’à Constantinople et dans les principales villes d’Anatolie. La majorité est établie en milieu rural et mène une vie traditionnelle, regroupant des petits artisans, commerçants, éleveurs, etc. Les villes de province concentrent aussi une société éduquée et entreprenante, qui entre dans la modernité, établie souvent dans le négoce et l’usure, alimentant parfois des préjugés à leur égard. Le milieu et la fin du XIXe siècle est caractérisé par un mouvement d’émancipation des minorités de l’Empire ottoman, suite à une série de soulèvements. Et les Arméniens (qui sont sujets ottomans) prennent conscience de l’inégalité de leurs droits face aux musulmans, en tant que chrétiens et dénoncent les méthodes du sultan. S’est ainsi que naquit la fameuse question arménienne, terminologie utilisée, en particulier, dans les milieux diplomatiques et dans la presse populaire en Europe de l’ouest, après le congrès de Berlin en 1878. Comme pour la question d’Orient, elle est relative à la sécurité et à la volonté d’autonomie des Arméniens notamment vis-à-vis des communautés environnantes au sein de l’Empire ottoman, exprimée approximativement des années 1870 aux années 1910. Les massacres hamidiens de l’été 1894 dans le district de Sassoun suite à une (supposée) révolte fiscale arménienne, constituent le prélude au génocide, fermement condamnés par la communauté internationale (surtout par des politiques français comme Jean Jaurès et par les Anglais).

De 1908 à 1918, l’Empire a été dirigé par le Comité Union et Progrès (CUP), un parti entièrement contrôlé par un comité central de neuf membres, constituant un pouvoir parallèle. Le Comité a assis son pouvoir en développant un réseau d’antennes locales, et en remplaçant les cadres de l’armée et de l’administration par des militants du parti. L’efficacité de son programme génocidaire a largement été déterminée par l’association de l’État-parti avec les notables locaux, les cadres religieux et les chefs tribaux. Les Jeunes-Turcs sont arrivés au pouvoir, avec des idées d’émancipation. A partir de 1913, l’Empire ottoman est amputé de larges territoires, provoquant une crise morale. Ayant perdu toute une partie de l’Empire ottoman, les généraux génocidaires caressaient l’espoir de créer un autre empire s’étendant vers l’est, l’Anatolie, l’Asie mineure. La perspective de la création d’un Etat arménien vers l’Anatolie bloquait cette tentative. Ils souhaitaient homogénéiser l’Anatolie, selon le principe du darwinisme social. Le coup d’Etat du 25 janvier 1913, instaure un parti unique, laissant les mains libres au Comité Union et Progrès, et favorisant la radicalisation de la direction Jeune-Turque. Les Jeunes-Turcs entrent en guerre aux côtés des Allemands. Comme pour tous les génocides qui vont suivre au cours du XXe siècle, la guerre constitue la première condition à la mise en oeuvre d’une politique systématique d’extermination. Elle permet notamment la mobilisation, dès le début d’août 1914, des Arméniens âgés de 20 à 40 ans. Le projet d’homogénéisation de l’Asie Mineure, caressé par les chefs du CUP, a alors pris la forme d’une entreprise d’extermination des Arméniens.

Une offensive ottomane sur les marches de l’Empire, à l’est, est accompagnée, sous couvert d’opérations militaires, de massacres localisées, en particulier dans la région d’Artvin, où la population arménienne d’une vingtaine de villages est massacrée. La planification des déportations est assurée par le Directorat pour l’installation des tribus et des migrants, la police dressant les listes de déportés, la gendarmerie assurant l’encadrement des convois, les services du Trésor s’occupant de gérer les biens abandonnés des déportés (bijoux, mobilier, biens fonciers…). Les coordinateurs de ces opérations étaient les secrétaires-responsables, délégués par le parti. Le 28 février, le ministre de la Guerre ordonne que les conscrits arméniens soient désarmés et versés dans des bataillons de travail. Le 24 avril 1915, les autorités procèdent à l’arrestation des élites arméniennes, à Istanbul et en province, marquant le début officiel du programme génocidaire. Il y a eu le volet « déportations », qui est la 1ère phase du génocide, qui dure à peu près six mois, d’avril-mai à octobre 1915, la seconde phase étant l’extermination dans des camps, qui dure de février à octobre 1916. Les hommes sont tués sur place, le plus souvent et les femmes et les enfants sont envoyés dans les camps, dans le désert,  harcelés en chemin par les tribus kurdes. Les bourreaux reçoivent les victimes, les parquent et les massacrent. La déportation des femmes, enfants, et vieillards s’est ainsi faite en 306 convois entre mai et octobre 1915, souvent détruits en cours de route, par la faim, l’épuisement et la soif, une faible proportion étant arrivée dans les lieux de relégation.

On a compté trente-deux à trente-trois camps de bouchers, le régime ayant mis sur place une organisation spéciale, des marches de l’Anatolie jusqu’au désert syrien, vers Alep, ayant accueilli environ 700 000 déportés, ainsi que près de 100 000 Arméniens relégués sur une ligne allant d’Alep à la mer Rouge. En mars 1916, environ 500 000 internés subsistent dans ces camps et quelques lieux de relégation. Une ultime décision est alors prise par le Comité central pour procéder à leur liquidation, d’avril à décembre 1916. La Turquie a pour un part reconnu les transferts de populations, mais il y a tout un travail d’historien, pour prouver qu’il y a une volonté d’extermination par balles, par l’épée, à l’arme blanche. Ensuite, c’est la persécution religieuse. Les survivants seront souvent obligés de se convertir à l’Islam et / ou de changer de patronyme. Ce qui vient s’ajouter à la destruction de monastères et d’églises arméniennes et / ou à leur transformation en mosquées, mais aussi à la modification de la toponymie des noms de lieux à consonance arménienne, pouvant parler d’ethnocide. Le recensement de la population arménienne au sein de l’Empire ottoman entre 1914 et 1915 est un sujet controversé, les derniers chiffres remontant à 1905 et 1912. Mais la plupart des estimations avancent un nombre compris entre 1,5 et 2,5 millions d’Arméniens, cette estimation étant très importante, pour déterminer les pertes civiles, dans le cadre du génocide arménien suivi de la guerre d’indépendance en Turquie. D’autres minorités ont été aussi victimes d’autres rétorsions. L’Etat turc s’est construit sur la négation de ce génocide.

Il y ainsi le cas des Grecs de Thrace, des juifs, d’autres minorités, ayant eu une série d’épurations ethniques en Anatolie, où il y avait de 30 à 40 % de non-musulmans en 1919, mais aujourd’hui, plus que 0,2 %. Le problème de la Turquie aujourd’hui, c’est celui de ces minorités. La plupart des observateurs avisés ont la même visée, il n’y a pas de fumée sans feu, tant que la Turquie n’aura pas reconnu le génocide arménien, l’Etat turc aura un problème avec la violence d’Etat, ce qui est valable pour d’autres Etats, issus de l’Empire ottoman. Un ministre turc a assisté récemment à une messe en hommage aux Arméniens, et Erdogan présenté ses condoléances, mais ce sont des mots en l’air. Car ensuite nous avons d’autres actes qui arrivent derrière et qui infirment ce qui a été dit. Il y a eu ce rapprochement turco-arménien, et qui a capoté, ces deux ou trois dernières années, la Turquie ayant posé des pré-conditions. Un des principaux problèmes turco-arménien, c’est la question de confiance, tout le problème entre victimes / bourreaux, dominants / dominés, traité de Sèvres / traité de Lausanne. Depuis cent ans, la Turquie pratique un pas de danse, un pas en avant, deux pas en arrière. Un grand responsable du génocide arménien, Talaat Pacha (l’un des dirigeants du mouvement Jeune-Turc), à qui on attribue l’ordre de « tuer tous les hommes, femmes et enfants arméniens sans exception », dépêché dans l’est de l’Anatolie, à titre spécial, fut condamné à mort par contumace par la cour martiale turque en 1919. En dépit de cela, il dispose d’un mausolée à Istanbul, d’une totale reconnaissance dans l’espace public, les autorités devant le remplacer, lui et d’autres personnalités, par des Justes Turcs ayant secouru des Arméniens. La thèse négationniste turque se repose notamment sur la révolte de Van, mais il s’agissait seulement d’un mouvement d’auto-défense de cette ville arménienne du sud-est de l’Empire ottoman, formant une sorte de saillant, puis de poche, ayant d’ailleurs sauvé ces habitants de l’extermination, près de 50 à 60 000 Arméniens ayant été tué dans les environs.

Les rescapés recensés à la fin de la guerre peuvent être classés en deux catégories, à savoir quelques milliers d’enfants et de jeunes filles, récupérés après l’armistice, et 100 000 déportés, découverts en Syrie ou parfois en Palestine, dès la fin de 1917, ainsi que plusieurs milliers d’autres, à la limite du Caucase ou à la frontière avec la Perse. A la fin de la guerre, des dizaines de refuges pour femmes et d’orphelinats dispersés au Proche-Orient et parfois en Grèce assurent la réhabilitation des rescapés qui constitueront plus tard la base de la diaspora arménienne, qui se crée dans les années 1920, trouvant en France, et notamment à Paris, un de ses principaux points d’ancrage. Entre 1922 et 1927, 58 000 réfugiés arméniens débarquent à Marseille, transitent par des camps de fortune, puis s’installent en ville ou remontent la vallée du Rhône. La région parisienne capte une partie de ces réfugiés qui s’établissent dans la petite couronne, à Alfortville, Issy-les-Moulineaux, Arnouville et, à Paris, dans les quartiers de Belleville et de Cadet. La préméditation est clairement établie. Dès 1915, les Turcs ont mis la main sur tous les biens des Arméniens. Mais la revendication des Arméniens n’est pas seulement économique, car tôt ou tard, il y aura nécessairement reconnaissance. C’est aussi territorial, ce peuple massacré, déporté, ayant aussi eu son territoire, ce qui peut devenir revendication territoriale. Encore aujourd’hui, les archives du cadastre sont fermées en Turquie.

On peut rétorquer, que l’on fait procéder à la reconnaissance du génocide, et ensuite passer à des réparations matérielles, territoriales. Mais étant donné qu’en 1915, il n’y avait pas d’Etat arménien souverain, on ne sait si l’Arménie contemporaine peut réclamer des territoires en Turquie, la République d’Arménie datant de 1918 (et ne représentant qu’à peu près de 15 à 20 % de la superficie de l’Arménie historique). Sur le plan politique, psychologique, les négociations d’adhésion à l’UE plus ou moins arrêtées pour d’autres raisons, n’avanceront pas. Il est sûr que l’on attendrait de la Turquie qu’elle reconnaisse ces minorités, ayant fait des pas en ce sens pour l’intégration en Europe. La mémoire du génocide tire vers le passé, elle enferme dans le passé. Mais la reconnaissance sera un avenir arménien, mais aussi se dissolvant dans un cadre plus large, pouvant se référer à une religion, à un alphabet, à des traditions. La Turquie se sent peut-être également soutenue dans son positionnement, par la tiédeur de la position américaine. Obama ne s’est pas rendu à Erevan, en avril dernier, mais lorsqu’il a été candidat, il a parlé de génocide et plus maintenant. A l’intérieur de la société américaine, il y un électorat arménien non négligeable, donc cela ne vient pas de la société civile. Mais bien qu’entretenant des rapports ambigus avec la Turquie, avec Israël, c’est l’un des deux Etats sur lequel les Etats-Unis peuvent s’appuyer dans la région aujourd’hui.

Sur un plan purement historique, l’Allemagne a aussi joué un rôle fondamental, tel l’a reconnu le ministre des affaires étrangères allemand. Etant l’allié de l’Empire ottoman, à l’est, les Allemands étaient là, mais ont laissé le génocide se dérouler, en dépit des observateurs présents sur place, militaires ou civils (près de 12 000), unis dans un silence coupable. Car ils étaient en compétition avec les Anglais, en pénétration vers le Moyen-orient et les Ottomans étaient le véhicule. C’est également la thèse défendue par l’historien arménien Vaak Dedrian, ayant apporté la preuve de la participation à la préparation et à la mise en oeuvre des massacres de certains fonctionnaires et militaires allemands en poste dans l’Empire ottoman. Hans Freiherr von Wangenheim, ambassadeur allemand auprès de l’Empire ottoman de 1912 à 1915, savait que les Turcs planifiaient le génocide arménien, comme le prouve une lettre. Les Allemands ont d’ailleurs exfiltré les hauts-responsables du génocide, en 1919, à la chute du califat. Et ils ont même restitué à Ankara le corps de Talaat Pacha, en 1940 (assassiné dans la même ville en 1921 par un rescapé arménien du génocide, qui fut ensuite acquitté). En Allemagne, le niveau de reconnaissance historique a varié selon les périodes. Dans l’entre-deux guerres, la tendance est plutôt à la réparation symbolique. Le traité de Sèvres signé le 10 août 1920 entre le nouveau gouvernement de Mustafa Kemal et les Alliés prévoit le jugement des responsables du génocide. La victoire d’Adolf Hitler en 1933 mettra un coup d’arrêt à ce processus. D’autant que les relations entre la Turquie et le Troisième Reich étaient très amicales, jusqu’à la déclaration de guerre de la Turquie à l’Allemagne en 1945, pour le moins formaliste. Les officiers allemands présents sur place ont été nombreux à rejoindre les rangs du parti national-socialiste, à partir de 1933. Ils se sont inspirés des méthodes appliquées lors du génocide arménien, tel Rudolf Höss, qui a ensuite commandé le camp d’Auschwitz. Cette question arménienne est en train de rebondir. Elle est liée à la mondialisation, à la place des sociétés civiles dans le monde, qui est beaucoup plus forte maintenant, qu’elle était, il y a vingt ans, et qui veulent participer au processus de décision. C’est tout l’effort de la société civile en Turquie. 

En fait, si l’on arrive à faire au Proche-orient avec le génocide des Arméniens, ce que l’on a réussi à faire en Europe avec la shoah, c’est-à-dire d’extraire cette violence structurelle des Etats pour créer une zone d’Etats de droit, si l’on arrive à faire la même chose, des Balkans au Caucase, en passant par le Proche-orient et nous en sommes loin, alors nous aurions quelque chose de nouveau. La Turquie a une place particulière dans cette affaire, car elle est l’ancienne puissance tutélaire de tous ces Etats. Par ailleurs, dans la Turquie d’aujourd’hui, on découvre aussi des Turcs qui apprennent qu’ils avaient des grands-parents arméniens. Cette société turque veut plus de démocratie, elle bouge, elle vit. Aujourd’hui, la société civile turque se rattrape, mais pas encore l’Etat.

                                                                                                                                                                           J. D.

21 décembre, 2013

Retour sur cet hommage à Mandela

Classé dans : Diplomatie,Monde,Politique — llanterne @ 5:18

Après l’hommage unanime et consensuel adressé à Nelson Mandela, selon la formule zemmourienne, « les effluves d’encens médiatique se sont peu à peu dissipées ». A ce titre, l’icône Mandela a été célébré aux quatre coins de la planète, à l’image d’un Gandhi. 90 chefs d’Etat se son précipités en Afrique du sud pour honorer la mémoire du grand homme. Ils n’avaient guère le choix, il est vrai, sur le plan de la com’. Que celui que ses fidèles appelaient « Madiba » ait été terroriste et plus ou moins communiste dans sa jeunesse n’a guère d’importance. Mandela a su, après 29 années de bagne, lancer le plus beau mot d’ordre, et pas des moindres, à savoir celui de la réconciliation, du pardon. Peu de vainqueurs ont eu ce courage. Mais une fois cet petit monde envolé, une fois le mythe consacré, reste aussi la dure réalité, qui est celle de l’Afrique du sud contemporaine.

Effectivement, il y a vingt ans, quand Mandela accède au pouvoir en Afrique du sud, en 1994, il a le grand mérite de prôner la réconciliation entre noirs et blancs et d’éviter ainsi un bain de sang. Tous ceux qui connaissaient l’Afrique du sud de l’apartheid craignaient que le jour où les choses basculeraient, où les Blancs perdraient la partie, on assisterait à la pire des guerres civiles et que les noirs se vengeraient sans pitié de décennies de persécutions. Ce fut la seule « décolonisation » réussie, au 1er abord. Né le 18 juillet 1918 dans l’ancien Transkei, décédé le 5 décembre 2013, Nelson Mandela était un Xhosa issu de la lignée royale des Thembu, éduqué à l’européenne par des missionnaires méthodistes. Il commença ses études supérieures à Fort Hare, université destinée aux enfants des élites noires, avant de les achever à Witwatersrand, au Transvaal, au coeur de ce qui était alors le « pays boer ». Il s’installa ensuite comme avocat à Johannesburg. Nelson Mandela était avant tout un révolutionnaire, un combattant, un militant qui mit « sa peau au bout de ses idées ». Il fut ainsi l’un des fondateurs de l’aile militaire de l’ANC, qu’il co-dirigea avec le communiste Joe Slovo, planifiant et coordonnant plus de 200 attentats et sabotages pour lesquels il fut condamné à la prison à vie.

A sa libération et à son avènement, Mandela a trouvé en le président De Klerk de l’époque, un parfait alter-égo, qui renonce alors à défendre le pouvoir et l’apartheid, alors même que l’ANC n’avait pas les moyens militaires de battre l’armée sud-africaine. Il faut dire que diplomatiquement, depuis la chute du mur de Berlin, l’Afrique du sud ne sert plus de bastion contre le communisme et le soutien tacite de l’occident au régime d’apartheid, durant les années 1970-80, n’a plus de raison d’être, l’abandonnant au nom des bons sentiments. Il fut ainsi hissé au pouvoir par un président De Klerk appliquant à la lettre le plan de règlement global de la question sud-africaine décidé par Washington. Mais seulement, certains chiffres viennent ensuite noircir le tableau du post-apartheid. Le taux de criminalité en Afrique du sud est, en 2013, le plus élevé au monde, avec une moyenne de 43 meurtres quotidiens. Entre 1970 et 1994, en 24 ans, alors que l’ANC était en guerre contre le régime d’apartheid, une soixante de fermiers blancs furent tués. Depuis avril 1994, plus de 2000 fermiers blancs ont été assassinés. Cependant, il faut reconnaître à Mandela l’intelligence, à son arrivée au pouvoir, d’avoir compris que s’en prendre aux élites économiques blanches, coulerait l’Afrique du sud. Il avait l’exemple de la Rodhésie, devenu le Zimbawe.

Mais plusieurs héritiers de Mandela  n’ont pas cette intelligence, que ce soit Thabo Mbeki (1999-2008) et Jacob Zuma (depuis 2009), l’Afrique du sud étant devenu un Etat du « tiers-monde » dérivant dans un océan de pénuries, de corruption, de misère sociale et de violences, réalité en partie masquée par quelques secteurs ultraperformants. Le PIB de l’Afrique du sud a chuté considérablement en quinze ans. Selon les statistiques de l’ONU, l’Afrique du sud est désormais classée parmi l’un des cinq pays les moins performants du continent africain, devant les Comores, Madagascar, le Soudan et le Swaziland. Le chômage toucherait près de 25,6 % de la population active en 2013, mais en réalité environ 40 % des actifs. Quant au revenu de la tranche la plus démunie de la population noire, il est aujourd’hui inférieur de moitié, à ce qu’il était avant 1994. En 2013, près de 17 millions de noirs sur une population de 51 millions d’habitants, ne survécurent que grâce aux aides sociales. S’y ajoute des problèmes d’ordre sanitaire, le Sida faisant des ravages (près de 20 % de la population étant séropositive), au sein de la population noire. Le pays est toujours aussi divisé et cloisonné, après des décennies d’apartheid, blancs et noirs ne se cotoyant guère, et les clivages politiques étant toujours les mêmes, lors de chaque élection, les noirs votant pour l’ANC, les blancs et les métis pour l’Alliance démocratique.

Entre noirs même, l’ANC connaissant de graves tensions entre Zulu et Xhosa (la tribu dont était issue Mandela), entre doctrinaires post marxistes et « gestionnaires » capitalistes, entre africanistes et partisans d’une ligne « multiraciale », à la kényane. Un conflit de génération oppose également la vieille garde aux jeunes loups prônant une « libération raciale » et la spoliation des fermiers blancs, comme au Zimbawe. Ces successeurs se sont révélés incompétents et corrompus. La misère grandissante accroît la violence sociale et la répression est souvent féroce. Ainsi selon une tirade d’Eric Zemmour, concluant bien le propos, une fois Mandela disparu, on risque de s’apercevoir vite, que l’Afrique du sud ne constitue pas une nation, mais un agrégat de peuples opposés, désunis et déchirés, réunis par le colonisateur britannique, peuples dont les références culturelles sont étrangères, et même souvent irréductibles, les unes aux autres, que la nation « Arc-en-Ciel » n’est qu’un mythe.

                                                                                                                                                                                                 J. D.

30 novembre, 2013

La Françafrique a de beaux restes

Classé dans : Diplomatie,Monde,Politique — llanterne @ 23:29

Comme nous avons pu le constater, depuis ces derniers mois, la Françafrique a encore de beaux restes. Après cette victoire de courte durée au Mali, François Hollande a décidé d’envoyer 1 600 parachutistes en République centrafricaine pour protéger nos compatriotes en danger. Ce pays est ainsi plongé au milieu d’un chaos sanguinaire, avec des bandes de bandits de grands chemins pillant, rançonnant la population et perpétuant multiples exactions. Et un Etat qui n’en est pas un, dirigé depuis mars dernier (suite à un coup d’Etat) par d’anciens rebelles plus ou moins islamistes venus de l’est du pays, les Sékélas.

Mais outre l’aspect humanitaire, que François Hollande souhaite remettre de l’ordre dans la durée, dans ce pays perdu au coeur du continent noir, deux fois plus étendu que la France, mais peuplé de moins de cinq millions d’habitants, est déjà plus discutable. En effet, plus d’un demi-siècle après les indépendances, la France doit-elle encore être le gendarme de l’Afrique. Ainsi Hollande souhaite désarmer les groupes rebelles s’entretuant et massacrant la population, mais la tâche risque d’être complexe. Qui sont les bons et qui sont les méchants, dans ce conflit chrétiens / musulmans entre Sékélas et anti-Balakas. Où sont la légalité et la légitimité ? Les imbrications politico-ethnico-religieuses restent complexes à dénouer. Ce conflit politique entre partisans de Djotodia et partisans de Bozizé s’apparente bel et bien à un nouvel épisode de ces conflits religieux embrasant le Mali, la Côte-d’Ivoire ou le Nigéria, parmi tant d’autres. 

Depuis des décennies, tous nos présidents, y compris Hollande, de Giscard à Mitterrand, en passant par Chirac et Sarkozy, nous ont dit et répété que la « Françafrique » n’existait plus. On aurait voulu le croire, quitte à inaugurer de nouveaux rapports avec l’Afrique francophone. Laurent Fabius nous a seriné que la Centrafrique est « au bord du génocide » et Jean-Yves Le Drian, que nous assistons à l’effondrement d’un Etat avec une tendance à l’affrontement confessionnel. Il est vrai que l’histoire de la Centrafrique depuis plus d’un siècle est aussi liée, à celle de la France. Des compagnies françaises se sont taillées des concessions plus étendues qu’un département où les autochtones étaient traités comme des sous-hommes tout juste bons à ramasser du caoutchouc et à fournir de l’ivoire. Passé la libération - où la Centrafrique, baptisée à l’époque l’Oubangui-Chari -, est venu le temps de l’indépendance. Mais ce fut une indépendance formelle, avec des présidents choisis par la France, soutenus par elle contre vents et marées (qu’on se souvienne de l’Empereur Bokassa Ier) ou flanqués d’un numéro 2 envoyé par Paris.

Soutien aux pouvoirs en place, pillage des ressources, cécité face au trafic de stupéfiants, exportation d’un pseudo-modèle démocratique : le bilan politique de la présence française en Afrique subsaharienne et au Sahel a été escamoté par la France socialiste. Assiste-t-on, pour autant, au retour de la Françafrique, à proprement parler ? Cette expression, que l’on doit au premier président ivoirien Félix Houphouët-Boigny, créée pour saluer « une communauté de destin » entre la France et l’Afrique, est désormais synonyme du pire : l’existence d’une diplomatie parallèle, la concussion des dirigeants français et africains, l’utilisation discrète des caisses noires, etc… Comme l’analyse Nicolas Beau, François Hollande n’a cédé à aucune de ces dérives, contrairement à ces prédécesseurs. Il reste que des chefs d’Etat africains usés jusqu’à la corde ont été sollicités, choyés, récompensés par la France socialiste pour les besoins de l’opération militaire précédente, au Mali, avec en tête de ces vieux chevaux de retour le Tchadien Idriss Déby Itno et le Camerounais Paul Biya. Alors que la France de François Hollande s’apprête à organiser le 7 décembre 2013 à Paris une grand-messe où les chefs d’Etats africains sont conviés, la dénonciation de la Françafrique ne suffit pas à définir un véritable projet. La posture guerrière des derniers mois a masqué un vide politique abyssal, de nature à préparer des lendemains qui déchantent.

Ainsi, quoi qu’il en soit, les Français en ont assez de voir le chef de l’Etat, empêtré dans son absence de charisme, jouer au bonneteau devant eux, tout en sortant de ses poches trouées, un pseudo-génocide au fin fond de l’Afrique, des interventions militaires mal ficelées et aux conséquences souvent désastreuses, une diplomatie maladroite, une pseudo-réforme sociétale, un projet fumeux de grande réforme fiscale. La diversion et l’amateurisme, nous en sommes las…

                                                                                                                                                                                     J. D.

28 novembre, 2013

La fin de la diplomatie gaullienne

Classé dans : Diplomatie,Economie,Monde,Politique — llanterne @ 2:30

Téhéran et les Occidentaux ont trouvé - ce week-end -, un compromis sur l’épineux dossier du nucléaire. Si la communauté internationale se réjouit, Israël s’en inquiète, fustigeant « une erreur historique ». Après dix ans de crise diplomatique, de sanctions économiques et de négociations ardues, l’Iran et les grandes puissances ont scellé à Genève un premier accord pour contenir le programme nucléaire iranien. La France s’y était un temps opposée. Mais la France a-t-elle réellement bien manoeuvré dans ce dossier ?

Revenons sur ce coup de tonnerre diplomatique. Il y a deux semaines, Paris a empêché un accord avec l’Iran sur le nucléaire, accord auquel la Maison blanche, pourtant, semblait prête. Du coup, nous étions redevenus populaires à Washington. En Israël, le premier ministre a félicité chaleureusement Laurent Fabius. Pour reprendre l’analyse zemmourienne, on se croyait revenu au temps, où Guy Mollet et les pilotes français faisaient la guerre à bord d’avions israéliens, contre l’Egypte de Nasser. De leur côté, les Iraniens étaient furieux. Obama et son ministre Kerry regardaient Fabius et Hollande de travers. Le socialiste Hollande était acclamé par la droite outre-atlantique et la droite israélienne, comme un vulgaire Sarkozy. On croyait que l’arrivée de Hollande au pouvoir, aurait au moins le mérite de marquer une rupture avec ce tropisme atlantiste de son prédécesseur et un retour aux subtilités diplomatiques d’antan. Et le pire, c’est que ce n’est pas la première fois.

Dans l’affaire syrienne, notre président avait voulu punir Bachar El-Assad pour l’usage d’armes chimiques, tandis qu’Obama s’avérait beaucoup plus modéré et conciliant. Au Mali, de même, les Français se sont précipités pour combattre les terroristes, reprenant là encore, la terminologie des néo-conservateurs américains, sans discuter du bien-fondé de cette intervention aux racines complexes. Mais toujours est-il qu’à l’heure actuelle, Hollande s’avère être la pointe émergée de l’Otan, quand l’Amérique est tentée par un isolationnisme prudent. On se souvient, Sarkozy avait lui aussi renversé Kadhafi avant de menacer la Syrie d’Assad et l’Iran des Mollahs. Hollande se révèle le frère jumeau de Sarkozy. Comme si l’identité des générations était bien plus déterminante que les clivages politiques. Ainsi, les deux hommes viennent tout de même, en quelques années, de balayer d’un revers de main, quarante ans de politique gaullienne. Le général, au nom de l’indépendance de la nation, n’hésitait pas à s’opposer à l’Amérique, s’avérait méfiant à l’égard des Anglais, s’ouvrait à la Chine de Mao et à l’URSS de Khroutchev, pourtant communistes, et soignait sa popularité dans le tiers-monde, comme le petit qui n’a pas peur des grands.

La France de Sarkozy et Hollande laisse à l’Allemagne réunifiée d’Angela Merkel, les joies du commerce, de l’entente et de la coopération, avec la Russie et la Chine. Sarkozy et Hollande poursuivent les mêmes chimères de l’Europe de la Défense, dont les Français sont les seuls à vouloir. Mais pour être le gendarme de la méditterranée, il faut des moyens. Alors même qu’Hollande, comme Sarkozy, ne cesse de réduire les budgets militaires. Or, il est vrai, ne pas accorder sa politique militaire avec sa politique étrangère, comporte de gros risques. Mais les deux hommes comptent manifestement sur la même planche de salut, à savoir le chéquier bien garni des pétro-monarchies du Golfe - Arabie saoudite, Qatar -, pays sunnites qui feront tout pour avoir la peau des Chiites (Iraniens, Syriens), suivant l’analyse d’Eric Zemmour. Pays du Golfe également, qui n’ont aucun intérêt à ce que l’Iran revienne sur le marché vendre son pétrole, ce qui aura pour effet de faire baisser les coûts. A cet effet, rien ne serait plus périlleux, aujourd’hui, que de décrypter les tumultes secouant le monde arabe par le prisme de l’opposition entre démocratie et dictature. Cette grille d’analyse permet également de souligner le flagrant manque de perspicacité de la diplomatie hollandaise, au sujet du dossier iranien.

Il s’agit en effet de l’importation de catégories occidentales, celles de l’opposition entre « démocrates » et « intégristes », ou entre dictatures et démocraties, dans une région qui ne les connaît pas comme telles. Outre la distinction fondamentale entre les deux branches principales de l’Islam, une analyse de la situation géopolitique actuelle, et notamment de la place de l’Iran, reste à apporter. Touchant plus précisément au cas iranien, la question à poser est « Faut-il avoir peur de l’Iran ? ». L’étude des quatre pôles du pouvoir en Iran, le Guide, le président, les Gardiens de la Révolution (ou Pasdaran) et le clergé, met en évidence les crises que traverse le régime actuel. Là encore, le lien entre le religieux et le politique apparaît comme indiscutable. Quant à la perception de l’Iran en Occident, elle s’explique par une diabolisation d’abord fondée sur des intérêts stratégiques que sur la réalité du pouvoir iranien, quoi qu’il en soit des dessous du dossier nucléaire.

La comparaison avec le Qatar et l’Arabie saoudite, alliés de l’Occident malgré leur rigorisme religieux et social, semble en effet justifier cette assertion. Enfin, il convient de s’interroger sur le rôle des puissances occidentales au Proche et Moyen-Orient, et particulièrement sur la place de la France et son influence déclinante. Entre la Révolution française et 1919, de nombreux contacts se nouent entre les deux pays, avec la mise en place d’une influence culturelle française grandissante en Perse. Ces relations sont périodiquement ternies par les manœuvres des grands empires occidentaux (russe et britannique principalement) visant à peser sur le destin de l’Iran, stratégiquement situé sur les routes entre le Proche-Orient et l’Inde. L’Iran du XXIe siècle aura besoin de se tourner vers les puissances occidentales (notamment en matière de coopération dans certains secteurs de pointe, tels le nucléaire civil), en opérant son envol économique. L’Iran est un futur pays émergent. Or, les anglo-saxons sont mis sur la touche, pour des raisons historico-géopolitiques. 

La France a une carte à jouer. Cependant, depuis la révolution iranienne et le soutien de la France à l’Irak lors de la guerre Iran-Irak, les relations se sont dégradées. Le refus de l’Iran de stopper l’enrichissement de l’uranium, et le fait que la France soutient le renvoi de l’Iran devant le Conseil de Sécurité des Nations unies ont encore plus éloigné les deux pays. Mais l’atout fondamental de la diplomatie française dans cette région était sa capacité à dialoguer avec tous les régimes. Un pays n’a pas d’amis, il n’a que des intérêts, disait le général de Gaulle. Mais c’est ainsi en reconstruisant cette force diplomatique que la France pourrait redevenir une grande puissance au Moyen-Orient, en renouant avec ce pragmatisme originel.

                                                                                                                                                                       J. D.

16 septembre, 2013

« Ce soir ou jamais » de Frédéric Taddéï – Intervention de Michel Collon

Classé dans : Diplomatie,Monde — llanterne @ 3:00

Dans le dernier numéro de « Ce soir ou jamais », émission présentée par Frédéric Taddeï, sur France 2, plusieurs invités étaient réunis, dont Michel Collon, journaliste et essayiste belge. Le débat a gravité autour de l’actuelle crise syrienne, mettant notamment en exergue, autour des récentes menaces d’intervention, ce qui est assimilé à des contradictions sur le plan diplomatique. Comme souvent dans cette émission, la discussion était assez subversive, mais la tonalité parfois intéressante.

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27 avril, 2013

« Z comme Zemmour » – Hollande et la Chine

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Dans sa chronique matinale sur RTL, Eric Zemmour s’amusait de la diplomatie express de nos Présidents, et notamment de François Hollande qui boucle un voyage de 36 heures en Chine. Il aura passé moins d’une journée à Pékin et quatre heures à Shangaï. Ca va trop vite ?

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2 avril, 2013

L’Irak, dix ans après la guerre

Classé dans : Diplomatie,Monde,Politique — llanterne @ 13:57

Gangrené par la violence, la corruption et l’instabilité politique, l’Irak a marqué dans la plus grande discrétion le dixième anniversaire de son invasion par une coalition militaire américano-britannique. La guerre d’Irak, parfois connue sous le nom de troisième guerre du Golfe, a commencé le 20 mars 2003 avec l’invasion de l’Irak par la coalition menée par les Etats-Unis contre le parti Baas de Saddam Hussein. Il s’agissait de chasser Saddam Hussein et de faire triompher la démocratie. C’était aussi l’époque du « French Bashing », parce que Jacques Chirac avait dit non à l’Oncle Sam. Nous étions des lâches, des singes capitulards, d’infâmes pacifistes, hantés par l’esprit de Munich, des vieux Européens décadents, des alliés ingrats, qu’ils se promettaient bien de punir.

Les Américains s’amusaient alors à récapituler toutes nos défaites depuis 1940. Mais seulement, dix ans après, les Américains doivent reconnaître que les Français n’avaient pas tort. Les plus sévères jugent le bilan de leur intervention en Irak comme un fiasco. « Les grandes puissances font rarement des choix, qui leur explosent aussi violemment à la figure », lit-on dans le prestigieux New York Times (quotidien de référence des démocrates et républicains modérés). Plus de 4 000 boys ont laissé leur vie, dans une guerre qui a coûté au bas mot, 2000 milliards de dollars. Ainsi, George Bush avait promis de détruire des armes de destruction massive qui n’existaient pas, et d’établir la démocratie provoquant dix ans de guerre civile. On estime que plus de 115 000 civils irakiens sont morts dans les violences (essentiellement des attentats). S’ajoute aux milliers de victimes du côté irakien, près de 250 000 réfugiés, sans compter les dommages aux infrastructures civiles (services de santé, hôpitaux, routes, centrales électriques, centres de communication…), sur fond d’insécurité générale (pillages, incendies et prises d’otage).

Depuis le 18 décembre 2011, l’armée américaine a plié bagages, mais les attentats continuent, les Sunnites contre les Chiites, des Chiites contre les Kurdes. Les Américains ont disloqué cet Etat, forgé de toutes pièces par les Anglais, il y a près d’un siècle (en 1921). Les Kurdes ont pris une quasi-indépendance, tandis que les cadres sunnites de Saddam Hussein, évincés par les Américains, rejoignaient Al-Qaïda dans sa lutte contre le Grand Satan. Cependant, est-ce qu’on peut dire quand même, que l’Irak est plus démocratique en 2013, qu’elle ne l’était en 2002 ? Le droit de vote, la liberté d’expression, la multiplication des médias, oui, tout cela existe. Il y a eu installation d’un gouvernement provisoire irakien, choisi par la coalition, en vue de réorganiser la vie politique irakienne, puis le vote d’une constitution acceptée à 75 % (principale par les Kurdes et les Chiites), accompagné du retour au pays de réfugiés politiques, exilés dans les pays voisins, l’organisation des 1ères « élections libres » depuis plus de 50 ans. Mais seulement, il n’y a pas de citoyens, seulement des communautés ethniques et des tribus… Le suffrage universel a donné les clefs d’un « d’un camion plein de pétrole », à une majorité chiite.

Outre le bouleversement des statu quo liés à la géopolitique du pétrole, en éliminant Saddam Hussein, les Américains ont abattu le seul élément résistant au voisin iranien, dans la région. Les Américains avaient pour objectif de protéger Israël et ses alliés arabes du Golfe de la menace irakienne. Ils les ont placés sous une menace iranienne, encore plus puissante, préparant tranquillement sa bombe atomique. Ainsi, on assiste avec concomitance à un double renforcement à l’est et au nord de la puissance politique de l’islam Chiite et donc de l’Iran, qui peut désormais soutenir pleinement son allié syrien, et au nord de la puissance politique de l’islam Sunnite et donc de l’Arabie saoudite. Après l’Irak et l’Afghanistan, deux fiascos, Obama a des délicatesses « d’un éléphant dans un magasin de porcelaine », pour paraphraser le truculent Eric Zemmour. Surtout ne pas bouger, pour ne rien casser. Alors, comme des enfants privés de jouets, ayant renoué avec leur isolationnisme originel, les Américains regardent avec envie nos troupes caracolaient au Mali, à la poursuite du terroriste. Ils nous admirent, ils nous louent. On fait le sale boulot à leur place.

Pourtant, rien ne dit que notre guerre-éclair au Mali servira à  quelque chose, et que les fameux terroristes ne reviendront pas, dès que l’armée française aura le dos tourné. Et rien ne dit qu’on ne fera pas là-bas, les mêmes erreurs qu’eux. Alors pour citer Eric Zemmour et cette formule concluant bien le propos « Allez sans rancune, et comme on dit chez nous, « Rendez-vous dans dix ans ! » ».

                                                                                                                                                                                                               J. D.

 

5 février, 2013

« Z comme Zemmour » – Cette guerre-éclair au Mali

Classé dans : Diplomatie,Monde,Politique — llanterne @ 21:45

Dans sa chronique matinale sur RTL, Eric Zemmour revenait sur cette guerre-éclair au Mali. Trois semaines après le début de l’opération Serval, le gouvernement français estime que l’intervention a « réussi ». Bamako est sauvée et les grandes villes du Nord sont reprises les unes après les autres, l’ennemi ayant détalé de lui-même sans livrer le moindre combat. Et une nouvelle phase s’ouvre avec la recherche de Djihadistes ayant opéré un repli tactique dans les zones désertiques.

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15 avril, 2012

Mali, la suite du feuilleton

Classé dans : Diplomatie,Monde — llanterne @ 16:52

Mali, la suite du feuilleton  dans Diplomatie latern

Les premiers ressortissants français, invités par le Quai d’Orsay, à quitter le Mali, sont arrivés dans la matinée du 3 avril 2012, à Roissy. Un groupe islamiste touareg a pris, hier, le contrôle de la ville de Tombouctou, au nord-ouest du Mali, et il s’agit peut-être là, il est vrai, d’un effet collatéral de la chute de Kadhafi, en Lybie. Ces Touaregs, ces hommes bleus, « c’était les siens ». Ils sont nombreux à avoir combattu pour lui, durant la guerre civile lybienne (les fameux mercenaires africains). Ils le considéraient un peu, « comme leur parrain », lui qui finança les guérillas indépendantistes locales, depuis des années, et qui se faisait souvent le défenseur de leur cause.

A sa chute, des bandes de mercenaires Touaregs se sont repliées, dans leur fief sahélien du nord du Mali, que d’ailleurs, au passage, les Touaregs n’ont jamais considéré réellement, comme étant leur pays (depuis l’indépendance). Le Mali est un pays inventé par la colonisation française, qui n’a jamais été une nation, comme beaucoup d’autres. Les Touaregs n’ont jamais accepté d’y être dominés par la majorité noire, et ils se sont toujours sentis humiliés, rejetés, méprisés, dans cette contrée, où les principes démocratiques s’inclinent, de toute façon, devant les relations tribales et ethniques. C’est ce que n’ont pas compris - ou feint de ne pas comprendre -, les Français et les Anglais en renversant Kadhafi, au nom de la démocratie et des droits de l’homme. Déjà en Lybie aussi, les tribus de l’est du pays revendiquent leur indépendance, et font la guerre au nouveau pouvoir. Les nombreuses armes parachutées par les Français et les Anglais, n’ont pas été perdues pour tout le monde. Toute la région en est déstabilisée. C’est ce qu’avait expliqué à Nicolas Sarkozy, le président tchadien, Idris Debhi, pour le dissuader d’envoyer l’armée française abattre Kadhafi. En vain. Le président tchadien sait bien, lui, que dans tous les pays de la région, la présence de ces tribus de Touaregs, nomades, misérables et se jouant des frontières, constituent une poudrière qui ne demande qu’à exploser.

S’y ajoute naturellement le coup d’Etat militaire au Mali qui, le 22 mars, a renversé le régime « modèle » du président malien Amadou Toumani Touré, ajoutant à la confusion régionale. Secouée par les nouvelles rébellions de mouvements touaregs, la bande saharo-sahélienne pâtit également de l’impunité des groupes armés se réclamant d’Al-Qaïda au Maghreb islamique. Le Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’Etat (CNRDRE) a suspendu les institutions et mis fin au processus électoral, tout en assurant qu’il ne souhaitait pas « confisquer la démocratie », mais simplement « rétablir l’unité nationale et l’intégrité territoriale ». Mais s’il se maintient, rien ne dit cependant que ce régime militaire, unanimement condamné, sera en mesure de retourner la situation à son profit dans un Nord en déshérence. Seule activité économique dans les zones les moins peuplées du Sahel, le tourisme est à l’arrêt. Et de plus, ces derniers mois, le retour de Lybie de milliers de combattants – en majorité touaregs -, la prolifération d’armes et l’explosion des trafics de cocaïne ou de cigarettes ont achevé de propager une guerre larvée.

Ces soulèvements armés touaregs ayant jailli dans les années 1960 dans l’Azawad (Mali), l’Aïr, l’Azawagh (Niger) ou l’Ajjer (Algérie) ne sont guère surprenants, contingents, imprévisibles, car s’inscrivant dans la prolongation de la résistance des Touaregs aux empires coloniaux. Les années 1950 et 1960 virent la création des Etats du Mali, du Niger, de l’Algérie, de la Lybie, du Burkina Faso (anciennement Haute-Volta). Les Touaregs refusèrent d’être « des pièces rapportées sur la trame artificielle des nouveaux Etats » ; mais leur contestation fut écrasée, et se bricolera alors une autre phase de la résistance aux marges. C’est ce qu’ont bien compris, les islamistes d’Aqmi - la branche algérienne d’Al-Qaïda -, qui les enrôle et les finance généreusement, grâce aux trafics de drogue ou aux rançons payées par les pays occidentaux, pour libérer leurs otages, régulièrement enlevés. Un jeu qui s’avère lucratif. Le seul qui sorte ces jeunes touaregs, de la misère endémique.

Et beaucoup s’y précipitent, avec d’autant plus d’enthousiasme, qu’ils ne risquent rien. Ou pas grand-chose. Car à part l’Algérie, aucun pays de la région n’a de structures étatiques, digne de ce nom. Et ce n’est pas le coup d’Etat récent, d’officiers maliens d’une armée en débandade, qui y changera quelque chose. Alors pillage, nomadisme, Islam rigoriste du désert. « Tout se passe comme si cette région de l’Afrique de l’ouest, reprenait le cours millénaire de son histoire, avant que la France  n’y imprime sa marque colonisatrice », pour citer Monsieur Zemmour. Une histoire millénaire, ancestrale, mais transformée, bouleversée par sa rencontre improbable, avec la face la plus noire de la modernité, celle du crime mondialisé ! Trafic d’armes, de drogues, et d’immigrés clandestins aussi. C’est une ancienne colonie, zone d’influence française. On n’interviendra pas militairement, a déclaré Alain Juppé. Que peut faire la France ?

La France n’a que de mauvaises solutions. Soit elle accepte la partition du Mali, et reconnait aux touaregs leur indépendance. On pourrait alors retourner ces farouches combattants, contre les terroristes islamistes. Mais ce serait ouvrir la boite de Pandore. Inadmissible pour tous nos grands alliés dans la région, de la Côte-d’Ivoire au Sénégal. Soit on intervient militairement avec ces pays-là, encore une fois, on chasse les putschistes de Bamako, on réprime la rébellion touareg. Et on offre ces tribus surarmées aux terroristes islamistes d’Aqmi. Ou on ne fait, ni l’un, ni l’autre, ou un peu des deux, et on a tous ses inconvénients. « Au loin, on croit entendre, le rire caverneux de Mouhammar Kadhafi ».

                                                                                                                        J. D.

                                                                                                                 

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