La Lanterne (politique, sujets de société)

6 juin, 2011

Le G8 de Deauville ou le déclin de l’occident

Classé dans : Diplomatie,Economie,Monde,Politique — llanterne @ 14:18

Le G8 de Deauville ou le déclin de l'occident dans Diplomatie latern

C’était récemment la réunion du G8, à Deauville, rassemblant les chefs d’Etats et de gouvernements des Etats-Unis, de la Russie, de l’Allemagne, du Royaume-Uni, de l’Italie, du Canada -de la France accueillant le sommet-, et du Japon, les 26 et 27 mai. Une réunion - symbole de la démesure contemporaine, avec un déploiement de 16 000 policiers, mais aussi des experts par milliers, des communicants par milliers, des manifestants par milliers… Et le bilan de ce sommet a été présenté comme positif, ayant été abordés la question du nucléaire, du printemps arabe, du FMI, de la croissance et d’internet…

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En 1975, Valéry Giscard d’Estaing expliquait qu’il avait eu l’idée de petites rencontres informelles au coin du feu… C’était alors le premier G5, réunissant les Etats-Unis, la RFA, le Royaume-Uni, le Japon et la France, en réponse au premier choc pétrolier. Mais c’était aussi la nostalgie de l’équilibre européen du XIXe, qui se cachait derrière cette fausse simplicité, dont Giscard avait voulu faire sa marque de fabrique. Le contexte de la guerre froide entrait également en ligne de compte, sans oublier ce fantasme de directoire mondial, cher à la France, habitée par la hantise du déclassement, depuis la défaite de 1940. A savoir, toujours cette volonté hexagonale de rester une grande puissance, au moins par le verbe, mais qui a indéniablement son importance symbolique… Bien qu’ayant perdu son caractère informel et discret, des débuts, le G8 (pour « Groupe des huit ») en est devenu ce groupe de discussion et de partenariat économique réunissant les huit pays, parmi les plus puissants du monde (rassemblant dans les années 90, près de 60 % de la richesse mondiale)… Et les dirigeants du G8 se réunissent annuellement, lors d’un sommet regroupant les chefs d’Etats ou de gouvernements, ainsi que les présidents de la Commission et du conseil européens, et des représentants d’autres pays ou unions internationales…

Mais dans la seconde moitié des années 90, avec l’émergence de la Chine et de l’Inde, les pays émergents sont devenus les concurrents redoutables de nos pays, par le rythme effréné des déménagements d’usines et délocalisations…. Dans le monde en 2007, le G8 rassemblait 13,1 % de la population mondiale et produisait environ 58 % du PIB mondial, contre environ 40 % en 2011. Au XXIe siècle, plusieurs membres du G8 plaident pour un élargissement du groupe, pour inclure les « cinq », c’est-à-dire les principaux pays émergents : Chine, Inde, Brésil… Invités jusqu’ici, au cas par cas, ils seront désormais associés aux grands débats du G8 sur les thèmes cruciaux comme le climat. Le G8 est ainsi devenu le G13, puis le G20 pour faire plaisir, et inclure les amis de l’Amérique (Arabie saoudite, Turquie…). A savoir un vaste forum bavard et vain, où émergent et s’affrontent les intérêts nationaux. Les occidentaux sont rapidement déclassés, désignés comme responsables de cette crise financière, ayant fait exploser l’économie mondiale, mais aussi de bien d’autres maux : pollution, réchauffement climatique, etc… Et ils sont également devenus des débiteurs impécunieux et arrogants, qui ont le culot de faire la leçon de morale, à leurs créanciers chinois ou arabes.

Les occidentaux ont ainsi préféré retourner dans le giron du G8, on le comprend aisèment. Mais avec un Barack Obama, père prodigue, qui n’aime ni le G8, ni Sarkozy. Le président américain a d’ailleurs rechigné à se déplacer, n’annonçant sa venue qu’au dernier moment. Il laisse finalement les Français et les Anglais intervenir en Lybie. Il a insisté auprès de Merkel, pour sauver l’euro, l’an dernier et contraindre les Allemands à mettre la main au porte-monnaie. Mais il ne supporte pas que l’on remette en cause, la gestion irresponsable du dollar… A l’occasion de ce sommet, les pays du G8 se sont ainsi engagés, à plus de coopération sur le nucléaire et à l’adoption de normes de sécurité plus strictes, le drame de Fukushima étant dans les esprits. Le dossier de la nomination de Christine Lagarde, n’a pas été avancé, juste abordé, Nicolas Sarkozy ayant précisé que le G8 n’était pas le « directoire du monde ». A l’aune des révolutions arabes, un partenariat a également été proposé, via un renforcement de la coopération économique sur le long terme. Mais n’ont pas été abordés les questions qui fâchent, notamment d’ordre monétaire.

En 1975, Giscard demandait déjà à Ford, une gestion monétaire plus responsable. Mais en 2011, les Américains continuent à inonder la planète de leur monnaie, sans se soucier des conséquences. Et depuis trente-six ans, sur fond de déclassement des puissances occidentales, l’histoire de ces grands sommets internationaux n’est qu’un éternel recommencement… 

                                                                                                                                                                                   J. D.

31 mai, 2011

« Z comme Zemmour » – Le vrai – faux retour de la Françafrique

Classé dans : Diplomatie,Monde — llanterne @ 18:05

Dans sa chronique matinale sur RTL, le journaliste Eric Zemmour est revenu sur la Côte d’Ivoire récemment. Nicolas Sarkozy fut le seul chef d’Etat européen, à assister à la cérémonie d’investiture du nouveau chef d’Etat ivoirien, Alassane Ouattara. Ce qui est d’autant plus paradoxal, pour un Sarkozy, qui avait manifesté la volonté de marquer une rupture dans la politique étrangère de la France, comparée à Chirac, et d’enterrer la « Françafrique de papa ». Mais en effet, « la politique étrangère des nations a des constantes, qui s’imposent aux chefs d’Etats eux-mêmes ».

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7 mai, 2011

L’Afghanistan, Al-Qaïda, le dessous des cartes…

Classé dans : Diplomatie,Monde — llanterne @ 13:52

L'Afghanistan, Al-Qaïda, le dessous des cartes... dans Diplomatie latern

C’était l’information de la semaine, l’élimination d’Oussama Ben Laden, au Pakistan, par les services secrets américains. La mort d’Oussama Ben Laden est d’abord un symbole, pour les Américains… Car elle prouve qu’on ne les attaque pas en vain, que les méchants sont toujours punis, comme dans les films d’Hollywood et que leurs services secrets n’ont pas perdu complètement la main. Les attentats du 11 septembre furent une horreur absolue avec leurs milliers de morts, mais surtout la marque d’un certain abaissement, d’un déclin de la puissance américaine. Mais naturellement, cela ne marquera pas la fin d’Al-Qaïda, comme nous le savons, qui n’est pas une organisation hiérarchisée, mais une nébuleuse de petits groupes autonomes qui reprennent la marque Al-Qaïda, telle une franchise, marquant leur positionnement idéologique, sans en référer à la maison-mère. La mort de Ben Laden ne changera rien en cela. Dans le Sahel, AQMI continuera à sévir contre les Français. Mais de nombreuses questions sont soulevées, en filigrane, en marge de cette annonce. Pourquoi aura-t-il fallu tant de temps aux services secrets américains, pour localiser, puis éliminer Ben Laden ? En quelle mesure est-ce une victoire contre le terrorisme, et la rebellion en Afghanistan ? Le calendrier de retrait va-t-il être redéfini ? Et surtout que cache sa mort au Pakistan ? 

L’intervention occidentale en Afghanistan avait été d’abord officialisée pour en chasser Ben Laden. Mais comme nous le savons bien, les Américains sont présents dans la région, pour des raisons géo-stratégiques multiples. Car ce n’est pas la lutte contre le terrorisme qui justifie la présence américaine, du moins pas seulement. D’ailleurs à cet effet, les attentats perpétrés à New-York, aux Etats-Unis, en septembre 2001, ne constituaient malheureusement un acte isolé. Ce n’est que le résultat de la politique étrangère américaine menée en Asie centrale, depuis la fin de la guerre froide. Comme l’a analysé le spécialiste François Lafargue, l’Asie centrale est devenue une région d’enjeux stratégiques. La lutte armée en Afghanistan permet aux Etats-Unis de justifier d’une présence dans la région. Cette intervention en Afghanistan n’est qu’un des deux volets de cette stratégie politique. Le deuxième volet fut l’Irak, deuxième bassin pétrolier mondial. Le but des Américains est de contrôler les voies exportatrices, les routes du pétrole, par le GUAM, non pas pour eux, mais pour en priver la république populaire de Chine. Bien que créditeur de la Chine et entretenant des rapports complexes et ambigus avec elle, les Américains ne veulent laisser aux Chinois, la seule prédominance géo-stratégique en Asie centrale.

Les Etats-Unis proposent aux Etats de la région d’adhérer au GUAM, l’idée étant de nouer des amitiés en Asie centrale, comme c’est le cas avec la Géorgie, et les Américains ne sont pas prêts à quitter tout de suite, l’Afghanistan. Dans la mer Caspienne ont été découverts des gisements de gaz et de pétrole (Turkménistan, Ouzbékistan, Kazakhstan, etc.). Ces Etats sont enclavés, et ils ont sollicité pour extraire leurs hydrocarbures des groupes pétroliers américains, dont le groupe UNOCAL (Union Oil of California). Les entreprises américaines ont envisagé trois routes : Iran, Turquie, Russie. La solution qui sera envisagée, c’est de passer par l’est. Mais en 1992-93, ce projet ne peut se concrétiser, car l’Afghanistan est en proie à la guerre civile. Les Américains sont conscients que l’Afghanistan est devenu une poudrière, ce qui amènera à ce rapprochement progressif avec l’allié pakistanais. Le pétrole sera reçu dans des ports pakistanais, et de plus, ce projet permettrait au Pakistan de se doter d’un moyen de pression énergétique, à l’égard de la Chine, allié indéfectible mais qui ne lui livre plus d’armes sophistiquées (radars, etc), depuis plusieurs années. En 1990-91, on constate la radicalisation de certains Afghans, dans un pays en proie à la guerre civile, et ce sera l’engrenage de l’islamisme, avec les talibans. A savoir cette milice religieuse, qui prendra le pouvoir au milieu des années 1990, composée d’Afghans, orphelins de guerre, encadrés par des officiers pakistanais, au début. La zone frontalière avec l’Afghanistan est à dominante pachtoune et le Pakistan en l’annexant insidueusement, envisage d’en faire une base de repli, contre l’Inde voisine.

En 1993, c’est la conquête de la capitale par un Afghan, le Mollah Omar. Ce sont les services secrets pakistanais qui lui donnent de l’argent, le soutiennent. Islamabad veut ramener la paix et la concorde civile, dans l’Afghanistan voisin. Les talibans consolident leur pouvoir, suite à la prise de Kaboul, et cette milice présentée comme une marionnette du Pakistan devient progressivement « un électron libre ». Les talibans promettent à leur arrivée au pouvoir, de raser, brûler les champs de pavots, la culture d’opium s’étant déjà développée en Afghanistan sous l’occupation soviétique, pour financer la résistance. L’opium tiré du pavot est transformé, ce qui permet ensuite d’obtenir de l’héroïne, dite « la blanche » et / ou de la morphine. Mais seulement, quelques hectares seront brûlés, les talibans ayant bien compris que l’argent de l’opium (60 % du P.I.B. de l’Afghanistan), permettrait d’être autonome du soutien de leurs amis : le Pakistan et les Etats-Unis (pour acheter des armes, etc.). En 1995, la culture d’opium poursuivie plaçait l’Afghanistan « au premier rang mondial », ce qui est toujours le cas aujourd’hui. Et c’est là, qu’est intervenu Oussama Ben Laden, à savoir le fils d’une des plus riches fortunes d’Arabie saoudite, ayant fait ses affaires dans le BTP. Et plutôt que de mener une vie de riche mécène, Ben Laden se lança dans la lutte armée pour ses idées, en partant en Afghanistan dans les années 80. Les Etats-Unis soutiendront la résistance afghane, après l’arrivée de Reagan au pouvoir. Il servira d’agent de liaison aux Américains, devenant le pivot entre l’Arabie saoudite, la résistance afghane (le commandant Massoud) et les Etats-Unis. Au départ des troupes soviétiques d’Afghanistan, Oussama Ben Laden rentre chez lui, en Arabie saoudite. 

Or, la famille royale saoudienne est très corrompue. Une « cassette » annuelle est collectée par les impôts (pour le Roi). Qui va ensuite la dépenser au casino, en Espagne, à Marbella. La famille royale vit la plupart du temps, à l’étranger. Plusieurs Princes vivent d’ailleurs aux Etats-Unis, et la famille Saoud essuie des critiques. La deuxième controverse est la présence des troupes américaines en Arabie saoudite, suite à l’invasion du Koweit. Le Roi d’Arabie saoudite craint alors une invasion irakienne et appelle les Américains à l’aide, qui envoient 500 000 soldats se déployer dans le royaume. Cette présence américaine armée sur le sol saoudien est insupportable à Ben Laden, la considérant comme « une souillure ». Il faut le savoir, l’Arabie saoudite est considérée comme une immense « terre sacrée » de 2,5 millions de km2. En décembre 1990, les militaires américains fêtent Noël, avec leurs prêtres, leurs pasteurs, leurs rabbins là-bas. Ben Laden critique aussi la politique étrangère américaine (soutien à Israël, etc.), et en 1994, de par ses critiques incessantes dirigées contre la famille royale, il est expulsé d’Arabie saoudite, et déchu de la nationalité saoudienne. A l’été 1994, il est caché au Soudan. Mais l’extradition du terroriste international Carlos, du Soudan vers la France, l’inquiète. Ben Laden préfère quitter le Soudan et il part en Afghanistan, qui est un pays qu’il connaît. Il se liera au régime taliban sur place, avec le Mollah Omar lui-même, et petit à petit, il deviendra « le banquier du régime ». Installé en Afghanistan, Ben Laden poursuivra son combat contre la famille royale saoudienne, se tournant vers le terrorisme et la tactique est celle de l’attentat simultané. Il a fomenté les attentats contres les ambassades américaines du Kénya et de Tanzanie, contre le navire de guerre américain U.S.S. COLE, avec 400 marins à son bords, dans le golfe d’Aden. Enfin, le 11 septembre 2001, ce sont les attentats avec deux avions-suicides détournés à New-York.

En tout cas, les Américains savent que Ben Laden a soutenu « indirectement » ces attentats, et ils demandent à l’Afghanistan de l’extrader, ce-dernier étant ressortissant étranger, et pas afghan de tout de façon. Mais le refus du Mollah Omar décidera ensuite les Américains à lancer une intervention, une opération en Afghanistan « Liberté immuable ». Le régime taliban est renversé en un mois (vers novembre 2001), par les Américains. En 2004, des « élections libres » ont vu élire président, l’Afghan Hamid Karzaï. Deux forces sont en Afghanistan, dont l’ISAF, auxquelles participent 60 000 h., et auxquelles participent la France (Espagne, Pologne…), commandée par l’OTAN. Mais huit ans plus tard, ces forces sont toujours présentes et la situation n’a guère évolué. En Afghanistan, la communauté internationale n’a d’abord pas assez aidé à la reconstruction, après trente ans de guerre civile. Les Américains étaient déjà en Irak, jusqu’à récemment. Sinon, on connaît l’état des finances des Européens. Les Afghans ne voient pas les retombées positives, à ce qu’ils considèrent comme une occupation étrangère. L’armée afghane est une armée de papier (avec 30 % de désertion, les soldats ne touchant pas leurs soldes). Le pouvoir du président d’Hamid Karzaï est fragilisé, par une cruelle absence de légitimité. Et on assiste à une réémergence des néo-talibans recoupant une autre problématique essentielle, qui est de nature ethnico-tribo-linguistique, car ce pays montagneux est une mosaïque de peuples : Pachtouns, Tadjiks, Ouzbeks. Les Pachtouns sont présents dans l’est, le sud et le sud-ouest, où ils représentent 35 % de la population, ainsi qu’au Pakistan, dans la zone frontalière nord-occidentale (dans les zones tribales et au Balouchistan). Et les néo-talibans actuels recrutent et sont très présents, actifs, dans cette zone tampon, à savoir une région tribale échappant de plus en plus au pouvoir central pakistanais et à celui de Kaboul.

L’Afghanistan est un des pays les plus pauvres du monde, qui a tenu tête à l’U.R.S.S., puis à l’O.T.A.N. C’est la plus grande leçon d’humilité, de ces deux conflits afghans, on ne peut rien contre le fanatisme, la volonté, la résistance des hommes. Il suffit pour cela de relire, « Les cavaliers » de Kessel. Comme l’histoire de ce pays vient nous le rappeler, toute intervention de l’étranger, aux yeux d’un peuple si farouche, est toujours si mal perçu. Et à cet effet, la légimité du président afghan, Hamid Karzaï, est fortement contestée. Une transition politique serait nécessaire à Kaboul, pour se diriger vers un gouvernement et un régime bénéficiant de la légitimité populaire, capable de rassembler, le pouvoir en place, négociant en fonction de ses propres solidarités tribales. Le fléau fondamentalise ne saurait être aussi résorbé, que par le développement, une habile coopération, et la reconstruction. La mort de Ben Laden au Pakistan est aussi la confirmation du double jeu pakistanais en Afghanistan. Une partie de l’appareil d’Etat pakistanais cachait donc Ben Laden et joue encore avec Al-Qaïda contre les Américains, officiellement leurs alliés, même si un tournant a peut-être marqué. Mais la tâche sera encore rude…

                                                                                                                                      J. D.

22 avril, 2011

« Crimes et fraudes en Côte-d’Ivoire » – Jacques Vergès et Roland Dumas

Classé dans : Diplomatie,Focus litteraire,Monde — llanterne @ 2:19

Maître Jacques Vergès a livré une conférence de presse, le 8 avril 2011, à Paris, annonçant la sortie de son dernier livre - co-rédigé avec Roland Dumas -, « Crimes et fraudes en Côte d’Ivoire » (éditions Edites). Coutumier des prises de position à contre-courant, Maître Vergès présente ainsi son interprétation, chaque camps ayant autant triché que l’autre et les élections en Côte d’Ivoire étant de son point de vue, à réorganiser, tel qu’il l’expose au travers de cette intervention au ton sulfureux, mais qui reste intéressante et à découvrir…

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23 mars, 2011

« Z comme Zemmour » sur RTL – La drôle de guerre en Lybie

Classé dans : Diplomatie,Monde,Politique — llanterne @ 2:27

Du lundi au vendredi, Eric Zemmour présente avec Vincent Parizot, une brève chronique matinale sur RTL intitulée « Z comme Zemmour », au cours de laquelle, il analyse l’actualité. Dans sa dernière chronique, Eric Zemmour -qui n’a pas la réputation d’avoir la langue dans sa poche-, est revenu sur la politique internationale et cette « drôle guerre en Lybie ». Il y va ainsi de son analyse qui n’est pas inintéressante et ne manque pas de piquant.

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« Ce soir ou jamais » de Frédéric Taddéï – Interventions de Michel Collon et Rony Brauman

Classé dans : Diplomatie,Monde,Politique — llanterne @ 1:56

Dans le dernier numéro de « Ce soir ou jamais », émission présentée par Frédéric Taddeï, sur France 2, plusieurs invités étaient réunis, dont le médecin et humanitaire Rony Brauman. Le débat a gravité autour de l’intervention lybienne, mettant notamment en exergue, ce qui est assimilé à des contradictions sur le plan diplomatique. Comme souvent dans cette émission, la discussion était assez subversive, mais la tonalité parfois intéressante.

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21 mars, 2011

Une diplomatie à géométrie variable

Classé dans : Diplomatie,Monde,Politique — llanterne @ 2:09

Une diplomatie à géométrie variable dans Diplomatie latern

Les révoltes dans les pays arabes - en l’occurrence la révolution lybienne -, connaissent un tournant, un drame venant en chasser un autre. La France est en pointe sur ce dossier lybien, après un certain silence diplomatique, ces deux derniers mois face aux révoltes tunisienne et égyptienne. Sarkozy et Cameron ont ainsi obtenu de l’ONU, l’imposition d’une zone d’exclusion aérienne, accompagnée d’une campagne de bombardements ciblés. Les forces aériennes d’une coalition internationale, viennent d’opérer leurs premières frappes sur la Lybie… Mais seulement, les décisions diplomatiques dépendent plus des circonstances, qu’on ne le croit. Elles semblent de moins en moins rationnelles et connectées de plus en plus, aux émotions relayées par les médias. Du coup, elles ne sont pas toujours cohérentes avec leurs principes et ne tiennent pas toujours compte, des réalités et spécificités locales.

Après deux mois d’asthénie diplomatique, la France a été le premier pays à soutenir le Conseil national lybien, qui dirige l’insurrection lybienne depuis Benghazi. Mais une telle opération placée sous commandement occidental, comporte aussi de sérieux risques collatéraux. Elle pourrait aussi alimenter la propagande du régime en place, et susciter un rejet nationaliste dans l’opinion arabe. Elle est sinon loin de faire l’unanimité, la Ligue arabe ayant d’ailleurs annoncé clairement sa réticence, voire ses critiques, son soutien étant pourtant primordial pour la coalition. Au sein du camps occidental et de la communauté internationale, des dissensions font jour. L’Allemagne et l’Italie ne soutiennent pas cette option, à l’image de la Russie ou de la Chine. Le risque d’une telle opération est aussi de devoir s’engager dans une mission d’assistance plus lourde que prévue. Les campagnes de bombardements aériens connaissent leurs limites, sans oublier les incontournables pertes civiles, qui viendraient fragiliser la coalition dans son positionnement…

Certes, « personne ne regrettera le satrape lybien » -qui chutera bien un jour-, « responsable de multiples attentats, de nombreux crimes et de la déstabilisation de régions entières de l’Afrique », comme le soulignait récemment, le spécialiste Bernard Lugan. Mais là n’est pas le fond du problème, car il faut parfois laisser l’émotionnel de côté, pour s’intéresser au réel. En effet, on ignore encore les conséquences d’une chute brutale de Kadhafi, qui est autant une aspiration démocratique populaire, « que la manifestation de l’éclatement de l’alchimie tribale sur laquelle reposait son pouvoir ». A 90 % désertique, la Lybie est un Etat récent, à la création artificielle, conglomérat de plus de 150 tribus. Les ensembles tribaux ont des alliances traditionnelles et mouvantes, au sein de trois régions : la Tripolitaine dont la capitale est Tripoli, qui regarde vers Tunis, la Cyrénaïque dont la capitale est Benghazi, qui est tournée vers Le Caire et le Fezzan (Sebba), qui plonge vers le bassin du Tchad et la boucle du Niger. De l’indépendance de la Lybie en 1951, jusqu’au coup d’Etat du colonel Kadhafi en 69, la Lybie fut une monarchie dirigée par les tribus de Cyrénaïque. Dès le début, Kadhafi a écarté tous les partis politiques et l’a remplacé par un équilibre au niveau des tribus.

C’est comme cela, qu’il a pu tenir habilement le pouvoir pendant quarante ans, d’un point de vue politique et sécuritaire. Mais le système d’alliances tribales est affaibli depuis une tentative de coup d’Etat en 1993, qui fut noyée dans le sang. La terreur imposée par le régime a étouffé les rancoeurs, jusqu’au mois de février 2011. Kadhafi a en réalité perdu la Cyrénaïque, ses fiefs restant la Tripolitaine et le Fezzan. Mais même en Tripolitaine, les subtiles alliances tribales demeurent chancelantes. Le danger pourrait être de voir émerger une situation de guerres tribales, comme en Irak (ou en Somalie), suivie d’un éclatement en plusieurs régions. Le chaos ouvrirait un espace inespéré pour l’Aqmi. Auquel pourrait s’ajouter des dissidences toubou et touareg, adossées à leurs bases-arrière du Mali et du Niger. Un tel conflit aurait aussi des conséquences pétrolières, car on en est toujours ramené à cette question-là…

Notre époque a fait de la paix, sa valeur suprême, on le voit pour la Lybie. Mais la logique interventionniste relève aussi du deux poids / deux mesures, vue sous un autre angle. Les dirigeants occidentaux nous expliquent qu’ils veulent chasser un tyran, qui tire sur son peuple. Même si historiquement, c’est aussi le propre des tyrans de tirer sur leur peuple. Et cela, alors que la répression saoudienne et sunnite s’abat contre les insurgés chiites au Bahreïn, sous l’oeil courroucé des Iraniens chiites, sans susciter l’opprobre de la communauté internationale. En Côte-d’Ivoire, la répression contre les partisans d’Alassane Ouattara a repris et a déjà fait des centaines de victimes. Les partisans de Gbagbo sont en train d’être armés, et des dizaines de milliers de réfugiés ivoiriens fuient vers l’est du Libéria, faisant peser la menace d’une déstabilisation régionale, sans réaction de la part du corps expéditionnaire français. Il y est rétorqué, que la Côte-d’Ivoire est indépendante depuis cinquante ans. Et alors même que notre ministre des affaires étrangères, Alain Juppé, avait d’abord refusé cette option, Nicolas Sarkozy a obtenu de l’ONU, l’ouverture d’une campagne de bombardements, faisant fi de la souveraineté de la Lybie (une ancienne colonie pourtant aussi).

Aujourd’hui, notre conscience qui se prétend universelle, aiguisée par les médias, ne supporte plus le colonel Kadhafi. Ainsi, il faut bombarder Tripoli et Benghazi, mais ne pas intervenir à Abidjan, au Bahreïn ou au Yémen… On se demande, où est la logique interventionniste derrière tout cela. C’est sans doute qu’il n’y en a pas…

                                                                                                                J. D.

17 mars, 2011

Ce drame au pays du Soleil Levant

Classé dans : Monde,Politique — llanterne @ 2:17

Ce drame au pays du Soleil Levant dans Monde latern

Le drame au Japon occulte le reste de l’actualité, quatre jours après le séisme historique qui a secoué cet archipel (de 6 852 îles) et le raz-de-marée qui s’en est suivi, le bilan officiel faisant toujours état de 10 000 morts ! De nombreuses problématiques se posent, à l’aune de cette catastrophe naturelle. Dans un premier temps, on a envie de rendre hommage au peuple japonais, qui nous a impressionné par sa dignité… Par ailleurs, au-delà de la difficulté à retrouver des survivants, c’est le risque d’une catastrophe nucléaire qui se profile et qui inquiète…

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Le Japon nous a effrayé pendant des années -avant la Chine en plus nombreux-, innovant dans certaines technologies et sachant les vendre comme personne. Le Japon reste la troisième puissance économique mondiale, mais ne nous fait plus peur. Un éphémère premier ministre socialiste, Edith Cresson, les compara un jour à des fourmis. Il est vrai que dans ce malheur qui les frappe, les fourmis montrent une dignité admirable. Pas d’effets de panique, pas de lamentation, nos réactions sont calquées sur celles des victimes. L’émotion est individuelle, pas de compassion ostentatoire. Le drame japonais n’est pas comparable, sur ce point, à celui qui frappa le sud-est asiatique et la Thaïlande, à l’automne 2004. Il n’y a pas d’afflux de dons, de déplacements sur place de personnalités et d’humanitaires en tous genres. Les Japonais sont longtemps parus à nos yeux, comme les meilleurs élèves de l’occident, suivant l’analyse de M. Zemmour. Mais aujourd’hui, ils sont ramenés à leur fragilité existentielle, de barque sur la mer démontée. On nous explique que le bouddhisme leur a appris depuis l’enfance, que tout ce qui a une forme est appelé à disparaître, dans un sentiment d’impermanence des choses, enraciné en eux, par les déchaînements de la mère nature. On est pas bouddhiste, mais on a bien retenu la leçon.

Mais l’archipel ne semble pas non plus, hélas, complètement au bout de ses peines. Car le Japon tire son électricité, depuis trente-cinq ans, essentiellement du nucléaire, ce qui est une autre problématique (une quinzaine de centrales regroupées sur l’île d’Honshu, autour de Tokyo). La situation s’est aggravée et détériorée dans les deux centrales nucléaires de Fukushima (situées à environ 300 km de Tokyo). Une explosion d’hydrogène a secoué un réacteur, dans l’une d’entre elles. Ce qui relance également le débat sur le sujet, notamment en France. Récemment, Nicolas Sarkozy a affirmé qu’il n’était pas question de sortir du nucléaire. Il a souligné d’ailleurs, que le parc français était le plus sécurisé du monde. Il a ainsi voulu couper l’herbe sous le pied à ceux, qui comme Nicolas Hulot ou Daniel Cohn-Bendit, réclament un référendum sur l’énergie nucléaire en France. C’est aussi l’art de la politique, outre la problématique de fonds. Car les verts ne sont pas, comme l’on croit, que des défenseurs éthérés de la nature, mais avant tout et surtout des politiciens redoutables, rodés depuis leur jeunesse politique aux pratiques militantes de l’extrême-gauche. Seule la naïveté et l’inexpérience politique ont pu faire croire, à la ministre Nathalie Kosciusko-Morizet, que les écologistes qu’elle caressait dans le sens du poil, respecteraient les accords tacites du Grenelle de l’environnement. Qui avait vu le gouvernement échanger la lutte contre le réchauffement climatique, contre le silence des associations sur le nucléaire.

Les écologistes se battent depuis quarante ans contre le nucléaire, ils ne veulent pas perdre cette légitimité. Le drame du Japon leur permet de réinstaller une peur dans l’inconscient collectif. Même si la problématique énergétique est certes complexe, en profondeur. Historiquement, toute énergie devient d’ailleurs très vite enjeu de conflit. Le charbon est l’une des causes majeures des conflits franco-allemands du XXe siècle, et le pétrole est une des clefs de la plupart des interventions militaires américaines depuis 1945. Sur le plan énergétique, les révolutions arabes devraient aussi annoncer un choc pétrolier. Dans les années 70, cette option nucléaire hexagonale fut un vrai débat, parfois très dur. Le choix nucléaire -amorcé par de Gaulle- de Pompidou fut sans doute le dernier héritage du XIXe siècle, quand confiance dans le progrès scientifique et volontarisme politique se tenaient la main. Mais cette option pompidolienne nous a valu depuis quarante ans, une indépendance énergétique, que nous ont longtemps envié nos voisins. Notre consommation d’électricité provient à 85 % de nos centrales nucléaires et elle est aussi moins chère qu’ailleurs. Car la cause principale de l’augmentation récente de nos factures d’électricité, n’est pas à chercher dans la réflexion de nos vieilles centrales, mais plutôt dans la politique de concurrence obstinément poursuivie par la commission de Bruxelles.

Mais le drame japonais pourrait s’avérer aussi la chance de l’industrie nucléaire française, qui avec l’EPR (centrale nucléaire nouvelle génération) a fait justement le choix de la plus grande sécurisation possible. C’est pour cette raison, que ce produit français coûte plus cher que ces rivaux moins sophistiqués. En 2009, Abou Dhabi a ainsi préféré une centrale coréenne moins chère, mais moins sûre, et l’Afrique du sud a été tentée par un concurrent chinois. Il est vrai que les retards des chantiers d’Areva en Finlande, et les surcoûts de celui d’EDF à Flamanville affaiblissent le poids de l’expertise nucléaire française, comme l’a déclaré récemment François Fillon. Mais en tout cas, ce qui est sûr (même si toutes les solutions énergétiques cumulées sont peut-être valables), c’est que la réponse est bien davantage dans les mains de nos ingénieurs, que dans celles de nos ministres et de la classe politique en général.

                                                                                                                                                       J. D.

 

26 février, 2011

La crise lybienne et ses nombreuses dialectiques

Classé dans : Diplomatie,Monde — llanterne @ 6:00

 La crise lybienne et ses nombreuses dialectiques dans Diplomatie latern

La situation en Lybie fait réagir le monde entier. Elle vient s’inscrire dans la suite logique, de ces révolutions dans le monde arabe. Et tout le monde condamne le « colonel Kadhafi », au pouvoir depuis une quarantaine d’années, de l’ONU à l’Europe en passant par les Etats-Unis, la France, l’Allemagne et même la Ligue arabe. Kadhafi fait l’unanimité contre lui, et se voit menacé d’ostracisation, de mise au ban des nations, de sanctions économiques et de boycott. Mais cependant, il n’a toujours pas quitté le pouvoir, « au prix d’une boucherie », menace-t-il. Les médias locaux sont verrouillés et le « Guide suprême de la Jamahiriya arabe lybienne » semble prêt à vendre chèrement sa peau. Mais à l’aune de cette insurrection lybienne, de nombreuses dialectiques et problématiques viennent aussi se recouper. 

Une première dialectique, qui est d’abord celle de la répression et du pouvoir, suivant l’analyse récente du journaliste E. Zemmour, sur le sujet. Le régime de Téhéran n’a pas hésité à réprimer brutalement les manifestations étudiantes, en 2009, étouffant le mouvement d’opposition dans l’œuf. Tout comme les apparatchiks du PCC, en 1989, qui écrasèrent dans le sang, la révolte étudiante de la place Tian’anmen à Pékin, faisant près de 2600 morts et 7000 blessés. A la même époque, en Europe centrale, la plupart des régimes communistes refusèrent de basculer dans la répression et chutèrent comme un château de cartes, les uns après les autres. « Tirer ou pas sur le peuple, une question aussi vieille que les révolutions ». Mais aujourd’hui, les pouvoirs ont aussi la télévision contre eux. Le phénomène internet a encore modifié la donne, comme nous l’avons vu lors de la « révolution du Jasmin » en Tunisie, et durant cette « révolution du Nil », en Egypte, ces massacres déclenchant des réactions très rapides. Mais c’est là qu’entre en compte, une autre dialectique. Face à un dictateur lybien qui sait s’adapter diplomatiquement aux circonstances, ayant su manœuvrer habilement ces dernières années, se reconstruisant une forme de respectabilité et une image d’interlocuteur, à l’échelle du monde arabe. 

Kadhafi y va de ses prédictions, avertissant du chaos consécutif à son départ et ne se voulant pas démuni d’arguments face aux menaces de rétorsion et d’ostracisation, en « pointant un pistolet sur la tempe de l’Europe », à savoir l’immigration. Il est vrai que nombreux Lybiens pourraient ainsi prendre la voie de l’exode, débarquant sur les côtes italiennes voisines. Le ministre italien des affaires étrangères, Franco Fratini, a d’ailleurs prévenu récemment, que selon lui, en cas de chute de Kadhafi, l’Italie verrait débarquer de 200 à 300 000 immigrés. « Ce serait un exode biblique ». Suite à cette « révolution du jasmin », des milliers de Tunisiens ont ainsi traversé la Méditerranée pour prendre le chemin de l’exil. Ils étaient près de 5000 à débarquer ces derniers jours à Lampedusa, petite île située au sud de la Sicile, à 138 km des côtes tunisiennes, une des portes d’entrée de l’immigration clandestine vers l’Europe (à l’image de Ceuta et Mellila). Car les problèmes sont toujours là, les Tunisiens restant en l’occurrence, toujours englués dans une situation économique intenable, avec un taux de chômage record. La répression pousse à la fuite. Mais la chute d’un régime ouvre les vannes également. Et ce phénomène d’exode à bord d’embarcations de fortune, se veut comme « une mise en bouche », auquel pourrait venir s’ajouter d’autres vagues. Alors ça suffit, ou encore plus ?

L’Italie est en première ligne, débordée et impuissante, en appelant même à la solidarité des Etats voisins et de l’Union européenne, qui a promis des fonds récemment et des mesures pour enrayer l’exode. Qui tient qui ? Qui menace qui ? Et sinon, remplacer des régimes despotiques, policiers et corrompus, en place depuis près de trente ans. Mais par quoi, par qui et surtout comment ? Ce sont là aussi, d’importantes dialectiques sous-jacentes, qui sont loin d’être anecdotiques ou anodines, et qui n’ont pas fini de se poser…    

                                                                                                                                      J. D.

 

8 février, 2011

L’Egypte et les enjeux de la transition

Classé dans : Diplomatie,Monde — llanterne @ 18:09

L'Egypte et les enjeux de la transition dans Diplomatie latern

Après deux semaines de contestation -ayant fait de 120 à 130 morts-, Hosni Moubarak se cramponne toujours à son fauteuil. Mais l’opposition de la rue ne semble pas faiblir, les manifestants reconduisant le mouvement jour après jour, après la « journée du départ », vendredi dernier, ayant mobilisé près d’un million de manifestants au Caire. Le bureau exécutif du parti de Moubarak a annoncé sa démission, samedi dernier, ce qui a été présenté comme une étape « positive » par Washington. Le raïs semble ainsi plus isolé, diplomatiquement parlant, suite déjà à l’appel du Département d’Etat américain adressé à tous ses ressortissants, les invitant à quitter le pays dans les plus brefs délais. Et les Etats-Unis appellent maintenant à une transition politique progressive, jugée nécessaire, à l’image de l’Union européenne.

Aujourd’hui, le président américain semble « vouloir ménager la chèvre et le chou », accompagnant le mouvement populaire, sans toutefois brutalement lâcher le régime égyptien. Alors que l’on établit des liens, avec la révolution iranienne de 1979, où le Shah fut finalement abandonné par Jimmy Carter. Certes, l’Egypte en 2011 n’est pas l’Iran du Shah, en 79. Mais certains précédents diplomatiques sont intéressants. L’Iran décollait économiquement, à la fin des années 70, avant les premières manifestations lancées par la petite bourgeoisie commerçante de Téhéran, dont les islamistes n’étaient pas les instigateurs. L’Egypte -comme la Tunisie-, depuis dix ans, est devenu un des grands succès de la mondialisation à l’anglo-saxonne. L’Egypte affiche ainsi 4 à 5 % de croissance de son PIB, par an, depuis sept ou huit ans.

Mais comme la Tunisie, elle paye aussi le prix de la mondialisation néo - libérale,  à savoir une caste de prédateurs qui s’enrichit, une corruption massive, une classe moyenne qui se prolétarise, une urbanisation anarchique et galopante. Des diplômés qui se retrouvent marchands de fruits et légumes -comme en Tunisie- et qui sont branchés sur internet. Une situation particulière aussi, car l’Egypte n’a pas achevé sa transition démographique et souffre cruellement d’un manque d’accès à l’eau potable avec une seule vallée fertile, d’où une densité de population effrayante. C’est un pays de quatre-vingt millions d’habitants, qui en compte un million de plus tous les dix mois, avec quinze à dix-huit millions d’habitants au Caire, dont sept entassés dans des bidonvilles. Et dans l’ensemble du pays, trente millions d’Egyptiens très pauvres, dont beaucoup illettrés qui suivent aveuglément leur imam et les frères musulmans.

L‘Egypte est historiquement le berceau du « fondamentalisme islamiste », l’association des frères musulmans ayant été fondée au Caire, en 1928. Son fondateur Hassan el-Banna a été assassiné par les barbouzes du Roi Farouk en 1949, et la confrérie dissoute par Nasser en 54. Mais les frères musulmans sont toujours présents -revenus politiquement dans les années 70- et ont fait un score important aux législatives de 2005, contraignant Moubarak à les faire entrer au parlement. Ils n’avaient pas suivi les évènements du début. Puis ils ont voulu sortir de leur passivité et récupérer leur positionnement dans leurs places fortes, Alexandrie et Suez. Les frères musulmans se sont discrédités, en s’attaquant au tourisme en Egypte – qui fait vivre deux à trois millions de familles égyptiennes – dans les années 1990. Mais ils restent présents et dangereux politiquement, alliant assistanat social et quadrillage habile de la population.  

Il est vrai, ces révolutions tunisienne et égyptienne sont souvent comparées, au printemps des peuples de 1848. En effet, même contagion d’une ville à une autre et même soif éperdue de liberté. Mais suivant l’analyse zemmourienne concluant bien le propos c’est oublié aussi que ces mouvements révolutionnaires ont échoué, et ont tous débouché sur des régimes férocement réactionnaires…

                                                                                                                          J. D.

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