La Lanterne (politique, sujets de société)

4 février, 2011

Les évènements en Egypte – Analyse d’Antoine Sfeir

Classé dans : Diplomatie,Monde,Politique — llanterne @ 4:47

Antoine Sfeir est un journaliste et professeur franco-libanais. Directeur des « Cahiers de l’Orient », il préside également le Centre d’études et de réflexions sur le Proche-Orient et est professeur en relations internationales au CELSA. Il est reconnu comme un des spécialistes du monde arabo-musulman, et à ce titre, était l’invité de TV5 Monde pour s’exprimer sur la situation politique actuelle en Egypte.

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31 janvier, 2011

Cette dernière réunion du G20

Classé dans : Economie,Monde — llanterne @ 5:27

Cette dernière réunion du G20 dans Economie latern

La France a pris la présidence du G 20 et Nicolas Sarkozy en a présenté les multiples priorités, lundi dernier, à savoir : régulation du prix des matières premières, stabilisation des marchés, amélioration de la gouvernance économique mondiale. Nicolas Sarkozy l’a clamé haut et fort, il faut taxer et réguler. Ces premiers débats entre les membres du G20, se sont ainsi clos vendredi, à Séoul, sur des accords à minima, avec quelques points de convergence, mais aussi le constat de nombreuses difficultés à résoudre et à surpasser, notamment en matière monétaire. 

Les dirigeants des vingt pays membres, se retrouveront à Cannes, à la fin 2011. Un positionnement de Nicolas Sarkozy, à cette occasion, dans l’ouverture de ses chantiers colossaux, qui lui a ainsi valu d’être présenté dans le journal « Le Monde » en véritable « social-démocrate, adepte du colbertisme ». Une formule qui ne manque pas de piquant, quand on se rappelle un temps pas si lointain, où les détracteurs de l’actuel président de la République le surnommaient « Sarkozy l’Américain ». Mais la crise de 2008 est passée par là, et entre-temps Nicolas Sarkozy a viré sa cuti. Mais derrière ces prises de positions affichées par le président de la République, plus que louables et de circonstance, et cette idée quelques peu chimérique de régulation mondiale, en réalité, on peut s’interroger sur les véritables marges de manœuvre pour cette présidence. 

Cette régulation mondiale est devenue le rêve de certaines élites françaises, qui ont reconverti l’universalisme hexagonal passé, en un fantasme de gouvernement mondial. Sarkozy emprunte ainsi « les patins » de certains nos grands technocrates, qui ont dirigé ou dirigent encore des organismes internationaux : Jacques Attali, Pascal Lamy, Dominique Strauss-Kahn ou Jean-Claude Trichet. Tous « ces machins » dénoncés jadis, par de Gaulle. Mais les marges de manœuvre pour Sarkozy, sont plus que minces, voire même nulles, et il le sait si bien, qu’il a même renoncé, en réalité, à sa seule proposition réellement iconoclaste et authentiquement révolutionnaire de nouveau système monétaire mondial, vieille idée française, mais butant sur les réalités géo – stratégiques.

Nicolas Sarkozy ne peut se limiter qu’à quelques condamnations, au nom des bons principes. Il a annoncé sa rencontre prochaine avec Dominique Strauss-Kahn. Il défend maintenant une conception plus protectionniste, l’idée de battre monnaie et jouer de sa valeur, dénonçant le souhait d’enterrer l’affaire, « sans fleurs ni couronnes ». Double discours diront ses détracteurs, mais surtout désarroi d’une France et d’une Europe, qui ne parviennent plus à imposer leurs conceptions, dépouillées de leur souveraineté et se cachant derrière une sémantique de coopération, pour mieux reculer face à la perspective de l’inéluctable affrontement économique.                           

                                                                                                                                          J. D.

Un pavé dans la marre du dollar…

Classé dans : Diplomatie,Economie,Monde — llanterne @ 0:03

Un pavé dans la marre du dollar... dans Diplomatie latern

Le président chinois Hu Jintao a effectué récemment une visite aux Etats-Unis, qui a été marquée par une offensive sur la question monétaire. On a pu retenir à cette occasion cette formule du dirigeant chinois, qui a marqué les esprits : « Le système monétaire international est devenu un produit du passé ». Voilà de quoi jeter la confusion parmi les esprits les plus idéalistes, toujours à l’affut d’une hypothétique communauté internationale, qui s’idéalisaient que la planète serait dirigée désormais par un consortium sino-américano, le fameux G2. Il est vrai, les dernières déclarations du président Hu Jintao, devraient déciller les yeux les plus embués. Car en remettant ouvertement le rôle de monnaie de réserve du dollar, les Chinois s’attaquent, en effet, au cœur nucléaire de l’impérium américain.        

Le général de Gaulle le savait mieux que quiconque, ayant expliqué avec une rare maestria, il y a plus de quarante ans, les avantages inouïs que les Américains tiraient de ce privilège exorbitant - consécutif aux accords de Bretton-Woods -, celui de battre leur propre monnaie, comme monnaie-référence du monde entier. La décision de Nixon de supprimer la convertibilité du dollar en or, à partir de 1971, avait fait disparaitre le seul talon d’Achille des Américains. Depuis lors, l’armée américaine avait financé sans douleurs la croissance infinie et exorbitante de ses équipements, en faisant jouer la planche à billets. Privilège exorbitant dont ne disposait pas l’Union soviétique Soviétique, et qui a empêché, en plus des absurdités de leur système économique, les communistes de suivre le rythme fou imposé par l’Oncle Sam, dans la course aux armements.Après avoir mis à genoux leur rival soviétique en 89, les Américains devaient réduire à néant, un autre concurrent, à savoir le Japon. En contraignant les Japonais, protégés par leur parapluie nucléaire, à réévaluer leur monnaie par rapport au dollar, les Américains sont parvenus à enrayer leur fantastique machine exportatrice, qui ne cessait alors de tailler des croupières à l’économie américaine.

Vingt ans après, l’économie japonaise ne s’en est toujours pas remise. D’où l’offensive du président chinois à Washington, car les Chinois veulent éviter ces deux écueils, à proprement parler. Ils augmentent de 2 % par an leurs dépenses militaires, et refusent de réévaluer le Yuan. Les Chinois ont aussi pris comme un casus-belli, la décision de la Banque Centrale Américaine de déverser 600 milliards de dollars, pour relancer une nouvelle fois la machine économique américaine et faire baisser le dollar. Les pays émergents sont également furieux. En attaquant ainsi publiquement le dollar, les Chinois incitent l’Arabie saoudite à abandonner la monnaie américaine, comme monnaie de paiement pour les exportations pétrolières. Alors on en aurait fini de la diplomatie du dollar. Et les Américains eux-mêmes, se battent avec une main attachée dans le dos.

Ces-derniers sont surendettés, et en effet, un débiteur parle toujours respectueusement à son banquier. Et aux Etats-Unis, le lobby chinois constitué des grandes industries qui ont délocalisé à tours de bras leurs usines depuis dix ans, et de Wall-Mart, le Carrefour américain, qui importe dans ses grandes surfaces tous les produits Made in China, ont fait la fortune de leurs dirigeants, sur la complaisance à l’égard de la Chine. Les Etats-Unis ont poussé à l’entrée de la Chine à l’OMC. Dixit M. Zemmour, dans une formule qui résume bien le propos : « Ce lobby chinois tel Frankestein a fabriqué un monstre au prix d’une désindustrialisation massive aux Etats-Unis… Et désormais le monstre se retourne contre son créateur »…

                                                                                                                                                               J. D.

29 janvier, 2011

Tunisie, Egypte : le triangle de la contestation dans le monde arabe…

Classé dans : Monde,Politique — llanterne @ 6:03

Tunisie, Egypte : le triangle de la contestation dans le monde arabe... dans Monde latern

Après la Tunisie, voici maintenant venu le tour de l’Egypte, comme dans une vaste théorie des dominos, et cette révolte partie du Maghreb, s’étend au Moyen-Orient. Des dizaines de milliers de manifestants défient le pouvoir du président égyptien Moubarak, dans plusieurs villes du pays – Le Caire, Alexandrie, Guizeh, Suez -, au cours de heurts avec les forces de l’ordre, qui ont fait plusieurs victimes, à l’image des tensions ayant touchées le centre-ouest de la Tunisie, les quinze derniers jours et cette « révolution du Jasmin ».

Il est vrai, que les potentats locaux ne manquent pas dans le monde arabo-musulman, en particulier. Mais toutefois, les Etats de la région ont également leurs spécificités. C’est ce qui explique d’ailleurs, la prudente réserve dans les rappels à l’ordre émanant des démocraties occidentales. Il est vrai que l’Egypte, n’est pas la Tunisie, les problématiques y sont autres. L’Egypte est l’Etat le plus peuplé du monde arabe (80 millions d’habitants) et le berceau historique du fondamentalisme islamiste. Les Frères musulmans sont une des principales forces d’opposition, dans un pays aux problématiques sociales diverses, en pleine explosion démographique. Le terrorisme frappe l’Egypte depuis les années 1980, pays comptant également la plus importante minorité chrétienne au Moyen-orient, représentant près de 10 à 15 % de la population – majoritairement de l’Eglise copte orthodoxe -, régulièrement visée et harcelée.

La Tunisie a toujours fait figure d’exception, depuis 40 ans, en tant qu’Etat laïc, dans le Maghreb et dans tout le monde arabo-musulman. Elle a été protégée de la vague terroriste des années 80. Dans les années 60, le président Bourguiba vint un soir à la télévision, pour boire un verre d’eau et dire aux Tunisiens, « le ramadan est inadapté aux conditions économiques modernes, travailler et manger, je m’arrange avec Dieu ». Anecdote révélatrice de la personnalité hors-norme du fondateur de la Tunisie indépendante, despote éclairé, modernisateur et anticlérical, une sorte de Clémenceau maghrébin. Mais la querelle autour des droits de l’homme, de la démocratie, ne peut s’abstraire de ce contexte.

Il serait bien-sûr exagéré d’expliquer que l’alternative pour la Tunisie se situait entre l’autoritarisme musclé de Ben Ali et l’islamisme, à l’image de l’Egypte tenu sous la férule du général Moubarak, depuis 1981. Bien-sûr, la lutte contre l’Islam radical, la peur de la guerre civile, qui ravagea le voisin algérien, dans le cas de la Tunisie, sont devenus de commodes prétextes, pour couvrir la corruption à grande échelle et la cupidité brutale et sans complexe des classes dirigeantes. Mais la démocratie libérale suppose par ailleurs, l’émergence d’un citoyen évoluant en-dehors des dogmes religieux, rationnellement, cheminement qu’a suivi la France au milieu du XVIIIe siècle. Mais cette évolution s’est inversée, et l’on assiste paradoxalement, à un basculement dans tout le monde arabo-musulman – particulièrement constatable en Egypte -, vers un Islam rigoriste, avec pourtant aussi dans tous ces pays, une élite bourgeoise éclairée, cultivée. 

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Jusqu’à présent, le discours délivré par Ben Ali ou d’autres dirigeants de la région, à l’image d’Hosni Moubarak, était plus ou moins le suivant : « Enrichissez-vous, au prix de votre liberté« . Mais ce modèle classique de développement fondé sur les exportations et le tourisme, a trouvé ses limites. « C’est la loi d’Erin de la mondialisation« . A la chute du mur de Berlin, on avait cru que le monde entier se convertirait à la sauce libérale occidentale. Mais ça ne s’est pas accompagné nécessairement par une démocratisation des régimes politiques, la dictature capitalistique étant devenue le vrai modèle d’aujourd’hui, le tout mâtiné de vrais retours identitaires et religieux. Nous assistons aux plus grands bouleversements géo – politiques dans cette région, depuis les trente dernières années.

Tout un modèle politique se voit ainsi remis en cause. Certes pour l’instant, la répression en Egypte ne semble pas aussi violente qu’elle ne l’a été Tunisie. Mais le mouvement va-t-il se poursuivre ? Quelles sont les issues pour le régime en place ? Comment va-t-il faire face et gérer cette vaste contestation populaire, qui semble prendre de l’ampleur ? Les Frères musulmans vont-ils s’engouffrer dans la brèche ? Autant de questions à des problématiques, qui sont importantes et lourdes de conséquences…

                                                                                                                                  J. D.

12 janvier, 2011

Cette complexe « crise ivoirienne »…

Classé dans : Diplomatie,Monde — llanterne @ 2:16

Cette complexe

Cette crise en Côte-d’Ivoire s’avère décidément pleine de rebondissements et d’imprévus. Les médiateurs africains ont quitté Abidjan, sans faire état de progrès vers une solution à la crise politique sévissant. Laurent Gbagbo est toujours installé dans son palais présidentiel et il affiche depuis quelques jours, deux soutiens aussi spectaculaires qu’improbables, deux avocats français : Jacques Vergès et Roland Dumas. Deux vieux renards du barreau qui ont débarqué à Abidjan, « tels Dupont et Dupondt » – dixit le truculent journaliste au Figaro, Eric Zemmour -, pour défendre un président officiellement vaincu. « Et cela alors que leurs amis de gauche ne cessent de donner depuis toujours, des leçons de morale démocratique à la terre entière ». Une situation complexe qui oscille entre farce et tragédie.

La Côte-d’Ivoire est au bord de la guerre civile, révélant la cruauté de sa structure tribale, entre le nord Malinké et Dioula, le centre Baoulé et le sud où l’alliance des peuples lagunaires n’a jamais fait défaut à Gbagbo. Il vient encore s’y greffer le conflit entre chrétiens / animistes du sud et musulmans du nord. Avec derrière, une communauté internationale qui ne veut reconnaître qu’une nation, qui n’existe pas, par idéologie et héritage des frontières de la décolonisation. Gbagbo qui donne contre le néocolonialisme, s’empresse pourtant d’appeler à la rescousse, deux avocats français, héritiers certes de tous les combats du néocolonialisme, mais aussi de toute l’histoire tortueuse de la Françafrique. La communauté internationale, « elle-même chimère de bons esprits », se voit dénoncée par l’habile Gbagbo, comme l’alliance des puissances impérialistes d’hier et d’aujourd’hui, qui veulent imposer un président musulman, de l’ethnie Dioula, ancien haut-fonctionnaire du FMI, et naguère premier ministre d’Houphouët. Ce-dernier reste cantonné dans un hôtel, protégé mollement par des troupes de la CEAO mandatées par l’ONU. 

Concernant le positionnement diplomatique français, Nicolas Sarkozy a bien lancé un ultimatum à Gbagbo, mais sans intervention armée, autant dire un cri dans le désert. Alain Juppé a d’ailleurs précisé le 4 janvier, que « la France ne prendra pas l’initiative d’une intervention militaire ». Il est vrai que l’on se rappelle les incidents de 2004, et la fièvre post-électorale n’incite apparemment personne à réellement recourir à la force, avec des troubles qui ont déjà fait 169 morts civils en Côte-d’Ivoire. La solution pourrait sinon venir d’une ingérence de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest. La CEAO se dit ainsi prête à envoyer des troupes. Mais ce n’est pas sans risque, car apte à déstabiliser et fragiliser la région. Personne ne sait ce que ferait alors l’Angola, par exemple, face à une intervention de son grand rival, le Nigéria. Gbagbo peut encore prendre la posture de la victime d’un complot des grandes puissances. On redoute aussi la pugnacité de ce-dernier, autrement plus combatif que son opposant, d’autant plus qu’issu d’une ethnie minoritaire du sud – les Bété. Il sait ainsi qu’en perdant le pouvoir, il risque beaucoup avec son entourage immédiat, à savoir des poursuites judiciaires sur des affaires de malversations, les « biens mal acquis », et aussi sur les dessous de la répression post-électorale. 

Et on peut compter sur la culture historique et l’habileté « de nos deux Dupont et Dupondt », pour tenter de confondre au mieux les opinions publiques. Nos deux ténors du barreau s’avèrent, de plus, les détenteurs potentiels de nombreux secrets relevant des relations tortueuses entre la France et certains Etats africains. Vergès et Dumas ne manqueront d’ailleurs certainement pas de rappeler en habiles connaisseurs des rouages de la Françafrique, à toutes fins utiles, qu’il y a quelques mois à peine, au Congo, le fils du président défunt Bongo, fut intronisé par la France et l’ONU, grand vainqueur d’élections démocratiques. Et cela, alors qu’on découvre aujourd’hui, qu’il n’était arrivé que bon troisième lors du 1er tour… Bienvenue dans les rouages de la  Françafrique.

                                                                                                                                    J. D.

31 décembre, 2010

Après la Grèce, le tour du Portugal

Classé dans : Diplomatie,Economie,Europe,Monde — llanterne @ 22:11

Après la Grèce, le tour du Portugal dans Diplomatie latern

Après la Grèce, vient maintenant le tour du Portugal, comme dans une implacable théorie des dominos. Le salut de la zone euro viendrait-il de l’Empire du Milieu ? C’est l’interrogation que l’on finit par soulever.

En octobre dernier, les Chinois volaient déjà au secours de la république hellénique, englué dans la crise financière, s’offrant au passage la dernière activité compétitive de la Grèce : sa marine marchande et son activité portuaire. Et c’est maintenant l’annonce d’une aide chinoise au Portugal, qui s’est vue de nouveau réserver un bon accueil à Bruxelles, le commissaire européen aux Affaires économiques Olli Rehn, saluant ouvertement « le soutien exprimé par les autorités chinoises » à « la stabilité de la zone euro ». Selon le quotidien économique lusophone Jornal de negocios, la Chine serait prête à acheter quatre à cinq milliards d’euros de dette souveraine portugaise, à l’image des achats de titres grecs d’octobre dernier. Mais alors qu’une aide chinoise à l’économie espagnole commence déjà à se profiler, ce soutien inattendu est décidemment peu analysé et commenté. Car il a pourtant ses dessous et conséquences politiques. Et cela me fait penser de nouveau à « l’histoire du loup dans la bergerie »… 

Ce soutien chinois au Portugal, comme pour la Grèce, pourrait certes sembler bien venu au premier abord. Et il est vrai, Bruxelles ne peut de tout de façon, empêcher la Chine d’acheter des obligations. C’est encore une fois, le principe même du libéralisme. Mais un libéralisme auquel la Chine applique souvent sa propre conception. Les Chinois se fichent, en effet, des lois de l’économie de marché, étant sur ce point encore communistes. La Chine conserve une monnaie sous-évaluée, dans un implacable dumping salarial et monétaire, sourde à toutes remontrances. L’Empire du milieu pratique l’espionnage industriel sans vergogne, pillant le savoir-faire technologique occidental, les responsables chinois rétorquant aux rodomontades épisodiques de l’OMC ou de l’UE, au nom des bons principes, avec un haussement d’épaules et une mauvaise foi caractéristique, « nous n’avons toujours pas touché les royalties de la boussole, de la poudre ou du papier ». Et petit à petit, l’Empire du Milieu nous dicte sa loi en matière économique. Face à une Commission européenne qui se refuse à tout protectionnisme mesuré et raisonnable, auquel le président Obama se résout pourtant aux Etats-Unis. Et qui continue à croire aux dogmes du laissez-faire, laissez-passer, au nom de vertus libérales nullement ébranlées par la crise de 2008, et sans qu’aucune voix ne s’élève au passage dans le paysage politique européen.   

Car cette aide n’est évidemment pas désintéressée, elle a ses dessous. Avec leurs 2 648 milliards de dollars de change en 2010, les Chinois essaient avant tout de diversifier leurs réserves de change, par tous les moyens. Ils ont aussi un intérêt direct à préserver la santé économique de l’Europe, à savoir leur principal débouché commercial - qu’ils inondent de leurs produits textiles et high-tech  »bon marché » – passée devant les Etats-Unis se relevant progressivement de la crise. Les Chinois atténuent ainsi leur dépendance à l’égard de la dette américaine, rendant les Européens vulnérables et de plus en plus redevables à leur égard, et se dotant de moyens de pression non négligeables en matière diplomatique. Les Chinois rachètent ainsi la dette du Portugal et de la Grèce, pour consolider un euro déjà beaucoup trop fort, ruinant les efforts de nos dernières industries encore compétitives à l’exportation, comme nous le dénoncions dans le cas récent de la Grèce. 

Car après la Grèce et le Portugal, ce sera le tour de l’Espagne, l’Irlande, et en-dehors de ces trois « PIIGS » – charmant surnom en langage technocratique bruxellois, pour désigner les quatre pays membres « à la traîne », à savoir Portugal – Irlande – Italy – Greece – Spain -, peut-être justement l’Italie, voire même ensuite la France. Comme dans une marche irrésistible, les Chinois sortiront à chaque fois leur carnet de chèques, pour « sauver » une zone euro chancelante, un espace économique de moins en moins souverain, et surtout de moins en moins concurrent… 

                                                                                                                                 J. D.

29 septembre, 2010

Le danger sahélien, le glissement vers de nouvelles zones de danger

Classé dans : Monde — llanterne @ 19:48

Nicolas Sarkozy a réuni, il y a quelques jours, un conseil restreint de Défense avec les principaux ministres et responsables militaires, consacrés à la menace terroriste dans le Sahel. En effet, cinq Français, mais aussi un Togolais et un Malgache, collaborateurs du groupe Areva, ont été enlevés dans le nord du Niger, dans la région d’Arlit, région-tampon où opère Al-Qaïda au Maghreb islamique. Al-Qaïda qui on s’en souvient, avait déjà capturé dans le nord du Niger, en avril 2010, un Français de soixante-dix-huit ans, Michel Germaneau, qui a été exécuté en juillet…

Cette zone sahélienne remontant de la Somalie jusqu’aux pays du Maghreb, en passant par le Mali, la Mauritanie et le Niger, est aujourd’hui la nouvelle zone de tous les dangers. Les derniers jusqu’au-boutistes de la guerre civile algérienne des années 90, se mêlent aux combattants arabes venus d’Irak. Le désert les protège et leur donne une profondeur stratégique. Les Touaregs leurs donnent un coup de main, contre espèces sonnantes et trébuchantes. Des jeunes gens en rupture de ban familial, dans une Afrique en pleine explosion démographique, se laissent endoctriner par les prêches enflammées d’imams exaltés. Dans les pays du Maghreb (Algérie surtout, mais aussi Tunisie, Maroc), des politiques répressives féroces endiguent pour l’instant ce flot, l’empêchant de se jeter dans les eaux de la méditerranée.

Les pays du Sahel sont au contraire sans structures étatiques. Les activistes islamistes y entrent comme dans du beurre. L’Islam s’y substitue à l’Etat, assurant l’assistance sociale, en cas de catastrophes naturelles, d’épidémies ou de famines ; fait payer l’impôt religieux, surveille la moralité des populations. L’Islam y est maître du temps. Les trafics « très fructueux » d’armes, de drogue, d’immigrés ou encore les rançons distribuées généreusement par les pays européens pour libérer leurs otages, alimentent sans cesse les caisses terroristes. Même dans des pays que l’on croyait plus structurés et où l’Islam avait une tradition syncrétique et tolérante, parfois teinté de superstitions animistes, comme le Mali avec sa tradition de grillots et autres marabouts (frontalier de la Mauritanie et de l’Algérie au nord, du Niger à l’est) ou le Sénégal (frontalier de la Mauritanie au nord et à l’est, le Mali à l’est), l’Islam devient parfois le porte-parole de masses appauvries et délaissées par des gouvernements corrompus, dans certaines régions voisines du Sahara.

La police des derniers Etats solides du Maghreb, coopèrent activement avec les policiers français, ravivant encore la haine des islamistes, contre ces apostats, ces fils de chiens et ces traîtres au service de la France, je cite. Pourtant, ces fauves avaient les crocs singulièrement limés, il y a dix ans, en s’écroulant, épuisés, dans un repli sahélien. Cette descente de l’islamisme algérien (à la base) vers la zone sahélienne est la conséquence indirecte de la politique intérieure algérienne dite de concorde civile, prônée et mise en place par le président Bouteflika. Le 16 septembre 1999, l’Algérie avait adopté la loi (votée par référendum) dite de concorde civile, amnistiant les terroristes, pour peu qu’ils ne soient pas coupables de crimes de sang. La plupart descendirent définitivement des maquis. Mais une poignée refusèrent de rendre les armes : certains se tapirent dans les montagnes de Kabylie où quelques groupes armés continuent d’être présents, les autres roulèrent vers le Grand Sud, le Sahara algérien, essentiellement des membres d’un groupe nouvellement créé, le Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC).

L’Algérie avec son armée, était restée un Etat, mais un autre espace non perdu s’offrait à eux : le Sahara, la région du Sahel, avec ses pays brodés sur le sable, enchevêtrement de solitudes et de rivalités rongées par la soif et la faim. On compte le Niger et le Mali avec leurs rébellions touaregs, la Mauritanie avec sa fracture entre Arabo-berbères maures et populations noires. Le Niger est dévoré par les famines, l’espérance de vie au Mali, ne dépasse pas les 50 ans… Tout cela constitue un terreau propice à l’implantation et au développement des actions de ce type de groupes. Leurs « années d’apprentissage » sahélien durent sept ans. Des enlèvements se succèdent, petit à petit (on se souvient qu’en 2003, 32 Européens pris en otage, sont relâchés contre rançons…).

Le GSPC est officiellement adoubé par l’organisation de Ben Laden en 2007 et devient Al-Qaïda au Maghreb islamique. Cette reconnaissance auréole les émirs algériens et leurs troupes ainsi franchisées d’une puissance accrue. Ils peuvent continuer à voler (…), à tuer et à séduire. La riposte internationale aux énormes menaces en gestation dans le Sahel était ébauchée en 2005. Les Etats-Unis, le Pentagone créent un haut commandement pour l’Afrique, l’Africom. Les contacts se multiplient avec les pays de la région. Cela débouche sur l’initiative antiterroriste transsahélienne, déléguant aux Etats de la zone – Mali, Niger, Mauritanie, Tchad, Lybie, Burkina, Algérie – la responsabilité de la lutte. Mais une responsabilité qui reste cependant assez molle, au Mali, le gouvernement venant tout juste contraint et forcé, d’autoriser la Mauritanie (beaucoup plus active, depuis peu, dans la résorption du phénomène), à opérer sur son territoire. Mais il n’est pas question cependant pour les Etats-Unis, d’intervenir militairement dans le Sahara.

Le retrait officiel des troupes de combat américaines en Irak est très récent, sept ans et demi après le début de l’intervention militaire qui a abouti au renversement du régime de Saddam Hussein. Et c’est l’heure du bilan : les Américains y ont perdu plus de 750 milliards de dollars, 4 400 tués et plusieurs milliers de blessés. La guerre civile menace de reprendre à leur départ. En abattant Saddam Hussein, ils ont aussi abattu l’Etat irakien. Ainsi, les Américains quittent l’Irak et ont assez d’un seul Afghanistan ! Ils savent aussi pertinemment que la présence d’un seul GI suffirait à doper le recrutement d’Al-Qaïda. Les effectifs se gonflent déjà, comme cela a été exposé, d’assez nouvelles recrues :  Nigériens, Maliens et même Touaregs, alors alors que plusieurs chefs de la rébellion parlent pourtant de reprendre les armes contre Al-Qaïda. A ces terroristes de fraîche date, il faut rajouter le flot continu venu du Nord et du Sud, de la Somalie – où un agent de la DGSE est otage depuis plusieurs mois – et de tous les brasiers africains. Et on rêve d’en découdre, comme en Afghanistan, avec cet ennemi lointain qui a, ici, le visage si familier de la France. 

Pourquoi la France, est-on en droit de se demander ? La France est particulièrement visée et haïe. Différents facteurs explicatifs entrent en ligne de compte. D’abord parce que c’est l’ancienne puissance coloniale. Sa tradition laïque avec récemment l’interdiction du port du voile intégral, symbolise aussi tous ce que les islamistes détestent. Les prises d’otages français risquent donc fortement de se multiplier. Le prochain objectif sera bien-sûr des attentats sur le sol français. Jusqu’à présent la prévention policière a permis de « sanctuariser » notre territoire. Mais qu’en sera-t-il demain ? Certes, comme l’analyse Jean-Christophe Rufin, ex-ambassadeur de France au Sénégal démissionné en juin dernier par Nicolas Sarkozy, dans un entretien récent paru dans Marianne, préconisant une réponse locale au terrorisme sahélien, les katibas n’ont pas beaucoup d’effectifs : elles ne résument pas à elles seules la criminalité et la violence au Sahara. Mais elles en constituent la partie la plus dangereuse, la plus riche. Celle qui est susceptible de connaître la plus grande expansion. Il ne faut pas attribuer non plus, à ces groupes, une force qu’ils n’ont pas, le Sahara aura du mal à devenir (…) un Afghanistan bis, par définition, l’Afghanistan est peuplé, et le désert l’est tout de même assez peu !.

Mais pour éviter que le phénomène prenne de l’ampleur, il faut veiller à ce que cette menace ne puisse s’étendre. On peut risquer deux choses, à savoir le déni comme la psychose. La situation a certes évolué, avec l’accord des pays de la zone de laisser opérer les forces étrangères et ensuite en attirant l’attention sur cette menace sahélienne, focalisés que nous étions, sur le seul théâtre afghan. La France doit aider les pays comme la Mauritanie ou le Niger, qui sont décidés à agir. Par ailleurs, ce déplacement de la zone dangereuse ravive les questions autour de notre intervention en Afghanistan. Est-elle utile, en ce qui nous concerne, pour empêcher la liaison entre les réseaux d’Al-Qaïda afghan et pakistanais et leurs alliés sahéliens (sans oublier la corne de l’Afrique et le golfe d’Aden). Ou au contraire cette dispersion de nos efforts nous rend-elle moins efficace dans la lutte anti-terroriste (en France et dans la défense de nos intérêts stratégiques dans le monde) ?

                                                                                                                                                          J. D.

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