La Lanterne (politique, sujets de société)

20 septembre, 2010

La France a-t-elle encore les moyens de sa politique intérieure ?

Classé dans : Politique — llanterne @ 15:36

La France a-t-elle encore les moyens de sa politique intérieure ? dans Politique latern

Du projet de déchéance de la nationalité, à l’affaire des gens du voyage, en passant par les incidents de Grenoble et de Saint-Aignan du mois de juillet, jusqu’au projet de loi d’interdiction du port du voile intégral en France, passé à la rentrée devant le Sénat, l’actualité intérieure a été pour le moins sécuritaire et polémique, ces deux derniers mois. Mais l’Etat français a-t-il de toute manière en 2010, encore les moyens de sa politique en la matière ?

Nicolas Sarkozy est maintenant au pouvoir depuis huit ans. Il est arrivé place Beauvau en septembre 2002, suite au coup de semonce de l’entre-deux-tours. Le souvenir de l’échec de la gauche s’efface peu à peu et la marge de manœuvre de la droite, à l’approche des présidentielles de 2012, risque de se rétrécir dangereusement… Les chiffres de la délinquance ne sont pas en baisse, loin de là. Comme on l’a vu, cet été, à Grenoble, certains quartiers populaires continuent bel et bien à vivre sous la coupe réglée de bandes… L’actualité est là pour nous le rappeler. En matière migratoire, dont Nicolas Sarkozy avait fait un sujet de campagne électoral important, 200 000 étrangers continuent à entrer légalement ou non chaque année, à peu près autant que sous le gouvernement Jospin. Les cas d’expulsés touchent essentiellement des clandestins dans les DOM-TOM (ile de la Réunion, Mayotte ou Guyane) et peu la France métropolitaine… Les liens entre délinquance, étrangers, insécurité, chômage, immigration depuis près de vingt-cinq à trente ans, sont le sujet « tarte à la crême » de la vie politique française, d’ailleurs « interdits au nom de la morale par une armée d’intellectuels, de médias français et internationaux, de bien-pensants », dixit M. Zemmour. Même si la réalité sociologique, les policiers sur le terrain, etc. en apportent parfois une part de preuve…

Sont ré exhumés aussitôt en réponse par la gauche et certains milieux bien-pensants, « les fantômes défraîchis » de Pétain, de Laval, de Vichy, « de la rafle du Vel d’hiv ». « Le Front national est rituellement invoqué comme le diable à repousser ». Ceux dénonçant les vieilles ficelles sécuritaires et populistes, « disent-ils de Sarkozy », il faut le reconnaître, n’ont certes pas beaucoup plus d’imagination, nous resservant à chaque reprise « les mêmes incantations religieuses ». Il est vrai, l’exaspération et la souffrance des Français sont telles, que celui qui ose transgresser ces tabous et se fait insulter par ces bien-pensants est sûre de se faire entendre du peuple. C’est ce qui a permis à Nicolas Sarkozy de se faire élire en 2007. Et cela, Nicolas Sarkozy dès son arrivée, place Beauvau, l’a fort bien compris. Et il l’a utilisé, en a usé et abusé… Mais là n’est pas le fonds du problème. Il se trouve sinon que l’Europe n’a aucune politique et convergence de vue précise en la matière, à proprement parler. Le gouvernement espagnol a régularisé deux millions de sans-papiers (mais il en reste encore près d’un million et demi, en Espagne, en particulier en Andalousie)… Toutes politiques en la matière, ne peut se concevoir qu’au niveau européen, dans un cadre clair et en partenariat, ainsi qu’avec les pays tiers. Tout le reste n’est que démagogie.

Concernant l’affaire de la déchéance de la nationalité française, Nicolas Sarkozy a tranché, elle sera étendu aux français naturalisés depuis moins de dix ans, reconnus coupables de meurtre sur dépositaires de l’autorité publique, c’est-à-dire policiers, gendarmes, magistrats. Cette question de la déchéance a d’ailleurs suscité fantasmes et délires estivaux ; on a évoqué Vichy, et le sort des juifs persécutés. Cela fait écho encore une fois, aux sirènes de l’actualité, à savoir les incidents de Grenoble du mois de juillet 2010. Mais cette mesure, de tout de façon fait double effet. La déchéance de la nationalité a toujours existé dans la République. Le conseil constitutionnel l’a déjà béni. Ce sont les socialistes, sous Jospin, qui en 1998 en ont restreint exagérément le champs d’application au domaine du seul terrorisme. Il suffisait de revenir au statut-quo ante. La plupart des tireurs, comme à Grenoble, sont nés en France et naturalisés depuis trop longtemps pour être concerné par le « durcissement de cette loi », l’extension du champ de la mesure (« au mieux quelques dizaines de cas par an »). On a fait mine de croire qu’on allait créer des apatrides par milliers, alors que les conventions internationales et surtout « européennes » signées par la France, l’interdisent formellement. Ce furent posture et imposture. Il convient de tout de façon, de prendre le problème à la racine. Et de demander aux préfectures de revenir à une approche sérieuse de la question, en exigeant que les associations à l’activisme dont c’est l’étendard, cogérant trop souvent ces demandes au sein des préfectures, ne puissent plus faire pression sur les autorités de l’Etat. En tenant ce type de propos, je ne relève d’aucune logique partisane.

On a instauré cet examen de connaissance de la langue française et de nos valeurs, mais qui se révèle en réalité souvent dérisoire. En revanche, tel le rappelle justement Eric Zemmour, principal, presque seul et essentiel chroniqueur à avoir réellement couvert le sujet dans l’actualité récente, « le degré d’assimilation était naguère le fondement de toute approche sérieuse de la question ». Cet article du code n’ayant pas été abrogé, « il pourrait être réutilisé systématiquement, l’assimilation n’est pas l’intégration aux critères platement économiques » ; c’est « l’acquisition des codes culturels ancestraux et de notre mode de vie, bref de notre civilisation ». Le polygame de Nantes, au vu de ses accoutrements et de ses quatre épouses, ne se serait ainsi jamais vu accorder la nationalité française. Il serait aussi plus efficace de rompre l’obtention quasi-automatique de la nationalité française, pour tous les étrangers qui épousent un citoyen français. C’est devenu un système efficace pour obtenir des papiers, obtenir la nationalité enfin. Ce sont les fameux mariages blancs. Mais ça ne règlera pas tout le problème. Concernant l’affaire plus significative des Roms, les plus subtils ont pu bien-sûr décelés dans cette contre-offensive médiatique, une volonté de détourner l’attention de l’affaire Woerth, le ministre de la justice tenant de plus en plus difficilement sous les attaques médiatiques. C’est la formule de Claude Guéant, conseiller spécial de M. Sarkozy à l’Elysée : « La France n’a pas vocation à accueillir tous les Roms »… Cela résume bien la problématique en France et en Europe, à l’heure actuelle sur le sujet ; même si elle paraphrase la fameuse tirade de Michel Rocard : « La France n’a pas vocation à accueillir toute la misère du monde… ».

Cela était écrit. Tout le monde le savait « à Paris, à Bruxelles, à Rome, à Berlin, à Bucarest aussi ». Si la Roumanie et la Bulgarie, furent les deux derniers pays du défunt bloc communiste, à intégrer l’Union Européenne en 2007, ce fut à cause de la corruption des dirigeants politiques et du retard économique… Mais aussi en grande partie à cause des Roms. Les neuf millions de Roms, très pauvres, pour la plupart jamais scolarisés en Roumanie, affolaient tous les dirigeants européens. Il était en effet, à craindre, « un déferlement d’enfants dressés pour mendier et voler et la prostitution massive de très jeunes filles ». Pourtant, il convient de le rappeler, les traités européens prévoient une restriction à la liberté de circulation, pour lutter contre la criminalité, qui en relève souvent. Lors des négociations d’adhésion de la Roumanie, des clauses de sauvegarde avaient de surcroît été négociées, permettant à Brice Hortefeux d’affirmer avec raison, que les camps des Roms sont illégaux et qu’il respecte la loi française et la loi européenne…

Mais les mesures de démantèlement des Camps Roms ne suffiront pas ; les Roms ont pris volontiers les 300 euros distribués par la République et le contribuable français ; mais ils reviendront. Le principe de libre circulation en Europe leur sert de viatique et de protection. C’est pourquoi les Italiens veulent déjà aller plus loin, et demandent qu’on puisse expulser des citoyens communautaires des pays où ils vivent, et constituent un fardeau pour les systèmes sociaux. Il y a quelques mois déjà, Berlusconi s’était lui aussi, vu administrer une admonestation papale, pour sa conduite envers les Roms. Mais la France attire particulièrement, en raison de ses structures sociales et scolaires, cumulant harmonieusement générosité et laxisme.

On apprend récemment, toujours à propos des Roms, que la commission européenne menace de poursuivre la France en justice. La commissaire chargée de la justice et des droits fondamentaux, la luxembourgeoise Viviane Reding, très en colère, a assuré ainsi « que de tout de façon, la question de la circulaire au sujet des Roms, rend la situation de la France, intenable vis-à-vis des lois européennes ». La presse britannique, un journaliste récemment dans le quotidien « The Guardian », fustige la France droit-de-l’hommiste, critique sa politique migratoire et populiste, allant dans le sens des rappels à l’ordre de Bruxelles. Mais l’enjeu est plus vaste. Il s’agit de savoir, si un pays communautaire a encore le droit de faire respecter sa souveraineté. Si la menace à l’ordre public, évidente dans le cas des Roms, peut encore justifier les expulsions d’étrangers même communautaires. Ou si l’Europe consiste désormais à faire prendre en charge par les pays fondateurs de l’Union, les populations dont ne veulent pas les pays récemment entrés. 

La République française, dans la réalité des faits, s’est comme « volontairement attachée les mains ». Depuis des années, comme cela a déjà été précisé, l’Etat français signe en effet, à tours de bras, des conventions internationales et « européennes » au nom des droits de l’homme, qui le confinent en réalité, à l’impuissance (regroupement familial, interdiction d’expulsions collectives, suppression des frontières, etc). Longtemps les plus grands juges français, ont refusé au nom de la souveraineté de la nation, de soumettre la République, à ces traités. Avant-guerre, la IIIe République  (celle de Clémenceau, Jaurès…) n’en faisait qu’à sa tête, quand elle estimait défendre les intérêts de la nation. Il faut dire que la République française avait alors, « une autre idée de la souveraineté, arrachée, il est vrai depuis peu à la tête des Rois ». « On faisait une grande distinction entre français et étrangers, non par xénophobie, mais parce que comme disait Jaurès : « La nation est le seul bien des pauvres ». La République avait été fondée pour défendre farouchement les intérêts de la nation ». Entre temps, l’Histoire a suivi son cours. Il y a eu la seconde guerre mondiale, la Libération, et la construction européenne… Et depuis le milieu des années 80, la gauche au pouvoir a entamé avec l’acte unique, l’édification d’un marché unique européen, réglé par la libre circulation des capitaux et des marchandises, celle des hommes.

Aussitôt après son élection, Nicolas Sarkozy lui-même, s’était empressé de faire ratifier par le Parlement, le fameux traité de Lisbonne, copie conforme de la constitution proposée par Giscard, que le peuple français avait repoussé par référendum, deux ans plus tôt et ayant valu la chute du gouvernement Raffarin. Et c’est au nom de la Charte des droits de l’Union Européenne, qui n’a pris valeur obligatoire qu’avec ce traité, adopté en sous-main, que Bruxelles veut précisément faire condamner la France. Nicolas Sarkozy regrette-t-il aujourd’hui son choix ? La France ne dispose en réalité, que d’une marge de manœuvre restreinte, en matière de politiques d’expulsions de nos jours, au sein de l’Union européenne.

Bucarest dans l’affaire, somme la France de mener une politique d’intégration en faveur de ces populations, soit faire ce que la Roumanie n’a jamais fait, alors que le nouveau pays entrant, va percevoir entre 2007 et 2013, près de vingt milliards d’euros d’aide de Bruxelles ; mais n’a pas encore trouvé le temps, ni les moyens, d’en affecter une partie aux Roms. Pour conclure sur cette tirade zemmourienne résumant bien le propos : « Il y a quelques mois, la fourmi allemande était déjà contrainte de faire un gros chèque, pour sauver la cigale grecque. Aujourd’hui, l’école de la République française est réquisitionnée pour scolariser les enfants Roms… L’Europe, c’est quand même merveilleux. Mais on ne sait plus si c’est un rêve ou un  cauchemar ? ».

                                                                                                                                                    J. D.

 

 

Eclaircissements sur la réforme des programmes d’histoire

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 14:42

Eclaircissements sur la réforme des programmes d'histoire dans Politique latern

Cette réforme des programmes scolaires de 2009/10 est décidément sujette à polémique. D’autant plus que dans cette affaire, « une polémique peut en cacher une autre ». La suppression annoncée de l’enseignement de l’histoire en terminale S, l’an dernier, avait déjà suscité un tollé. Mais dont l’écho n’est pas parvenu cependant rue de Grenelle, le ministère ayant maintenu sa décision. Sur fonds de réduction drastique des heures de cours consacrées à l’étude de l’histoire et au français et alors que l’on sait que les livres de seconde arriveront en retard, on apprend maintenant que les figures de Louis XIV et Napoléon se voient condamnées à une quasi-disparition des manuels et programmes d’histoire ?!…

Tout d’abord, si l’on opère une analyse de la question, les contenus des programmes scolaires ont eux aussi, connu leur évolution dans l’histoire de l’enseignement en France. Place n’a d’ailleurs pas toujours été accordé à l’Histoire. Avant la loi de 1833, on n’avait jamais parlé de cette discipline dans les écoles. Louis XIV dit même « que les jeunes gens de son époque ignorent l’Histoire de France, et Rollin avoue, avec humiliation, qu’il ne la connait pas non plus ». Les Conventionnels, à la faveur de la Révolution, avaient voulu réorganiser l’enseignement. C’était une œuvre utile et considérable, qu’ils n’eurent pas le temps de mettre en pratique, « mais, dans leur plan d’études, ils ne mentionnaient pas d’Histoire ». Il n’est plus question de l’Histoire non plus, sous l’Empire, les maîtres se contentent d’apprendre à lire, écrire, chiffrer à leurs élèves, en 1808. Il faut arriver à la loi de 1833, qui a fait beaucoup pour l’enseignement, pour voir la Géographie et l’Histoire de France compter parmi les matières obligatoires dans l’enseignement primaire. En 1834, on décrète que l’enseignement de l’Histoire et de la Géographie sera donné aux élèves les plus avancés des écoles primaires élémentaires. En 1850, on ne mentionne l’Histoire et la Géographie que comme matières facultatives. Avec la loi de Victor Duruy du 10 avril 1867, l’Histoire et la Géographie prennent rang parmi les matières obligatoires. C’est une loi de 1882 qui a fait occuper à l’Histoire la place qu’elle a aujourd’hui.

Dans la France des années 1880, jusqu’au début du XXe siècle, dans l’approche des programmes, place importante est sinon accordée à une discipline en particulier, à savoir la Géographie. Suite à la guerre de 1870-71, la France s’est vue amputée de l’Alsace et la Lorraine. Les deux départements sont couverts d’un voile noir, tenu par une ficelle, sur la carte de France accrochée au fonds de toutes les salles de cours. A l’époque des « Hussards noirs de la IIIe République », l’enjeu est surtout pour les écoliers qu’ils puissent s’approprier leur territoire national, qu’ils le connaissent avec ces départements, parfois leurs chefs-lieux (qu’ils convenaient d’ailleurs de connaître par cœur, jusque dans l’après-guerre), avec les noms des fleuves, des principales grandes villes, des massifs. L’enseignement de l’histoire était sinon centré sur l’Histoire de France, les batailles et ses grands hommes. C’était peut-être réducteur, mais utile et important.

Ce programme scolaire a certes connu ensuite des évolutions significatives, au fil du temps. Durant l’entre-deux-guerres, survient une nouvelle réforme au niveau des programmes scolaires. Le contenu varie quelques peu. Le régime de Vichy innove peu en matière scolaire. A la libération, le gouvernement provisoire institue une commission de réflexion sur l’éducation. C’est le rapport Langevin-Wallon, qui propose de nombreuses mesures de modernisation de l’enseignement. A la suite de la révolte de mai 1968, l’université est réformée, menant entre autre à plus d’autonomie et à une démocratisation de son administration (loi Faure de 1968). La mixité filles/garçons est appliquée à tous les niveaux d’enseignement. La Loi Haby (1975) instaure le principe de collège unique pour tous les élèves. Une réforme consécutive a également touché le contenu des programmes scolaires, et en particulier l’enseignement de l’histoire et de la géographie. La pédagogie a en effet accordé une place importante aux autres civilisations (Grèce antique, Egypte ancienne), jusqu’à la dernière réforme de 2009, dans les classes de 6e et de 5e, où elles occupaient l’essentiel du programme en histoire.

Par ailleurs influencée par les sciences de l’éducation, la pédagogie évolue et interroge la place de l’enseignant en termes de directivité ou de non-directivité. Dans les années 1970, Ivan Illitch va jusqu’à remettre en question l’existence d’un système scolaire institué par l’Etat. Les pédagogies nouvelles (Montessori, Freinet…), suscitent un important débat, bien que restant marginales. La loi Jospin de 1989 semble toutefois aller dans le sens des nouvelles pédagogies, en plaçant l’élève « au centre du système éducatif ». Dans ce cadre, le pédagogue Philippe Meirieu envisage que l’Ecole devienne un moyen de réalisation du projet de l’élève. Le triangle pédagogique est remis en cause. Comme l’écrit Pierre Lunel, ce sont bel et bien « dans les années 1970 et 1980 que l’enseignement de l’histoire a été mis à mal », les gouvernements de droite et de gauche y ayant d’ailleurs, leurs parts de responsabilité respectives. Sous l’influence de l’école dite des Annales, s’est opérée l’irruption dans les classes de la « nouvelle histoire et les méfaits d’un pédagogisme abscons issu de la recherche universitaire ». Des mouvements intellectuels se sont conjugués pour bannir de l’enseignement, le portrait dressé et établi des grands hommes, le récit de leurs actions. On renonce à la chronologie, les cours magistraux perdent de leur prépondérance, au profit d’une place accrue accordée à l’étude de documents.

Comme cela est décrypté dans « Valeurs actuelles », par le pédagogue Pierre Lunel en « remplaçant le récit chronologique par l’étude de documents », l’école a fait fausse route, déjà en aval. « Il faut revoir l’enseignement de l’histoire ». « L’intelligence de l’enfant se nourrit d’imagination, pas seulement de concepts et de notions ». Pierre Lunel affirme ainsi être persuadé « qu’on ne peut enseigner l’histoire et la faire aimer à ses élèves sans avoir le goût du récit et la passion des hommes qui l’ont faite ». Agrégé de droit romain et ancien président de l’université Paris-VIII-Vincennes, également délégué interministériel à l’orientation, ce-dernier a récemment publié un ouvrage au titre corrosif et sans détour, « La Manufacture des ânes ». Comme le constatait Michel Debré, le 30 mai 1980, devant l’Assemblée nationale, dans un gouvernement de droite alors : « Il suffit d’aller dans une école pour se rendre compte que l’histoire n’existe plus en tant que telle. L’histoire, c’est d’abord la chronologie : la chronologie a disparu. L’histoire, ce sont ensuite des récits : il n’y a plus de récits ». Max Gallo, porte-parole du gouvernement, en arrive à affirmer à l’Elysée, le 31 mai 1983, « que le président était « angoissé » par « les carences de l’enseignement de l’histoire qui conduisent à la perte de la mémoire collective des nouvelles générations ».

Certes, il y a toujours eu des cancres, « dont les sottises ont fait, dans les années 1960, le succès de Jean-Charles et d’autres humoristes », dont « certaines perles » mériteraient même d’être rappelées : « Le gouvernement de Vichy siégeait à Bordeaux » ; « Toute sa vie, Montaigne a voulu écrire, il n’a fait que des essais ». Cependant « les auteurs de ces absurdités étaient précisément des cancres, dont l’ignorance n’était pas, à l’époque, couronnée par le baccalauréat (85,4 % de réussite cette année !) ». Par ailleurs, il faut le dire, la France n’est pas l’Allemagne qui se confond avec son peuple, ni l’Angleterre, que de Gaulle ou le comte de Paris comparaient, non sans malice, à une « vielle maison de commerce ». Les Français sont liés par une histoire commune façonnée, qu’on le veuille ou non (d’ailleurs souvent par la Chrétienté). « Toute culture nationale est bénie, les nations sont les couleurs de l’humanité » (Soljenitsyne, « La Russie sous l’avalanche, 2000 »). Droite et gauche s’entendent là-dessus, ou de moins le devraient… Ce passé, ce sont nos racines, et c’est grâce à ces racines qu’une plante se nourrit et s’épanouit. « Voilà pourquoi nous devons transmettre à nos enfants ce patrimoine indivis ». De plus, l’éducation nationale a été aussi un instrument d’assimilation efficace. Si les gens ne prennent conscience de l’histoire du pays, qui les a vus naître (ou qui les accueille), la nation se délite. 

Les nouveaux arrivants doivent comprendre qu’ils participent à une histoire et à un projet commun qu’ils doivent respecter. Encore faut-il, que la France soit toutefois, fière de son passé, à regarder en face, avec ces parts d’ombre aussi comme dans l’histoire de toutes nations humaines, sûre de ses valeurs et qu’elle les transmette aux jeunes générations. Surtout à une époque, même si cela peut sembler toutefois un peu réactionnaire et rétrograde, où la conscription nationale a été suspendue, depuis 1996… Sans vouloir tomber dans la caricature, comme l’écrit, le polémique Alain Finkielkraut, pour le citer, notamment dans un récent ouvrage et dans un entretien accordé sur le sujet : « l’école est en train de devenir une petite enclave soviétique, dans notre univers démocratique… ». Mais même si l’on considère, que le niveau de formations s’est élevé (avec près de 80 % d’une classe d’âge bachelière), le rôle d’ « ascenseur social » du système éducatif est depuis les années 1980, fortement contesté.

Il est vrai que les enfants des milieux aisés, s’orientent de plus en plus vers l’enseignement privé confessionnel sous contrat, de manière quasi systématique, et cela parfois même dès le primaire. Les classes les plus défavorisées se contentent d’envoyer leurs rejetons, dans l’enseignement public, avec l’instauration d’une école à deux vitesses. « Seules les familles détiennent un capital culturel adapté permettant à leurs enfants de réussir leur parcours scolaire ». Ces nouveaux programmes de 2009-10 avaient certes, au départ, pour ambition d’opérer une synthèse entre les deux approches. Il s’agissait donc de revenir à davantage de chronologie et à l’étude des grands hommes. Mais c’était sans compter sur les résistances de la gauche syndicale. Ainsi la liste des grands hommes prévus de Philippe Auguste à de Gaulle est passée à la trappe. Le règne de Louis XIV est rétrogradé de la 4e à la 5e.  « Le Roi-Soleil ne nous darde plus de ses rayons ». Louis XIV est également étudié dans un cadre plus vaste, de la montée de l’absolutisme en Europe au XVIIe siècle (pourquoi pas ?). Mais seulement, l’on apprend qu’il se retrouve par contre, en fin de programme… Autant dire que les collégiens n’arriveront jamais à cette mise en perspective, fusse-t-elle intelligente et intéressante. Quant à Napoléon, il se retrouve toujours en 4e, dans l’ensemble consacré à la Révolution française ; mais n’y est évoqué aucune de ses batailles. « Le seul rival de Jules César et d’Alexandre »  est donc étudié pour son code civil, ses lycées, ses préfets et sa légion d’honneur. En revanche, une place est accordée à la dynastie chinoise Han, à son apogée…

Comme le dit M. Zemmour : « Au bout du compte, rien n’est plus approfondi et l’on se contente d’un saupoudrage culturel, livrant une maigre base », surtout aux élèves des milieux les plus simples et défavorisés… Dans les décennies à venir, dans cette société post-soixante-huitarde, le fossé du savoir sera de plus en plus creusé entre les uns et les autres…

                                                                                                                                                         J. D.

Le nouveau paysage syndical français : une recomposition de façade

Classé dans : Economie,Politique — llanterne @ 14:29

Le nouveau paysage syndical français : une recomposition de façade dans Economie latern

C’est un grand classique de la rentrée, des mouvements sociaux paralysent la France avec son cortège de défilés, la pléthorique fonction publique et ses syndicats, se rappelant ainsi à notre bon souvenir. La journée du 7 septembre 2010 fut ainsi marquée par les défilés syndicaux à Paris (environ 2 millions de manifestants réunissant « CGT et CFDT », environ 1,3 million, selon la Préfecture de Police). Dans les faits, le paysage syndical français a connu de sérieux et profonds changements, ces derniers temps, les plus significatifs en France depuis la Libération… Mais au milieu de tout cela, qu’en est-il de la réalité du syndicalisme aujourd’hui ?

La récente législation a en effet abandonné les références datées à la résistance et à la guerre, ne restent que les seuls critères démocratiques. Depuis la loi du 21 août 2008, les règles de représentativité syndicale ont en effet changé. Désormais ce sont les élections en entreprise qui vont la conditionner au niveau du secteur privé, des branches professionnelles et au niveau inter-professionnel, mettant fin à une représentativité syndicale figée à l’après-guerre, le paysage syndical français ayant très significativement évolué depuis. Il était certes temps. Les syndicats sont désormais rémunérés non plus au regard de ces conventions passées, mais au regard de leurs poids actuels (représentativité réelle).

Mais toujours est-il que le syndicalisme français a toutefois la particularité, encore en 2010, de compter le plus grand nombre de syndicats, pour le plus petit nombre de syndiqués (seulement deux millions de syndiqués en France, sur vingt millions de salariés ; contre à titre de comparaison : 28 % de syndiqués outre-Rhin, principalement réunis dans le syndicat DGB). Mais plus pour très longtemps. Derrière les slogans pour la retraite à 60 ans, dont on se demande parfois s’ils y croient vraiment, Bernard Thibault et François Chérèque, les secrétaires généraux de la CGT et de la CFDT, tentent ainsi surtout d’installer leur domination sur le paysage syndical français ; un véritable quondominium. Cette alliance CGT / CFDT, a ainsi au moins le mérite et l’avantage pragmatique de la complémentarité. A eux deux, ils font un syndicat à peu près sérieux et présentable.

La CGT tient ses bastions dans les services publics, l’énergie, les transports, la CFDT est plus présente dans le post – industriel : les services et le grand commerce (grande distribution). La Confédération générale du travail (ou CGT), un des plus vieux syndicats français, qui faisait partie des cinq confédérations de syndicats de salariés français considérées comme représentatives par l’Etat, est celle qui a obtenu le plus de suffrages (34 %) aux dernières élections prud’hommales de décembre 2008. La Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC), syndicat de salariés français se référant à la morale sociale chrétienne, depuis la récente loi se veut encore le deuxième syndicat à l’échelle nationale.

« A ce petit jeu, la CGT et la CFDT écrasent leurs rivaux (CFTC, Force Ouvrière, CFE-CGC…), qui sont condamnés à disparaître », comme l’a souligné Eric Zemmour récemment sur RTL, dans son allocution matinale. C’est pourquoi, ils ont soudé leur alliance « de la carpe et du lapin » ; et les cégétistes ravalent leurs sarcasmes sur la CFDT  et notamment sur sa propension à négocier, à tout bout de champs. Ce compromis ravit le conseiller en relations sociales de l’Elysée, Raymond Soubie. Ce sexagénaire est l’actuel conseiller (en matière sociale) du président de la République, Nicolas Sarkozy. Il se voit chargé, depuis 2007, de la délicate mission d’apaiser les tensions à la faveur des réformes gouvernementales prévues et promises, par sa connaissance du paysage syndical français et ses puissants réseaux et appuis, notamment au sein du Medef.

Cet ancien élève de l’ENA, a été formé à rude et bonne école. Entré au cabinet du ministre du Travail Joseph Fontanet en 1969, il a été le conseiller social de Jacques Chirac à Matignon de 1974 à 76, puis de Raymond Barre, premier ministre de Giscard. Avec l’arrivée de Mitterrand, en 1981, Raymond Soubie s’était reconverti dans le privé, en apportant ses compétences dans la direction du groupe de presse Liaisons, spécialisé dans le social, de 1982 à 1991. Avant de fonder en 1992, le cabinet de conseil en ressources humaines Altedia, cabinet conseillant les entreprises pour les restructurations, la gestion des carrières et la communication, tout en restant proche des sphères du pouvoir. Proche de Fillon, il a conseillé le gouvernement Raffarin, à l’époque, sur l’épineuse réforme des retraites. M. Soubie a en effet, « besoin de partenaires sociaux responsables, qui fassent passer des compromis dans le cadre d’une démocratie sociale apaisée », dixit M. Zemmour, à l’heure actuelle. « Ce vocabulaire, ces concepts sont nés dans les années 1970 ». Raymond Soubie était déjà, à l’époque, conseiller dans les cabinets de Jacques Chirac, puis de Raymond Barre.

Un gouvernement a besoin de « syndicats puissants », pour pouvoir négocier. C’est en tout cas, ce que fait ainsi semblant de croire l’Etat et le grand maître des relations sociales à l’Elysée, M. Raymond Soubie. Mais en réalité, en effet cette subtile ingénierie sociale a été balayée par la mondialisation, les délocalisations, le chômage de masse et la création de grands groupes mondialisés, employant à l’étranger. L’internationalisme a été littéralement renversé. C’est dire, il est vrai « dans ce terrible renversement » de la donne  même les puissants syndicats allemands, au bout du compte, ont dû reculer… 

                                                                                                                                                         J. D.

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