La Lanterne (politique, sujets de société)

28 avril, 2013

Bonnet blanc, blanc bonnet…

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 0:55

Chômage record, cote de confiance de l’exécutif au plus bas, enfermement du pouvoir, polémique sur la transparence après l’affaire Cahuzac… A l’approche du premier anniversaire de son élection, François Hollande traverse une forte zone de turbulences, sur fond de défiance de plus en plus grande des Français pour leurs représentants politiques. Et l’on s’aperçoit que si l’opposition n’était pas à ce point inaudible, elle pourrait reprendre à la lettre près, contre Hollande, tous les reproches que la gauche faisait à Sarkozy.

Si l’on a un peu de mémoire, on se souvient que François Hollande et la gauche en général n’avaient pas de mots assez durs pour critiquer Nicolas Sarkozy quand il ne voulait tenir compte des gigantesques manifestations de rue s’opposant à sa réforme des retraites à l’automne 2010, quand, après le moindre incident, il décidait, dans l’affolement, d’imposer de nouvelles lois, quand il s’inclinait servilement devant Angela Merkel, quand il s’avérait incapable de faire face à la montée du chômage et de réindustrialiser le pays, quand il augmentait les impôts sans pouvoir pour autant réduire les déficits, quand il intervenait militairement en Lybie. De son côté, Hollande n’a pas voulu entendre les centaines de milliers de Français qui, dans la rue, manifestaient contre son projet de mariage homosexuel. L’affaire Cahuzac n’est pas encore enterrée qu’il annonce déjà, dans la précipitation, des textes sur la moralisation de la vie politique. Et alors que l’austérité plonge le pays dans la récession, Hollande continue à tenter d’obéir aux injonctions de la chancelière allemande, sur fond de hausse du chômage, d’augmentation des prélèvements obligatoires et des déficits. Il a, lui aussi, voulu jouer les chefs en guerre, envoyant l’armée au Mali, ce que les terroristes islamistes nous font déjà payer à coups d’attentats (on l’a vu à Tripoli), tout comme Sarkozy qui, en faisant exploser la Lybie, aura donné le pouvoir aux fanatiques de la Charia et provoqué un chaos généralisé jusqu’au coeur de l’Afrique.

Hollande nous avait promis « le changement », mais il n’y a pas eu de changement, et le changement, on le sait, ce n’est pas pour maintenant, ni pour demain. Ainsi, à ce titre, nous assistons à un pitoyable ânonnement de l’histoire. Gauche, droite, c’est bonnet blanc, blanc bonnet. Sarkozy nous a très vite agacé par son agitation perpétuelle et contradictoire. Son successeur nous énerve par son apathique placidité. Sarkozy excitait les passions, Hollande nous les renvoie. Sarkozy était brusque, velléitaire et zigzaguait, tandis qu’Hollande prétend rechercher le consensus, recule volontiers (que ce soit sur les 75 %, le vote des étrangers, le non cumul des mandats), et ne sait pas visiblement où il veut aller, ni ce qu’il faudrait faire. Mais lui qui reprochait, à juste titre, à Sarkozy de diviser les Français, les a divisés à son tour, avec cette affaire du mariage pour tous, et cela comme ils ne l’avaient pas été depuis bien longtemps. Le quinquennat de François Hollande devait pourtant permettre une réconciliation des Français, après celui particulièrement clivant ou décrit comme tel de Nicolas Sarkozy. Ainsi, c’est bonnet blanc, blanc bonnet… mais en pire. Car, non seulement jamais un chef d’Etat, pas même Sarkozy, n’avait été aussi rejeté par l’opinion publique dans tous les sondages, mais jamais les Français n’avaient été aussi désespérés par la vacuité du pouvoir.

Certes, la crise s’aggrave et l’avenir s’annonce catastrophique. Certes, l’opposition s’est discréditée et se porte mal - avec un ancien président mis en examen et un ancien premier ministre qui a échoué à prendre la tête de l’UMP -, et personne ne peut rêver, pour l’instant, à une alternance qui sauverait le pays. Mais le plus grave aujourd’hui, c’est que ce qui tient lieu de pouvoir s’avère totalement incohérent, avec des ministres dissidents, comme Montebourg et Hamon, et une majorité qui s’affole. Du coup, outre Jean-Luc Mélenchon, l’aile gauche du Parti Socialiste se fait entendre, à l’Assemblée comme au Sénat et réclame une sérieuse réorientation politique. Les voix dissonantes se font entendre dans la majorité, se plaignant de ne pas distinguer le cap fixé. Et après avoir vu, dans la même semaine, les hauts-fourneaux de Florange éteints définitivement, la raffinerie de Pétroplus commencée à être démantelée, l’usine de PSA d’Aulnay-sous-Bois menacée d’être fermée plus tôt encore que prévu, autant de sites devenus symboliques, et avant même d’avoir pris connaissance des chiffres catastrophiques du chômage, Claude Bartolone, président de l’Assemblée Nationale, demande dans Le Monde à Hollande de « tirer les leçons » de ces dix premiers mois « pour envisager un nouveau temps du quinquennat ».

Ainsi les uns, de plus en plus rares, disent que François Hollande n’est au pouvoir que depuis moins d’un an, et qu’il convient de lui laisser encore un peu de temps pour faire ses preuves. Les autres, de plus en plus nombreux, font remarquer qu’il est au pouvoir depuis près de onze mois et qu’il n’a toujours rien fait pour arrêter la dégringolade vertigineuse du pays. Mais en fait, comme l’analyse le journaliste Thierry Desjardins, pour beaucoup de Français, cela fait des années que la France n’est pas dirigée et que droite et gauche ont démontré qu’elles s’avéraient tout aussi incapables, l’une que l’autre, à sortir le pays de son agonie. C’est naturellement, ce qui explique ce désenchantement, poussant les électeurs à l’abstention ou le vote blanc, soit dans les bras de Marine Le Pen ou encore dans ceux de Jean-Luc Mélenchon, pour une petite frange d’entre eux….

                                                                                                                                                          J. D.


27 avril, 2013

« Z comme Zemmour » – Hollande et la Chine

Classé dans : Diplomatie,Monde,Politique — llanterne @ 14:21

Dans sa chronique matinale sur RTL, Eric Zemmour s’amusait de la diplomatie express de nos Présidents, et notamment de François Hollande qui boucle un voyage de 36 heures en Chine. Il aura passé moins d’une journée à Pékin et quatre heures à Shangaï. Ca va trop vite ?

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23 avril, 2013

Vers un rendez-vous historique ?

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 18:02

Ce mardi 23 avril 2013 restera-t-il dans les annales, telle une date importante dans l’histoire de France ? Sans doute puisqu’aujourd’hui, l’Assemblée nationale s’apprête à adopter définitivement le projet de loi autorisant le mariage des homosexuels et l’adoption d’enfants pour les couples de même sexe, après des mois de palabres inutiles et de manifestations de plus en plus importantes (même si cela n’est pas terminé pour autant dans la rue, comme nous l’avons vu dimanche dernier).

Même si ce texte ne concernera, au final, qu’une infime partie de la population, il s’agit là d’une véritable révolution sociétale en devenir. Depuis la nuit des temps, les lois de la nature exigeaient que, pour former un couple et avoir des enfants, il fallait un homme et une femme. C’est la première fois, en France, que des législateurs se permettent d’aller ainsi contre les règles évidentes de la biologie. Comme l’analyse Thierry Desjardins, ces-derniers nous ont conté que le principe même de l’égalité, qui nous est si cher, obligeait ainsi à accorder le même statut aux couples hétérosexuels et aux couples homosexuels. Or, l’égalité n’a jamais effacé les différences. Pendant des décennies, les homosexuels ont réclamé à juste titre « le droit à la différence » qui leur a été accordé, au nom de la liberté individuelle permettant à chacun de mener sa vie personnelle comme il l’entend. Mais, non contents de ce « droit à la différence » qui leur était reconnu, certains lobbies minoritaires se sont mis à exiger « le droit à… la similitude » en s’écriant « Nous sommes différents mais nous sommes pareils ». Il faut d’ailleurs reconnaître que, si quelques petits lobbies particulièrement actifs dans les quartiers « bobos » de la capitale se démenaient, c’est la gauche qui, sans doute à court d’idées, a fait de ce problème qui n’en était pas vraiment un, un thème essentiel de combat, le récupérant à bon escient. Jadis, la gauche défendait la classe ouvrière et s’en prenait au grand capital, maintenant elle se focalise sur des questions sociétales sans fondement réel. C’est évidemment plus facile, même si on est en droit de se demander s’il appartient à une majorité éphémère, par définition, de s’en prendre aux fondements mêmes de notre société et aux droits les plus élémentaires.

Les Français ont élu François Hollande pour qu’il lutte contre le chômage, la précarité, le déclassement des familles modestes et moyennes, pas pour supprimer de notre code civil les mots « père » et « mère » en les remplaçant par « parent 1 » et « parent 2 ». Ainsi, même si ce « mariage pour tous » était dans les promesses du candidat, il n’en était pas du moins la priorité. Et il y a une sorte d’escroquerie morale à nous avoir ainsi « assommés » durant des mois avec ce sujet, et cela alors que la situation du pays devenait chaque jour plus catastrophique. Certains diront que le chef de l’Etat a voulu ainsi « cliver » l’opinion pour maintenir son électorat sur le pied de guerre. Mais ce n’est pas le rôle du président que de cliver, il doit au contraire rassembler. Et ensuite et surtout, ce n’est pas « le peuple de gauche » qu’il a pu mobiliser derrière cette défense du mariage homosexuel mais bien « le peuple de droite » qui, sans chef, s’est réveillé et retrouvé dans les rues pour défendre les suprêmes intérêts de l’enfant (autour de la question de l’adoption, qui doit se voir appliquer le sacro-saint principe de précaution), et aussi conspuer un régime qui part à vau l’eau, et se montrant chaque jour, plus incompétent à faire face à toutes les crises, économique, sociale, morale, que connaît la France. Aussi, c’est bien grâce à la solidité des institutions, léguées par le père de la Ve, que son successeur lointain a pu ignorer des manifestations de rue de plus en plus impressionnantes. Et grâce aux farces et attrapes laissées par Michel Debré dans la constitution, qu’il a pu accélérer la procédure parlementaire pour mettre un terme à l’opposition d’un quarteron de députés UMP.

Mais Hollande a mis à côté de la plaque, ne comprenant rien à ce mouvement, le méprisant puis tentant de l’amadouer sur la clause de conscience laissée aux maires, avant de se reprendre sur l’injonction du lobby LGBT. La Ve République a pourtant été inventé pour résister à la pression de tous les lobbies, pas pour mettre l’Etat à leur service. Cette révolte secoue ainsi l’opinion publique, des jeunes de vingt ans se rebellant contre une société atomisée, déstructurée, marchandisée. Au milieu de cette marée montante, les partis se sont avérés désorientés et dépassés. La gauche a cru avoir à faire à des syndicalistes, s’étonnant qu’ils protestent contre un droit qu’on ne leur retirerait pas, alors que la gauche devrait au contraire, en ses temps matérialistes et égoïstes, louaient des gens défendant une certaine idée de la famille sans rien attendre pour eux. Depuis quelques jours, le pouvoir a semblé s’affoler, accusant à ce titre, les opposants au mariage homosexuel, d’être odieux homophobes. Les mêmes qui interdisent farouchement tout amalgame, se révèlent en roi incontesté de l’amalgame. On peut parfaitement vouloir défendre la famille « traditionnelle », sans souhaiter pour autant jeter les homosexuels au bûcher. François Hollande a voulu traiter ce que sa ministre Taubira a elle-même qualifié de « changement de civilisation », comme une simple modification du barème de l’impôt sur le revenu. Il n’a pas mesuré la violence symbolique qu’il imposait ainsi à une société épuisée de subir les caprices et diktats de toutes les minorités depuis quarante ans.

Mais François Hollande aurait tort de triompher ce soir, après le vote de l’Assemblée. Il aura voulu, avec cette loi « contre-nature », marquer l’Histoire et la postérité, comme Mitterrand avec l’abrogation de la peine de mort, Giscard avec l’abaissement de l’âge de la majorité, ou encore Chirac avec la suppression du service militaire. Et personne ne pourra jamais revenir sur le texte (même si le conseil constitutionnel pourrait aussi le retoquer), le mal sera fait, contrairement à ce que prétend l’opposition. A ce titre, cette semaine a commencé par la publication d’un sondage, dans lequel, François Hollande affichait 73 % d’opinions défavorables, battant tous les records d’impopularité. Preuve que les homosexuels pèsent peu et que les Français n’auront pas été dupes de ses postures et impostures, de soit-disant homme de progrès.

                                                                                                                                                          J. D.

                                                                                                                                                                                

19 avril, 2013

Vers une « radicalisation », dites-vous ?

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 14:47

Les commentateurs ne parlent plus que de cela, et il semble que le gouvernement s’en inquiète aussi. Le mécontentement des Français… se « radicaliserait ». A cet effet, certains voient dans l’ampleur et la multiplication des manifestations contre le mariage des homosexuels ainsi que dans ce qui ressemble à des appels à l’insurrection émanant de la gauche de la gauche ses signes inquiétants. Cela laisserait entendre qu’un nombre grandissant de nos compatriotes ne se contentent plus de rejeter Hollande dans les sondages, et qu’ils n’auraient pas l’intention d’attendre les municipales de l’an prochain pour faire part de leur désenchantement.

Mais comment s’étonner de cette rage des Français, devant l’incurie de ceux qui nous gouvernent ? Aucune des promesses du candidat Hollande n’a été tenue, que ce soit sur le chômage, le pouvoir d’achat, le déficit, la ré-industrialisation du pays ou encore l’Europe, et tout va de mal en pis, à un rhytme encore supérieur à celui que nous avait imposé son prédécesseur. Ainsi, le gouvernement dénonce une « radicalisation » de l’opposition et pointe du doigt certains groupuscules extrémistes sans pouvoir d’ailleurs les désigner avec précision. Mais il ne s’agit pas de quelques groupuscules. Le pouvoir a désormais en face de lui une foule immense de Français dont le ras-le-bol peut, à tout instant, se transformer en colère dévastatrice. Parce qu’ils sont menacés par le chômage  - qui va bientôt battre des records inégalés -, parce qu’ils voient, chaque jour, leur niveau de vie dégringoler - le pouvoir d’achat a régressé d’1,1 % en 2012, marquant son premier recul depuis 1984 ! -, parce que l’avenir n’est plus seulement « incertain » mais de toute évidence catastrophique. L’affaire du mariage des homosexuels n’est plus maintenant qu’un prétexte cristallisant tous les mécontentements, toutes les colères. Or, devant cette ambiance, le pouvoir reste sourd, inaudible, inerte, les bras ballants. Jamais un président de la République n’a été aussi hésitant, désorienté, balbutiant, chancelant, vacillant, en face d’une crise de régime, il est vrai, sans précédent. Jamais un Premier ministre n’a été aussi inexistant. Jamais un gouvernement n’a été aussi divisé entre ses socio-démocrates, ses socialistes purs et durs, et ses écologistes illuminés.

Là encore, l’affaire Cahuzac n’a été qu’un prétexte (de plus) pour que les Français rejettent cette équipe gouvernementale. Peut-être pas « Tous pourris », mais en tout cas « Tous menteurs ». Cahuzac avait menti sur son compte en Suisse, mais il avait aussi menti sur les résultats de sa politique budgétaire. Tout comme Hollande, lui-même, avait menti en nous annonçant un retour aux 3 % de déficit ou, bien pire encore, qu’il inverserait la courbe du chômage avant la fin de l’année. A cet effet, dans des situations similaires (mais cependant moins graves) Mitterrand avait su opérer le virage de la rigueur, remplaçant André Mouroy, « le Rougeot de Lille » ou « Gros Quinquin » comme on le surnommait par Laurent Fabius, et Chirac n’avait pas hésité à faire une dissolution, quand le pays était bloqué par l’intransigeance de Juppé, droit dans ses bottes, sur les recommandations de Dominique de Villepin. Si nos institutions garantissent la stabilité du pouvoir, elles offrent trois échappatoires en cas de crise et de blocage : le remaniement gouvernemental, la dissolution et la voie référendaire. Avec, bien sûr, pour les deux dernières solutions, tous les risques qu’elles comportent. Buté comme pas deux, le président de la République préfère faire le dos rond, s’imaginant naïvement, que « les choses » finiront par se calmer d’elles-mêmes pour peu que la croissance redémarre miraculeusement aux Etats-Unis ou ailleurs. Mais « les choses » ne se calmeront pas d’elles-mêmes, car elles sont symptomatiques de la déliquescence de notre économie, et de celle de l’Etat, ce à quoi s’ajoute désormais un rejet viscéral du pouvoir en place.

Face à cette situation, l’opposition reste relativement effacée - divisée au sommet par sa lutte fratricide et affaiblie par son absence de « leadership » -, ne pensant qu’à la présidentielle de 2017, voire même à celle de 2022. Entendant ménager la chèvre et le chou, les ténors de l’UMP ont raté la marée populaire se levant contre le mariage dit « pour tous ». Ils n’ont pas bien compris et analysé que si des millions de Français entendaient protester contre ce chamboulement de notre société qu’on leur imposait, ils voulaient aussi profiter de cette occasion pour exprimer leur ras-le-bol contre une politique aggravant considérablement leur situation, sans pour autant donner au pays la moindre chance de redressement. Du coup, l’opposition, la vraie, se trouve dans la rue, sans chef et sans organisation, et sans autre programme que de crier « Hollande démission ». Et forcément, devant le mépris que lui jette au visage le pouvoir, elle se radicalise. Quand Frigide Barjot, la pasionaria des anti-mariage gay, promet du « sang » à François Hollande s’il insiste avec sa loi, quand des ouvriers d’Aulnay font irruption au conseil national du PS pour crier à la trahison des clercs socialistes, quand Jean-Luc Mélenchon attend avec impatience sa manifestation du 5 mai pour « donner un coup de balai » à la Ve République, il y a ainsi de quoi se poser des questions. 

Les mécontents d’aujourd’hui veulent le changement qu’on leur avait promis, pas celui de la société mais celui de leur vie personnelle, faite désormais de privations quotidiennes, de dégringolade sociale, d’angoisse pour l’avenir immédiat. Alors oui, les foules défilant ces jours-ci dans les rues se radicalisent. Il n’y a pas de quoi s’en étonner. Or, ce genre de mouvement, on ne s’aperçoit jamais quand ça commence et on sait encore moins comment ça finit.

                                                                                                                                                                                               J. D.

18 avril, 2013

La « transparence », et après ?

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 2:48

Ce fut donc le jour J, avant-hier, pour la publication des patrimoines des ministres au nom de la transparence. On sait que la loi devrait bientôt s’appliquer également aux parlementaires et aux hauts-fonctionnaires. Cette mesure est censée, on l’a entendu, réconcilier les citoyens et la politique. Mais elle provoque plus d’aigreur que d’enthousiasme - on peut en juger -, y compris dans les rangs du gouvernement. Est-ce que l’on va trop loin ? Est-ce qu’il faut au contraire, aller plus loin encore ? Quels effets cela aura-t-il sur les électeurs ? Et en publiant le patrimoine, donc la fortune de tel ou telle, est-ce qu’on lave plus blanc que blanc, ou alors est-ce que l’on crée plus de défiance ?

Quel malaise parmi les ministres notamment qui se sont exprimés, depuis quelques semaines ! Quelle difficulté, à dire dans ce pays, combien on gagne ! On touche ainsi aux rapports particuliers et complexés des Français avec l’argent. Soyons honnêtes et reconnaissons que nous avons tous épluchés les déclarations de patrimoine de nos ministres. Ainsi, du plus riche, Fabius (plus de 6 millions d’euros) à la plus pauvre, Najat Vallaud-Belkacem (moins de 100 000 euros). Et ce qui était prévisible est arrivé. On s’indigne du fait qu’ils soient huit à dépasser le million d’euros et de plus, on ne croit pas un mot de ceux qui n’auraient presque rien. Nous sommes dans le pays de l’égalité et évidemment, chacun se compare. Naturellement, on se demande, tout d’abord, si l’on peut être (ou du moins se prétendre) socialiste et rouler sur l’or. Tout comme Fabius, est-ce que Michel Sapin (2,15 millions d’euros) ou Marisol Touraine (1 million d’euros) sans parler de Jean-Marc Ayrault lui-même (1,5 millions d’euros) sont capables non plus de défendre une classe ouvrière en voie de disparition, mais au moins de comprendre le drame des 9 millions de Français survivant sous le seuil de pauvreté (14,5 % de la population), à 820 euros par mois ? D’ailleurs, la question se pose aussi pour François Hollande qui lors de son entrée à l’Elysée avait déclaré 1,17 million de patrimoine.

Ainsi, on voit bien que pour certains ministres, la situation pourrait en devenir compliquée, notamment pour ceux assujettis à l’ISF et qui vont peut-être aussi, être les mêmes à engager des réformes difficiles, dans les prochains mois. Il est vrai que Marisol Touraine, par exemple, notre ministre des affaires sociales, va devoir engager prochainement des mesures de réduction des allocations familiales. Cela risque d’être compliquée pour elle. Cette liste fut d’ailleurs publiée avec du retard. Comme un signe du malaise régnant, mais aussi d’une sorte de crise gouvernementale larvée - les fameux couacs -,  qui n’arrive pas à trouver une forme de mode de résolution. Le désordre au sein du gouvernement continue. La gauche est mal à l’aise. En effet, elle s’était posée, en s’opposant aux turpitudes du pouvoir en place. C’est aussi là-dessus que la gauche gagne, en fustigeant les riches, en s’attaquant à la finance. Alors être touché au coeur - je n’aime pas les riches, etc. -, être déstabilisé, au coeur de ce qui a fait votre victoire, de ce qui a fait votre identité, c’est douloureux. Et c’est cette douleur qui contribue à expliquer, à la fois le relatif désarroi de l’équipe au pouvoir dans sa riposte, et ce que l’on appelle le malaise, qui dans les enquêtes d’opinions est énorme, à droite, mais aussi et surtout au coeur même de l’électorat ayant fait la victoire de François Hollande.

Par ailleurs, si tout le monde sait que Fabius, Michèle Delaunay et Marisol Touraine ont hérité d’une jolie fortune, certains mauvais esprits se demanderont, sans doute, comment un modeste professeur d’allemand, marié à une modeste enseignante et n’ayant hérité de ses parents peut être aujourd’hui, avec son épouse, à la tête d’un patrimoine d’un million et demi d’euros, même s’il a été longtemps député-maire de Nantes… Mais il n’y a pas que les riches à poser question. Si on peut comprendre que Benoit Hamon, Cécile Duflot, Delphine Bato ou encore Najat Vallaud-Belkacem soient « sans le sou », on est tout de même en droit de s’étonner que Pierre Moscovici, énarque et ancien président de la Cour des Comptes, n’ait, à 55 ans, que son modeste appartement de Montbéliard, ne valant que… 200 000 euros. Soit il le sous-estime ou nous cache d’autres choses, soit il n’est sûrement pas le plus apte à diriger l’économie et les finances de notre pays. Le problème est que la gauche est prise à son propre piège dans cette affaire. Mais ce qui fera ou pas l’impopularité de ces révélations sera mis en regard de l’action politique. La gauche a toujours eu des grands bourgeois. Ca ne posait pas de difficultés, à partir du moment où leur action politique était approuvée, mais dans un contexte de crise économique, de contestation de l’autorité du président de la République, de doute sur l’efficacité du gouvernement, c’est tout cela qui est mis dans la marmite. En fait, dans cette opération d’enfumage démagogique, tout est là. Les Français vont ainsi s’indigner que certains ministres soient millionnaires et considérer que ceux qui voudraient faire pitié comme des incapables, si ce n’est de gros menteurs.

Tout cela ne sera pas suffisant, car le doute est trop forment installé. Ce doute est antérieur à l’affaire Cahuzac et à la riposte gouvernementale. Le dévissage de popularité des deux têtes de l’exécutif a commencé dès août 2012, sur le terrain des mauvais résultats sur le plan économique et social, ce qui s’est poursuivi sur le terrain d’une appréciation mitigée du style de l’exercice de la fonction présidentielle, puis sur ce désordre gouvernemental, et là c’est le coup de grâce. C’est maintenant le doute moral. La riposte gouvernementale ne saurait inverser le mouvement. Le ver est dans le fruit, pour recréer un lien de confiance, il en faudrait beaucoup plus. Mais ce qui est sûr, c’est qu’avec ce déballage, ce gouvernement est plus pitoyable qu’autre chose et fait rire le monde entier avec cette course bien tardive à la moralisation…

                                                                                                                                                                                        J. D.

15 avril, 2013

Un guignol à l’Elysée

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 0:34

A en juger les premières réactions autant dans la presse que dans les milieux politiques, François Hollande ne convainc guère, que ce soit avec son « choc de moralisation », pas plus qu’avec son « choc de compétitivité », ni son « choc de simplification ». Il est certain que ces recettes sur la transparence du patrimoine des élus, l’incompatibilité de certaines professions avec un mandat de parlementaire et la lutte contre les paradis fiscaux n’ont rien de très nouveau, ni de très original et qu’on voit mal comment elles pourraient être mises en oeuvre. Mais le pire, bien sûr, c’est que plus personne ne croit un seul instant en ce que peut dire, affirmer, annoncer, promettre le président de la République. Pour les uns, il parle pour ne rien dire, pour les autres, il en devient inaudible.

Le double langage est un art ; exigeant subtilité, prudence matoise, art du tempo. François Hollande, qui imite en tout François Mitterrand, a encore des progrès à faire pour appliquer sa célèbre devise, empruntée au cardinal de Retz : « On ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment ». N’est pas sphinx qui veut. L’affaire Cahuzac l’a, bien sûr, terrassé. Mais ce raz-de-marée n’est que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Pratiquement tous nos présidents ont eu leur(s) scandale(s) : l’affaire de Broglie, la mort mystérieuse de Boulin, le suicide de Grossouvre, l’affaire du Rainbow warrior, l’affaire Pelat, la cassette Méry, l’affaire Bettencourt et la liste pourrait s’allonger à l’infini. A chaque fois le trône présidentiel vacillait, mais quelques jours après le chef de l’Etat reprenait la situation en main, parce qu’il était précisément le chef de l’Etat. Ce qui a coulé, semble-t-il définitivement François Hollande, ce ne sont pas les aléas de l’affaire Cahuzac - qui fut la cerise sur le gâteau -, mais plutôt, associé à son évident manque de charisme, ces dix mois de reniements pendant lesquels, non seulement il n’a tenu aucune de ses promesses, que ce soit sur le chômage, le déficit, le pouvoir d’achat, la ré-industrialisation du pays, l’Europe, mais pendant lesquels il a surtout fait preuve de sa totale incapacité à tenir son équipe de ministres amateurs, à faire face à Angela Merkel, à fixer un cap précis, « à ré-enchanter le rêve français », pour citer le journaliste Thierry Desjardins.

Hollande n’est pas l’Etat. Il ne l’incarne pas. Il ne le fait pas respecter. Il essaye mais n’y arrive pas. Comme s’il était là par hasard, par erreur. Il est vrai que Sarkozy n’y arrivait pas plus que lui. Il compensait son manque d’incarnation par un activisme effréné. Il n’était pas président mais jouait au Premier ministre, cumulant les deux fonctions. Sarkozy nous a très vite agacé par son agitation perpétuelle et contradictoire. Son successeur nous énerve par son apathique placidité. Sarkozy excitait les passions, Hollande nous les renvoie. Les socialistes ont retrouvé le pouvoir après dix ans d’absence. L’incroyable amateurisme qu’ils ont montré dans l’affaire du taux d’imposition à 75 % prouve qu’ils ont perdu une partie de leur culture de gouvernement. A l’époque, Jospin reconnaissait, penaud, que l’Etat ne peut pas tout. Ses héritiers découvrent que l’Etat peut toujours moins. D’où le désarroi des uns et la fureur des autres. Hollande reçoit chaque jour sa feuille de route de Bruxelles : traité budgétaire, flexibilité sociale… Le rouleau compresseur libéral broie toute velléité d’originalité d’une gauche convertie à la sociale démocratie. Il inspire jusqu’aux réformes sociétales que la gauche défend ingénument au nom du progrès.

Ainsi tout le monde répète en boucle, que l’affaire Cahuzac a provoqué une grave « crise morale » dans le pays, ce qui est possible. Mais il ne faut pas faire trop d’honneur à l’ancien ministre du budget, la crise morale existe depuis bien longtemps. Certains avaient cru, pleins de naïveté, que François Hollande, sous son air débonnaire et son discours social-démocrate, allait nous redonner le moral - en insufflant un peu de morale - et surtout une vision claire de l’avenir du pays, avec une farouche détermination à mener toutes les réformes qui s’imposent pour que nous ayons une chance de pouvoir enfin remonter à la surface. Les uns sont dépités, les autres qui ne se faisaient aucune illusion ne jubilent pas pour autant. Tous sont désenchantés. 

                                                                                                                                                                          J. D.


11 avril, 2013

De la « transparence » à la démagogie

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 20:10

Après les aveux dévastateurs de Jérôme Cahuzac, l’exécutif promet un texte sur la moralisation de la vie politique et François Hollande - qui crève tous les planchers dans les sondages -, a imposé à tous ses ministres, de publier leur patrimoine. Pressé de prendre des initiatives fortes après le séisme, le chef de l’Etat pense pouvoir « remoraliser » la vie politique avec des textes bricolés à la hâte - relevant plus de la démagogie que de la réflexion -, et en se lançant dans une lutte acharnée mais désespérée contre les paradis fiscaux.

Dans un premier temps, exiger de nos élus qu’ils rendent public leur patrimoine est une idée plus compliquée qu’il n’y parait. En amont, le problème n’est pas réellement d’être riche ou pauvre, mais que l’on puisse contrôler que l’exercice du mandat d’un élu ne permette son enrichissement personnel. Et la meilleure façon de vérifier cela, c’est d’avoir la mesure du patrimoine en entrée en fonction et à la sortie. Mais cela subodore en même temps, d’avoir des déclarations vérifiables, contrôlables et sanctionnables et cette surveillance serait sûrement difficile à mettre en œuvre. Ensuite, il ne faudrait pas que cet étalage serve à discréditer les candidats possédant quelques biens. On se plaint à juste titre de voir notre scène politique envahie par les énarques et les fonctionnaires. Mais le risque sous-jacent serait également d’éliminer une bonne partie de ce que l’on appelle la « société civile », des candidats ayant pu se frotter aux réalités économiques - contrairement à certains apparatchiks enfermés dans leur « bulle confortable » -, dans un mécanisme de reproduction des élites républicaines. Ne sachant pas quoi inventer pour faire oublier le scandale qui l’a terrassé dans les sondages, François Hollande improvise dans l’affolement des textes qui relèvent plus de la démagogie que de la réflexion.

Hollande oublie que nous avons déjà une abondante législation condamnant la corruption, la fraude et les détournements de fonds publics. On peut remettre des poupées russes dans notre système - personne n’est contre la « transparence » -, mais si on dotait le fisc de réels moyens, tout irait déjà beaucoup mieux. Par ailleurs, il est très bien de vouloir lutter contre les paradis fiscaux. Totalement utopique, mais cela part d’un bon sentiment, peut-être de culpabilité. Certes, le refus du consentement à l’impôt s’avère quelque chose de grave, pour le fonctionnement des institutions et pour la citoyenneté dans ce pays (surtout quand le ministre du budget donne l’exemple). C’est un élément essentiel de la citoyenneté, tel le stipule l’article 13 de la Déclaration des Droits de l’homme. Aujourd’hui, le coût démocratique de l’évasion fiscale en Europe est de 1 000 milliards d’euros, ce n’est donc pas l’affaire d’un seul homme, mais le fait de tout un écosystème. Mais on oublie cependant une chose : quand il y a un (ou des) paradis, c’est qu’il y a aussi un enfer. S’il ne fait aucun doute que par son climat tempéré et la beauté de ses paysages, la France fasse figure de paradis, sur le plan fiscal, elle n’en est pas moins « un enfer ». La France connaît une hausse constante de sa fiscalité - d’une complexité absolue -, le gouvernement Fillon ayant déjà promulgué une hausse du taux d’imposition en 2012, auquelle est venue s’ajouter celle de ce début de quinquennat. D’ailleurs, l’histoire des paradis fiscaux est parallèle à celle de la fiscalité.

Le diablotin siégeant à l’Elysée aurait été beaucoup plus convaincant si, au lieu de nous annoncer qu’il allait pourchasser sans pitié les évadés fiscaux, il nous avait déclaré qu’il prenait des mesures de rigueur (et non pas d’austérité) pour baisser les dépenses de l’Etat et réduire la pression fiscale afin de relancer la croissance par l’innovation et la consommation. Chaque fois qu’il élève la voix, François Hollande fait sourire et chaque fois qu’il augmente les prélèvements (ce qui est devenu une sale manie chez lui) il montre du doigt le chemin de la Suisse, de Singapour ou des îles Caïmans à certains contribuables qui en ont assez. Dans cette lutte désespérée, François Hollande se devait à la fois d’aller vite et de taper fort. Mais en allant très vite, on ne peut pas taper fort. L’abolition, il y a vingt-cinq ans, du contrôle des changes a tout changé. Cet instrument conçu pour lutter contre la fuite des capitaux et la spéculation (en réglementant l’achat et la vente des monnaies étrangères par ses ressortissants) fut rétabli en France « à titre provisoire » dès 1968 et maintenu ensuite jusqu’en 1984, date où le régime s’assouplit, jusqu’à l’abolition définitive en 1989, sous mandat socialiste.

Aujourd’hui, les milliards se baladent aux quatre coins du monde, les paradis fiscaux pullulent, tandis que les bords du lac de Genève évoquent des affaires de financement politique bien plus larges et sans doute beaucoup plus sérieuses. Avec la mondialisation financière, les élites de l’argent ont trouvé un terrain de jeu idéal, où plus aucune règle n’existe, aucune loi, aucune patrie. De ce point de vue, c’est toute une machinerie internationale, diplomatique au niveau de l’Union européenne, juridique au niveau des textes et des conventions fiscales, à laquelle il faut s’attaquer. Alors bien-sûr, la culture catholique et républicaine de la France se hérisse de voir les meilleurs d’entre nous, formés dans les plus brillantes écoles, jetaient leurs défroques de grand médecin ou de haut-fonctionnaire, pour plonger dans les marécages amoraux des paradis fiscaux. Le pauvre contribuable ne supporte plus de devoir payer plus d’impôts, parce que les plus riches ont trouvé le moyen idéal d’en payer moins. Et ces grands cyniques de Français redécouvrent alors la morale, lorsque la corruption menace leur pays.

Les militants de gauche perdent leurs dernières illusions et ceux de droite commencent à se poser des questions sur le modèle libéral. Ce n’est pas seulement une crise de régime, mais surtout, en  l’occurrence, la crise d’un système. C’est à la fois moins dangereux dans l’immédiat et plus grave, sur le long terme.

                                                                                                                                                                                                               J. D.

10 avril, 2013

Hollande et Mitterrand

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 6:58

En début de semaine, la crise politique a pris un tour beaucoup plus grave. A cette aune, l’exécutif promet un texte sur la moralisation de la vie politique après les aveux dévastateurs de Jérôme Cahuzac. Mais cela dit, il y a urgence pour François Hollande lui-même, puisque après onze mois à l’Elysée, le président touche le fond dans les sondages. Il est plus bas que François Mitterrand à la fin de ses deux mandats.

Comme l’observe M. Zemmour, pendant toute la campagne présidentielle, François Hollande imitait, singeait François Mitterrand avec une étonnante ressemblance de la voix, de la posture, des mimiques, des expressions. Hollande combattait la finance en 2012, quand Mitterrand dénonçait l’argent en 1981. Et depuis qu’il est entré à l’Elysée, l’imitation tourne à l’exaltation. Comme Mitterrand l’avait fait après Giscard, Hollande s’est efforcé de redonner une dignité à la fonction - autour de sa présidence normale -, que leurs deux prédécesseurs de droite avaient voulu désacralisé, décontracté. Dès son intronisation, Mitterrand avait distribué quelques sucettes sociales : retraite à soixante ans, hausse du SMIC, embauche de fonctionnaires. Hollande aussi. Puis en 83, il a opéré son grand virage de la rigueur, au nom de l’Europe. Hollande aussi. Avec son projet sur l’enseignement privé en 1984 et la loi Devaquet, Mitterrand a mis un million de personnes dans la rue. Hollande s’en approche dangereusement, avec le mariage dit pour tous.

Après la réélection de 88, l’ère Mitterrand sombrait dans les affaires et l’argent. Avec Cahuzac, Hollande l’imite encore. Mitterrand avait Patrice Pelat, son ami richissime aux affaires louches. On a découvert pour Hollande, Jean-Jacques Augier, vieux copain de la promotion Voltaire, trésorier de sa campagne et amateur de paradis fiscaux. Comme son maître à penser avait multiplié les lois de moralisation de financement de la vie politique - mesures parachevées par Chirac, sous son 1er mandat -, Hollande s’apprête donc à nous présenter ses grands projets de loi, sur la transparence et la moralisation de la vie politique. Le président Hollande a un temps présidentiel, qui n’est pas le temps de la crise, mais il l’exprime mal. A chaque fois qu’il prend la parole, on a l’impression qu’il tergiverse, qu’il ne sait pas décider. Il est dans un temps mitterrandien, il faut laisser la crise passée, laisser du temps au temps. L’Elysée considère que la crise n’est pas terminée. Hollande fait tout comme Mitterrand, mais en plus petit, en plus médiocre. Question de talent, de culture, d’époque. Mais seulement, en un an, Hollande a déjà mangé deux septennats de Mitterrand. Ces courbes de popularité sont aussi basses, voire plus basses que celles de Mitterrand en fin de mandat. Et il lui reste encore quatre ans, à tenir. Alors que faire ?

Hollande a crevé tous les planchers dans tous les sondages, n’ayant plus maintenant que 27% des Français qui lui font confiance (ce qui veut dire, on ne le souligne pas assez, que 73% de nos compatriotes ne veulent plus de lui). Outre ce texte sur la moralisation de la vie politique, quelles sont les marges de manoeuvre pour Hollande ? Remaniement ministériel ? Changement de Premier ministre ? Référendum ? Dissolution ? Quel serait le bon coup de théâtre que le président pourrait nous faire pour essayer de sortir par le haut de ce bourbier dans lequel il s’est englué jusqu’au cou ? Un remaniement ministériel ? Rarement dans l’histoire de toutes nos républiques un gouvernement a été aussi fade, aussi transparent. Virer les mauvais élèves, ne ferait plaisir qu’à ceux qui les remplaceraient. Et ceux qui restent, ni bons ni mauvais, les Sapin, Touraine, Le Drian, Le Foll, Lebranchu, tout le monde s’en moque. L’ennui quand on a nommé un gouvernement médiocre, c’est qu’on ne peut même pas pratiquer le jeu des chaises musicales pour amuser la galerie.

Alors changer de Premier ministre ? Personne ne pleurerait Ayrault qui, en quittant sa mairie de Nantes, a dépassé allègrement ses limites. Mais dix mois après l’avoir nommé, ça serait évidemment pour Hollande reconnaître son erreur. Ayrault battrait ainsi le record d’Edith Cresson. Et surtout par qui remplacer Ayrault ? Valls, le moins impopulaire des ministres ? Pas encore prêt, trop ambitieux, trop à « droite » et maintenant sur la sellette avec Pierre Moscovici. Le PS et toute la gauche hurleraient. Martine Aubry ? Elle n’attend que cela depuis des mois, mais Hollande déteste la « mère Tape-dure », comme on la surnomme et ce serait inévitablement la pire capitulation en rase campagne, pour lui et son équipe, avec un inévitable virage à gauche. Certains suggèrent à Hollande de se tourner vers la voie référendaire, en organisant un vote sur le thème de la… moralisation de la vie politique. Mais on sait d’expérience que les Français ne répondent jamais à la question qui leur a été posée, mais profitent de l’occasion pour sanctionner la politique du pouvoir en place.

En France, les référendums ne sont jamais que des plébiscites que l’on gagne ou l’on perd, comme de Gaulle et son référendum sur la décentralisation en 1969. Hollande perdrait à tous les coups. Et d’ailleurs quelles questions poser ? Reste la dissolution, comme on le réclame de Mélenchon à la fille Le Pen, en passant par Bayrou. Tout le monde se remémore celle de Chirac en 1997, quand le pays était bloqué par l’intransigeance du « meilleur d’entre nous », droit dans ses bottes. On a oublié les deux dissolutions de de Gaulle, en 1962, quand l’Assemblée avait renversé le gouvernement de Pompidou et en 1968, après les évènements de mai et sans occulter surtout les deux dissolutions de Mitterrand, en 1981 et 88, quand, élu et réélu, il avait en face de lui une majorité de droite. Ces quatre dissolutions-là s’étaient alors traduites par des raz-de-marée en faveur de ceux qui l’avaient décrétées et une victoire de l’opposition. Ainsi, il ne resterait à Hollande que la cohabitation avec la droite - comme Mitterrand -, pour lui permettre de se refaire une virginité et réélire en 2017. Aussi, il faudrait à Hollande dissoudre l’Assemblée nationale, pour perdre en beauté, selon le modèle indépassable de son autre mentor, Jacques Chirac.

Mais il devra se faire violence, plaquer ses amis, sacrifier son parti, renoncer à sa majorité, rogner, élaguer et noyer, saborder tout ce dont il vient, immoler et offrir les siens à sa sauvegarde… pour imiter Mitterrand, une dernière fois.

                                                                                                                                                                                                                        J. D.

9 avril, 2013

Cette claque alsacienne

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 21:25

Depuis des années, nos « bons maîtres » nous affirment que les Français ne veulent plus du millefeuille administratif qui, avec ses communes, ses communautés de communes, ses agglomérations de communes, ses pays, ses départements et ses régions, coûte une fortune, a généré l’embauche de centaines de milliers de fonctionnaires territoriaux et crée une totale confusion des compétences et des responsabilités, comme l’analyse M. Desjardins. Ainsi, ils nous répètent que le « bon sens » voudrait qu’on supprime l’un des échelons de ce millefeuille et tout le monde pense au département, dont il faut le rappeler, la taille avait, jadis, été délimitée pour que chaque habitant puisse rejoindre la préfecture à cheval… en une seule journée.

Les Français laissant désormais souvent leur cheval à l’écurie pour prendre leur voiture ou le train, la taille des départements semble, en effet, bien petite à l’heure des grands investissements qu’impose le développement économique du pays. Il serait indispensable « de franchir un nouveau pas, vers la décentralisation régionale, pour être en mesure de face face aux défis de la mondialisation », comme l’analysait alors feu Adrien Zeller, président de la région Alsace. Pourquoi ainsi ne pas supprimer les départements ? Condamner le département à mort, ce serait le destin de cette création révolutionnaire après tout, que de finir sous la guillotine. Et deux cent ans plus tard, le bourreau avait pris les traits d’Edouard Balladur. Dans le rapport qu’il avait remis fin 2009, Balladur parlait ainsi d’évaporation du département. La manoeuvre était habile. On fusionnait les élus départementaux et régionaux pour mieux perdre discrètement l’échelon départemental. Ainsi, cela fait quarante ans que nos élites - de droite comme de gauche -, veulent la peau du département. Dans un rapport précédent, Jacques Attali avait lui aussi programmé sa disparition en dix ans. Sarkozy avait également promis de ne pas le faire, mais n’en pensait pas moins. Il est reproché aux départements de ne pas être à la taille de l’Europe, car Bruxelles privilégie les grandes régions, comme la Catalogne, le Piémont ou la Bavière.

Mais voilà, les Français eux, en pincent toujours pour le département. Cette raison toute simple, que semble totalement mépriser nos énarques régnant entre le Faubourg Saint-Germain et le Faubourg Saint-Honoré, c’est donc que les Français ne le veulent pas. Le fameux « bon sens » ne va pas dans le même sens à Paris et en province. Le premier référendum du genre, qui a eu lieu, avant-hier, en Alsace et qui proposait aux habitants du Haut-Rhin et de Bas-Rhin de fondre en une seule collectivité leurs deux départements est révélateur. Pour que le « oui » l’emporte, il fallait qu’il recueille non seulement la majorité des votes, mais aussi au moins 25 % des inscrits. Dans le Bas-Rhin, où le « oui » l’a emporté avec 67,53 % des suffrages, 33,11 % seulement des inscrits se sont déplacés pour aller voter, alors que dans le Haut-Rhin, 37,18 % seulement des inscrits se sont rendus aux urnes et le « non » l’a emporté avec 55,74 %. Ainsi, ces 63 % et 67 % d’abstentions prouvent, à l’évidence, que les Français ont, à l’heure actuelle, des préoccupations plus importantes en tête. Or, l’Alsace était, bien-sûr et de toute évidence, la région où ce projet semblait le plus facile à mettre en oeuvre.

Plus petite région de France, avec seulement deux départements, elle constitue, par son histoire souvent dramatique (le régime concordataire y est encore en vigueur) et sa culture encore vivace, une entité bien définie. Mais c’était oublier que les Strasbourgeois et les Colmariens ne se sont jamais tellement appréciés et on toujours considéré que leur ville était la vraie capitale de l’Alsace. Dans une autre approche, c’est aussi le paradoxe de cette création artificielle et géométrique qu’est le département, que d’avoir fini de créer un lien charnel avec les Français. Tandis que les régions, pourtant lointaines héritières de nos chères et vieilles provinces, ne sont jamais parvenues à sortir de leur gangue technocratique. La région était la modernité - giscardienne -, des années 70. Elle était en phase avec la voiture et les autoroutes. Mais même cela a changé. Le Train à Grande Vitesse a ringardisé la région. Il a paradoxalement redonné des couleurs au vieux centralisme français. Les décideurs économiques viennent à Paris en TGV. Les régions françaises - même la Bretagne ou la Corse -, ne seront jamais la Catalogne ou le Piémont, qui réfléchissent, elles, très sérieusement à se détacher de leur Etat-nation. Ce n’est ni notre histoire, ni notre avenir. Entre hasard et nécessité, la réforme Sarkozy - poursuivie sous Hollande -, a refondé, sans le vouloir, le vieux couple si français, département-nation, auxquels les Français sont si attachés. C’est là ce que l’on appelle une ruse de l’histoire.

Ainsi François Hollande veut réformer, moderniser, clarifier et même moraliser notre vie politique. Mais il ne faut pas qu’il oublie une règle absolue : en démocratie, même si l’on a la vérité infuse, on ne fait jamais le bonheur des peuples contre eux. Le président de la République possède une arme magistrale : le référendum infiniment supérieur à toutes les majorités parlementaires et à tous les sondages (les sondages nous annonçaient que le « oui » l’emporterait avec plus de 75% en Alsace !). Il doit s’en servir. Cela aurait été une bonne idée pour l’affaire du mariage des homosexuels qui a divisé bien inutilement le pays et fait descendre des centaines de milliers de Français furieux dans la rue.

                                                                                                                                                                                                 J. D.

8 avril, 2013

Quand le Qatar joue au Monopoly

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 19:20

Après avoir acheté quelques-unes de nos belles entreprises, un certain nombre de nos plus grands hôtels, le Paris-Saint-Germain et investi dans nos banlieues dites « difficiles », nos « amis Qataris » viennent d’acheter le grand magasin du Printemps, symbole même de nos célèbres enseignes des Grands boulevards parisiens. Certains diront que cette nouvelle acquisition prouve que l’attractivité de la France pour ces nouveaux riches du Golfe reste toujours entière. D’autres penseront (sans le dire, tout haut), que ça commence à faire beaucoup en s’étonnant que les pouvoirs publics laissent ces capitaux qui financent aussi de par le monde l’islamisme le plus radical (notamment au Mali où nous lui faisons la guerre et en Syrie où nous lui apportons notre aide !) inonder la France.

Fort de ses milliards de pétrodollars, ce pays grand comme la Corse n’en finit plus de faire parler de lui par ses investissements à l’étranger, notamment en France, comme dans une vaste partie de Monopoly. Seulement ce petit Etat du golfe n’est pas seulement une monarchie qui ne sait plus quoi faire des dollars que lui rapporte son gaz. C’est aussi une dictature sunnite qui, comme son grand voisin l’Arabie saoudite, tente de faire oublier son régime en se lançant dans une surenchère contre son ennemi traditionnel, l’Iran des ayatollahs. Pour tous ces potentats musulmans qui boivent de l’alcool, font la nouba sur la Côte d’Azur et envoient leurs enfants dans les meilleures universités américaines, financer les émules de Ben Laden leur donne bonne conscience et surtout leur permet d’espérer qu’ils n’auront pas à connaître, à leur tour, le sort du Chah, de Ben Ali, de Moubarak ou de Kadhafi. Cette petite péninsule, dont les cheikhs locaux sont devenus les suffragants de l’empire britannique, au début du XXe siècle - jusqu’à ce que dans les années 60, les Britanniques s’en aillent -, est un morceau indépendant de l’Arabie saoudite.

Financièrement tout à fait prospère, le dynamisme du Qatar, le fait qu’il n’a pas les problèmes sociaux de l’Arabie saoudite, font que les Qataris sont capables d’avancer, tandis que les Saoudiens font du surplace. De culture britannique, les Qataris sont cependant wahabites - comme les Saoudiens, de culture très proche -, et ils réfléchissent à comment ils vont mettre en échec la rencontre diplomatique de l’Egypte et de l’Arabie saoudite, dans le monde arabe sunnite. La clef politique du Qatar se révèle ainsi être son alliance avec les Frères musulmans égyptiens. Depuis le début des Printemps arabes, en Tunisie, Egypte, Lybie, Syrie, jusqu’au Mali, partout le Qatar finance et arme si nécessaire islamistes, salafistes dans leur combat contre les dictatures laïques pour imposer la Charia. Le Qatar veut y remplacer l’Arabie saoudite comme parrain d’une bourgeoisie islamiste mais en plus moderne, ouverte au business. Aussi, sachant que ses réserves de gaz ne sont pas inépuisables, le Qatar investit en Occident pour sécuriser son avenir. Ayant besoin d’un partenaire occidental qui n’est pas aligné sur les Etats-Unis, ce seul allié, c’est la France.

Ainsi, après avoir racheté le PSG, des palaces, des immeubles innombrables et des pans entiers de l’industrie française, le Qatar annonçait récemment avec fracas sa décision d’investir encore au moins dix milliards d’euros en France. Pendant la campagne présidentielle, les amis de François Hollande n’avaient pourtant pas eu de mots assez durs à l’égard de la passion de Nicolas Sarkozy pour le Qatar. Celle-ci se révèle contagieuse. On sait qu’Arnaud Montebourg, notre ineffable ministre du Redressement productif, vient d’annoncer que, pour faire face à sa déconfiture, l’Etat allait vendre plusieurs de ses participations dans certaines grandes entreprises. Les spécialistes évoquent EDF, Areva, Aéroport de Paris, Francetélécom, Air France, GDG-Suez, Renault. On imagine volontiers que « nos amis » Qataris vont se faire à la fois un plaisir et un devoir de se porter acquéreurs de ce que les experts appelaient autrefois nos « bijoux de famille ».

Mais pour paraphraser Thierry Desjardins, quiconque oserait seulement soulever ce problème serait immédiatement condamné, pour islamophobie, à quelques centaines de coups de fouet sur la place publique.

                                                                                                                                                                                                J. D.

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