La Lanterne (politique, sujets de société)

31 mai, 2015

Ce génocide arménien

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Ce génocide arménien fait l’objet d’une passionnante exposition, à l’hôtel de ville, à l’occasion du centième anniversaire des évènements. Elle présente un état de nos connaissances sur cet événement marquant de l’histoire du XXe siècle, illustrant les violences de masse commises contre les Arméniens, en 1915-16, par le régime Jeune-Turc. Cette exposition produite par la Ville de Paris, avec le prêt exceptionnel de 350 documents photos et de 150 pièces provenant du Musée-Institut du Génocide Arménien et de la bibliothèque Nubar à Paris, vise à présenter au grand public une synthèse des savoirs dont on dispose aujourd’hui sur ces violences et leurs conséquences.

Tout le monde, mis à part les Turcs, reconnaît que les Arméniens ont été victimes en 1915 du premier grand génocide de ce XXe siècle. Et chacun sait que l’électorat arménien pèse encore d’une certain poids dans nos scrutins, à l’image du déplacement de Hollande à Erevan, en Arménie, en avril dernier. En France, la diaspora rassemble près de 500 000 personnes, dont notamment à Paris, Lyon et Marseille. Le député Patrick Devedjian, le chanteur Charles Aznavour étaient du déplacement à Erevan, en avril dernier, par leurs origines arméniennes. Il est vrai, qu’est-ce qui explique la non-reconnaissance par la Turquie contemporaine, de ces évènements ayant fait près d’1,5 million de victimes, maintenant un siècle après les faits ? Ne touche-t-on pas là, au problème entretenu par la Turquie, avec ces minorités (kurdes, arméniens, etc…), parmi d’autres problématiques ? La reconnaissance officielle du génocide est-elle une des conditions sina-qua non à l’entrée de la Turquie dans l’UE ?

Tout d’abord, il n’y a aucune notion quantitative, quand l’on parle de génocide, il convient de le préciser. L’historiographie est établie là-dessus, c’est un génocide. Il y a l’intention, la planification, avec une intention d’éliminer un peuple, qu’il s’agisse de cent personnes, de mille personnes, de dix mille personnes ou de cent mille, ou encore un million, peu importe. Il y a aussi les transferts de population. Et ensuite, de faire en sorte que toute trace de cette civilisation disparaisse. Dès que vous cherchez à malmener des êtres humains, à massacrer en partie, une population, pour des critères religieux, ethniques, tel que l’a défini Raphaël Lenkind, à savoir un juif polonais - qui s’est appuyé sur trois exemples, que sont le génocide arménien, les famines en Ukraine et la Shoah -, il y a génocide. Ce-dernier était arrivé à la conclusion qu’il fallait le conceptualiser. Outre le crime de masse, le génocide issu du grec, est un néologisme s’apparentant à la notion de crimes contre l’humanité, inventé en 1943. Il a été tenté de l’imposer sémantiquement en 1945, au procès de Nuremberg, mais ça ne l’a été qu’en 1948. Aujourd’hui, à part quelques universitaires américains, à peu près tous sont d’accord sur la notion de génocide, mais il y a quinzaine d’années, ce n’était pas le cas. Un très grand spécialiste de l’Empire ottoman, Bernard Loïs, déclarait dans un entretien dans Le Monde en 1997, que le génocide, c’est le terme arménien. Il perdra un procès intenté. Un autre historien perdra un procès équivalent, durant la même période.

D’abord, un génocide est un crime imprescriptible, même commis, il y a cent ans, d’où la non-reconnaissance par la Turquie, impliquant aussi des questions de territoires, de géopolitique, mais aussi différents acteurs, à savoir la République d’Arménie, l’Azerbaïdjan, le Haut-Karabath, mais aussi des revendications de propriétés « je veux récupérer ma maison, etc. » François Hollande a demandé aux Turcs, lors d’une cérémonie officielle où il était présent, en Arménie, à Erevan, d’avancer sur la voie de la reconnaissance. Cent ans après les faits, seulement vingt-et-un dirigeants s’étaient rendus en Arménie. Sur le plan historique, au tournant du XXe siècle, les Arméniens sont principalement concentrés dans les six provinces orientales de l’Empire ottoman, leur territoire ancestral, ainsi qu’à Constantinople et dans les principales villes d’Anatolie. La majorité est établie en milieu rural et mène une vie traditionnelle, regroupant des petits artisans, commerçants, éleveurs, etc. Les villes de province concentrent aussi une société éduquée et entreprenante, qui entre dans la modernité, établie souvent dans le négoce et l’usure, alimentant parfois des préjugés à leur égard. Le milieu et la fin du XIXe siècle est caractérisé par un mouvement d’émancipation des minorités de l’Empire ottoman, suite à une série de soulèvements. Et les Arméniens (qui sont sujets ottomans) prennent conscience de l’inégalité de leurs droits face aux musulmans, en tant que chrétiens et dénoncent les méthodes du sultan. S’est ainsi que naquit la fameuse question arménienne, terminologie utilisée, en particulier, dans les milieux diplomatiques et dans la presse populaire en Europe de l’ouest, après le congrès de Berlin en 1878. Comme pour la question d’Orient, elle est relative à la sécurité et à la volonté d’autonomie des Arméniens notamment vis-à-vis des communautés environnantes au sein de l’Empire ottoman, exprimée approximativement des années 1870 aux années 1910. Les massacres hamidiens de l’été 1894 dans le district de Sassoun suite à une (supposée) révolte fiscale arménienne, constituent le prélude au génocide, fermement condamnés par la communauté internationale (surtout par des politiques français comme Jean Jaurès et par les Anglais).

De 1908 à 1918, l’Empire a été dirigé par le Comité Union et Progrès (CUP), un parti entièrement contrôlé par un comité central de neuf membres, constituant un pouvoir parallèle. Le Comité a assis son pouvoir en développant un réseau d’antennes locales, et en remplaçant les cadres de l’armée et de l’administration par des militants du parti. L’efficacité de son programme génocidaire a largement été déterminée par l’association de l’État-parti avec les notables locaux, les cadres religieux et les chefs tribaux. Les Jeunes-Turcs sont arrivés au pouvoir, avec des idées d’émancipation. A partir de 1913, l’Empire ottoman est amputé de larges territoires, provoquant une crise morale. Ayant perdu toute une partie de l’Empire ottoman, les généraux génocidaires caressaient l’espoir de créer un autre empire s’étendant vers l’est, l’Anatolie, l’Asie mineure. La perspective de la création d’un Etat arménien vers l’Anatolie bloquait cette tentative. Ils souhaitaient homogénéiser l’Anatolie, selon le principe du darwinisme social. Le coup d’Etat du 25 janvier 1913, instaure un parti unique, laissant les mains libres au Comité Union et Progrès, et favorisant la radicalisation de la direction Jeune-Turque. Les Jeunes-Turcs entrent en guerre aux côtés des Allemands. Comme pour tous les génocides qui vont suivre au cours du XXe siècle, la guerre constitue la première condition à la mise en oeuvre d’une politique systématique d’extermination. Elle permet notamment la mobilisation, dès le début d’août 1914, des Arméniens âgés de 20 à 40 ans. Le projet d’homogénéisation de l’Asie Mineure, caressé par les chefs du CUP, a alors pris la forme d’une entreprise d’extermination des Arméniens.

Une offensive ottomane sur les marches de l’Empire, à l’est, est accompagnée, sous couvert d’opérations militaires, de massacres localisées, en particulier dans la région d’Artvin, où la population arménienne d’une vingtaine de villages est massacrée. La planification des déportations est assurée par le Directorat pour l’installation des tribus et des migrants, la police dressant les listes de déportés, la gendarmerie assurant l’encadrement des convois, les services du Trésor s’occupant de gérer les biens abandonnés des déportés (bijoux, mobilier, biens fonciers…). Les coordinateurs de ces opérations étaient les secrétaires-responsables, délégués par le parti. Le 28 février, le ministre de la Guerre ordonne que les conscrits arméniens soient désarmés et versés dans des bataillons de travail. Le 24 avril 1915, les autorités procèdent à l’arrestation des élites arméniennes, à Istanbul et en province, marquant le début officiel du programme génocidaire. Il y a eu le volet « déportations », qui est la 1ère phase du génocide, qui dure à peu près six mois, d’avril-mai à octobre 1915, la seconde phase étant l’extermination dans des camps, qui dure de février à octobre 1916. Les hommes sont tués sur place, le plus souvent et les femmes et les enfants sont envoyés dans les camps, dans le désert,  harcelés en chemin par les tribus kurdes. Les bourreaux reçoivent les victimes, les parquent et les massacrent. La déportation des femmes, enfants, et vieillards s’est ainsi faite en 306 convois entre mai et octobre 1915, souvent détruits en cours de route, par la faim, l’épuisement et la soif, une faible proportion étant arrivée dans les lieux de relégation.

On a compté trente-deux à trente-trois camps de bouchers, le régime ayant mis sur place une organisation spéciale, des marches de l’Anatolie jusqu’au désert syrien, vers Alep, ayant accueilli environ 700 000 déportés, ainsi que près de 100 000 Arméniens relégués sur une ligne allant d’Alep à la mer Rouge. En mars 1916, environ 500 000 internés subsistent dans ces camps et quelques lieux de relégation. Une ultime décision est alors prise par le Comité central pour procéder à leur liquidation, d’avril à décembre 1916. La Turquie a pour un part reconnu les transferts de populations, mais il y a tout un travail d’historien, pour prouver qu’il y a une volonté d’extermination par balles, par l’épée, à l’arme blanche. Ensuite, c’est la persécution religieuse. Les survivants seront souvent obligés de se convertir à l’Islam et / ou de changer de patronyme. Ce qui vient s’ajouter à la destruction de monastères et d’églises arméniennes et / ou à leur transformation en mosquées, mais aussi à la modification de la toponymie des noms de lieux à consonance arménienne, pouvant parler d’ethnocide. Le recensement de la population arménienne au sein de l’Empire ottoman entre 1914 et 1915 est un sujet controversé, les derniers chiffres remontant à 1905 et 1912. Mais la plupart des estimations avancent un nombre compris entre 1,5 et 2,5 millions d’Arméniens, cette estimation étant très importante, pour déterminer les pertes civiles, dans le cadre du génocide arménien suivi de la guerre d’indépendance en Turquie. D’autres minorités ont été aussi victimes d’autres rétorsions. L’Etat turc s’est construit sur la négation de ce génocide.

Il y ainsi le cas des Grecs de Thrace, des juifs, d’autres minorités, ayant eu une série d’épurations ethniques en Anatolie, où il y avait de 30 à 40 % de non-musulmans en 1919, mais aujourd’hui, plus que 0,2 %. Le problème de la Turquie aujourd’hui, c’est celui de ces minorités. La plupart des observateurs avisés ont la même visée, il n’y a pas de fumée sans feu, tant que la Turquie n’aura pas reconnu le génocide arménien, l’Etat turc aura un problème avec la violence d’Etat, ce qui est valable pour d’autres Etats, issus de l’Empire ottoman. Un ministre turc a assisté récemment à une messe en hommage aux Arméniens, et Erdogan présenté ses condoléances, mais ce sont des mots en l’air. Car ensuite nous avons d’autres actes qui arrivent derrière et qui infirment ce qui a été dit. Il y a eu ce rapprochement turco-arménien, et qui a capoté, ces deux ou trois dernières années, la Turquie ayant posé des pré-conditions. Un des principaux problèmes turco-arménien, c’est la question de confiance, tout le problème entre victimes / bourreaux, dominants / dominés, traité de Sèvres / traité de Lausanne. Depuis cent ans, la Turquie pratique un pas de danse, un pas en avant, deux pas en arrière. Un grand responsable du génocide arménien, Talaat Pacha (l’un des dirigeants du mouvement Jeune-Turc), à qui on attribue l’ordre de « tuer tous les hommes, femmes et enfants arméniens sans exception », dépêché dans l’est de l’Anatolie, à titre spécial, fut condamné à mort par contumace par la cour martiale turque en 1919. En dépit de cela, il dispose d’un mausolée à Istanbul, d’une totale reconnaissance dans l’espace public, les autorités devant le remplacer, lui et d’autres personnalités, par des Justes Turcs ayant secouru des Arméniens. La thèse négationniste turque se repose notamment sur la révolte de Van, mais il s’agissait seulement d’un mouvement d’auto-défense de cette ville arménienne du sud-est de l’Empire ottoman, formant une sorte de saillant, puis de poche, ayant d’ailleurs sauvé ces habitants de l’extermination, près de 50 à 60 000 Arméniens ayant été tué dans les environs.

Les rescapés recensés à la fin de la guerre peuvent être classés en deux catégories, à savoir quelques milliers d’enfants et de jeunes filles, récupérés après l’armistice, et 100 000 déportés, découverts en Syrie ou parfois en Palestine, dès la fin de 1917, ainsi que plusieurs milliers d’autres, à la limite du Caucase ou à la frontière avec la Perse. A la fin de la guerre, des dizaines de refuges pour femmes et d’orphelinats dispersés au Proche-Orient et parfois en Grèce assurent la réhabilitation des rescapés qui constitueront plus tard la base de la diaspora arménienne, qui se crée dans les années 1920, trouvant en France, et notamment à Paris, un de ses principaux points d’ancrage. Entre 1922 et 1927, 58 000 réfugiés arméniens débarquent à Marseille, transitent par des camps de fortune, puis s’installent en ville ou remontent la vallée du Rhône. La région parisienne capte une partie de ces réfugiés qui s’établissent dans la petite couronne, à Alfortville, Issy-les-Moulineaux, Arnouville et, à Paris, dans les quartiers de Belleville et de Cadet. La préméditation est clairement établie. Dès 1915, les Turcs ont mis la main sur tous les biens des Arméniens. Mais la revendication des Arméniens n’est pas seulement économique, car tôt ou tard, il y aura nécessairement reconnaissance. C’est aussi territorial, ce peuple massacré, déporté, ayant aussi eu son territoire, ce qui peut devenir revendication territoriale. Encore aujourd’hui, les archives du cadastre sont fermées en Turquie.

On peut rétorquer, que l’on fait procéder à la reconnaissance du génocide, et ensuite passer à des réparations matérielles, territoriales. Mais étant donné qu’en 1915, il n’y avait pas d’Etat arménien souverain, on ne sait si l’Arménie contemporaine peut réclamer des territoires en Turquie, la République d’Arménie datant de 1918 (et ne représentant qu’à peu près de 15 à 20 % de la superficie de l’Arménie historique). Sur le plan politique, psychologique, les négociations d’adhésion à l’UE plus ou moins arrêtées pour d’autres raisons, n’avanceront pas. Il est sûr que l’on attendrait de la Turquie qu’elle reconnaisse ces minorités, ayant fait des pas en ce sens pour l’intégration en Europe. La mémoire du génocide tire vers le passé, elle enferme dans le passé. Mais la reconnaissance sera un avenir arménien, mais aussi se dissolvant dans un cadre plus large, pouvant se référer à une religion, à un alphabet, à des traditions. La Turquie se sent peut-être également soutenue dans son positionnement, par la tiédeur de la position américaine. Obama ne s’est pas rendu à Erevan, en avril dernier, mais lorsqu’il a été candidat, il a parlé de génocide et plus maintenant. A l’intérieur de la société américaine, il y un électorat arménien non négligeable, donc cela ne vient pas de la société civile. Mais bien qu’entretenant des rapports ambigus avec la Turquie, avec Israël, c’est l’un des deux Etats sur lequel les Etats-Unis peuvent s’appuyer dans la région aujourd’hui.

Sur un plan purement historique, l’Allemagne a aussi joué un rôle fondamental, tel l’a reconnu le ministre des affaires étrangères allemand. Etant l’allié de l’Empire ottoman, à l’est, les Allemands étaient là, mais ont laissé le génocide se dérouler, en dépit des observateurs présents sur place, militaires ou civils (près de 12 000), unis dans un silence coupable. Car ils étaient en compétition avec les Anglais, en pénétration vers le Moyen-orient et les Ottomans étaient le véhicule. C’est également la thèse défendue par l’historien arménien Vaak Dedrian, ayant apporté la preuve de la participation à la préparation et à la mise en oeuvre des massacres de certains fonctionnaires et militaires allemands en poste dans l’Empire ottoman. Hans Freiherr von Wangenheim, ambassadeur allemand auprès de l’Empire ottoman de 1912 à 1915, savait que les Turcs planifiaient le génocide arménien, comme le prouve une lettre. Les Allemands ont d’ailleurs exfiltré les hauts-responsables du génocide, en 1919, à la chute du califat. Et ils ont même restitué à Ankara le corps de Talaat Pacha, en 1940 (assassiné dans la même ville en 1921 par un rescapé arménien du génocide, qui fut ensuite acquitté). En Allemagne, le niveau de reconnaissance historique a varié selon les périodes. Dans l’entre-deux guerres, la tendance est plutôt à la réparation symbolique. Le traité de Sèvres signé le 10 août 1920 entre le nouveau gouvernement de Mustafa Kemal et les Alliés prévoit le jugement des responsables du génocide. La victoire d’Adolf Hitler en 1933 mettra un coup d’arrêt à ce processus. D’autant que les relations entre la Turquie et le Troisième Reich étaient très amicales, jusqu’à la déclaration de guerre de la Turquie à l’Allemagne en 1945, pour le moins formaliste. Les officiers allemands présents sur place ont été nombreux à rejoindre les rangs du parti national-socialiste, à partir de 1933. Ils se sont inspirés des méthodes appliquées lors du génocide arménien. Tel Rudolf Höss, alors jeune conseiller militaire (affecté dans l’est de l’Anatolie en 1915), qui a ensuite commandé le camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau. Cette question arménienne est en train de rebondir. Elle est liée à la mondialisation, à la place des sociétés civiles dans le monde, qui est beaucoup plus forte maintenant, qu’elle était, il y a vingt ans, et qui veulent participer au processus de décision. C’est tout l’effort de la société civile en Turquie. 

En fait, si l’on arrive à faire au Proche-orient avec le génocide des Arméniens, ce que l’on a réussi à faire en Europe avec la shoah, c’est-à-dire d’extraire cette violence structurelle des Etats pour créer une zone d’Etats de droit, si l’on arrive à faire la même chose, des Balkans au Caucase, en passant par le Proche-orient et nous en sommes loin, alors nous aurions quelque chose de nouveau. La Turquie a une place particulière dans cette affaire, car elle est l’ancienne puissance tutélaire de tous ces Etats. Par ailleurs, dans la Turquie d’aujourd’hui, on découvre aussi des Turcs qui apprennent qu’ils avaient des grands-parents arméniens. Cette société turque veut plus de démocratie, elle bouge, elle vit. Aujourd’hui, la société civile turque se rattrape, mais pas encore l’Etat.

                                                                                                                                                                           J. D.

Cette ridicule panthéonade…

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 2:19

Sans avoir, loin s’en faut, le talent oratoire d’un prédicateur tel Bossuet, François Hollande est passé spécialiste de l’oraison funèbre. Depuis janvier dernier, le drame de Charlie Hebdo et de l’épicerie cachère de la porte de Vincennes, à grand renforts de formules creuses, il n’arrête plus de s’incliner devant la mémoire des victimes du présent et du passé. Tout est bon pour lui, pour tenter de gagner quelques points dans les sondages. Dans cette lignée, l’entrée au Panthéon de quatre figures de la Résistance, mercredi dernier, vient s’inscrire dans les précédents hommages, cette fois-ci en ré-exhumant les fantômes de l’occupation et de la résistance. Seulement, n’est pas Malraux qui veut.

Le but de la panthéonade, selon le néologisme ironique de Régis Debray, est de rendre hommage à une personnalité de nationalité française dont l’oeuvre et l’existence ont marqué l’histoire de France. Cette tradition se veut aussi un moyen, pour le pouvoir en place, de placer sous les projecteurs une période de l’histoire et de tenter d’y graver son empreinte. Le journaliste torturé par la Gestapo, Pierre Brossolette ; la fondatrice d’ATD Quart-Monde, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, et l’ethnologue Germaine Tillion, toutes deux déportées à Ravensbrück ; le ministre du Front populaire Jean Zay - à l’origine de l’ENA, dès l’entre-deux-guerres -, assassiné par la Milice à l’image de Georges Mandel. Ces deux femmes et deux hommes incarnent l’esprit de la Résistance, bien que plus méconnus que n’a pu l’être Jean Moulin. Le Panthéon, dont le fronton proclame la devise « Aux grands Hommes, la patrie reconnaissante », n’accueillait jusqu’ici que deux femmes sur soixante-onze personnalités, la physicienne Marie Curie, et Sophie Berthelot, en sa qualité d’épouse du chimiste Marcellin Berthelot. Ces quatre figures de la Résistance sont entrées au Panthéon - dont deux symboliquement, par refus des descendants, les cercueils étant vides -, ce mercredi 27 mai, suite à des cérémonies d’hommage débutées la veille.

Le cortège funèbre a traversé la capitale, en empruntant le chemin de la libération de Paris. Parti de la porte d’Orléans, il a parcouru l’avenue du Général-Leclerc, l’avenue Denfert-Rochereau et le boulevard de Port-Royal. Après un hommage organisé par la Mairie de Paris place Camille-Jullian, le cortège a rallié la Sorbonne, pour une veillée dans la cour d’honneur, avant d’entrer au Panthéon en cortège, le lendemain après-midi. Sous la Ve République, la « compétence de panthéonisation » est transférée au Président de la République. Elle s’avère une arme redoutable, forte en symbole. A cet effet, une entrée au Panthéon s’accompagne toujours d’un grand discours du chef de l’Etat. C’est en tout cas, ce que nous attendions de François Hollande, et évidemment lui aussi. Tout le monde y avait pensé, et l’attendait au tournant, que ce soit les journalistes, les politiques, les spectateurs. « Entre ici, Jean Moulin, avec ton terrible cortège… », nous entendions encore la voix chevrotante de Malraux, à la fois émouvante et ridicule, le 19 décembre 1964, un autre grand résistant faisant son entrée au Panthéon, accueilli par ce fameux discours, dans cette ancienne église construite sous Louis XV, devenue grand temple républicain sous la IIIe. C’est le souffle lyrique des mots, l’histoire qui vous étreint, la seconde guerre mondiale, l’occupation, la résistance, la torture, la mort. L’histoire serait son truc, nous murmure les communicants, depuis des jours, au sujet de Hollande. Les grands mots étaient tous de cérémonie, aussi bien alignés que les cercueils. Toutes les familles politiques étaient honorées, même les royalistes, qui furent souvent les premiers à s’engager dans la résistance, il est vrai, en dépit du pétainisme affiché de Charles Maurras et d’une partie des camelots de l’Action française.

Et il ne manquait rien, sauf l’essentiel, à savoir le style, le talent, l’âme. Ainsi, le texte était à la fois solennel et ennuyeux, insipide et soporifique, l’auteur butant sur les mots et les syllabes, comme absent, du moins sans lyrisme aucun. Sans souffle, ni force, ni vigueur, lisant ses notes, François Hollande employait une tonalité excessivement convenue, en passant par les parallèles mal établis avec l’actualité. Souhaitant s’inscrire dans le temps présent, il a ainsi assuré que l’ethnologue Germaine Tillion « serait dans le camp des réfugiés qui accueillent les exilés de Syrie et d’Irak », qu’elle appellerait à la solidarité pour les chrétiens d’Orient, qu’elle se serait mobilisée pour retrouver les filles enlevées par Boko Haram, dans le nord du Nigéria. Seulement voilà, quand Malraux évoquait Carnot et Victor Hugo, Hollande pensait à ses électeurs, « la solidarité n’est pas l’assistance » ou « quand il y a des ratés d’intégration, ce n’est pas la faute de la République, mais faute de République ». Nous passions de Victor Hugo à Séguéla, de Chateaubriand à Marc Lévy, pour reprendre une formule d’Eric Zemmour. Ainsi, Hollande ne semblait pas habiter son texte, ni vivre cette grandiose histoire. Ce n’est pas parce qu’il est incapable de nous annoncer la moindre bonne nouvelle, ni à propos de l’inversion de la courbe du chômage, ni à propos de la réduction de nos déficits publics, ni à propos d’une baisse de nos prélèvements obligatoires, qu’il doit maintenant se cantonner dans la morosité la plus morbide et les hommages à  toutes les victimes de la planète, du présent et du passé.

Pendant l’Occupation, comme le rappelait le journaliste Thierry Desjardins dans un récent billet, les Allemands avaient cru faire plaisir aux Français, en leur rendant les cendres de l’Aiglon, le fils de Napoléon, transférées de Vienne aux Invalides, par un hiver glacial. Les Parisiens avaient alors murmuré « Moins de cendres et plus de charbon ». Il est vraisemblable qu’aujourd’hui, un grand nombre de nos compatriotes, sans parallèle hasardeux - les chômeurs, les précaires, les exclus, les petits bourgeois des classes moyennes accablés d’impôts - ont envie de murmurer « Un peu moins de sonneries aux morts, un peu plus de travail, un peu moins d’impôts ». Bien que prétendant s’intéresser aux jeunes, à savoir les 25 à 35 % des 16-35 ans errant dans notre société, sans aucun espoir d’y trouver leur place, le président s’imagine sans doute, qu’en ré-exhumant ces figures estompées du siècle passé, d’il y a soixante-dix ans, il redonnera espoir à la jeunesse française. Un chef d’Etat doit se tourner vers l’avenir, fixer un cap, l’annoncer clairement et faire preuve d’une certaine volonté. Or, après près de trois ans de vacuité du pouvoir, d’impuissance la plus totale émanant de la tête de l’exécutif, ce pauvre Hollande n’ose plus nous promettre quoi que ce soit, ne sait où donner la tête et se tourne vers les pages les plus noires de notre passé. Ou les pires drames de notre présent, comme pour nous convaincre qu’il y aurait pire que ce que nous vivons, au quotidien, bien ce ne soit pas ce que nous lui demandons, ni ce pour quoi il a été élu. Cherchant désespérément à remonter un tant soit peu dans les sondages, avant la prochaine échéance électorale des régionales, il s’imagine bien naïvement qu’en investissant le terrain du « devoir de mémoire », il réinvestira sa fonction, mais hélas, sans le charisme, ni le lyrisme adéquat.

Tout cela sonnait absolument faux et creux. Il avait choisi la résistance, pour se hisser à la hauteur des plus grands, pour nous refaire le coup du 11 janvier. Ces prédécesseurs avaient été plus prudents ou plus malin. Chirac avait pris Alexandre Dumas et Mitterrand avait choisi Jean Monnet, à savoir le métissage si l’on veut, pour l’un - Dumas était le petit-fils d’une quarteronne antillaise -, l’Europe pour l’autre. C’était politiquement correct à l’outrance, nous n’en attendions rien, et nous fûmes servis. A cette image, Hollande a voulu jouer dans la cour des grands, il n’a fait que montrer sa petitesse.

                                                                                                                                                                                J. D.

21 décembre, 2013

Retour sur cet hommage à Mandela

Classé dans : Diplomatie,Monde,Politique — llanterne @ 5:18

Après l’hommage unanime et consensuel adressé à Nelson Mandela, selon la formule zemmourienne, « les effluves d’encens médiatique se sont peu à peu dissipées ». A ce titre, l’icône Mandela a été célébré aux quatre coins de la planète, à l’image d’un Gandhi. 90 chefs d’Etat se sont précipités en Afrique du sud pour honorer la mémoire du grand homme. Ils n’avaient guère le choix, il est vrai, sur le plan de la com’. Que celui que ses fidèles appelaient « Madiba » ait été terroriste et plus ou moins communiste dans sa jeunesse n’a guère d’importance. Mandela a su, après 29 années de bagne, lancer le plus beau mot d’ordre et pas des moindres, celui de la réconciliation, du pardon. Peu de vainqueurs ont eu ce courage. Mais une fois cet petit monde envolé, une fois le mythe consacré, reste aussi la dure réalité, qui est celle de l’Afrique du sud contemporaine.

Effectivement, il y a vingt ans, quand Mandela accède au pouvoir en Afrique du sud, en 1994, il a le grand mérite de prôner la réconciliation entre noirs et blancs et d’éviter ainsi un bain de sang. Tous ceux qui connaissaient l’Afrique du sud de l’apartheid craignaient que le jour où les choses basculeraient, où les descendants de colons européens afrikaners perdraient la partie, on assisterait à la pire des guerres civiles et que les noirs se vengeraient sans pitié de décennies de persécutions. Ce fut la seule « décolonisation » réussie, au 1er abord. Né le 18 juillet 1918 dans l’ancien Transkei, décédé le 5 décembre 2013, Nelson Mandela était un Xhosa issu de la lignée royale des Thembu, éduqué à l’européenne par des missionnaires méthodistes. Il commença ses études supérieures à Fort Hare, université destinée aux enfants des élites noires, avant de les achever à Witwatersrand, au Transvaal, au coeur de ce qui était alors le « pays boer ». Il s’installa ensuite comme avocat à Johannesburg. Nelson Mandela était avant tout un révolutionnaire, un combattant, un militant qui mit « sa peau au bout de ses idées ». Il fut ainsi l’un des fondateurs de l’aile militaire de l’ANC, qu’il co-dirigea avec le communiste Joe Slovo, planifiant et coordonnant plus de 200 attentats et sabotages pour lesquels il fut condamné à la prison à vie.

A sa libération et à son avènement, Mandela a trouvé en le président De Klerk de l’époque, un parfait alter-égo, qui renonce alors à défendre le pouvoir et l’apartheid, alors même que l’ANC n’avait pas les moyens militaires de battre l’armée sud-africaine. Il faut dire que diplomatiquement, depuis la chute du mur de Berlin, l’Afrique du sud ne sert plus de bastion contre le communisme et le soutien tacite de l’occident au régime d’apartheid, durant les années 1970-80, n’a plus de raison d’être, l’abandonnant au nom des bons sentiments. Il fut ainsi hissé au pouvoir par un président De Klerk appliquant à la lettre le plan de règlement global de la question sud-africaine décidé par Washington. Mais seulement, certains chiffres viennent ensuite noircir le tableau du post-apartheid. Le taux de criminalité en Afrique du sud est, en 2013, le plus élevé au monde, avec une moyenne de 43 meurtres quotidiens. Entre 1970 et 1994, en 24 ans, alors que l’ANC était en guerre contre le régime d’apartheid, une soixante de fermiers blancs furent tués. Depuis avril 1994, plus de 2 000 fermiers blancs ont été assassinés. Cependant, il faut reconnaître à Mandela l’intelligence, à son arrivée au pouvoir, d’avoir compris que s’en prendre aux élites économiques blanches, coulerait l’Afrique du sud. Il avait l’exemple de la Rodhésie, devenu le Zimbawe.

Mais plusieurs héritiers de Mandela  n’ont pas cette intelligence, que ce soit Thabo Mbeki (1999-2008) et Jacob Zuma (depuis 2009), l’Afrique du sud étant devenu un Etat du « tiers-monde » dérivant dans un océan de pénuries, de corruption, de misère sociale et de violences, réalité en partie masquée par quelques secteurs ultraperformants. Le PIB de l’Afrique du sud a chuté considérablement en quinze ans. Selon les statistiques de l’ONU, l’Afrique du sud est désormais classée parmi l’un des cinq pays les moins performants du continent africain, devant les Comores, Madagascar, le Soudan et le Swaziland. Le chômage toucherait près de 25,6 % de la population active en 2013, mais en réalité environ 40 % des actifs. Quant au revenu de la tranche la plus démunie de la population noire, il est aujourd’hui inférieur de moitié, à ce qu’il était avant 1994. En 2013, près de 17 millions de noirs sur une population de 51 millions d’habitants, ne survécurent que grâce aux aides sociales. S’y ajoute des problèmes d’ordre sanitaire, le Sida faisant des ravages (près de 20 % de la population étant séropositive), au sein de la population noire. Le pays est toujours aussi divisé et cloisonné, après des décennies d’apartheid, blancs et noirs ne se cotoyant guère, et les clivages politiques étant toujours les mêmes, lors de chaque élection, les noirs votant pour l’ANC, les blancs et les métis pour l’Alliance démocratique.

Entre noirs même, l’ANC connaissant de graves tensions entre Zulu et Xhosa (la tribu dont était issue Mandela), entre doctrinaires post marxistes et « gestionnaires » capitalistes, entre africanistes et partisans d’une ligne « multiraciale », à la kényane. Un conflit de génération oppose également la vieille garde aux jeunes loups prônant une « libération raciale » et la spoliation des fermiers blancs, comme au Zimbawe. Ces successeurs se sont révélés incompétents et corrompus. La misère grandissante accroît la violence sociale et la répression est souvent féroce. Ainsi selon une tirade d’Eric Zemmour, concluant bien le propos, une fois Mandela disparu, on risque de s’apercevoir vite, que l’Afrique du sud ne constitue pas une nation, mais un agrégat de peuples opposés, désunis et déchirés, réunis par le colonisateur britannique, peuples dont les références culturelles sont étrangères, et même souvent irréductibles, les unes aux autres, que la nation « Arc-en-Ciel » n’est qu’un mythe.

                                                                                                                                                                                                 J. D.

3 décembre, 2013

Cette baisse en trompe-l’oeil

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 15:48

Il est clair que personne ne fanfaronne, en particulier au gouvernement, avec l’annonce des derniers chiffres du chômage, même s’ils marquent un léger recul. Ainsi, il y a eu, en octobre, 20 500 chômeurs de moins, soit – 0,6 %. Ce qui n’est pas grand-chose, c’est le moins que l’on puisse dire, nous avons toujours 3 270 000 chômeurs inscrits à Pôle-emploi, sans compter les inactifs. Même si cela nous change, bien évidemment des dramatiques augmentations mensuelles habituelles, cette toute petite baisse du baromètre n’est guère stimulante. A savoir, une éclaircie qui n’empêche pas la destruction d’emplois et le recul de la consommation dans notre pays.

Dans un premier temps, ce qu’il convient d’analyser - pour être juste -, c’est que le chômage est stable, c’est ce que l’on doit retenir suite à l’annonce des dernières statistiques officielles publiées, il y a trois-quatre jours. Mais d’où cela vient, là est la question ? Et est-ce que cela est durable, ou supposé l’être ? C’est là que le bas blesse. On voit qu’il y a beaucoup de radiations, même s’il peut y en avoir pour de bonne raisons – ou du moins légitimes -, mais aussi le rôle essentiel des emplois aidés, qui sont pour l’essentiel des emplois publics. Il ne faut pas nécessairement dédaigner ces emplois aidés, qui peuvent appuyer des jeunes gens peu qualifiés, en difficulté d’insertion sociale et éloignés du marché de l’emploi. Mais néanmoins, l’emploi privé ne contribue pas véritablement à la diminution du chômage. La prudence du gouvernement sur la durée est donc de bon aloi. Tant que l’on n’aura pas une croissance d’1,5 % au minimum, nous n’aurons pas de baisse significative du chômage. Et nous en sommes loin. Le chômage est stabilisé à un niveau élevé, semble-t-il, dans l’hexagone.

Vu sous un autre angle, il est vrai que le nombre de chômeurs a diminué, mais il y a plus de chômeurs au mois d’octobre 2013, qu’au mois d’octobre 2012 (+ 6 %), ce qui est non négligeable. Enfin, le nombre de chômeurs de plus d’un an est aussi en explosion, représentant 42 % du nombre de chômeurs, ce qui est inquiétant, la probabilité de retrouver un emploi, au bout d’un an, étant beaucoup plus faible. La probabilité de retrouver un emploi est de 30 % en France, après un an de chômage, contre de 80 à 90 % en Scandinavie. On a l’impression que l’on décrit la France des années 1970, en citant ces derniers chiffres. Il n’y a ainsi pas de fluidité suffisante du marché du travail, pour éviter aux chômeurs longue durée d’être stigmatisés. Le suivi laisse également à désirer, même si des tentatives ont été réalisées, dans la seconde moitié des années 1990. La crise pointe son nez partout. Depuis un mois, les salariés du groupe « La Redoute » manifestent leur mécontentement, et leur inquiétude, face au développement de la vente sur internet. L’histoire du groupe « La Redoute » a débuté, il y a plus de 75 ans, dans les filatures de Roubaix. Depuis un mois, les salariés inquiets pour leur avenir, multiplient les manifestations. La vente de ce groupe de prêt-à-porter est un dossier, parmi tant d’autres, hautement symbolique et politique.

François Hollande ne se réjouit-il pas trop vite, alors que des centaines d’entreprises, voire des milliers, dans toute la France, sont menacées de dépôt de bilan. Ainsi, pour en revenir aux statistiques du chômage, cette petite baisse en trompe-l’oeil, ne concerne que les chômeurs de catégorie A (chômage total). Les chômeurs de catégories B et C (activité réduite) ont, eux, continué à augmenter, 39 600 de plus, soit + 0,8 %. Et puis, surtout, comme nous l’avons prouvé, il ne faut pas oublier que le gouvernement triche d’une manière éhontée. D’abord, en faisant radier à tour de bras certains chômeurs des listes officielles, comme nous l’avons vu, quoi qu’il en soit (11 000 radiations administratives de plus). Ensuite, en transformant, par un tour de passe-passe incroyable, des chômeurs de catégorie A en chômeurs de catégories B ou C, sous prétexte qu’ils suivent un vague stage de formation (plus ou moins bidon).

C’est ce qui est arrivé à 60 000 d’entre eux, en octobre. Et bien-sûr, en multipliant à l’infini, les embauches à coups d’emplois d’avenir ou de génération et d’emplois « aidés », quoi que l’on puisse en dire, mais payer par les entreprises et le contribuable. Ainsi, nous avons encore 11,1 % de chômeurs, au bas mot, alors que l’Allemagne n’en a plus que 5,2 % (même si les radiations existent là-bas aussi, mais à population active plus importante, le chômage reste nettement plus bas), les Etats-Unis 7,2 %, la Suisse, 3,2 %, ou l’Autriche, 4,9 %. Certes, la natalité de l’Allemagne ou de l’Autriche est faiblarde, mais les analyses restent intéressantes. Et l’on peut toujours évoquer l’Espagne, 26,6 %, ou la Grèce, 27,3 %, mais c’est une bien maigre consolation, sachant que nous sommes bien à plus de 15 % de chômeurs et d’inactifs, dans la réalité des faits. En jouant sur les chiffres, Hollande joue aussi sur les mots. En fait, ce qui compte n’est pas le nombre de chômeurs mais bien le nombre d’emplois marchands qui sont créés. Cette année, la France a encore perdu plus de 110 000 emplois. Quelque soit les entourloupes auxquelles se livrent les socialistes, les réalités sont têtues.

Sur ce point, la croissance ne repartira, qu’à certaines conditions. Et non pas en attendant, le nez au vent et les bras croisés, pour paraphraser Thierry Desjardins, que l’économie mondiale redémarre et que nous puissions en récolter quelques miettes. Cela veut dire permettre aux entreprises de se développer aussi, en investissant et en innovant pour créer de la richesse et conquérir des marchés intérieurs comme extérieurs, tout en relançant la consommation, en permettant aux citoyens de consommer. Or, il est vrai, toute la politique socio-économique menée par Hollande afin de maquiller les chiffres avec ses emplois aidés l’oblige à augmenter toujours plus les prélèvements et à oppresser davantage encore les entreprises et les consommateurs. C’est toute l’absurdité de cette politique. Cela se fait nécessairement au détriment de l’économie marchande. L’argent qui est placé dans l’assistanat et les emplois aidés, ne l’est pas ailleurs, dans l’allégement des charges des entreprises, etc. Nous fonctionnons dans un système en vase clos, selon le principes des vases communicant. Il convient surtout de dynamiser le secteur privé par la formation notamment. La majorité des licenciés économiques en France, le sont par absence d’investissements, en matière de formation, d’adaptabilité. Il faudrait que les salariés du groupe « La Redoute » soient suffisamment formés pour aller travailler, par exemple, auprès de ces nombreuses petites entreprises diversifiées dans la vente en ligne, par correspondance (suivant l’exemple scandinave). C’est le problème français, en grande partie.

Nous ne ferons baisser le chômage significativement, que lorsque nous serons capables de former les salariés, face aux soubresauts du marché, et avec la réactivité s’imposant en matière d’évolution professionnelle. Ainsi, pour faire baisser artificiellement le nombre de chômeurs, Hollande massacre à la tronçonneuse toutes les possibilités de créer des emplois. Les Français commencent à s’apercevoir que ce n’est pas la courbe du chômage, qu’il convient d’observer, mais bien celle des créations d’emplois, pensant naïvement que si la première baissait un jour, ce serait parce que la seconde augmenterait. Et ils comprennent sans doute, qu’Hollande va, peut-être, parvenir à l’exploit de faire baisser les deux en même temps. Moins de chômeurs, moins d’emplois. Le chômage baisse, mais l’emploi recule… C’est évidemment suicidaire, car avant longtemps, faute de la moindre croissance qu’il paralyse lui-même, Hollande ne pourra plus s’offrir d’emplois aidés. Le nombre de chômeurs baisse virtuellement, mais paradoxalement, le nombre des fermetures d’entreprises se multiplie. Mais cela dit, comment s’en étonner ? Ainsi, une politique socialiste ne peut que conduire à une économie du même type. Et comme dans une vaste faillite, l’Etat-providence devient l’Etat-catastrophe.

                                                                                                                                                                                         J. D.

30 novembre, 2013

La Françafrique a de beaux restes

Classé dans : Diplomatie,Monde,Politique — llanterne @ 23:29

Comme nous avons pu le constater, depuis ces derniers mois, la Françafrique a encore de beaux restes. Après cette victoire de courte durée au Mali, François Hollande a décidé d’envoyer 1 600 parachutistes en République centrafricaine pour protéger nos compatriotes en danger. Ce pays est ainsi plongé au milieu d’un chaos sanguinaire, avec des bandes de bandits de grands chemins pillant, rançonnant la population et perpétuant multiples exactions. Et un Etat qui n’en est pas un, dirigé depuis mars dernier (suite à un coup d’Etat) par d’anciens rebelles plus ou moins islamistes venus de l’est du pays, les Sékélas.

Mais outre l’aspect humanitaire, que François Hollande souhaite remettre de l’ordre dans la durée, dans ce pays perdu au coeur du continent noir, deux fois plus étendu que la France, mais peuplé de moins de cinq millions d’habitants, est déjà plus discutable. En effet, plus d’un demi-siècle après les indépendances, la France doit-elle encore être le gendarme de l’Afrique. Ainsi Hollande souhaite désarmer les groupes rebelles s’entretuant et massacrant la population, mais la tâche risque d’être complexe. Qui sont les bons et qui sont les méchants, dans ce conflit chrétiens / musulmans entre Sékélas et anti-Balakas. Où sont la légalité et la légitimité ? Les imbrications politico-ethnico-religieuses restent complexes à dénouer. Ce conflit politique entre partisans de Djotodia et partisans de Bozizé s’apparente bel et bien à un nouvel épisode de ces conflits religieux embrasant le Mali, la Côte-d’Ivoire ou le Nigéria, parmi tant d’autres. 

Depuis des décennies, tous nos présidents, y compris Hollande, de Giscard à Mitterrand, en passant par Chirac et Sarkozy, nous ont dit et répété que la « Françafrique » n’existait plus. On aurait voulu le croire, quitte à inaugurer de nouveaux rapports avec l’Afrique francophone. Laurent Fabius nous a seriné que la Centrafrique est « au bord du génocide » et Jean-Yves Le Drian, que nous assistons à l’effondrement d’un Etat avec une tendance à l’affrontement confessionnel. Il est vrai que l’histoire de la Centrafrique depuis plus d’un siècle est aussi liée, à celle de la France. Des compagnies françaises se sont taillées des concessions plus étendues qu’un département où les autochtones étaient traités comme des sous-hommes tout juste bons à ramasser du caoutchouc et à fournir de l’ivoire. Passé la libération - où la Centrafrique, baptisée à l’époque l’Oubangui-Chari -, est venu le temps de l’indépendance. Mais ce fut une indépendance formelle, avec des présidents choisis par la France, soutenus par elle contre vents et marées (qu’on se souvienne de l’Empereur Bokassa Ier) ou flanqués d’un numéro 2 envoyé par Paris.

Soutien aux pouvoirs en place, pillage des ressources, cécité face au trafic de stupéfiants, exportation d’un pseudo-modèle démocratique : le bilan politique de la présence française en Afrique subsaharienne et au Sahel a été escamoté par la France socialiste. Assiste-t-on, pour autant, au retour de la Françafrique, à proprement parler ? Cette expression, que l’on doit au premier président ivoirien Félix Houphouët-Boigny, créée pour saluer « une communauté de destin » entre la France et l’Afrique, est désormais synonyme du pire : l’existence d’une diplomatie parallèle, la concussion des dirigeants français et africains, l’utilisation discrète des caisses noires, etc… Comme l’analyse Nicolas Beau, François Hollande n’a cédé à aucune de ces dérives, contrairement à ces prédécesseurs. Il reste que des chefs d’Etat africains usés jusqu’à la corde ont été sollicités, choyés, récompensés par la France socialiste pour les besoins de l’opération militaire précédente, au Mali, avec en tête de ces vieux chevaux de retour le Tchadien Idriss Déby Itno et le Camerounais Paul Biya. Alors que la France de François Hollande s’apprête à organiser le 7 décembre 2013 à Paris une grand-messe où les chefs d’Etats africains sont conviés, la dénonciation de la Françafrique ne suffit pas à définir un véritable projet. La posture guerrière des derniers mois a masqué un vide politique abyssal, de nature à préparer des lendemains qui déchantent.

Ainsi, quoi qu’il en soit, les Français en ont assez de voir le chef de l’Etat, empêtré dans son absence de charisme, jouer au bonneteau devant eux, tout en sortant de ses poches trouées, un pseudo-génocide au fin fond de l’Afrique, des interventions militaires mal ficelées et aux conséquences souvent désastreuses, une diplomatie maladroite, une pseudo-réforme sociétale, un projet fumeux de grande réforme fiscale. La diversion et l’amateurisme, nous en sommes las…

                                                                                                                                                                                     J. D.

28 novembre, 2013

La fin de la diplomatie gaullienne

Classé dans : Diplomatie,Economie,Monde,Politique — llanterne @ 2:30

Téhéran et les Occidentaux ont trouvé - ce week-end -, un compromis sur l’épineux dossier du nucléaire. Si la communauté internationale se réjouit, Israël s’en inquiète, fustigeant « une erreur historique ». Après dix ans de crise diplomatique, de sanctions économiques et de négociations ardues, l’Iran et les grandes puissances ont scellé à Genève un premier accord pour contenir le programme nucléaire iranien. La France s’y était un temps opposée. Mais la France a-t-elle réellement bien manoeuvré dans ce dossier ?

Revenons sur ce coup de tonnerre diplomatique. Il y a deux semaines, Paris a empêché un accord avec l’Iran sur le nucléaire, accord auquel la Maison blanche, pourtant, semblait prête. Du coup, nous étions redevenus populaires à Washington. En Israël, le premier ministre a félicité chaleureusement Laurent Fabius. Pour reprendre l’analyse zemmourienne, on se croyait revenu au temps, où Guy Mollet et les pilotes français faisaient la guerre à bord d’avions israéliens, contre l’Egypte de Nasser. De leur côté, les Iraniens étaient furieux. Obama et son ministre Kerry regardaient Fabius et Hollande de travers. Le socialiste Hollande était acclamé par la droite outre-atlantique et la droite israélienne, comme un vulgaire Sarkozy. On croyait que l’arrivée de Hollande au pouvoir, aurait au moins le mérite de marquer une rupture avec ce tropisme atlantiste de son prédécesseur et un retour aux subtilités diplomatiques d’antan. Et le pire, c’est que ce n’est pas la première fois.

Dans l’affaire syrienne, notre président avait voulu punir Bachar El-Assad pour l’usage d’armes chimiques, tandis qu’Obama s’avérait beaucoup plus modéré et conciliant. Au Mali, de même, les Français se sont précipités pour combattre les terroristes, reprenant là encore, la terminologie des néo-conservateurs américains, sans discuter du bien-fondé de cette intervention aux racines complexes. Mais toujours est-il qu’à l’heure actuelle, Hollande s’avère être la pointe émergée de l’Otan, quand l’Amérique est tentée par un isolationnisme prudent. On se souvient, Sarkozy avait lui aussi renversé Kadhafi avant de menacer la Syrie d’Assad et l’Iran des Mollahs. Hollande se révèle le frère jumeau de Sarkozy. Comme si l’identité des générations était bien plus déterminante que les clivages politiques. Ainsi, les deux hommes viennent tout de même, en quelques années, de balayer d’un revers de main, quarante ans de politique gaullienne. Le général, au nom de l’indépendance de la nation, n’hésitait pas à s’opposer à l’Amérique, s’avérait méfiant à l’égard des Anglais, s’ouvrait à la Chine de Mao et à l’URSS de Khroutchev, pourtant communistes, et soignait sa popularité dans le tiers-monde, comme le petit qui n’a pas peur des grands.

La France de Sarkozy et Hollande laisse à l’Allemagne réunifiée d’Angela Merkel, les joies du commerce, de l’entente et de la coopération, avec la Russie et la Chine. Sarkozy et Hollande poursuivent les mêmes chimères de l’Europe de la Défense, dont les Français sont les seuls à vouloir. Mais pour être le gendarme de la méditterranée, il faut des moyens. Alors même qu’Hollande, comme Sarkozy, ne cesse de réduire les budgets militaires. Or, il est vrai, ne pas accorder sa politique militaire avec sa politique étrangère, comporte de gros risques. Mais les deux hommes comptent manifestement sur la même planche de salut, à savoir le chéquier bien garni des pétro-monarchies du Golfe - Arabie saoudite, Qatar -, pays sunnites qui feront tout pour avoir la peau des Chiites (Iraniens, Syriens), suivant l’analyse d’Eric Zemmour. Pays du Golfe également, qui n’ont aucun intérêt à ce que l’Iran revienne sur le marché vendre son pétrole, ce qui aura pour effet de faire baisser les coûts. A cet effet, rien ne serait plus périlleux, aujourd’hui, que de décrypter les tumultes secouant le monde arabe par le prisme de l’opposition entre démocratie et dictature. Cette grille d’analyse permet également de souligner le flagrant manque de perspicacité de la diplomatie hollandaise, au sujet du dossier iranien.

Il s’agit en effet de l’importation de catégories occidentales, celles de l’opposition entre « démocrates » et « intégristes », ou entre dictatures et démocraties, dans une région qui ne les connaît pas comme telles. Outre la distinction fondamentale entre les deux branches principales de l’Islam, une analyse de la situation géopolitique actuelle, et notamment de la place de l’Iran, reste à apporter. Touchant plus précisément au cas iranien, la question à poser est « Faut-il avoir peur de l’Iran ? ». L’étude des quatre pôles du pouvoir en Iran, le Guide, le président, les Gardiens de la Révolution (ou Pasdaran) et le clergé, met en évidence les crises que traverse le régime actuel. Là encore, le lien entre le religieux et le politique apparaît comme indiscutable. Quant à la perception de l’Iran en Occident, elle s’explique par une diabolisation d’abord fondée sur des intérêts stratégiques que sur la réalité du pouvoir iranien, quoi qu’il en soit des dessous du dossier nucléaire.

La comparaison avec le Qatar et l’Arabie saoudite, alliés de l’Occident malgré leur rigorisme religieux et social, semble en effet justifier cette assertion. Enfin, il convient de s’interroger sur le rôle des puissances occidentales au Proche et Moyen-Orient, et particulièrement sur la place de la France et son influence déclinante. Entre la Révolution française et 1919, de nombreux contacts se nouent entre les deux pays, avec la mise en place d’une influence culturelle française grandissante en Perse. Ces relations sont périodiquement ternies par les manœuvres des grands empires occidentaux (russe et britannique principalement) visant à peser sur le destin de l’Iran, stratégiquement situé sur les routes entre le Proche-Orient et l’Inde. L’Iran du XXIe siècle aura besoin de se tourner vers les puissances occidentales (notamment en matière de coopération dans certains secteurs de pointe, tels le nucléaire civil), en opérant son envol économique. L’Iran est un futur pays émergent. Or, les anglo-saxons sont mis sur la touche, pour des raisons historico-géopolitiques. 

La France a une carte à jouer. Cependant, depuis la révolution iranienne et le soutien de la France à l’Irak lors de la guerre Iran-Irak, les relations se sont dégradées. Le refus de l’Iran de stopper l’enrichissement de l’uranium, et le fait que la France soutient le renvoi de l’Iran devant le Conseil de Sécurité des Nations unies ont encore plus éloigné les deux pays. Mais l’atout fondamental de la diplomatie française dans cette région était sa capacité à dialoguer avec tous les régimes. Un pays n’a pas d’amis, il n’a que des intérêts, disait le général de Gaulle. Mais c’est ainsi en reconstruisant cette force diplomatique que la France pourrait redevenir une grande puissance au Moyen-Orient, en renouant avec ce pragmatisme originel.

                                                                                                                                                                       J. D.

28 avril, 2013

Bonnet blanc, blanc bonnet…

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 0:55

Chômage record, cote de confiance de l’exécutif au plus bas, enfermement du pouvoir, polémique sur la transparence après l’affaire Cahuzac… A l’approche du premier anniversaire de son élection, François Hollande traverse une forte zone de turbulences, sur fond de défiance de plus en plus grande des Français pour leurs représentants politiques. Et l’on s’aperçoit que si l’opposition n’était pas à ce point inaudible, elle pourrait reprendre à la lettre près, contre Hollande, tous les reproches que la gauche faisait à Sarkozy.

Si l’on a un peu de mémoire, on se souvient que François Hollande et la gauche en général n’avaient pas de mots assez durs pour critiquer Nicolas Sarkozy quand il ne voulait tenir compte des gigantesques manifestations de rue s’opposant à sa réforme des retraites à l’automne 2010, quand, après le moindre incident, il décidait, dans l’affolement, d’imposer de nouvelles lois, quand il s’inclinait servilement devant Angela Merkel, quand il s’avérait incapable de faire face à la montée du chômage et de réindustrialiser le pays, quand il augmentait les impôts sans pouvoir pour autant réduire les déficits, quand il intervenait militairement en Lybie. De son côté, Hollande n’a pas voulu entendre les centaines de milliers de Français qui, dans la rue, manifestaient contre son projet de mariage homosexuel. L’affaire Cahuzac n’est pas encore enterrée qu’il annonce déjà, dans la précipitation, des textes sur la moralisation de la vie politique. Et alors que l’austérité plonge le pays dans la récession, Hollande continue à tenter d’obéir aux injonctions de la chancelière allemande, sur fond de hausse du chômage, d’augmentation des prélèvements obligatoires et des déficits. Il a, lui aussi, voulu jouer les chefs en guerre, envoyant l’armée au Mali, ce que les terroristes islamistes nous font déjà payer à coups d’attentats (on l’a vu à Tripoli), tout comme Sarkozy qui, en faisant exploser la Lybie, aura donné le pouvoir aux fanatiques de la Charia et provoqué un chaos généralisé jusqu’au coeur de l’Afrique.

Hollande nous avait promis « le changement », mais il n’y a pas eu de changement, et le changement, on le sait, ce n’est pas pour maintenant, ni pour demain. Ainsi, à ce titre, nous assistons à un pitoyable ânonnement de l’histoire. Gauche, droite, c’est bonnet blanc, blanc bonnet. Sarkozy nous a très vite agacé par son agitation perpétuelle et contradictoire. Son successeur nous énerve par son apathique placidité. Sarkozy excitait les passions, Hollande nous les renvoie. Sarkozy était brusque, velléitaire et zigzaguait, tandis qu’Hollande prétend rechercher le consensus, recule volontiers (que ce soit sur les 75 %, le vote des étrangers, le non cumul des mandats), et ne sait pas visiblement où il veut aller, ni ce qu’il faudrait faire. Mais lui qui reprochait, à juste titre, à Sarkozy de diviser les Français, les a divisés à son tour, avec cette affaire du mariage pour tous, et cela comme ils ne l’avaient pas été depuis bien longtemps. Le quinquennat de François Hollande devait pourtant permettre une réconciliation des Français, après celui particulièrement clivant ou décrit comme tel de Nicolas Sarkozy. Ainsi, c’est bonnet blanc, blanc bonnet… mais en pire. Car, non seulement jamais un chef d’Etat, pas même Sarkozy, n’avait été aussi rejeté par l’opinion publique dans tous les sondages, mais jamais les Français n’avaient été aussi désespérés par la vacuité du pouvoir.

Certes, la crise s’aggrave et l’avenir s’annonce catastrophique. Certes, l’opposition s’est discréditée et se porte mal - avec un ancien président mis en examen et un ancien premier ministre qui a échoué à prendre la tête de l’UMP -, et personne ne peut rêver, pour l’instant, à une alternance qui sauverait le pays. Mais le plus grave aujourd’hui, c’est que ce qui tient lieu de pouvoir s’avère totalement incohérent, avec des ministres dissidents, comme Montebourg et Hamon, et une majorité qui s’affole. Du coup, outre Jean-Luc Mélenchon, l’aile gauche du Parti Socialiste se fait entendre, à l’Assemblée comme au Sénat et réclame une sérieuse réorientation politique. Les voix dissonantes se font entendre dans la majorité, se plaignant de ne pas distinguer le cap fixé. Et après avoir vu, dans la même semaine, les hauts-fourneaux de Florange éteints définitivement, la raffinerie de Pétroplus commencée à être démantelée, l’usine de PSA d’Aulnay-sous-Bois menacée d’être fermée plus tôt encore que prévu, autant de sites devenus symboliques, et avant même d’avoir pris connaissance des chiffres catastrophiques du chômage, Claude Bartolone, président de l’Assemblée Nationale, demande dans Le Monde à Hollande de « tirer les leçons » de ces dix premiers mois « pour envisager un nouveau temps du quinquennat ».

Ainsi les uns, de plus en plus rares, disent que François Hollande n’est au pouvoir que depuis moins d’un an, et qu’il convient de lui laisser encore un peu de temps pour faire ses preuves. Les autres, de plus en plus nombreux, font remarquer qu’il est au pouvoir depuis près de onze mois et qu’il n’a toujours rien fait pour arrêter la dégringolade vertigineuse du pays. Mais en fait, comme l’analyse le journaliste Thierry Desjardins, pour beaucoup de Français, cela fait des années que la France n’est pas dirigée et que droite et gauche ont démontré qu’elles s’avéraient tout aussi incapables, l’une que l’autre, à sortir le pays de son agonie. C’est naturellement, ce qui explique ce désenchantement, poussant les électeurs à l’abstention ou le vote blanc, soit dans les bras de Marine Le Pen ou encore dans ceux de Jean-Luc Mélenchon, pour une petite frange d’entre eux….

                                                                                                                                                          J. D.


27 avril, 2013

« Z comme Zemmour » – Hollande et la Chine

Classé dans : Diplomatie,Monde,Politique — llanterne @ 14:21

Dans sa chronique matinale sur RTL, Eric Zemmour s’amusait de la diplomatie express de nos Présidents, et notamment de François Hollande qui boucle un voyage de 36 heures en Chine. Il aura passé moins d’une journée à Pékin et quatre heures à Shangaï. Ca va trop vite ?

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23 avril, 2013

Vers un rendez-vous historique ?

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 18:02

Ce mardi 23 avril 2013 restera-t-il dans les annales, telle une date importante dans l’histoire de France ? Sans doute puisqu’aujourd’hui, l’Assemblée nationale s’apprête à adopter définitivement le projet de loi autorisant le mariage des homosexuels et l’adoption d’enfants pour les couples de même sexe, après des mois de palabres inutiles et de manifestations de plus en plus importantes (même si cela n’est pas terminé pour autant dans la rue, comme nous l’avons vu dimanche dernier).

Même si ce texte ne concernera, au final, qu’une infime partie de la population, il s’agit là d’une véritable révolution sociétale en devenir. Depuis la nuit des temps, les lois de la nature exigeaient que, pour former un couple et avoir des enfants, il fallait un homme et une femme. C’est la première fois, en France, que des législateurs se permettent d’aller ainsi contre les règles évidentes de la biologie. Comme l’analyse Thierry Desjardins, ces-derniers nous ont conté que le principe même de l’égalité, qui nous est si cher, obligeait ainsi à accorder le même statut aux couples hétérosexuels et aux couples homosexuels. Or, l’égalité n’a jamais effacé les différences. Pendant des décennies, les homosexuels ont réclamé à juste titre « le droit à la différence » qui leur a été accordé, au nom de la liberté individuelle permettant à chacun de mener sa vie personnelle comme il l’entend. Mais, non contents de ce « droit à la différence » qui leur était reconnu, certains lobbies minoritaires se sont mis à exiger « le droit à… la similitude » en s’écriant « Nous sommes différents mais nous sommes pareils ». Il faut d’ailleurs reconnaître que, si quelques petits lobbies particulièrement actifs dans les quartiers « bobos » de la capitale se démenaient, c’est la gauche qui, sans doute à court d’idées, a fait de ce problème qui n’en était pas vraiment un, un thème essentiel de combat, le récupérant à bon escient. Jadis, la gauche défendait la classe ouvrière et s’en prenait au grand capital, maintenant elle se focalise sur des questions sociétales sans fondement réel. C’est évidemment plus facile, même si on est en droit de se demander s’il appartient à une majorité éphémère, par définition, de s’en prendre aux fondements mêmes de notre société et aux droits les plus élémentaires.

Les Français ont élu François Hollande pour qu’il lutte contre le chômage, la précarité, le déclassement des familles modestes et moyennes, pas pour supprimer de notre code civil les mots « père » et « mère » en les remplaçant par « parent 1 » et « parent 2 ». Ainsi, même si ce « mariage pour tous » était dans les promesses du candidat, il n’en était pas du moins la priorité. Et il y a une sorte d’escroquerie morale à nous avoir ainsi « assommés » durant des mois avec ce sujet, et cela alors que la situation du pays devenait chaque jour plus catastrophique. Certains diront que le chef de l’Etat a voulu ainsi « cliver » l’opinion pour maintenir son électorat sur le pied de guerre. Mais ce n’est pas le rôle du président que de cliver, il doit au contraire rassembler. Et ensuite et surtout, ce n’est pas « le peuple de gauche » qu’il a pu mobiliser derrière cette défense du mariage homosexuel mais bien « le peuple de droite » qui, sans chef, s’est réveillé et retrouvé dans les rues pour défendre les suprêmes intérêts de l’enfant (autour de la question de l’adoption, qui doit se voir appliquer le sacro-saint principe de précaution), et aussi conspuer un régime qui part à vau l’eau, et se montrant chaque jour, plus incompétent à faire face à toutes les crises, économique, sociale, morale, que connaît la France. Aussi, c’est bien grâce à la solidité des institutions, léguées par le père de la Ve, que son successeur lointain a pu ignorer des manifestations de rue de plus en plus impressionnantes. Et grâce aux farces et attrapes laissées par Michel Debré dans la constitution, qu’il a pu accélérer la procédure parlementaire pour mettre un terme à l’opposition d’un quarteron de députés UMP.

Mais Hollande a mis à côté de la plaque, ne comprenant rien à ce mouvement, le méprisant puis tentant de l’amadouer sur la clause de conscience laissée aux maires, avant de se reprendre sur l’injonction du lobby LGBT. La Ve République a pourtant été inventé pour résister à la pression de tous les lobbies, pas pour mettre l’Etat à leur service. Cette révolte secoue ainsi l’opinion publique, des jeunes de vingt ans se rebellant contre une société atomisée, déstructurée, marchandisée. Au milieu de cette marée montante, les partis se sont avérés désorientés et dépassés. La gauche a cru avoir à faire à des syndicalistes, s’étonnant qu’ils protestent contre un droit qu’on ne leur retirerait pas, alors que la gauche devrait au contraire, en ses temps matérialistes et égoïstes, louaient des gens défendant une certaine idée de la famille sans rien attendre pour eux. Depuis quelques jours, le pouvoir a semblé s’affoler, accusant à ce titre, les opposants au mariage homosexuel, d’être odieux homophobes. Les mêmes qui interdisent farouchement tout amalgame, se révèlent en roi incontesté de l’amalgame. On peut parfaitement vouloir défendre la famille « traditionnelle », sans souhaiter pour autant jeter les homosexuels au bûcher. François Hollande a voulu traiter ce que sa ministre Taubira a elle-même qualifié de « changement de civilisation », comme une simple modification du barème de l’impôt sur le revenu. Il n’a pas mesuré la violence symbolique qu’il imposait ainsi à une société épuisée de subir les caprices et diktats de toutes les minorités depuis quarante ans.

Mais François Hollande aurait tort de triompher ce soir, après le vote de l’Assemblée. Il aura voulu, avec cette loi « contre-nature », marquer l’Histoire et la postérité, comme Mitterrand avec l’abrogation de la peine de mort, Giscard avec l’abaissement de l’âge de la majorité, ou encore Chirac avec la suppression du service militaire. Et personne ne pourra jamais revenir sur le texte (même si le conseil constitutionnel pourrait aussi le retoquer), le mal sera fait, contrairement à ce que prétend l’opposition. A ce titre, cette semaine a commencé par la publication d’un sondage, dans lequel, François Hollande affichait 73 % d’opinions défavorables, battant tous les records d’impopularité. Preuve que les homosexuels pèsent peu et que les Français n’auront pas été dupes de ses postures et impostures, de soit-disant homme de progrès.

                                                                                                                                                          J. D.

                                                                                                                                                                                

19 avril, 2013

Vers une « radicalisation », dites-vous ?

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 14:47

Les commentateurs ne parlent plus que de cela, et il semble que le gouvernement s’en inquiète aussi. Le mécontentement des Français… se « radicaliserait ». A cet effet, certains voient dans l’ampleur et la multiplication des manifestations contre le mariage des homosexuels ainsi que dans ce qui ressemble à des appels à l’insurrection émanant de la gauche de la gauche ses signes inquiétants. Cela laisserait entendre qu’un nombre grandissant de nos compatriotes ne se contentent plus de rejeter Hollande dans les sondages, et qu’ils n’auraient pas l’intention d’attendre les municipales de l’an prochain pour faire part de leur désenchantement.

Mais comment s’étonner de cette rage des Français, devant l’incurie de ceux qui nous gouvernent ? Aucune des promesses du candidat Hollande n’a été tenue, que ce soit sur le chômage, le pouvoir d’achat, le déficit, la ré-industrialisation du pays ou encore l’Europe, et tout va de mal en pis, à un rhytme encore supérieur à celui que nous avait imposé son prédécesseur. Ainsi, le gouvernement dénonce une « radicalisation » de l’opposition et pointe du doigt certains groupuscules extrémistes sans pouvoir d’ailleurs les désigner avec précision. Mais il ne s’agit pas de quelques groupuscules. Le pouvoir a désormais en face de lui une foule immense de Français dont le ras-le-bol peut, à tout instant, se transformer en colère dévastatrice. Parce qu’ils sont menacés par le chômage  - qui va bientôt battre des records inégalés -, parce qu’ils voient, chaque jour, leur niveau de vie dégringoler - le pouvoir d’achat a régressé d’1,1 % en 2012, marquant son premier recul depuis 1984 ! -, parce que l’avenir n’est plus seulement « incertain » mais de toute évidence catastrophique. L’affaire du mariage des homosexuels n’est plus maintenant qu’un prétexte cristallisant tous les mécontentements, toutes les colères. Or, devant cette ambiance, le pouvoir reste sourd, inaudible, inerte, les bras ballants. Jamais un président de la République n’a été aussi hésitant, désorienté, balbutiant, chancelant, vacillant, en face d’une crise de régime, il est vrai, sans précédent. Jamais un Premier ministre n’a été aussi inexistant. Jamais un gouvernement n’a été aussi divisé entre ses socio-démocrates, ses socialistes purs et durs, et ses écologistes illuminés.

Là encore, l’affaire Cahuzac n’a été qu’un prétexte (de plus) pour que les Français rejettent cette équipe gouvernementale. Peut-être pas « Tous pourris », mais en tout cas « Tous menteurs ». Cahuzac avait menti sur son compte en Suisse, mais il avait aussi menti sur les résultats de sa politique budgétaire. Tout comme Hollande, lui-même, avait menti en nous annonçant un retour aux 3 % de déficit ou, bien pire encore, qu’il inverserait la courbe du chômage avant la fin de l’année. A cet effet, dans des situations similaires (mais cependant moins graves) Mitterrand avait su opérer le virage de la rigueur, remplaçant André Mouroy, « le Rougeot de Lille » ou « Gros Quinquin » comme on le surnommait par Laurent Fabius, et Chirac n’avait pas hésité à faire une dissolution, quand le pays était bloqué par l’intransigeance de Juppé, droit dans ses bottes, sur les recommandations de Dominique de Villepin. Si nos institutions garantissent la stabilité du pouvoir, elles offrent trois échappatoires en cas de crise et de blocage : le remaniement gouvernemental, la dissolution et la voie référendaire. Avec, bien sûr, pour les deux dernières solutions, tous les risques qu’elles comportent. Buté comme pas deux, le président de la République préfère faire le dos rond, s’imaginant naïvement, que « les choses » finiront par se calmer d’elles-mêmes pour peu que la croissance redémarre miraculeusement aux Etats-Unis ou ailleurs. Mais « les choses » ne se calmeront pas d’elles-mêmes, car elles sont symptomatiques de la déliquescence de notre économie, et de celle de l’Etat, ce à quoi s’ajoute désormais un rejet viscéral du pouvoir en place.

Face à cette situation, l’opposition reste relativement effacée - divisée au sommet par sa lutte fratricide et affaiblie par son absence de « leadership » -, ne pensant qu’à la présidentielle de 2017, voire même à celle de 2022. Entendant ménager la chèvre et le chou, les ténors de l’UMP ont raté la marée populaire se levant contre le mariage dit « pour tous ». Ils n’ont pas bien compris et analysé que si des millions de Français entendaient protester contre ce chamboulement de notre société qu’on leur imposait, ils voulaient aussi profiter de cette occasion pour exprimer leur ras-le-bol contre une politique aggravant considérablement leur situation, sans pour autant donner au pays la moindre chance de redressement. Du coup, l’opposition, la vraie, se trouve dans la rue, sans chef et sans organisation, et sans autre programme que de crier « Hollande démission ». Et forcément, devant le mépris que lui jette au visage le pouvoir, elle se radicalise. Quand Frigide Barjot, la pasionaria des anti-mariage gay, promet du « sang » à François Hollande s’il insiste avec sa loi, quand des ouvriers d’Aulnay font irruption au conseil national du PS pour crier à la trahison des clercs socialistes, quand Jean-Luc Mélenchon attend avec impatience sa manifestation du 5 mai pour « donner un coup de balai » à la Ve République, il y a ainsi de quoi se poser des questions. 

Les mécontents d’aujourd’hui veulent le changement qu’on leur avait promis, pas celui de la société mais celui de leur vie personnelle, faite désormais de privations quotidiennes, de dégringolade sociale, d’angoisse pour l’avenir immédiat. Alors oui, les foules défilant ces jours-ci dans les rues se radicalisent. Il n’y a pas de quoi s’en étonner. Or, ce genre de mouvement, on ne s’aperçoit jamais quand ça commence et on sait encore moins comment ça finit.

                                                                                                                                                                                               J. D.

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