La Lanterne (politique, sujets de société)

7 avril, 2013

La loi et la morale

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 16:26

Cette bien curieuse bienveillance de nos moralisateurs à l’égard de celui qui apparait désormais comme « une brebis galeuse » incite, évidemment, à se demander si l’ensemble du troupeau ne serait pas plus ou moins contaminé. Le Monde révèle que celui qui fut le trésorier de campagne de François Hollande, en 2012 - Jean-Jacques Augier -, est actionnaire de… deux sociétés off-shore domiciliées aux îles Caïman. Le moins que l’on puisse dire, c’est que… « ça la fout très mal ». François Hollande a du prendre la parole, avant-hier soir, depuis le Maroc, où il achèvait sa visite d’Etat, pour répondre à cette dernière révélation. Les valeurs morales de la gauche en prennent de nouveau, un sérieux coup, deux fois en 48 heures…

Polytechnicien, énarque (de la promotion Voltaire, comme Hollande), inspecteur des Finances, Jean-Jacques Augier a quitté la haute administration pour rejoindre André Rousselet - l’âme damnée de Mitterrand, qui fut son trésorier lors de sa campagne en 81 -, comme patron des taxis G7. Avant de partir pour la Chine et d’y faire fructifier le petit magot qu’il avait constitué à Paris en créant là-bas une chaine de librairies et surtout un certain nombre de sociétés. Que François Hollande ait choisi comme trésorier de sa campagne présidentielle, un ami de plus de trente ans, inspecteur des Finances, n’a rien d’étonnant. Mais la promotion Voltaire a produit d’autres inspecteurs des Finances aux activités autrement plus… transparentes. Le président de la République va-t-il ainsi nous raconter qu’il ignorait totalement que Jean-Jacques Augier s’était reconverti depuis longtemps, dans le business international. On attend avec impatience la suite des révélations du Monde ou les prochaines découvertes de Médiapart sur ce personnage. Ce qui est sûr c’est qu’après l’affaire Cahuzac, cette affaire Augier qui commence permet de se demander si, comme il nous l’avait affirmé, François Hollande n’a vraiment pour seule ennemie que la finance et si, en nous promettant une république irréprochable, il ne nous a pas encore raconté des balivernes.

Cahuzac a commis et reconnu des fautes qui relèvent du tribunal. Augier nous affirme qu’il n’a rien fait d’illégal en ouvrant ses comptes aux îles Caïman. On veut bien le croire… jusqu’à preuve du contraire. Mais le problème n’est pas là. Que Jean-Jacques Augier soit un homme d’affaires respectable ou pas, il s’agit avant tout d’une affaire de « morale », c’est le problème de la frontière entre le judiciable et la « morale » - si tant est que ce mot ait encore une signification dans notre pauvre pays -, et particulièrement lorsqu’il s’agit de la gauche. Ainsi, au moment même où François Hollande soulevait les foules, en disant « mon ennemi, c’est la finance », au moment même où il prenait un avantage décisif sur son adversaire Nicolas Sarkozy, en promettant de taxer les très riches à hauteur de 75 %, il avait un responsable financier de campagne - que personne ne connaissait à l’époque -, qui se révèle être un homme d’affaires prospère, avisé, ayant des investissements partout dans le monde et maitrisant de toute évidence, à la perfection, l’optimisation fiscale. François Hollande se retrouve pris au piège. Mais le piège s’est mis en place, il y a plusieurs mois, bien avant l’affaire Cahuzac.

On a eu d’abord, une déception d’ordre économique et social. Et peu à peu, la popularité des deux têtes de l’exécutif - le président de la République et le Premier ministre -, ont commencé leur inexorable chute dans les sondages. Mais maintenant, nous sommes dans une crise politique et « morale » et qui touche au cœur même de l’identité de la gauche. Le père fondateur du socialisme, Jean Jaurès, lorsqu’on lui demandait de définir le socialisme, en disait « le socialisme, c’est une morale ». Nous sommes au cœur de la culture de la gauche et c’est cela qui est touché. Ainsi, la dernière enquête Sofres qu’a publié Le Figaro, montre très bien que ça craque dans le cœur politique de l’électorat. Hollande a crevé tous les planchers dans tous les sondages, n’ayant plus maintenant que 27% des Français qui lui font confiance (ce qui veut dire, on ne le souligne pas assez, que 73% de nos compatriotes ne veulent plus de lui). Mais la chute la plus importante se situe chez les électeurs socialistes, et dans la base sociologique du PS. Ainsi, plus que 18 % des classes populaires font désormais confiance à François Hollande, et la chute la plus sévère - environ dix points -, se situe chez ces classes moyennes, qui avaient investi leur confiance, derrière la République exemplaire, derrière la présidence normale, derrière ce socialisme moral. Et quand il ne reste plus la confiance économique, plus la confiance sociale, plus la confiance politique et morale, on est en droit de se demander ce qu’il reste.

La gauche n’est pas plus morale que la droite, mais elle veut à tout prix garder ce magistère « morale ». François Hollande avait déjà perdu, le magistère économique (puisque de toute évidence, depuis onze mois, il court derrière la crise sans réussir à la rattraper), et il perd maintenant ce dernier élément. Ainsi Cahuzac n’est peut-être qu’une brebis galeuse, mais Augier démontre que la gauche hollandaise est tout aussi « caviar » que celle de Mitterrand. Cahuzac va, on peut du moins l’espérer, être condamné par la justice, et Augier, lui, entraine toute la gauche dans le box des accusés devant le tribunal de l’opinion publique…

                                                                                                                                                                                                                J. D.

4 avril, 2013

Vers une crise de régime ?

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 19:36

Jérôme Cahuzac a donc tout avoué, ou presque. Qu’il était un fraudeur qui avait placé son magot en Suisse puis à Singapour, qu’il était un imposteur ayant menti au président de la République, au Premier ministre, aux parlementaires et donc aux Français. Face à la gravité de la situation, le président Hollande s’est même résolu à prendre la parole. Il parle de « choc », d’ « outrage à la République » et affirme que l’ancien ministre du budget, Jérôme Cahuzac n’a bénéficié d’aucune protection. Pierre Moscovici tient exactement les mêmes propos, même s’il admet avoir, je cite « pêché par excès de confiance ». Ces allégations n’épargnent pas non plus Manuel Valls et Christiane Taubira - l’un à l’intérieur, l’autre à la justice -, personne ne voulant croire, vu leurs fonctions respectives, qu’ils aient tout ignoré jusqu’au bout. Ainsi, toute la journée d’hier, l’opposition n’a cessé de s’interroger sur où s’arrêtait la chaîne du mensonge dans cette affaire qui vient ébranler notre gouvernement, une crise digne de la IIIe République.

Il ne lui reste plus qu’à nous dire d’où venaient ces 600 000 euros, ce qui est tout de même une somme. Et puisqu’il a reconnu toutes les autres accusations, on peut imaginer que ces 600 000 euros proviennent bien, comme certains l’affirmaient, de pots-de-vin de laboratoires pharmaceutiques qu’aurait touchés cet ancien membre du cabinet du ministre de la Santé Claude Evin, reconverti en « consultant ». Le bonhomme serait donc, en plus, de la pire espèce des margoulins. Un fraude fiscale, mais aussi un possible conflit d’intérêt, d’autant qu’en 1997, Jérôme Cahuzac était rapporteur spécial du budget de la santé à l’Assemblée nationale et si ses collaborateurs rappellent qu’il avait à l’époque bataillé contre les laboratoires, sur le papier, son cabinet de conseil était toujours en activité. On veut croire que l’ex-député du Lot-et-Garonne n’aura pas l’impudeur de reprendre son siège à l’Assemblée, comme la loi l’y autorise, et qu’il disparaitra à tout jamais de la scène politique. Mais l’affaire le dépasse, évidemment, de beaucoup. D’abord, la gauche ne pourra plus, avant longtemps, évoquer la fameuse « morale » qui lui servait de fonds de commerce.

Plus grave encore, cette affaire éclabousse, évidemment, le Premier ministre et plus encore le président de la République. Ce sont eux qui ont choisi Cahuzac pour le mettre à un poste clé du gouvernement et le charger de… pourchasser sans pitié les fraudeurs. Or, tout le monde politique s’étonnait déjà de la fortune bien rapide de ce play-boy. Et si certains pensaient que c’était les dégarnis qui avait enrichi ce chirurgien reconverti dans les implants capillaires, d’autres se souvenaient que le consultant avait souvent su monnayer au prix fort son carnet d’adresses d’ancien membre du cabinet d’Evin. Mais aujourd’hui, il n’est poursuivi que pour avoir mis son magot à l’étranger. On nous raconte que ni Hollande ni Ayrault n’étaient au courant, et qu’ils avaient l’un et l’autre, cru Cahuzac sur parole quand celui-ci leur avait affirmé « les yeux dans les yeux » qu’il était victime de la pire des calomnies et qu’il n’avait jamais eu un sou ni en Suisse ni à Singapour. De deux choses l’une. Ou le président et son premier ministre sont des benêts ou ils nous prennent, nous, pour des benêts. Dilemme en face duquel nous nous sommes déjà retrouvés plusieurs fois.

Ainsi, c’est à la fois une crise politique et de régime, à laquelle on assiste. Car à ce niveau, on a une telle crise, avec un mystificateur, au sommet, que ça interroge sur le régime. Mais ça ne peut absoudre le gouvernement sur sa responsabilité et là il y a crise politique. L’histoire de ce pays, les faits nous plongent dans la crise de régime. Retournons-nous. Qu’avons-nous comme équivalent dans l’histoire de la République ? Est-ce que le scandale des décorations sous Jules Grévy, c’était cela ? Est-ce que le scandale de Panama, c’était cela ? C’est bien pire aujourd’hui. Parce que le mensonge devant l’assemblée, devant la France, on ne l’a jamais eu de manière aussi incandescente, aussi pure, si l’on ose dire. Quand François Mitterrand s’est prêté à un vrai-faux attentat rocambolesque, dans l’affaire de l’Observatoire, il n’était déjà plus ministre. Quand Jacques Mellick s’est prêté à un témoignage dit de complaisance, dans l’affaire Tapie, il n’était déjà plus ministre. C’était des politiciens, c’était des politicards, on peut dire que déjà, à  ce moment-là, il y avait un virus dans le fonctionnement de nos institutions. Mais là, on avait quelqu’un qui présentait, il y a quelques semaines encore, la politique de lutte contre la fraude et l’évasion fiscale de notre gouvernement, et qui le soir, regardait où en était son compte en Suisse.

La schizophrénie de cet individu nous plonge dans cette crise de régime. Pas parce qu’ils sont tous comme lui, mais parce qu’il y a eu possibilité d’accès à notre ministère du budget, de quelqu’un qui était dans cette existence-là. Et bien, on doit être en doute sur le fonctionnement, sur la sélection naturelle de notre élite politique.  Les secousses sont nombreuses et l’on est peut-être tout au bout des conséquences de cette affaire. En effet, le séisme est particulièrement fort. La démocratie se fonde sur la loi majoritaire et la République se fonde sur la notion de vertu. Si les dirigeants ne sont pas vertueux, la République ne peut pas fonctionner. La seconde raison, c’est que ce n’est pas un coup de tonnerre dans un ciel d’été, il existe un terrain déjà propice. La crise démocratique existe de façon lancinante, de manière larvée, depuis des mois, depuis des années. Elle ne cesse de s’aggraver, de s’approfondir d’affaire en affaire, d’échec en échec, sur fond de chômage et de précarité. Il y avait déjà un discrédit, le sentiment d’une inconséquence, d’une incompétence, d’une impuissance, d’une légèreté du politique et en plus une réputation d’honnêteté douteuse, auquel s’ajoute le mensonge cyniquement pur. Et donc, il y a un effet de révélation qui est saisissant et les références à la IIIe République sont les bienvenues, car évidemment il flotte sur tout cela, un parfum d’années 30.

Pour paraphraser Thierry Desjardins, on voyait que ce pouvoir s’enlisait dans les sables. Maintenant, en plus, il patauge dans la boue. Mais est-il besoin de dire qu’un tel scandale donne trois points de plus à Mélenchon, cinq de plus à Marine Le Pen et dix de plus à l’abstention ?

                                                                                                                                                                                                        J. D.

2 avril, 2013

L’Irak, dix ans après la guerre

Classé dans : Diplomatie,Monde,Politique — llanterne @ 13:57

Gangrené par la violence, la corruption et l’instabilité politique, l’Irak a marqué dans la plus grande discrétion le dixième anniversaire de son invasion par une coalition militaire américano-britannique. La guerre d’Irak, parfois connue sous le nom de troisième guerre du Golfe, a commencé le 20 mars 2003 avec l’invasion de l’Irak par la coalition menée par les Etats-Unis contre le parti Baas de Saddam Hussein. Il s’agissait de chasser Saddam Hussein et de faire triompher la démocratie. C’était aussi l’époque du « French Bashing », parce que Jacques Chirac avait dit non à l’Oncle Sam. Nous étions des lâches, des capitulards, d’infâmes pacifistes, hantés par l’esprit de Munich, des vieux Européens décadents, des alliés ingrats, qu’ils se promettaient bien de punir. L’opinion publique outre-atlantique était hantée par les attentats de New-York, alors que l’administration Bush en orchestrait la récupération.

Les Américains s’amusaient alors à récapituler toutes nos défaites depuis 1940. Mais seulement, dix ans après, les Américains doivent reconnaître que les Français n’avaient pas tort. Les plus sévères jugent le bilan de leur intervention en Irak comme un fiasco. « Les grandes puissances font rarement des choix, qui leur explosent aussi violemment à la figure », lit-on dans le prestigieux New York Times (quotidien de référence des démocrates et républicains modérés). Plus de 4 000 boys ont laissé leur vie, dans une guerre qui a coûté au bas mot, 2 000 milliards de dollars. Ainsi, George Bush avait promis de détruire des armes de destruction massive qui n’existaient pas, et d’établir la démocratie provoquant dix ans de guerre civile. On estime que plus de 115 000 civils irakiens sont morts dans les violences (essentiellement des attentats). S’ajoute aux milliers de victimes du côté irakien, près de 250 000 réfugiés, sans compter les dommages aux infrastructures civiles (services de santé, hôpitaux, routes, centrales électriques, centres de communication…), sur fond d’insécurité générale (pillages, incendies et prises d’otage).

Depuis le 18 décembre 2011, l’armée américaine a plié bagages, mais les attentats continuent, les Sunnites contre les Chiites, des Chiites contre les Kurdes. Les Américains ont disloqué cet Etat, forgé de toutes pièces par les Anglais, il y a près d’un siècle (en 1921). Les Kurdes ont pris une quasi-indépendance, tandis que les cadres sunnites de Saddam Hussein, évincés par les Américains, rejoignaient Al-Qaïda dans sa lutte contre le Grand Satan. Cependant, est-ce qu’on peut dire quand même, que l’Irak est plus démocratique en 2013, qu’elle ne l’était en 2002 ? Le droit de vote, la liberté d’expression, la multiplication des médias, oui, tout cela existe. Il y a eu installation d’un gouvernement provisoire irakien, choisi par la coalition, en vue de réorganiser la vie politique irakienne, puis le vote d’une constitution acceptée à 75 % (principalement par les Kurdes et les Chiites), accompagné du retour au pays de réfugiés politiques, exilés dans les pays voisins, l’organisation des 1ères « élections libres » depuis plus de 50 ans. Mais seulement, il n’y a pas de citoyens, seulement des communautés ethniques et des tribus… Le suffrage universel a donné les clefs d’un « d’un camion plein de pétrole », à une majorité chiite.

Outre le bouleversement des statu quo liés à la géopolitique du pétrole, en éliminant Saddam Hussein, les Américains ont abattu le seul élément résistant au voisin iranien, dans la région. Les Américains avaient pour objectif de protéger Israël et ses alliés arabes du Golfe de la menace irakienne. Ils les ont placés sous une menace iranienne, encore plus puissante, préparant tranquillement sa bombe atomique. Ainsi, on assiste avec concomitance à un double renforcement à l’est et au nord de la puissance politique de l’islam Chiite et donc de l’Iran, qui peut désormais soutenir pleinement son allié syrien, et au nord de la puissance politique de l’islam Sunnite et donc de l’Arabie saoudite. Après l’Irak et l’Afghanistan, deux fiascos, Obama a des délicatesses « d’un éléphant dans un magasin de porcelaine », pour paraphraser le truculent Eric Zemmour. Surtout ne pas bouger, pour ne rien casser. Alors, comme des enfants privés de jouets, ayant renoué avec leur isolationnisme originel, les Américains regardent avec envie nos troupes caracolaient au Mali, à la poursuite du terroriste. Ils nous admirent, ils nous louent. On fait le sale boulot à leur place.

Pourtant, rien ne dit que notre guerre-éclair au Mali servira à  quelque chose, et que les fameux terroristes ne reviendront pas, dès que l’armée française aura le dos tourné. Et rien ne dit qu’on ne fera pas là-bas, les mêmes erreurs qu’eux. Alors pour citer Eric Zemmour et cette formule concluant bien le propos « Allez sans rancune, et comme on dit chez nous, « Rendez-vous dans dix ans ! » ».

                                                                                                                                                                                                               J. D.

 

26 mars, 2013

« Ce soir ou jamais » de Frédéric Taddéï – Intervention d’Alain Finkielkraut

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 17:39

L’émission « Ce soir ou jamais », présentée par Frédéric Taddeï sur France 2, réunissait dans son dernier numéro, plusieurs personnalités, dont le philosophe et essayiste Alain Finkielkraut, le politicologue Emmanuel Todd, le démographe Hervé Le Bras, la philosophe Chantal Delsol, ainsi que Daniel Cohn-Bendit pour débattre de la morosité de l’actualité, autour du thème « La France ne se sent pas bien ? Pourquoi ? ».

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Sale dimanche pour le pouvoir !

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 16:02

Sale dimanche pour le pouvoir, avant-hier. La manifestation contre le mariage homosexuel a été un énorme succès. Comme l’observe le journaliste Thierry Desjardins, il suffit de voir les photos de la foule pour comprendre que le chiffre avancé par la préfecture de police de 350.000 manifestants est minimisé, comme à l’accoutumée. Même si le million et demi revendiqué par les organisateurs est, sans doute, un peu excessif. Mais, et c’est en cela que la journée a été importante, il ne s’agissait plus d’un baroud d’honneur pour une cause perdue. Dès le début de la manifestation, on a entendu des slogans qui dépassaient de beaucoup le débat sur « le mariage pour tous ».

Personne ne pouvait prévoir un tel raz-de-marée, alors que le texte incriminé a déjà été approuvé par l’Assemblée Nationale et va l’être sans problème par le Sénat. D’innombrables marcheurs hurlaient : « Le chômage avant le mariage » et le mot d’ordre était repris sur un grand nombre de banderoles. Ce n’étaient plus seulement les défenseurs de la famille traditionnelle qui défilaient. Ils avaient été rejoints par les « Français de base » affolés par la situation et excédés par les atermoiements et l’incapacité de François Hollande à faire face à la crise qui s’aggrave de jour en jour. Le président de la République s’était imaginé, très naïvement, qu’en jouant avec des réformes dites « sociétales » il ferait oublier au « peuple » le chômage, la dégringolade du pouvoir d’achat des classes moyennes et la misère qui frappe de plus en plus les « défavorisés ». Il s’est trompé.

En espérant calmer la gauche de sa gauche et en voulant plaire aux « bobos » homosexuels parisiens, il a simplement allumé une mèche qui pourrait faire sauter tout le baril des mécontentements. Le ministre de l’intérieur, Manuel Valls, a sans doute été l’un des rares à comprendre les risques politiques de cette démonstration de masse. Il a donc cru devoir donner aux forces de l’ordre des instructions pour réprimer énergiquement tout débordement. Une évidente maladresse qui va permettre ce matin à la presse mondiale de publier des photos d’« insurrection sur les Champs Elysées ». Bien mauvaises images pour Hollande qui guerroie au Mali, envoie des troupes en Centrafrique et fait donner les CRS au cœur même de sa capitale, pour citer M. Desjardins. Finalement, ce type n’est pas si « normal » que cela. Mais la plus mauvaise nouvelle est sans doute venue de Beauvais avec les résultats du second tour de l’élection législative partielle de la 2ème circonscription de l’Oise.

Après avoir éliminé le PS - et sa candidate Sylvie Houssin -, au 1er tour, le Front National a créé la surprise, en s’inclinant certes, mais en plaçant sa candidate - Florence Italiani -, à 800 voix, à peine, du député UMP sortant - Jean-François Mancel -, qui lui est réélu avec 51,41 % des voix. On dira que Mancel est usé jusqu’à la corde, qu’il a eu des démêlés avec la justice, qu’il a peut-être eu à souffrir de la crise de l’UMP, sans parler de l’abstention massive. Mais au 2ème tour des législatives de l’année dernière, dans une triangulaire, Florence Italiani n’avait obtenu que 22,18 % des voix, et avec une participation électorale assez faible. Et on peut ajouter qu’en 2007, Anne Fouet, la candidate du FN d’alors, n’avait recueilli que 8,21 % des suffrages, dans des conditions similaires. C’est sans doute la défaite, a confié Marine Le Pen, dont elle est le plus fière. C’est la défaite en chantant. Plutôt que de transformer une candidate inconnue, en un député inutile, Marine Le Pen a gagné beaucoup mieux. Elle fait de nouveau peur. La gauche voit le retour du spectre de Lionel Jospin et de son absence au second tour de la présidentielle, le 21 avril 2002. L’UMP est concurrencé dans son rôle envié, de 1er opposant.

Certes, une législative partielle n’est pas une présidentielle. Et l’Oise n’est pas la France. Mais comme l’analyse Eric Zemmour, « elle donne un climat, une tendance ». Elle vient après les élections en Italie, qui ont vu la victoire de l’ex-humoriste Beppe Grillo, dirigeant du nouveau courant politique « Mouvement 5 étoiles », autour de thèses anti-élites, anti-euro, anti-Allemagne et anti-mondialisation. Les médias unanimes se bouchent le nez, en dénonçant la montée du populisme. Mais dans populiste, il y a peuple. A cet effet, les experts analysent toujours cette montée du populisme, comme la conséquence mécanique du vieillissement des populations et par conséquent, des peurs conservatrices générées par un monde nouveau. C’est en réalité, l’inverse, ce sont les retraités en votant pour les deux grands partis, qui font encore tenir debout le traditionnel clivage droite / gauche. Mais les retraités ne sont plus désormais épargnés par la rigueur de la gauche.

Ainsi, cette partielle de l’Oise confirme la présidentielle, mais aussi que les électeurs ne veulent plus des candidats du PS (on l’avait déjà vu lors des premières partielles de décembre dernier, quand la socialiste de la 6ème circonscription de l’Hérault avait été largement battue par un UMP et que la droite l’avait aussi facilement emporté dans les Hauts-de-Seine et le Val-de-Marne) et qu’ils hésitent de moins en moins à voter Front National.

                                                                                                                                                             J. D.

 

 

 

19 mars, 2013

Bruxelles et les budgets nationaux

Classé dans : Europe,Politique,sujets de societe — llanterne @ 20:20

Les dirigeants européens se sont réunis en sommet, mardi dernier, à Bruxelles. Ils devaient notamment entériner l’obligation qui va être faite désormais aux Etats, de soumettre leurs budgets nationaux à la Commission européenne, avant le vote des parlements. « Cela signifie que l’on peut fermer la mêlée parlementaire du Palais Bourbon », comme l’observe Monsieur Zemmour. Les députés perdent ainsi de leurs prérogatives initiales, les commissaires de Bruxelles ayant au préalable imposé leur « diktat ».

Nos chers députés ne pourront plus que se soumettre ou se démettre. Le vote du budget, des impôts, des dépenses par les représentants du peuple, fut pourtant aux sources de la démocratie. C’est ainsi que les révolutions ont commencé en Angleterre et puis en France. Il y a vingt ans, Philippe Séguin avait prophétisé, lors du référendum sur Maastricht, en 1992 : « Ce sera la revanche sur 1789 ». L’élu d’Epinal - « la bête des Vosges », comme on le surnommait -, ne s’était pas trompé. L’autre grande arme économique des Etats, la monnaie, avait alors été confié à un cénacle de technocrates rassemblés dans une Banque Centrale Européenne, qui depuis lors, défend farouchement son indépendance. Avec les budgets sous contrôle de commissaires non élus, l’Europe ferme une parenthèse démocratique de plusieurs siècles. C’est ce que le philosophe allemand Habermas appelle « l’autocratie post-démocratique », en langage courant, la dictature des technocrates.

Chaque année, en votant la loi de finances, le Parlement donne à l’État l’autorisation de percevoir l’impôt. C’est un moment clé et l’un des temps forts de la démocratie représentative. En effet, dès qu’il est voté, l’impôt est obligatoire. Il est fondamental que l’ensemble des citoyens, par l’intermédiaire de leurs représentants, donnent leur consentement à l’impôt. C’est un acte solennel, un des temps forts de la vie parlementaire, qui se répète chaque automne et constitue un fondement de la démocratie. Le consentement à l’impôt est aux sources même du principe parlementaire. Historiquement, les premiers Parlements étaient convoqués par les souverains pour réunir les sommes nécessaires à l’État. C’était le cas en France avec la réunion des États Généraux. Reprenant l’héritage de l’Ancien Régime, la Révolution française a maintenu, développé et théorisé le rôle du Parlement dans la formation et le vote de l’impôt. Trois articles (13, 14 et 15) de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen en font un principe fondamental.

En France, les politiques bougonnent, marmonnent, protestent, mais ils sont piégés. La gauche est depuis un siècle, internationaliste, européenne, fédéraliste. Mais cette Europe fédérale se construit pour mettre en place une politique d’austérité, qui l’horripile. La droite française, depuis le général de Gaulle, est censée défendre l’indépendance de la France. Mais elle approuve cette rigueur, qu’un des siens, Sarkozy, avait accepté sans broncher. Quand les peuples votent, ils rejettent violemment la politique imposée par Bruxelles. L’Italien Mario Monti l’a rudement appris à ses dépens. Mais Bruxelles est sourde, sûre d’être dans le vrai, sûre de « sa réussite », comme dit le Portugais Manuelo Barroso, un mot parfaitement choisi par le président de la Commission. Suivant l’analyse zemmourienne, sept pays de la zone euro sont en récession, neuf sont en stagnation. Un seul pays est florissant, l’Allemagne, se donne fièrement en exemple, et inspire la politique imposée par Bruxelles, qui n’est en réalité, qu’un relais de l’actuelle hégémonie germanique.

Mais le « cocktail » berlinois de monnaie forte, de libre-échange et de rigueur répond aux besoins de l’Allemagne : sa démographie faible et son industrie puissante à forte valeur ajoutée. L’inverse exact de la France. Mais les peuples ne s’y trompent pas. Angela Merkel est souvent visée dans les manifestations à Athènes ou Madrid. En Italie, ceux qui criaient le plus fort contre l’Euro et l’Allemagne, ont gagné. Ce que Jean-Claude Barreau avait dénoncé dans « Le coup d’Etat invisible », le voici. Ce coup d’Etat invisible, Mitterrand l’a voulu. Chirac et Juppé en avaient rêvé. Delors, Jospin et Strauss-Kahn l’ont fait. Supprimer le dernier privilège du peuple français : les effets du suffrage universel. Les fanatiques de l’Europe ont gagné et ce qui était chimère devient réalité. Pendant que Bruxelles donne des directives sur le sperme de cochon, et contrôle maintenant le budget des Etats, le chômage explose chez nous. La France ne maîtrise plus son destin. Mais il paraît que c’est le progrès. La secte des gnomes européistes qui tient désormais tous les partis a réussi à dissoudre la nation et à effacer 1789. 

A Bruxelles, comme à Paris, on dénonce le populisme, on craint le retour des nationalismes. Mais les tensions montent. Il y a cinquante ans, l’Europe a été fondé au nom de la paix et de la démocratie. La démocratie ne subsiste que comme un décor. Reste la paix. Pour combien de temps ? 

                                                                                                         J. D.

18 mars, 2013

De l’usage de la démocratie en Suisse

Classé dans : Europe,Politique,sujets de societe — llanterne @ 19:57

Comme l’analysait le truculent Eric Zemmour, dans sa chronique matinale, qui me sert souvent de fil directeur, les patrons suisses « l’ont mauvaise », en ce moment. L’un des plus emblématiques, l’ancien patron du laboratoire pharmaceutique Novartis parlait même de s’exiler ! En effet, les Suisses ont décidé par référendum, de limiter les bonus et d’interdire les parachutes dorés. C’est une mesure très applaudie, côté français.

Ainsi, la gauche française les cite ainsi en exemple, se propose de les imiter. Les petits Suisses sont loués par les grands médias français, pour avoir eu l’audace d’affronter les patrons. Les Suisses se souviennent, que les mêmes, il y a deux ans seulement, avaient déversé sur eux des tombereaux d’injures pour un autre référendum, une autre  « votation » comme ils disent. Alors cette procédure était cruellement dénigrée, elle faisait le lit du populisme. Les Suisses les plus francophiles auront du mal à comprendre une telle inconstance hexagonale. Ce sont pourtant les mêmes électeurs, la même démocratie directe séculaire, qui sont glorifiés après avoir été traînés dans la boue. Le pays du secret bancaire, des montres de luxe, de Davos et des référendums interdisant les minarets est aussi celui qui implique le plus ses citoyens dans le processus de décision, loin de toute polarisation politique. La Suisse est une démocratie historique.

C’est ainsi qu’on dit tout d’un trait : la démocratie suisse, la démocratie française, la démocratie américaine, sans réfléchir qu’entre la première et la deuxième, entre la deuxième et la troisième, il y a plus que la hauteur des Alpes ou la largeur de l’Océan. La démocratie suisse, par exemple, est historique et traditionnelle ; la démocratie américaine s’est établie d’un coup dans un pays neuf ; la démocratie française, au contraire, est comme une jeune greffe plantée sur un vieil arbre monarchique. La démocratie helvétique s’est, dès l’origine, appliquée et n’a pas cessé de s’appliquer  à une confédération d’Etats ; la démocratie française, au contraire, vient se superposer, sur le tard, à un État unitaire et centralisé. La démocratie helvétique existe depuis toujours, depuis que la Suisse est née, depuis six cents ans. La Suisse est une démocratie de par toute son histoire. Elle est, de naissance, une démocratie. Mais avant tout, une particularité de la démocratie suisse est que le peuple garde en permanence un contrôle sur ses élus, car la Suisse est une démocratie qui peut être qualifiée de semi-directe, dans le sens où elle a des éléments d’une démocratie représentative et d’une démocratie directe.

En effet, en Suisse, le corps électoral dispose de deux instruments qui lui permettent d’agir sur un acte décidé par l’État : il s’agit du référendum, qui peut être facultatif ou obligatoire, et de l’initiative populaire qui est le droit d’une fraction du corps électoral de déclencher une procédure permettant l’adoption, la révision, ou l’abrogation d’une disposition constitutionnelle. Cette fois-ci, en plafonnant les salaires des grands patrons, les Suisses veulent lutter contre cet accroissement inouï des inégalités, qui sape depuis vingt ans la cohésion de toutes les sociétés occidentales, et pousse les classes moyennes à s’endetter, pour suivre, pour ne pas déchoir, habitées par la suprême hantise du déclassement social. Les Suisses essayent de préserver, vaille que vaille, une cohésion, une sociabilité, un mode de vie, une culture, un héritage. C’est le même idéal de mesures des classes moyennes, qui les animent, et s’incarnait naguère dans la notion de République, en Suisse, mais aussi en France.

Mais la gauche française a des œillères, condamnant l’insécurité sociale de ces classes moyennes et populaires - par le discours et non dans les actes -, mais refusant de considérer les autres formes d’insécurités qui hantent les mêmes. Il est vrai, que souvent la droite française a les mêmes œillères, mais mises à l’envers. A tous, les Suisses montrent que l’on peut être petit, seul, mais courageux et cohérent.

                                                                                                                                                                                                      J. D.

17 février, 2013

L’affaire des lasagnes

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 18:12

 A la « une » de l’actualité, les lasagnes ont remplacé la Syrie, Depardieu, le Mali, le mariage homosexuel et le pape. Le public se lasse vite de tout et ne s’appesantit plus sur rien. En début de semaine, ce fut ainsi la mobilisation générale autour de cette affaire de « lasagnes au bœuf » faites avec… du cheval, ce qui, il est vrai, a tout de même de quoi surprendre. La France a placé sa filière viande, mais aussi poisson sous surveillance. L’Europe réunit les ministres concernés. Décidemment, on vit une époque formidable.

Il est vrai, autrefois, tout était simple, comme l’observe le journaliste au Figaro, Thierry Desjardins. On allait chez son boucher, au coin de la rue, qui connaissait un éleveur du Charolais et on mangeait une délicieuse côte de bœuf, qui n’était ni du cheval, ni du dromadaire. Aujourd’hui - et c’est, parait-il, le progrès -, on va dans un supermarché, on achète un plat dit « cuisiné » et on ingurgite n’importe quoi, c’est-à-dire l’Europe telle qu’ils nous l’ont fagotée. Findus, à force de vendre des poissons carrés, sans tête, ni arrêtes, ceux-là ont fini par confondre les chevaux et les bœufs. Les Anglais ont découvert l’embrouille. C’est normal, ils avaient retrouvé le goût de la vache folle. « On est ce que l’on mange », disait Rousseau. On comprend mieux, ce que la mondialisation a fait de nous. Aujourd’hui, si l’on a bien compris, la viande des lasagnes partait de Roumanie, passait par un intermédiaire luxembourgeois qui avait une boîte postale en Belgique, mais dont le siège était à Chypre et les actionnaires aux Iles Vierges, puis se retrouvait dans une entreprise de Castelnaudary, puis à Metz, puis de nouveau au Luxembourg avant de faire un détour par la Scandinavie et d’arriver dans nos assiettes un peu partout à travers l’Europe. Entre temps, bien-sûr, la viande qui était du cheval était devenue du bœuf.

Mais ces lasagnes roumano-hollando-luxembourgeo-franco-chypriotes, ne sont que la pointe émergée de l’iceberg. Ceci est valable, pour tout ce que nous achetons, nous consommons, tel un exemple caricatural de cette Europe qui devait nous apporter joie, prospérité et sécurité. On nous parle des avantages du marché européen. Mais ce n’est pas un marché, c’est une foire, pour ne pas dire un « bordel » sans nom. C’est le règne du pas cher, qui rapporte beaucoup à quelques-uns… Autrefois, c’était « du producteur au consommateur ». Aujourd’hui, le consommateur est devenu un intermédiaire, pas vraiment indispensable. Toutes les marinières bleu-blanc-rouge n’empêcheront pas les produits « Made in France » de venir de partout et de nulle part… Le scandale alimentaire des lasagnes au cheval est aussi celui de notre société de consommation, qui fait qu’aujourd’hui les producteurs et les consommateurs n’ont plus aucun rôle à jouer dans l’affaire. Les maîtres du marché sont les intermédiaires, les grossistes, les financiers, les banquiers qui jouent au bonneteau avec tout et n’importe quoi. Cette « financiarisation » de tout et même des produits agricoles, qui a, évidemment, tout faussé, tout déréglé, les prix comme la qualité.

Alors, quant on parle de protectionnisme, de relocalisation, on nous rie au nez. Mais ne vous inquiétez pas, les contrôles seront renforcés, il suffit d’y croire. Comme le capitalisme a été moralisé, la finance régulée, le chômage enrayé… Déjà, les commissaires européens se sont réunis. Le communiqué officiel ne tardera pas. On est rassuré. Mais toutefois, dixit T. Desjardins, ce n’est pas en mettant au chômage les 300 salariés de Spanghero qu’on règlera le problème. Mais en ayant le courage de remettre en cause l’Europe telle qu’ils nous l’ont fagotée et tout le système de distribution de l’économie française.

                                                                                                                                                                                                             J. D.

5 février, 2013

« Z comme Zemmour » – Cette guerre-éclair au Mali

Classé dans : Diplomatie,Monde,Politique — llanterne @ 21:45

Dans sa chronique matinale sur RTL, Eric Zemmour revenait sur cette guerre-éclair au Mali. Trois semaines après le début de l’opération Serval, le gouvernement français estime que l’intervention a « réussi ». Bamako est sauvée et les grandes villes du Nord sont reprises les unes après les autres, l’ennemi ayant détalé de lui-même sans livrer le moindre combat. Et une nouvelle phase s’ouvre avec la recherche de Djihadistes ayant opéré un repli tactique dans les zones désertiques.

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30 janvier, 2013

Ce référendum anglais sur l’Europe

Classé dans : Europe,Politique,sujets de societe — llanterne @ 19:51

 Accusé de faire chanter l’Europe, David Cameron passe un mauvais quart d’heure, de Bruxelles à Berlin, en passant par Paris et même Washington. Il parait que même Pékin désapprouve. Les élites européennes et britanniques désapprouvent aussi. Son prédécesseur, Tony Blair, le condamne. Les marchés, les bourses, les banquiers, les milieux d’affaires aussi. Il faut dire que le Premier ministre de Sa Gracieuse Majesté, a exagéré en exigeant un référendum sur la sortie du Royaume-Uni de l’UE.

Demander au peuple, son avis. On n’a pas idée aussi. On dira que, malgré le tunnel sous la Manche, la Grande-Bretagne est encore une île, qu’elle regarde toujours davantage vers les Etats-Unis que vers le vieux continent, qu’elle est entrée à reculons dans l’Union et qu’elle n’a jamais voulu adopter l’euro. Mais cela dit, les Anglais ont de la chance. Cela fait bien longtemps qu’on ne nous a plus demandé, à nous autres, ce que nous pensions de cette Europe qu’on nous avait présentée jadis comme une aimable confédération d’Etats-Nations. Il parait que Cameron pousserait l’incongruité, jusqu’à se soumettre à la volonté du peuple britannique. Pourtant, Sarkozy lui avait donné le bon exemple, le ton, l’on pourrait dire : un référendum sur l’Europe, on s’assoit dessus, ou alors on fait revoter en catimini, jusqu’à ce qu’un oui s’en suive. Et si le non l’emportait, pourquoi pas démissionner, tant qu’on y est, comme un vulgaire général de Gaulle, en 1969. La dernière fois qu’on nous avait demandé notre avis, nous avions dit très clairement « non » et nos dirigeants - en l’occurrence Sarkozy qui ne l’a pas emporté au paradis -, n’en ont tenu aucun compte. Ils savent mieux que nous ce que nous souhaitons.

Les Anglais, eux, ont refusé les douceurs de l’euro, qui devaient nous conduire sur les voies de la croissance et de la prospérité, pour paraphraser Eric Zemmour. Depuis vingt ans, la zone euro est la région du monde où la croissance est la plus faible. Les Anglais veulent continuer à bénéficier de leur propre planche à billets, comme les Américains, les Japonais ou les Chinois. Ils ont aussi refusé les joies de Schengen, qui permet de recevoir des centaines de milliers d’immigrés, dont personne ne veut. Ils refusent aussi de se soumettre à l’impérium de la grande puissance du continent, l’Allemagne. Les Anglais nous comprennent mal, nous qui cédons au lyrisme illusoire du couple franco-allemand. « Un couple, disait Oscar Wilde, c’est quand deux personnes ne font qu’un ». Mais lequel ? Ils sont susceptibles, en plus. Ils ne supportent pas, après la suppression des frontières, la monnaie, de voir leurs lois, fabriquer par des technocrates bruxellois. Ils ont la prétention de continuer à les faire aux Communes à Londres. Ils appellent cela, la démocratie parlementaire. Ils refusent aussi que des juges étrangers à La Haye, leurs fassent des remontrances sur les droits de l’homme. Comme s’ils se prenaient pour le pays de l’Habeas Corpus.

Depuis cette annonce, on menace aux entreprises britanniques de leur fermer le marché européen. Mais le marché européen est le plus ouvert au monde. Les Américains, les Chinois, les Japonais y entrent comme dans du beurre. Et l’industrie britannique est en train de se refaire une santé, grâce à une monnaie faible et des lois sociales encore plus faibles. Comme le conclut M. Zemmour,  décidément, ce populisme britannique qui ne reconnait que son propre intérêt s’avère intolérable…

                                                                                                                                                                                                      J. D.

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