La Lanterne (politique, sujets de société)

26 janvier, 2013

Le prix de la métamorphose

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 18:26

Encore récemment, nous décrivions un François Hollande agaçant, plus qu’apaisant, et disons-le aux abois. Apparemment, le président a repris des couleurs, le voilà négociateur, chef de la gauche sur le mariage homosexuel, chef de guerre au Mali. Les communicants de l’Elysée s’activent, se trémoussent. Enfin, Flamby aurait tourné président. Il a fait des choix. Il est vrai, qu’en une semaine, il a eu son accord, sa manifestation, sa guerre. Mais le prix de la transmutation de plomb en or est élevé.

Ainsi, il consacre dans le droit du travail, cette flexibilité que la gauche vouait aux gémonies de l’ultralibéralisme depuis trente ans. Il ressuscite dans les sables du Sahel, cette Fançafrique, qu’il dénonçait lui-même avec véhémence, il y a encore quelques semaines, déclarant la guerre sans débat au parlement, comme un vulgaire gaulliste, et sans soutien de nos voisins. Enfin, il met dans la rue près d’un million de personnes pour une réforme sociétale, qui  n’est pas réellement son genre, alors qu’il avait promis de pacifier le pays. Il est contraint de passer en force, alors qu’il s’était fait le chantre de la négociation. Au passage, il se met à dos une France provinciale de culture catholique, d’où il vient, qui ne lui était nullement hostile, tant elle avait été excédée par l’ostentation de nouveau riche de son prédécesseur, comme l’analyse Eric Zemmour. Mais il doit donner des gages, à une gauche radicale, qui le déteste, le méprise, justement en raison de ses choix économiques et accessoirement géo-stratégiques.

Alors ses contradictions le rattrapent. Il essaye désespérément d’y échapper. Il lance quelques rideaux de fumée. Ainsi, Michel Sapin insiste sur les petites sucreries sociales concédées à la CFDT. Fabius, Le Drihan répètent à satiété, que nous faisons la guerre à des terroristes, à des criminels. Ils ne peuvent avouer, bien-sûr, que nous combattons les frères de ceux que nous soutenons en Syrie, tous financés par le Qatar, grand ami de la France. En lançant nos troupes d’élite contre des bandes de « terroristes », qu’il prend pour des bandits de grands chemins, François Hollande n’a pas compris qu’il déclarait en fait la guerre au Salafisme, c’est-à-dire l’Islam qui domine tout le Sahel. Sans discuter du bien fondé de cette intervention, après le succès de cette première phase, viendra ensuite la seconde et le risque d’enlisement, si elle n’est pas suivie d’effets. Et même si comparaison n’est pas raison, suivant l’analyse du journaliste Thierry Desjardins, il faut bien dire que le Mali ressemble étrangement à l’Afghanistan. Du désert et des montagnes à perte de vue dans lesquels une armée venue d’ailleurs a bien peu de chance de s’y retrouver. Dans un pays épouvantablement pauvre, une mosaïque inextricable de tribus et d’ethnies aux langues et aux cultures différentes qui se sont toujours affrontées.

Enfumages, dissimulations ne disparaissent pas en quelques jours. C’est qu’Hollande joue gros. C’est que le chômage ne baisse pas, en dépit des cadeaux faits aux entreprises, que l’armée française risque l’enlisement au Mali, comme les Américains en Afghanistan, que les manifestations massives se succèdent contre le mariage homo… Et suivant cette tirade zemmourienne, concluant bien le propos : « Hollande sera alors lacéré par la droite, et piétiné par la gauche. Comme crucifié »…

                                                                                                                                                                                                      J. D.

26 décembre, 2012

Tapie, le retour

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 21:26

Certains affirment que l’histoire ne se répète jamais. D’autres, sans doute plus judicieux, font remarquer qu’il lui arrive bien souvent de repasser les mêmes plats. Nous avons ainsi aujourd’hui l’impression de revivre certaines scènes déjà vues, et que notre petite histoire politique ressasse inlassablement. En France, le rachat du Groupe Hersant Médias (GHM) par Bernard Tapie provoque autant de remous et suscite toujours autant d’émoi. Tapie a réussi son retour, il va devenir patron de presse, à la tête de La Provence, Nice-matin, Corse-matin. Les années 80 sont à la mode. Tapie revient à Marseille, comme au bon vieux temps de   « nanar ».

Dans son livre intitulé La décennie, le grand cauchemar des années 80, paru aux éditions de La Découverte en 2006, François Cusset retraçait en treize étapes ce que nous ont légué « les années fric ». Années fric, années Tapie, années 80 sont devenues synonymes. Alors Tapie chantait le blues du businessman. Son franc-parler, son physique et sa force de conviction le font citer en exemple par les médias, qui l’élisent « Homme de l’Année » en 1984. Son succès dans les affaires n’est en tout cas contesté par personne à l’aube des années 1990. Galvanisé par son expérience dans le cyclisme, Bernard Tapie décide de tenter la même réussite dans le football. En 1986, il répond à l’invitation d’Edmonde Charles-Roux, veuve de l’ancien maire de Marseille Gaston Defferre, de reprendre l’Olympique de Marseille (OM), préfigurant son engagement politique marseillais, dès 1987, puis à l’échelle nationale, au travers son bref passage au ministère de la ville. A l’époque, au ministère des finances, Pierre Bérégovoy, intimidé par l’arrogance des hauts-fonctionnaires du Trésor, donnait les clefs aux banquiers, tandis qu’à Bruxelles, un autre socialiste méritant, Jacques Delors, leur ouvrait en grand les chemins de l’argent mondialisé. L’argent n’avait jamais été aussi à la fête, depuis Napoléon III.

Près de trente ans plus tard, après les excès et les dégâts que l’on connaît, un autre gouvernement socialiste promettait de refermer la parenthèse dorée. François Hollande avait retrouvé, pour l’occasion, le souffle épique de François Mitterrand dans les années 70, au travers son fameux discours du Bourget contre la spéculation et la finance mondialisée. Mais le prosaïsme des années 80 avait rapidement pris le dessus.  « I’m not dangerous », avait-il même glissé entre deux plaisanteries. La réforme bancaire - concoctée par le gouvernement -, a beau annoncé pompeusement  « une régulation renforcée », c’est un martinet sans fil. Comme l’analyse Monsieur Zemmour, même les Anglais et les Américains sont plus exigeants et plus sourcilleux avec les activités spéculatives, c’est dire. Il est vrai que ce sont les hauts fonctionnaires du Trésor, qui ont concocté cette loi, en lorgnant déjà sur le fauteuil doré, que leur ont préparé une de ces banques qu’ils étaient censés égorger. Les banquiers français peuvent dormir sur les deux oreilles. Aujourd’hui, sur les 8000 milliards d’euros de bilan des banques françaises, seulement 22 % sont prêtés à l’économie réelle.

Dans le même temps, Tapie joue avec son magot au comte de Monte-Cristo prenant sa revanche, sur tous ceux qui l’avaient envoyé en prison. Dans le célèbre roman de Dumas, il avait été enfermé dans une forteresse près du vieux port. Homme d’affaires symbole des années fric et frime, le retour de Bernard Tapie inquiète les socialistes marseillais, à l’approche des municipales de 2014. Les businessmen rêvent toujours d’être des artistes. Les années 80 brillent de tous leurs feux. Comme d’habitude, la gauche se couche devant la finance, en faisant semblant de la menacer. « Les businessmen rêvent d’être des artistes. Et les artistes devenus des businessmen sourcilleux et avisés, vont planquer leur magot en Belgique »…

                                                                                                                                                                                                      J. D.

3 décembre, 2012

UMP : vers l’implosion programmée

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 21:40

Après avoir créé la surprise, en l’emportant de 98 voix face à François Fillon, que l’on donnait pourtant favori, Jean-François Copé a été proclamé, une nouvelle fois, mercredi soir, par cette fois-ci, la commission des recours de l’UMP, président de l’UMP. Une fois de plus, François Fillon conteste cette victoire. Le feuilleton n’en finit pas. C’est une guerre d’hommes, un affrontement de caractères, d’égos, de styles opposés, dépouillé de considérations politico-idéologiques réelles. Ainsi, Copé refuse d’abandonner, de lâcher l’appareil du parti, vaille que vaille, quoi qu’il en coûte. Fillon a déjà vraisemblablement renoncé à être président du grand parti de l’opposition, mais veut faire tomber son adversaire avec lui.

Il est vrai, Fillon devait gagner, Fillon avait gagné. La victoire serait large, incontestable. L’ancien premier ministre avait accumulé sur cette base optimiste, les ralliements de notables de l’UMP, y compris chez certains soutiens de Copé, les Baroin ou Pécresse. Bien-sûr, aujourd’hui ils accusent les fraudes, le bourrage des urnes, l’organisation du vote, ainsi que les pressions sur l’appareil. Ils n’auront pas forcément tort. Sauf que l’essentiel est ailleurs. Ils pensaient jusque-là, que l’avance de l’ex-premier ministre serait telle, qu’elle absorberait les trucages divers et variés. Ils se sont trompés, ils se sont leurrés, ils se sont aveuglés, laissant leur champion s’enfermer dans une ligne vraisemblablement trop centriste, qui l’a étouffé, laissant Fillon rejeter la supposée droitisation de son adversaire. C’est le virage centriste, barriste – UDF de Fillon, qui a redonné de l’oxygène à Copé. L’ancien secrétaire général de l’UMP se savait guère aimé, par son profil d’énarque ambitieux, jusqu’à l’arrogance, qui ne se sera pas effacé le temps d’une campagne, même s’il a manifesté partout et pour tous, une affection trop ostentatoire pour être sincère. Suivant l’analyse zemmourienne, « Copé fait de la politique à la papa, comme Chirac dans les années 70, s’emparant à la hussarde du vieux parti gaulliste ». Fillon, lui, veut prendre sa revanche, devant les juges, ou mieux encore, devant le groupe parlementaire. Mais seulement, la politique rattrape les hommes, l’idéologie finit par rattraper les égos.

En effet, il est vrai, Copé et Fillon étaient au départ, des frères siamois. Ils étaient des héritiers de la chiraquie, européistes et libéraux, ayant intériorisé les contraintes de l’Europe, et de la mondialisation. Mais seulement, après des mois de campagne, c’est leur destin qui en sort transformé. Fillon aura incarné jusqu’à la caricature, les notables qui le soutenaient en masse. Copé a appliqué les consignes de Patrick Buisson et ses assauts sémantiques. Jusque dans le score au final, du 50 / 50 soulignant bien cette scission au sein de l’électorat UMP, une scission entre ligne Buisson / ligne Guaino. Ainsi, la virulence et la vélocité de la lutte entre les deux hommes, aura exacerbé les différences idéologiques, et cela bien au-delà de leurs convictions réelles. L’échec de la médiation s’avère ainsi révélatrice de la fin d’une époque, de la fin de l’UMP, de cet animal hybride forgé par Juppé et Chirac, reposant sur un compromis soigneusement dissimulé. Aux élus RPR revenaient l’essentiel des places, aux élus UDF, les idées. Donc la ligne politique de l’UMP serait celle de l’UDF, à savoir libérale et européenne. Mais toutefois, ce grand parti centriste de Juppé a du plomb dans l’aile. Il est même pour ainsi dire mort.

Déjà, les militants l’avaient condamné, en ne remettant pas les clefs du parti à Fillon. Mais les électeurs de droite eux-même, l’avaient mortellement blessé, en plébiscitant la campagne iconoclaste, bien que tardive, de Sarkozy sur les frontières. Le clivage se situe entre les militants et les sympathisants, d’une part, et les élus notabilisés, d’autre part, demeurés pour la plupart, sur la ligne centriste de l’UMP de 2002, en dépit de revers comme celui de 2005. Mais toujours suivant l’analyse zemmourienne, un échec de Juppé, qui fait aussi remonter à la surface une vieille histoire. En 1990, un combat avait divisé le RPR d’alors. D’un côté, Séguin et Pasqua, de l’autre, Chirac, Juppé, Balladur et le jeune Sarkozy. Séguin et Pasqua reprochaient à Chirac et Juppé de notabiliser le mouvement gaulliste, d’abandonner la ligne du général de Gaulle, de transformer un mouvement populaire, social, national, en un parti centriste, libéral, européen, en gros, d’aligner le RPR sur l’UDF. Les deux hommes prophétisaient que le RPR perdrait et le peuple, et la nation. Ils furent vaincus. Contrairement, à Copé et Fillon, pris dans leur duel fratricide, ils acceptèrent alors de bonne grâce leur défaite. Mais ils avaient vu juste. Le RPR s’aligna alors sur l’UDF, jusqu’à se fondre dans l’UMP. Juppé avait vaincu Séguin.

Mais vingt ans plus tard, l’œuvre de Juppé, l’ancien premier ministre « droit dans ses bottes », explose ou plutôt implose. Séguin, « la bête des Vosges » comme on le surnommait, prend sa revanche posthume. Ainsi, Fillon et ses notables constitués en groupe, n’ont plus qu’à rejoindre les centristes autour de Borloo et son nouveau parti, l’UDI. Copé, quant à lui, n’a plus qu’une solution : refaire le RPR, pour affronter sur son terrain, le FN, dans une lutte sans merci. Ils n’ont maintenant plus le choix…

                                                                                                                            J. D.

9 novembre, 2012

Ce débat autour de l’homoparentalité

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 18:26

A l’heure où quelques pays européens ont déjà accordé aux couples gays le droit au mariage et à l’adoption, la question fait débat en France, prenant depuis ces derniers temps, une certaine résonance. Il est vrai, que sous la pression électorale, Nicolas Sarkozy, durant son mandat - et cela dès 2007 -, aura même déjà songé à équiper les candidats éventuels d’un véritable kit familial. En effet, avec le contrat d’union civile, assimilable en tout point au mariage, une trouée était déjà ouverte aux tenants du mariage homosexuel, ainsi qu’en filigrane, à une autre problématique se posant consubstantiellement, l’adoption par des couples homoparentaux.

Et pour se faire, l’habile lobby avait trouvé un slogan digne d’une campagne publicitaire à la Séguéla : « le mariage pour tous ». Effrayée par la ringardisation décrétée par les médias, ces derniers jours, la droite restait tapie dans l’ombre, et l’Eglise laissait partir en éclaireur, le Grand rabbin de France. Réclamer le mariage pour les homosexuels aura été le dernier subterfuge de ces militants d’extrême-gauche aguerris, toujours à l’affut d’une nouvelle revendication, justification même de l’existence de certaines associations, dans une sempiternelle fuite en avant. Mais seulement, comme l’analyse Monsieur Zemmour, le lobby semble avoir vu trop gros. « Il tenait le mariage, il voulait les enfants ». Il est vrai, comme l’expose judicieusement Béatrice Bourges (auteur d’un ouvrage sur le sujet), si le droit à l’enfant revendiqué par les couples homosexuels - tel une nouvelle revendication exhibée par certains lobbies, et le dernier droit d’une société consumériste et hédoniste -, se trouve bien au cœur de ce des nouvelles expériences sociojuridiques, étrangement, le droit de l’enfant lui-même semble avoir été relégué aux oubliettes. Car peut-on réellement croire à la neutralité de la sexualité parentale dans la construction psychique de l’enfant ?

Pour le PaCS (au demeurant, fort mal négocié, à l’époque, car laissant trop de questions jurisprudentielles en suspens), « le lobby avait réussi à endormir les consciences, en jouant sur l’utilitarisme de chacun ; un droit de plus pour les homos, mais qui ne vous enlève rien », pour citer l’inénarrable Monsieur Zemmour. Mais cette fois, l’égoïsme utilitariste s’est retourné : un droit de plus pour certains, qui chamboule tout, jusqu’à la terminologie « père - mère » du livret de famille, remplacée par « parent 1 - parent 2 ». Des homosexuels se révoltent à leur tour contre l’emprise de ce lobby gay. Pour leur part, ils n’avaient jamais eu l’intention de se marier, demandant seulement à vivre tranquillement leur sexualité, pouvant avoir, à la rigueur, un neveu ou une nièce auxquels ils étaient attachés. Il est vrai, les grands écrivains homosexuels s’étaient, au passage, toujours moqués du mariage et même de l’amour, où comme disait Oscar Wilde, « on commence à se tromper soi-même, puis on finit par tromper l’autre ». En outre la souffrance chroniquement observée chez les enfants adoptés, qui n’ont de cesse de retrouver le père et la mère dont ils sont nés, ne risque-t-elle pas de s’aggraver dans le cas où la famille d’accueil ne représente même plus ce modèle ? Et quand sera-t-il de l’insertion sociale de l’adopté, dans le cas présent, surtout durant la petite enfance, puis l’adolescence, à une période où les enfants sont particulièrement cruels entre eux ?

En passant au crible, tous les arguments politiquement corrects en faveur de l’homoparentalité, Béatrice Bourges démontre également la nécessité d’une filiation parfaitement reconnaissable par les enfants, à travers la possibilité de se différencier sexuellement de leurs parents. Les chiffres sur l’adoption sont également à rétablir, dans un contexte élargi aux frontières de l’Europe. Au travers les résultats d’une vaste expertise dans différents domaines (psychanalitique, sociologique et juridique), sont ainsi dénoncés les véritables enjeux de société, se dissimulant derrière cette revendication marginale, au sein de la communauté homosexuelle, et à laquelle, il conviendrait plus que jamais, de se voir appliqué le sacro-saint principe de précaution. Puisque l’on ne devient pas enfant, mais l’on « naît » enfant.

                                                                                                                                                                              J. D.


26 juin, 2012

La vague rose

Classé dans : Politique — llanterne @ 2:19

Sur le plan politique, l’actualité aura été marqué électoralement, ces derniers jours, par cette spectaculaire vague rose. Le PS, les Verts, et les divers gauche remportent 331 sièges aux élections législatives. Majorité absolue à l’assemblée, contrôle du Sénat, de l’essentiel des exécutifs, jamais la gauche n’aura été si confortablement installé. Le PS détient les « pleins » pouvoirs. Mais alors victoire ou trompe-l’oeil ? Pour l’instant, prise dans l’euphorie, la gauche loue son chef vénéré, la droite, plus perverse et encore discrète, tapie dans l’ombre de ce jeu de chaises musicales, prépare sa future mise en accusation.

Par voie de conséquence, il est vrai que François Hollande sera jugé responsable de tout. Il reste, en effet, plus puissant dans les apparences, que son maître spirituel, François Mitterrand, qui subit l’opposition d’un Sénat vindicatif, comme de Gaulle en son temps. Mais comme nous le savons bien, un pouvoir absolu qui reste assez largement illusoire. Car contrairement à 1981, l’essentiel des compétences régaliennes, depuis Maastricht et les traités européens successifs, ont été rétrocédées au niveau bruxellois. La politique monétaire est dictée à Francfort, bien qu’elle fut un choix régalien, pendant des décennies pourtant, de Poincaré à Pinay, en passant par Barre, ferraillant dur à l’époque, contre les attaques monétaires du Mark. Des marges infirmes sont laissées à la politique budgétaire par les règles européennes et le poids colossal des dépenses publiques. Ne reste à Hollande que la faculté d’augmenter les impôts. On ne tardera pas à s’en apercevoir. Même le ministre du redressement productif, Arnaud de Montebourg, est pieds et poings liés.

Longtemps, son maroquin fut baptisé ministère de l’industrie. Mais toutefois était-ce au temps, où il y avait encore une industrie française. Ainsi, Montebourg se place sous la glorieuse tutelle de Colbert, pour signifier l’opiniâtreté industrialiste insufflée par l’Etat. Mais Richelieu, Colbert, Louvois et leurs successeurs avaient encore une monnaie et des frontières. Montebourg n’a ni l’une, ni les autres. Et il le sait mieux que personne, lui qui aura voté non au référendum de 2005, et qui aura défendu des thèses protectionnistes, autour de son fameux concept de démondialisation. Ainsi, Montebourg est aux commandes, mais ne dispose que de très peu de manettes. A Bercy, il aura au-dessus de lui, Pierre Moscovici, qui ne fera rien, qui ne puisse agacer Bruxelles. Et à Bruxelles, règne toujours des libéraux convaincus que le marché - dans ses articulations utra - libérales actuelles -, règne pour le bien commun.

Mais pour enrayer ce destin tragique, Arnaud de Montebourg ne peut pas améliorer la compétitivité des entreprises françaises, en baissant leurs charges, puisque François Hollande a prévu de les augmenter. Alors Montebourg parle de recherche, de fiscalité, il fait avec les faibles moyens qu’il a, comme ses prédécesseurs. La Banque Publique d’Investissements, qu’Hollande annonçait pendant sa campagne, a déjà été créé par Sarkozy. Mais c’est l’argent qui manque le plus. L’Europe que Montebourg appelle désormais au secours, dépend surtout du bon vouloir allemand. Mais le temps presse, les plans sociaux et les fermetures de sites retardés pendant la campagne vont tomber drus. Et Montebourg jouera les pompiers de service, comme ses prédécesseurs. Parer au plus pressé dans l’urgence, courir après les patrons des grands groupes mondialisés, solliciter, quémander, vitupérer et au final, pour la plupart du temps échouer… Même la politique d’immigration a été transféré à Bruxelles par le traité de Lisbonne, que Sarkozy aura fait ratifier en 2007. Selon les derniers accords européens - Valls ayant ratifié ce que Guéant avait négocié - la France pourra rétablir ses frontières, en cas de circonstances exceptionnelles. Mais pour Sarkozy, la situation était totalement identique.

En 2007, ce-dernier avait été élu sur le supposé retour du politique, faisant de son énergie médiatisée, un gage de son efficacité. Le mythe de l’hyper-président fut ainsi inventé, voile qui fardait bien la réalité de l’hyppo-président, dénué de prérogatives. Et les Français lui auront fait payer chèrement cette stratégie de com’. Hollande fait de la com’, là aussi. Il fait mine de rétablir les anciens usages, autour du mythe du président normal, avec un premier ministre qui gouverne, et un chef de l’Etat en charge de l’essentiel, comme aux temps glorieux des débuts de la Ve. Seulement l’essentiel, le président n’en a plus la charge. Notre roi n’est plus empereur en son royaume. Même Chirac ne l’était plus, depuis Mitterrand, le dernier monarque républicain. C’est l’empire qui gouverne dans son royaume, l’Europe. Mais il en va de même de notre politique étrangère. Notre budget militaire se réduit comme peau de chagrin, Madame Aubry ayant déjà prescrit des coupes sombres,  l’AVAT - aviation légère de transport -, pour l’exemple, ne disposant plus d’aucun appareil à l’heure actuelle, pour couvrir certains théâtres d’opérations. On ne construira plus d’avions tout seul, même en coopération avec les Anglais, comme au temps des années Jaguar. Et encore, ne serions-nous plus sûrs de faire aussi bien aujourd’hui…

Seulement les Français s’en sont aperçus. Les 40 % d’électeurs qui ne se seront pas déplacés (les actifs, les plus pauvres, les plus jeunes, jadis électeurs de gauche), se sont servis d’Hollande pour se débarrasser de Sarkozy. Puis lui ont tourné leur dos, rentrant dans leurs tanières, désillusionnés, abandonnant les élites politico-médiatiques et les plus âgés, à leurs simulacres démocratiques

                                                                                                                               J. D.

10 juin, 2012

Ce scrutin invisible

Classé dans : Politique — llanterne @ 4:55

Ce dimanche sera marqué par le premier tour des législatives, les premiers sondages nous apportant quelques indications, prémonitoires. Mais évidemment nous avons noté, depuis quelques jours, le faible intérêt porté à ce scrutin. On ne peut pas dire, que la France soit mobilisée par ce vote… On s’en moque, on s’en fiche, on en a cure… La campagne présidentielle a pu susciter ces mêmes sarcasmes désabusés. Mais pour une participation finale assez remarquable. Mais cette surprise ne devrait se renouveler pour les législatives, tous les analystes sont prêts à en prendre les paris. A ce titre, le vote des Français de l’étranger a été éclairant - il y a quatre jours -, avec seulement 20 % de participations…

Ainsi, l’UMP peut en être partiellement rassénéré. Un taux d’abstentation élevé ruinerait les prétentions du Front national, de multiplier les triangulaires de second tour à ses dépens, comme en 1997. Mais l’abstention massive la privera aussi d’électeurs et donc d’élus. Selon une loi établie depuis 1981, et ainsi respectée - renforcée par la logique du quinquennat -, après la présidentielle, le camps du vaincu se démobilise. A ce titre, le seul enjeu subsistant concernerait donc la répartition des voix entre différentes tendances de gauche (le PS, le Front de gauche, et peut-être les verts). A savoir une question politique, voire politicienne. La droite sortante est épuisée, et comme on le voit à Hénin-Beaumont, les arguments échangés restent assez convenus. L’UMP dénonce le matracage fiscal qui nous attend, et le laxisme judiciaire déjà entamé. Le Parti socialiste veut et demande une majorité présidentielle.« Une majorité pour le président », tel était déjà le slogan du parti gaulliste, sous le président Pompidou.

Hollande, ce Pompidou de gauche, fait de l’électoralisme normal. En réalité, François Hollande n’aura pas réellement été en campagne. Il est un président, un président normal, mais un président quand même, au-dessus des partis. Et les législatives sont l’affaire des partis, à savoir de Martine Aubry, et du chef du gouvernement, Jean-Marc Ayrault. Le discours est ainsi bien rodé, le plan com’ présidentiel repose sur un anti-sarkosyme, dont Hollande ne se lasse pas, encore pris dans l’euphorie de l’après second tour, et de son élection d’il y a un mois, marquant ainsi soigneusement sa différence avec son prédécesseur. Hollande aura donc été, quinze jours durant, en campagne électorale déguisée, à pas feutrés. Sa simplicité affectée, ses voyages en train, en voiture, les premières décisions annoncées, du coup de pouce au Smic, à l’amélioration de la retraite des mères de famille, en passant par Montebourg jouant au pompier des plans sociaux s’annonçant. Dans une campagne marquée par le sociétal, le sociétal, toujours et encore le sociétal (de la suppression des tribunaux correctionnels pour les multi-récidivistes, au reçu désormais exigé des policiers, lors des contrôles d’identité). Il convient de na pas perdre de vue, le vote des habitants de la banlieue, à prendre en compte, et à remobiliser, en faveur des législatives.

Les Allemands ont ainsi bien compris, que le temps du compromis viendrait certainement après les législatives, paraissant assez évident, ses marges de manoeuve étant très faibles, qu’Hollande réajustera le tir, l’euphorie retombée… Même la politique étrangère, ces derniers jours, en a été emportée, orientée par ce vent électoral, du vrai-faux départ des troupes d’Afghanistan, qui a exaspéré l’état-major, mais qui aura plu à une opinion qui est las, au bout de dix ans, du bourbier afghan. Et tant pis, si Hollande se contredisait, en annonçant une intervention militaire en Syrie, qu’il sait impossible, dans l’immédiat (en tout cas, pas à la lybienne). Mais il lui faut d’abord, faire risette à BHL, et à toute la gauche droit-de-l’hommiste, tenant les médias. L’UMP n’ose pas réclamer une cohabitation, par les urnes, dont elle conteste le principe, aspirant seulement au rôle titre de contre-pouvoir.

Pour Hollande, il faut que le parti socialiste est la majorité à lui tout seul, ou au moins avec les alliés verts et radicaux. D’où une campagne et une politique penchant - pour l’instant -, à gauche toute. Ainsi en cas de non majorité absolue, pour les socialistes, de nombreux débats sociétaux, portés par la gauche depuis le milieu des années 80, à l’image du droit de vote aux étrangers, pourraient passer par la voie référendaire. Dans une approche subliminale, d’ordre historico-constitutionnel, on pourrait dire que c’est le triomphe complet du général de Gaulle, qui avait l’ambition de faire de la présidentielle, l’élection reine, lui qui ne supportait pas la prétention de la chambre des députés d’incarner la nation. Ce régime honni des partis, qui vont « à la sou-soupe », ce parlementarisme à l’origine de l’instabilité ministérielle de la IVe. Mais aussi historiquement, il est vrai, une vieille querelle qui remonte à 1789, et au conflit de légitimité entre le Roi et l’assemblée du Tiers-Etat.

Cependant, ce meurtre de sang-froid des législatives serait dans une approche paradoxale, imputable à un membre éminent de cette gauche, par tradition parlementaire. On veut ainsi nommer Lionel Jospin, qui plaça en 2000, par inversion du calendrier, les législatives dans la foulée de la présidentielle, en faisant ainsi une échéance seconde, et donc définitivement secondaire. Car ce sont bien les hasards du calendrier, qui entrent ainsi en ligne de compte. Et cela, alors que Jacques Chirac avait déjà privé la France, de l’originalité d’un long mandat présidentiel de sept ans, qui aurait donné au chef de l’Etat, la légitimité, la majorité et la durée nécessaire pour réformer. Estimant que sa majorité parlementaire était trop faible, il promulgua la dissolution de l’assemblée en avril 1997, et réorganisa des législatives, suivant alors les conseils « judicieux » de Dominique Galouzeau de Villepin. Et cela pour le résultat que l’on connait, la victoire socialiste et cinq ans de cohabitation

Ainsi, de nombreuses voies s’élèvent désormais. Tant qu’à faire, que l’on achève le travail, et que l’on regroupe les échéances électorales au même jour. Tout le monde sent bien, que cette campagne électorale des législatives est celle des faux-semblants, au débat si artificiel, si convenu, si peu mobilisant. Le gouvernement ne dit rien, du moins rien qui ne soit désagréable, soucieux de ménager sa base électorale. Comme si c’était déjà les vacances, mais bien que la rentrée et l’heure du réveil, soit pour le lendemain, le 17 juin. Au soir du second tour des législatives, la réalité rattrapera enfin notre président en campagne déguisée, depuis si longtemps.

                                                                                                                J. D.

 

7 juin, 2012

Copé-Fillon : combat de coqs autour d’une succession

Classé dans : Politique — llanterne @ 6:00

Nous avons noté cette petite phrase de François Fillon, qui était récemment l’invité de Jean-Michel Apathie, sur RTL. L’ex-premier ministre a ainsi affirmé « qu’il n’y a plus de dirigeant naturel à l’UMP », et cela à quelques jours des législatives, comme l’analysait récemment E. Zemmour et V. Parizot, au micro de RTL. Et ajoutant dans un entretien accordé au Figaro Magazine « il y aura une compétition », mais « la compétition ne signifiant pas la division ». C’est ainsi l’affiche de demain, le combat de coqs qui se prépare dans les coulisses. C’est la primaire prévue dans cinq ans, mais qui n’intéresse personne encore aujourd’hui…

C’est bien là, le drame des vaincus. Copé ou Fillon, il est vrai, on s’en moque toutefois un peu. Et les deux hommes ne l’ignorent pas, alors ils feignent jouer la carte de l’unité. La famille sortante rassemblée, pour le meilleur et pour le pire, face à l’adversité, le collectif dont tout le monde semblerait se détourner, Copé ferraillant dur avec la gauche, et Fillon posant en éternel homme sage. Il est vrai, qu’en tant qu’ancien chef du gouvernement, François Fillon pourrait revendiquer le statut de héraut de l’opposition, si toutefois – si, étant là le mot « pivot » -, pendant ces cinq ans à l’hôtel Matignon, il avait été réellement le chef de la majorité. Jean-François Copé a ainsi pris, sans coup férir, la tête de l’UMP. Il aura parié en cachette, sur cette défaite du candidat sortant, et cela pour enfin pouvoir devenir le candidat autoproclamé de la droite, en 2017. Bien que son image et sa popularité ne soit pas réellement au rendez-vous, c’est à cette gageure risquée et machiavélique, de fin limier, que Copé se sera fié. Mais depuis, il a tenté de faire oublier ce pari alambiqué, en se posant habilement en « homme lige du candidat Sarkozy », maintenant défait, celui qui ne lui aura jamais fait défaut, « celui dont la pugnacité contre François Hollande n’a jamais faibli ».

Au sein de l’UMP, Copé a gagné la partie, au sein de la base militante, mais de la base militante seulement. Plus consensuel, Fillon est plus populaire au sein de l’opinion publique. Mais dans l’immédiat, Copé et Fillon ne croient plus guère à une victoire de l’UMP aux élections législatives. « Ils ne font même pas semblant ». Il est vrai qu’en 1981, Jacques Chirac était alors convaincu, « que la gauche conformément à ses habitudes historiques », héritées de la IVe, ne resterait que quelques mois au pouvoir. Mais le duo Copé / Fillon n’a plus ces naïvetés, ils connaissent les solidités des institutions. Ne reste plus qu’à savoir pour eux, quelle sera l’ampleur du désastre. Au-delà de leurs personnalités, de leurs états de service au gouvernement ces dernières années, on pourrait avancer qu’il y a aussi les idées, les valeurs qu’ils portent, et qu’ils défendent.

Mais justement, on ne sait pas trop ce qui les distingue. Economiquement, ils sont libéraux, idéologiquement, ils sont européistes. Les différences ne sont pas criantes.On aura cru percevoir une légère différence, vis-à-vis de la posture à adopter vis-à-vis du Front national. Ainsi, en cas de triangulaires, Copé aura opté « pour le ni, ni », signifiant ni parti socialiste, ni FN, tandis que Fillon insistait, « il ne ferait pas le jeu du FN ». Mais enfin, cela reste bien maigre. Ce 1er tour des élections législatives les obligera peut-être à se dévoiler, avec des triangulaires par dizaines, mais aussi des accords sur le terrain, entre candidats FN et sortants de l’UMP, « qui ne voudraient pas mourir au champ d’honneur des triangulaires », dans une répétition de 1997. Mais alors, que ferait Copé ? Et que ferait Fillon ? On ne sait. Mais toutefois, toujours en 1997, Copé fut battu parce que le candidat FN s’était maintenu. Pourra-t-il supporter l’éventualité d’une nouvelle défaite, dans sa circonscription de Meaux ? François Fillon, lui, n’a pas ses soucis. Il a hérité d’une circonscription parisienne en or, le bastion  d’Edouard Frédéric-Dupondt durant cinquante ans (dit « Dupondt-les-loges »), traditionnellement à droite, et d’où il est parvenu à déloger Rachida Dati.

Mais Fillon, doit également prouver, qu’il peut porter honorablement les espoirs de la droite à la municipale de 2014. Alors que Paris, dans cette reconquête historique – pour une ville passée socialiste, durant quinze ans -, et cela comme toutes les grandes villes françaises, s’enracine de plus en plus à gauche, sous l’influence électorale grandissante des « bo-bos ». Ainsi, Copé et Fillon ont finalement un sérieux risque en commun, celui de ne pas évoluer politiquement, de rester d’éternels seconds rôles. Il est vrai également, qu’ils ne semblent réunir réellement les qualités nécessaires, par manque de charisme et d’envergure. Mais un souci, qui rime aussi avec Sarkozy. Car le président sortant a été vaincu, mais pas écrasé, ni humilié. Il s’est retiré avec ambiguïté de la vie politique, mais toutefois pas à la manière radicale d’un Jospin, après son éviction au 1er tour de 2002. Ni celle d’un Giscard, qui ne se sera jamais remis de sa défaite de 81, et ne sera jamais revenu en politique (se contentant d’un rôle effacé de mentor, durant les années 80 et jusqu’au milieu des années 90, au sein de l’ex-UDF). Ainsi en Italie, Silvio Berlusconi a reconquis le pouvoir, après avoir été évincé durant la courte intermède Romano Prodi de 2006. En Hongrie, vaincu par les socialistes, le premier ministre libéral et européiste d’alors, Viktor Orban, est revenu au pouvoir, comme le chef d’une droite patriotique et anti-européiste, qui insiste beaucoup sur la nécessité des frontières.

Cela n’est pas sans rappeler quelque chose. Mais aussi de quoi donner des idées à un Sarkozy, dont on ignore après tout, s’il ne serait à même de revenir, à moyen terme. Un Sarkozy, qui après la parenthèse de la défaite, « ne parviendrait décidemment pas, à se désintoxiquer de la politique ». Mais aussi de quoi désespérer le duo Copé / Fillon, enfin unis, dans la même inquiétude et le même effroi.

                                                                                                                                                                                                  J. D.

6 juin, 2012

De la parité en politique

Classé dans : Politique — llanterne @ 9:01

Dès l’annonce, il y quelques jours de cela, de la composition du gouvernement Ayrault, tous les commentaires apportés, auront souligné, et en règle générale salué, l’égalité arithmétique la plus parfaite et absolue, entre les femmes et les hommes, dans ce gouvernement. « Parité parfaite », a-t-on entendu en boucle. Ce qui est une note pas nécessairement négative, au premier abord. Mais « Parité en trompe l’oeil », aurait-on aussi envie d’ajouter, pour avant tout un classique du genre…

Au début de sa campagne, il y a un an de cela, à l’issue d’un « métingue » à Clichy-la-Garenne, François Hollande avait bien noté les remarques de la presse écrite. « Autour de lui, que des hommes, plutôt d’âge mur, costumes gris, énarques pour la plupart ». « C’est le nouveau cri des Tartuffes de l’époque ». Le sociétal, le sociétal, toujours et encore le sociétal, pour un politique qui aura rétrocédé, au fur et à mesure, l’essentiel de ses prérogatives régaliennes. Hollande a dû en tenir compte. Comme pour lui – après la baisse de 30 % des salaires des membres du gouvernement, ce qui était au demeurant un bon signal -, tout est plus que jamais, souci d’image. Et il a d’ailleurs eu, parait-il, tellement de mal à tenir son engagement de parité. Il a mis du temps, mais il a trouvé. « Des femmes comme s’il en pleuvait, pour plaire aux médias, pour faire moderne, progressiste ». Mais avec Sarkozy aussi, tout avait commencé avec la photo de son équipe rapprochée. Et tout avait fini avec Dati, Rama Yade, Roselyne Bachelot, Pécresse, Lagarde et Fadela Amara.

Alors Hollande s’entoure de femmes pour les caméras, on passe de la politique à la « commedia dell’ arte », à une distribution de comédien(ne)s, tout en jurant le contraire. En tout cas, sur la photo de famille du premier conseil de ministres, de ce premier gouvernement Ayrault, le symbole est fort. Mais cependant, ça n’a rien de révolutionnaire, ni de si moderne. La vie politique nationale a fait du chemin, depuis trente-cinq ans. La problématique centrale et principale serait de se réattribuer des prérogatives, de re-batailler au niveau bruxellois, de négocier dur avec Berlin, d’avoir les convictions, le courage, le programme, mais surtout l’équipe compétente qui va avec, parfaitement paritaire ou pas. D’ailleurs, sur ce plan, non seulement rien n’est nouveau, mais la chronologie est toujours la même. Souvenons-nous des fameuses « Jupettes », réunies en 1995, autour d’Alain Juppé. Les débuts de mandat d’alors, s’affichaient déjà au féminin. Et puis au fil du temps, elles se font éventuellement plus rares, quand viennent les difficultés et les besoins de professionnels.

Auparavant le général de Gaulle qui ne s’embarrassait pas de fioritures, rétorquait à la question « Une femme ministre ? Mais pour un ministère de la couture ». A l’époque déjà, les modernes trouvaient le vieux ringard (certes, il était indéniablement un peu). Mais c’est Giscard dans les années 70, « qui a ouvert le bal des débutantes » (Simone Weil, etc.). Giscard souhaitait alors marquer une rupture, avec les conservatismes gaulliste et pompidolien, par ses prises de position centristes et libertaires (abaissement de la majorité, droit à l’avortement). Mais c’est aussi à partir des années 70, que le pouvoir des politiques s’est affaissé, « qu’on est passé du gouvernement à la gouvernance, que le privé a pris le pas sur le public, la finance sur l’Etat, sans que l’on sache si ce lien n’était autre chose, qu’une simple concomitance » pour citer l’inarrable Eric Zemmour. François Mitterrand aura aussi pris sa part en nommant Edith Cresson, à Matignon lors de son second mandat (au travers d’un passage qui ne resta guère dans les annales).

Mais aujourd’hui encore, les femmes restent étonnamment cantonnées aux ministères sociaux, quand les hommes obtiennent encore l’économie, et la plupart des ministères régaliens. Hollande a fait exception (en imitant Sarkozy), avec la Guyanaise Christiane Taubira à la justice, mais par contre en nommant Pierre Moscovici aux Finances, à la place de Mme Lagarde. Manuel Walls, né à Barcelone, mais naturalisé à vingt ans est également nommé au gouvernement. De même, Fleur Pèlerin qui est née à Séoul, mais énarque et qui a travaillé jusque là, à la Cour des comptes. Cependant, en revanche, il est vrai qu’on « cherchera vainement le moindre ouvrier, dans ce gouvernement »… 

                                                                                                                                         J. D.

Ayrault à Matignon

Classé dans : Politique — llanterne @ 6:44

Jean-Marc Ayrault a été nommé à la tête du gouvernement, et par voie de conséquence, on l’a compris, Martine Aubry a décidé de ne pas en être. Et ce qui amène à établir certains parallèles, par exemple avec 1981, pour un François Hollande aimant à imiter François Mitterrand, « à se comparer à lui, à poser en François II ». Mais les commentateurs et les communicants le précèdent désormais, et quand il nomme Jean-Marc Ayrault à Matignon, il est vrai, c’est aussitôt le nom de Pierre Mauroy qui vient « sur les lèvres et les plumes ».

Parce qu’ils sont ou ont été tous deux, premiers magistrats de deux grandes villes, Nantes pour l’un, et Lille pour l’autre, et qu’ils ont su réveiller leurs belles cités provinciales endormies  Mais cependant, la comparaison s’arrête là. Car Mauroy, le « Rougeot de Lille », ou encore « Gros Quinquin » comme on le surnommait, était l’incarnation de cette « gauche des corons et des anciennes cités ouvrières ». Tandis qu’Ayrault fut surtout l’élu d’une ville bourgeoise, à l’électorat plutôt  « bo-bo » provincial, venue de cette démocratie chrétienne de l’Ouest, passée progressivement à gauche après mai 68. En 1981, Mauroy était récompensé pour avoir donné à Mitterrand les clefs du PS, son « ouvriérisme lyrique » incarnant à la perfection, « la campagne à gauche toute » de 1981.

Mitterrand ne finassait pas dans le choix de ses premiers ministres, et quand il fera campagne au centre, en 1988, il désignera Rocard à Matignon. Mais cependant, en 2012, Ayrault n’aura pas donné le parti, ni le groupe parlementaire à Hollande. Son soit-disant modèle « social-démocrate », un peu à l’allemande, comme on dit pour le flatter, ne résume absolument pas la campagne hollandaise. Au contraire, une fois sorti vainqueur de la primaire socialiste, Hollande aura infléchi sa campagne à gauche, vers Martine Aubry ou Arnaud de Montebourg, qui avaient été ses rivaux les plus coriaces. Et il est vrai, c’est en cela que même la comparaison avec François Fillon, n’est la plus adéquate, lui si terne, si peu velléitaire et connivent, Monsieur Personne, devenu le collaborateur méprisé.

Mais sous certains abords, Jean-Marc Ayrault a plus ou moins le même profil, aussi bien sur le plan psychologique, que par son positionnement partisan. Et encore François Fillon aura-t-il quand même rédigé en partie, le programme de Sarkozy de 2007, apportant une légère contribution  - de principe -, à la « tonitruante » et « glorieuse » campagne, d’il y a cinq ans. Mais toujours pour poursuivre sur le champs de la comparaison, un parallèle pourrait également être établi avec le choix d’Alain Juppé, en 1995, dans cette nomination socialiste. En effet, alors élu sur une campagne pourtant inspirée et largement portée par feu Philippe Séguin, c’est le choix d’Alain Juppé qui s’imposa, Chirac ne supportant pas le caractère éruptif du maire d’Epinal. Il choisira donc le landais Alain Juppé, son fidèle collaborateur, pour convenance personnelle, à la place de la « bête des Vosges ».

Il s’était déjà mis à dos, les amis d’Edouard Balladur, après la trahison de l’ami de trente ans, et cela au travers d’une campagne de premier tour sanglante. Martine Aubry, c’est à la fois Balladur et Séguin. Le retrait de la « Mère Tape-Dur » lui permettrait dans quelques mois, d’expliquer que les promesses de campagne n’ont pas été tenues, que le président s’est soumis aux pressions européennes, que c’est justement parce qu’elle est la fille de Jacques Delors, « qu’elle peut affirmer qu’il faut reconstruire l’Europe ». Alain Juppé paya cher, le reniement de la campagne de 1995, tout comme peut-être Jean-Marc Ayrault, d’ici à quelques mois. Chirac n’avait pas voulu dissoudre l’assemblée nationale, après son élection, car il n’avait pas sa majorité. Il le fit finalement sur les conseils de Dominique de Villepin, en avril 1997, après sa fameuse allocution télévisée. Mal lui en prit.

De même, la victoire d’Hollande, plus étriquée qu’il ne l’espérait, risque d’empêcher les socialistes d’arracher la majorité absolue tant espérée, aux prochaines législatives. Alors viendra peut-être, « le temps des négociations avec les verts, les communistes, les radicaux, voire les centristes de Bayrou ». D’où son choix d’Ayrault, un négociateur, un arrangeur, comme lui, à même d’éviter les affrontements, les conflits, mais aussi au risque de l’immobilisme et finalement des explosions. Pour reprendre cette analyse du caustique Zemmour : « François Hollande est bien ce mélange bizarre, de François Mitterrand à la tribune, et de Jacques Chirac dans les travées ».

                                                                                                                                J. D.

11 mai, 2012

Le phénomène Mélenchon, suite et fin ?

Classé dans : Politique — llanterne @ 19:05

Il conviendrait à l’issue de ce deuxième tour, de revenir sur l’une des surprises de cette élection, la 4e place de Jean-Luc Mélenchon (avec environ 11,1 % des voix). Mais cela dit, pour le candidat que l’on annonçait autour des 15 %, voire même devant Marine Le Pen – l’autre grande figure populiste du 1er tour, dans le rôle du père en 2002 -, la retombée est plutôt dure. Il a d’ailleurs du mal à le digérer, et on le comprend. Son talent exceptionnel en aura légitimement fait la vedette de cette campagne du 1er tour. Et il se trouve ainsi fort mal récompensé. Il est vrai, qu’il avait un peu fini, par se laisser étourdir par les sondages, pris un certain temps, par un succès militant le dépassant, qui le faisait grimper tel un cycliste dopé.

Il s’était mis à rêver qu’il battrait Marine Le Pen. Mais elle l’a, hélas pour lui, visiblement écrasé (en engrangeant plus de voix qu’en 2002). « Front contre front », plastronnait-il. Mais c’est le sien qui a cédé ; même s’il aura peut-être légèrement grignoté, émietté d’1 à 2,5 % (?), la base électorale de sa grande rivale. Mélenchon s’était voulu le candidat autoproclamé de la classe ouvrière, dans cette tonitruante campagne. Mais elle est éclatée, et les ouvriers n’ont finalement pas voté pour lui. Son offensive musclée contre le Front national, ne lui a pas rapporté d’électeurs, mais paradoxalement, l’a également rapproché dans une marche en crabe, de « ces gens parfumés », comme il dit, et qu’il déteste, ces « bo-bos » libéraux. Ou voire même de Laurence Parizot, la patronne du Medef… Toujours aussi paradoxalement, elle l’a ainsi banalisé, voire rendu conformiste. Il fut le tribun de la République, plus que le tribun du peuple. Son discours de Marseille et son ode au métissage, adressé à « ses frères du Maghreb », a été également, dans une approche idéologique, et cela sans aucun doute, le début de sa dégringolade sondagière.

En l’ignorant, en partie, l’électorat populaire lui a signifié, qu’on ne pouvait pas à la fois tenir un discours ouvriériste et un discours anti-raciste de gauche. Parler comme feu Georges Marchais dans les années 80, et parler comme SOS Racisme. On est l’avocat du peuple, ou celui des « bo-bos ». Dans une approche électorale, en effet, on ne peut être à la fois le candidat de la France rurale et péri-urbaine, qui souffre réellement de la mondialisation et de l’immigration, et le candidat des habitants des grandes métropoles, qui sont intégrés à cette même mondialisation. Le front de classe des vieux marxistes, ou la nouvelle alliance des femmes et des enfants de l’immigration, chère à Terra Nova. Mélenchon n’a finalement eu, ni l’un, ni l’autre. « Qui embrasse trop, mal étreint ». Oui, Mélenchon s’est finalement avéré le champion d’une classe moyenne intégrée – avec ses plus de 11 % -, plutôt masculine et diplômée, fonctionnaire ou cadre moyen, et qui ne supporte plus l’arrogance des nouvelles aristocraties financières.

C’est « le paradoxe Mélenchon ». Géographiquement, il n’a ainsi pas hérité des anciennes places fortes du PCF, au nord ou à l’est de la France, lui qui aura pourtant arraché ses cinq cent signatures, en puisant dans le vivier des élus locaux communistes, fort du retrait d’Olivier Besancenot. Jean-Luc Mélenchon réalise ses meilleurs scores, dans le grand Ouest ou au Sud-Ouest, comme les socialistes de François Hollande. Son électorat est ainsi indifférencié, géographiquement, sociologiquement du socialiste. Il est son brillant second. Il l’accompagne, sans le savoir. Il recueille, en réalité, les voix d’un électorat PS, qui juge qu’Hollande n’est pas assez à gauche, auquel s’ajoute peut-être un électorat « bo-bo », potentiellement centriste, morcelé aux deux bouts, à même de se rabattre sur Eva Joly, Bayrou ou Hollande, sur simple prestation. Mais en 2002, Lionel Jospin avait des rivaux autrement plus dangereux, en Olivier Besancenot et Arlette Laguiller à l’extrême-gauche et Chevènement au centre, lui reprochant pour les deux premiers d’avoir capitulé devant le capitalisme, et pour le second d’avoir bradé la France sur l’autel de l’Europe. A eux trois, ils totalisèrent plus que Jospin, au 1er tour de 2002. Mais ce n’est pas le cas de Mélenchon avec Hollande, en 2012.

Dans la réalité des faits, il permet seulement au total gauche, d’être plus élevé qu’en 2007, avec Ségolène Royal, mais toujours moins qu’en 1981, ou qu’en 88. Il était donc contraint d’appeler, ouvertement et sans condition, à voter contre Sarkozy. Ces électeurs l’auraient fait sans en demander l’autorisation. Mais en réalité, cet électorat ne lui appartient pas réellement. Alors, il les suit.

                                                                                                           J. D.

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