La Lanterne (politique, sujets de société)

11 mai, 2012

L’heure des faux semblants

Classé dans : Politique — llanterne @ 16:57

La scène de mardi matin, à l’Arc de triomphe, mérite un bref détour, à savoir celle du président élu François Hollande et Nicolas Sarkozy, ayant déposé ensemble une gerbe sur la tombe du Soldat inconnu, pour la cérémonie du 8 Mai. François Hollande a ainsi répondu à l’invitation du président sortant, battu dimanche dernier, à assister à ses côtés à la commémoration nationale. Les deux hommes se sont salués, juste avant le début de la cérémonie, ont déposé la gerbe et rallumé la flamme sur la tombe, avant d’écouter, côte-à-côte, la Marseillaise, puis le Chant des partisans. Le chef de l’Etat sortant, à son arrivée, avait passé les troupes en revue. Il avait auparavant déposé une gerbe devant la statue du général de Gaulle sur les Champs-Elysées. L’image des deux adversaires réunis pour l’occasion est inédite. « Deux présidents pour le prix d’un, nous n’avions jamais vu cela ».

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Le 8 mai 1995, Mitterrand finissant y avait bien convié Chirac, à peine élu, mais ce-dernier était demeuré trois pas derrière lui. François Mitterrand était un monarque républicain, qui ne partageait pas sa souveraineté. Mais Sarkozy n’est pas Mitterrand, plus égalitaire, plus décontracté, plus « américain », plus démocrate. Après la cérémonie, François Hollande n’a pas manqué de déclarer que l’image « du rassemblement devait se faire ». « Président encore en exercice, président élu qui va prendre ses responsabilités le 15 mai, nous devions être l’un et l’autre présents à cette cérémonie », a-t-il ajouté, pendant que Nicolas Sarkozy serrait des mains dans la foule. « L’un et l’autre nous devions être ici unis pour rendre hommage à toutes celles et à tous ceux qui sont tombés pour la France », a insisté le vainqueur du second tour. Et décidemment, Nicolas Sarkozy ne parviendra jamais à devenir un monarque à la française, retenu, froid, distant. Pendant cinq ans, le pays dans ses profondeurs lui en a fait grief. Après un long moment de fascination, les médias finirent aussi par le lui reprocher. Bien que l’on puisse cependant saluer, en se plaçant sous un autre point de vue, son pragmatisme et son intelligence – certaine, bien que relativement stérile -, il est vrai également, qu’après avoir fait rouler la couronne à ses pieds, il devient difficile de la recoiffer ensuite. « La désacralisation, voilà l’ennemi ».

Mais tout se renverse depuis sa défaite. Son discours de vaincu, dimanche soir, « pourtant plein de pathos sentimental », et à la tonalité que j’ai trouvé assez fausse, est cependant apparue comme digne et respectueux de son vainqueur et de la démocratie. Hier, tout le monde vantait sa générosité, sa loyauté, sa dignité. « Erreur hier, vérité aujourd’hui », dixit Monsieur Zemmour. Avec les mêmes qualités, et les mêmes défauts, il réussit sa sortie, là où il avait manqué son entrée : soirée du Fouquet’s, escapade avec Bolloré, course à pieds dans le bois de Boulogne, la trilogie maudite est enfin effacée, du moins mise entre parenthèses le temps de la sortie. Les médias vomissaient sa campagne à droite, bien qu’elle lui aura cependant permis, selon toute vraisemblance, sa sortie digne, en comblant l’écart et en évitant l’humiliation électorale. Ils louent désormais sa dignité dans la défaite, « sa logique rassembleuse, soucieuse de la paix civile et de la réconciliation des deux camps », qui s’étaient affrontés, ceux-là même qui le fustigeaient encore, il y a peu. Mais n’était-ce pas déjà ce même souci de rassemblement, et de réconciliation, qui l’avait conduit à sa politique d’ouverture, peut-être l’une des erreurs politiques majeures de son quinquennat.

Cela dit, il est vrai, on a reproché à Sarkozy d’être clivant, d’avoir une vision disons, assez manichéenne de la France. On a accusé le président sortant, contrairement à un Chirac – mauvais rassembleur, au demeurant -, d’avoir monté les Français les uns contre les autres, les jeunes contre les vieux, les salariés du privé contre ceux du public. Mais cela dit en passant, se contentant seulement parfois, de dire le réel, en montrant une société plus divisée, disparate, plus antagoniste qu’elle ne l’aura jamais été. On le glorifie désormais de placer, traiter son adversaire en égal, presque en ami. Mais il met seulement « la poussière sous le tapis, le temps d’une journée solennelle ». Sarkozy et Hollande sont côte à côte, et on les applaudit. Comme hier, où ils furent côte à côte, à la une de Paris Match, afin de défendre le oui au référendum de 2005 ; et où ils furent agonis d’injures. Et ces images consensuelles, pleines de connivence, rappelleront aussi très vite à certains, dès que les premières difficultés apparaîtront, que les passions politiques renaitront, la collusion des deux grands partis, le fameux UMPS, cher à Marine Le Pen.

En effet, tout cela reviendra vite, bien que pour l’instant – mais pour l’instant seulement – tout reste encore en suspens, en apesanteur, entre parenthèses. Mais cela, grâce aussi à Sarkozy, toujours sous tension durant les cinq ans de son mandat, mais aussi durant les trente ans de sa vie politique. Un Nicolas Sarkozy qui paraît, en réalité, apaisé par sa défaite, comme « soulagé, décontracté, libéré »

                                                                                                    J. D.

10 mai, 2012

Les clés de la défaite de Sarkozy

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 22:51

Hier soir, à vingt heures, c’était la chronique d’une défaite annoncée, depuis des jours et des jours, depuis des mois même. La défaite de Nicolas Sarkozy était écrite, inévitable, inéluctable. Elle n’a jamais fait l’ombre d’un doute, sauf pour ceux qui ne voyaient pas la réalité en face. Fruit à la fois de la crise de 2008, qui a balayé tous les sortants européens, mais aussi de son discrédit personnel, de ces manières, son style, ses inconstances et ses incohérences, voire ses trahisons.

La question qui restait en suspens, n’était donc pas celle de la victoire et de la défaite, mais celle de l’ampleur de cette défaite. Surtout cette campagne a suscité beaucoup de polémiques, de sarcasmes, surtout pour les belles âmes de la droite et du centre, « campagne qui courait après le Front national », comme on l’a dit, décrié de Villepin à Bayrou, ou de Juppé à Raffarin dont le silence fut parlant. Les chiffres leurs répondent, la mobilisation du peuple de droite, a incontestablement payé, car Sarkozy a fini à 48 %. Il pourra longtemps regretter de n’être pas parti plus tôt en campagne. Mais il pourra surtout regretter de n’avoir pas tenu les promesses faites en 2007, à l’électorat populaire qui avait misé sur lui.

Il avait ainsi siphonné les voix du Front national, en parlant de laïcité, d’immigration, de patriotisme, de protectionnisme et de frontières, de chômage, leur donnant une porte de sortie gouvernementale, sans outrance verbale, mais aussi sans faiblesse. Sarkozy n’a pas respecté ses promesses, c’est la clef évidente de sa défaite. La campagne Buisson ne pouvait combler cinq ans de renoncements, d’incohérences. Pourtant, son discours de 2012 sur la frontière en a séduit plus d’un. Et Sarkozy laisse son parti avec un nouveau discours, mais qui déplaît fortement à certains. Les centristes et les modérés se sont tus, mais en échange, ils voudront reprendre en main la situation.

On ne sait ce que fera la droite populaire, le seul courant en phase avec l’esprit de la campagne sarkozyste. On ne sait ce que réalisera le Front national aux législatives. On ne sait également, si des élus de droite, accepteront de composer, de dialoguer avec le Front national comme le dit Gérard Longuet. Comme, on ne sait si l’unité de l’UMP y résistera.

                                                                                                                 J. D.

15 avril, 2012

Le choc des tribuns

Classé dans : Politique — llanterne @ 16:57

Le dernier week-end, avant le premier tour, sera marqué par des « métingues », disons hors-normes, en tout cas spectaculaires : François Hollande au château de Vincennes, Nicolas Sarkozy, place de la Concorde, ce sera dimanche. Et puis la veille, samedi, Jean-Luc Mélenchon sur la place du Prado à Marseille, puisque après un premier accord tacite venant de la mairie, il a finalement obtenu le feu vert, l’autorisation de la préfecture. C’est une grande victoire symbolique, qu’a remporté Jean-Luc Mélenchon. Il a remis au goût du jour, le métingue en pleine ville. Le « métingue » entre les murs, au cœur de la foule, « le métingue à la papa ». Hollande, puis Sarkozy pour imiter Hollande, ont décidé de répondre au défi que leur a lancé Mélenchon. Ne veulent pas se laisser intimider, distancer, démoder, ne veulent pas lui abandonner la rue.

Eux aussi sont capables de faire venir, les foules innombrables et chaleureuses. Eux aussi sont à même de les galvaniser. Eux aussi sont des orateurs, des tribuns. Eux aussi aiment ça. Mais Mélenchon a des intonations de voix à la de Gaulle, et bien Hollande imitera Mitterrand. Et Sarkozy imitera Sarkozy. Mais le défi lancé par Mélenchon, n’est pas seulement un mano à mano viril, de tribuns à l’ancienne. Ils recouvrent un enjeu politique, idéologique. Quand il se rend place de la Bastille à Paris, place du Capitole à Toulouse, et samedi, au Prado à Marseille, le candidat du Front de Gauche choisit des sites emblématiques, de la geste prolétarienne. Il lit les poèmes de Victor Hugo, il incarne entre admiration et pastiche, les Blum, Thorez, Gambetta, Lamartine. Il conte les grandes heures de l’histoire, quand la France était le volcan de l’Europe, il tente par le verbe, de ressusciter la dignité et la fureur d’un peuple révolutionnaire… A l’heure de la mondialisation et de l’Europe, il veut faire croire que nous sommes encore à une époque, où la politique est le destin des hommes, comme disait Napoléon. Mais après tout, au commencement était le verbe.

Sarkozy et Hollande n’ont pas mis leurs pensées, en accord, avec les arrière-pensées de Mélenchon. Les endroits choisis par eux, ne correspondent pas à leurs imaginaires politiques. Les socialistes ne s’installent ni à la Bastille, ni à la République. La place de la Nation ne leur dit plus rien, depuis longtemps. C’est Vincennes, qu’ils choisissent finalement. En 1958, le général de Gaulle qui incarnait, lui, l’ultime trace de cette haute époque – comme dans une continuité de l’ancien régime -, avait songé à quitter l’Elysée, pour installer la présidence de la République, au château de Vincennes… Avant d’y renoncer. Sarkozy, lui, est à peine plus heureux avec la Concorde. L’endroit est majestueux. La symbolique de l’ancienne place Louis XV est très forte. C’est ici même, que l’infortuné Louis XVI aura fini sur l’échafaud. Tous les régimes qui suivirent, ont voulu faire de la place, le symbole de la réconciliation des deux Frances. Mais Sarkozy a rejeté avec véhémence, « une campagne pépère de père de la patrie rassembleur », pour le bruit et la fureur du candidat du peuple, en lutte contre les oligarchies. Il y a fêté sa victoire en 2007, certes. Mais c’est bien près du Fouquet’s.

Mais peu importe le passé, pourvu que l’on ait la foule. Peu importe le flacon, pourvu que l’on est l’ivresse. Cette vaine campagne fait ressembler la politique à la chanson. Pour séduire un public désillusionné et nostalgique, on revient au bon vieux trente-trois tours et au spectacle vivant. Alors, à quand un métingue sans micro, tel Jean Jaurès harranguant les ouvriers.

                                                                                                      J. D.

Le « carton » juvénile de Marine Le Pen

Classé dans : Politique — llanterne @ 16:56

C’est la surprise du jour, dans la campagne présidentielle, selon un sondage CSA pour le journal Le Monde, Marine Le Pen arrive en tête des intentions de vote, chez les 18-24 ans, avec 26 %, devant François Hollande à 25 %, et loin devant Nicolas Sarkozy et François Bayrou, respectivement à 17 et 16 % d’intentions de vote, chez les jeunes. C’est la grande satisfaction de sa campagne, qui connut pas mal de désillusions. De quoi faire enrager les candidats de gauche, qui se croient propriétaires de la jeunesse du monde depuis 1789. De quoi compenser, en partie, son décrochage dans l’électorat des plus de soixante ans. Car pas de chance pour elle, mais c’est celui qui est le plus nombreux, et qui vote massivement. Mais il y a une certaine logique matérialiste, dans cette dialectique des vases communicants.

Marine Le Pen a légitimement inquiété les vieux, et surtout leurs économies – épargnées pour leurs retraites - en promettant, parfois un peu légèrement, la fin de l’euro, le retour au franc, mais aussi une dévaluation massive de la monnaie nationale. Elle ne pouvait pas effrayer les jeunes, qui n’ont rien. Surtout les jeunes non diplômés, qui la plébiscitent, et dont souvent les parents n’ont pas grand-chose. Cet électorat populaire et juvénile va au plus révolutionnaire des candidats. Puisque même Mélenchon veut conserver l’euro. Cette logique révolutionnaire des générations est une des clés de l’histoire de France, depuis deux siècles. En mai 68, les jeunes gens nés après-guerre, ont fait souffler le vent de la révolte, contre les caciques de la résistance, groupés autour du général de Gaulle. C’était le meurtre du père, et même du grand-père. Ils ont fait exploser les valeurs traditionnelles de la société : famille, patrie, travail. Ils ont imposé un monde ouvert, dominé par le marché, contre les frontières et les morales traditionnelles. Aujourd’hui, ces mêmes « baby-boomers » prennent leur retraite. Ils sont les patrons de l’époque. Mais aussi, jamais les inégalités de revenus n’ont été aussi importantes entre générations, qu’aujourd’hui.

Le vote pour le Front national, par les jeunes, est donc devenu assez naturellement, le vote de révolte transgressive, contre ces baby-boomers. Le meurtre du père et même du grand-père. Paradoxalement, il est même pour certains, à l’instar des populistes hollandais, un vote pour préserver une société de tolérance. Voter Marine Le Pen, au nom de la tolérance, il est certain que cela reste tout de même, assez tordu. Il doit bien avoir d’autres explications. Plus globalement, cette nouvelle génération - surtout chez les non-diplômés -, est la principale victime de ce fameux « monde ouvert ». Victime des délocalisations, qui les privent d’emplois ouvriers, incapable de se loger à des prix décents, victime d’une concurrence âpre. Dans son livre, désormais célèbre, « Fracture française », Christophe  Juilly décrit bien, dépeint bien ces problématiques, amenant également à un repli sur soit, pour tout à chacun.

Jusqu’aux années 70, l’assimilation à la française, dans une approche plus globale, fonctionnait mieux. Elle donnait notamment, aux ouvriers français un rôle de mentor, de passeur du savoir-faire professionnel, favorisant l’intégration des derniers arrivants. Le multiculturalisme de la gauche anti-raciste, a détruit ce rôle de référent, qui donnait du prestige à « la classe ouvrière », depuis lors, méprisé par les bobos, traités de beaufs, voire de populistes, par la bien-pensance. Au fait d’ailleurs – ironie du sort -, Marine Le Pen est née en 1968.

                                                                                                                J. D.

Le programme estival de Hollande à l’Elysée

Classé dans : Politique — llanterne @ 16:55

A l’aune de ses différents programmes, il serait intéressant de revenir sur le calendrier des premières mesures, que prendrait François Hollande, s’il était élu. Il les a dévoilés mercredi, le matin sur RTL, le soir en métingue à Rennes. Oui, comme on dit « le diable est dans les détails », mais aussi dans leur emploi du temps, si l’on scrute le programme à la loupe. Hollande voulait contrer médiatiquement la mise en scène spectaculaire du programme Sarkozy. Il a surtout dévoilé, certaines de ses propres intentions, précautions, habiletés. Dans le passé, à chaque fois que la gauche gagnait, elle commençait par arroser largement sa base électorale : augmentation du smic et d’allocations diverses, en mai 1981, trente-cinq heures et emplois-jeunes, en 1997.

Du cher et du lourd. Hollande n’a pas les moyens de cette méthode dispendieuse. Alors, il privilégie la symbolique, la gauche qui ne coûte rien, pas le social qui ruine les finances publiques. Mais le sociétal qui flatte l’égo des minorités médiatisées : mariage homosexuel, abrogation de la circulaire Guéant, parmi tant d’autres. L’alternance passe aussi par les symboles, le symbolique. Ce fut aussi la technique de l’Espagnol Zapaterro, de l’autre côté des Pyrénées, dans l’Espagne de l’après-movida, dans une approche sociologique. Comme en France, on fait plaisir aux « bo-bos » des centre-villes – sous les applaudissements des médias - pour mieux suivre à la lettre, les injonctions libérales de Bruxelles. Et encore, au temps de Zapaterro, la croissance économique, même artificielle, mettait du beurre dans les épinards. Hollande, lui, devra enlever le beurre. En tout cas, dans les épinards des riches, des classes moyennes. Il ne faut pas oublier, qu’il y a quelques années, il jugeait que l’on était un riche, à partir de 4 000 euros par mois. C’est la partie estivale du plan Hollande, qui commence, dès juillet, par une hausse massive des impôts, le plafonnement des niches fiscales et un alignement de la fiscalité du capital sur celle du travail. Hollande ne donnera pas uniquement ce coup de bambou fiscal, par plaisir sadique, ou par souci de la justice sociale.

Non, aussi, d’abord, pour rassurer les marchés. Nos sourcilleux créanciers internationaux, qui ne nous feront pas de cadeau. Hollande peut observer actuellement, comment les taux d’intérêt payés par l’Espagne, augmentent dangereusement, alors même que ce pays conduit pourtant une stricte politique d’austérité. Ce qui ne sera même pas le cas de Hollande, pas de réduction de dépenses, seulement des hausses d’impôt. Les marchés pourraient trouver cela insuffisant et attaquer la France, et faire monter les taux. Alors il faudrait donner des gages aux affreux marchés. Les mesures sociales prévues après et après seulement, les 150 000 emplois d’avenir, les 60 000 postes dans l’éducation nationale, la négociation sur l’âge de la retraite, sacrifiés au feu. La pause serait venue, sans attendre la distribution de cadeaux. Le parti du spred aurait encore gagné.

Venant à Berlin, quémander l’aide allemande, pour lutter contre l’offensive des marchés, le nouveau président français ne pourrait guère exiger de Madame Mekel, la moindre renégociation des traités européens. On se souviendra alors, qu’au début de ses campagnes de primaire, Hollande avait seulement comme ambition de donner du sens à la rigueur.

                                                                                                         J. D.

Opération, au fumet électoraliste

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 16:54

Opération, au fumet électoraliste dans Politique latern

C’est tout un branle-bas médiatique, que nous avons eu récemment, autour des dernières interpellations d’islamistes radicaux présumés. Le Front national a fustigé la gesticulation électoraliste du chef de l’Etat, François Bayrou se dit opposé à toute mise en scène d’arrestation devant les caméras, et Martine Aubry, elle, s’est dite choquée par la médiatisation de ces opérations. Une opération électoraliste, l’accusation vient de partout, des socialistes, des partisans de Mélenchon, de ceux de Bayrou. Depuis l’entre-deux tours de 1988, l’assaut donné à la grotte d’Ouvéa et la libération des otages du Liban, par le gouvernement de Jacques Chirac, alors dans un duel présidentiel – qu’il perdra d’ailleurs -, avec François Mitterrand, l’accusation revient automatiquement. Comme un réflexe, réflexe conditionné, pavlovien. Lui aussi, finalement électoraliste. Quand François Hollande laisse tomber, qu’on aurait dû intervenir, plus tôt, plus fort, n’est-il pas lui aussi coupable de réflexion électoraliste ?

Le même Hollande – or période électorale -, n’aurait-il pas dénoncé avec véhémence, la stigmatisation de l’Islam. Daniel Cohn-Bendit, lui, parle de rafle, mot connoté depuis la grande rafle du Vel-d’hiv des juifs en 1942. Mélenchon tonne : « il faut que ça s’arrête ». Les attentats, les morts d’enfants. Non, les expulsions d’imams, de militants salafistes, qui affirment sans se lasser qu’il faut exterminer les juifs, tuer les mauvais musulmans et instaurer en France, la Charia. A chacun son électoralisme. Même la médiatisation, évidente, ostentatoire, n’est pas en elle-même scandaleuse. Elle sert évidemment les intérêts du candidat Sarkozy. Mais après tout, l’Etat a le devoir de faire connaître son travail, pour rassurer les populations. « Que les méchants aient peur, et que les bons se rassurent », disait Napoléon III. Mais sur le fond, revenons sur ce que disait François Hollande, on aurait dû, pu, peut-être faire davantage avant… On pourrait instruire le procès inverse de Nicolas Sarkozy. Pourquoi viens-tu si tard ? Pourquoi avoir cédé si longtemps aux lamentos des professionnels de l’indignation anti-raciste ? Pourquoi cette alliance passée avec l’organisation française des Frères Musulmans, grands rivaux du salafisme dans l’intégrisme islamiste ? Pourquoi cette intervention devant une salle remplie de femmes voilées, alors qu’il était ministre de l’intérieur ?

Le salafisme, volonté de revenir à la pureté originelle de l’Islam, est directement issue de la tradition wahabite, qui règnent chez les grands alliés de l’Amérique, l’Arabie saoudite, et des grands amis de la France, le Qatar. Qui n’investit pas seulement dans l’achat de joueurs au Paris-Saint-Germain, mais aussi dans les grandes entreprises françaises, et même dans les banlieues françaises, pour parait-il, dégager l’élite de demain, de la France de la diversité. Le même Qatar, qui a financé les salafistes, dans les campagnes électorales en Tunisie et en Egypte. Car les « Mohammed Merha », ne sont  pas un type nouveau de terroristes. Depuis plus de quinze ans, le criminologue Xavier Rauffer a repéré ce qu’il appelle, « ces hybrides, entre criminels et djihadistes », qui sont à ses yeux, consubstantiels au salafisme armé. Il se situe à l’intersection, entre l’idéologie et la délinquance, entre la religion et la criminalité. Les « Mohammed Merha » sont endoctrinés par ces Imams, que l’on a tant tardé à expulser.

Des prédicateurs islamistes à qui on refuse désormais la présence sur le territoire français, alors que leur présence et leurs discours, ne semble avoir dérangé personne, durant de nombreuses années. Les mauvais coucheurs étaient taxés d’islamophobie. On pourrait à contrario, bénir l’électoralisme, chaque prédicateur, chaque militant du salafisme en moins sur notre territoire, et bien c’est toujours ça de pris. Pas de petit profit et pas de petit répis…

                                                                                                                            J. D.

S comme Sondages

Classé dans : Politique — llanterne @ 16:53

S comme Sondages dans Politique latern

Les dernières enquêtes d’opinion donnent ainsi Nicolas Sarkozy devant au 1er tour, mais annoncent la victoire de François Hollande au 2e tour. Les sondages qui parlent aussi d’une participation légère, et qui peuvent paraître contradictoires. Enfin, ça dépend de quel côté, on se place pour les regarder. Oui, chacun voit sondage à sa porte.

Nicolas Sarkozy a l’oeil rivé sur le premier tour, où il s’installe désormais en tête. François Hollande ne veut connaître que ceux du second tour, qui lui laisse une très confortable avance inentamée. Jean-Luc Mélenchon se réjouit d’avoir dépassé Marine Le Pen au 1er tour. Mais celle-ci veut croire que comme à l’accoutumée, les instituts sous-estiment le résultat du Front National. « Sondages qui rient, sondages qui pleurent ». Sarkozy retrouve ces chers 30 % de voix, au 1er tour, qui en 2007, lui avait insufflé une dynamique irrésistible, avec la passion quasi-superstitieuse d’un Napoléon III, guettant s’il retrouvait bien les mêmes chiffres de suffrages, à chacun de ses plébiscites. Sarkozy a raison de dire aussi, que le second tour est une autre élection. Mais Hollande a raison de rappeler, qu’arrivé en tête au 1er tour, n’est nullement, un gage de victoire finale. Giscard en 1981 et Jospin en 1995, s’en souviennent encore. Jean-Luc Mélenchon est incontestablement l’homme de ce mois de mars. Comme Jean-Pierre Chevènement fut celui du mois de février 2002, montant lui aussi, jusqu’à 15 % des intentions de vote, rêvant de faire turbuler le système, sous les acclamations médiatiques, afin de venir à 5 % des voix. La progression du tribun de la Bastille, permet au total de la gauche de dépasser de nouveau, les 40 %, chiffre qu’elle observait avec envie et nostalgie. Mais après avoir asséché, les candidatures trotskystes, écologistes, Mélenchon grignote désormais le socle de François Hollande. La cristallisation n’est pas achevée.

Au-delà de la volatilité des électeurs les moins politisés, surtout les jeunes et les femmes, l’abstention décidera du sort de la présidentielle. Car si l’on en croit les sondages, elle devrait tourner aux alentours de 30 %. Oui, chiffre énorme pour la reine des élections françaises. Elle rappellerait le désenchantement de 2002, refermerait la forte participation de 2007, comme une parenthèse exceptionnelle, alignerait  la présidentielle sur l’évolution déclinante des autres échéances électorales, qui toutes, flirtent désormais, avec les 50 % d’abstentions !… Depuis dix ans, cette abstention massive touche avant tout l’électorat populaire, ouvriers et employés, vivant dans ce que l’on appelle le péri-urbain. En 2002, on a cru que leur absence avait défavorisé Jospin, car on vivait encore sous l’ancienne règle de suffrage populaire, vouée de toute éternité à la gauche. On sait désormais, qu’il n’en est rien. Au contraire, dans toutes les élections intermédiaires, les socialistes ont raflé les mises, car seuls les électeurs embourgeoisés des centre – villes, se déplaçaient. Confortablement installés dans la mondialisation, mais le cœur à gauche.

La seule fois, où cet électorat populaire s’est rendu aux urnes, en masse, il a plébiscité Nicolas Sarkozy. Depuis cet électorat déçu, boude. Sarkozy fait tout pour le faire revenir, à ses anciennes amours. Il lui dit les mots qu’il veut entendre : Immigration, Islam, sécurité, protectionnisme. Mais une partie d’entre eux, plus rancunier, persiste à bouder. Les socialistes font activement campagne pour la participation. ils ont tort. L’abstention est la meilleure alliée de leur champion.

                                                                                                                      J. D.

Sarkozy-Hollande, le duel annoncé qui ne soulève pas le foules

Classé dans : Politique — llanterne @ 16:51

Sarkozy-Hollande, le duel annoncé qui ne soulève pas le foules dans Politique latern

Revenons sur ce sondage ifop, pour le journal du dimanche, sur l’abstention. Sondage selon lequel, à peine plus de quatre électeurs sur dix – donc moins d’un sur deux -, souhaite que le second tour de l’élection présidentielle oppose François Hollande à Nicolas Sarkozy. Oui, c’est l’histoire d’une campagne, « qui ne donne pas envie, qui ne donne pas envie d’avoir envie ». Et l’on se dirige vers un second tour, entre Hollande et Sarkozy, avec une morne résignation… « avec l’enthousiasme du bœuf conduit à l’abattoir ». D’autant plus, que chacun des deux favoris a des défauts rédibitoires, qui font miroir. Sarkozy s’agite trop, Hollande pas assez. Sarkozy est le sortant qui joue au « compétiteur » pugnace, Hollande, le « concurrent », déjà dans la peau du sortant.

Pressé « d’exploser son adversaire », comme il dit – excusez-moi, je cite - Sarkozy renoue avec ses réflexes d’adolescent hâbleur. Hollande distille, lui, « un ennui soporiphique ». C’est le grand retour de « flamby », « la force trop tranquille ». Il mène une campagne de président de conseil général, rencontrant les catégories, les unes après les autres, réchauffant ses petites promesses, sur son petit réchaud de candidat. Mais la France n’est pas la Corrèze. On a beau savoir, que la France dans l’Europe et la mondialisation, n’a pas beaucoup plus de souveraineté, qu’une grande région, on en veut à Hollande, de ne même pas faire semblant. Sarkozy, lui, le fait beaucoup mieux, du talent à revendre, et des conseillers d’Henri Guaino, à Patrick Buisson, connaissant par cœur, la chanson de geste, du sacre royal, dans la république gaullienne.

Mais Sarkozy ne parvient pas à faire oublier, qu’il a déjà magnifiquement tenu ce rôle, il y a cinq ans. Il s’y évertue pourtant, mais l’envie d’être séduit, rappelle aussitôt aux électeurs, la peur d’être de nouveau floué. Cet anti-Sarkozysme de sentiment, reste puissant dans le pays. Avec le temps, c’est même devenu le seul, l’unique argument des socialistes, la carte sur laquelle ils misent tout, sur laquelle ils font tapis, comme on dit au poker. Il y a certes, d’autres thèmes qui ont été soulevés. Dans la foulée du discours du Bourget, Hollande a essayé autre chose. Mais les petits marquis du PS n’étaient pas très crédibles, en ennemi de l’argent. Quand Hollande menace Merkel, de renégocier l’accord européen, sur la rigueur budgétaire, on croit revoir et entendre Lionel Jospin, lors des législatives de 1997, avec une même impuissance annoncée. Mais quand Sarkozy promet de réduire de moitié l’immigration, de sortir de Schengen, d’imposer un protectionnisme économique, on a compris aussi que cela imposerait une remise en cause des traités européens, et un conflit majeur avec Bruxelles et Berlin, que le président sortant, n’a ni les moyens, ni l’envie, de mener jusqu’au bout.

N’est pas de Gaulle, qui veut. Hollande et Sarkozy affichent l’ambition de réconcilier les camps du oui et du non, au référendum européen de 2005. Mais ils sont tous les deux, issus du camp du oui. Encore une fois, les champions du non, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, comme Chevènement, Villiers ou Jean-Marie Le Pen naguère, n’arrivent pas, malgré leurs talents, à se qualifier pour le second tour. Ils rivalisent, se disputent le même électorat populaire, s’insultent même. Ils deviennent des proies, des nids à électeurs, mais que les champions du oui pillent, au second tour, avant de renier. Alors, c’est l’histoire sans cesse recommencée depuis vingt ans – et le référendum sur Maastricht – du blocage de la vie politique française, l’histoire d’une impuissance, d’une morne résignation.

                                                                                                             J. D.

Mademoiselle N. Kosciusko-Morizet, ou les affres d’un(e) porte-parole sans voie

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 16:47

Mademoiselle N. Kosciusko-Morizet, ou les affres d'un(e) porte-parole sans voie dans Politique latern

Ce matin, évoquons la mise en sourdine de Nathalie Kosciuzko-Morizet, la porte-parole de Nicolas Sarkozy. Ce recul de l’avant-scène étant d’ailleurs particulièrement sensible, depuis le 18 mars, date à laquelle NKM avait fini par préciser par une lettre à la télé, sur France 3, qu’elle voterait pour François Hollande au 2e tour de la présidentielle, plutôt que pour le Front national. Et c’est vrai que depuis, on ne l’entend quasiment plus. Elle se tait et ça vaut mieux. Ce n’est pas entièrement de sa faute, d’ailleurs. NKM est une erreur de distribution. Non pas en soit, non, la jeune ministre ne manque ni de charme et de talent.

Au ministère de l’environnement, la polytechnicienne réunissait les compétences techniques et la volonté politique, le caractère bien trempé, sous une allure fragile. Elle portait les initiales magiques, comme on a les dents de la chance, les trois lettres NKM. Comme il y eut JJSS, VGE, DSK, BHL, sur le modèle inégalable de JFK. Comme porte-parole dans une présidentielle, elle avait tout les atouts, elle eut été parfaite, si ce candidat s’était appelé François Bayrou ou même François Hollande. Pour défendre le droit de vote des étrangers, le mariage homosexuel, la réduction de la dette, la justice fiscale, l’Europe de Schengen, le vivre-ensemble, « l’immigration, une chance pour la France ». Elle aurait pu à la rigueur représenter un Nicolas Sarkozy, candidat du centre et du centre-droit, jouant les modernes, les grands européens, les écologistes, les tolérants. Mais Sarkozy a lancé sa campagne dans la Figaro magazine, pas dans « Tétu » ou « Les Inrocks », a préféré le gros rouge qui tâche de la droite populaire.

NKM avait tout les atouts pour cette campagne de droite populaire. Sauf qu’elle n’est pas de droite, et ne vient pas du peuple, elle est l’incarnation d’une grande bourgeoisie, dont les enfants ont depuis longtemps adopté les valeurs libertaires de la bourgeoisie de gauche, les fameux bobos. Certes, elle a quand même des atouts, dont la jeunesse (trente-huit ans). Oui, elle est d’une génération, qui n’a pas cette culture idéologique, qui donnait à ses aînés un encrage politique plus affirmé. Pour elle les idéologies, c’est désuet, ringard. Elle adhère à la bien-pensance médiatico-politique, comme elle respire. L’évènement politique qui l’a traumatisé, c’est le 21 avril 2002, comme François Hollande, sans s’intéresser pour autant, aux causes structurelles de cette expression sociologique, dans le vote défouloir frontiste. Autrement dit, le peuple.

Elle embrasse comme du bon pain, José Bové, mais elle manifeste la plus profonde aversion pour Marine Le Pen. Son ennemi viscéral, c’est le Front national, le Parti socialiste n’est qu’un simple adversaire. Elle a parfaitement intériorisé les interdits posés par la gauche, à la droite. Elle est une bonne petite élève du politiquement correct. Ce sont pourtant les électeurs politiques du FN, que Sarkozy cherche à arracher à Marine Le Pen ou au moins, à convaincre de se rabattre sur lui, au second tour. Sa présence en haut de l’affiche était un contre-sens, dans une campagne sarkozyste, qui a tout misé sur la transgression ferraille ou fait mine de ferrailler, contre un système dont elle est un des plus beaux fleurons. Villepinte, c’était l’anti-NKM. Cela dit, on peut aussi penser que c’était un contre-pied astucieux, pour ratisser un peu plus large. Nadine Morano aurait pu davantage incarner cette ligne populaire, mais Sarkozy n’en a pas voulu.

Comme si, il ne savait pas faire avec les femmes. Rachida Dati qui insulte son premier ministre, Rama Yade qui l’a trahi, puis est venue le supplier pour obtenir une circonscription à Paris, Roselyne Bachelot qui comme NKM est à gauche sur tous les sujets de société, ou encore Valérie Pécresse qui ne parvient pas à sortir de son style techno. Les autres ont beaucoup de qualités, mais ne sont pas connus du grand public. En politique décidemment, les femmes, ce n’est pas son truc.

                                                                                                                       J. D.

26 mars, 2012

L’inconnue de l’équation électorale : l’abstention

Classé dans : Politique — llanterne @ 2:58

L'inconnue de l'équation électorale : l'abstention dans Politique latern

Nous connaissons donc, depuis lundi dernier, la liste des dix candidats au 1er tour de l’élection présidentielle 2012. Le record de 2002 - à savoir douze candidats potentiels -, ne sera ainsi pas battu. C’est « l’étirage traditionnel, rituel, incompressible », d’une élection présidentielle, selon toute vraisemblance, tel le diagnostiquait Laurent Parizot, au micro de RTL. Nous sommes ainsi loin, historiquement parlant, des cinq candidats de la première présidentielle de 1965, mais aussi loin du nombre des candidatures potentielles affichées, à l’aune de ce scrutin national, réduit comme une peau de chagrin par les retraits plus ou moins volontaires, à l’image de ceux de Jean-Louis Borloo, suivi d’Hervé Morin, auxquels s’ajoutent ceux guillotinés par le couperet des cinq cent parrainages. Enfin, ceux également qui n’y sont pas parvenus, en dépit de certains efforts, à l’image de Corine Lepage, ou ceux qui ont tout fait, en réalité, pour ne pas les obtenir - s’étant positionnés plus pour la forme - comme Dominique de Villepin.

Mais si l’on en croit les sondages, il semblerait que les électeurs divisent cette liste, en deux parties égales, à savoir les vrais candidats – potentiellement « sérieux », à leurs yeux du moins -, et les autres. Sarkozy, Hollande, Bayrou, Le Pen et Mélenchon, ça, c’est le premier cinq majeur, les cartes, jouant vraiment dans la partie (cinq comme en 1965). « Les autres semblent devoir faire banquet », selon la formule d’Eric Zemmour, sur le sujet. La plupart, il est vrai, ne dépasserait vraisemblablement pas les 1 % d’intentions de vote. Eva Joly descend vers ce score. Et à tombeau ouvert. Pour l’instant, Dupont-Aignan ne parvient pas également, à arracher la moindre petite voix souverainiste, aux candidats Le Pen ou Sarkozy. A gauche, les voix trotskystes – une vieille tradition française -, ainsi qu’écologistes, sont aspirées, asséchées même par le candidat socialiste et le héros plébéien des communistes, comme à la grande époque de l’Union de la gauche, et du fameux congrès d’Epinay (1972). Mais alors, cela signifierait que la gauche serait majoritaire en voix, de ce point de vue. Seules ses divisions et ses mauvais reports avaient retardé son inéluctable avènement, tout au long des années 1970. Cependant il est vrai, la composition de l’échiquier politique n’est plus la même, la situation s’étant aussi inversée. La droite et le centre-droit, comme disait Giscard jadis, sont largement majoritaires. La gauche plafonne à 42 % des suffrages au 1er tour.

Mais les divisions des droites, associées à un rejet personnel du candidat Sarkozy, risqueraient de lui apporter une victoire inespérée. Enfin, il s’agit là d’une lecture potentielle des choses. Si l’on en croit toujours les sondages, il y aurait ainsi les deux principaux candidats. Et puis il y aurait les autres. Cependant, contrairement à l’élection de 2007, où Ségolène Royal fit fuir de nombreux électeurs de gauche par une mauvaise campagne, desservie par le manque de charisme de la candidate, le candidat Bayrou ne parvient toujours pas à s’arracher au niveau traditionnel de ses grands prédécesseurs centristes – Raymond Barre ou Jean Lecanuet – qui eux également, tournaient au mieux autour des 15 % de voix. Si l’on croit les éternels sondages, Sarkozy retrouverait seulement le niveau des suffrages, au 1er tour, d’un Giscard en 1981. Ce qui serait, en effet, plutôt un mauvais présage. Cependant, il est vrai qu’il convient d’ajouter, pour être précis dans l’analyse, qu’à l’époque, il n’y avait pas qu’un, mais deux partis de droite, l’UDF et le RPR.

Le RPR défendait alors une position, ou du moins une ligne souverainiste et anti-européenne – opposée à l’élargissement du marché commun -, qui tournait entre 16 et 20 % des voix, selon les échéances électorales, comme Marine Le Pen aujourd’hui. Qui aurait ainsi ressuscité, une sorte de « parti bonapartiste » à la sauce boulangisto-poujadiste, dans la vie politique française. Mais reste une dernière composante essentielle, déterminante, la seule qui compte d’ailleurs, la participation… En 2007, elle fut impressionnante, à plus de 80 % , Nicolas Sarkozy étant parvenu – son principal et même unique succès, à la faveur de cette élection -, à remobiliser les électeurs, par un regain d’intérêt porté à la vie politique, habilement orchestré par les va-et-vient entre la place Beauvau et Bercy. Une campagne électorale tonitruante, aux accents dits populistes (le thème de l’identité nationale, le fameux « travailler plus pour gagner plus »), servi par la plume du talentueux Guaino, comme l’avait entrepris Chirac en son temps, à la fin des années 70, avec la création du RPR (dans des discours alors écrits, par le jeune énarque Juppé). L’électorat renouait avec la mobilisation aux grands référendums gaulliens. Mais cette fois, si l’on en croit toujours les sondages – restant parfois tout de même, le reflet d’une certaine réalité -, elle devrait être beaucoup plus basse, selon toute vraisemblance, autour de 70 %.

Or, depuis dix ans, à chaque élection locale, une faible participation aura toujours profité à la gauche socialiste (parfois dans certaines circonscriptions, à l’extrême-droite). A chaque fois, c’est l’électorat populaire qui ne s’est pas déplacé, ou moins – en particulier les moins de trente ans, les chômeurs -, exception faite de certaines franges de la population (notamment les fonctionnaires, et les personnes âgées). Les dernières fois, où il s’est vraiment dérangé, c’était lors du non au référendum sur l’Europe en 2005, et de la victoire de Sarkozy, en 2007. Et sa présence massive pourrait, seule, modifier le destin de cette élection…

                                                                                                     J. D.

                                                                                                                                                                          

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