La Lanterne (politique, sujets de société)

2 octobre, 2015

« Ce soir ou jamais » de Frédéric Taddéï – « Face à l’afflux de réfugiés, que faire ? »

Classé dans : Diplomatie,Europe,Monde,Politique,sujets de societe — llanterne @ 21:15

L’émission « Ce soir ou jamais », présentée par Frédéric Taddeï sur France 2, réunissait dans son dernier numéro, plusieurs personnalités, dont le philosophe Edgar Morin, le député (Les Républicains) Henri Guaino, l’économiste Jacques Attali, la géopoliticienne Béatrice Giblin, le philosophe et mathématicien Olivier Rey, ainsi que la journaliste Eugénie Bastié, pour débattre de la crise des migrants. Comme toujours dans cette émission, la tonalité était souvent subsersive, mais les échanges s’avéraient être sans langue de bois, enrichissant et instructifs.

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3 septembre, 2015

Les Balkany, le début de la fin ?

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 0:13

Les époux Balkany ont été l’objet d’une mise en examen, d’une levée d’immunité parlementaire, de la saisie de leurs passeports et de saisies confiscatoires, il y a quelques mois de cela, en accord avec les juges. Et ces décisions de justice vont peut-être provoquer leur chute. Alors que leur reproche-t-on ? Est-ce la fin avérée ou non du couple Balkany, ces décisions de justice induisant cette question ? Est-ce abusif ou avéré ? Comment la justice, un jour, partant d’une affaire de commissions, a fini par mettre la main sur la totalité de leur patrimoine non-déclaré ? Quand connaîtra-t-on le dénouement judiciaire de cette affaire ? N’y aurait-il pas éventuellement un complot visant à s’acharner contre Nicolas Sarkozy, à travers l’un de ses amis, avant l’échéance de la primaire des présidentielles ? Quelle est la situation politique ?

En tout cas, c’est un système de vingt, trente ans, qui s’est effondré, en quelques mois. Une page se tourne, c’est un peu la fin de l’empire (ou du moins le début de la fin), semble-t-il, et on a un peu senti le coup venir. Comme quand Balkany s’en est pris, il y a environ un an, à un journaliste de BFM TV venu l’interroger sur sa mise en examen, dans sa permanence, lui confisquant sa caméra sous le coup de l’énervement, sa femme tentant de le tempérer. Ce-dernier ne s’était aperçu que nous étions passé à l’ère du numérique, la vidéo ayant largement tourné sur le web. Derrière ces trois propriétés des Balkany saisies par la justice, c’est toute l’histoire de ce financement, de corruption et de détournement éventuel des sociétés qui ont des marchés à Levallois, tout cet édifice-là que la justice est en train d’ébranler. Ce n’est pas la 1ère fois que la justice s’y intéresse, à savoir à cet édifice et à ce patrimoine immobilier. A vrai dire, Patrick Balkany a déjà été condamné dans le passé, puis il a été réélu. La 1ère affaire Balkany a touché au fait, qu’ils confondaient le personnel municipal avec le personnel domestique, emmené par exemple, dans leur villa aux Antilles, l’ayant conduit à être condamné à une peine d’inégibilité. Comme cela arrive parfois, il a ensuite été réélu, ayant d’autres exemples d’élus condamnés par la justice, puis au fond adoubé par leur électorat, à droite comme à gauche. Là, l’affaire est plus grave, c’est d’une autre nature, les biens du couple Balkany ayant une valeur très supérieure à leur patrimoine déclaré, tout ce qu’il y a de transparent, ayant toujours été élu (conseiller général, maire, député).

Ainsi ont-ils été mis en examen, il y a quelques mois, sur des accusations de blanchiment de fraude fiscale, étant accusé de n’avoir pas déclaré une partie de leur patrimoine, au demeurant sans commune mesure avec leurs indemnités d’élus. Quoi qu’il en soit de la fortune familiale supposée des époux Balkany, le père de Patrick Balkany, ayant notamment lancé la chaîne de magasins de prêt-à-porter Réty. La propriété de 4 hectares en Normandie, dit du « moulin de Giverny », dont ils sont propriétaires depuis trente ans, donnée à leurs enfants, mais dont ils conservaient l’usufruit, leur permettait de déclarer que 150 000 euros au fisc. Cette fois-ci, ils sont saisis, le plus contraignant étant la levée de l’immunité parlementaire, ainsi que la confiscation du passeport, car il y a des risques de blanchiment ou de dissimulation de patrimoine, si les Balkany se rendent à l’étranger. Tout cela met évidemment en cause leur mode de gestion de la ville de Levallois-Perret, dont ils sont élus depuis 1983, tous les deux, avec une parenthèse d’un mandat. On a l’impression que les Balkany appartiennent à une autre époque. Celle où les Hauts-de-Seine étaient un empire et sur lequel régnait d’abord un certain Charles Pasqua, puis un certain Nicolas Sarkozy, avec des personnages, des barons, nous pourrions dire, du type de Patrick Balkany. Il n’a pas vu arriver, venir ce coup fatal qu’on lui porte aujourd’hui. Et qui est le mode de traitement appliqué à tous les voyous de droit commun, qui ne craignent nullement la prison, mais surtout que l’on touche à leur argent.

Nous le savons, Levallois est une ville tout à fait limitrophe de Paris, donc les terrains immobiliers ont une valeur considérable. C’est la ville la plus endettée de France, mais c’est en même temps une commune où il y a des sièges sociaux, qui a des revenus pouvant justifier cet endettement. Balkany a été réélu, étant indéniable qu’il a transformé cette commune. Il en a fait la ville des classes moyennes, des cadres, avec des crèches partout, des centres sportifs, des associations sportives, mais au prix d’un endettement énorme, qui devra être payé, un jour, par les citoyens de Levallois. Il y a trente, quarante ans, Levallois était une ville de gauche, communiste, avec des taudis partout, des hôtels, des bars de voyous. Durant ses deux premiers mandats, Patrick Balkany a contribué à la profonde mutation de Levallois-Perret, en transformant les zones industrielles déliquescentes ou en friche (occupant près d’un quart de la superficie de la ville) en quartiers résidentiels et de bureaux. Il a fait venir une nouvelle population, ce qui signifie de nouveaux électeurs, leur offrant les services dont elle avait besoin. A ce titre, c’est toute la partie nord des Hauts-de-Seine qui a changé, au tournant des années 80. Soit un Etat dans l’Etat en France et dont le PIB est équivalent à celui de la Grèce avant 2008 et de beaucoup de petits pays européens. Parce qu’il y a notamment ce quartier d’affaires de la Défense, érigé à partir des années 1960 sur des terrains vagues ou en friche et couvrant plusieurs communes des Hauts-de-Seine (Puteaux, Courbevoie, Suresnes, Nanterre), où sont domiciliés de nombreux sièges sociaux d’entreprises payant leurs impôts locaux. Et le plus souvent géré par des mairies de droite, qui étaient de gauche à l’époque, sans transparence sur les affaires de financement de partis politiques et avec beaucoup à faire sur le plan immobilier.

C’est comme cela que ces communes se sont complètement transformées architecturalement et sociologiquement. Et cela fait longtemps, à vrai dire, que la presse et la justice suspectent Patrick Balkany de monnayer les terrains immobiliers, de faire de l’argent et d’avoir constitué une fortune. Et puis reste la façon, dont il a usé de son pouvoir d’influence, puisqu’il a aussi fait des affaires en Afrique noire, notamment lorsque Nicolas Sarkozy était président, par sa proximité et son amitié présidentielle. C’est la 1ère fois que la justice arrive à démonter le système. Mais le choc frappant Balkany vient d’abord de son propre camp, de l’intérieur, non des juges, des médias, mais essentiellement de l’un de ses anciens camarades de jeux, à savoir Didier Schuller. Mêlé à l’affaire du financement du RPR et des HLM de la ville de Paris, Schuller a tout pris au procès, en présence de Balkany, sans rien dire. Il y avait deux offices HLM à Paris, dont un finançant le RPR au travers un système de pots-de-vin versés contre l’octroi de marchés publics. C’est la vengeance de Schuller qui a changé les choses, à savoir son clone. Il y a trente ans, il devait prendre la mairie de Clichy, voisine de Levallois. C’est tout un périmètre, Levallois faisant 1km de long sur 1,5 km de large, soit de tous petits rectangles aux portes de Paris, entre la Seine et le périph’, où tout était à faire en immobilier. Didier Schuller s’en va en cavale en République dominicaine, sa vie étant, au fond, détruite, ayant perdu de son aura. Et vingt ans plus tard, étant revenu, en révélant tout ce qu’il savait, il a mis la justice sur la piste, lui ouvrant une porte d’entrée sur le système Balkany. Cette mise en examen signe le début des gros ennuis pour Patrick Balkany. Quelques mois plus tard, les députés « Les Républicains » ont voté la levée de son immunité parlementaire, étant un signal très simple et clair, signifiant que personne n’a voulu bloquer le travail de la justice. Les Balkany devenaient peut-être un boulet pour la droite, à l’approche des élections régionales.

Dès lors, Balkany aura du mal à se relever, du moins, nous le pensons. Cela dit, on se méfie. Cela fait vingt ans que l’on parle de sa fin, sa chute. Effectivement, il est dans le tourbillon de la justice depuis trente ans, Patrick Balkany ayant été élu quatre fois maire, au travers un système bougrement clientéliste. Il y a la justice et la démocratie. Ces élus retournent devant leurs électeurs, à chaque fois et s’ils s’avèrent talentueux, ces-derniers redonnent leurs voix systématiquement. L’inégibilité est fixée un temps, par le juge, un élu pouvant avoir une 2e ou une 3e vie politique. Alors qu’un fonctionnaire d’autorité ne le peut, car étant révoqué. En Allemagne, lorsque l’on a été condamné par la justice, on ne peut se représenter. Moralement, les partis politiques pourraient établir une limite. Le suffrage universel a une valeur autre dans l’hexagone. C’est heureux pour certains, pas pour d’autres. La levée de son immunité parlementaire ne signifie pas qu’il ne puisse plus continuer à siéger et il continue et continuera à siéger. Il n’est pas impossible s’il se représente aux prochaines élections municipales, qu’il soit réélu. Des associations anti-corruption réclament déjà davantage, certains souhaitant sa démission de son poste de maire de Levallois, en vertu d’un décret du code des collectivités territoriales touchant à la destitution d’un maire dont l’autorité morale a été entachée. Des associations de contribuables levalloisiens peuvent se constituer également partie civile, s’ils se sentent floués. Le gouvernement peut aussi destituer le maire de Levallois-Perret, en conseil des ministres, ce qui serait un signal fort.

En tout cas, en attendant, la justice poursuit ses investigations. Pour le moment, ce sont des juges d’instruction qui sont saisis. Si l’on suit les affaires politico-financières depuis longtemps, ce qui surprend, c’est la rapidité de la saisie de ces biens. Le pire pour le couple, c’est que la justice ait ordonné la vente de leur villa « Pamplemousse » à St-Martin, aux Antilles, allant directement à l’Etat. Balkany utilise des prête-noms dans l’acquisition de ces propriétés aux Antilles et au Maroc, sans parler de sa maison de Giverny, comme Cahuzac l’a fait, afin de détourner la rigueur du fisc. Mais aussi comme Mitterrand qui a acheté un domaine dans le Lubéron, sous un prête-nom, la propriété de Gorde, mais au bénéfice d’Anne Pingeot et de Mazarine et non pour des raisons fiscales. Patrick Balkany n’a pas inventé ce système. Il est aussi « victime », entre guillemets, si l’on peut dire, de l’affaire Cahuzac, et de la GRASC, ayant épluché ses déclarations de revenus. Cette agence a été le fruit d’une loi portée par Nicolas Sarkozy en 2010, mise en application en 2011, le but étant de toucher les truands, la pègre, de la déstabiliser, permettant de saisir, puis de vendre des biens acquis frauduleusement, sans attendre la décision de justice. En Italie d’où vient ce modèle, c’est une méthode efficace pour lutter contre la mafia. Si l’on est sourcilleux sur la procédure judiciaire, tant que la décision de justice n’est pas rendue, on est réputé innocent, que ce soit M. Balkany ou un 1er communiant, ce-dernier constituant une cible médiatique et judiciaire. Il est victime de ces lois, de cette agence, qui a été créé pour lutter contre le crime organisé, à l’origine. Mais la justice n’a pas tranché définitivement, des recours sont possibles. La déclaration des époux Balkany est frauduleuse, ce qui est facile à démontrer. Mais le problème est de savoir d’où vient l’argent et là-dessus, la procédure peut s’établir sur des mois, voire des années. Effectivement, si cela vient de montages, de portages d’affaires, de commissions occultes avec des circuits internationaux, pour les juges, cela va être compliqué à dénouer et à établir.

Nous savons que Patrick Balkany a acquis une mine d’uranium en Afrique noire, un industriel belge lui ayant versé une commission réclamée contre son exploitation, sous la forme de deux virements depuis son compte en Suisse, vers un compte numéroté domicilié à Singapour. A l’époque des espèces, il n’y avait pas besoin de ces montages complexes. Mais avec le temps, il a fallu monter ces écheveaux de sociétés, avec à priori passage vers des paradis fiscaux, afin de perdre la justice française. Nicolas Sarkozy a été touché de plein fouet, ayant des prétentions politiques, perdant un nouvel ami et soutien par des compromissions, après Claude Guéant. Et il ne pourra s’imperméabiliser totalement vis-à-vis de cette affaire, même s’il reste silencieux. Balkany a conquis la mairie de Levallois grâce à Sarkozy. Il en a toujours rajouté d’ailleurs dans la mise en avant de cette amitié, car cela servait ces intérêts. Les Balkany sont le sparadrap des années bling-bling, l’ayant toujours été. Durant cette période noire où Cécilia Attias était en train de quitter Nicolas Sarkozy, c’est Isabelle Balkany qui a fait le lien. A sa décharge, Sarkozy ne l’a jamais fait ministre, Balkany ayant toujours rêvé d’obtenir le portefeuille de la coopération, par ses liens avec l’Afrique. Ayant même, paraît-il, claqué la porte de son bureau de l’Elysée, quand il avait appris qu’il ne serait pas ministre. Balkany a été un soutien, un ami de jeunesse, une relation de vingt, trente ans, notamment par leurs origines hongroises communes, du côté paternel. Mais Sarkozy l’a toujours confiné à Levallois. Tout en lui donnant un passeport diplomatique, ce qui lui a permis de beaucoup voyager en Afrique et de multiplier les affaires occultes. Il jouait le rôle de conseiller de l’ombre, au sujet de l’Afrique. Mais il y avait tout un halo d’affaires autour de lui.

Sous le quinquennat précédent, vers la fin, il se disait que la mairie de Levallois fonctionnait comme un Matignon bis et que les réseaux y manoeuvrant étaient plus puissants qu’à Matignon même. En tout cas, il est certain que Nicolas Sarkozy, qui semble être fidèle en amitié, prendra sur le plan officiel plus de précautions, pour ne pas le prendre dans son entourage immédiat, dans le cadre de son retour en politique. Mais l’un des développements de cette affaire n’est pas moins spectaculaire, l’un des avocats proche de Sarkozy – à savoir celui de la ville de Levallois – étant soupçonné d’avoir orchestré l’évasion fiscale du couple Balkany, aujourd’hui mis en examen, ce qui fait une deuxième-troisième fuite. Cette affaire en rajoute à l’eau du moulin du « Tous pourris », que ce soit à droite ou à gauche. Une législation oblige les élus à rendre transparent leur patrimoine. Mais encore peuvent-ils mentir, ce qui est le cas de Balkany, et là, des enquêtes sont diligentées. Aucun élu n’est comparable à un autre, comme Jérôme Cahuzac, ministre des finances et dissimulant son patrimoine au fisc, ce qui est exceptionnel dans son profil. Dans une approche subliminale, le fait que l’on gagne moins bien sa vie dans le public que dans le privé induit peut-être aussi, en partie, l’écrasante médiocrité de la plupart de nos élus, par un processus de sélection naturelle. Certes, on ne fait à priori pas fortune en faisant de la politique. Quoi qu’il en soit de leurs qualités réelles ou supposées, la plupart des élus sont constamment sur le terrain, sollicités par leurs électeurs, pour des indemnités sommes toutes pas extraordinaires, se lançant plutôt dans cette voie par passion que pour s’enrichir, au départ. Bien qu’il y ait des brebis galeuses, mais qui restent minoritaires, toutes proportions gardées.

Les époux Balkany ne sont pas encore en prison, c’est loin d’être le cas. Nous en sommes au début, c’est une mise en examen. Mais la justice est longue, car le montage est complexe, les Balkany ayant un très bon avocat, ils vont tout faire pour en retarder l’échéance. Il y aura un renvoi en correctionnel, un procès, un 2e procès en appel. Nous devrons certainement attendre deux ans, trois ans, quatre ans, pour en évoquer l’issue. Ce n’est pas la fin, mais le début de la fin, car beaucoup d’autres affaires couvent à Levallois.

                                                                                                                                                                                        J. D.

 

5 août, 2015

La colère est dans le pré

Classé dans : Economie,Europe,Politique,sujets de societe — llanterne @ 16:02

Le gouvernement a annoncé sous la pression un plan d’aide de 600 millions d’euros, en tout et pour tout et une revalorisation du prix du lait et du porc breton (revu finalement à la baisse), face à la colère des agriculteurs ayant bloqué le Mont Saint-Michel et menaçant prochainement de manifester à Paris. Mais en tout cas, ce plan est jugé insuffisant par les intéressés. Pourquoi notre filière agricole est-elle en crise ? Qui paiera ces mesures ? Dans une économie de marché, est-ce à l’Etat d’intervenir systématiquement ? Notre structure économique, avec ces charges, nous permet-elle d’être compétitif ? Autant de questions sont soulevées, autour de ce mouvement, la crise agricole actuelle étant le miroir de la crise hexagonale.

Cela fait des décennies qu’on nous parle de la « désertification » de nos campagnes, de la disparition de nos exploitations, de l’agonie de la plupart de nos filières agricoles. Ainsi, dans une approche sociologique, la question est de savoir si l’on peut vivre avec 15 000 euros annuels de revenus, quand l’on travaille de 12 à 15 heures / jour, sans souvent de congés. Sur le plan structurel, des questions peuvent se poser, notamment celle de la taille de nos entreprises agricoles, du caractère hyper-administré de l’agriculture en France, qui fait que nous ne sommes pas préparés à cette compétitivité mondiale effrénée. Depuis l’après-guerre, les gouvernements successifs ont géré les malheurs de nos paysans, grâce à un système obsolète, la FNSEA (fondée en 1946), à savoir un syndicat majoritaire tenant les Chambres d’agriculture, le Crédit agricole, les Safers, les coopératives, la protection sociale. Mais le président de la FNSEA locale se réserve à ses petites relations les prêts, les meilleures terres, les meilleures ventes, contrôlant tout, du foncier à la vente de la production, en passant par les crédits. Ce système est évidemment l’un des premières causes de la catastrophe. Et puis, bien sûr, il y a tout le reste, c’est-à-dire cette «  exception » française garottant, à coup de charges insupportables et de règlementations – le plus souvent – absurdes, tous ceux qui tentent d’entreprendre quoi que ce soit dans le pays, dans n’importe quel domaine.

En France, cette économie agricole est productive et cela alors que la population agricole diminue, avec moins de 600 000 agriculteurs contre un million en 1986, avec alors une production de 40 % inférieure à ce qu’elle est aujourd’hui. L’agriculture américaine est devenue le premier client d’Enron, par exemple, c’est-à-dire que l’on utilise toutes les nouvelles technologies pour augmenter considérablement la production. En France, nous avons un secteur très productif qui souffre de deux problèmes, à savoir que des sous-secteurs sont très productifs, mais que d’autres sont très en retard. Quand le président de la République se rend à Vinexpo, il dit aux producteurs présents, « vous êtes une des sources de revenus les plus importantes », étant vrai que l’excédent agricole porté par le vin et les spiritueux français est parmi les plus importants de nos excédents commerciaux. C’est le 1er secteur exportateur en France devant l’aéronautique – mais le 2e solde commercial derrière ce-dernier -, porté par les céréales, le vin, et une autre agriculture qui est plus de proximité, autour du lait. Quand l’on regarde le revenu des agriculteurs, une partie passe par les prix et une partie par les subventions. Dans l’économie hexagonale, l’agriculture représente 58 milliards d’euros de chiffre d’affaires, soit 50 milliards par les prix et 8 milliards par les subventions de la CEE. Donc il y a un arbitrage entre ce que l’on fera passer par les prix, ce que l’on fera passer par les subventions et dans le choix qui est fait, c’est quelle vision de l’agriculture l’on a. A cet effet, toute une partie de notre élite dirigeante cultive une vision assez négative de notre agriculture induite par un discours un petit peu mondain germanopratin de l’agriculteur pollueur. Et donc l’arbitrage entre les prix et les subventions est lié à la fois à la compétitivité, au commerce international et à cette ambiance étrange et délétère entretenue entre les Français et l’agriculture.

On peut se demander pourquoi plutôt que de bloquer les ponts et les routes, les agriculteurs ne s’en prennent pas aux industriels ou aux distributeurs qui leurs nuisent, voire aux sous-préfectures. Le blocage est un coup de gueule pour être entendu vraiment, mais ce n’est pas le seul type d’opération entreprise, certains agriculteurs étant en observation, par exemple, depuis des mois, afin de vérifier la provenance des produits carnés et laitiers dans la grande distribution. Le problème réside dans les coûts de production et la compétitivité vis-à-vis de nos pays voisins, à savoir l’Allemagne, les Pays-Bas, le Danemark, l’Espagne, donc nos partenaires européens. En Espagne, les coûts de production sont plus faibles. Car ce qui compte après, c’est la transformation du porc, l’Allemagne ayant fait le choix de faire appel à des intérimaires précaires, roumains, polonais ou autres, par exemple, dans les champs et les abattoirs, qu’ils conservent à bas coûts, quatre à cinq mois, puis faisant appel à d’autres. Sur le marché du porc breton, à 1,3 euros le kilo, les prix espagnols sont quelques centimes plus bas, les prix allemands à 4 centimes de différence, en intégrant tous les intermédiaires et le coût salarial de l’abatteur. Dans l’UE, on ne peut forcer le consommateur français à acheter français. Par contre, les industriels demandent une harmonisation des coûts de main-d’oeuvre dans les abattoirs. Les producteurs voisins ont des infrastructures plus importantes, les normes sanitaires sont plus sévères en France qu’en Allemagne. Pour construire une porcherie, avec le même caractère productif et polluant, en Allemagne, il faut demander une autorisation au-delà de 2000 porcs. En France il faut en demander une, qui est longue et coûteuse, au-delà de 450 porcs… 

Nous avons l’impression d’entendre au sujet de l’agriculture, les complaintes portées dans d’autres secteurs d’activités, en France, soit des charges plus élevées et des normes plus complexes qu’ailleurs. Cette filière agro-alimentaire française – les abattoirs, les laiteries, etc. – qui est immense, et reconnue dans le monde, avec un label qualité, est à défendre, à promouvoir. L’agriculture devient l’un des grands défis de demain, avec aujourd’hui 7 milliards d’habitants à nourrir. La PAC a été peu à peu détricotée, sans filet de sécurité et de mécanisme d’achat. Les quotas laitiers (instaurés en 1985) ont été supprimés, au printemps dernier. Sur le plan historique, nous avons eu une 1ère période où nous ne produisions pas assez de lait, dans l’immédiat après-guerre. On se souvient du lait Mendès France, distribué dans les écoles primaires. Puis la génération d’après se remémore qu’il y avait une production laitière devenue trop importante, donc la CEE l’achetait et le stockait sous des formes diverses et variées. Puis il y a eu cette régulation par les quotas laitiers. Et maintenant, nous sommes dans une situation où on a libéralisé le commerce du lait. Un paysan sur deux en Europe est polonais, roumain ou bulgare aujourd’hui, alors qu’en 1950, c’était le paysan français, d’où la redéfinition de la PAC, liée à l’évolution de notre agriculture et à l’entrée dans le marché commun des nouveaux pays entrants en 2004 et 2006. Et depuis dix ans, ce qui s’est immiscé dans ces marchés, c’est la volatilité pour des raisons x, y, z, car tous les pays veulent rentrer dans cette course à l’alimentation mondiale, sans régulation, au travers une activité très capitalistique (bâtiments, tracteurs, animaux, etc…), le niveau de rentabilité étant plutôt faible. Il faut investir beaucoup, ce qui fait qu’en cas d’à coûts des prix, si cela dure trois ans, l’agriculteur ne peut faire face.

Il faudrait permettre le regroupement d’exploitations entrepreneuriales, devant sortir de toutes les autorisations administratives pour s’installer ou augmenter et même pour racheter la ferme d’un voisin, en passant par la Safer (gérant le foncier), soit toute une demande très administrée. Aujourd’hui, un producteur laitier passé de 500 à 524 vaches doit payer des amendes excessives. Une ferme de 70 vaches laitières subit des normes qui seront les mêmes. L’espace, la climatisation sont meilleurs que dans des exploitations n’ayant pas les moyens de se développer et de s’équiper. Ces porcheries devraient être rassemblées, nécessitant une grande surveillance, en regroupant des exploitations, permettant de partager le travail, de mutualiser les investissements, etc. Mais il y a la place aussi pour des modèles plus artisanaux, comme dans le Cantal. Des mécanismes de régulation sont à réinventer, non plus dans les politiques publiques européennes, mais entre agriculteurs et acteurs économiques. En nouant des contrats tripartites entre producteur-transformateur-distributeur qui permettent de partager des coûts d’investissements, sur des volumes négociés, intégrant des coûts de production franco-français avec des normes. En aval, un certain nombre de points pourrait être défini avec la distribution, dans la promotion de la qualité et l’origine (avec la labellisation et le sticker « viande de nulle part », portant son effet sur le consommateur, comme l’analyse l’économiste Philippe Dessertines). Le consommateur est prêt à faire un choix, l’alimentaire touchant à quelque chose de très fort, du point de vue psychologique. 80 % de ce que vous mangez, a été produit en France (avec un label Unesco). Mais notre production doit s’adapter et notre structure économique ne nous permet pas d’être compétitif, dans une économie dérégulée. Lorsque l’on parle des intermédiaires, il y a enfin la guerre des enseignes et donc des prix. Les grands distributeurs font un profit (des marges de 15 % entre 2013 et 2014 sur la viande bovine). Les quatre principaux se sont regroupés récemment pour être plus efficaces, en mutualisant leurs centrales d’achat, et étant tout seul, Leclerc s’étant mis avec un Allemand. Quand dans le même temps les revenus des agriculteurs a diminué de 20 %. Si le pouvoir d’achat n’était pas si bas, sûrement les Français achèteraient plus facilement de la qualité.

Défendre les éleveurs, c’est aussi se souvenir que la France a très longtemps été une nation paysanne. La population rurale n’a cessé d’être majoritaire que dans les années 1950, alors qu’en Allemagne ce fut le cas au début du XXe siècle. A ce titre, 86 % des Français appellent à plus de solidarité avec les éleveurs. C’est défendre l’enracinement, le terroir, à savoir la classique posture barrésienne. Le secteur primaire est par essence celui des entreprises à taille humaine, et son développement et son épanouissement passent par la mise en oeuvre des principes de l’économie sociale, comme le déclarait Jules Méline, ministre de l’Agriculture, lors d’une discussion à l’Assemblée nationale, le 10 mai 1890, et notamment du système de coopération en agriculture, au delà du seul système de crédit. Sur le plan historique, alors député des Vosges, Jules Méline se voit confier le portefeuille du ministère de l’Agriculture par Jules Ferry en 1883, se consacrant à sa tâche avec beaucoup de conscience. Car c’est alors la période difficile de la « crise agricole », marquée par la baisse des prix due à la concurrence des pays neufs. Si Méline fait établir des droits de douane sur les céréales, et plafonne les prix du grain, il aperçoit bien à l’origine les limites de cette solution et il désire améliorer parallèlement la rentabilité des exploitations. Il contribue activement dans ce sens à l’organisation du crédit agricole. Ayant évolué politiquement vers le centre droit, il est encore ministre de l’Agriculture en 1915, et vit jusqu’en 1925, profondément vénéré des ruraux. On lui a beaucoup reproché depuis lors l’orientation défensive qu’il a donné à la politique agricole française, et le terme de mélinisme a pris, non sans quelle injustice, une tonalité péjorative. Il est vrai, après ce n’est peut-être pas à l’Etat d’intervenir systématiquement, dans une économie de marché. Mais il faut rappeler qu’aux Etats-Unis, pourtant un pays libéral, l’Etat intervient systématiquement en faveur de l’agriculture, n’ayant toujours pas aboli le Buy American Act de 1933, et n’hésitant pas à imposer des normes sanitaires qui, de facto, bloquent les importations, comme pour les fromages au lait cru. Et sans l’intervention de l’Etat, l’agriculture japonaise n’existerait plus (la plus subventionnée au monde), car aucun pays ne veut abandonner sa souveraineté alimentaire.

Hollande, Valls et Le Foll (sans doute le ministre de l’Agriculture le plus médiocre, à part Edith Cresson, que nous ayons eu depuis le début de la Ve République, ayant même refusé de se déplacer pour rencontrer les agriculteurs, au début de la crise) annoncent ainsi dans la précipitation des plans d’urgence, quelques millions d’euros à la volée, des réunions de concertation, des commissions. Clémenceau disait « quand je veux enterrer un problème, je crée une commission ». Mais ce n’est évidemment pas avec quelques subventions supplémentaires et quelques facilités de paiement qu’on sauvera l’agriculture française – ou du moins les plus petits producteurs – face à la concurrence européenne et mondiale, et surtout face à elle-même. Le contribuable et le consommateur paieront à double titre, outre une légère hausse de prix, au travers la répercussion de l’aide d’Etat dans l’allongement de la dette. Mais ce ne sont pas des réformes structurelles, c’est là que le bas blesse. Les agriculteurs veulent simplement que le pouvoir tienne (au moins un peu) toutes les promesses qu’il leur a faites il n’y a pas si longtemps et pouvoir continuer à nourrir leurs concitoyens, comme cela a toujours été leur mission sacrée. C’est-à-dire, au moins, qu’il abaisse les fameuses charges les asphyxiant, qu’il règlemente la distribution et qu’il régule, dès que la concurrence européenne et / ou mondiale devient par trop déloyale.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         J. D.

31 mai, 2015

Cette ridicule panthéonade…

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 2:19

Sans avoir, loin s’en faut, le talent oratoire d’un prédicateur tel Bossuet, François Hollande est passé spécialiste de l’oraison funèbre. Depuis janvier dernier, le drame de Charlie Hebdo et de l’épicerie cachère de la porte de Vincennes, à grand renforts de formules creuses, il n’arrête plus de s’incliner devant la mémoire des victimes du présent et du passé. Tout est bon pour lui, pour tenter de gagner quelques points dans les sondages. Dans cette lignée, l’entrée au Panthéon de quatre figures de la Résistance, mercredi dernier, vient s’inscrire dans les précédents hommages, cette fois-ci en ré-exhumant les fantômes de l’occupation et de la résistance. Seulement, n’est pas Malraux qui veut.

Le but de la panthéonade, selon le néologisme ironique de Régis Debray, est de rendre hommage à une personnalité de nationalité française dont l’oeuvre et l’existence ont marqué l’histoire de France. Cette tradition se veut aussi un moyen, pour le pouvoir en place, de placer sous les projecteurs une période de l’histoire et de tenter d’y graver son empreinte. Le journaliste torturé par la Gestapo, Pierre Brossolette ; la fondatrice d’ATD Quart-Monde, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, et l’ethnologue Germaine Tillion, toutes deux déportées à Ravensbrück ; le ministre du Front populaire Jean Zay - à l’origine de l’ENA, dès l’entre-deux-guerres -, assassiné par la Milice à l’image de Georges Mandel. Ces deux femmes et deux hommes incarnent l’esprit de la Résistance, bien que plus méconnus que n’a pu l’être Jean Moulin. Le Panthéon, dont le fronton proclame la devise « Aux grands Hommes, la patrie reconnaissante », n’accueillait jusqu’ici que deux femmes sur soixante-onze personnalités, la physicienne Marie Curie, et Sophie Berthelot, en sa qualité d’épouse du chimiste Marcellin Berthelot. Ces quatre figures de la Résistance sont entrées au Panthéon - dont deux symboliquement, par refus des descendants, les cercueils étant vides -, ce mercredi 27 mai, suite à des cérémonies d’hommage débutées la veille.

Le cortège funèbre a traversé la capitale, en empruntant le chemin de la libération de Paris. Parti de la porte d’Orléans, il a parcouru l’avenue du Général-Leclerc, l’avenue Denfert-Rochereau et le boulevard de Port-Royal. Après un hommage organisé par la Mairie de Paris place Camille-Jullian, le cortège a rallié la Sorbonne, pour une veillée dans la cour d’honneur, avant d’entrer au Panthéon en cortège, le lendemain après-midi. Sous la Ve République, la « compétence de panthéonisation » est transférée au Président de la République, elle s’avère une arme redoutable, forte en symbole. A cet effet, une entrée au Panthéon s’accompagne toujours d’un grand discours du chef de l’Etat. C’est en tout cas, ce que nous attendions de François Hollande, et évidemment lui aussi. Tout le monde y avait pensé, et l’attendait au tournant, que ce soit les journalistes, les politiques, les spectateurs. « Entre ici, Jean Moulin, avec ton terrible cortège… », nous entendions encore la voix chevrotante de Malraux, à la fois émouvante et ridicule, le 19 décembre 1964, un autre grand résistant faisant son entrée au Panthéon, accueilli par ce fameux discours, dans cette ancienne église construite sous Louis XV, devenue grand temple républicain sous la IIIe. C’est le souffle lyrique des mots, l’histoire qui vous étreint, la seconde guerre mondiale, l’occupation, la résistance, la torture, la mort. L’histoire serait son truc, nous murmure les communicants, depuis des jours, au sujet de Hollande. Les grands mots étaient tous de cérémonie, aussi bien alignés que les cercueils. Toutes les familles politiques étaient honorées, même les royalistes, qui furent souvent les premiers à s’engager dans la résistance, il est vrai, en dépit du pétainisme affiché de Charles Maurras et d’une partie des camelots de l’Action française.

Et il ne manquait rien, sauf l’essentiel, à savoir le style, le talent, l’âme. Ainsi, le texte était à la fois solennel et ennuyeux, insipide et soporifique, l’auteur butant sur les mots et les syllabes, comme absent, du moins sans lyrisme aucun. Sans souffle, ni force, ni vigueur, lisant ses notes, François Hollande employait une tonalité excessivement convenue, en passant par les parallèles mal établis avec l’actualité. Souhaitant s’inscrire dans le temps présent, il a ainsi assuré que l’ethnologue Germaine Tillion « serait dans le camp des réfugiés qui accueillent les exilés de Syrie et d’Irak », qu’elle appellerait à la solidarité pour les chrétiens d’Orient, qu’elle se serait mobilisée pour retrouver les filles enlevées par Boko Haram, dans le nord du Nigéria. Seulement voilà, quand Malraux évoquait Carnot et Victor Hugo, Hollande pensait à ses électeurs, « la solidarité n’est pas l’assistance » ou « quand il y a des ratés d’intégration, ce n’est pas la faute de la République, mais faute de République ». Nous passions de Victor Hugo à Séguéla, de Chateaubriand à Marc Lévy, pour reprendre une formule d’Eric Zemmour. Ainsi, Hollande ne semblait pas habiter son texte, ni vivre cette grandiose histoire. Ce n’est pas parce qu’il est incapable de nous annoncer la moindre bonne nouvelle, ni à propos de l’inversion de la courbe du chômage, ni à propos de la réduction de nos déficits publics, ni à propos d’une baisse de nos prélèvements obligatoires, qu’il doit maintenant se cantonner dans la morosité la plus morbide et les hommages à  toutes les victimes de la planète, du présent et du passé.

Pendant l’Occupation, comme le rappelait le journaliste Thierry Desjardins dans un récent billet, les Allemands avaient cru faire plaisir aux Français, en leur rendant les cendres de l’Aiglon, le fils de Napoléon, transférées de Vienne aux Invalides, par un hiver glacial. Les Parisiens avaient alors murmuré « Moins de cendres et plus de charbon ». Il est vraisemblable qu’aujourd’hui, un grand nombre de nos compatriotes, sans parallèle hasardeux - les chômeurs, les précaires, les exclus, les petits bourgeois des classes moyennes accablés d’impôts - ont envie de murmurer « Un peu moins de sonneries aux morts, un peu plus de travail, un peu moins d’impôts ». Bien que prétendant s’intéresser aux jeunes, à savoir les 25 à 35 % des 16-35 ans errant dans notre société, sans aucun espoir d’y trouver leur place, le président s’imagine sans doute, qu’en ré-exhumant ces figures estompées du siècle passé, d’il y a soixante-dix ans, il redonnera espoir à la jeunesse française. Un chef d’Etat doit se tourner vers l’avenir, fixer un cap, l’annoncer clairement et faire preuve d’une certaine volonté. Or, après près de trois ans de vacuité du pouvoir, d’impuissance la plus totale émanant de la tête de l’exécutif, ce pauvre Hollande n’ose plus nous promettre quoi que ce soit, ne sait où donner la tête et se tourne vers les pages les plus noires de notre passé. Ou les pires drames de notre présent, comme pour nous convaincre qu’il y aurait pire que ce que nous vivons, au quotidien, bien ce ne soit pas ce que nous lui demandons, ni ce pour quoi il a été élu. Cherchant désespérément à remonter un tant soit peu dans les sondages, avant la prochaine échéance électorale des régionales, il s’imagine bien naïvement qu’en investissant le terrain du « devoir de mémoire », il réinvestira sa fonction, mais hélas, sans le charisme, ni le lyrisme adéquat.

Tout cela sonnait absolument faux et creux. Il avait choisi la résistance, pour se hisser à la hauteur des plus grands, pour nous refaire le coup du 11 janvier. Ces prédécesseurs avaient été plus prudents ou plus malin. Chirac avait pris Alexandre Dumas et Mitterrand avait choisi Jean Monnet, à savoir le métissage si l’on veut, pour l’un - Dumas était le petit-fils d’une quarteronne antillaise -, l’Europe pour l’autre. C’était politiquement correct à l’outrance, nous n’en attendions rien, et nous fûmes servis. A cette image, Hollande a voulu jouer dans la cour des grands, il n’a fait que montrer sa petitesse.

                                                                                                                                                                                J. D.

3 décembre, 2013

Cette baisse en trompe-l’oeil

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 15:48

Il est clair que personne ne fanfaronne, en particulier au gouvernement, avec l’annonce des derniers chiffres du chômage, même s’ils marquent un léger recul. Ainsi, il y a eu, en octobre, 20 500 chômeurs de moins, soit – 0,6 %. Ce qui n’est pas grand-chose, c’est le moins que l’on puisse dire, nous avons toujours 3 270 000 chômeurs inscrits à Pôle-emploi, sans compter les inactifs. Même si cela nous change, bien évidemment des dramatiques augmentations mensuelles habituelles, cette toute petite baisse du baromètre n’est guère stimulante. A savoir, une éclaircie qui n’empêche pas la destruction d’emplois et le recul de la consommation dans notre pays.

Dans un premier temps, ce qu’il convient d’analyser - pour être juste -, c’est que le chômage est stable, c’est ce que l’on doit retenir suite à l’annonce des dernières statistiques officielles publiées, il y a trois-quatre jours. Mais d’où cela vient, là est la question ? Et est-ce que cela est durable, ou supposé l’être ? C’est là que le bas blesse. On voit qu’il y a beaucoup de radiations, même s’il peut y en avoir pour de bonne raisons – ou du moins légitimes -, mais aussi le rôle essentiel des emplois aidés, qui sont pour l’essentiel des emplois publics. Il ne faut pas nécessairement dédaigner ces emplois aidés, qui peuvent appuyer des jeunes gens peu qualifiés, en difficulté d’insertion sociale et éloignés du marché de l’emploi. Mais néanmoins, l’emploi privé ne contribue pas véritablement à la diminution du chômage. La prudence du gouvernement sur la durée est donc de bon aloi. Tant que l’on n’aura pas une croissance d’1,5 % au minimum, nous n’aurons pas de baisse significative du chômage. Et nous en sommes loin. Le chômage est stabilisé à un niveau élevé, semble-t-il, dans l’hexagone.

Vu sous un autre angle, il est vrai que le nombre de chômeurs a diminué, mais il y a plus de chômeurs au mois d’octobre 2013, qu’au mois d’octobre 2012 (+ 6 %), ce qui est non négligeable. Enfin, le nombre de chômeurs de plus d’un an est aussi en explosion, représentant 42 % du nombre de chômeurs, ce qui est inquiétant, la probabilité de retrouver un emploi, au bout d’un an, étant beaucoup plus faible. La probabilité de retrouver un emploi est de 30 % en France, après un an de chômage, contre de 80 à 90 % en Scandinavie. On a l’impression que l’on décrit la France des années 1970, en citant ces derniers chiffres. Il n’y a ainsi pas de fluidité suffisante du marché du travail, pour éviter aux chômeurs longue durée d’être stigmatisés. Le suivi laisse également à désirer, même si des tentatives ont été réalisées, dans la seconde moitié des années 1990. La crise pointe son nez partout. Depuis un mois, les salariés du groupe « La Redoute » manifestent leur mécontentement, et leur inquiétude, face au développement de la vente sur internet. L’histoire du groupe « La Redoute » a débuté, il y a plus de 75 ans, dans les filatures de Roubaix. Depuis un mois, les salariés inquiets pour leur avenir, multiplient les manifestations. La vente de ce groupe de prêt-à-porter est un dossier, parmi tant d’autres, hautement symbolique et politique.

François Hollande ne se réjouit-il pas trop vite, alors que des centaines d’entreprises, voire des milliers, dans toute la France, sont menacées de dépôt de bilan. Ainsi, pour en revenir aux statistiques du chômage, cette petite baisse en trompe-l’oeil, ne concerne que les chômeurs de catégorie A (chômage total). Les chômeurs de catégories B et C (activité réduite) ont, eux, continué à augmenter, 39 600 de plus, soit + 0,8 %. Et puis, surtout, comme nous l’avons prouvé, il ne faut pas oublier que le gouvernement triche d’une manière éhontée. D’abord, en faisant radier à tour de bras certains chômeurs des listes officielles, comme nous l’avons vu, quoi qu’il en soit (11 000 radiations administratives de plus). Ensuite, en transformant, par un tour de passe-passe incroyable, des chômeurs de catégorie A en chômeurs de catégories B ou C, sous prétexte qu’ils suivent un vague stage de formation (plus ou moins bidon).

C’est ce qui est arrivé à 60 000 d’entre eux, en octobre. Et bien-sûr, en multipliant à l’infini, les embauches à coups d’emplois d’avenir ou de génération et d’emplois « aidés », quoi que l’on puisse en dire, mais payer par les entreprises et le contribuable. Ainsi, nous avons encore 11,1 % de chômeurs, au bas mot, alors que l’Allemagne n’en a plus que 5,2 % (même si les radiations existent là-bas aussi, mais à population active plus importante, le chômage reste nettement plus bas), les Etats-Unis 7,2 %, la Suisse, 3,2 %, ou l’Autriche, 4,9 %. Certes, la natalité de l’Allemagne ou de l’Autriche est faiblarde, mais les analyses restent intéressantes. Et l’on peut toujours évoquer l’Espagne, 26,6 %, ou la Grèce, 27,3 %, mais c’est une bien maigre consolation, sachant que nous sommes bien à plus de 15 % de chômeurs et d’inactifs, dans la réalité des faits. En jouant sur les chiffres, Hollande joue aussi sur les mots. En fait, ce qui compte n’est pas le nombre de chômeurs mais bien le nombre d’emplois marchands qui sont créés. Cette année, la France a encore perdu plus de 110 000 emplois. Quelque soit les entourloupes auxquelles se livrent les socialistes, les réalités sont têtues.

Sur ce point, la croissance ne repartira, qu’à certaines conditions. Et non pas en attendant, le nez au vent et les bras croisés, pour paraphraser Thierry Desjardins, que l’économie mondiale redémarre et que nous puissions en récolter quelques miettes. Cela veut dire permettre aux entreprises de se développer aussi, en investissant et en innovant pour créer de la richesse et conquérir des marchés intérieurs comme extérieurs, tout en relançant la consommation, en permettant aux citoyens de consommer. Or, il est vrai, toute la politique socio-économique menée par Hollande afin de maquiller les chiffres avec ses emplois aidés l’oblige à augmenter toujours plus les prélèvements et à oppresser davantage encore les entreprises et les consommateurs. C’est toute l’absurdité de cette politique. Cela se fait nécessairement au détriment de l’économie marchande. L’argent qui est placé dans l’assistanat et les emplois aidés, ne l’est pas ailleurs, dans l’allégement des charges des entreprises, etc. Nous fonctionnons dans un système en vase clos, selon le principes des vases communicant. Il convient surtout de dynamiser le secteur privé par la formation notamment. La majorité des licenciés économiques en France, le sont par absence d’investissements, en matière de formation, d’adaptabilité. Il faudrait que les salariés du groupe « La Redoute » soient suffisamment formés pour aller travailler, par exemple, auprès de ces nombreuses petites entreprises diversifiées dans la vente en ligne, par correspondance (suivant l’exemple scandinave). C’est le problème français, en grande partie.

Nous ne ferons baisser le chômage significativement, que lorsque nous serons capables de former les salariés, face aux soubresauts du marché, et avec la réactivité s’imposant en matière d’évolution professionnelle. Ainsi, pour faire baisser artificiellement le nombre de chômeurs, Hollande massacre à la tronçonneuse toutes les possibilités de créer des emplois. Les Français commencent à s’apercevoir que ce n’est pas la courbe du chômage, qu’il convient d’observer, mais bien celle des créations d’emplois, pensant naïvement que si la première baissait un jour, ce serait parce que la seconde augmenterait. Et ils comprennent sans doute, qu’Hollande va, peut-être, parvenir à l’exploit de faire baisser les deux en même temps. Moins de chômeurs, moins d’emplois. Le chômage baisse, mais l’emploi recule… C’est évidemment suicidaire, car avant longtemps, faute de la moindre croissance qu’il paralyse lui-même, Hollande ne pourra plus s’offrir d’emplois aidés. Le nombre de chômeurs baisse virtuellement, mais paradoxalement, le nombre des fermetures d’entreprises se multiplie. Mais cela dit, comment s’en étonner ? Ainsi, une politique socialiste ne peut que conduire à une économie du même type. Et comme dans une vaste faillite, l’Etat-providence devient l’Etat-catastrophe.

                                                                                                                                                                                         J. D.

28 avril, 2013

Bonnet blanc, blanc bonnet…

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 0:55

Chômage record, cote de confiance de l’exécutif au plus bas, enfermement du pouvoir, polémique sur la transparence après l’affaire Cahuzac… A l’approche du premier anniversaire de son élection, François Hollande traverse une forte zone de turbulences, sur fond de défiance de plus en plus grande des Français pour leurs représentants politiques. Et l’on s’aperçoit que si l’opposition n’était pas à ce point inaudible, elle pourrait reprendre à la lettre près, contre Hollande, tous les reproches que la gauche faisait à Sarkozy.

Si l’on a un peu de mémoire, on se souvient que François Hollande et la gauche en général n’avaient pas de mots assez durs pour critiquer Nicolas Sarkozy quand il ne voulait tenir compte des gigantesques manifestations de rue s’opposant à sa réforme des retraites à l’automne 2010, quand, après le moindre incident, il décidait, dans l’affolement, d’imposer de nouvelles lois, quand il s’inclinait servilement devant Angela Merkel, quand il s’avérait incapable de faire face à la montée du chômage et de réindustrialiser le pays, quand il augmentait les impôts sans pouvoir pour autant réduire les déficits, quand il intervenait militairement en Lybie. De son côté, Hollande n’a pas voulu entendre les centaines de milliers de Français qui, dans la rue, manifestaient contre son projet de mariage homosexuel. L’affaire Cahuzac n’est pas encore enterrée qu’il annonce déjà, dans la précipitation, des textes sur la moralisation de la vie politique. Et alors que l’austérité plonge le pays dans la récession, Hollande continue à tenter d’obéir aux injonctions de la chancelière allemande, sur fond de hausse du chômage, d’augmentation des prélèvements obligatoires et des déficits. Il a, lui aussi, voulu jouer les chefs en guerre, envoyant l’armée au Mali, ce que les terroristes islamistes nous font déjà payer à coups d’attentats (on l’a vu à Tripoli), tout comme Sarkozy qui, en faisant exploser la Lybie, aura donné le pouvoir aux fanatiques de la Charia et provoqué un chaos généralisé jusqu’au coeur de l’Afrique.

Hollande nous avait promis « le changement », mais il n’y a pas eu de changement, et le changement, on le sait, ce n’est pas pour maintenant, ni pour demain. Ainsi, à ce titre, nous assistons à un pitoyable ânonnement de l’histoire. Gauche, droite, c’est bonnet blanc, blanc bonnet. Sarkozy nous a très vite agacé par son agitation perpétuelle et contradictoire. Son successeur nous énerve par son apathique placidité. Sarkozy excitait les passions, Hollande nous les renvoie. Sarkozy était brusque, velléitaire et zigzaguait, tandis qu’Hollande prétend rechercher le consensus, recule volontiers (que ce soit sur les 75 %, le vote des étrangers, le non cumul des mandats), et ne sait pas visiblement où il veut aller, ni ce qu’il faudrait faire. Mais lui qui reprochait, à juste titre, à Sarkozy de diviser les Français, les a divisés à son tour, avec cette affaire du mariage pour tous, et cela comme ils ne l’avaient pas été depuis bien longtemps. Le quinquennat de François Hollande devait pourtant permettre une réconciliation des Français, après celui particulièrement clivant ou décrit comme tel de Nicolas Sarkozy. Ainsi, c’est bonnet blanc, blanc bonnet… mais en pire. Car, non seulement jamais un chef d’Etat, pas même Sarkozy, n’avait été aussi rejeté par l’opinion publique dans tous les sondages, mais jamais les Français n’avaient été aussi désespérés par la vacuité du pouvoir.

Certes, la crise s’aggrave et l’avenir s’annonce catastrophique. Certes, l’opposition s’est discréditée et se porte mal - avec un ancien président mis en examen et un ancien premier ministre qui a échoué à prendre la tête de l’UMP -, et personne ne peut rêver, pour l’instant, à une alternance qui sauverait le pays. Mais le plus grave aujourd’hui, c’est que ce qui tient lieu de pouvoir s’avère totalement incohérent, avec des ministres dissidents, comme Montebourg et Hamon, et une majorité qui s’affole. Du coup, outre Jean-Luc Mélenchon, l’aile gauche du Parti Socialiste se fait entendre, à l’Assemblée comme au Sénat et réclame une sérieuse réorientation politique. Les voix dissonantes se font entendre dans la majorité, se plaignant de ne pas distinguer le cap fixé. Et après avoir vu, dans la même semaine, les hauts-fourneaux de Florange éteints définitivement, la raffinerie de Pétroplus commencée à être démantelée, l’usine de PSA d’Aulnay-sous-Bois menacée d’être fermée plus tôt encore que prévu, autant de sites devenus symboliques, et avant même d’avoir pris connaissance des chiffres catastrophiques du chômage, Claude Bartolone, président de l’Assemblée Nationale, demande dans Le Monde à Hollande de « tirer les leçons » de ces dix premiers mois « pour envisager un nouveau temps du quinquennat ».

Ainsi les uns, de plus en plus rares, disent que François Hollande n’est au pouvoir que depuis moins d’un an, et qu’il convient de lui laisser encore un peu de temps pour faire ses preuves. Les autres, de plus en plus nombreux, font remarquer qu’il est au pouvoir depuis près de onze mois et qu’il n’a toujours rien fait pour arrêter la dégringolade vertigineuse du pays. Mais en fait, comme l’analyse le journaliste Thierry Desjardins, pour beaucoup de Français, cela fait des années que la France n’est pas dirigée et que droite et gauche ont démontré qu’elles s’avéraient tout aussi incapables, l’une que l’autre, à sortir le pays de son agonie. C’est naturellement, ce qui explique ce désenchantement, poussant les électeurs à l’abstention ou le vote blanc, soit dans les bras de Marine Le Pen ou encore dans ceux de Jean-Luc Mélenchon, pour une petite frange d’entre eux….

                                                                                                                                                          J. D.


23 avril, 2013

Vers un rendez-vous historique ?

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 18:02

Ce mardi 23 avril 2013 restera-t-il dans les annales, telle une date importante dans l’histoire de France ? Sans doute puisqu’aujourd’hui, l’Assemblée nationale s’apprête à adopter définitivement le projet de loi autorisant le mariage des homosexuels et l’adoption d’enfants pour les couples de même sexe, après des mois de palabres inutiles et de manifestations de plus en plus importantes (même si cela n’est pas terminé pour autant dans la rue, comme nous l’avons vu dimanche dernier).

Même si ce texte ne concernera, au final, qu’une infime partie de la population, il s’agit là d’une véritable révolution sociétale en devenir. Depuis la nuit des temps, les lois de la nature exigeaient que, pour former un couple et avoir des enfants, il fallait un homme et une femme. C’est la première fois, en France, que des législateurs se permettent d’aller ainsi contre les règles évidentes de la biologie. Comme l’analyse Thierry Desjardins, ces-derniers nous ont conté que le principe même de l’égalité, qui nous est si cher, obligeait ainsi à accorder le même statut aux couples hétérosexuels et aux couples homosexuels. Or, l’égalité n’a jamais effacé les différences. Pendant des décennies, les homosexuels ont réclamé à juste titre « le droit à la différence » qui leur a été accordé, au nom de la liberté individuelle permettant à chacun de mener sa vie personnelle comme il l’entend. Mais, non contents de ce « droit à la différence » qui leur était reconnu, certains lobbies minoritaires se sont mis à exiger « le droit à… la similitude » en s’écriant « Nous sommes différents mais nous sommes pareils ». Il faut d’ailleurs reconnaître que, si quelques petits lobbies particulièrement actifs dans les quartiers « bobos » de la capitale se démenaient, c’est la gauche qui, sans doute à court d’idées, a fait de ce problème qui n’en était pas vraiment un, un thème essentiel de combat, le récupérant à bon escient. Jadis, la gauche défendait la classe ouvrière et s’en prenait au grand capital, maintenant elle se focalise sur des questions sociétales sans fondement réel. C’est évidemment plus facile, même si on est en droit de se demander s’il appartient à une majorité éphémère, par définition, de s’en prendre aux fondements mêmes de notre société et aux droits les plus élémentaires.

Les Français ont élu François Hollande pour qu’il lutte contre le chômage, la précarité, le déclassement des familles modestes et moyennes, pas pour supprimer de notre code civil les mots « père » et « mère » en les remplaçant par « parent 1 » et « parent 2 ». Ainsi, même si ce « mariage pour tous » était dans les promesses du candidat, il n’en était pas du moins la priorité. Et il y a une sorte d’escroquerie morale à nous avoir ainsi « assommés » durant des mois avec ce sujet, et cela alors que la situation du pays devenait chaque jour plus catastrophique. Certains diront que le chef de l’Etat a voulu ainsi « cliver » l’opinion pour maintenir son électorat sur le pied de guerre. Mais ce n’est pas le rôle du président que de cliver, il doit au contraire rassembler. Et ensuite et surtout, ce n’est pas « le peuple de gauche » qu’il a pu mobiliser derrière cette défense du mariage homosexuel mais bien « le peuple de droite » qui, sans chef, s’est réveillé et retrouvé dans les rues pour défendre les suprêmes intérêts de l’enfant (autour de la question de l’adoption, qui doit se voir appliquer le sacro-saint principe de précaution), et aussi conspuer un régime qui part à vau l’eau, et se montrant chaque jour, plus incompétent à faire face à toutes les crises, économique, sociale, morale, que connaît la France. Aussi, c’est bien grâce à la solidité des institutions, léguées par le père de la Ve, que son successeur lointain a pu ignorer des manifestations de rue de plus en plus impressionnantes. Et grâce aux farces et attrapes laissées par Michel Debré dans la constitution, qu’il a pu accélérer la procédure parlementaire pour mettre un terme à l’opposition d’un quarteron de députés UMP.

Mais Hollande a mis à côté de la plaque, ne comprenant rien à ce mouvement, le méprisant puis tentant de l’amadouer sur la clause de conscience laissée aux maires, avant de se reprendre sur l’injonction du lobby LGBT. La Ve République a pourtant été inventé pour résister à la pression de tous les lobbies, pas pour mettre l’Etat à leur service. Cette révolte secoue ainsi l’opinion publique, des jeunes de vingt ans se rebellant contre une société atomisée, déstructurée, marchandisée. Au milieu de cette marée montante, les partis se sont avérés désorientés et dépassés. La gauche a cru avoir à faire à des syndicalistes, s’étonnant qu’ils protestent contre un droit qu’on ne leur retirerait pas, alors que la gauche devrait au contraire, en ses temps matérialistes et égoïstes, louaient des gens défendant une certaine idée de la famille sans rien attendre pour eux. Depuis quelques jours, le pouvoir a semblé s’affoler, accusant à ce titre, les opposants au mariage homosexuel, d’être odieux homophobes. Les mêmes qui interdisent farouchement tout amalgame, se révèlent en roi incontesté de l’amalgame. On peut parfaitement vouloir défendre la famille « traditionnelle », sans souhaiter pour autant jeter les homosexuels au bûcher. François Hollande a voulu traiter ce que sa ministre Taubira a elle-même qualifié de « changement de civilisation », comme une simple modification du barème de l’impôt sur le revenu. Il n’a pas mesuré la violence symbolique qu’il imposait ainsi à une société épuisée de subir les caprices et diktats de toutes les minorités depuis quarante ans.

Mais François Hollande aurait tort de triompher ce soir, après le vote de l’Assemblée. Il aura voulu, avec cette loi « contre-nature », marquer l’Histoire et la postérité, comme Mitterrand avec l’abrogation de la peine de mort, Giscard avec l’abaissement de l’âge de la majorité, ou encore Chirac avec la suppression du service militaire. Et personne ne pourra jamais revenir sur le texte (même si le conseil constitutionnel pourrait aussi le retoquer), le mal sera fait, contrairement à ce que prétend l’opposition. A ce titre, cette semaine a commencé par la publication d’un sondage, dans lequel, François Hollande affichait 73 % d’opinions défavorables, battant tous les records d’impopularité. Preuve que les homosexuels pèsent peu et que les Français n’auront pas été dupes de ses postures et impostures, de soit-disant homme de progrès.

                                                                                                                                                          J. D.

                                                                                                                                                                                

19 avril, 2013

Vers une « radicalisation », dites-vous ?

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 14:47

Les commentateurs ne parlent plus que de cela, et il semble que le gouvernement s’en inquiète aussi. Le mécontentement des Français… se « radicaliserait ». A cet effet, certains voient dans l’ampleur et la multiplication des manifestations contre le mariage des homosexuels ainsi que dans ce qui ressemble à des appels à l’insurrection émanant de la gauche de la gauche ses signes inquiétants. Cela laisserait entendre qu’un nombre grandissant de nos compatriotes ne se contentent plus de rejeter Hollande dans les sondages, et qu’ils n’auraient pas l’intention d’attendre les municipales de l’an prochain pour faire part de leur désenchantement.

Mais comment s’étonner de cette rage des Français, devant l’incurie de ceux qui nous gouvernent ? Aucune des promesses du candidat Hollande n’a été tenue, que ce soit sur le chômage, le pouvoir d’achat, le déficit, la ré-industrialisation du pays ou encore l’Europe, et tout va de mal en pis, à un rhytme encore supérieur à celui que nous avait imposé son prédécesseur. Ainsi, le gouvernement dénonce une « radicalisation » de l’opposition et pointe du doigt certains groupuscules extrémistes sans pouvoir d’ailleurs les désigner avec précision. Mais il ne s’agit pas de quelques groupuscules. Le pouvoir a désormais en face de lui une foule immense de Français dont le ras-le-bol peut, à tout instant, se transformer en colère dévastatrice. Parce qu’ils sont menacés par le chômage  - qui va bientôt battre des records inégalés -, parce qu’ils voient, chaque jour, leur niveau de vie dégringoler - le pouvoir d’achat a régressé d’1,1 % en 2012, marquant son premier recul depuis 1984 ! -, parce que l’avenir n’est plus seulement « incertain » mais de toute évidence catastrophique. L’affaire du mariage des homosexuels n’est plus maintenant qu’un prétexte cristallisant tous les mécontentements, toutes les colères. Or, devant cette ambiance, le pouvoir reste sourd, inaudible, inerte, les bras ballants. Jamais un président de la République n’a été aussi hésitant, désorienté, balbutiant, chancelant, vacillant, en face d’une crise de régime, il est vrai, sans précédent. Jamais un Premier ministre n’a été aussi inexistant. Jamais un gouvernement n’a été aussi divisé entre ses socio-démocrates, ses socialistes purs et durs, et ses écologistes illuminés.

Là encore, l’affaire Cahuzac n’a été qu’un prétexte (de plus) pour que les Français rejettent cette équipe gouvernementale. Peut-être pas « Tous pourris », mais en tout cas « Tous menteurs ». Cahuzac avait menti sur son compte en Suisse, mais il avait aussi menti sur les résultats de sa politique budgétaire. Tout comme Hollande, lui-même, avait menti en nous annonçant un retour aux 3 % de déficit ou, bien pire encore, qu’il inverserait la courbe du chômage avant la fin de l’année. A cet effet, dans des situations similaires (mais cependant moins graves) Mitterrand avait su opérer le virage de la rigueur, remplaçant André Mouroy, « le Rougeot de Lille » ou « Gros Quinquin » comme on le surnommait par Laurent Fabius, et Chirac n’avait pas hésité à faire une dissolution, quand le pays était bloqué par l’intransigeance de Juppé, droit dans ses bottes, sur les recommandations de Dominique de Villepin. Si nos institutions garantissent la stabilité du pouvoir, elles offrent trois échappatoires en cas de crise et de blocage : le remaniement gouvernemental, la dissolution et la voie référendaire. Avec, bien sûr, pour les deux dernières solutions, tous les risques qu’elles comportent. Buté comme pas deux, le président de la République préfère faire le dos rond, s’imaginant naïvement, que « les choses » finiront par se calmer d’elles-mêmes pour peu que la croissance redémarre miraculeusement aux Etats-Unis ou ailleurs. Mais « les choses » ne se calmeront pas d’elles-mêmes, car elles sont symptomatiques de la déliquescence de notre économie, et de celle de l’Etat, ce à quoi s’ajoute désormais un rejet viscéral du pouvoir en place.

Face à cette situation, l’opposition reste relativement effacée - divisée au sommet par sa lutte fratricide et affaiblie par son absence de « leadership » -, ne pensant qu’à la présidentielle de 2017, voire même à celle de 2022. Entendant ménager la chèvre et le chou, les ténors de l’UMP ont raté la marée populaire se levant contre le mariage dit « pour tous ». Ils n’ont pas bien compris et analysé que si des millions de Français entendaient protester contre ce chamboulement de notre société qu’on leur imposait, ils voulaient aussi profiter de cette occasion pour exprimer leur ras-le-bol contre une politique aggravant considérablement leur situation, sans pour autant donner au pays la moindre chance de redressement. Du coup, l’opposition, la vraie, se trouve dans la rue, sans chef et sans organisation, et sans autre programme que de crier « Hollande démission ». Et forcément, devant le mépris que lui jette au visage le pouvoir, elle se radicalise. Quand Frigide Barjot, la pasionaria des anti-mariage gay, promet du « sang » à François Hollande s’il insiste avec sa loi, quand des ouvriers d’Aulnay font irruption au conseil national du PS pour crier à la trahison des clercs socialistes, quand Jean-Luc Mélenchon attend avec impatience sa manifestation du 5 mai pour « donner un coup de balai » à la Ve République, il y a ainsi de quoi se poser des questions. 

Les mécontents d’aujourd’hui veulent le changement qu’on leur avait promis, pas celui de la société mais celui de leur vie personnelle, faite désormais de privations quotidiennes, de dégringolade sociale, d’angoisse pour l’avenir immédiat. Alors oui, les foules défilant ces jours-ci dans les rues se radicalisent. Il n’y a pas de quoi s’en étonner. Or, ce genre de mouvement, on ne s’aperçoit jamais quand ça commence et on sait encore moins comment ça finit.

                                                                                                                                                                                               J. D.

18 avril, 2013

La « transparence », et après ?

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 2:48

Ce fut donc le jour J, avant-hier, pour la publication des patrimoines des ministres au nom de la transparence. On sait que la loi devrait bientôt s’appliquer également aux parlementaires et aux hauts-fonctionnaires. Cette mesure est censée, on l’a entendu, réconcilier les citoyens et la politique. Mais elle provoque plus d’aigreur que d’enthousiasme - on peut en juger -, y compris dans les rangs du gouvernement. Est-ce que l’on va trop loin ? Est-ce qu’il faut au contraire, aller plus loin encore ? Quels effets cela aura-t-il sur les électeurs ? Et en publiant le patrimoine, donc la fortune de tel ou telle, est-ce qu’on lave plus blanc que blanc, ou alors est-ce que l’on crée plus de défiance ?

Quel malaise parmi les ministres notamment qui se sont exprimés, depuis quelques semaines ! Quelle difficulté, à dire dans ce pays, combien on gagne ! On touche ainsi aux rapports particuliers et complexés des Français avec l’argent. Soyons honnêtes et reconnaissons que nous avons tous épluchés les déclarations de patrimoine de nos ministres. Ainsi, du plus riche, Fabius (plus de 6 millions d’euros) à la plus pauvre, Najat Vallaud-Belkacem (moins de 100 000 euros). Et ce qui était prévisible est arrivé. On s’indigne du fait qu’ils soient huit à dépasser le million d’euros et de plus, on ne croit pas un mot de ceux qui n’auraient presque rien. Nous sommes dans le pays de l’égalité et évidemment, chacun se compare. Naturellement, on se demande, tout d’abord, si l’on peut être (ou du moins se prétendre) socialiste et rouler sur l’or. Tout comme Fabius, est-ce que Michel Sapin (2,15 millions d’euros) ou Marisol Touraine (1 million d’euros) sans parler de Jean-Marc Ayrault lui-même (1,5 millions d’euros) sont capables non plus de défendre une classe ouvrière en voie de disparition, mais au moins de comprendre le drame des 9 millions de Français survivant sous le seuil de pauvreté (14,5 % de la population), à 820 euros par mois ? D’ailleurs, la question se pose aussi pour François Hollande qui lors de son entrée à l’Elysée avait déclaré 1,17 million de patrimoine.

Ainsi, on voit bien que pour certains ministres, la situation pourrait en devenir compliquée, notamment pour ceux assujettis à l’ISF et qui vont peut-être aussi, être les mêmes à engager des réformes difficiles, dans les prochains mois. Il est vrai que Marisol Touraine, par exemple, notre ministre des affaires sociales, va devoir engager prochainement des mesures de réduction des allocations familiales. Cela risque d’être compliquée pour elle. Cette liste fut d’ailleurs publiée avec du retard. Comme un signe du malaise régnant, mais aussi d’une sorte de crise gouvernementale larvée - les fameux couacs -,  qui n’arrive pas à trouver une forme de mode de résolution. Le désordre au sein du gouvernement continue. La gauche est mal à l’aise. En effet, elle s’était posée, en s’opposant aux turpitudes du pouvoir en place. C’est aussi là-dessus que la gauche gagne, en fustigeant les riches, en s’attaquant à la finance. Alors être touché au coeur - je n’aime pas les riches, etc. -, être déstabilisé, au coeur de ce qui a fait votre victoire, de ce qui a fait votre identité, c’est douloureux. Et c’est cette douleur qui contribue à expliquer, à la fois le relatif désarroi de l’équipe au pouvoir dans sa riposte, et ce que l’on appelle le malaise, qui dans les enquêtes d’opinions est énorme, à droite, mais aussi et surtout au coeur même de l’électorat ayant fait la victoire de François Hollande.

Par ailleurs, si tout le monde sait que Fabius, Michèle Delaunay et Marisol Touraine ont hérité d’une jolie fortune, certains mauvais esprits se demanderont, sans doute, comment un modeste professeur d’allemand, marié à une modeste enseignante et n’ayant hérité de ses parents peut être aujourd’hui, avec son épouse, à la tête d’un patrimoine d’un million et demi d’euros, même s’il a été longtemps député-maire de Nantes… Mais il n’y a pas que les riches à poser question. Si on peut comprendre que Benoit Hamon, Cécile Duflot, Delphine Bato ou encore Najat Vallaud-Belkacem soient « sans le sou », on est tout de même en droit de s’étonner que Pierre Moscovici, énarque et ancien président de la Cour des Comptes, n’ait, à 55 ans, que son modeste appartement de Montbéliard, ne valant que… 200 000 euros. Soit il le sous-estime ou nous cache d’autres choses, soit il n’est sûrement pas le plus apte à diriger l’économie et les finances de notre pays. Le problème est que la gauche est prise à son propre piège dans cette affaire. Mais ce qui fera ou pas l’impopularité de ces révélations sera mis en regard de l’action politique. La gauche a toujours eu des grands bourgeois. Ca ne posait pas de difficultés, à partir du moment où leur action politique était approuvée, mais dans un contexte de crise économique, de contestation de l’autorité du président de la République, de doute sur l’efficacité du gouvernement, c’est tout cela qui est mis dans la marmite. En fait, dans cette opération d’enfumage démagogique, tout est là. Les Français vont ainsi s’indigner que certains ministres soient millionnaires et considérer que ceux qui voudraient faire pitié comme des incapables, si ce n’est de gros menteurs.

Tout cela ne sera pas suffisant, car le doute est trop forment installé. Ce doute est antérieur à l’affaire Cahuzac et à la riposte gouvernementale. Le dévissage de popularité des deux têtes de l’exécutif a commencé dès août 2012, sur le terrain des mauvais résultats sur le plan économique et social, ce qui s’est poursuivi sur le terrain d’une appréciation mitigée du style de l’exercice de la fonction présidentielle, puis sur ce désordre gouvernemental, et là c’est le coup de grâce. C’est maintenant le doute moral. La riposte gouvernementale ne saurait inverser le mouvement. Le ver est dans le fruit, pour recréer un lien de confiance, il en faudrait beaucoup plus. Mais ce qui est sûr, c’est qu’avec ce déballage, ce gouvernement est plus pitoyable qu’autre chose et fait rire le monde entier avec cette course bien tardive à la moralisation…

                                                                                                                                                                                        J. D.

15 avril, 2013

Un guignol à l’Elysée

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 0:34

A en juger les premières réactions autant dans la presse que dans les milieux politiques, François Hollande ne convainc guère, que ce soit avec son « choc de moralisation », pas plus qu’avec son « choc de compétitivité », ni son « choc de simplification ». Il est certain que ces recettes sur la transparence du patrimoine des élus, l’incompatibilité de certaines professions avec un mandat de parlementaire et la lutte contre les paradis fiscaux n’ont rien de très nouveau, ni de très original et qu’on voit mal comment elles pourraient être mises en oeuvre. Mais le pire, bien sûr, c’est que plus personne ne croit un seul instant en ce que peut dire, affirmer, annoncer, promettre le président de la République. Pour les uns, il parle pour ne rien dire, pour les autres, il en devient inaudible.

Le double langage est un art ; exigeant subtilité, prudence matoise, art du tempo. François Hollande, qui imite en tout François Mitterrand, a encore des progrès à faire pour appliquer sa célèbre devise, empruntée au cardinal de Retz : « On ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment ». N’est pas sphinx qui veut. L’affaire Cahuzac l’a, bien sûr, terrassé. Mais ce raz-de-marée n’est que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Pratiquement tous nos présidents ont eu leur(s) scandale(s) : l’affaire de Broglie, la mort mystérieuse de Boulin, le suicide de Grossouvre, l’affaire du Rainbow warrior, l’affaire Pelat, la cassette Méry, l’affaire Bettencourt et la liste pourrait s’allonger à l’infini. A chaque fois le trône présidentiel vacillait, mais quelques jours après le chef de l’Etat reprenait la situation en main, parce qu’il était précisément le chef de l’Etat. Ce qui a coulé, semble-t-il définitivement François Hollande, ce ne sont pas les aléas de l’affaire Cahuzac - qui fut la cerise sur le gâteau -, mais plutôt, associé à son évident manque de charisme, ces dix mois de reniements pendant lesquels, non seulement il n’a tenu aucune de ses promesses, que ce soit sur le chômage, le déficit, le pouvoir d’achat, la ré-industrialisation du pays, l’Europe, mais pendant lesquels il a surtout fait preuve de sa totale incapacité à tenir son équipe de ministres amateurs, à faire face à Angela Merkel, à fixer un cap précis, « à ré-enchanter le rêve français », pour citer le journaliste Thierry Desjardins.

Hollande n’est pas l’Etat. Il ne l’incarne pas. Il ne le fait pas respecter. Il essaye mais n’y arrive pas. Comme s’il était là par hasard, par erreur. Il est vrai que Sarkozy n’y arrivait pas plus que lui. Il compensait son manque d’incarnation par un activisme effréné. Il n’était pas président mais jouait au Premier ministre, cumulant les deux fonctions. Sarkozy nous a très vite agacé par son agitation perpétuelle et contradictoire. Son successeur nous énerve par son apathique placidité. Sarkozy excitait les passions, Hollande nous les renvoie. Les socialistes ont retrouvé le pouvoir après dix ans d’absence. L’incroyable amateurisme qu’ils ont montré dans l’affaire du taux d’imposition à 75 % prouve qu’ils ont perdu une partie de leur culture de gouvernement. A l’époque, Jospin reconnaissait, penaud, que l’Etat ne peut pas tout. Ses héritiers découvrent que l’Etat peut toujours moins. D’où le désarroi des uns et la fureur des autres. Hollande reçoit chaque jour sa feuille de route de Bruxelles : traité budgétaire, flexibilité sociale… Le rouleau compresseur libéral broie toute velléité d’originalité d’une gauche convertie à la sociale démocratie. Il inspire jusqu’aux réformes sociétales que la gauche défend ingénument au nom du progrès.

Ainsi tout le monde répète en boucle, que l’affaire Cahuzac a provoqué une grave « crise morale » dans le pays, ce qui est possible. Mais il ne faut pas faire trop d’honneur à l’ancien ministre du budget, la crise morale existe depuis bien longtemps. Certains avaient cru, pleins de naïveté, que François Hollande, sous son air débonnaire et son discours social-démocrate, allait nous redonner le moral - en insufflant un peu de morale - et surtout une vision claire de l’avenir du pays, avec une farouche détermination à mener toutes les réformes qui s’imposent pour que nous ayons une chance de pouvoir enfin remonter à la surface. Les uns sont dépités, les autres qui ne se faisaient aucune illusion ne jubilent pas pour autant. Tous sont désenchantés. 

                                                                                                                                                                          J. D.


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