La Lanterne (politique, sujets de société)

11 avril, 2013

De la « transparence » à la démagogie

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 20:10

Après les aveux dévastateurs de Jérôme Cahuzac, l’exécutif promet un texte sur la moralisation de la vie politique et François Hollande - qui crève tous les planchers dans les sondages -, a imposé à tous ses ministres, de publier leur patrimoine. Pressé de prendre des initiatives fortes après le séisme, le chef de l’Etat pense pouvoir « remoraliser » la vie politique avec des textes bricolés à la hâte - relevant plus de la démagogie que de la réflexion -, et en se lançant dans une lutte acharnée mais désespérée contre les paradis fiscaux.

Dans un premier temps, exiger de nos élus qu’ils rendent public leur patrimoine est une idée plus compliquée qu’il n’y parait. En amont, le problème n’est pas réellement d’être riche ou pauvre, mais que l’on puisse contrôler que l’exercice du mandat d’un élu ne permette son enrichissement personnel. Et la meilleure façon de vérifier cela, c’est d’avoir la mesure du patrimoine en entrée en fonction et à la sortie. Mais cela subodore en même temps, d’avoir des déclarations vérifiables, contrôlables et sanctionnables et cette surveillance serait sûrement difficile à mettre en œuvre. Ensuite, il ne faudrait pas que cet étalage serve à discréditer les candidats possédant quelques biens. On se plaint à juste titre de voir notre scène politique envahie par les énarques et les fonctionnaires. Mais le risque sous-jacent serait également d’éliminer une bonne partie de ce que l’on appelle la « société civile », des candidats ayant pu se frotter aux réalités économiques - contrairement à certains apparatchiks enfermés dans leur « bulle confortable » -, dans un mécanisme de reproduction des élites républicaines. Ne sachant pas quoi inventer pour faire oublier le scandale qui l’a terrassé dans les sondages, François Hollande improvise dans l’affolement des textes qui relèvent plus de la démagogie que de la réflexion.

Hollande oublie que nous avons déjà une abondante législation condamnant la corruption, la fraude et les détournements de fonds publics. On peut remettre des poupées russes dans notre système - personne n’est contre la « transparence » -, mais si on dotait le fisc de réels moyens, tout irait déjà beaucoup mieux. Par ailleurs, il est très bien de vouloir lutter contre les paradis fiscaux. Totalement utopique, mais cela part d’un bon sentiment, peut-être de culpabilité. Certes, le refus du consentement à l’impôt s’avère quelque chose de grave, pour le fonctionnement des institutions et pour la citoyenneté dans ce pays (surtout quand le ministre du budget donne l’exemple). C’est un élément essentiel de la citoyenneté, tel le stipule l’article 13 de la Déclaration des Droits de l’homme. Aujourd’hui, le coût démocratique de l’évasion fiscale en Europe est de 1 000 milliards d’euros, ce n’est donc pas l’affaire d’un seul homme, mais le fait de tout un écosystème. Mais on oublie cependant une chose : quand il y a un (ou des) paradis, c’est qu’il y a aussi un enfer. S’il ne fait aucun doute que par son climat tempéré et la beauté de ses paysages, la France fasse figure de paradis, sur le plan fiscal, elle n’en est pas moins « un enfer ». La France connaît une hausse constante de sa fiscalité - d’une complexité absolue -, le gouvernement Fillon ayant déjà promulgué une hausse du taux d’imposition en 2012, auquelle est venue s’ajouter celle de ce début de quinquennat. D’ailleurs, l’histoire des paradis fiscaux est parallèle à celle de la fiscalité.

Le diablotin siégeant à l’Elysée aurait été beaucoup plus convaincant si, au lieu de nous annoncer qu’il allait pourchasser sans pitié les évadés fiscaux, il nous avait déclaré qu’il prenait des mesures de rigueur (et non pas d’austérité) pour baisser les dépenses de l’Etat et réduire la pression fiscale afin de relancer la croissance par l’innovation et la consommation. Chaque fois qu’il élève la voix, François Hollande fait sourire et chaque fois qu’il augmente les prélèvements (ce qui est devenu une sale manie chez lui) il montre du doigt le chemin de la Suisse, de Singapour ou des îles Caïmans à certains contribuables qui en ont assez. Dans cette lutte désespérée, François Hollande se devait à la fois d’aller vite et de taper fort. Mais en allant très vite, on ne peut pas taper fort. L’abolition, il y a vingt-cinq ans, du contrôle des changes a tout changé. Cet instrument conçu pour lutter contre la fuite des capitaux et la spéculation (en réglementant l’achat et la vente des monnaies étrangères par ses ressortissants) fut rétabli en France « à titre provisoire » dès 1968 et maintenu ensuite jusqu’en 1984, date où le régime s’assouplit, jusqu’à l’abolition définitive en 1989, sous mandat socialiste.

Aujourd’hui, les milliards se baladent aux quatre coins du monde, les paradis fiscaux pullulent, tandis que les bords du lac de Genève évoquent des affaires de financement politique bien plus larges et sans doute beaucoup plus sérieuses. Avec la mondialisation financière, les élites de l’argent ont trouvé un terrain de jeu idéal, où plus aucune règle n’existe, aucune loi, aucune patrie. De ce point de vue, c’est toute une machinerie internationale, diplomatique au niveau de l’Union européenne, juridique au niveau des textes et des conventions fiscales, à laquelle il faut s’attaquer. Alors bien-sûr, la culture catholique et républicaine de la France se hérisse de voir les meilleurs d’entre nous, formés dans les plus brillantes écoles, jetaient leurs défroques de grand médecin ou de haut-fonctionnaire, pour plonger dans les marécages amoraux des paradis fiscaux. Le pauvre contribuable ne supporte plus de devoir payer plus d’impôts, parce que les plus riches ont trouvé le moyen idéal d’en payer moins. Et ces grands cyniques de Français redécouvrent alors la morale, lorsque la corruption menace leur pays.

Les militants de gauche perdent leurs dernières illusions et ceux de droite commencent à se poser des questions sur le modèle libéral. Ce n’est pas seulement une crise de régime, mais surtout, en  l’occurrence, la crise d’un système. C’est à la fois moins dangereux dans l’immédiat et plus grave, sur le long terme.

                                                                                                                                                                                                               J. D.

10 avril, 2013

Hollande et Mitterrand

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 6:58

En début de semaine, la crise politique a pris un tour beaucoup plus grave. A cette aune, l’exécutif promet un texte sur la moralisation de la vie politique après les aveux dévastateurs de Jérôme Cahuzac. Mais cela dit, il y a urgence pour François Hollande lui-même, puisque après onze mois à l’Elysée, le président touche le fond dans les sondages. Il est plus bas que François Mitterrand à la fin de ses deux mandats.

Comme l’observe M. Zemmour, pendant toute la campagne présidentielle, François Hollande imitait, singeait François Mitterrand avec une étonnante ressemblance de la voix, de la posture, des mimiques, des expressions. Hollande combattait la finance en 2012, quand Mitterrand dénonçait l’argent en 1981. Et depuis qu’il est entré à l’Elysée, l’imitation tourne à l’exaltation. Comme Mitterrand l’avait fait après Giscard, Hollande s’est efforcé de redonner une dignité à la fonction - autour de sa présidence normale -, que leurs deux prédécesseurs de droite avaient voulu désacralisé, décontracté. Dès son intronisation, Mitterrand avait distribué quelques sucettes sociales : retraite à soixante ans, hausse du SMIC, embauche de fonctionnaires. Hollande aussi. Puis en 83, il a opéré son grand virage de la rigueur, au nom de l’Europe. Hollande aussi. Avec son projet sur l’enseignement privé en 1984 et la loi Devaquet, Mitterrand a mis un million de personnes dans la rue. Hollande s’en approche dangereusement, avec le mariage dit pour tous.

Après la réélection de 88, l’ère Mitterrand sombrait dans les affaires et l’argent. Avec Cahuzac, Hollande l’imite encore. Mitterrand avait Patrice Pelat, son ami richissime aux affaires louches. On a découvert pour Hollande, Jean-Jacques Augier, vieux copain de la promotion Voltaire, trésorier de sa campagne et amateur de paradis fiscaux. Comme son maître à penser avait multiplié les lois de moralisation de financement de la vie politique - mesures parachevées par Chirac, sous son 1er mandat -, Hollande s’apprête donc à nous présenter ses grands projets de loi, sur la transparence et la moralisation de la vie politique. Le président Hollande a un temps présidentiel, qui n’est pas le temps de la crise, mais il l’exprime mal. A chaque fois qu’il prend la parole, on a l’impression qu’il tergiverse, qu’il ne sait pas décider. Il est dans un temps mitterrandien, il faut laisser la crise passée, laisser du temps au temps. L’Elysée considère que la crise n’est pas terminée. Hollande fait tout comme Mitterrand, mais en plus petit, en plus médiocre. Question de talent, de culture, d’époque. Mais seulement, en un an, Hollande a déjà mangé deux septennats de Mitterrand. Ces courbes de popularité sont aussi basses, voire plus basses que celles de Mitterrand en fin de mandat. Et il lui reste encore quatre ans, à tenir. Alors que faire ?

Hollande a crevé tous les planchers dans tous les sondages, n’ayant plus maintenant que 27% des Français qui lui font confiance (ce qui veut dire, on ne le souligne pas assez, que 73% de nos compatriotes ne veulent plus de lui). Outre ce texte sur la moralisation de la vie politique, quelles sont les marges de manoeuvre pour Hollande ? Remaniement ministériel ? Changement de Premier ministre ? Référendum ? Dissolution ? Quel serait le bon coup de théâtre que le président pourrait nous faire pour essayer de sortir par le haut de ce bourbier dans lequel il s’est englué jusqu’au cou ? Un remaniement ministériel ? Rarement dans l’histoire de toutes nos républiques un gouvernement a été aussi fade, aussi transparent. Virer les mauvais élèves, ne ferait plaisir qu’à ceux qui les remplaceraient. Et ceux qui restent, ni bons ni mauvais, les Sapin, Touraine, Le Drian, Le Foll, Lebranchu, tout le monde s’en moque. L’ennui quand on a nommé un gouvernement médiocre, c’est qu’on ne peut même pas pratiquer le jeu des chaises musicales pour amuser la galerie.

Alors changer de Premier ministre ? Personne ne pleurerait Ayrault qui, en quittant sa mairie de Nantes, a dépassé allègrement ses limites. Mais dix mois après l’avoir nommé, ça serait évidemment pour Hollande reconnaître son erreur. Ayrault battrait ainsi le record d’Edith Cresson. Et surtout par qui remplacer Ayrault ? Valls, le moins impopulaire des ministres ? Pas encore prêt, trop ambitieux, trop à « droite » et maintenant sur la sellette avec Pierre Moscovici. Le PS et toute la gauche hurleraient. Martine Aubry ? Elle n’attend que cela depuis des mois, mais Hollande déteste la « mère Tape-dure », comme on la surnomme et ce serait inévitablement la pire capitulation en rase campagne, pour lui et son équipe, avec un inévitable virage à gauche. Certains suggèrent à Hollande de se tourner vers la voie référendaire, en organisant un vote sur le thème de la… moralisation de la vie politique. Mais on sait d’expérience que les Français ne répondent jamais à la question qui leur a été posée, mais profitent de l’occasion pour sanctionner la politique du pouvoir en place.

En France, les référendums ne sont jamais que des plébiscites que l’on gagne ou l’on perd, comme de Gaulle et son référendum sur la décentralisation en 1969. Hollande perdrait à tous les coups. Et d’ailleurs quelles questions poser ? Reste la dissolution, comme on le réclame de Mélenchon à la fille Le Pen, en passant par Bayrou. Tout le monde se remémore celle de Chirac en 1997, quand le pays était bloqué par l’intransigeance du « meilleur d’entre nous », droit dans ses bottes. On a oublié les deux dissolutions de de Gaulle, en 1962, quand l’Assemblée avait renversé le gouvernement de Pompidou et en 1968, après les évènements de mai et sans occulter surtout les deux dissolutions de Mitterrand, en 1981 et 88, quand, élu et réélu, il avait en face de lui une majorité de droite. Ces quatre dissolutions-là s’étaient alors traduites par des raz-de-marée en faveur de ceux qui l’avaient décrétées et une victoire de l’opposition. Ainsi, il ne resterait à Hollande que la cohabitation avec la droite - comme Mitterrand -, pour lui permettre de se refaire une virginité et réélire en 2017. Aussi, il faudrait à Hollande dissoudre l’Assemblée nationale, pour perdre en beauté, selon le modèle indépassable de son autre mentor, Jacques Chirac.

Mais il devra se faire violence, plaquer ses amis, sacrifier son parti, renoncer à sa majorité, rogner, élaguer et noyer, saborder tout ce dont il vient, immoler et offrir les siens à sa sauvegarde… pour imiter Mitterrand, une dernière fois.

                                                                                                                                                                                                                        J. D.

9 avril, 2013

Cette claque alsacienne

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 21:25

Depuis des années, nos « bons maîtres » nous affirment que les Français ne veulent plus du millefeuille administratif qui, avec ses communes, ses communautés de communes, ses agglomérations de communes, ses pays, ses départements et ses régions, coûte une fortune, a généré l’embauche de centaines de milliers de fonctionnaires territoriaux et crée une totale confusion des compétences et des responsabilités, comme l’analyse M. Desjardins. Ainsi, ils nous répètent que le « bon sens » voudrait qu’on supprime l’un des échelons de ce millefeuille et tout le monde pense au département, dont il faut le rappeler, la taille avait, jadis, été délimitée pour que chaque habitant puisse rejoindre la préfecture à cheval… en une seule journée.

Les Français laissant désormais souvent leur cheval à l’écurie pour prendre leur voiture ou le train, la taille des départements semble, en effet, bien petite à l’heure des grands investissements qu’impose le développement économique du pays. Il serait indispensable « de franchir un nouveau pas, vers la décentralisation régionale, pour être en mesure de face face aux défis de la mondialisation », comme l’analysait alors feu Adrien Zeller, président de la région Alsace. Pourquoi ainsi ne pas supprimer les départements ? Condamner le département à mort, ce serait le destin de cette création révolutionnaire après tout, que de finir sous la guillotine. Et deux cent ans plus tard, le bourreau avait pris les traits d’Edouard Balladur. Dans le rapport qu’il avait remis fin 2009, Balladur parlait ainsi d’évaporation du département. La manoeuvre était habile. On fusionnait les élus départementaux et régionaux pour mieux perdre discrètement l’échelon départemental. Ainsi, cela fait quarante ans que nos élites - de droite comme de gauche -, veulent la peau du département. Dans un rapport précédent, Jacques Attali avait lui aussi programmé sa disparition en dix ans. Sarkozy avait également promis de ne pas le faire, mais n’en pensait pas moins. Il est reproché aux départements de ne pas être à la taille de l’Europe, car Bruxelles privilégie les grandes régions, comme la Catalogne, le Piémont ou la Bavière.

Mais voilà, les Français eux, en pincent toujours pour le département. Cette raison toute simple, que semble totalement mépriser nos énarques régnant entre le Faubourg Saint-Germain et le Faubourg Saint-Honoré, c’est donc que les Français ne le veulent pas. Le fameux « bon sens » ne va pas dans le même sens à Paris et en province. Le premier référendum du genre, qui a eu lieu, avant-hier, en Alsace et qui proposait aux habitants du Haut-Rhin et de Bas-Rhin de fondre en une seule collectivité leurs deux départements est révélateur. Pour que le « oui » l’emporte, il fallait qu’il recueille non seulement la majorité des votes, mais aussi au moins 25 % des inscrits. Dans le Bas-Rhin, où le « oui » l’a emporté avec 67,53 % des suffrages, 33,11 % seulement des inscrits se sont déplacés pour aller voter, alors que dans le Haut-Rhin, 37,18 % seulement des inscrits se sont rendus aux urnes et le « non » l’a emporté avec 55,74 %. Ainsi, ces 63 % et 67 % d’abstentions prouvent, à l’évidence, que les Français ont, à l’heure actuelle, des préoccupations plus importantes en tête. Or, l’Alsace était, bien-sûr et de toute évidence, la région où ce projet semblait le plus facile à mettre en oeuvre.

Plus petite région de France, avec seulement deux départements, elle constitue, par son histoire souvent dramatique (le régime concordataire y est encore en vigueur) et sa culture encore vivace, une entité bien définie. Mais c’était oublier que les Strasbourgeois et les Colmariens ne se sont jamais tellement appréciés et on toujours considéré que leur ville était la vraie capitale de l’Alsace. Dans une autre approche, c’est aussi le paradoxe de cette création artificielle et géométrique qu’est le département, que d’avoir fini de créer un lien charnel avec les Français. Tandis que les régions, pourtant lointaines héritières de nos chères et vieilles provinces, ne sont jamais parvenues à sortir de leur gangue technocratique. La région était la modernité - giscardienne -, des années 70. Elle était en phase avec la voiture et les autoroutes. Mais même cela a changé. Le Train à Grande Vitesse a ringardisé la région. Il a paradoxalement redonné des couleurs au vieux centralisme français. Les décideurs économiques viennent à Paris en TGV. Les régions françaises - même la Bretagne ou la Corse -, ne seront jamais la Catalogne ou le Piémont, qui réfléchissent, elles, très sérieusement à se détacher de leur Etat-nation. Ce n’est ni notre histoire, ni notre avenir. Entre hasard et nécessité, la réforme Sarkozy - poursuivie sous Hollande -, a refondé, sans le vouloir, le vieux couple si français, département-nation, auxquels les Français sont si attachés. C’est là ce que l’on appelle une ruse de l’histoire.

Ainsi François Hollande veut réformer, moderniser, clarifier et même moraliser notre vie politique. Mais il ne faut pas qu’il oublie une règle absolue : en démocratie, même si l’on a la vérité infuse, on ne fait jamais le bonheur des peuples contre eux. Le président de la République possède une arme magistrale : le référendum infiniment supérieur à toutes les majorités parlementaires et à tous les sondages (les sondages nous annonçaient que le « oui » l’emporterait avec plus de 75% en Alsace !). Il doit s’en servir. Cela aurait été une bonne idée pour l’affaire du mariage des homosexuels qui a divisé bien inutilement le pays et fait descendre des centaines de milliers de Français furieux dans la rue.

                                                                                                                                                                                                 J. D.

8 avril, 2013

Quand le Qatar joue au Monopoly

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 19:20

Après avoir acheté quelques-unes de nos belles entreprises, un certain nombre de nos plus grands hôtels, le Paris-Saint-Germain et investi dans nos banlieues dites « difficiles », nos « amis Qataris » viennent d’acheter le grand magasin du Printemps, symbole même de nos célèbres enseignes des Grands boulevards parisiens. Certains diront que cette nouvelle acquisition prouve que l’attractivité de la France pour ces nouveaux riches du Golfe reste toujours entière. D’autres penseront (sans le dire, tout haut), que ça commence à faire beaucoup en s’étonnant que les pouvoirs publics laissent ces capitaux qui financent aussi de par le monde l’islamisme le plus radical (notamment au Mali où nous lui faisons la guerre et en Syrie où nous lui apportons notre aide !) inonder la France.

Fort de ses milliards de pétrodollars, ce pays grand comme la Corse n’en finit plus de faire parler de lui par ses investissements à l’étranger, notamment en France, comme dans une vaste partie de Monopoly. Seulement ce petit Etat du golfe n’est pas seulement une monarchie qui ne sait plus quoi faire des dollars que lui rapporte son gaz. C’est aussi une dictature sunnite qui, comme son grand voisin l’Arabie saoudite, tente de faire oublier son régime en se lançant dans une surenchère contre son ennemi traditionnel, l’Iran des ayatollahs. Pour tous ces potentats musulmans qui boivent de l’alcool, font la nouba sur la Côte d’Azur et envoient leurs enfants dans les meilleures universités américaines, financer les émules de Ben Laden leur donne bonne conscience et surtout leur permet d’espérer qu’ils n’auront pas à connaître, à leur tour, le sort du Chah, de Ben Ali, de Moubarak ou de Kadhafi. Cette petite péninsule, dont les cheikhs locaux sont devenus les suffragants de l’empire britannique, au début du XXe siècle - jusqu’à ce que dans les années 60, les Britanniques s’en aillent -, est un morceau indépendant de l’Arabie saoudite.

Financièrement tout à fait prospère, le dynamisme du Qatar, le fait qu’il n’a pas les problèmes sociaux de l’Arabie saoudite, font que les Qataris sont capables d’avancer, tandis que les Saoudiens font du surplace. De culture britannique, les Qataris sont cependant wahabites - comme les Saoudiens, de culture très proche -, et ils réfléchissent à comment ils vont mettre en échec la rencontre diplomatique de l’Egypte et de l’Arabie saoudite, dans le monde arabe sunnite. La clef politique du Qatar se révèle ainsi être son alliance avec les Frères musulmans égyptiens. Depuis le début des Printemps arabes, en Tunisie, Egypte, Lybie, Syrie, jusqu’au Mali, partout le Qatar finance et arme si nécessaire islamistes, salafistes dans leur combat contre les dictatures laïques pour imposer la Charia. Le Qatar veut y remplacer l’Arabie saoudite comme parrain d’une bourgeoisie islamiste mais en plus moderne, ouverte au business. Aussi, sachant que ses réserves de gaz ne sont pas inépuisables, le Qatar investit en Occident pour sécuriser son avenir. Ayant besoin d’un partenaire occidental qui n’est pas aligné sur les Etats-Unis, ce seul allié, c’est la France.

Ainsi, après avoir racheté le PSG, des palaces, des immeubles innombrables et des pans entiers de l’industrie française, le Qatar annonçait récemment avec fracas sa décision d’investir encore au moins dix milliards d’euros en France. Pendant la campagne présidentielle, les amis de François Hollande n’avaient pourtant pas eu de mots assez durs à l’égard de la passion de Nicolas Sarkozy pour le Qatar. Celle-ci se révèle contagieuse. On sait qu’Arnaud Montebourg, notre ineffable ministre du Redressement productif, vient d’annoncer que, pour faire face à sa déconfiture, l’Etat allait vendre plusieurs de ses participations dans certaines grandes entreprises. Les spécialistes évoquent EDF, Areva, Aéroport de Paris, Francetélécom, Air France, GDG-Suez, Renault. On imagine volontiers que « nos amis » Qataris vont se faire à la fois un plaisir et un devoir de se porter acquéreurs de ce que les experts appelaient autrefois nos « bijoux de famille ».

Mais pour paraphraser Thierry Desjardins, quiconque oserait seulement soulever ce problème serait immédiatement condamné, pour islamophobie, à quelques centaines de coups de fouet sur la place publique.

                                                                                                                                                                                                J. D.

7 avril, 2013

La loi et la morale

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 16:26

Cette bien curieuse bienveillance de nos moralisateurs à l’égard de celui qui apparait désormais comme « une brebis galeuse » incite, évidemment, à se demander si l’ensemble du troupeau ne serait pas plus ou moins contaminé. Le Monde révèle que celui qui fut le trésorier de campagne de François Hollande, en 2012 - Jean-Jacques Augier -, est actionnaire de… deux sociétés off-shore domiciliées aux îles Caïman. Le moins que l’on puisse dire, c’est que… « ça la fout très mal ». François Hollande a du prendre la parole, avant-hier soir, depuis le Maroc, où il achèvait sa visite d’Etat, pour répondre à cette dernière révélation. Les valeurs morales de la gauche en prennent de nouveau, un sérieux coup, deux fois en 48 heures…

Polytechnicien, énarque (de la promotion Voltaire, comme Hollande), inspecteur des Finances, Jean-Jacques Augier a quitté la haute administration pour rejoindre André Rousselet - l’âme damnée de Mitterrand, qui fut son trésorier lors de sa campagne en 81 -, comme patron des taxis G7. Avant de partir pour la Chine et d’y faire fructifier le petit magot qu’il avait constitué à Paris en créant là-bas une chaine de librairies et surtout un certain nombre de sociétés. Que François Hollande ait choisi comme trésorier de sa campagne présidentielle, un ami de plus de trente ans, inspecteur des Finances, n’a rien d’étonnant. Mais la promotion Voltaire a produit d’autres inspecteurs des Finances aux activités autrement plus… transparentes. Le président de la République va-t-il ainsi nous raconter qu’il ignorait totalement que Jean-Jacques Augier s’était reconverti depuis longtemps, dans le business international. On attend avec impatience la suite des révélations du Monde ou les prochaines découvertes de Médiapart sur ce personnage. Ce qui est sûr c’est qu’après l’affaire Cahuzac, cette affaire Augier qui commence permet de se demander si, comme il nous l’avait affirmé, François Hollande n’a vraiment pour seule ennemie que la finance et si, en nous promettant une république irréprochable, il ne nous a pas encore raconté des balivernes.

Cahuzac a commis et reconnu des fautes qui relèvent du tribunal. Augier nous affirme qu’il n’a rien fait d’illégal en ouvrant ses comptes aux îles Caïman. On veut bien le croire… jusqu’à preuve du contraire. Mais le problème n’est pas là. Que Jean-Jacques Augier soit un homme d’affaires respectable ou pas, il s’agit avant tout d’une affaire de « morale », c’est le problème de la frontière entre le judiciable et la « morale » - si tant est que ce mot ait encore une signification dans notre pauvre pays -, et particulièrement lorsqu’il s’agit de la gauche. Ainsi, au moment même où François Hollande soulevait les foules, en disant « mon ennemi, c’est la finance », au moment même où il prenait un avantage décisif sur son adversaire Nicolas Sarkozy, en promettant de taxer les très riches à hauteur de 75 %, il avait un responsable financier de campagne - que personne ne connaissait à l’époque -, qui se révèle être un homme d’affaires prospère, avisé, ayant des investissements partout dans le monde et maitrisant de toute évidence, à la perfection, l’optimisation fiscale. François Hollande se retrouve pris au piège. Mais le piège s’est mis en place, il y a plusieurs mois, bien avant l’affaire Cahuzac.

On a eu d’abord, une déception d’ordre économique et social. Et peu à peu, la popularité des deux têtes de l’exécutif - le président de la République et le Premier ministre -, ont commencé leur inexorable chute dans les sondages. Mais maintenant, nous sommes dans une crise politique et « morale » et qui touche au cœur même de l’identité de la gauche. Le père fondateur du socialisme, Jean Jaurès, lorsqu’on lui demandait de définir le socialisme, en disait « le socialisme, c’est une morale ». Nous sommes au cœur de la culture de la gauche et c’est cela qui est touché. Ainsi, la dernière enquête Sofres qu’a publié Le Figaro, montre très bien que ça craque dans le cœur politique de l’électorat. Hollande a crevé tous les planchers dans tous les sondages, n’ayant plus maintenant que 27% des Français qui lui font confiance (ce qui veut dire, on ne le souligne pas assez, que 73% de nos compatriotes ne veulent plus de lui). Mais la chute la plus importante se situe chez les électeurs socialistes, et dans la base sociologique du PS. Ainsi, plus que 18 % des classes populaires font désormais confiance à François Hollande, et la chute la plus sévère - environ dix points -, se situe chez ces classes moyennes, qui avaient investi leur confiance, derrière la République exemplaire, derrière la présidence normale, derrière ce socialisme moral. Et quand il ne reste plus la confiance économique, plus la confiance sociale, plus la confiance politique et morale, on est en droit de se demander ce qu’il reste.

La gauche n’est pas plus morale que la droite, mais elle veut à tout prix garder ce magistère « morale ». François Hollande avait déjà perdu, le magistère économique (puisque de toute évidence, depuis onze mois, il court derrière la crise sans réussir à la rattraper), et il perd maintenant ce dernier élément. Ainsi Cahuzac n’est peut-être qu’une brebis galeuse, mais Augier démontre que la gauche hollandaise est tout aussi « caviar » que celle de Mitterrand. Cahuzac va, on peut du moins l’espérer, être condamné par la justice, et Augier, lui, entraine toute la gauche dans le box des accusés devant le tribunal de l’opinion publique…

                                                                                                                                                                                                                J. D.

4 avril, 2013

Vers une crise de régime ?

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 19:36

Jérôme Cahuzac a donc tout avoué, ou presque. Qu’il était un fraudeur qui avait placé son magot en Suisse puis à Singapour, qu’il était un imposteur ayant menti au président de la République, au Premier ministre, aux parlementaires et donc aux Français. Face à la gravité de la situation, le président Hollande s’est même résolu à prendre la parole. Il parle de « choc », d’ « outrage à la République » et affirme que l’ancien ministre du budget, Jérôme Cahuzac n’a bénéficié d’aucune protection. Pierre Moscovici tient exactement les mêmes propos, même s’il admet avoir, je cite « pêché par excès de confiance ». Ces allégations n’épargnent pas non plus Manuel Valls et Christiane Taubira - l’un à l’intérieur, l’autre à la justice -, personne ne voulant croire, vu leurs fonctions respectives, qu’ils aient tout ignoré jusqu’au bout. Ainsi, toute la journée d’hier, l’opposition n’a cessé de s’interroger sur où s’arrêtait la chaîne du mensonge dans cette affaire qui vient ébranler notre gouvernement, une crise digne de la IIIe République.

Il ne lui reste plus qu’à nous dire d’où venaient ces 600 000 euros, ce qui est tout de même une somme. Et puisqu’il a reconnu toutes les autres accusations, on peut imaginer que ces 600 000 euros proviennent bien, comme certains l’affirmaient, de pots-de-vin de laboratoires pharmaceutiques qu’aurait touchés cet ancien membre du cabinet du ministre de la Santé Claude Evin, reconverti en « consultant ». Le bonhomme serait donc, en plus, de la pire espèce des margoulins. Un fraude fiscale, mais aussi un possible conflit d’intérêt, d’autant qu’en 1997, Jérôme Cahuzac était rapporteur spécial du budget de la santé à l’Assemblée nationale et si ses collaborateurs rappellent qu’il avait à l’époque bataillé contre les laboratoires, sur le papier, son cabinet de conseil était toujours en activité. On veut croire que l’ex-député du Lot-et-Garonne n’aura pas l’impudeur de reprendre son siège à l’Assemblée, comme la loi l’y autorise, et qu’il disparaitra à tout jamais de la scène politique. Mais l’affaire le dépasse, évidemment, de beaucoup. D’abord, la gauche ne pourra plus, avant longtemps, évoquer la fameuse « morale » qui lui servait de fonds de commerce.

Plus grave encore, cette affaire éclabousse, évidemment, le Premier ministre et plus encore le président de la République. Ce sont eux qui ont choisi Cahuzac pour le mettre à un poste clé du gouvernement et le charger de… pourchasser sans pitié les fraudeurs. Or, tout le monde politique s’étonnait déjà de la fortune bien rapide de ce play-boy. Et si certains pensaient que c’était les dégarnis qui avait enrichi ce chirurgien reconverti dans les implants capillaires, d’autres se souvenaient que le consultant avait souvent su monnayer au prix fort son carnet d’adresses d’ancien membre du cabinet d’Evin. Mais aujourd’hui, il n’est poursuivi que pour avoir mis son magot à l’étranger. On nous raconte que ni Hollande ni Ayrault n’étaient au courant, et qu’ils avaient l’un et l’autre, cru Cahuzac sur parole quand celui-ci leur avait affirmé « les yeux dans les yeux » qu’il était victime de la pire des calomnies et qu’il n’avait jamais eu un sou ni en Suisse ni à Singapour. De deux choses l’une. Ou le président et son premier ministre sont des benêts ou ils nous prennent, nous, pour des benêts. Dilemme en face duquel nous nous sommes déjà retrouvés plusieurs fois.

Ainsi, c’est à la fois une crise politique et de régime, à laquelle on assiste. Car à ce niveau, on a une telle crise, avec un mystificateur, au sommet, que ça interroge sur le régime. Mais ça ne peut absoudre le gouvernement sur sa responsabilité et là il y a crise politique. L’histoire de ce pays, les faits nous plongent dans la crise de régime. Retournons-nous. Qu’avons-nous comme équivalent dans l’histoire de la République ? Est-ce que le scandale des décorations sous Jules Grévy, c’était cela ? Est-ce que le scandale de Panama, c’était cela ? C’est bien pire aujourd’hui. Parce que le mensonge devant l’assemblée, devant la France, on ne l’a jamais eu de manière aussi incandescente, aussi pure, si l’on ose dire. Quand François Mitterrand s’est prêté à un vrai-faux attentat rocambolesque, dans l’affaire de l’Observatoire, il n’était déjà plus ministre. Quand Jacques Mellick s’est prêté à un témoignage dit de complaisance, dans l’affaire Tapie, il n’était déjà plus ministre. C’était des politiciens, c’était des politicards, on peut dire que déjà, à  ce moment-là, il y avait un virus dans le fonctionnement de nos institutions. Mais là, on avait quelqu’un qui présentait, il y a quelques semaines encore, la politique de lutte contre la fraude et l’évasion fiscale de notre gouvernement, et qui le soir, regardait où en était son compte en Suisse.

La schizophrénie de cet individu nous plonge dans cette crise de régime. Pas parce qu’ils sont tous comme lui, mais parce qu’il y a eu possibilité d’accès à notre ministère du budget, de quelqu’un qui était dans cette existence-là. Et bien, on doit être en doute sur le fonctionnement, sur la sélection naturelle de notre élite politique.  Les secousses sont nombreuses et l’on est peut-être tout au bout des conséquences de cette affaire. En effet, le séisme est particulièrement fort. La démocratie se fonde sur la loi majoritaire et la République se fonde sur la notion de vertu. Si les dirigeants ne sont pas vertueux, la République ne peut pas fonctionner. La seconde raison, c’est que ce n’est pas un coup de tonnerre dans un ciel d’été, il existe un terrain déjà propice. La crise démocratique existe de façon lancinante, de manière larvée, depuis des mois, depuis des années. Elle ne cesse de s’aggraver, de s’approfondir d’affaire en affaire, d’échec en échec, sur fond de chômage et de précarité. Il y avait déjà un discrédit, le sentiment d’une inconséquence, d’une incompétence, d’une impuissance, d’une légèreté du politique et en plus une réputation d’honnêteté douteuse, auquel s’ajoute le mensonge cyniquement pur. Et donc, il y a un effet de révélation qui est saisissant et les références à la IIIe République sont les bienvenues, car évidemment il flotte sur tout cela, un parfum d’années 30.

Pour paraphraser Thierry Desjardins, on voyait que ce pouvoir s’enlisait dans les sables. Maintenant, en plus, il patauge dans la boue. Mais est-il besoin de dire qu’un tel scandale donne trois points de plus à Mélenchon, cinq de plus à Marine Le Pen et dix de plus à l’abstention ?

                                                                                                                                                                                                        J. D.

26 mars, 2013

« Ce soir ou jamais » de Frédéric Taddéï – Intervention d’Alain Finkielkraut

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 17:39

L’émission « Ce soir ou jamais », présentée par Frédéric Taddeï sur France 2, réunissait dans son dernier numéro, plusieurs personnalités, dont le philosophe et essayiste Alain Finkielkraut, le politicologue Emmanuel Todd, le démographe Hervé Le Bras, la philosophe Chantal Delsol, ainsi que Daniel Cohn-Bendit pour débattre de la morosité de l’actualité, autour du thème « La France ne se sent pas bien ? Pourquoi ? ».

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Sale dimanche pour le pouvoir !

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 16:02

Sale dimanche pour le pouvoir, avant-hier. La manifestation contre le mariage homosexuel a été un énorme succès. Comme l’observe le journaliste Thierry Desjardins, il suffit de voir les photos de la foule pour comprendre que le chiffre avancé par la préfecture de police de 350.000 manifestants est minimisé, comme à l’accoutumée. Même si le million et demi revendiqué par les organisateurs est, sans doute, un peu excessif. Mais, et c’est en cela que la journée a été importante, il ne s’agissait plus d’un baroud d’honneur pour une cause perdue. Dès le début de la manifestation, on a entendu des slogans qui dépassaient de beaucoup le débat sur « le mariage pour tous ».

Personne ne pouvait prévoir un tel raz-de-marée, alors que le texte incriminé a déjà été approuvé par l’Assemblée Nationale et va l’être sans problème par le Sénat. D’innombrables marcheurs hurlaient : « Le chômage avant le mariage » et le mot d’ordre était repris sur un grand nombre de banderoles. Ce n’étaient plus seulement les défenseurs de la famille traditionnelle qui défilaient. Ils avaient été rejoints par les « Français de base » affolés par la situation et excédés par les atermoiements et l’incapacité de François Hollande à faire face à la crise qui s’aggrave de jour en jour. Le président de la République s’était imaginé, très naïvement, qu’en jouant avec des réformes dites « sociétales » il ferait oublier au « peuple » le chômage, la dégringolade du pouvoir d’achat des classes moyennes et la misère qui frappe de plus en plus les « défavorisés ». Il s’est trompé.

En espérant calmer la gauche de sa gauche et en voulant plaire aux « bobos » homosexuels parisiens, il a simplement allumé une mèche qui pourrait faire sauter tout le baril des mécontentements. Le ministre de l’intérieur, Manuel Valls, a sans doute été l’un des rares à comprendre les risques politiques de cette démonstration de masse. Il a donc cru devoir donner aux forces de l’ordre des instructions pour réprimer énergiquement tout débordement. Une évidente maladresse qui va permettre ce matin à la presse mondiale de publier des photos d’« insurrection sur les Champs Elysées ». Bien mauvaises images pour Hollande qui guerroie au Mali, envoie des troupes en Centrafrique et fait donner les CRS au cœur même de sa capitale, pour citer M. Desjardins. Finalement, ce type n’est pas si « normal » que cela. Mais la plus mauvaise nouvelle est sans doute venue de Beauvais avec les résultats du second tour de l’élection législative partielle de la 2ème circonscription de l’Oise.

Après avoir éliminé le PS - et sa candidate Sylvie Houssin -, au 1er tour, le Front National a créé la surprise, en s’inclinant certes, mais en plaçant sa candidate - Florence Italiani -, à 800 voix, à peine, du député UMP sortant - Jean-François Mancel -, qui lui est réélu avec 51,41 % des voix. On dira que Mancel est usé jusqu’à la corde, qu’il a eu des démêlés avec la justice, qu’il a peut-être eu à souffrir de la crise de l’UMP, sans parler de l’abstention massive. Mais au 2ème tour des législatives de l’année dernière, dans une triangulaire, Florence Italiani n’avait obtenu que 22,18 % des voix, et avec une participation électorale assez faible. Et on peut ajouter qu’en 2007, Anne Fouet, la candidate du FN d’alors, n’avait recueilli que 8,21 % des suffrages, dans des conditions similaires. C’est sans doute la défaite, a confié Marine Le Pen, dont elle est le plus fière. C’est la défaite en chantant. Plutôt que de transformer une candidate inconnue, en un député inutile, Marine Le Pen a gagné beaucoup mieux. Elle fait de nouveau peur. La gauche voit le retour du spectre de Lionel Jospin et de son absence au second tour de la présidentielle, le 21 avril 2002. L’UMP est concurrencé dans son rôle envié, de 1er opposant.

Certes, une législative partielle n’est pas une présidentielle. Et l’Oise n’est pas la France. Mais comme l’analyse Eric Zemmour, « elle donne un climat, une tendance ». Elle vient après les élections en Italie, qui ont vu la victoire de l’ex-humoriste Beppe Grillo, dirigeant du nouveau courant politique « Mouvement 5 étoiles », autour de thèses anti-élites, anti-euro, anti-Allemagne et anti-mondialisation. Les médias unanimes se bouchent le nez, en dénonçant la montée du populisme. Mais dans populiste, il y a peuple. A cet effet, les experts analysent toujours cette montée du populisme, comme la conséquence mécanique du vieillissement des populations et par conséquent, des peurs conservatrices générées par un monde nouveau. C’est en réalité, l’inverse, ce sont les retraités en votant pour les deux grands partis, qui font encore tenir debout le traditionnel clivage droite / gauche. Mais les retraités ne sont plus désormais épargnés par la rigueur de la gauche.

Ainsi, cette partielle de l’Oise confirme la présidentielle, mais aussi que les électeurs ne veulent plus des candidats du PS (on l’avait déjà vu lors des premières partielles de décembre dernier, quand la socialiste de la 6ème circonscription de l’Hérault avait été largement battue par un UMP et que la droite l’avait aussi facilement emporté dans les Hauts-de-Seine et le Val-de-Marne) et qu’ils hésitent de moins en moins à voter Front National.

                                                                                                                                                             J. D.

 

 

 

19 mars, 2013

Bruxelles et les budgets nationaux

Classé dans : Europe,Politique,sujets de societe — llanterne @ 20:20

Les dirigeants européens se sont réunis en sommet, mardi dernier, à Bruxelles. Ils devaient notamment entériner l’obligation qui va être faite désormais aux Etats, de soumettre leurs budgets nationaux à la Commission européenne, avant le vote des parlements. « Cela signifie que l’on peut fermer la mêlée parlementaire du Palais Bourbon », comme l’observe Monsieur Zemmour. Les députés perdent ainsi de leurs prérogatives initiales, les commissaires de Bruxelles ayant au préalable imposé leur « diktat ».

Nos chers députés ne pourront plus que se soumettre ou se démettre. Le vote du budget, des impôts, des dépenses par les représentants du peuple, fut pourtant aux sources de la démocratie. C’est ainsi que les révolutions ont commencé en Angleterre et puis en France. Il y a vingt ans, Philippe Séguin avait prophétisé, lors du référendum sur Maastricht, en 1992 : « Ce sera la revanche sur 1789 ». L’élu d’Epinal - « la bête des Vosges », comme on le surnommait -, ne s’était pas trompé. L’autre grande arme économique des Etats, la monnaie, avait alors été confié à un cénacle de technocrates rassemblés dans une Banque Centrale Européenne, qui depuis lors, défend farouchement son indépendance. Avec les budgets sous contrôle de commissaires non élus, l’Europe ferme une parenthèse démocratique de plusieurs siècles. C’est ce que le philosophe allemand Habermas appelle « l’autocratie post-démocratique », en langage courant, la dictature des technocrates.

Chaque année, en votant la loi de finances, le Parlement donne à l’État l’autorisation de percevoir l’impôt. C’est un moment clé et l’un des temps forts de la démocratie représentative. En effet, dès qu’il est voté, l’impôt est obligatoire. Il est fondamental que l’ensemble des citoyens, par l’intermédiaire de leurs représentants, donnent leur consentement à l’impôt. C’est un acte solennel, un des temps forts de la vie parlementaire, qui se répète chaque automne et constitue un fondement de la démocratie. Le consentement à l’impôt est aux sources même du principe parlementaire. Historiquement, les premiers Parlements étaient convoqués par les souverains pour réunir les sommes nécessaires à l’État. C’était le cas en France avec la réunion des États Généraux. Reprenant l’héritage de l’Ancien Régime, la Révolution française a maintenu, développé et théorisé le rôle du Parlement dans la formation et le vote de l’impôt. Trois articles (13, 14 et 15) de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen en font un principe fondamental.

En France, les politiques bougonnent, marmonnent, protestent, mais ils sont piégés. La gauche est depuis un siècle, internationaliste, européenne, fédéraliste. Mais cette Europe fédérale se construit pour mettre en place une politique d’austérité, qui l’horripile. La droite française, depuis le général de Gaulle, est censée défendre l’indépendance de la France. Mais elle approuve cette rigueur, qu’un des siens, Sarkozy, avait accepté sans broncher. Quand les peuples votent, ils rejettent violemment la politique imposée par Bruxelles. L’Italien Mario Monti l’a rudement appris à ses dépens. Mais Bruxelles est sourde, sûre d’être dans le vrai, sûre de « sa réussite », comme dit le Portugais Manuelo Barroso, un mot parfaitement choisi par le président de la Commission. Suivant l’analyse zemmourienne, sept pays de la zone euro sont en récession, neuf sont en stagnation. Un seul pays est florissant, l’Allemagne, se donne fièrement en exemple, et inspire la politique imposée par Bruxelles, qui n’est en réalité, qu’un relais de l’actuelle hégémonie germanique.

Mais le « cocktail » berlinois de monnaie forte, de libre-échange et de rigueur répond aux besoins de l’Allemagne : sa démographie faible et son industrie puissante à forte valeur ajoutée. L’inverse exact de la France. Mais les peuples ne s’y trompent pas. Angela Merkel est souvent visée dans les manifestations à Athènes ou Madrid. En Italie, ceux qui criaient le plus fort contre l’Euro et l’Allemagne, ont gagné. Ce que Jean-Claude Barreau avait dénoncé dans « Le coup d’Etat invisible », le voici. Ce coup d’Etat invisible, Mitterrand l’a voulu. Chirac et Juppé en avaient rêvé. Delors, Jospin et Strauss-Kahn l’ont fait. Supprimer le dernier privilège du peuple français : les effets du suffrage universel. Les fanatiques de l’Europe ont gagné et ce qui était chimère devient réalité. Pendant que Bruxelles donne des directives sur le sperme de cochon, et contrôle maintenant le budget des Etats, le chômage explose chez nous. La France ne maîtrise plus son destin. Mais il paraît que c’est le progrès. La secte des gnomes européistes qui tient désormais tous les partis a réussi à dissoudre la nation et à effacer 1789. 

A Bruxelles, comme à Paris, on dénonce le populisme, on craint le retour des nationalismes. Mais les tensions montent. Il y a cinquante ans, l’Europe a été fondé au nom de la paix et de la démocratie. La démocratie ne subsiste que comme un décor. Reste la paix. Pour combien de temps ? 

                                                                                                         J. D.

18 mars, 2013

De l’usage de la démocratie en Suisse

Classé dans : Europe,Politique,sujets de societe — llanterne @ 19:57

Comme l’analysait le truculent Eric Zemmour, dans sa chronique matinale, qui me sert souvent de fil directeur, les patrons suisses « l’ont mauvaise », en ce moment. L’un des plus emblématiques, l’ancien patron du laboratoire pharmaceutique Novartis parlait même de s’exiler ! En effet, les Suisses ont décidé par référendum, de limiter les bonus et d’interdire les parachutes dorés. C’est une mesure très applaudie, côté français.

Ainsi, la gauche française les cite ainsi en exemple, se propose de les imiter. Les petits Suisses sont loués par les grands médias français, pour avoir eu l’audace d’affronter les patrons. Les Suisses se souviennent, que les mêmes, il y a deux ans seulement, avaient déversé sur eux des tombereaux d’injures pour un autre référendum, une autre  « votation » comme ils disent. Alors cette procédure était cruellement dénigrée, elle faisait le lit du populisme. Les Suisses les plus francophiles auront du mal à comprendre une telle inconstance hexagonale. Ce sont pourtant les mêmes électeurs, la même démocratie directe séculaire, qui sont glorifiés après avoir été traînés dans la boue. Le pays du secret bancaire, des montres de luxe, de Davos et des référendums interdisant les minarets est aussi celui qui implique le plus ses citoyens dans le processus de décision, loin de toute polarisation politique. La Suisse est une démocratie historique.

C’est ainsi qu’on dit tout d’un trait : la démocratie suisse, la démocratie française, la démocratie américaine, sans réfléchir qu’entre la première et la deuxième, entre la deuxième et la troisième, il y a plus que la hauteur des Alpes ou la largeur de l’Océan. La démocratie suisse, par exemple, est historique et traditionnelle ; la démocratie américaine s’est établie d’un coup dans un pays neuf ; la démocratie française, au contraire, est comme une jeune greffe plantée sur un vieil arbre monarchique. La démocratie helvétique s’est, dès l’origine, appliquée et n’a pas cessé de s’appliquer  à une confédération d’Etats ; la démocratie française, au contraire, vient se superposer, sur le tard, à un État unitaire et centralisé. La démocratie helvétique existe depuis toujours, depuis que la Suisse est née, depuis six cents ans. La Suisse est une démocratie de par toute son histoire. Elle est, de naissance, une démocratie. Mais avant tout, une particularité de la démocratie suisse est que le peuple garde en permanence un contrôle sur ses élus, car la Suisse est une démocratie qui peut être qualifiée de semi-directe, dans le sens où elle a des éléments d’une démocratie représentative et d’une démocratie directe.

En effet, en Suisse, le corps électoral dispose de deux instruments qui lui permettent d’agir sur un acte décidé par l’État : il s’agit du référendum, qui peut être facultatif ou obligatoire, et de l’initiative populaire qui est le droit d’une fraction du corps électoral de déclencher une procédure permettant l’adoption, la révision, ou l’abrogation d’une disposition constitutionnelle. Cette fois-ci, en plafonnant les salaires des grands patrons, les Suisses veulent lutter contre cet accroissement inouï des inégalités, qui sape depuis vingt ans la cohésion de toutes les sociétés occidentales, et pousse les classes moyennes à s’endetter, pour suivre, pour ne pas déchoir, habitées par la suprême hantise du déclassement social. Les Suisses essayent de préserver, vaille que vaille, une cohésion, une sociabilité, un mode de vie, une culture, un héritage. C’est le même idéal de mesures des classes moyennes, qui les animent, et s’incarnait naguère dans la notion de République, en Suisse, mais aussi en France.

Mais la gauche française a des œillères, condamnant l’insécurité sociale de ces classes moyennes et populaires - par le discours et non dans les actes -, mais refusant de considérer les autres formes d’insécurités qui hantent les mêmes. Il est vrai, que souvent la droite française a les mêmes œillères, mais mises à l’envers. A tous, les Suisses montrent que l’on peut être petit, seul, mais courageux et cohérent.

                                                                                                                                                                                                      J. D.

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