La Lanterne (politique, sujets de société)

18 juin, 2011

« Le Moche » de Marius Von Mayenburg ; « Fin de Partie » de Samuel Beckett

Classé dans : Culture,theatre et 7e art — llanterne @ 11:13

  

Marius Von Mayenburg, Le Moche, Théâtre du Rond-Point, 28 avril – 22 mai 2011

« Le Moche », c’est la dernière pièce du jeune dramaturge allemand, Marius Von Mayenburg, interprétée jusqu’au mois dernier, au Théâtre du Rond-Point. Quatre personnages sur scène nous entraînent une heure durant, dans une intrigue absurde et qui pourtant dit quelque chose de juste de l’homme moderne. Le personnage principal de Lette apprend tardivement de son entourage qu’il est d’une laideur repoussante, et il accepte de se refaire complètement le visage et se métamorphoser, en un homme d’une élégance irrésistible… Hélas, le succès de sa nouvelle beauté est telle, que nombre de gens veulent adopter les mêmes traits, au point que le personnage finit par perdre sa propre identité réfractée chez autrui et par souhaiter retourner à sa laideur première, à jamais perdue…

L’intrigue assez simple (mais bien menée) permet d’innerver l’ensemble de la pièce ; elle est surtout le lieu d’une succession mordante de répliques savoureuses qui est un premier ressort comique réussi… L’absurdité de certaines scènes (notamment celle de la chirurgie esthétique) qui ne va pas sans une certaine satire du monde contemporain obsédé par l’apparence, ajoute au comique une dimension un peu plus inquiétante, mais sans tomber pour autant dans une gravité facile ; et l’action rebondit sans cesse grâce à la dextérité avec laquelle l’auteur échange les lieux et les rôles, puisqu’un personnage peut brutalement passer d’un rôle à un autre et dans un lieu différent. Et pourtant, il y a bien de graves questions qui sont soulevées en filigrane dans un tel spectacle. La première est celle de l’identité : suis-je ce que les autres pensent de moi et dois-je me hisser au niveau de leur désir ? La pièce semble nous dire que l’adulation des autres aboutit au final à la perte inéluctable de soi. Plus largement, c’est la question du rapport de soi à l’autre, qui est posée et notamment celle de l’amour. Devenu Apollon, Lette ne sait plus pourquoi, ni par qui il est aimé, ni s’il ne s’est pas transformé en un pur objet esthétique. Le personnage, dans sa beauté factice, se fait réclame publicitaire pour les intérêts de son patron et apparaissent aux yeux des spectateurs, les excès d’un matérialisme capable de se construire sur mesure des identités humaines.

Enfin, la chute de la pièce où celui qui était adulé se trouve finalement détrôné par ses rivaux, qui ont eux aussi désiré acquérir son visage, met en scène l’éternelle roue de la Fortune qui entraîne dans sa course lente ou rapide, les destinées humaines à elle attachées. Au final, cette pièce présente un réel intérêt. L’action manque parfois un peu d’épaisseur, mais elle parvient encore une fois à donner une dynamique à une représentation qui reste enjouée, impertinente et parfois d’une absurdité qui joue avec l’angoisse.                                                                                                                                                                                                                                                                     Christian.   

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Samuel Beckett, Fin de partie, Théâtre de la Madeleine, 10 mai – 17 juillet 2011

A l’image d’« En attendant Godot », « Fin de partie » est une des plus célèbres pièces de Samuel Beckett, interprétée jusqu’à la mi-juillet au Théâtre de la Madeleine. Une pièce sans intrigue, à proprement parler, au cadre spatio-temporel indéfinissable, propre au célèbre dramaturge. Quatre personnages vivent dans une maison, réunis dans la même pièce sombre, percée de deux timides ouvertures sur l’extérieur, dans un monde dévasté et post-apocalyptique… Hamm (Serge Merlin), aveugle paraplégique, occupe le centre de l’espace, vissé dans son fauteuil roulant, aux côtés de son supposé valet et fils adoptif, Clov (Jean-Quentin Châtelain). Nell (Isabelle Sadoyan) et Nagg (Michel Robin) - les parents de Hamm -, ont perdu leurs jambes dans un accident de tandem dans les Ardennes, et vivent enfermés dans deux poubelles, situées sur le devant de la scène…

Comme son titre l’évoque, la fin est annoncée dès les premiers instants, les personnages s’adressant même au public, pour exprimer leur mortel ennui… On s’interroge durant 1 h 45, se demandant ainsi, si ce n’est qu’une « journée comme les autres », ainsi mise en scène ; ou si des éléments nouveaux et inconnus, ne viendraient faire leur apparition dans la vie des personnages. Ce ne sont que courts échanges et répétitions entre Hamm et Clov, le discours étant sans ordre logique apparent, répétitif, percé de silences, et au service d’aucune action. Adoptant un comportement étrange et maladroit, Clov entretient un curieux rapport d’interdépendance avec Hamm, mêlé de rancoeur. Hamm récite des passages de son « roman » à Clov. « Ce n’est pas l’heure de mon calmant », interroge-t-il. Nell et Nagg émergent occasionnellement de leurs poubelles, pour échanger brièvement. Avant que Hamm, agacé, ne demande à Clov de les y réenfermer, en rescellant le couvercle sur eux…

C’est l’expression du théâtre de l’absurde, divisant et partageant toujours les critiques sur sa classification, mais exprimant surtout un profond pessimisme devant la condition humaine, une vision drôle et pitoyable de l’humanité. Une pièce pour la moins originale, qui semble surtout reprendre, en les accentuant, les défauts de la communication au quotidien, ainsi que les détresses communes…

                                                                                                                                 J. D.               

                             

                                                                                                                                                                              

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                

 

15 février, 2011

Les lectures de l’oeuvre de Muray, par Fabrice Luchini

Classé dans : Culture,theatre et 7e art — llanterne @ 19:41

Dans la lignée de ses lectures de passages du « Voyage au bout de la nuit » de Céline, ou encore de Paul Valéry, Gustave Flaubert ou des fables de La Fontaine, Fabrice Luchini s’est intéressé récemment, à l’œuvre de Philippe Muray, au travers d’une compilation de quelques textes choisis, écrits essentiellement entre 1998 et 1999.

A l’image de Céline, le philosophe et essayiste, Philippe Muray - décédé en 2006 -, se voulait le chroniqueur de ce qu’il appelait le « désastre contemporain ». Une époque où selon lui, « le risible a fusionné avec le sérieux », et où le « festivisme » fait la loi. Dans un ton rempli de dérision, Philippe Muray a stigmatisé les travers de notre temps, notamment au travers de la figure allégorique de l’« Homo festivus »… Il fut ainsi l’auteur de nombreux néologismes assassins, à l’image d’ « Aristocrate », « rebellocrate », « Mutin de Panurge » (individu à la rébellion factice, en accord avec l’air du temps), ou encore « Maton de Panurge » (individu tentant par tous les moyens, de faire taire les voix s’opposant au consensus d’un certain politiquement correct). Bref, un atypique et un réactionnaire, au style assez copieux, mais plein d’humour et de justesse.

En prolongation jusqu’au mois dernier, au théâtre de l’Atelier, j’ai eu ainsi le plaisir de découvrir Muray, au travers de ses lectures, dans un exercice pourtant malaisé, mais servi par le talent de conteur de Fabrice Luchini, et son sens inné des apartées avec le public.

                                                                                                                     J. D.

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14 janvier, 2011

Le Président d’Yves Jeuland

Classé dans : Culture,theatre et 7e art — llanterne @ 0:20

Le Président 

 Le Président, long-métrage d’Yves Jeuland

Avec Georges Frêche, Laurent Blondiau, Frédéric Bort 

Le 21 mars 2010, Georges Frêche -récemment décédé-, est réélu dans son fauteuil. En Languedoc, il est le Président. C’est l’objet du dernier film d’Yves Jeuland, réalisateur de documentaires, souvent dédiés à l’engagement politique. Dans Paris à tout prix, il suivait déjà, entre 1999 et 2001, Jean Tibéri, Bertrand Delanoë, Philippe Séguin et les autres protagonistes de l’élection municipale de 2001, dans la capitale française.

Dans ce dernier film-documentaire, Le Président, six mois durant, au fil d’une campagne ébouriffante, mais cependant captivante, la caméra d’Yves Jeuland n’a pas quitté le candidat PS de la région Languedoc-Roussillon, partout, hors champs et contrechamps, dans le secret des conciliabules et les fins de banquet. Que ce soit face aux ténors des médias, au milieu d’une réunion de militants, dans son bureau, au saut du lit… Escorté de ses deux conseillers politiques, Georges Frêche, le président décrié de « Septimanie », se révèle un formidable animal politique, grand acteur rabelaisien, et provocateur dans l’âme. Une véritable comédie humaine, que ce voyage au cœur d’une campagne électorale, s’inscrivant dans le registre de l’émission « streap-tease », leçon sur la vie politique, la chose publique et le cynisme du pouvoir.

                                                                                                                      J. D.

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