La Lanterne (politique, sujets de société)

28 octobre, 2010

Des dernières nominations « méritoires » en date

Classé dans : Politique — llanterne @ 22:45

Des dernières nominations

Des nominations au Conseil d’Etat et au Conseil économique et social ont été officialisées récemment. Cela a pu être brièvement relaté au travers de la presse écrite, radio… Des nominations qui vont sans doute être commentées, critiquées dans les prochains jours. Il est vrai, si on se penche plus sur la question, elles défrayent – de nouveau -, la chronique, avec la nomination d’Arno Klasrfeld au Conseil d’Etat ! Ayant déjà habilement manœuvré (?) en pratiquant une ouverture contestée, à des personnalités ambigües telles que Bernard Kouchner, Nicolas Sarkozy s’assimile quelques peu à son illustre prédécesseur, François Mitterrand, qui était passé maître dans l’art des nominations – provocations. Mitterrand avait ainsi intercédé, en 1989, dans la nomination au Conseil économique et social de la chanteuse Georgette Lemaire…

Comme le commentait M. Zemmour avec ironie : « déjà la course en sac lancée depuis plusieurs mois depuis l’Elysée, pour Matignon, les ministères, ou encore la présidence de l’UMP, ressemblait furieusement au cynisme narquois avec lequel Mitterrand mettait en concurrence », nombre de dirigeants du PS dans les années 80 et la première moitié des années 90. Laurent Fabius avait coutume de dire, que Mitterrand était darwinien : « ce qui signifie que l’on veut voire le meilleur gagner ». Mais cela ne se vérifie pas toujours excatement dans les faits, rimant le plus souvent avec copinage. Et « quand le copain n’est pas le meilleur, il y a le conseil économique et social ». Il est évident que quand on lit les noms de l’escrimeuse Laura Flesselle, la navigatrice Maud Fontenoy ou Marie-Claude Tobaou, la veuve d’un ancien dirigeant kanak, et quant on voit confirmer Pierre Charon, conseiller et ami du président, Hervé Marseille, le maire de Meudon ou nommer Hugues Martin, le maire-adjoint d’Alain Juppé, « on se dit pudiquement que les considérations politiques ne sont pas absentes de ce choix ».

D’autant que l’on se demande à quoi sert, par exemple, le Conseil économique et social ? Le Conseil économique, social et environnemental est une assemblée consultative prévue par la Constitution française. Il peut être consulté par le Gouvernement ou le Parlement. Son siège est située au palais d’Iéna, à Paris, dans le 16e arrondissement. Même si le général de Gaulle avait eu d’autres ambitions pour lui, le Conseil économique et social est surtout devenu, en tout cas, un de ces organismes consultatifs dont la France a le secret, rédigeant des rapports « instructifs » qu’on s’empresse d’oublier sur une pile, où ils prennent la poussière. Le Conseil d’Etat – créé sous l’impulsion de Bonaparte en 1799 -, peut jouer un rôle normatif plus important, à l’occasion, notamment en matière de blocage juridique et constitutionnel.

Les conseillers d’Etat retiendront sans doute un cri d’horreur, stupeur et de fureur mêlé à la nomination d’Arno Klasrfeld. Est-ce une énième ouverture à la gauche ? Ce sympathique quadragénaire, avocat ayant peu plaidé, a juste rempli quelques missions en Haïti, pour le compte de Matignon. Il a aussi effectué quelques missions sur la question des sans-papiers et des mal-logés… Ces nouveaux collègues ne manqueront pas d’insinuer, que son amitié avec Carla Bruni a plaidé en sa faveur. « Que l’on se croirait revenu au temps où Madame de Maintenon, l’épouse de Louis XIV, faisait les nominations ». De plus, Nicolas Sarkozy peut avec délectation savourer sa revanche sur ces conseillers d’Etat, la crème de l’ENA, tous ces premiers de la classe, dont il souffre tant de n’avoir jamais fait parti…

                                                                                                                                                         J. D.

22 octobre, 2010

Les réalités du dernier sommet de Deauville

Classé dans : Diplomatie,Europe,Politique — llanterne @ 5:52

Les réalités du dernier sommet de Deauville dans Diplomatie latern

A Deauville, sur les planches, ce récent sommet franco-germano-russe (le 17 octobre) a parlé politique, ayant réuni Nicolas Sarkozy, Dimitri Medvedev et Angela Merkel, qui ont parlé notamment sécurité au cours de cette rencontre tripartiste. Ils s’étaient déjà rencontrés en 2003. Jacques Chirac, Vladimir Poutine et Gerard Schroeder manifestaient alors avec éclat leur opposition à la guerre en Irak, engagés par les Américains et les Anglais. Comme une alliance continentale, réveillant le spectre d’une opposition géostratégique entre les puissances continentales européennes et les puissances maritimes anglo-saxonnes.

Mais cette Europe de Brest à Vladivostock, était déjà l’idée aussi du général de Gaulle, lorsque dans les années 60, il développa une politique de détente, d’entente et de coopération avec l’Union soviétique. Mais les mâchoires de la guerre froide se refermèrent sur lui. Et puis comme l’analysait récemment Eric Zemmour, dans une perspective historique, à la fin du XIXe siècle, la France de la IIIe République s’alliait déjà à la Russie, et esquissait même un rapprochement avec l’Allemagne, qui se brisa sur l’Alsace-Lorraine. L’idée de cette grande alliance continentale était née, en 1807, à Tilsitt, lors de la célèbre rencontre entre Napoléon et le tsar Alexandre Ier, sur le Niemen. Mais cette alliance qui devait garantir la domination de la France sur l’Europe se brisa entre autre sur les intérêts commerciaux de l’aristocratie russe qui ne voulait pas renoncer à son commerce fructueux avec l’Angleterre. A vieille histoire, nouveaux acteurs : l’ambiance n’est aujourd’hui plus la même, l’Allemande Angela Merkel a dès son élection renoué avec Washington, Medvedev est un libéral et Nicolas Sarkozy s’est empressé de ramener notre pays, dans le giron protecteur de l’Otan, où nos meilleurs officiers obéissent en langue anglaise, à leurs homologues américains.

Mais alors pourquoi cette réunion ? D’abord pour des raisons économiques, les Russes savent que leurs richesses en hydrocarbures ne sont pas éternelles. Depuis des années déjà, les entreprises allemandes ont investi l’eldorado russe. Tardivement les industriels français leurs ont emboîté le pas. Mais plus profondément, Sarkozy qui avait commencé son mandat, avec les idées russophobes d’un philosophe tel M. Glucksmann, s’est peu à peu converti aux thèses traditionnellement pro-russes du quai d’Orsay. Les désaccords avec Obama se sont multipliés, et de même après avoir fait ratifier le traité de Lisbonne, Sarkozy refuse désormais avec véhémence, la tutelle des instances communautaires qu’avait prévue ce même traité. Cette accumulation de stratégies souvent opposées et peu cohérentes, trouble notre discours et le regard sur notre pays. Elle est comme le reflet des hésitations et des contradictions françaises. Nicolas Sarkozy est comme son mentor Balladur, un occidentaliste. Pour lui, la principale alliance reste avec l’Amérique. Mais il a donné des gages à l’Europe fédérale, et à ses yeux, le rassemblement avec l’Allemagne et la Russie n’est pas incompatible avec ses autres choix. Seule une crise grave pourrait l’obliger à choisir, car cela s’imposera un jour.

Au final, cette réunion à Deauville, a été marquée par des gestes d’ouverture du président russe à l’égard de l’Otan, et il a confirmé qu’il irait à son prochain sommet. L’Otan qui est un mort très fringant. Avec la chute du mur de Berlin, l’Otan avait perdu son adversaire et sa raison d’être. On sait que le général de Gaulle ne rêvait que de mettre fin à ce qu’il appelait le « protectorat américain », d’où sa politique d’ouverture avec l’Europe de l’est. On sait aussi que François Mitterrand a cru un moment, que lorsque le mur de Berlin tomberait, l’Otan mourrait de sa belle mort et qu’une défense européenne prendrait sa place. Il n’en a rien été. Vingt ans plus tard, le protectorat américain de l’Otan sur l’Europe, se porte comme un charme. Les pays de l’ancien bloc du pacte de Varsovie sont les plus demandeurs de protection. Les pays européens ont renoncé dans leur ensemble de se défendre. Ils baissent tous, tous les budgets de leurs armées, même le Royaume-Uni et la France. La crise aggrave encore ce tropisme.

L’Europe a sous-traité sa défense aux Américains, comme les Rois se payaient des lansquenets allemands ou suisses. A défaut que ce sont là, les Américains qui payent et qui commandent. Les Américains ont sorti l’Otan du champ de bataille européen et en ont fait une machine de guerre intervenant partout dans le monde. Non seulement les Français les ont suivi partout, au Kosovo, en Afghanistan, non seulement ils ont réintégré l’alliance intégrée, mais Nicolas Sarkozy semble accepter désormais le principe de bouclier antimissile américain. Bien-sûr l’Elysée précise que ce sera un complément de notre force de dissuasion. Mais à partir du moment où l’on est protégé par les Américains, notre force de dissuasion nucléaire n’est plus tout à fait indépendante. Et les Allemands nous ont poussés dans cette voix, car notre supériorité nucléaire est notre seule réelle prédominance stratégique sur eux. Les Russes sont les derniers à ne pas céder devant les pressions de l’Otan. Mais les Russes ont de grosses faiblesses économiques et démographiques. Eux aussi cherchent des alliés. Depuis des années, ils jouent du rapprochement improbable avec les Iraniens ou d’autres réprouvés de l’ordre international.

Le paradoxe est que les Américains remportent cette victoire totale, au moment où ils ont un président se détournant le plus de l’Europe et où leur affaiblissement économique éclate au grand jour. Au moment surtout où la guerre des monnaies fait rage et où le dollar faible cause un grand tort à l’économie des pays européens, sans que le continent européen ne réagisse. Mais précisément, cette dépendance géostratégique ne serait-elle pas la cause de notre incompréhensible passivité économique…

                                                                                                                                                    J. D.

21 octobre, 2010

La visite au Vatican ou les rapports ambigus de la France avec l’Eglise

Classé dans : Politique — llanterne @ 19:26

La visite au Vatican ou les rapports ambigus de la France avec l'Eglise dans Politique latern

Nicolas Sarkozy a été reçu par Benoit XVI, vendredi dernier. Après l’audience papale, dans un moment de prière aux dires du Vatican, de recueillement pour l’Elysée, on a vu le président se signer plusieurs fois et même réciter le « Notre père ». Résultat : des critiques à gauche, François Hollande y voyant notamment des manquements au principe de la laïcité. Décidément, Nicolas Sarkozy en fait toujours trop avec le Pape. Lors de son premier voyage au Vatican, il dépassait les limites de la désinvolture. Aujourd’hui, il excède les limites de la dévotion.

Il pourrait plaider que ses excès sont une tradition bien française, seul un sujet du Roi de France, Guillaume de Nogaret, envoyé de Philippe le Bel, osa frapper un Pape – qui décéda quelques jours plus tard. Mais seul un Roi de France aussi consacra son pays à la Vierge Marie, c’était Louis XIII. La France est la fille aînée de l’Eglise, qui entretint toujours des rapports si ambigus avec elle. C’est la France républicaine qui donna aussi cette couleur si anti - cléricale à son principe de laïcité. Le seul président catholique réellement pratiquant de notre Ve République, qui fut de Gaulle, quand il assistait à un office en ses qualités de chef de l’Etat, par souci de retenue et de respect du sacro-saint principe de laïcité, s’imposait de ne pas communier à l’issue de l’office.

Mais cette époque est passée, révolue. Les catholiques pratiquants sont devenus, on pourrait dire une minorité active – 4,5 % des Français se disent pratiquants réguliers, 8 % pratiquants occasionnels ; 79 % de la population restant cependant baptisée en 2010 – et dont on se dispute âprement les suffrages, notamment dans un certain électorat de droite. Certes, l’électorat catholique n’est la propriété de personne, il n’est d’ailleurs pas monolithique et nous devons respecter cette minorité, comme le rappelle le père Bernard Podvin, porte-parole de la Conférence des évêques de France – CEF -, qui inscrit, lui, la visite de Nicolas Sarkozy « dans une nécessité de dialoguer » avec le Vatican. Ils ne représentent plus par ailleurs, un quelconque « danger » d’influence en soit, dans notre République laïque. Le haut-clergé, ne joue plus aucun rôle politique, comme ce put être encore le cas au XIXe siècle, jusqu’au début du XXe siècle, à la faveur de la crise de 1905.

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Les évêques de l’Eglise de France aujourd’hui penchent d’ailleurs plutôt à gauche et sont souvent, il faut le dire, très politiquement corrects. C’est d’ailleurs sous la pression des évêques de France, que Benoit XVI s’est vu contraint de rappeler à l’ordre Sarkozy sur la politique à l’égard des Roms, n’ayant pas spécialement l’intention de stigmatiser la France sur ce point, au début. Les catholiques perçoivent la deuxième rencontre de Nicolas Sarkozy avec le pape Benoît XVI au Vatican plutôt comme « une tentative de reconquête d’un électorat déçu, une opération qui laisse certains dubitatifs ». Selon l’institut de sondage Ifop, contre 74 % des catholiques pratiquants ayant voté pour Sarkozy en 2007, plus que 50 % continuent à le soutenir. « L’idée est plutôt de donner des gages et de rassurer une partie de cet électorat catholique dans lequel il a beaucoup perdu », analyse Frédéric Dabi, directeur du département opinion chez Ifop.

Pour Christine Boutin, secrétaire général du Parti Chrétien Démocrate, parti fondateur de l’UMP, il faut adopter des attitudes qui soient en cohérence, pour pouvoir renouer avec l’électorat UMP en général, un électorat catholique pratiquant plus en particulier. « Je ne suis pas la porte-parole des catholiques français ! », rappelle-t-elle par ailleurs, sans cesse sollicitée dans les médias, pour commenter la visite de Nicolas Sarkozy. Elle avance que le déplacement du chef de l’Etat est « un geste de paix », dans un premier temps. Mais cependant la politique gouvernementale de son point de vue, est difficilement lisible, et aujourd’hui par ailleurs, 70 % de catholiques pratiquants – de sensibilité de gauche comme de droite -, ayant voté Sarkozy, sont déstabilisés. Le Parti Chrétien-Démocrate se veut cependant agnostique, nombre de ses militants étant athée ou relevant d’une autre confession, mais se rattachant à certaines valeurs humaines – relevant essentiellement de la morale chrétienne.

La politique du gouvernement sur la retraite des femmes, la suppression des avantages fiscaux pour le mariage, la diminution de l’allocation d’accueil pour le jeune enfant  – ou encore le débat souterrain sur le fameux contrat union civile ou cuc, auquel j’ai consacré un article récent -, sont très mal perçues par les catholiques de droite. Quant à ceux qui ont une sensibilité de gauche, représentés également par le PCD, ils sont choqués par l’expulsion des Roms, analyse l’ancienne ministre du Logement. Le message est clair : peu sensible « à l’image » renvoyée par une rencontre maladroite comme d’habitude, avec Benoit XVI, l’électorat catholique attend « d’autres gestes » de Nicolas Sarkozy, dans une politique claire et cohérente, sans va-et-vient médiatique permanent, incompréhensible, visant à détourner l’attention de l’actualité.

Comme le commente Eric Zemmour, cela « pose et repose également, sans cesse la problématique des racines chrétiennes de la France ». « Des racines chrétiennes qui sont pourtant indéniables dans l’Histoire de notre pays et celle de l’Europe ». Car on ne peut s’approprier la civilisation de notre pays, son Histoire sans assimiler culturellement certes  – et non cultuellement -, ces notions et racines chrétiennes. Même les républicains les plus laïcards de la IIIe République s’étaient ainsi revendiqués de la morale chrétienne, vidée de son contenu, dans une certaine mesure, pour inculquer les bons principes aux petits écoliers et collégiens en blouse noire. Enfin, il apparaît que ce n’est pas un hasard, si ce principe de laïcité ait parvenu à s’imposer en France, dans une nation imprégnée de valeurs judéo-chrétiennes.

                                                                                                                                                   J .D.

14 octobre, 2010

Le procès Kerviel

Classé dans : Economie — llanterne @ 22:32

Le procès Kerviel dans Economie latern

Dernière en date, Jérôme Kerviel -le fameux agent de change de la Société Générale, ayant défrayé la chronique à l’automne 2008- a donc été condamné le 5 octobre 2010, à cinq ans de prison -dont trois ferme- et à rembourser l’intégralité du préjudice subi à la Société Générale, soit quatre milliards neuf-cents millions d’euros. Mais le procès de Jérôme Kerviel fut celui de tout un système bancaire et boursier, dont ce-dernier n’était qu’un des simples rouages.

En effet, Jérôme Kerviel est un peu l’âne dans Jean La Fontaine et la fable des animaux malades de la peste. « L’âne qui peine, pour épargner tous les autres ». Parce qu’il est plus misérable que puissant. Non pas qu’il ne soit pas coupable, il l’est et énormément. Mais Jérôme Kerviel n’était pas seul, au milieu d’une île déserte, comme nous ne le savons bien. Il était entouré, contrôlé, surveillé -ou justement pas assez. C’est le bouc-émissaire dans cette affaire, celui qui paye pour les pots cassés, les dessous d’un système. Surtout, il faisait partie d’une banque, la Société générale, petite par la taille, comparée à certaines banques anglo-saxonnes, mais grande par le talent et l’inventivité de ses agents de change, réputés dans le monde entier. « L’audace de ce-dernier était dans les gênes de la Société générale ».

Mais sa condamnation sévère fera aussi plaisir à tous ceux, qui veulent croire qu’il était un « mouton noir ». Elle fera plaisir à tous ceux qui considèrent que la crise de 2008, ne fut qu’une crise financière, de banquiers immoraux ou bien d’agents de change accusés de cupidité, poussés à prendre des risques excessifs. Mais hélas, la cupidité a toujours été un moteur consubstantiel au capitalisme et la prise de risques est l’essence même du capitalisme. Il suffit de relire Adam Smith. Car cette explication par une crise exclusivement financière ne permet pas de comprendre, pourquoi les Etats ont donné les clefs aux banques, « pourquoi elles ont laissé faire n’importe quoi, jouer à saute-mouton par-dessus les frontières et les prudences les plus élémentaires », dixit Eric Zemmour.

C’est que la mondialisation avec son cortège de délocalisations dans les pays pauvres, et de chômage de masse dans les pays riches a entraîné une crise de la demande, au sein de nos pays. Pour compenser, les gouvernements ont poussé les banques à prêter des sommes énormes, d’abord aux classes moyennes, puis aux foyers plus modestes. Ce système a atteint des sommets aux Etats-Unis, mais aussi en Espagne, au Royaume-Uni, créant d’énormes bulles spéculatives. Les banques n’ont pas voulu rester avec des créances dont elles savaient, qu’elles ne seraient jamais remboursées. Elles ont donc inventé des techniques financières de plus en plus sophistiquées, pour se défausser sur les autres. Jusqu’à ce que le pot aux roses soit découvert.

Cette schizophrénie collective dans certains milieux bancaires et financiers a pu être décrite et analysée par l’essayiste Michel Drac, au travers de son dernier ouvrage « Crise ou coup d’Etat ? » -qui est un grand succès en librairie-, et la thèse d’une crise du sens, au sein de nos sociétés occidentales. Le ton est assez subversif, mais l’analyse est originale. Aujourd’hui, les milieux financiers, économiques occidentaux sont confrontés à la montée en puissance d’autres pôles, à l’échelle géo-stratégique mondiale, bouleversant la donne, dans leur vision mercantiliste. Pris dans un engrenage, ils se mettent à appliquer du surcodage. Ils se montrent incapables de sortir de leur logique d’endettement. Atteints d’une forme de pathologie collective, pris dans leur système de pensée et de fonctionnement, dont ils se montrent incapables même de percevoir les limites -largement atteintes-, ils se lancent ainsi dans une fuite en avant, particulièrement dangereuse.

La finalité à long terme pourrait être la faillite d’un grand Etat, dans les années à venir. Mais en tout cas, suite à la dernière réunion du G20 consacrée en grande partie aux conséquences de cette crise financière, le système n’a guère été remis en cause.

                                                                                                                                                      J. D.

Les réalités de la percée « populiste »

Classé dans : Politique — llanterne @ 21:51

Les réalités de la percée

L’actualité est marquée par des percées de partis populistes, dans plusieurs pays européens. Aux Pays-Bas, les Chrétiens démocrates ont pactisé avec l’extrême-droite, dans le cadre d’une coalition autour du parti libéral au sein d’un gouvernement. Ce parti populiste hollandais est celui de M. Gert Wilders. En Suède aussi, Jimmie Akesson – 31 ans -, a changé la donné politique, suite aux élections législatives du 19 septembre dernier voyant un parti d’extrême-droite entré au parlement suédois. Cela dit, cela passe comme une lettre à la poste, en Europe.

Il paraît bien loin le temps, en effet, où l’arrivée de Haider dans le gouvernement autrichien, provoquait en Europe, une crise politique majeure, parallèlement à la percée électorale en Italie de la ligue lombarde, aux accents disons « populistes » - phénomène toujours d’actualité dans la botte. Partout en Europe, la vie politique est bouleversée par l’arrivée au pouvoir de mouvements aux contours mal définis, que la presse qualifie d’extrême-droite ou populiste. Ils ont en commun de recueillir des suffrages populaires ou du troisième âge, qui ne veulent plus voter pour la social-démocratie. Mais ils n’ont pas de ligne idéologique commune. Leur rattachement aux partis fascistes et d’extrême-droite d’avant-guerre est une facilité journalistique et polémiste. Déjà historiquement, il est vrai, comme le soulignait récemment Eric Zemmour, c’est oublié que Mussolini fut avant tout socialiste et qu’il y a eu beaucoup de militants d’extrême-droite à Londres, autour du général de Gaulle, sympathisants de gauche et d’extrême-gauche pacifiste à Vichy. Gert Wilders, le leader hollandais est un homosexuel revendiqué (à l’image de son prédécesseur populiste Pim Fortuyn), loin de toute bigoterie, c’est avant tout un homme de droite traditionnel, qui rejette trente ans de tolérance batave et ses fissures.

Partout, l’Europe rejetée, le chômage, des sujets sociaux et sociétaux divers, ont pris une importance centrale, inquiétant certaines classes populaires, déjà frappée par un chômage de masse. Entre les deux grandes formations politiques suédoises, par ailleurs, les sociaux-démocrates de Mona Sahlin et les modérés dirigés par le Premier ministre sortant, Fredrik Reinfeldt, ce fut à qui promettait au « troisième âge » les plus gros avantages fiscaux. Finalement, Reinfeldt, dont la proposition était plus modérée, l’a emporté sur Sahlin qui avait pourtant présenté un « paquet fiscal » beaucoup plus généreux (33% de plus) que la concurrence. Cet électorat populaire – en général – est sinon d’autant plus furieux, que les élites de leur pays – de gauche comme de droite, libérales ou sociale-démocrates, mais aussi vertes, atlantistes ou non -, au nom de l’Europe fédérale et d’un idéalisme abstrait, ont souvent rejeté l’idée même de nation. Or comme disait Jaurès : « La nation est le seul bien des pauvres ». En France, la situation est paradoxale. Le Front National est à la fois l’aîné de tous ces mouvements et le plus ostracisé. Nicolas Sarkozy a coupé le FN de sa base électorale, en donnant dans les sirènes populistes lors de la campagne présidentielle de 2007.

Marine Le Pen briguant la succession de son père, cherche à renouer avec sa base militante, et a suivi le même chemin de ses voisins, qui a si bien réussi. Elle s’efforce désormais de reprendre à son compte, dans le cadre d’une politique habile, l’héritage républicain et assimilationniste, qu’ont rejeté, aux yeux de l’opinion, nos élites politiques depuis trente ans. Mais c’est justement ce que lui reproche une partie des militants du FN, qui sont séduits par un discours plus traditionaliste. Pour l’instant, du côté du FN comme de l’UMP, on se refuse avec horreur à tout rapprochement, mais comme le commentait récemment Eric Zemmour, «  2012, c’est demain ».

                                                                                                                                                     J. D.

8 octobre, 2010

La Chine vole au secours de la Grèce

Classé dans : Economie,Europe — llanterne @ 23:43

La Chine vole au secours de la Grèce dans Economie latern

Cet évènement d’importance est passé pourtant assez inaperçu, ces derniers temps. Du moins, il a été assez peu commenté. En effet, la Chine vient de voler récemment au secours de la Grèce engluée dans la crise. Pékin achète de nouvelles obligations grecques. En échange, elle va étendre ainsi son influence sur les infrastructures du pays, dont elle entend bien faire en fait, sa porte d’entrée dans l’Europe du sud et dans les Balkans.

Les Chinois font mine d’aider un pays en difficulté, qui ne leur avait rien demandé, en s’offrant sa seule activité compétitive, sa marine marchande et son port. Ils procèdent ainsi d’une tactique déjà bien rodée, élaborée et mise en application en Asie du sud-est et en Afrique. Les armes stratégiques de la Chine, ce ne sont pas tant des missiles et des fusées, mais avant tout une main-d’oeuvre sous-rémunérée, une monnaie dévaluée et des masses de devises accumulées -notamment en bons du Trésor américain-, plus efficaces que tout. Devant elles, tout s’ouvre, tout se plie. Petit à petit, la Chine nous dicte ainsi sa loi économique. En vingt ans, la Chine a édifié la magnifique puissance industrielle, dont elle rêvait depuis deux siècles, ayant su profiter des délocalisations massives d’activités de multinationales européennes et américaines, s’accompagnant de transferts technologiques acquis. Car pour mieux les copier et mieux les concurrencer, les Chinois pillent sans état d’âme leurs secrets de fabrication. Quand la commission européenne ou l’OMC protestent au nom des grands principes, les hauts-responsables chinois rétorquent avec un haussement d’épaules, un sourire en coin et une mauvaise foi caractéristique, nous n’avons pas encore touché les droits de la boussole, de la poudre ou du papier. Ces grandes multinationales ont fait gagner des fortunes à leurs dirigeants et leurs lobbies sont très influents à Bruxelles. Le commentaire de la commission de Bruxelles au sujet de cette aide chinoise apporté à la république hellénique, a été : « Tout appui à la reprise de l’économie grecque ne peut être que bienvenue ». 

Ca nous fait penser à l’histoire du loup dans la bergerie. Certes, en l’occurrence, pour la Grèce c’est un soutien bien venu et de tout de façon Bruxelles ne peut en aucun cas, empêcher qui que soit à acheter des obligations. C’est le principe même du libéralisme. Mais les dirigeants et patrons en Chine actuelle qui ont été formés par le communisme, connaissent la célèbre formule de Lénine : « Les capitalistes  nous vendrons la corde avec laquelle nous les pendrons ». Et encore, Lénine ne connaissait pas la commission européenne de Bruxelles, qui voit tout mais ne fait rien. Son dogmatisme libéral n’a en rien été ébranlé par la crise de 2008. Elle croit dans les vertus du laissez-faire, laissez-passer. Elle se dressa quand Dominique de Villepin tentait de s’interposer dans une affaire d’OPA hostile sur un grand groupe français, en 2006, qualifiant la manoeuvre de protectionniste. Mais les emplettes chinoises ne l’émeuvent pas. Alors que le congrès américain s’apprête à voter des mesures de rétorsion contre la sous-évaluation de la monnaie chinoise, la commission européenne, elle, ne bouge pas.

Alors que l’Etat chinois pèse de tout son poids pour renforcer la puissance de ses entreprises, la commission européenne s’affaiblit au nom de la concurrence des géants nationaux de l’énergie ou des communications. L’Euro est la seule grande monnaie qui encore s’apprécie, ruinant ainsi de nouveau les efforts de nos dernières industries exportatrices, les Chinois rachetant la dette grecque, pour consolider une monnaie européenne déjà très forte. Car après la Grèce, il y aura peut-être d’autres pays européens en difficulté, à savoir l’Irlande (…), peut-être l’Espagne et le Portugal. Les Chinois sortiront à chaque fois leur carnet de chèque, pour sauver une zone Euro, qui est de plus en plus un objectif de conquête et de moins en moins un concurrent.

Comme a pu le commenter Nicolas Dupont-Aignan, cela relance le débat sur le protectionnisme européen et permet de recentrer le débat sur le paysage national. Les chiffres de la commission de Bruxelles sont faux. La récession dans la zone Euro est et sera encore bien réelle. On a perdu un temps précieux, pour relancer notre économie. D’ailleurs le plan de relance du gouvernement français fut assez faible, malgré les messages encourageants de Christine Lagarde  -1,5 % du PIB en France, contre 10 % du PIB aux Etats-Unis. Le PS avait proposé aussi le sien. Et là, il faut reconnaître que c’était assez affligeant : réduction de la TVA, chèques à la consommation. Le PS a promis des cadeaux, certes sympathiques. Mais ces cadeaux étaient de la fausse monnaie, puisque immédiatement ils profitent aux producteurs chinois, et ils ne résolvent en rien les problèmes dramatiques du chômage et des délocalisations.

Et c’est là où on s’aperçoit -beaucoup plus symptomatique-, que les socialistes français, comme les libéraux de l’UMP, n’ont pas compris qu’ils ne pourraient jamais redresser la France, s’ils ne changent pas le fonctionnement de la construction européenne, s’ils n’instaurent pas un protectionnisme européen (sans parler de la remise en cause de l’Euro faisant débat en Allemagne), pour éviter la concurrence déloyale, sociale et environnementale des pays extérieurs. Mais peut-être font-ils mine de ne pas le comprendre. En reprenant ce sujet d’actualité sur cette aide chinoise, il convient en effet, de redéfinir la notion de protectionnisme européen. Le protectionnisme ne consiste pas en un repli sur soit. Cela consiste en une défense de nos intérêts économico-stratégiques, qui ne sont pas nécessairement en adéquation avec ceux de certains pays prédateurs, dans une mesure juste et pondérée. Obama est et sera confronté à la même difficulté. D’ailleurs, il a déjà indiqué qu’il voudrait un protectionnisme américain raisonnable, pour éviter que le déficit colossal avec la Chine, ne se creuse davantage. Car encore une fois, il ne sert à rien de déverser 1000 milliards de dollars aux Etats-Unis, si les consommateurs vont acheter des voitures japonaises ou chinoises.

Les enjeux européens se joueront sur la question de savoir, ce que nous proposerons concrètement pour éviter les délocalisations, re-localiser en France, permettre les innovations technologiques, permettre à la France et aux autres pays de l’Union, de retrouver la compétitivité et d’exporter, de partager ces devises. Cette crise passée doit être avant tout l’occasion de casser les dogmes et de repartir sur des bases saines. Sans quoi, il sera bientôt trop tard. L’Europe en tant que puissance économique ne sera plus qu’un lointain souvenir, avec ses conséquences socio-économiques si désastreuses.

                                                                                                                                            J. D.

29 septembre, 2010

Le vaccin contre la grippe saisonnière : une campagne en toute discrétion

Classé dans : sujets de societe — llanterne @ 20:32

Le vaccin contre la grippe saisonnière : une campagne en toute discrétion dans sujets de societe latern

Le vaccin contre la grippe saisonnière revient sur le devant de la scène, c’est normal, comme chaque année. Les autorités sanitaires ont d’ailleurs présenté la traditionnelle campagne de vaccinations récemment. Avec un défi supplémentaire, quand même cette année qui est de surmonter le fiasco de la campagne de l’an dernier, contre le virus H1 N1.

Le professeur Bernard Debré, député UMP, qui avait parlé le premier de « gripette », a beau jeu de dire que le gouvernement en a trop fait. Dès juillet 2009, Bernard Debré affirmait que la mobilisation contre « la pandémie », « ne servait qu’à nous faire peur ». Il regrette de ne pas avoir été écouté, entendu. Il citait des publications scientifiques anglaises ou américaines, qui dès le début de l’épidémie, « la pandémie », disait que là était l’erreur, dans l’utilisation de cette expression par l’Oms, qui a fait peur (« faire croire que c’était extrêmement grave, que tout le monde est touché »…).  Ca n’a pas été pris à la légère aux Etats-Unis, d’où une campagne de vaccination. Mais entreprise différemment, par des vaccins qui étaient simplement des inhalations nasales. La France avait acheté 94 millions de doses de vaccins, pour un pays de 65 millions d’habitants. Mais on peut être touché par une grippe plus ou moins dangereuse. En janvier 2010, la France est en train de tenter de revendre ces excédents de vaccins contre la grippe H1 N1. Il y a aussi d’autres produits, dont on ne sait quoi faire…

Il est vrai que la mortalité imputable à cette grippe, s’élève à deux cent victimes. Cela reste bien-sûr effroyable. Mais il faut savoir, que parmi ces victimes, seulement près de trente sont imputables uniquement à cette grippe, chez des gens disons, qui étaient plutôt en bonne santé, les autres étant des patients déjà atteints d’autres maux (« déjà malades »). Il faut savoir aussi que la grippe saisonnière fait 6 000 morts chaque année, en France (en particulier chez les personnes âgées), 600 000 dans le monde. Nous avons vingt-cinq millions de Français qui ont été au contact de cette grippe, sans même le savoir et même sans en présenter le moindre signe clinique. Et c’était su dès le mois de juillet 2009. Il y a eu une pression incroyable des laboratoires (« achetez-en nous maintenant, parce qu’après on en aura plus, vous ne pourrez plus être servi »). Et on peut comprendre que l’on ait aussi, parfois cédé à la pression. Et puis, il y a le principe de précaution, qui été poussé là, à l’extrême. 

En tout cas, cette « année, les experts ont décidé de faire relâche, de se faire oublier, de se refaire une crédibilité, respectabilité ». Ils ont dû sentir d’instinct que le H1 N1 avait été le coup de trop. « Celui qui fait basculer des millions de consommateurs naïfs, dans le monde de l’incrédulité, au mieux railleuse, au pis vindicative ». Les industriels du vaccin qui emploient souvent ces mêmes experts, ou les soudoient, ne les relancent pas cette année. Il faut dire que les profits de la dernière campagne, ont été tellement énormes… L’actualité du point de vue sanitaire en devient plutôt plate. Ca en devient même triste et morne, en effet… 

                                                                                                                                                     J. D.

Le danger sahélien, le glissement vers de nouvelles zones de danger

Classé dans : Monde — llanterne @ 19:48

Nicolas Sarkozy a réuni, il y a quelques jours, un conseil restreint de Défense avec les principaux ministres et responsables militaires, consacrés à la menace terroriste dans le Sahel. En effet, cinq Français, mais aussi un Togolais et un Malgache, collaborateurs du groupe Areva, ont été enlevés dans le nord du Niger, dans la région d’Arlit, région-tampon où opère Al-Qaïda au Maghreb islamique. Al-Qaïda qui on s’en souvient, avait déjà capturé dans le nord du Niger, en avril 2010, un Français de soixante-dix-huit ans, Michel Germaneau, qui a été exécuté en juillet…

Cette zone sahélienne remontant de la Somalie jusqu’aux pays du Maghreb, en passant par le Mali, la Mauritanie et le Niger, est aujourd’hui la nouvelle zone de tous les dangers. Les derniers jusqu’au-boutistes de la guerre civile algérienne des années 90, se mêlent aux combattants arabes venus d’Irak. Le désert les protège et leur donne une profondeur stratégique. Les Touaregs leurs donnent un coup de main, contre espèces sonnantes et trébuchantes. Des jeunes gens en rupture de ban familial, dans une Afrique en pleine explosion démographique, se laissent endoctriner par les prêches enflammées d’imams exaltés. Dans les pays du Maghreb (Algérie surtout, mais aussi Tunisie, Maroc), des politiques répressives féroces endiguent pour l’instant ce flot, l’empêchant de se jeter dans les eaux de la méditerranée.

Les pays du Sahel sont au contraire sans structures étatiques. Les activistes islamistes y entrent comme dans du beurre. L’Islam s’y substitue à l’Etat, assurant l’assistance sociale, en cas de catastrophes naturelles, d’épidémies ou de famines ; fait payer l’impôt religieux, surveille la moralité des populations. L’Islam y est maître du temps. Les trafics « très fructueux » d’armes, de drogue, d’immigrés ou encore les rançons distribuées généreusement par les pays européens pour libérer leurs otages, alimentent sans cesse les caisses terroristes. Même dans des pays que l’on croyait plus structurés et où l’Islam avait une tradition syncrétique et tolérante, parfois teinté de superstitions animistes, comme le Mali avec sa tradition de grillots et autres marabouts (frontalier de la Mauritanie et de l’Algérie au nord, du Niger à l’est) ou le Sénégal (frontalier de la Mauritanie au nord et à l’est, le Mali à l’est), l’Islam devient parfois le porte-parole de masses appauvries et délaissées par des gouvernements corrompus, dans certaines régions voisines du Sahara.

La police des derniers Etats solides du Maghreb, coopèrent activement avec les policiers français, ravivant encore la haine des islamistes, contre ces apostats, ces fils de chiens et ces traîtres au service de la France, je cite. Pourtant, ces fauves avaient les crocs singulièrement limés, il y a dix ans, en s’écroulant, épuisés, dans un repli sahélien. Cette descente de l’islamisme algérien (à la base) vers la zone sahélienne est la conséquence indirecte de la politique intérieure algérienne dite de concorde civile, prônée et mise en place par le président Bouteflika. Le 16 septembre 1999, l’Algérie avait adopté la loi (votée par référendum) dite de concorde civile, amnistiant les terroristes, pour peu qu’ils ne soient pas coupables de crimes de sang. La plupart descendirent définitivement des maquis. Mais une poignée refusèrent de rendre les armes : certains se tapirent dans les montagnes de Kabylie où quelques groupes armés continuent d’être présents, les autres roulèrent vers le Grand Sud, le Sahara algérien, essentiellement des membres d’un groupe nouvellement créé, le Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC).

L’Algérie avec son armée, était restée un Etat, mais un autre espace non perdu s’offrait à eux : le Sahara, la région du Sahel, avec ses pays brodés sur le sable, enchevêtrement de solitudes et de rivalités rongées par la soif et la faim. On compte le Niger et le Mali avec leurs rébellions touaregs, la Mauritanie avec sa fracture entre Arabo-berbères maures et populations noires. Le Niger est dévoré par les famines, l’espérance de vie au Mali, ne dépasse pas les 50 ans… Tout cela constitue un terreau propice à l’implantation et au développement des actions de ce type de groupes. Leurs « années d’apprentissage » sahélien durent sept ans. Des enlèvements se succèdent, petit à petit (on se souvient qu’en 2003, 32 Européens pris en otage, sont relâchés contre rançons…).

Le GSPC est officiellement adoubé par l’organisation de Ben Laden en 2007 et devient Al-Qaïda au Maghreb islamique. Cette reconnaissance auréole les émirs algériens et leurs troupes ainsi franchisées d’une puissance accrue. Ils peuvent continuer à voler (…), à tuer et à séduire. La riposte internationale aux énormes menaces en gestation dans le Sahel était ébauchée en 2005. Les Etats-Unis, le Pentagone créent un haut commandement pour l’Afrique, l’Africom. Les contacts se multiplient avec les pays de la région. Cela débouche sur l’initiative antiterroriste transsahélienne, déléguant aux Etats de la zone – Mali, Niger, Mauritanie, Tchad, Lybie, Burkina, Algérie – la responsabilité de la lutte. Mais une responsabilité qui reste cependant assez molle, au Mali, le gouvernement venant tout juste contraint et forcé, d’autoriser la Mauritanie (beaucoup plus active, depuis peu, dans la résorption du phénomène), à opérer sur son territoire. Mais il n’est pas question cependant pour les Etats-Unis, d’intervenir militairement dans le Sahara.

Le retrait officiel des troupes de combat américaines en Irak est très récent, sept ans et demi après le début de l’intervention militaire qui a abouti au renversement du régime de Saddam Hussein. Et c’est l’heure du bilan : les Américains y ont perdu plus de 750 milliards de dollars, 4 400 tués et plusieurs milliers de blessés. La guerre civile menace de reprendre à leur départ. En abattant Saddam Hussein, ils ont aussi abattu l’Etat irakien. Ainsi, les Américains quittent l’Irak et ont assez d’un seul Afghanistan ! Ils savent aussi pertinemment que la présence d’un seul GI suffirait à doper le recrutement d’Al-Qaïda. Les effectifs se gonflent déjà, comme cela a été exposé, d’assez nouvelles recrues :  Nigériens, Maliens et même Touaregs, alors alors que plusieurs chefs de la rébellion parlent pourtant de reprendre les armes contre Al-Qaïda. A ces terroristes de fraîche date, il faut rajouter le flot continu venu du Nord et du Sud, de la Somalie – où un agent de la DGSE est otage depuis plusieurs mois – et de tous les brasiers africains. Et on rêve d’en découdre, comme en Afghanistan, avec cet ennemi lointain qui a, ici, le visage si familier de la France. 

Pourquoi la France, est-on en droit de se demander ? La France est particulièrement visée et haïe. Différents facteurs explicatifs entrent en ligne de compte. D’abord parce que c’est l’ancienne puissance coloniale. Sa tradition laïque avec récemment l’interdiction du port du voile intégral, symbolise aussi tous ce que les islamistes détestent. Les prises d’otages français risquent donc fortement de se multiplier. Le prochain objectif sera bien-sûr des attentats sur le sol français. Jusqu’à présent la prévention policière a permis de « sanctuariser » notre territoire. Mais qu’en sera-t-il demain ? Certes, comme l’analyse Jean-Christophe Rufin, ex-ambassadeur de France au Sénégal démissionné en juin dernier par Nicolas Sarkozy, dans un entretien récent paru dans Marianne, préconisant une réponse locale au terrorisme sahélien, les katibas n’ont pas beaucoup d’effectifs : elles ne résument pas à elles seules la criminalité et la violence au Sahara. Mais elles en constituent la partie la plus dangereuse, la plus riche. Celle qui est susceptible de connaître la plus grande expansion. Il ne faut pas attribuer non plus, à ces groupes, une force qu’ils n’ont pas, le Sahara aura du mal à devenir (…) un Afghanistan bis, par définition, l’Afghanistan est peuplé, et le désert l’est tout de même assez peu !.

Mais pour éviter que le phénomène prenne de l’ampleur, il faut veiller à ce que cette menace ne puisse s’étendre. On peut risquer deux choses, à savoir le déni comme la psychose. La situation a certes évolué, avec l’accord des pays de la zone de laisser opérer les forces étrangères et ensuite en attirant l’attention sur cette menace sahélienne, focalisés que nous étions, sur le seul théâtre afghan. La France doit aider les pays comme la Mauritanie ou le Niger, qui sont décidés à agir. Par ailleurs, ce déplacement de la zone dangereuse ravive les questions autour de notre intervention en Afghanistan. Est-elle utile, en ce qui nous concerne, pour empêcher la liaison entre les réseaux d’Al-Qaïda afghan et pakistanais et leurs alliés sahéliens (sans oublier la corne de l’Afrique et le golfe d’Aden). Ou au contraire cette dispersion de nos efforts nous rend-elle moins efficace dans la lutte anti-terroriste (en France et dans la défense de nos intérêts stratégiques dans le monde) ?

                                                                                                                                                          J. D.

28 septembre, 2010

Carnet littéraire estival – coups de coeur

Classé dans : Focus litteraire — llanterne @ 1:15

« Le Vampire du Milieu ; Comment la Chine nous dicte sa loi ?  » ; Pierre Cohen et Luc Richard ; Mille et une nuits  

« Le Vampire du Milieu; Comment la Chine nous dicte sa loi ? », paru aux éditions « Mille et une nuits » est le dernier ouvrage de Pierre Cohen, écrit en collaboration avec Luc Richard. En 2005, ils ont déjà publié « La Chine sera-t-elle notre cauchemar », en pleine euphorie « sino-béate ». Leur thèse y est simple, l’insertion de la Chine dans la mondialisation ne se fait au profit ni des classes populaires chinoises, surtout celles des campagnes, ni de celles des pays développés. Il est à y ajouter, que le marché n’est pas forcément engendreur de démocratisation. « La Chine a pris un essor phénoménal en quelques années, assumant sans complexe une expansion internationale qui en fait un prédateur irrésistible. Aux mains du PCC, le pays de Confucius ne se contente plus d’être l’atelier du monde, ni même son laboratoire. La Chine aspire à elle toutes les richesses, non seulement le travail, les entreprises, le potentiel technologique » et innovateur, mais aussi les ressources énergétiques, les matières premières et même les terres agricoles. 

Les armes de la Chine, ce ne sont pas d’abord des fusées et des missiles, mais avant tout une main-d’œuvre sous-payée, une monnaie dévaluée, le doux commerce des produits à bas coût et bas de gamme ; des centaines d’instituts Confucius, des médias sous influence (y compris en Occident, par une forme de compromission) ; et une diaspora de dizaines de millions de Chinois d’origine, très encadrée, défendant ses intérêts. La Chine s’alimente en capitaux et de plus en plus, en savoir-faire, ce que les Français notamment, souvent insouciants, tardent à percevoir : nous nous sommes endormis, quand la Chine s’est réveillée, comme l’avait justement annoncé Alain Peyrefitte, qui n’était pas le plus imbécile des gaullistes. Cette faiblesse envers ce Vampire, se comprend, car il sait enjôler, derrière la diffusion du mandarin, du tai-chi ou de la médecine chinoise, toute cette culture orientale, qui a tant d’attrait pour nous. A nous de saisir aussi, quels sont les objectifs poursuivis à travers. Economie, énergies, transfert technologique, intelligence économique, diaspora, soft power, où s’arrêtera la Chine ?

Dans ce dernier ouvrage, pour la première fois, le grand puzzle de l’ambition chinoise est reconstituée. Exemples et chiffres à l’appui, Philippe Cohen et Luc Richard racontent comment le régime chinois, petit à petit, nous dicte sa loi…

« Le dernier mort de Mitterrand » ; Raphaëlle Bacqué ; Grasset & Albin Michel 

La journaliste d’investigation Raphaëlle Bacqué, grand reporter au quotidien « Le Monde », après « Chirac ou le Démon du pouvoir » (2002, Albin Michel) ; « La Femme fatale » avec Ariane Chemin, sur Ségolène Royal (2007, Albin Michel) ; « L’Enfer de Matignon » (2008, Albin Michel), dans son dernier ouvrage « Le Dernier Mort de Mitterrand » (2010, Grasset et Albin Michel), nous éclaircit sur le mystère planant autour de la disparition de François Grossrouvre. 

Cette éminence grise, cet aristocrate maurrassien, ancien financier des campagnes socialistes en 1981, remisé dans un placard à la fin de sa carrière et retrouvé suicidé dans son bureau de l’Elysée, en avril 1994, à deux pas de François Mitterrand… Nous sommes ainsi invités à un passionnant retour en arrière, sur la vie de cet homme, fidèle compagnon de route de Mitterrand, industriel tissant des réseaux en Afrique, ancien membre des services spéciaux ; mais homme amer et déçu, « Belphégor » errant dans les couloirs de l’Elysée, explorant les dérives toujours fascinantes de la Mitterrandie crépusculaire…  

« Si nous nous taisons » ; René Guitton, paru le 05/2001 ; Prix Montyon de l’Académie Française 2002  

Prix Montyon de philosophie et littérature de l’Académie française, Prix Lyautey de l’Académie des sciences d’outre-mer, et Prix Liberté pour son ouvrage « Si nous nous taisons » (Calmann-Lévy 2001 & Pocket 2009), membre du réseau mondial d’experts de l’Alliance des Civilisations des Nations unies, René Guitton œuvre depuis de nombreuses années pour un dialogue philosophique, culturel et religieux entre l’Orient et l’Occident.

Dans cet ouvrage, paru en 2001, republié récemment dans une édition revue et augmentée, René Guitton revient sur un sujet, traité par le dernier film de Xavier Beauvois, « Des Hommes et des Dieux », indéniablement, le phénomène culturel et cinématographique de cette rentrée, portant sur le destin tragique des sept moines de Tibhirine, tués en mai 1996, dans une Algérie à feu et à sang. Qui sont les coupables de l’assassinat : les islamistes ou l’armée algérienne, au bout du compte ? Peu d’analystes nous expliquent par ailleurs, les raisons de cette présence chrétienne et française en terre d’Islam, son antériorité même à la conquête, il y a plus de mille ans par l’Islam du Maghreb. Au XIXe siècle, sur les pas de St Augustin, toutes ces confréries religieuses furent à la pointe de cette présence coloniale au Maghreb, convertissant, mais aussi protégeant, éduquant, soignant. Après le départ de l’armée française, certains sont restés.  

René Guitton a passé son enfance et son adolescence en Afrique du Nord. Tout jeune, il est imprégné des religions et a vécu avec émotion la présence de l’Eglise en terre d’Islam. Après le drame, il a éprouvé le besoin justement, d’aller à la recherche minutieuse de la vérité. Aidé par les témoignages des familles des victimes, des moines de la communauté trappiste, des plus hautes autorités religieuses, d’hommes politiques de toutes sensibilités, de responsables politiques français de premier plan, d’agents des services secrets (lui ayant ouvert l’accès à nombre de documents confidentiels) et de témoins anonymes, il dénoue ainsi peu à peu, les fils de cet imbroglio tragique. Rien n’a été laissé dans l’ombre, jusqu’aux racines de cette implantation trappiste à Tibhirine, au cours de ces investigations qui ont conduit l’auteur de France en Algérie et au Maroc.

« L’Etat schizo, Pompier et pyromane » ; Martine Lombard ; JC Lattès 

Bien instructif est ce voyage dans « La France des services publics », une spécificité bien française. D’Air France – KLM à EDF, certaines de nos entreprises anciennement ou encore partiellement nationalisées, apparaissent comme des fleurons de notre économie, de nos jours ;  mais encore pour longtemps ? Là est la question… 

« La réussite d’Air France-KLM nous entretient dans un rêve éveillé. En apparence, tout va bien pour nos fleurons nationaux. Air France privatisée porte haut les couleurs de la République avec, sur l’empennage de ses avions, les fameuses rayures bleu, blanc, rouge et les étoiles d’or européennes en surimpression (KLM a gardé sa couronne). L’Etat (…) en oublie qu’il l’avait, lui-même conduit à une quasi-faillite. Il a pourtant été ce pilote schizophrène qui a plongé l’avion vers le sol avant de le redresser in extremis et à très grand frais pour les contribuables. Ainsi l’Etat ne veut pas voir les autres risques (…) qui menacent ce qu’il reste des services publics. » 

De La Poste à EDF – Gaz de France, en passant par les ex-PTT (France Télécom), la RATP et la SNCF, au travers de cet essai, Martine Lombard, haut fonctionnaire de formation et spécialiste des services publics français, nous décrypte sur les quinze dernières années, les spécificités inhérentes au service public français, avec en toile de fond, un Etat « mauvais pilote », à la fois pompier et pyromane, face à l’évolution de la libre concurrence, l’Europe des juges, les aléas des privatisations… C’est ici, l’illustration et le décryptage d’un immense gâchis, fait d’un Etat mauvais gestionnaire et à la politique ambiguë et non définie, depuis trop longtemps, au grand dam souvent des salariés et actionnaires des groupes concernés, mais aussi parfois des usagers… « Alors que la survie de ces derniers dépend à nouveau, de façon urgente, de sa capacité à parler et à agir vrai, ses silences, sous l’écume d’une vaine agitation, sont toujours plus assassins. »  

« Le temps des chimères 2003-2009 » ; Hubert Védrine ; Fayard

« Le temps des chimères… », c’est le dernier ouvrage d’Hubert Védrine, ancien ministre des affaires étrangères et spécialiste hors pair, en matière de relations internationales. Il nous présente et analyse la situation géopolitique mondiale sous forme de cahiers, regroupés dans cet ouvrage, décryptant l’actualité de 2003 à aujourd’hui. Hubert Védrine  nous livre ainsi ses observations et interprétations, sur l’évolution et le basculement des équilibres mondiaux, l’émergence de la Chine, de l’Inde. C’est ainsi tout un redécoupage planétaire, qui se profile, inédit depuis l’après seconde guerre mondiale et dans lequel la France et l’Europe, doivent pouvoir trouver leur place.

« Où en sommes-nous en 2009-10 ? Non pas à l’avènement d’un « monde multipolaire » plus juste, plus harmonieux et forcément stable, mais au début d’une longue redistribution des cartes qui prendra la forme d’une bagarre ou, en tout cas, d’une compétition multipolaire à rebondissements multiples et à l’issue incertaine. Et, conjoncturellement, à un carrefour d’incertitudes sur les modalités, les formes et le rythme de la sortie de « crise », à supposer que nous n’ayons vécu qu’une simple « crise » et non une mutation d’une ampleur et d’une durée imprévisibles. C’est la simultanéité et l’interrelation de ces mutations qui font la singularité du temps présent. 

Hubert Védrine »

« L’Entrevue de Saint-Cloud » ; Harold Cobert ; Editions Héloïse d’Ormesson

Né à Bordeaux en 1974, Harold Cobert a consacré une thèse (Mirabeau, polygraphe : du pornographe à l’orateur politique) et un essai à Mirabeau. Il est l’auteur de deux romans, dont « Un hiver avec Baudelaire » (2009), qui a rencontré un vif succès. Il écrit également pour le théâtre, le cinéma et la télévision.

Dans cet ouvrage, l’auteur opère une incursion historique au coeur de l’Ancien Régime crépusculaire et de la tourmente révolutionnaire. Il relate ainsi une rencontre d’importance, souvent négligée et qui aurait pu renverser l’inexorable cours de l’histoire, à savoir l’audience secrète accordée par Marie – Antoinette à Mirabeau, dans les jardins du château de Saint – Cloud, à la tombée de la nuit. Le 3 juillet 1790, alors que la monarchie est en péril et l’avenir de la France incertain, une seule volonté anime l’orateur du peuple, élu du tiers état, celle de sauver le trône. Durant ces quelques heures à la dérobée, déployant son éloquence, le redoutable tribun qu’est Mirabeau, tentera de rallier la reine à ses convictions. Ce roman en costumes (par ailleurs, fort bien documenté et écrit) témoigne également de la fragilité des destinées collectives.


20 septembre, 2010

Murakami à Versailles, lumières sur l’exposition controversée

Classé dans : Culture — llanterne @ 15:43

Après le homard géant de Jeff Koons et tout son bestiaire bariolé, en 2008, le château de Versailles accueille depuis peu l’exposition  d’un artiste japonais, M. Takashi Murakami : des drôles de bouddhas, des compositions de fleurs aux couleurs acidulées, que l’on pourrait rattacher à un univers de bandes-dessinées japonaises, trônant dans la grande cour pavée du Château et quelques-uns de ses appartements adjacents… Un univers propre à cet artiste, qui se revendique d’Andy Warhol. 

La « polémique » était certes inévitable. Elle avait déjà éclaté pour d’autres expositions controversées du même genre, comme il y a deux ans. Mais elle est particulièrement virulente cette fois-ci. Cette exposition maintenue jusqu’au 12 décembre, a vu ainsi la controverse autour d’elle, réunir deux collectifs, à savoir « Versailles mon amour » et « Non aux mangas », ayant réuni à eux deux une dizaine de milliers de signatures. Mais ces manifestes ont été balayés d’un revers de main, par un Jean-Jacques Aillagon, président de l’établissement public du musée et du domaine national de Versailles, arguant du fait que l’on a pas le droit de critiquer une exposition ayant à peine ouverte ses portes, « ou que ses détracteurs seraient animés par des nostalgies politiques inavouables » ( ?…), comme le retranscrit l’hebdomadaire « Valeurs actuelles ». Triste argument… De tout de façon, comme répliquait Philippe Tesson, à juste titre, le 9 septembre dans la Croix : « Notre divorce n’est pas médiocrement politique, il touche au fond d’un problème culturel et artistique… ». Et cela n’en est particulièrement symptomatique de notre période artistique contemporaine.

Le débat sur l’art contemporain est ainsi bel et bien ré-ouvert, du réquisitoire récent dans Courrier international du critique britannique Ben Lewis, sous la forme d’une lettre ouverte, se demandant, si nous ne sommes pas las de ce type d’expositions artistiques, à la tribune pour sa part, du philosophe Luc Ferry, dans le Figaro du 29 juillet, intitulée « L’art contemporain est-il nul ? ». A cette image, comme le rappelle l’hebdomadaire Valeurs actuelles, la « rétrospective Arman, au Centre Pompidou à partir du 22 septembre, affiche comme œuvre emblématique une chaise calcinée » surmontée de ressorts, pour donner le ton… Et elle était d’ailleurs prévisible… et prévue, cette polémique, sur cette exposition « d’art contemporain » au château de Versailles. Non seulement, Jean-Jacques Aillagon l’attendait, mais comme le souligne judicieusement Eric Zemmour, mieux : « il l’espérait. Elle fait partie du plan com’ du patron de Versailles. Elle fait venir le grand public, multiplie les entrées et stimule la générosité des riches mécènes internationaux. Bref, elle fait marcher les affaires… ». D’où cette surenchère des conservateurs, affichée dans la volonté de choquer, dénoncée par exemple par le grand collectionneur Michel David-Weill dans Libération (6 janvier 2009), l’analysant en ces termes : « On privilégie le choc, dit-il, afin d’obtenir une réaction d’un spectateur saturé ». L’objectif espéré est atteint ; c’est une mécanique à la logique bien rôdée.

Accessoirement, elle pose Aillagon au passage, en « progressiste » dans le domaine, contre les tenants d’un repli artistique passéiste, en conservateur de musée innovant…. Comme l’analyse Luc Ferry : « Quand l’œuvre n’est pas belle mais ne vise qu’à choquer, à innover, à prouver que l’artiste est génial, qu’il n’a qu’un « message », un discours pompeux prend presque toujours le relais. A Beaubourg, il faut lire les commentaires qui figurent sous les œuvres. C’est souvent à pleurer de rire de jargon pseudo-philosophique ». Mais seulement Jean-Jacques Aillagon se moque. On vient à Versailles, non pas pour voir de l’art, « contemporain ou pas » ; mais on vient à Versailles, du monde entier mais aussi de toute la France, pour revivre un moment d’histoire et le transmettre, dans ce lieu de mémoire, de transmission de notre histoire à nos enfants ; le symbole du grand siècle de Louis XIV, de son éclat, de sa domination sur l’Europe… M. Aillagon est beaucoup plus dans son rôle de mécénat, quand il restaure inlassablement ce sublime château, ou quant il unifie sa décoration autour de la personne du  « Roi-soleil ».

C’est peut-être un pied de nez au conservatisme, marque de la bourgeoisie, qui a toujours crié au scandale…. Mais ça a plus qu’un air de déjà-vu. Nous ne sommes plus dans les années 60, au temps d’André Malraux. Comme le souligne toujours Eric Zemmour, sur RTL : « il y a belle lurette que les bourgeois ne se choquent plus « devant les impressionnistes »… Aujourd’hui, les grands bourgeois s’achètent des œuvres d’art modernes, dont ils sont friands… La puérilité vulgaire de ce « pop art » les ravit ». Posant en rebelle, Jean-Jacques Allaigon sert en réalité les intérêts financiers d’une industrie artistique, aux canons plus financiers qu’esthétiques. Il se fait le valet d’un courant, d’un « mainstream » comme on dit aujourd’hui, culturel, planétaire, dirigé d’outre – atlantique. M. Aillagon, éphémère  détenteur du portefeuille de ministre de la culture sous Raffarin, est le véritable conformiste. Les non-conformistes seraient à la rigueur plutôt aujourd’hui « les réactionnaires qui le conspuent ». Il faut dire que M. Aillagon, rompu aux techniques et éléments de language en communication, est depuis longtemps passé maître dans l’art de la contre-argumentation  passe-partout. Beaucoup plus édifiant dans cette problématique, le plus formidable tour de force de cet art contemporain, est ainsi de s’être érigé en dogme, au point de discréditer et décréter comme passéiste, toute autre forme d’approche, se présentant à la prétention autoproclamée de seul art du temps.

Ce courant kitsch contemporain, autrefois qualifié d’avant-gardiste est devenu une norme érigée en art officiel. D’autant plus que comme l’écrit et le souligne Jean Clair dans « la Responsabilité de l’artiste » : « Peu d’Etats comme la France auront consacré autant de moyens à « promouvoir » l’art « contemporain ». C’était d’ailleurs la finalité de la création, dans les années 1970 du Centre Beaubourg-Georges Pompidou, non achevé et finalisé à la mort de Pompidou, Giscard ayant d’ailleurs pensé mettre fin aux travaux…Comme l’analyse toujours Luc Ferry, si « l’on pense en termes de beauté, aucune période n’est plus misérable », dans le domaine de l’art, que notre période actuelle. « Tous ses pères fondateurs l’ont du reste proclamé haut et fort. Il suffit de les lire. Comme l’écrivait Leibowitz dans son Introduction à la musique de douze sons (…), l’idée même de beauté relève d’un « psychologisme faux et confus », « stupide », et même « odieux ». L’art contemporain, parfaitement aujourd’hui protéiforme, ne repose que sur la logique de la table rase, « de la subversion et de l’originalité à tout prix, fut-elle insignifiante ». Le XXe siècle sera un siècle de déconstruction non seulement des classiques (comme jamais dans l’histoire de l’humanité), mais aussi par ce biais de la tonalité, de la figuration, de l’intrigue, des règles fluctuentes du théâtre, voire du cinéma…

Or l’art, dans sa finalité, c’est avant tout une mise en scène : celle de symboles éthiques, intellectuels ou spirituels majeurs, communs à un peuple ou à une époque : le marbre du sculpteur, la couleur du peintre, les vibrations sonores et musicales du compositeur… L’art grec, par exemple, cherchait à traduire le visage calme et serein des statues, par la juste proportion des corps et des temples, dans une représentation de l’univers… Le Moyen Age célébrait de mille façons les splendeurs du divin. Avec l’art hollandais de la Renaissance, c’est désormais l’être humain comme tel, qu’il s’agit de mettre en scène. Aujourd’hui l’originalité et l’innovation priment sur tout, l’artiste mettant en scène. A « peu près personne, à Leipzig, ne connaissait le nom de Bach », mais nombreux étaient ceux qui l’écoutaient à l’église. A l’inverse, de nos jours, « tout le monde » connaît Boulez et Stockausen, mais qui écoute leurs oeuvres ?

                                                                                     J. D.

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