La Lanterne (politique, sujets de société)

3 décembre, 2013

Cette baisse en trompe-l’oeil

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 15:48

Il est clair que personne ne fanfaronne, en particulier au gouvernement, avec l’annonce des derniers chiffres du chômage, même s’ils marquent un léger recul. Ainsi, il y a eu, en octobre, 20 500 chômeurs de moins, soit – 0,6 %. Ce qui n’est pas grand-chose, c’est le moins que l’on puisse dire, nous avons toujours 3 270 000 chômeurs inscrits à Pôle-emploi, sans compter les inactifs. Même si cela nous change, bien évidemment des dramatiques augmentations mensuelles habituelles, cette toute petite baisse du baromètre n’est guère stimulante. A savoir, une éclaircie qui n’empêche pas la destruction d’emplois et le recul de la consommation dans notre pays.

Dans un premier temps, ce qu’il convient d’analyser - pour être juste -, c’est que le chômage est stable, c’est ce que l’on doit retenir suite à l’annonce des dernières statistiques officielles publiées, il y a trois-quatre jours. Mais d’où cela vient, là est la question ? Et est-ce que cela est durable, ou supposé l’être ? C’est là que le bas blesse. On voit qu’il y a beaucoup de radiations, même s’il peut y en avoir pour de bonne raisons – ou du moins légitimes -, mais aussi le rôle essentiel des emplois aidés, qui sont pour l’essentiel des emplois publics. Il ne faut pas nécessairement dédaigner ces emplois aidés, qui peuvent appuyer des jeunes gens peu qualifiés, en difficulté d’insertion sociale et éloignés du marché de l’emploi. Mais néanmoins, l’emploi privé ne contribue pas véritablement à la diminution du chômage. La prudence du gouvernement sur la durée est donc de bon aloi. Tant que l’on n’aura pas une croissance d’1,5 % au minimum, nous n’aurons pas de baisse significative du chômage. Et nous en sommes loin. Le chômage est stabilisé à un niveau élevé, semble-t-il, dans l’hexagone.

Vu sous un autre angle, il est vrai que le nombre de chômeurs a diminué, mais il y a plus de chômeurs au mois d’octobre 2013, qu’au mois d’octobre 2012 (+ 6 %), ce qui est non négligeable. Enfin, le nombre de chômeurs de plus d’un an est aussi en explosion, représentant 42 % du nombre de chômeurs, ce qui est inquiétant, la probabilité de retrouver un emploi, au bout d’un an, étant beaucoup plus faible. La probabilité de retrouver un emploi est de 30 % en France, après un an de chômage, contre de 80 à 90 % en Scandinavie. On a l’impression que l’on décrit la France des années 1970, en citant ces derniers chiffres. Il n’y a ainsi pas de fluidité suffisante du marché du travail, pour éviter aux chômeurs longue durée d’être stigmatisés. Le suivi laisse également à désirer, même si des tentatives ont été réalisées, dans la seconde moitié des années 1990. La crise pointe son nez partout. Depuis un mois, les salariés du groupe « La Redoute » manifestent leur mécontentement, et leur inquiétude, face au développement de la vente sur internet. L’histoire du groupe « La Redoute » a débuté, il y a plus de 75 ans, dans les filatures de Roubaix. Depuis un mois, les salariés inquiets pour leur avenir, multiplient les manifestations. La vente de ce groupe de prêt-à-porter est un dossier, parmi tant d’autres, hautement symbolique et politique.

François Hollande ne se réjouit-il pas trop vite, alors que des centaines d’entreprises, voire des milliers, dans toute la France, sont menacées de dépôt de bilan. Ainsi, pour en revenir aux statistiques du chômage, cette petite baisse en trompe-l’oeil, ne concerne que les chômeurs de catégorie A (chômage total). Les chômeurs de catégories B et C (activité réduite) ont, eux, continué à augmenter, 39 600 de plus, soit + 0,8 %. Et puis, surtout, comme nous l’avons prouvé, il ne faut pas oublier que le gouvernement triche d’une manière éhontée. D’abord, en faisant radier à tour de bras certains chômeurs des listes officielles, comme nous l’avons vu, quoi qu’il en soit (11 000 radiations administratives de plus). Ensuite, en transformant, par un tour de passe-passe incroyable, des chômeurs de catégorie A en chômeurs de catégories B ou C, sous prétexte qu’ils suivent un vague stage de formation (plus ou moins bidon).

C’est ce qui est arrivé à 60 000 d’entre eux, en octobre. Et bien-sûr, en multipliant à l’infini, les embauches à coups d’emplois d’avenir ou de génération et d’emplois « aidés », quoi que l’on puisse en dire, mais payer par les entreprises et le contribuable. Ainsi, nous avons encore 11,1 % de chômeurs, au bas mot, alors que l’Allemagne n’en a plus que 5,2 % (même si les radiations existent là-bas aussi, mais à population active plus importante, le chômage reste nettement plus bas), les Etats-Unis 7,2 %, la Suisse, 3,2 %, ou l’Autriche, 4,9 %. Certes, la natalité de l’Allemagne ou de l’Autriche est faiblarde, mais les analyses restent intéressantes. Et l’on peut toujours évoquer l’Espagne, 26,6 %, ou la Grèce, 27,3 %, mais c’est une bien maigre consolation, sachant que nous sommes bien à plus de 15 % de chômeurs et d’inactifs, dans la réalité des faits. En jouant sur les chiffres, Hollande joue aussi sur les mots. En fait, ce qui compte n’est pas le nombre de chômeurs mais bien le nombre d’emplois marchands qui sont créés. Cette année, la France a encore perdu plus de 110 000 emplois. Quelque soit les entourloupes auxquelles se livrent les socialistes, les réalités sont têtues.

Sur ce point, la croissance ne repartira, qu’à certaines conditions. Et non pas en attendant, le nez au vent et les bras croisés, pour paraphraser Thierry Desjardins, que l’économie mondiale redémarre et que nous puissions en récolter quelques miettes. Cela veut dire permettre aux entreprises de se développer aussi, en investissant et en innovant pour créer de la richesse et conquérir des marchés intérieurs comme extérieurs, tout en relançant la consommation, en permettant aux citoyens de consommer. Or, il est vrai, toute la politique socio-économique menée par Hollande afin de maquiller les chiffres avec ses emplois aidés l’oblige à augmenter toujours plus les prélèvements et à oppresser davantage encore les entreprises et les consommateurs. C’est toute l’absurdité de cette politique. Cela se fait nécessairement au détriment de l’économie marchande. L’argent qui est placé dans l’assistanat et les emplois aidés, ne l’est pas ailleurs, dans l’allégement des charges des entreprises, etc. Nous fonctionnons dans un système en vase clos, selon le principes des vases communicant. Il convient surtout de dynamiser le secteur privé par la formation notamment. La majorité des licenciés économiques en France, le sont par absence d’investissements, en matière de formation, d’adaptabilité. Il faudrait que les salariés du groupe « La Redoute » soient suffisamment formés pour aller travailler, par exemple, auprès de ces nombreuses petites entreprises diversifiées dans la vente en ligne, par correspondance (suivant l’exemple scandinave). C’est le problème français, en grande partie.

Nous ne ferons baisser le chômage significativement, que lorsque nous serons capables de former les salariés, face aux soubresauts du marché, et avec la réactivité s’imposant en matière d’évolution professionnelle. Ainsi, pour faire baisser artificiellement le nombre de chômeurs, Hollande massacre à la tronçonneuse toutes les possibilités de créer des emplois. Les Français commencent à s’apercevoir que ce n’est pas la courbe du chômage, qu’il convient d’observer, mais bien celle des créations d’emplois, pensant naïvement que si la première baissait un jour, ce serait parce que la seconde augmenterait. Et ils comprennent sans doute, qu’Hollande va, peut-être, parvenir à l’exploit de faire baisser les deux en même temps. Moins de chômeurs, moins d’emplois. Le chômage baisse, mais l’emploi recule… C’est évidemment suicidaire, car avant longtemps, faute de la moindre croissance qu’il paralyse lui-même, Hollande ne pourra plus s’offrir d’emplois aidés. Le nombre de chômeurs baisse virtuellement, mais paradoxalement, le nombre des fermetures d’entreprises se multiplie. Mais cela dit, comment s’en étonner ? Ainsi, une politique socialiste ne peut que conduire à une économie du même type. Et comme dans une vaste faillite, l’Etat-providence devient l’Etat-catastrophe.

                                                                                                                                                                                         J. D.

30 novembre, 2013

La Françafrique a de beaux restes

Classé dans : Diplomatie,Monde,Politique — llanterne @ 23:29

Comme nous avons pu le constater, depuis ces derniers mois, la Françafrique a encore de beaux restes. Après cette victoire de courte durée au Mali, François Hollande a décidé d’envoyer 1 600 parachutistes en République centrafricaine pour protéger nos compatriotes en danger. Ce pays est ainsi plongé au milieu d’un chaos sanguinaire, avec des bandes de bandits de grands chemins pillant, rançonnant la population et perpétuant multiples exactions. Et un Etat qui n’en est pas un, dirigé depuis mars dernier (suite à un coup d’Etat) par d’anciens rebelles plus ou moins islamistes venus de l’est du pays, les Sékélas.

Mais outre l’aspect humanitaire, que François Hollande souhaite remettre de l’ordre dans la durée, dans ce pays perdu au coeur du continent noir, deux fois plus étendu que la France, mais peuplé de moins de cinq millions d’habitants, est déjà plus discutable. En effet, plus d’un demi-siècle après les indépendances, la France doit-elle encore être le gendarme de l’Afrique. Ainsi Hollande souhaite désarmer les groupes rebelles s’entretuant et massacrant la population, mais la tâche risque d’être complexe. Qui sont les bons et qui sont les méchants, dans ce conflit chrétiens / musulmans entre Sékélas et anti-Balakas. Où sont la légalité et la légitimité ? Les imbrications politico-ethnico-religieuses restent complexes à dénouer. Ce conflit politique entre partisans de Djotodia et partisans de Bozizé s’apparente bel et bien à un nouvel épisode de ces conflits religieux embrasant le Mali, la Côte-d’Ivoire ou le Nigéria, parmi tant d’autres. 

Depuis des décennies, tous nos présidents, y compris Hollande, de Giscard à Mitterrand, en passant par Chirac et Sarkozy, nous ont dit et répété que la « Françafrique » n’existait plus. On aurait voulu le croire, quitte à inaugurer de nouveaux rapports avec l’Afrique francophone. Laurent Fabius nous a seriné que la Centrafrique est « au bord du génocide » et Jean-Yves Le Drian, que nous assistons à l’effondrement d’un Etat avec une tendance à l’affrontement confessionnel. Il est vrai que l’histoire de la Centrafrique depuis plus d’un siècle est aussi liée, à celle de la France. Des compagnies françaises se sont taillées des concessions plus étendues qu’un département où les autochtones étaient traités comme des sous-hommes tout juste bons à ramasser du caoutchouc et à fournir de l’ivoire. Passé la libération - où la Centrafrique, baptisée à l’époque l’Oubangui-Chari -, est venu le temps de l’indépendance. Mais ce fut une indépendance formelle, avec des présidents choisis par la France, soutenus par elle contre vents et marées (qu’on se souvienne de l’Empereur Bokassa Ier) ou flanqués d’un numéro 2 envoyé par Paris.

Soutien aux pouvoirs en place, pillage des ressources, cécité face au trafic de stupéfiants, exportation d’un pseudo-modèle démocratique : le bilan politique de la présence française en Afrique subsaharienne et au Sahel a été escamoté par la France socialiste. Assiste-t-on, pour autant, au retour de la Françafrique, à proprement parler ? Cette expression, que l’on doit au premier président ivoirien Félix Houphouët-Boigny, créée pour saluer « une communauté de destin » entre la France et l’Afrique, est désormais synonyme du pire : l’existence d’une diplomatie parallèle, la concussion des dirigeants français et africains, l’utilisation discrète des caisses noires, etc… Comme l’analyse Nicolas Beau, François Hollande n’a cédé à aucune de ces dérives, contrairement à ces prédécesseurs. Il reste que des chefs d’Etat africains usés jusqu’à la corde ont été sollicités, choyés, récompensés par la France socialiste pour les besoins de l’opération militaire précédente, au Mali, avec en tête de ces vieux chevaux de retour le Tchadien Idriss Déby Itno et le Camerounais Paul Biya. Alors que la France de François Hollande s’apprête à organiser le 7 décembre 2013 à Paris une grand-messe où les chefs d’Etats africains sont conviés, la dénonciation de la Françafrique ne suffit pas à définir un véritable projet. La posture guerrière des derniers mois a masqué un vide politique abyssal, de nature à préparer des lendemains qui déchantent.

Ainsi, quoi qu’il en soit, les Français en ont assez de voir le chef de l’Etat, empêtré dans son absence de charisme, jouer au bonneteau devant eux, tout en sortant de ses poches trouées, un pseudo-génocide au fin fond de l’Afrique, des interventions militaires mal ficelées et aux conséquences souvent désastreuses, une diplomatie maladroite, une pseudo-réforme sociétale, un projet fumeux de grande réforme fiscale. La diversion et l’amateurisme, nous en sommes las…

                                                                                                                                                                                     J. D.

28 novembre, 2013

La fin de la diplomatie gaullienne

Classé dans : Diplomatie,Economie,Monde,Politique — llanterne @ 2:30

Téhéran et les Occidentaux ont trouvé - ce week-end -, un compromis sur l’épineux dossier du nucléaire. Si la communauté internationale se réjouit, Israël s’en inquiète, fustigeant « une erreur historique ». Après dix ans de crise diplomatique, de sanctions économiques et de négociations ardues, l’Iran et les grandes puissances ont scellé à Genève un premier accord pour contenir le programme nucléaire iranien. La France s’y était un temps opposée. Mais la France a-t-elle réellement bien manoeuvré dans ce dossier ?

Revenons sur ce coup de tonnerre diplomatique. Il y a deux semaines, Paris a empêché un accord avec l’Iran sur le nucléaire, accord auquel la Maison blanche, pourtant, semblait prête. Du coup, nous étions redevenus populaires à Washington. En Israël, le premier ministre a félicité chaleureusement Laurent Fabius. Pour reprendre l’analyse zemmourienne, on se croyait revenu au temps, où Guy Mollet et les pilotes français faisaient la guerre à bord d’avions israéliens, contre l’Egypte de Nasser. De leur côté, les Iraniens étaient furieux. Obama et son ministre Kerry regardaient Fabius et Hollande de travers. Le socialiste Hollande était acclamé par la droite outre-atlantique et la droite israélienne, comme un vulgaire Sarkozy. On croyait que l’arrivée de Hollande au pouvoir, aurait au moins le mérite de marquer une rupture avec ce tropisme atlantiste de son prédécesseur et un retour aux subtilités diplomatiques d’antan. Et le pire, c’est que ce n’est pas la première fois.

Dans l’affaire syrienne, notre président avait voulu punir Bachar El-Assad pour l’usage d’armes chimiques, tandis qu’Obama s’avérait beaucoup plus modéré et conciliant. Au Mali, de même, les Français se sont précipités pour combattre les terroristes, reprenant là encore, la terminologie des néo-conservateurs américains, sans discuter du bien-fondé de cette intervention aux racines complexes. Mais toujours est-il qu’à l’heure actuelle, Hollande s’avère être la pointe émergée de l’Otan, quand l’Amérique est tentée par un isolationnisme prudent. On se souvient, Sarkozy avait lui aussi renversé Kadhafi avant de menacer la Syrie d’Assad et l’Iran des Mollahs. Hollande se révèle le frère jumeau de Sarkozy. Comme si l’identité des générations était bien plus déterminante que les clivages politiques. Ainsi, les deux hommes viennent tout de même, en quelques années, de balayer d’un revers de main, quarante ans de politique gaullienne. Le général, au nom de l’indépendance de la nation, n’hésitait pas à s’opposer à l’Amérique, s’avérait méfiant à l’égard des Anglais, s’ouvrait à la Chine de Mao et à l’URSS de Khroutchev, pourtant communistes, et soignait sa popularité dans le tiers-monde, comme le petit qui n’a pas peur des grands.

La France de Sarkozy et Hollande laisse à l’Allemagne réunifiée d’Angela Merkel, les joies du commerce, de l’entente et de la coopération, avec la Russie et la Chine. Sarkozy et Hollande poursuivent les mêmes chimères de l’Europe de la Défense, dont les Français sont les seuls à vouloir. Mais pour être le gendarme de la méditterranée, il faut des moyens. Alors même qu’Hollande, comme Sarkozy, ne cesse de réduire les budgets militaires. Or, il est vrai, ne pas accorder sa politique militaire avec sa politique étrangère, comporte de gros risques. Mais les deux hommes comptent manifestement sur la même planche de salut, à savoir le chéquier bien garni des pétro-monarchies du Golfe - Arabie saoudite, Qatar -, pays sunnites qui feront tout pour avoir la peau des Chiites (Iraniens, Syriens), suivant l’analyse d’Eric Zemmour. Pays du Golfe également, qui n’ont aucun intérêt à ce que l’Iran revienne sur le marché vendre son pétrole, ce qui aura pour effet de faire baisser les coûts. A cet effet, rien ne serait plus périlleux, aujourd’hui, que de décrypter les tumultes secouant le monde arabe par le prisme de l’opposition entre démocratie et dictature. Cette grille d’analyse permet également de souligner le flagrant manque de perspicacité de la diplomatie hollandaise, au sujet du dossier iranien.

Il s’agit en effet de l’importation de catégories occidentales, celles de l’opposition entre « démocrates » et « intégristes », ou entre dictatures et démocraties, dans une région qui ne les connaît pas comme telles. Outre la distinction fondamentale entre les deux branches principales de l’Islam, une analyse de la situation géopolitique actuelle, et notamment de la place de l’Iran, reste à apporter. Touchant plus précisément au cas iranien, la question à poser est « Faut-il avoir peur de l’Iran ? ». L’étude des quatre pôles du pouvoir en Iran, le Guide, le président, les Gardiens de la Révolution (ou Pasdaran) et le clergé, met en évidence les crises que traverse le régime actuel. Là encore, le lien entre le religieux et le politique apparaît comme indiscutable. Quant à la perception de l’Iran en Occident, elle s’explique par une diabolisation d’abord fondée sur des intérêts stratégiques que sur la réalité du pouvoir iranien, quoi qu’il en soit des dessous du dossier nucléaire.

La comparaison avec le Qatar et l’Arabie saoudite, alliés de l’Occident malgré leur rigorisme religieux et social, semble en effet justifier cette assertion. Enfin, il convient de s’interroger sur le rôle des puissances occidentales au Proche et Moyen-Orient, et particulièrement sur la place de la France et son influence déclinante. Entre la Révolution française et 1919, de nombreux contacts se nouent entre les deux pays, avec la mise en place d’une influence culturelle française grandissante en Perse. Ces relations sont périodiquement ternies par les manœuvres des grands empires occidentaux (russe et britannique principalement) visant à peser sur le destin de l’Iran, stratégiquement situé sur les routes entre le Proche-Orient et l’Inde. L’Iran du XXIe siècle aura besoin de se tourner vers les puissances occidentales (notamment en matière de coopération dans certains secteurs de pointe, tels le nucléaire civil), en opérant son envol économique. L’Iran est un futur pays émergent. Or, les anglo-saxons sont mis sur la touche, pour des raisons historico-géopolitiques. 

La France a une carte à jouer. Cependant, depuis la révolution iranienne et le soutien de la France à l’Irak lors de la guerre Iran-Irak, les relations se sont dégradées. Le refus de l’Iran de stopper l’enrichissement de l’uranium, et le fait que la France soutient le renvoi de l’Iran devant le Conseil de Sécurité des Nations unies ont encore plus éloigné les deux pays. Mais l’atout fondamental de la diplomatie française dans cette région était sa capacité à dialoguer avec tous les régimes. Un pays n’a pas d’amis, il n’a que des intérêts, disait le général de Gaulle. Mais c’est ainsi en reconstruisant cette force diplomatique que la France pourrait redevenir une grande puissance au Moyen-Orient, en renouant avec ce pragmatisme originel.

                                                                                                                                                                       J. D.

16 septembre, 2013

« Ce soir ou jamais » de Frédéric Taddéï – Intervention de Michel Collon

Classé dans : Diplomatie,Monde — llanterne @ 3:00

Dans le dernier numéro de « Ce soir ou jamais », émission présentée par Frédéric Taddeï, sur France 2, plusieurs invités étaient réunis, dont Michel Collon, journaliste et essayiste belge. Le débat a gravité autour de l’actuelle crise syrienne, mettant notamment en exergue, autour des récentes menaces d’intervention, ce qui est assimilé à des contradictions sur le plan diplomatique. Comme souvent dans cette émission, la discussion était assez subversive, mais la tonalité parfois intéressante.

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28 avril, 2013

Bonnet blanc, blanc bonnet…

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 0:55

Chômage record, cote de confiance de l’exécutif au plus bas, enfermement du pouvoir, polémique sur la transparence après l’affaire Cahuzac… A l’approche du premier anniversaire de son élection, François Hollande traverse une forte zone de turbulences, sur fond de défiance de plus en plus grande des Français pour leurs représentants politiques. Et l’on s’aperçoit que si l’opposition n’était pas à ce point inaudible, elle pourrait reprendre à la lettre près, contre Hollande, tous les reproches que la gauche faisait à Sarkozy.

Si l’on a un peu de mémoire, on se souvient que François Hollande et la gauche en général n’avaient pas de mots assez durs pour critiquer Nicolas Sarkozy quand il ne voulait tenir compte des gigantesques manifestations de rue s’opposant à sa réforme des retraites à l’automne 2010, quand, après le moindre incident, il décidait, dans l’affolement, d’imposer de nouvelles lois, quand il s’inclinait servilement devant Angela Merkel, quand il s’avérait incapable de faire face à la montée du chômage et de réindustrialiser le pays, quand il augmentait les impôts sans pouvoir pour autant réduire les déficits, quand il intervenait militairement en Lybie. De son côté, Hollande n’a pas voulu entendre les centaines de milliers de Français qui, dans la rue, manifestaient contre son projet de mariage homosexuel. L’affaire Cahuzac n’est pas encore enterrée qu’il annonce déjà, dans la précipitation, des textes sur la moralisation de la vie politique. Et alors que l’austérité plonge le pays dans la récession, Hollande continue à tenter d’obéir aux injonctions de la chancelière allemande, sur fond de hausse du chômage, d’augmentation des prélèvements obligatoires et des déficits. Il a, lui aussi, voulu jouer les chefs en guerre, envoyant l’armée au Mali, ce que les terroristes islamistes nous font déjà payer à coups d’attentats (on l’a vu à Tripoli), tout comme Sarkozy qui, en faisant exploser la Lybie, aura donné le pouvoir aux fanatiques de la Charia et provoqué un chaos généralisé jusqu’au coeur de l’Afrique.

Hollande nous avait promis « le changement », mais il n’y a pas eu de changement, et le changement, on le sait, ce n’est pas pour maintenant, ni pour demain. Ainsi, à ce titre, nous assistons à un pitoyable ânonnement de l’histoire. Gauche, droite, c’est bonnet blanc, blanc bonnet. Sarkozy nous a très vite agacé par son agitation perpétuelle et contradictoire. Son successeur nous énerve par son apathique placidité. Sarkozy excitait les passions, Hollande nous les renvoie. Sarkozy était brusque, velléitaire et zigzaguait, tandis qu’Hollande prétend rechercher le consensus, recule volontiers (que ce soit sur les 75 %, le vote des étrangers, le non cumul des mandats), et ne sait pas visiblement où il veut aller, ni ce qu’il faudrait faire. Mais lui qui reprochait, à juste titre, à Sarkozy de diviser les Français, les a divisés à son tour, avec cette affaire du mariage pour tous, et cela comme ils ne l’avaient pas été depuis bien longtemps. Le quinquennat de François Hollande devait pourtant permettre une réconciliation des Français, après celui particulièrement clivant ou décrit comme tel de Nicolas Sarkozy. Ainsi, c’est bonnet blanc, blanc bonnet… mais en pire. Car, non seulement jamais un chef d’Etat, pas même Sarkozy, n’avait été aussi rejeté par l’opinion publique dans tous les sondages, mais jamais les Français n’avaient été aussi désespérés par la vacuité du pouvoir.

Certes, la crise s’aggrave et l’avenir s’annonce catastrophique. Certes, l’opposition s’est discréditée et se porte mal - avec un ancien président mis en examen et un ancien premier ministre qui a échoué à prendre la tête de l’UMP -, et personne ne peut rêver, pour l’instant, à une alternance qui sauverait le pays. Mais le plus grave aujourd’hui, c’est que ce qui tient lieu de pouvoir s’avère totalement incohérent, avec des ministres dissidents, comme Montebourg et Hamon, et une majorité qui s’affole. Du coup, outre Jean-Luc Mélenchon, l’aile gauche du Parti Socialiste se fait entendre, à l’Assemblée comme au Sénat et réclame une sérieuse réorientation politique. Les voix dissonantes se font entendre dans la majorité, se plaignant de ne pas distinguer le cap fixé. Et après avoir vu, dans la même semaine, les hauts-fourneaux de Florange éteints définitivement, la raffinerie de Pétroplus commencée à être démantelée, l’usine de PSA d’Aulnay-sous-Bois menacée d’être fermée plus tôt encore que prévu, autant de sites devenus symboliques, et avant même d’avoir pris connaissance des chiffres catastrophiques du chômage, Claude Bartolone, président de l’Assemblée Nationale, demande dans Le Monde à Hollande de « tirer les leçons » de ces dix premiers mois « pour envisager un nouveau temps du quinquennat ».

Ainsi les uns, de plus en plus rares, disent que François Hollande n’est au pouvoir que depuis moins d’un an, et qu’il convient de lui laisser encore un peu de temps pour faire ses preuves. Les autres, de plus en plus nombreux, font remarquer qu’il est au pouvoir depuis près de onze mois et qu’il n’a toujours rien fait pour arrêter la dégringolade vertigineuse du pays. Mais en fait, comme l’analyse le journaliste Thierry Desjardins, pour beaucoup de Français, cela fait des années que la France n’est pas dirigée et que droite et gauche ont démontré qu’elles s’avéraient tout aussi incapables, l’une que l’autre, à sortir le pays de son agonie. C’est naturellement, ce qui explique ce désenchantement, poussant les électeurs à l’abstention ou le vote blanc, soit dans les bras de Marine Le Pen ou encore dans ceux de Jean-Luc Mélenchon, pour une petite frange d’entre eux….

                                                                                                                                                          J. D.


27 avril, 2013

« Z comme Zemmour » – Hollande et la Chine

Classé dans : Diplomatie,Monde,Politique — llanterne @ 14:21

Dans sa chronique matinale sur RTL, Eric Zemmour s’amusait de la diplomatie express de nos Présidents, et notamment de François Hollande qui boucle un voyage de 36 heures en Chine. Il aura passé moins d’une journée à Pékin et quatre heures à Shangaï. Ca va trop vite ?

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23 avril, 2013

Vers un rendez-vous historique ?

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 18:02

Ce mardi 23 avril 2013 restera-t-il dans les annales, telle une date importante dans l’histoire de France ? Sans doute puisqu’aujourd’hui, l’Assemblée nationale s’apprête à adopter définitivement le projet de loi autorisant le mariage des homosexuels et l’adoption d’enfants pour les couples de même sexe, après des mois de palabres inutiles et de manifestations de plus en plus importantes (même si cela n’est pas terminé pour autant dans la rue, comme nous l’avons vu dimanche dernier).

Même si ce texte ne concernera, au final, qu’une infime partie de la population, il s’agit là d’une véritable révolution sociétale en devenir. Depuis la nuit des temps, les lois de la nature exigeaient que, pour former un couple et avoir des enfants, il fallait un homme et une femme. C’est la première fois, en France, que des législateurs se permettent d’aller ainsi contre les règles évidentes de la biologie. Comme l’analyse Thierry Desjardins, ces-derniers nous ont conté que le principe même de l’égalité, qui nous est si cher, obligeait ainsi à accorder le même statut aux couples hétérosexuels et aux couples homosexuels. Or, l’égalité n’a jamais effacé les différences. Pendant des décennies, les homosexuels ont réclamé à juste titre « le droit à la différence » qui leur a été accordé, au nom de la liberté individuelle permettant à chacun de mener sa vie personnelle comme il l’entend. Mais, non contents de ce « droit à la différence » qui leur était reconnu, certains lobbies minoritaires se sont mis à exiger « le droit à… la similitude » en s’écriant « Nous sommes différents mais nous sommes pareils ». Il faut d’ailleurs reconnaître que, si quelques petits lobbies particulièrement actifs dans les quartiers « bobos » de la capitale se démenaient, c’est la gauche qui, sans doute à court d’idées, a fait de ce problème qui n’en était pas vraiment un, un thème essentiel de combat, le récupérant à bon escient. Jadis, la gauche défendait la classe ouvrière et s’en prenait au grand capital, maintenant elle se focalise sur des questions sociétales sans fondement réel. C’est évidemment plus facile, même si on est en droit de se demander s’il appartient à une majorité éphémère, par définition, de s’en prendre aux fondements mêmes de notre société et aux droits les plus élémentaires.

Les Français ont élu François Hollande pour qu’il lutte contre le chômage, la précarité, le déclassement des familles modestes et moyennes, pas pour supprimer de notre code civil les mots « père » et « mère » en les remplaçant par « parent 1 » et « parent 2 ». Ainsi, même si ce « mariage pour tous » était dans les promesses du candidat, il n’en était pas du moins la priorité. Et il y a une sorte d’escroquerie morale à nous avoir ainsi « assommés » durant des mois avec ce sujet, et cela alors que la situation du pays devenait chaque jour plus catastrophique. Certains diront que le chef de l’Etat a voulu ainsi « cliver » l’opinion pour maintenir son électorat sur le pied de guerre. Mais ce n’est pas le rôle du président que de cliver, il doit au contraire rassembler. Et ensuite et surtout, ce n’est pas « le peuple de gauche » qu’il a pu mobiliser derrière cette défense du mariage homosexuel mais bien « le peuple de droite » qui, sans chef, s’est réveillé et retrouvé dans les rues pour défendre les suprêmes intérêts de l’enfant (autour de la question de l’adoption, qui doit se voir appliquer le sacro-saint principe de précaution), et aussi conspuer un régime qui part à vau l’eau, et se montrant chaque jour, plus incompétent à faire face à toutes les crises, économique, sociale, morale, que connaît la France. Aussi, c’est bien grâce à la solidité des institutions, léguées par le père de la Ve, que son successeur lointain a pu ignorer des manifestations de rue de plus en plus impressionnantes. Et grâce aux farces et attrapes laissées par Michel Debré dans la constitution, qu’il a pu accélérer la procédure parlementaire pour mettre un terme à l’opposition d’un quarteron de députés UMP.

Mais Hollande a mis à côté de la plaque, ne comprenant rien à ce mouvement, le méprisant puis tentant de l’amadouer sur la clause de conscience laissée aux maires, avant de se reprendre sur l’injonction du lobby LGBT. La Ve République a pourtant été inventé pour résister à la pression de tous les lobbies, pas pour mettre l’Etat à leur service. Cette révolte secoue ainsi l’opinion publique, des jeunes de vingt ans se rebellant contre une société atomisée, déstructurée, marchandisée. Au milieu de cette marée montante, les partis se sont avérés désorientés et dépassés. La gauche a cru avoir à faire à des syndicalistes, s’étonnant qu’ils protestent contre un droit qu’on ne leur retirerait pas, alors que la gauche devrait au contraire, en ses temps matérialistes et égoïstes, louaient des gens défendant une certaine idée de la famille sans rien attendre pour eux. Depuis quelques jours, le pouvoir a semblé s’affoler, accusant à ce titre, les opposants au mariage homosexuel, d’être odieux homophobes. Les mêmes qui interdisent farouchement tout amalgame, se révèlent en roi incontesté de l’amalgame. On peut parfaitement vouloir défendre la famille « traditionnelle », sans souhaiter pour autant jeter les homosexuels au bûcher. François Hollande a voulu traiter ce que sa ministre Taubira a elle-même qualifié de « changement de civilisation », comme une simple modification du barème de l’impôt sur le revenu. Il n’a pas mesuré la violence symbolique qu’il imposait ainsi à une société épuisée de subir les caprices et diktats de toutes les minorités depuis quarante ans.

Mais François Hollande aurait tort de triompher ce soir, après le vote de l’Assemblée. Il aura voulu, avec cette loi « contre-nature », marquer l’Histoire et la postérité, comme Mitterrand avec l’abrogation de la peine de mort, Giscard avec l’abaissement de l’âge de la majorité, ou encore Chirac avec la suppression du service militaire. Et personne ne pourra jamais revenir sur le texte (même si le conseil constitutionnel pourrait aussi le retoquer), le mal sera fait, contrairement à ce que prétend l’opposition. A ce titre, cette semaine a commencé par la publication d’un sondage, dans lequel, François Hollande affichait 73 % d’opinions défavorables, battant tous les records d’impopularité. Preuve que les homosexuels pèsent peu et que les Français n’auront pas été dupes de ses postures et impostures, de soit-disant homme de progrès.

                                                                                                                                                          J. D.

                                                                                                                                                                                

19 avril, 2013

Vers une « radicalisation », dites-vous ?

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 14:47

Les commentateurs ne parlent plus que de cela, et il semble que le gouvernement s’en inquiète aussi. Le mécontentement des Français… se « radicaliserait ». A cet effet, certains voient dans l’ampleur et la multiplication des manifestations contre le mariage des homosexuels ainsi que dans ce qui ressemble à des appels à l’insurrection émanant de la gauche de la gauche ses signes inquiétants. Cela laisserait entendre qu’un nombre grandissant de nos compatriotes ne se contentent plus de rejeter Hollande dans les sondages, et qu’ils n’auraient pas l’intention d’attendre les municipales de l’an prochain pour faire part de leur désenchantement.

Mais comment s’étonner de cette rage des Français, devant l’incurie de ceux qui nous gouvernent ? Aucune des promesses du candidat Hollande n’a été tenue, que ce soit sur le chômage, le pouvoir d’achat, le déficit, la ré-industrialisation du pays ou encore l’Europe, et tout va de mal en pis, à un rhytme encore supérieur à celui que nous avait imposé son prédécesseur. Ainsi, le gouvernement dénonce une « radicalisation » de l’opposition et pointe du doigt certains groupuscules extrémistes sans pouvoir d’ailleurs les désigner avec précision. Mais il ne s’agit pas de quelques groupuscules. Le pouvoir a désormais en face de lui une foule immense de Français dont le ras-le-bol peut, à tout instant, se transformer en colère dévastatrice. Parce qu’ils sont menacés par le chômage  - qui va bientôt battre des records inégalés -, parce qu’ils voient, chaque jour, leur niveau de vie dégringoler - le pouvoir d’achat a régressé d’1,1 % en 2012, marquant son premier recul depuis 1984 ! -, parce que l’avenir n’est plus seulement « incertain » mais de toute évidence catastrophique. L’affaire du mariage des homosexuels n’est plus maintenant qu’un prétexte cristallisant tous les mécontentements, toutes les colères. Or, devant cette ambiance, le pouvoir reste sourd, inaudible, inerte, les bras ballants. Jamais un président de la République n’a été aussi hésitant, désorienté, balbutiant, chancelant, vacillant, en face d’une crise de régime, il est vrai, sans précédent. Jamais un Premier ministre n’a été aussi inexistant. Jamais un gouvernement n’a été aussi divisé entre ses socio-démocrates, ses socialistes purs et durs, et ses écologistes illuminés.

Là encore, l’affaire Cahuzac n’a été qu’un prétexte (de plus) pour que les Français rejettent cette équipe gouvernementale. Peut-être pas « Tous pourris », mais en tout cas « Tous menteurs ». Cahuzac avait menti sur son compte en Suisse, mais il avait aussi menti sur les résultats de sa politique budgétaire. Tout comme Hollande, lui-même, avait menti en nous annonçant un retour aux 3 % de déficit ou, bien pire encore, qu’il inverserait la courbe du chômage avant la fin de l’année. A cet effet, dans des situations similaires (mais cependant moins graves) Mitterrand avait su opérer le virage de la rigueur, remplaçant André Mouroy, « le Rougeot de Lille » ou « Gros Quinquin » comme on le surnommait par Laurent Fabius, et Chirac n’avait pas hésité à faire une dissolution, quand le pays était bloqué par l’intransigeance de Juppé, droit dans ses bottes, sur les recommandations de Dominique de Villepin. Si nos institutions garantissent la stabilité du pouvoir, elles offrent trois échappatoires en cas de crise et de blocage : le remaniement gouvernemental, la dissolution et la voie référendaire. Avec, bien sûr, pour les deux dernières solutions, tous les risques qu’elles comportent. Buté comme pas deux, le président de la République préfère faire le dos rond, s’imaginant naïvement, que « les choses » finiront par se calmer d’elles-mêmes pour peu que la croissance redémarre miraculeusement aux Etats-Unis ou ailleurs. Mais « les choses » ne se calmeront pas d’elles-mêmes, car elles sont symptomatiques de la déliquescence de notre économie, et de celle de l’Etat, ce à quoi s’ajoute désormais un rejet viscéral du pouvoir en place.

Face à cette situation, l’opposition reste relativement effacée - divisée au sommet par sa lutte fratricide et affaiblie par son absence de « leadership » -, ne pensant qu’à la présidentielle de 2017, voire même à celle de 2022. Entendant ménager la chèvre et le chou, les ténors de l’UMP ont raté la marée populaire se levant contre le mariage dit « pour tous ». Ils n’ont pas bien compris et analysé que si des millions de Français entendaient protester contre ce chamboulement de notre société qu’on leur imposait, ils voulaient aussi profiter de cette occasion pour exprimer leur ras-le-bol contre une politique aggravant considérablement leur situation, sans pour autant donner au pays la moindre chance de redressement. Du coup, l’opposition, la vraie, se trouve dans la rue, sans chef et sans organisation, et sans autre programme que de crier « Hollande démission ». Et forcément, devant le mépris que lui jette au visage le pouvoir, elle se radicalise. Quand Frigide Barjot, la pasionaria des anti-mariage gay, promet du « sang » à François Hollande s’il insiste avec sa loi, quand des ouvriers d’Aulnay font irruption au conseil national du PS pour crier à la trahison des clercs socialistes, quand Jean-Luc Mélenchon attend avec impatience sa manifestation du 5 mai pour « donner un coup de balai » à la Ve République, il y a ainsi de quoi se poser des questions. 

Les mécontents d’aujourd’hui veulent le changement qu’on leur avait promis, pas celui de la société mais celui de leur vie personnelle, faite désormais de privations quotidiennes, de dégringolade sociale, d’angoisse pour l’avenir immédiat. Alors oui, les foules défilant ces jours-ci dans les rues se radicalisent. Il n’y a pas de quoi s’en étonner. Or, ce genre de mouvement, on ne s’aperçoit jamais quand ça commence et on sait encore moins comment ça finit.

                                                                                                                                                                                               J. D.

« La Religieuse » de Guillaume Nicloux

Classé dans : Culture,theatre et 7e art — llanterne @ 0:01

« La Religieuse », c’est le dernier film de Guillaume Nicloux, adaptation cinématographique du célèbre roman-mémoires achevé vers 1780 par Denis Diderot, et publié à titre posthume, en 1796.

Au XVIIIe siècle, une jeune fille nommée Suzanne Simonin est contrainte par ses parents de prononcer ses voeux au terme de son noviciat. En effet, pour de prétendues raisons financières, ceux-ci ont préféré enfermer leur fille au couvent. C’est en réalité parce qu’elle est une enfant illégitime et que sa mère espère ainsi expier sa faute de jeunesse. C’est dans la communauté des clarisses de Longchamp qu’elle rencontre la supérieure de Moni. Celle-ci, une mystique, se lie d’amitié avec la jeune fille avant de mourir. La période de bonheur et de plénitude s’achève pour l’héroïne avec l’arrivée d’une nouvelle supérieur : Sainte-Christine. Au courant que Suzanne désire rompre ses voeux et que pour ce faire, elle a intenté un procès à la communauté, la supérieure opère un véritable harcèlement moral et physique sur Suzanne. L’infortunée subit de l’ensemble de la communauté, à l’instigation de la supérieure, une multitude d’humiliations physiques et morales.

En perdant son procès, Suzanne est condamnée à rester au couvent. Cependant son avocat, Maître Manouri, touché par sa détresse, obtient son transfert au couvent Saint-Eutrope. Au terme de son calvaire, Suzanne pardonne à ses bourreaux tout en continuant à poursuivre ses réflexions éminemment subversives sur le bien-fondé des cloîtres et de l’univers conventuel. Son arrivée dans la communauté de Saint-Eutrope marque le début de l’épisode le plus fameux de « La Religieuse ». Cette période est caractérisée par l’entreprise de séduction de la supérieure à son égard. Celle-ci sombre dans la folie devant l’indifférence et l’innocence de la chaste Suzanne. Consciente de la dangerosité de ses désirs pervers qu’elle ne peut refouler, elle se livre aux macérations et au jeûne avant de mourir démente. Incapable de rester plus longtemps cloîtrée, Suzanne réussit à s’enfuir du couvent. Dans une conclusion à peine esquissée, l’auteur nous fait comprendre que Suzanne dans la clandestinité attend l’aide du marquis de Croismare et vit dans la peur d’être reprise.

Diderot fait ainsi le procès des institutions religieuses coercitives  - dans le contexte de l’époque -, contraires à la véritable religion, le monde clos entraînant ainsi la dégradation de la nature humaine. Oisiveté, inutilité sociale, promiscuité plongent peu à peu les reclus dans les rêveries morbides ou mystiques, puis dans la folie et les mènent parfois au suicide. Oeuvre anticléricale par excellence, « La Religieuse » se veut telle une ode à la liberté de choisir son destin. L’aliénation religieuse créée par l’univers conventuel y est dénoncée de manière polémique. Diderot prête sa voix et ses idées sur le couvent à Suzanne, qui, contrairement à l’auteur, est une croyante convaincue. Ce sujet aura ainsi inspiré deux cinéastes, Jacques Rivette, en 1966, et aujourd’hui Guillaume Nicloux, au travers de deux films passionnants. Lorsqu’au milieu des années 60, Jacques Rivette réalise son deuxième long métrage, « Suzanne Simonin, la religieuse » de Diderot, c’est le scandale lors de sa sortie, si bien que la programmation officielle en fut repoussée jusqu’en 1967. De son côté, Jacques Rivette a toujours affirmé qu’il n’était pas tant intéressé par la provocation en soi que par un questionnement légitime sur l’enfermement volontaire lié au couvent. En cela, le film de Jacques Rivette rejoint celui de Guillaume Nicloux, dont c’est tout le propos, qui a voulu faire de son adaptation du texte de Diderot une oeuvre moins anticléricale qu’une « ode à la liberté ». La structure des deux films reste relativement fidèle au récit de Diderot. L’injustice de cet enfermement involontaire est vécue différemment chez les deux héroïnes, des deux adaptations.

Chez Rivette, le personnage de Suzanne Simonin (incarnée par Anna Karina) semble, comme chez Diderot, moins farouchement rebelle que chez Nicloux. Pauline Etienne, elle, semble tenir tête plus ouvertement à l’institution. Ainsi, son regard, aussi doux soit-il, trahit-il en permanence cette détermination. Sur le plan des mises en scène respectives, celle de Jacques Rivette trahit son sens de la théâtralité, installant son récit dans une atmosphère anxiogène, alimentée par des éclairages tranchés et une maîtrise du son. Chez Nicloux, c’est au contraire une nature très graphique qu’exalte le réalisateur. Les deux réalisateurs ont en commun d’utiliser de nombreux éléments rappelant la symbolique de l’enfermement, des grilles et autres garde-fous de fonte, recadrant l’image en permanence. Mais les deux films se dégagent d’emblée du péril du film classique en costumes. L’adaptation de Rivette apparaît à l’époque, même comme une oeuvre manifeste dans la lignée de la Nouvelle Vague. « Ce film n’attaque pas les religieuses, expliquera le réalisateur, il n’attaque même pas la religion. Il attaque une certaine société qui est celle du XVIIIe siècle, il s’attaque à un certain état de fait qui est, en principe, aujourd’hui totalement dépassé ». Guillaume Nicloux s’inscrit également dans l’universalité du propos de Diderot. Malgré une fin différente de celle de Rivette, où Suzanne finit par mettre fin à ses jours, il s’agit, ici, avant tout de la lutte d’une jeune femme face à l’autorité, une influence familiale et d’un milieu social, le refus de se résigner.

                                                                                                                                      J. D.


18 avril, 2013

« Gigi » de Colette

Classé dans : Culture,theatre et 7e art — llanterne @ 16:50

Colette, Gigi, Théâtre Daunou, 25 janvier – 30 juin 2013

« Gigi », c’est la dernière pièce à l’affiche au Théâtre Daunou, depuis le 25 janvier. Tirée d’une nouvelle écrite par Colette en 1944, année où elle fut admise à l’Académie Goncourt - seule femme au milieu des jurés hommes -, elle inspira divers cinéastes, connaîtra une adaptation en pièce en 1952 (avec Audrey Hepburn dans le rôle principal) et une autre en comédie musicale (livret d’Alan Jay Lerner et Frederick Loewe). En 2006, Caroline Huppert a adapté la nouvelle pour la télévision, « Mademoiselle Gigi ».

Gilberte (dite Gigi) est une jeune parisienne de quinze ans dont la mère, Andrée, célibataire et chanteuse à l’Opéra-Comique, a négligé l’éducation. C’est sa grand-mère, Inès, ancienne mondaine et la soeur de celle-ci, tante Alicia, qui l’ont prise en main. Bien que destinée à conquérir les coeurs, Gigi est aussi simple et franche qu’une enfant. Elle entretient des rapports de bonne camaraderie avec le fils d’un ancien soupirant d’Inès, Gaston Lachaille, directeur d’une fabrique de sucre et séducteur réputé. Mais, lorsque Gaston tombe amoureux d’elle, la maturité et l’esprit décidé de Gigi se révèlent. Elle refuse de n’être qu’une nouvelle conquête pour le jeune homme et repousse ses avances, au grand désespoir de sa famille. Jusqu’à ce que l’affection de Gigi pour Gaston reprenne le dessus et que celui-ci demande sa main.

Monter « Gigi » en 2013, c’est d’abord donné à entendre la langue concise et poétique de cet écrivain majeur du XXe siècle. « Au lieu de se marier déjà, il arrive que l’on se marie…enfin ! » Féministe de fait, elle raconte avec ce personnage de Gilberte, dite Gigi, jeune parisienne de quinze ans entourée de demi-mondaines, toute une époque où l’on formait des demi-mondaines, croqueuses de diamants pour le bon plaisir de leurs heureux « mécènes », des rentiers oisifs.  Délicieuse Gigi, fille et petite fille de cocotte, dont le destin est tout tracé mais qui, comme toutes les jeunes filles, va se révolter pour prendre une autre voie : celle contre toute attente, de l’Amour… La pièce renouvelle le genre du boulevard avec esprit et subtilité. Les actrices y sont pétillantes, surtout la grande-tante (Axelle Abbadie) chargée de l’éducation de la sauvageonne et de son entrée dans le Monde. Coline d’Inca - découverte dans « Plus belle la vie » -, se glisse plutôt bien, après Audrey Hepburn ou encore Leslie Caron au cinéma, dans le rôle de l’effrontée, comme Gaston - le comédien Yannick Debain, alias Philippe Daubigné dans le feuilleton « La Philo selon Philippe  » -, le « tonton » de cette si fraiche et  spontanée  jeune fille. La mise en scène et les décors, très classiques, laissent la vedette au texte qui penche du côté de Guitry ou d’Oscar Wilde.

                                                                                                                                                                                                                J. D.


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