La Lanterne (politique, sujets de société)

26 janvier, 2013

Le prix de la métamorphose

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 18:26

Encore récemment, nous décrivions un François Hollande agaçant, plus qu’apaisant, et disons-le aux abois. Apparemment, le président a repris des couleurs, le voilà négociateur, chef de la gauche sur le mariage homosexuel, chef de guerre au Mali. Les communicants de l’Elysée s’activent, se trémoussent. Enfin, Flamby aurait tourné président. Il a fait des choix. Il est vrai, qu’en une semaine, il a eu son accord, sa manifestation, sa guerre. Mais le prix de la transmutation de plomb en or est élevé.

Ainsi, il consacre dans le droit du travail, cette flexibilité que la gauche vouait aux gémonies de l’ultralibéralisme depuis trente ans. Il ressuscite dans les sables du Sahel, cette Fançafrique, qu’il dénonçait lui-même avec véhémence, il y a encore quelques semaines, déclarant la guerre sans débat au parlement, comme un vulgaire gaulliste, et sans soutien de nos voisins. Enfin, il met dans la rue près d’un million de personnes pour une réforme sociétale, qui  n’est pas réellement son genre, alors qu’il avait promis de pacifier le pays. Il est contraint de passer en force, alors qu’il s’était fait le chantre de la négociation. Au passage, il se met à dos une France provinciale de culture catholique, d’où il vient, qui ne lui était nullement hostile, tant elle avait été excédée par l’ostentation de nouveau riche de son prédécesseur, comme l’analyse Eric Zemmour. Mais il doit donner des gages, à une gauche radicale, qui le déteste, le méprise, justement en raison de ses choix économiques et accessoirement géo-stratégiques.

Alors ses contradictions le rattrapent. Il essaye désespérément d’y échapper. Il lance quelques rideaux de fumée. Ainsi, Michel Sapin insiste sur les petites sucreries sociales concédées à la CFDT. Fabius, Le Drihan répètent à satiété, que nous faisons la guerre à des terroristes, à des criminels. Ils ne peuvent avouer, bien-sûr, que nous combattons les frères de ceux que nous soutenons en Syrie, tous financés par le Qatar, grand ami de la France. En lançant nos troupes d’élite contre des bandes de « terroristes », qu’il prend pour des bandits de grands chemins, François Hollande n’a pas compris qu’il déclarait en fait la guerre au Salafisme, c’est-à-dire l’Islam qui domine tout le Sahel. Sans discuter du bien fondé de cette intervention, après le succès de cette première phase, viendra ensuite la seconde et le risque d’enlisement, si elle n’est pas suivie d’effets. Et même si comparaison n’est pas raison, suivant l’analyse du journaliste Thierry Desjardins, il faut bien dire que le Mali ressemble étrangement à l’Afghanistan. Du désert et des montagnes à perte de vue dans lesquels une armée venue d’ailleurs a bien peu de chance de s’y retrouver. Dans un pays épouvantablement pauvre, une mosaïque inextricable de tribus et d’ethnies aux langues et aux cultures différentes qui se sont toujours affrontées.

Enfumages, dissimulations ne disparaissent pas en quelques jours. C’est qu’Hollande joue gros. C’est que le chômage ne baisse pas, en dépit des cadeaux faits aux entreprises, que l’armée française risque l’enlisement au Mali, comme les Américains en Afghanistan, que les manifestations massives se succèdent contre le mariage homo… Et suivant cette tirade zemmourienne, concluant bien le propos : « Hollande sera alors lacéré par la droite, et piétiné par la gauche. Comme crucifié »…

                                                                                                                                                                                                      J. D.

26 décembre, 2012

Tapie, le retour

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 21:26

Certains affirment que l’histoire ne se répète jamais. D’autres, sans doute plus judicieux, font remarquer qu’il lui arrive bien souvent de repasser les mêmes plats. Nous avons ainsi aujourd’hui l’impression de revivre certaines scènes déjà vues, et que notre petite histoire politique ressasse inlassablement. En France, le rachat du Groupe Hersant Médias (GHM) par Bernard Tapie provoque autant de remous et suscite toujours autant d’émoi. Tapie a réussi son retour, il va devenir patron de presse, à la tête de La Provence, Nice-matin, Corse-matin. Les années 80 sont à la mode. Tapie revient à Marseille, comme au bon vieux temps de   « nanar ».

Dans son livre intitulé La décennie, le grand cauchemar des années 80, paru aux éditions de La Découverte en 2006, François Cusset retraçait en treize étapes ce que nous ont légué « les années fric ». Années fric, années Tapie, années 80 sont devenues synonymes. Alors Tapie chantait le blues du businessman. Son franc-parler, son physique et sa force de conviction le font citer en exemple par les médias, qui l’élisent « Homme de l’Année » en 1984. Son succès dans les affaires n’est en tout cas contesté par personne à l’aube des années 1990. Galvanisé par son expérience dans le cyclisme, Bernard Tapie décide de tenter la même réussite dans le football. En 1986, il répond à l’invitation d’Edmonde Charles-Roux, veuve de l’ancien maire de Marseille Gaston Defferre, de reprendre l’Olympique de Marseille (OM), préfigurant son engagement politique marseillais, dès 1987, puis à l’échelle nationale, au travers son bref passage au ministère de la ville. A l’époque, au ministère des finances, Pierre Bérégovoy, intimidé par l’arrogance des hauts-fonctionnaires du Trésor, donnait les clefs aux banquiers, tandis qu’à Bruxelles, un autre socialiste méritant, Jacques Delors, leur ouvrait en grand les chemins de l’argent mondialisé. L’argent n’avait jamais été aussi à la fête, depuis Napoléon III.

Près de trente ans plus tard, après les excès et les dégâts que l’on connaît, un autre gouvernement socialiste promettait de refermer la parenthèse dorée. François Hollande avait retrouvé, pour l’occasion, le souffle épique de François Mitterrand dans les années 70, au travers son fameux discours du Bourget contre la spéculation et la finance mondialisée. Mais le prosaïsme des années 80 avait rapidement pris le dessus.  « I’m not dangerous », avait-il même glissé entre deux plaisanteries. La réforme bancaire - concoctée par le gouvernement -, a beau annoncé pompeusement  « une régulation renforcée », c’est un martinet sans fil. Comme l’analyse Monsieur Zemmour, même les Anglais et les Américains sont plus exigeants et plus sourcilleux avec les activités spéculatives, c’est dire. Il est vrai que ce sont les hauts fonctionnaires du Trésor, qui ont concocté cette loi, en lorgnant déjà sur le fauteuil doré, que leur ont préparé une de ces banques qu’ils étaient censés égorger. Les banquiers français peuvent dormir sur les deux oreilles. Aujourd’hui, sur les 8000 milliards d’euros de bilan des banques françaises, seulement 22 % sont prêtés à l’économie réelle.

Dans le même temps, Tapie joue avec son magot au comte de Monte-Cristo prenant sa revanche, sur tous ceux qui l’avaient envoyé en prison. Dans le célèbre roman de Dumas, il avait été enfermé dans une forteresse près du vieux port. Homme d’affaires symbole des années fric et frime, le retour de Bernard Tapie inquiète les socialistes marseillais, à l’approche des municipales de 2014. Les businessmen rêvent toujours d’être des artistes. Les années 80 brillent de tous leurs feux. Comme d’habitude, la gauche se couche devant la finance, en faisant semblant de la menacer. « Les businessmen rêvent d’être des artistes. Et les artistes devenus des businessmen sourcilleux et avisés, vont planquer leur magot en Belgique »…

                                                                                                                                                                                                      J. D.

3 décembre, 2012

UMP : vers l’implosion programmée

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 21:40

Après avoir créé la surprise, en l’emportant de 98 voix face à François Fillon, que l’on donnait pourtant favori, Jean-François Copé a été proclamé, une nouvelle fois, mercredi soir, par cette fois-ci, la commission des recours de l’UMP, président de l’UMP. Une fois de plus, François Fillon conteste cette victoire. Le feuilleton n’en finit pas. C’est une guerre d’hommes, un affrontement de caractères, d’égos, de styles opposés, dépouillé de considérations politico-idéologiques réelles. Ainsi, Copé refuse d’abandonner, de lâcher l’appareil du parti, vaille que vaille, quoi qu’il en coûte. Fillon a déjà vraisemblablement renoncé à être président du grand parti de l’opposition, mais veut faire tomber son adversaire avec lui.

Il est vrai, Fillon devait gagner, Fillon avait gagné. La victoire serait large, incontestable. L’ancien premier ministre avait accumulé sur cette base optimiste, les ralliements de notables de l’UMP, y compris chez certains soutiens de Copé, les Baroin ou Pécresse. Bien-sûr, aujourd’hui ils accusent les fraudes, le bourrage des urnes, l’organisation du vote, ainsi que les pressions sur l’appareil. Ils n’auront pas forcément tort. Sauf que l’essentiel est ailleurs. Ils pensaient jusque-là, que l’avance de l’ex-premier ministre serait telle, qu’elle absorberait les trucages divers et variés. Ils se sont trompés, ils se sont leurrés, ils se sont aveuglés, laissant leur champion s’enfermer dans une ligne vraisemblablement trop centriste, qui l’a étouffé, laissant Fillon rejeter la supposée droitisation de son adversaire. C’est le virage centriste, barriste – UDF de Fillon, qui a redonné de l’oxygène à Copé. L’ancien secrétaire général de l’UMP se savait guère aimé, par son profil d’énarque ambitieux, jusqu’à l’arrogance, qui ne se sera pas effacé le temps d’une campagne, même s’il a manifesté partout et pour tous, une affection trop ostentatoire pour être sincère. Suivant l’analyse zemmourienne, « Copé fait de la politique à la papa, comme Chirac dans les années 70, s’emparant à la hussarde du vieux parti gaulliste ». Fillon, lui, veut prendre sa revanche, devant les juges, ou mieux encore, devant le groupe parlementaire. Mais seulement, la politique rattrape les hommes, l’idéologie finit par rattraper les égos.

En effet, il est vrai, Copé et Fillon étaient au départ, des frères siamois. Ils étaient des héritiers de la chiraquie, européistes et libéraux, ayant intériorisé les contraintes de l’Europe, et de la mondialisation. Mais seulement, après des mois de campagne, c’est leur destin qui en sort transformé. Fillon aura incarné jusqu’à la caricature, les notables qui le soutenaient en masse. Copé a appliqué les consignes de Patrick Buisson et ses assauts sémantiques. Jusque dans le score au final, du 50 / 50 soulignant bien cette scission au sein de l’électorat UMP, une scission entre ligne Buisson / ligne Guaino. Ainsi, la virulence et la vélocité de la lutte entre les deux hommes, aura exacerbé les différences idéologiques, et cela bien au-delà de leurs convictions réelles. L’échec de la médiation s’avère ainsi révélatrice de la fin d’une époque, de la fin de l’UMP, de cet animal hybride forgé par Juppé et Chirac, reposant sur un compromis soigneusement dissimulé. Aux élus RPR revenaient l’essentiel des places, aux élus UDF, les idées. Donc la ligne politique de l’UMP serait celle de l’UDF, à savoir libérale et européenne. Mais toutefois, ce grand parti centriste de Juppé a du plomb dans l’aile. Il est même pour ainsi dire mort.

Déjà, les militants l’avaient condamné, en ne remettant pas les clefs du parti à Fillon. Mais les électeurs de droite eux-même, l’avaient mortellement blessé, en plébiscitant la campagne iconoclaste, bien que tardive, de Sarkozy sur les frontières. Le clivage se situe entre les militants et les sympathisants, d’une part, et les élus notabilisés, d’autre part, demeurés pour la plupart, sur la ligne centriste de l’UMP de 2002, en dépit de revers comme celui de 2005. Mais toujours suivant l’analyse zemmourienne, un échec de Juppé, qui fait aussi remonter à la surface une vieille histoire. En 1990, un combat avait divisé le RPR d’alors. D’un côté, Séguin et Pasqua, de l’autre, Chirac, Juppé, Balladur et le jeune Sarkozy. Séguin et Pasqua reprochaient à Chirac et Juppé de notabiliser le mouvement gaulliste, d’abandonner la ligne du général de Gaulle, de transformer un mouvement populaire, social, national, en un parti centriste, libéral, européen, en gros, d’aligner le RPR sur l’UDF. Les deux hommes prophétisaient que le RPR perdrait et le peuple, et la nation. Ils furent vaincus. Contrairement, à Copé et Fillon, pris dans leur duel fratricide, ils acceptèrent alors de bonne grâce leur défaite. Mais ils avaient vu juste. Le RPR s’aligna alors sur l’UDF, jusqu’à se fondre dans l’UMP. Juppé avait vaincu Séguin.

Mais vingt ans plus tard, l’œuvre de Juppé, l’ancien premier ministre « droit dans ses bottes », explose ou plutôt implose. Séguin, « la bête des Vosges » comme on le surnommait, prend sa revanche posthume. Ainsi, Fillon et ses notables constitués en groupe, n’ont plus qu’à rejoindre les centristes autour de Borloo et son nouveau parti, l’UDI. Copé, quant à lui, n’a plus qu’une solution : refaire le RPR, pour affronter sur son terrain, le FN, dans une lutte sans merci. Ils n’ont maintenant plus le choix…

                                                                                                                            J. D.

9 novembre, 2012

Ce débat autour de l’homoparentalité

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 18:26

A l’heure où quelques pays européens ont déjà accordé aux couples gays le droit au mariage et à l’adoption, la question fait débat en France, prenant depuis ces derniers temps, une certaine résonance. Il est vrai, que sous la pression électorale, Nicolas Sarkozy, durant son mandat - et cela dès 2007 -, aura même déjà songé à équiper les candidats éventuels d’un véritable kit familial. En effet, avec le contrat d’union civile, assimilable en tout point au mariage, une trouée était déjà ouverte aux tenants du mariage homosexuel, ainsi qu’en filigrane, à une autre problématique se posant consubstantiellement, l’adoption par des couples homoparentaux.

Et pour se faire, l’habile lobby avait trouvé un slogan digne d’une campagne publicitaire à la Séguéla : « le mariage pour tous ». Effrayée par la ringardisation décrétée par les médias, ces derniers jours, la droite restait tapie dans l’ombre, et l’Eglise laissait partir en éclaireur, le Grand rabbin de France. Réclamer le mariage pour les homosexuels aura été le dernier subterfuge de ces militants d’extrême-gauche aguerris, toujours à l’affut d’une nouvelle revendication, justification même de l’existence de certaines associations, dans une sempiternelle fuite en avant. Mais seulement, comme l’analyse Monsieur Zemmour, le lobby semble avoir vu trop gros. « Il tenait le mariage, il voulait les enfants ». Il est vrai, comme l’expose judicieusement Béatrice Bourges (auteur d’un ouvrage sur le sujet), si le droit à l’enfant revendiqué par les couples homosexuels - tel une nouvelle revendication exhibée par certains lobbies, et le dernier droit d’une société consumériste et hédoniste -, se trouve bien au cœur de ce des nouvelles expériences sociojuridiques, étrangement, le droit de l’enfant lui-même semble avoir été relégué aux oubliettes. Car peut-on réellement croire à la neutralité de la sexualité parentale dans la construction psychique de l’enfant ?

Pour le PaCS (au demeurant, fort mal négocié, à l’époque, car laissant trop de questions jurisprudentielles en suspens), « le lobby avait réussi à endormir les consciences, en jouant sur l’utilitarisme de chacun ; un droit de plus pour les homos, mais qui ne vous enlève rien », pour citer l’inénarrable Monsieur Zemmour. Mais cette fois, l’égoïsme utilitariste s’est retourné : un droit de plus pour certains, qui chamboule tout, jusqu’à la terminologie « père - mère » du livret de famille, remplacée par « parent 1 - parent 2 ». Des homosexuels se révoltent à leur tour contre l’emprise de ce lobby gay. Pour leur part, ils n’avaient jamais eu l’intention de se marier, demandant seulement à vivre tranquillement leur sexualité, pouvant avoir, à la rigueur, un neveu ou une nièce auxquels ils étaient attachés. Il est vrai, les grands écrivains homosexuels s’étaient, au passage, toujours moqués du mariage et même de l’amour, où comme disait Oscar Wilde, « on commence à se tromper soi-même, puis on finit par tromper l’autre ». En outre la souffrance chroniquement observée chez les enfants adoptés, qui n’ont de cesse de retrouver le père et la mère dont ils sont nés, ne risque-t-elle pas de s’aggraver dans le cas où la famille d’accueil ne représente même plus ce modèle ? Et quand sera-t-il de l’insertion sociale de l’adopté, dans le cas présent, surtout durant la petite enfance, puis l’adolescence, à une période où les enfants sont particulièrement cruels entre eux ?

En passant au crible, tous les arguments politiquement corrects en faveur de l’homoparentalité, Béatrice Bourges démontre également la nécessité d’une filiation parfaitement reconnaissable par les enfants, à travers la possibilité de se différencier sexuellement de leurs parents. Les chiffres sur l’adoption sont également à rétablir, dans un contexte élargi aux frontières de l’Europe. Au travers les résultats d’une vaste expertise dans différents domaines (psychanalitique, sociologique et juridique), sont ainsi dénoncés les véritables enjeux de société, se dissimulant derrière cette revendication marginale, au sein de la communauté homosexuelle, et à laquelle, il conviendrait plus que jamais, de se voir appliqué le sacro-saint principe de précaution. Puisque l’on ne devient pas enfant, mais l’on « naît » enfant.

                                                                                                                                                                              J. D.


6 novembre, 2012

Exposition « Canaletto-Guardi », Musée Jacquemart-André

Classé dans : Culture — llanterne @ 17:31

« Canaletto-Guardi » , Musée Jacquemart-André, 14 septembre 2012 – 21 janvier 2013

Canaletto-Guardi, c’est la dernière exposition temporaire, à découvrir au Musée Jacquemart-André (magnifique hôtel particulier, au coeur du VIIIe, propriété du couple Jacquemart-André, célèbres collectionneurs), outre l’exposition permenanente, sur ces deux grands maîtres de la veduta. Venise et son charme intemporel deviennent au XVIIIe siècle le sujet de prédilection de peintres, appelés védutistes. Leurs vues de Venise se répandent très vite en Europe et font de la veduta, encore de nos jours, le genre le plus collectionné et l’un des plus aimés du public.

Le védutisme (de l’italien vedutismo, de veduta qui signifie « vue »), à savoir ce genre pictural qui prospère en Italie et principalement à Venise au XVIIIe siècle, basé sur la représentation perspective de paysages urbains. La veduta (qui signifie « ce qui se voit »), qui s’apparente à la scénographie, l’artiste mettant en scène, une vue extérieure, présentant des problèmatiques de recherche spatiale. C’est au cours du XVIIIe siècle, en particulier, chez les peintres italiens Canaletto, Bernardo Bellotto et Francesco Guardi, les plus représentatifs du genre, que se développe cette pratique de la perspective, s’aidant d’un dispositif optique : la chambre noire (camera obscura), placée à l’intérieur de la scène d’un tableau pour préparer leurs cadrages et ouvrant la perception optique de la réalité sur un paysage urbain.

Exposition

Pour la première fois en France, et grâce à des prêts exceptionnels, le Musée Jacquemart-André consacre ainsi une exposition à la veduta, dont Canaletto et Guardi sont les artistes les plus connus et les plus brillants, du 14 septembre 2012 au 14 janvier 2013 avec une soixantaine d’oeuvres exceptionnelles exposées.

Si l’exposition offre une place maîtresse à Canaletto, figure emblématique de ce genre, en dévoilant plus de vingt-cinq œuvres remarquables du maître, issues des plus grands musées et collections, elle situe également l’artiste au sein de ce grand genre artistique de la veduta. Ses œuvres entrent en résonance avec celles de Gaspar van Wittel, Bernardo Belloto et Francesco Guardi qui s’impose comme le dernier maître ayant réussi à immortaliser l’enchaînement et l’élégance du XVIIIe siècle vénitien, cette exposition présentant près d’une vingtaine de ses toiles.

La part belle est faite également aux « caprices », ces remarquables scènes d’un Venise imaginaire, peintes par Canaletto, Guardi et Bellotto, certaines jamais montrées dans une exposition temporaire. A découvrir.

 dans Culture

 

1 juillet, 2012

Carnet littéraire – Coups de coeur

Classé dans : Focus litteraire — llanterne @ 19:00

« Un capitalisme à visage humain, Le modèle vénitien », Jean-Claude Barreau, Fayard

« Issu d’une lignée mi-juive, mi-athée » selon ses dires, orphelin en fuite sous l’occupation, prêtre éducateur dans les années 70, mais aussi conseiller de Mitterrand, puis de Pasqua, Jean-Claude Barreau a eu mille vies. En profond désaccord avec les positionnements du pape Paul VI sur le mariage des prêtres et la question de la contraception, il abandonne la prêtrise pour se marier. Sa vie oscille ensuite entre l’édition, le journalisme et la politique. Mais comment un républicain aussi convaincu que Jean-Claude Barreau peut-il choisir l’oligarchie vénitienne, comme modèle pour notre société ? Avant tout, parce qu’elle sut inventer un capitalisme intelligent, redistributeur, fondé sur le sens de l’Etat de ses élites, parce qu’y avoir de l’argent y impliquait plus de devoirs que de droits. Jean-Claude Barreau confesse ainsi dans ce récent essai, sa coupable admiration pour une oligarchie disparue.

Venise n’a pas toujours été une ville morte, un musée à ciel ouvert saturé de touristes, menacée par les eaux, telle que nous la connaissons aujourd’hui. Des siècles durant, Venise fut l’exemple le plus accompli de la thalassocratie dominante, à l’image de la Londres victorienne, la cité comptant elle-même, quelque deux cent mille habitants, ce qui en fit longtemps la plus importante ville d’Europe, jusqu’à ce Paris la dépasse au XVIIIe siècle… Mais cette civilisation où un libertaire comme Casanova avait sa place, était surtout caractérisée par la conviction de la supériorité de la collectivité sur l’individu, du public sur le particulier. Derrière cette culture chatoyante, se cachait un Etat fort et respecté, Richelieu lui-même le constatant pour le déplorer. Venise savait que pour produire des bénéfices à long terme, le capitalisme ne doit pas être insupportable aux pauvres, et surtout insensible au bien commun. Venise commerçait comme le disait Fernand Braudel, avec l’économie monde de son époque : celle du « tri-continent » (Europe, Asie, Afrique), depuis la Baltique jusqu’à la Chine, puis après sa découverte par les monarchies ibériques, avec le Nouveau Monde.

Mais le gouvernement agissait aussi en matière économique, la loi réglant minutieusement les droits de douane et les courtages. Gravitant autour de la Bourse, le capitalisme vénitien était un capitalisme redistributeur, pratiquant pourtant les techniques de la finance moderne. Il tint toujours à en partager les risques et les gains. Les faillites y étaient ainsi rares, le capitalisme vénitien particulièrement fluide. Mais surtout, Venise fut longtemps la première place industrielle d’Europe, avec les milliers d’ouvriers de l’Arsenal et des verreries, des chantiers navals, les artisans des imprimeries et des filatures, des industries de luxe, mais aussi les sidérurgistes de ses fonderies de canon, à la fabrication « taylorisée » avant l’heure. Entreprises de tout genre, privées ou publiques, la cité sut toujours garder de puissantes manufactures locales, sources de profits et bassins d’emploi, pour éviter le chômage, qui fut un souci permanent des élites en place.

Outre le caractère original de son capitalisme, il met en valeur son caractère exemplaire et toujours actuel. Venise aimait le profit, mais avait compris que le profit ne saurait ignorer le bien commun. La cité des Doges fut l’exemple d’une économie mixte, alliant les capitaux et l’Etat, comme la France colbertiste qui créa les Eaux et Forêts, les Ponts et Chaussées, ainsi que les manufactures royales, ou celle des Trente Glorieuses où la liberté d’entreprendre existait, mais les banques de dépôt (Société Générale, Crédit Lyonnais) étaient en partie nationalisées. Comment construire un capitalisme un visage humain ? En ces temps de crise, la question est d’une grande urgence. Venise nous livre une partie de la réponse, et Jean-Claude Barreau une magistrale leçon d’économie politique, au travers ce déroutant essai. A découvrir…

« Le trottoir au soleil », Philippe Delerm, Gallimard

Romancier, essayiste, l’auteur à succès de « La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules » (1997), passé le cap de la soixantaine, pressent maintenant avoir franchi le solstice d’été… Ainsi, y aura-t-il « encore de jolis soirs, des amis, des souvenirs d’enfance, des choses à espérer », mais c’est ainsi, l’on est sûr d’avoir franchi le solstice, une goutte de nostalgie s’infiltrant au coeur de chaque sensation, au quotidien, pour la rendre ainsi « plus durable et menacée »…

Derrière la sensation du temps qui passe, des lilas persistants à la saveur de la figue séchée, en passant par le fameux pudding de Le Bras, le Naples-Oberkampf, ou encore un voyage en train remémorant de lointains souvenirs d’enfance, Philippe Delerm reste « léger dans les instants, avec les mots », le solstice d’été étant peut-être déjà l’été indien…  Comment rester solaire, les jours passant, tout en conservant l’envie de guetter la lumière… Relevant certes de la petite littérature en prose, « Le trottoir au soleil » c’est le dernier essai de Philippe Delerm, plus ou moins dans la lignée de « La première gorgée…», et dans ce style désuet et de l’observation que l’on lui connaît, peut-être plus intime qu’à l’accoutumée, mais à l’écriture toujours savoureuse…

Carnet littéraire - Coups de coeur dans Focus litteraire

 

28 juin, 2012

Adieu Berthe, l’enterrement de mémé (actuellement au cinéma)

Classé dans : Culture,theatre et 7e art — llanterne @ 22:13

Adieu Berthe, l'enterrement de mémé (actuellement au cinéma) dans Culture

Des acteurs éprouvés et un scénario un peu lâche mais sympathique : voilà l’impression que l’on a après avoir regardé Adieu Berthe, un film de Bruno Podalydès. De quoi s’agit-il ? Des amours d’Armand et la mort de Berthe, sa grand-mère, mis en scène avec un cynisme bon-enfant – même s’il devient lassant à la longue – et servis par des acteurs de talent et des dialogues amusants. Valérie Lemercier et Podalydès forment un duo que les spectateurs ont apprécié dans Palais Royal et qu’ils retrouveront avec plaisir.

Armand (Bruno Podalydès) est un quadra pharmacien bonhomme qui, entre sa femme Hélène (Isabelle Candelier) et Alix, sa maîtresse, (Valérie Lemercier), habite une banlieue pouponne de Paris. Mais il doute, le pauvre bougre, il ne sait comment quitter sa femme qu’il aime, enfin, qu’il aime bien – et, en attendant, il voit sa maîtresse en cachette. Le scénario n’est évidemment pas sans rappeler le vaudeville et ses ingrédients. Il y a la femme et la maîtresse entre lesquelles Armand, l’homme-enfant, se débat ; il y a également le soupirant de sa femme, le directeur des pompes funèbres, et enfin sa difficile belle-mère, surnommée par ses soins « la mère sup ». Armand vit ses amours comme il peut, à coup de texto dans les toilettes, comme un adolescent qui aurait peur de se faire prendre, jusqu’au dénouement final où – horreur ! – il se fait surprendre, au matin, dans la chambre de la grand-mère morte où il avait passé la nuit avec sa maîtresse. Encore une fois, l’intrigue est un peu lâche, mais les personnages, mari faible mais gentil, amante hystérique mais un peu perdue, belle-mère snob, restent attachants tout au long du film.

Une touche de cynisme bon-enfant aide le film à prendre un peu d’épaisseur. La façon dont la mort de la grand-mère d’Armand est traitée fait sourire. La mort devient un sujet de dérision, avec les deux croque-morts qui se disputent, en quelque sorte, le cadavre. Il y a d’un côté le croque-mort cool et sans vergogne (Denis Podalydès) qui parle de ses clients et des pompes funèbres comme de rien, et il  y a le croque-mort cérémonieux et fantasque (Michel Vuillermoz), maître des ambiances mortuaires lunaires jusqu’au ridicule, qui fait la cour à la belle-mère tout en lorgnant sa fille. Cynisme et fantaisie, donc, mais l’absence d’un scénario suivi manque là encore et le film a tendance à se diluer.

Quelques questions plus graves transparaissent pourtant : la question de la paternité par exemple, lorsque le fils d’Armand jette sur son père et ses aventures hors de saison un regard quelque peu pitoyable. Il y a bien sûr aussi celle de l’amour, mais on reste déçu par le dénouement inachevé : Armand obtient le pardon de sa femme qui l’aime et qu’il aime, mais au final, il disparaît à la fin du film, après avoir dispersé les cendres de sa grand-mère en présence de sa maîtresse dont on ne sait si elle-même va rejoindre son propre mari qui finalement lui manque. Les personnages sont fuyants et du coup, le film le devient aussi. De la même façon, le thème de la magie et de l’illusion est convoqué – Armand est un peu magicien et sa grand-mère aima en son temps un fameux illusionniste – mais on peine à l’intégrer vraiment dans la trame du scénario et il apparaît comme un prétexte fantaisiste de plus qu’on aurait aimé voir investi d’un symbole, d’une poésie.

Alors quoi ? Un film touchant et un peu bancal, des acteurs de talent, du charme dans les personnages, les réparties et dans maints détails – mais il manque ce qui fait qu’un film perdure : le souffle de l’intrigue et par-delà les merveilleuses fantaisies, une profondeur humaine qui les lie entre elles.

                                                                                                                                                             Christian

Le prénom

Classé dans : Culture,theatre et 7e art — llanterne @ 21:46

Le prénom dans Culture

Le rire est-il risqué ? A priori, non, bien sûr, c’est le propre de l’homme… Mais lorsqu’une plaisanterie bon-enfant déclenche, au sein d’un dîner amical et familial, une avalanche de déclarations beaucoup moins agréables qui font rire jaune, ou qui ne font plus rire du tout, on obtient une comédie désopilante.

Le Prénom est de ces films. Alexandre de La Patellière et Mathieu Delaporte adaptent au cinéma leur pièce du même nom, un huis clos, ou peu s’en faut, où l’intrigue, fondée avant tout sur le langage et sur un jeu de révélations, se réduit à sa plus simple expression. Le comique du film repose d’abord sur une pointe de satire qui tisse le portrait de personnages bien campés, avec leurs petits défauts trop humains.

Vincent (Patrick Bruel), agent immobilier quarantenaire, bon vivant, sans vergogne et un peu macho, est marié à Anna (Judith El Zein), une femme de tête qui sait ce qu’elle veut et qui attend un enfant, un fils semble-t-il. Vincent arrive un soir chez Elisabeth (Françoise Fabian) – la mère de famille un peu pénible, qui cherche à bien faire mais qui finira par péter les plombs – et son mari Pierre (Charles Berling), l’universitaire lettreux. Tous deux habitent un appartement vaste et un tantinet vieillot du IXème arrondissement de Paris où se rend également Claude (Guillaume de Tonquédec), l’ami et confident de madame, tromboniste et gentil garçon, qui cache peut-être un secret sous un air brave et innocent –  et voilà un dîner amical et familial en perspective.

La satire se double alors d’un comique fondé sur le quiproquo et le sens brillant de la répartie entre les personnages. Vincent, qui a le goût de la bonne blague, fait croire à son beau-frère qu’il va appeler son fils « Adolphe », mais Adolphe avec un « ph », pas avec un « f », donc pas de panique. Mais il n’en faut pas plus pour provoquer l’indignation écriée des uns et des autres, pour les raisons qu’on devine. C’est une boutade, bien sûr, mais lorsque débarque Anna, la future et heureuse maman, elle a droit à une mise au point énergique qu’elle ne comprend pas. Et c’est le début rocambolesque d’une dispute qui rebondit habilement de révélations en révélations qui n’ont rien moins que d’agressif. On peut regretter que les acteurs cèdent à la facilité de toujours crier pour susciter le rire, cela dit, force est de constater qu’ils incarnent leur rôle de façon convaincante. On apprend ainsi que les prénoms des enfants des hôtes – Appolin et Myrtille – ne sont pas moins ridicules, que Vincent le beau gosse est l’égoïsme en personne, que Pierre l’intello est un pingre fini qui délaisse sa femme, et que, pour couronner le tout, Claude le gentil tromboniste – surnommé en cachette Prune parce qu’il est évidemment homosexuel – n’est pas tant que ça homosexuel, puisque, trois bémols à la clé, il est l’amant de la mère de Vincent et d’Elisabeth. Rien ne va plus. Le spectateur comme les personnages, de quiproquos en révélations, se mettent à penser à un pire qui se trouve souvent déjoué et l’action se poursuit ainsi tout du long, mêlant un art tout théâtral du dialogue et du bon mot à une désopilante levée des masques.

Mais elle reste inquiétante, quelque peu, cette progressive apparition de ce que pensent les uns des autres. A la satire des personnages s’ajoute une satire des rapports humains où les compliments convenus, souvent imposés la politesse, frisent finalement une bienséance un tantinet hypocrite qui vole en morceaux lorsque les apparences et la réalité se trouve, un instant, inversées. C’est au final la leçon du Prénom : la plaisanterie, ce mensonge qui se voulait innocent, fait apparaître un autre faux-semblant, celui des relations sociales, dont tout le monde était victime et qui détruit l’harmonie vaguement factice qui règne dans les familles, les amitiés, les amours… Mais, Dieu merci, il en fallait plus pour que tout cela se termine mal : tout ce petit monde s’aime bien dans le fond et après les diatribes qui n’épargnent personne, la naissance du petit garçon met tout le monde d’accord – petit garçon qui, soit dit en passant, se trouvera être une petite fille… Voilà la responsable finalement, ce bébé qui n’a pas dit son nom. Ni Henri, et encore moins Adolphe, elle s’appellera Françoise.

                                                                                                                                                                       Christian

 

 

26 juin, 2012

La vague rose

Classé dans : Politique — llanterne @ 2:19

Sur le plan politique, l’actualité aura été marqué électoralement, ces derniers jours, par cette spectaculaire vague rose. Le PS, les Verts, et les divers gauche remportent 331 sièges aux élections législatives. Majorité absolue à l’assemblée, contrôle du Sénat, de l’essentiel des exécutifs, jamais la gauche n’aura été si confortablement installé. Le PS détient les « pleins » pouvoirs. Mais alors victoire ou trompe-l’oeil ? Pour l’instant, prise dans l’euphorie, la gauche loue son chef vénéré, la droite, plus perverse et encore discrète, tapie dans l’ombre de ce jeu de chaises musicales, prépare sa future mise en accusation.

Par voie de conséquence, il est vrai que François Hollande sera jugé responsable de tout. Il reste, en effet, plus puissant dans les apparences, que son maître spirituel, François Mitterrand, qui subit l’opposition d’un Sénat vindicatif, comme de Gaulle en son temps. Mais comme nous le savons bien, un pouvoir absolu qui reste assez largement illusoire. Car contrairement à 1981, l’essentiel des compétences régaliennes, depuis Maastricht et les traités européens successifs, ont été rétrocédées au niveau bruxellois. La politique monétaire est dictée à Francfort, bien qu’elle fut un choix régalien, pendant des décennies pourtant, de Poincaré à Pinay, en passant par Barre, ferraillant dur à l’époque, contre les attaques monétaires du Mark. Des marges infirmes sont laissées à la politique budgétaire par les règles européennes et le poids colossal des dépenses publiques. Ne reste à Hollande que la faculté d’augmenter les impôts. On ne tardera pas à s’en apercevoir. Même le ministre du redressement productif, Arnaud de Montebourg, est pieds et poings liés.

Longtemps, son maroquin fut baptisé ministère de l’industrie. Mais toutefois était-ce au temps, où il y avait encore une industrie française. Ainsi, Montebourg se place sous la glorieuse tutelle de Colbert, pour signifier l’opiniâtreté industrialiste insufflée par l’Etat. Mais Richelieu, Colbert, Louvois et leurs successeurs avaient encore une monnaie et des frontières. Montebourg n’a ni l’une, ni les autres. Et il le sait mieux que personne, lui qui aura voté non au référendum de 2005, et qui aura défendu des thèses protectionnistes, autour de son fameux concept de démondialisation. Ainsi, Montebourg est aux commandes, mais ne dispose que de très peu de manettes. A Bercy, il aura au-dessus de lui, Pierre Moscovici, qui ne fera rien, qui ne puisse agacer Bruxelles. Et à Bruxelles, règne toujours des libéraux convaincus que le marché - dans ses articulations utra - libérales actuelles -, règne pour le bien commun.

Mais pour enrayer ce destin tragique, Arnaud de Montebourg ne peut pas améliorer la compétitivité des entreprises françaises, en baissant leurs charges, puisque François Hollande a prévu de les augmenter. Alors Montebourg parle de recherche, de fiscalité, il fait avec les faibles moyens qu’il a, comme ses prédécesseurs. La Banque Publique d’Investissements, qu’Hollande annonçait pendant sa campagne, a déjà été créé par Sarkozy. Mais c’est l’argent qui manque le plus. L’Europe que Montebourg appelle désormais au secours, dépend surtout du bon vouloir allemand. Mais le temps presse, les plans sociaux et les fermetures de sites retardés pendant la campagne vont tomber drus. Et Montebourg jouera les pompiers de service, comme ses prédécesseurs. Parer au plus pressé dans l’urgence, courir après les patrons des grands groupes mondialisés, solliciter, quémander, vitupérer et au final, pour la plupart du temps échouer… Même la politique d’immigration a été transféré à Bruxelles par le traité de Lisbonne, que Sarkozy aura fait ratifier en 2007. Selon les derniers accords européens - Valls ayant ratifié ce que Guéant avait négocié - la France pourra rétablir ses frontières, en cas de circonstances exceptionnelles. Mais pour Sarkozy, la situation était totalement identique.

En 2007, ce-dernier avait été élu sur le supposé retour du politique, faisant de son énergie médiatisée, un gage de son efficacité. Le mythe de l’hyper-président fut ainsi inventé, voile qui fardait bien la réalité de l’hyppo-président, dénué de prérogatives. Et les Français lui auront fait payer chèrement cette stratégie de com’. Hollande fait de la com’, là aussi. Il fait mine de rétablir les anciens usages, autour du mythe du président normal, avec un premier ministre qui gouverne, et un chef de l’Etat en charge de l’essentiel, comme aux temps glorieux des débuts de la Ve. Seulement l’essentiel, le président n’en a plus la charge. Notre roi n’est plus empereur en son royaume. Même Chirac ne l’était plus, depuis Mitterrand, le dernier monarque républicain. C’est l’empire qui gouverne dans son royaume, l’Europe. Mais il en va de même de notre politique étrangère. Notre budget militaire se réduit comme peau de chagrin, Madame Aubry ayant déjà prescrit des coupes sombres,  l’AVAT - aviation légère de transport -, pour l’exemple, ne disposant plus d’aucun appareil à l’heure actuelle, pour couvrir certains théâtres d’opérations. On ne construira plus d’avions tout seul, même en coopération avec les Anglais, comme au temps des années Jaguar. Et encore, ne serions-nous plus sûrs de faire aussi bien aujourd’hui…

Seulement les Français s’en sont aperçus. Les 40 % d’électeurs qui ne se seront pas déplacés (les actifs, les plus pauvres, les plus jeunes, jadis électeurs de gauche), se sont servis d’Hollande pour se débarrasser de Sarkozy. Puis lui ont tourné leur dos, rentrant dans leurs tanières, désillusionnés, abandonnant les élites politico-médiatiques et les plus âgés, à leurs simulacres démocratiques

                                                                                                                               J. D.

10 juin, 2012

Ce scrutin invisible

Classé dans : Politique — llanterne @ 4:55

Ce dimanche sera marqué par le premier tour des législatives, les premiers sondages nous apportant quelques indications, prémonitoires. Mais évidemment nous avons noté, depuis quelques jours, le faible intérêt porté à ce scrutin. On ne peut pas dire, que la France soit mobilisée par ce vote… On s’en moque, on s’en fiche, on en a cure… La campagne présidentielle a pu susciter ces mêmes sarcasmes désabusés. Mais pour une participation finale assez remarquable. Mais cette surprise ne devrait se renouveler pour les législatives, tous les analystes sont prêts à en prendre les paris. A ce titre, le vote des Français de l’étranger a été éclairant - il y a quatre jours -, avec seulement 20 % de participations…

Ainsi, l’UMP peut en être partiellement rassénéré. Un taux d’abstentation élevé ruinerait les prétentions du Front national, de multiplier les triangulaires de second tour à ses dépens, comme en 1997. Mais l’abstention massive la privera aussi d’électeurs et donc d’élus. Selon une loi établie depuis 1981, et ainsi respectée - renforcée par la logique du quinquennat -, après la présidentielle, le camps du vaincu se démobilise. A ce titre, le seul enjeu subsistant concernerait donc la répartition des voix entre différentes tendances de gauche (le PS, le Front de gauche, et peut-être les verts). A savoir une question politique, voire politicienne. La droite sortante est épuisée, et comme on le voit à Hénin-Beaumont, les arguments échangés restent assez convenus. L’UMP dénonce le matracage fiscal qui nous attend, et le laxisme judiciaire déjà entamé. Le Parti socialiste veut et demande une majorité présidentielle.« Une majorité pour le président », tel était déjà le slogan du parti gaulliste, sous le président Pompidou.

Hollande, ce Pompidou de gauche, fait de l’électoralisme normal. En réalité, François Hollande n’aura pas réellement été en campagne. Il est un président, un président normal, mais un président quand même, au-dessus des partis. Et les législatives sont l’affaire des partis, à savoir de Martine Aubry, et du chef du gouvernement, Jean-Marc Ayrault. Le discours est ainsi bien rodé, le plan com’ présidentiel repose sur un anti-sarkosyme, dont Hollande ne se lasse pas, encore pris dans l’euphorie de l’après second tour, et de son élection d’il y a un mois, marquant ainsi soigneusement sa différence avec son prédécesseur. Hollande aura donc été, quinze jours durant, en campagne électorale déguisée, à pas feutrés. Sa simplicité affectée, ses voyages en train, en voiture, les premières décisions annoncées, du coup de pouce au Smic, à l’amélioration de la retraite des mères de famille, en passant par Montebourg jouant au pompier des plans sociaux s’annonçant. Dans une campagne marquée par le sociétal, le sociétal, toujours et encore le sociétal (de la suppression des tribunaux correctionnels pour les multi-récidivistes, au reçu désormais exigé des policiers, lors des contrôles d’identité). Il convient de na pas perdre de vue, le vote des habitants de la banlieue, à prendre en compte, et à remobiliser, en faveur des législatives.

Les Allemands ont ainsi bien compris, que le temps du compromis viendrait certainement après les législatives, paraissant assez évident, ses marges de manoeuve étant très faibles, qu’Hollande réajustera le tir, l’euphorie retombée… Même la politique étrangère, ces derniers jours, en a été emportée, orientée par ce vent électoral, du vrai-faux départ des troupes d’Afghanistan, qui a exaspéré l’état-major, mais qui aura plu à une opinion qui est las, au bout de dix ans, du bourbier afghan. Et tant pis, si Hollande se contredisait, en annonçant une intervention militaire en Syrie, qu’il sait impossible, dans l’immédiat (en tout cas, pas à la lybienne). Mais il lui faut d’abord, faire risette à BHL, et à toute la gauche droit-de-l’hommiste, tenant les médias. L’UMP n’ose pas réclamer une cohabitation, par les urnes, dont elle conteste le principe, aspirant seulement au rôle titre de contre-pouvoir.

Pour Hollande, il faut que le parti socialiste est la majorité à lui tout seul, ou au moins avec les alliés verts et radicaux. D’où une campagne et une politique penchant - pour l’instant -, à gauche toute. Ainsi en cas de non majorité absolue, pour les socialistes, de nombreux débats sociétaux, portés par la gauche depuis le milieu des années 80, à l’image du droit de vote aux étrangers, pourraient passer par la voie référendaire. Dans une approche subliminale, d’ordre historico-constitutionnel, on pourrait dire que c’est le triomphe complet du général de Gaulle, qui avait l’ambition de faire de la présidentielle, l’élection reine, lui qui ne supportait pas la prétention de la chambre des députés d’incarner la nation. Ce régime honni des partis, qui vont « à la sou-soupe », ce parlementarisme à l’origine de l’instabilité ministérielle de la IVe. Mais aussi historiquement, il est vrai, une vieille querelle qui remonte à 1789, et au conflit de légitimité entre le Roi et l’assemblée du Tiers-Etat.

Cependant, ce meurtre de sang-froid des législatives serait dans une approche paradoxale, imputable à un membre éminent de cette gauche, par tradition parlementaire. On veut ainsi nommer Lionel Jospin, qui plaça en 2000, par inversion du calendrier, les législatives dans la foulée de la présidentielle, en faisant ainsi une échéance seconde, et donc définitivement secondaire. Car ce sont bien les hasards du calendrier, qui entrent ainsi en ligne de compte. Et cela, alors que Jacques Chirac avait déjà privé la France, de l’originalité d’un long mandat présidentiel de sept ans, qui aurait donné au chef de l’Etat, la légitimité, la majorité et la durée nécessaire pour réformer. Estimant que sa majorité parlementaire était trop faible, il promulgua la dissolution de l’assemblée en avril 1997, et réorganisa des législatives, suivant alors les conseils « judicieux » de Dominique Galouzeau de Villepin. Et cela pour le résultat que l’on connait, la victoire socialiste et cinq ans de cohabitation

Ainsi, de nombreuses voies s’élèvent désormais. Tant qu’à faire, que l’on achève le travail, et que l’on regroupe les échéances électorales au même jour. Tout le monde sent bien, que cette campagne électorale des législatives est celle des faux-semblants, au débat si artificiel, si convenu, si peu mobilisant. Le gouvernement ne dit rien, du moins rien qui ne soit désagréable, soucieux de ménager sa base électorale. Comme si c’était déjà les vacances, mais bien que la rentrée et l’heure du réveil, soit pour le lendemain, le 17 juin. Au soir du second tour des législatives, la réalité rattrapera enfin notre président en campagne déguisée, depuis si longtemps.

                                                                                                                J. D.

 

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