La Lanterne (politique, sujets de société)

26 décembre, 2012

Tapie, le retour

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 21:26

Certains affirment que l’histoire ne se répète jamais. D’autres, sans doute plus judicieux, font remarquer qu’il lui arrive bien souvent de repasser les mêmes plats. Nous avons ainsi aujourd’hui l’impression de revivre certaines scènes déjà vues, et que notre petite histoire politique ressasse inlassablement. En France, le rachat du Groupe Hersant Médias (GHM) par Bernard Tapie provoque autant de remous et suscite toujours autant d’émoi. Tapie a réussi son retour, il va devenir patron de presse, à la tête de La Provence, Nice-matin, Corse-matin. Les années 80 sont à la mode. Tapie revient à Marseille, comme au bon vieux temps de   « nanar ».

Dans son livre intitulé La décennie, le grand cauchemar des années 80, paru aux éditions de La Découverte en 2006, François Cusset retraçait en treize étapes ce que nous ont légué « les années fric ». Années fric, années Tapie, années 80 sont devenues synonymes. Alors Tapie chantait le blues du businessman. Son franc-parler, son physique et sa force de conviction le font citer en exemple par les médias, qui l’élisent « Homme de l’Année » en 1984. Son succès dans les affaires n’est en tout cas contesté par personne à l’aube des années 1990. Galvanisé par son expérience dans le cyclisme, Bernard Tapie décide de tenter la même réussite dans le football. En 1986, il répond à l’invitation d’Edmonde Charles-Roux, veuve de l’ancien maire de Marseille Gaston Defferre, de reprendre l’Olympique de Marseille (OM), préfigurant son engagement politique marseillais, dès 1987, puis à l’échelle nationale, au travers son bref passage au ministère de la ville. A l’époque, au ministère des finances, Pierre Bérégovoy, intimidé par l’arrogance des hauts-fonctionnaires du Trésor, donnait les clefs aux banquiers, tandis qu’à Bruxelles, un autre socialiste méritant, Jacques Delors, leur ouvrait en grand les chemins de l’argent mondialisé. L’argent n’avait jamais été aussi à la fête, depuis Napoléon III.

Près de trente ans plus tard, après les excès et les dégâts que l’on connaît, un autre gouvernement socialiste promettait de refermer la parenthèse dorée. François Hollande avait retrouvé, pour l’occasion, le souffle épique de François Mitterrand dans les années 70, au travers son fameux discours du Bourget contre la spéculation et la finance mondialisée. Mais le prosaïsme des années 80 avait rapidement pris le dessus.  « I’m not dangerous », avait-il même glissé entre deux plaisanteries. La réforme bancaire - concoctée par le gouvernement -, a beau annoncé pompeusement  « une régulation renforcée », c’est un martinet sans fil. Comme l’analyse Monsieur Zemmour, même les Anglais et les Américains sont plus exigeants et plus sourcilleux avec les activités spéculatives, c’est dire. Il est vrai que ce sont les hauts fonctionnaires du Trésor, qui ont concocté cette loi, en lorgnant déjà sur le fauteuil doré, que leur ont préparé une de ces banques qu’ils étaient censés égorger. Les banquiers français peuvent dormir sur les deux oreilles. Aujourd’hui, sur les 8000 milliards d’euros de bilan des banques françaises, seulement 22 % sont prêtés à l’économie réelle.

Dans le même temps, Tapie joue avec son magot au comte de Monte-Cristo prenant sa revanche, sur tous ceux qui l’avaient envoyé en prison. Dans le célèbre roman de Dumas, il avait été enfermé dans une forteresse près du vieux port. Homme d’affaires symbole des années fric et frime, le retour de Bernard Tapie inquiète les socialistes marseillais, à l’approche des municipales de 2014. Les businessmen rêvent toujours d’être des artistes. Les années 80 brillent de tous leurs feux. Comme d’habitude, la gauche se couche devant la finance, en faisant semblant de la menacer. « Les businessmen rêvent d’être des artistes. Et les artistes devenus des businessmen sourcilleux et avisés, vont planquer leur magot en Belgique »…

                                                                                                                                                                                                      J. D.

3 décembre, 2012

UMP : vers l’implosion programmée

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 21:40

Après avoir créé la surprise, en l’emportant de 98 voix face à François Fillon, que l’on donnait pourtant favori, Jean-François Copé a été proclamé, une nouvelle fois, mercredi soir, par cette fois-ci, la commission des recours de l’UMP, président de l’UMP. Une fois de plus, François Fillon conteste cette victoire. Le feuilleton n’en finit pas. C’est une guerre d’hommes, un affrontement de caractères, d’égos, de styles opposés, dépouillé de considérations politico-idéologiques réelles. Ainsi, Copé refuse d’abandonner, de lâcher l’appareil du parti, vaille que vaille, quoi qu’il en coûte. Fillon a déjà vraisemblablement renoncé à être président du grand parti de l’opposition, mais veut faire tomber son adversaire avec lui.

Il est vrai, Fillon devait gagner, Fillon avait gagné. La victoire serait large, incontestable. L’ancien premier ministre avait accumulé sur cette base optimiste, les ralliements de notables de l’UMP, y compris chez certains soutiens de Copé, les Baroin ou Pécresse. Bien-sûr, aujourd’hui ils accusent les fraudes, le bourrage des urnes, l’organisation du vote, ainsi que les pressions sur l’appareil. Ils n’auront pas forcément tort. Sauf que l’essentiel est ailleurs. Ils pensaient jusque-là, que l’avance de l’ex-premier ministre serait telle, qu’elle absorberait les trucages divers et variés. Ils se sont trompés, ils se sont leurrés, ils se sont aveuglés, laissant leur champion s’enfermer dans une ligne vraisemblablement trop centriste, qui l’a étouffé, laissant Fillon rejeter la supposée droitisation de son adversaire. C’est le virage centriste, barriste – UDF de Fillon, qui a redonné de l’oxygène à Copé. L’ancien secrétaire général de l’UMP se savait guère aimé, par son profil d’énarque ambitieux, jusqu’à l’arrogance, qui ne se sera pas effacé le temps d’une campagne, même s’il a manifesté partout et pour tous, une affection trop ostentatoire pour être sincère. Suivant l’analyse zemmourienne, « Copé fait de la politique à la papa, comme Chirac dans les années 70, s’emparant à la hussarde du vieux parti gaulliste ». Fillon, lui, veut prendre sa revanche, devant les juges, ou mieux encore, devant le groupe parlementaire. Mais seulement, la politique rattrape les hommes, l’idéologie finit par rattraper les égos.

En effet, il est vrai, Copé et Fillon étaient au départ, des frères siamois. Ils étaient des héritiers de la chiraquie, européistes et libéraux, ayant intériorisé les contraintes de l’Europe, et de la mondialisation. Mais seulement, après des mois de campagne, c’est leur destin qui en sort transformé. Fillon aura incarné jusqu’à la caricature, les notables qui le soutenaient en masse. Copé a appliqué les consignes de Patrick Buisson et ses assauts sémantiques. Jusque dans le score au final, du 50 / 50 soulignant bien cette scission au sein de l’électorat UMP, une scission entre ligne Buisson / ligne Guaino. Ainsi, la virulence et la vélocité de la lutte entre les deux hommes, aura exacerbé les différences idéologiques, et cela bien au-delà de leurs convictions réelles. L’échec de la médiation s’avère ainsi révélatrice de la fin d’une époque, de la fin de l’UMP, de cet animal hybride forgé par Juppé et Chirac, reposant sur un compromis soigneusement dissimulé. Aux élus RPR revenaient l’essentiel des places, aux élus UDF, les idées. Donc la ligne politique de l’UMP serait celle de l’UDF, à savoir libérale et européenne. Mais toutefois, ce grand parti centriste de Juppé a du plomb dans l’aile. Il est même pour ainsi dire mort.

Déjà, les militants l’avaient condamné, en ne remettant pas les clefs du parti à Fillon. Mais les électeurs de droite eux-même, l’avaient mortellement blessé, en plébiscitant la campagne iconoclaste, bien que tardive, de Sarkozy sur les frontières. Le clivage se situe entre les militants et les sympathisants, d’une part, et les élus notabilisés, d’autre part, demeurés pour la plupart, sur la ligne centriste de l’UMP de 2002, en dépit de revers comme celui de 2005. Mais toujours suivant l’analyse zemmourienne, un échec de Juppé, qui fait aussi remonter à la surface une vieille histoire. En 1990, un combat avait divisé le RPR d’alors. D’un côté, Séguin et Pasqua, de l’autre, Chirac, Juppé, Balladur et le jeune Sarkozy. Séguin et Pasqua reprochaient à Chirac et Juppé de notabiliser le mouvement gaulliste, d’abandonner la ligne du général de Gaulle, de transformer un mouvement populaire, social, national, en un parti centriste, libéral, européen, en gros, d’aligner le RPR sur l’UDF. Les deux hommes prophétisaient que le RPR perdrait et le peuple, et la nation. Ils furent vaincus. Contrairement, à Copé et Fillon, pris dans leur duel fratricide, ils acceptèrent alors de bonne grâce leur défaite. Mais ils avaient vu juste. Le RPR s’aligna alors sur l’UDF, jusqu’à se fondre dans l’UMP. Juppé avait vaincu Séguin.

Mais vingt ans plus tard, l’œuvre de Juppé, l’ancien premier ministre « droit dans ses bottes », explose ou plutôt implose. Séguin, « la bête des Vosges » comme on le surnommait, prend sa revanche posthume. Ainsi, Fillon et ses notables constitués en groupe, n’ont plus qu’à rejoindre les centristes autour de Borloo et son nouveau parti, l’UDI. Copé, quant à lui, n’a plus qu’une solution : refaire le RPR, pour affronter sur son terrain, le FN, dans une lutte sans merci. Ils n’ont maintenant plus le choix…

                                                                                                                            J. D.

9 novembre, 2012

Ce débat autour de l’homoparentalité

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 18:26

A l’heure où quelques pays européens ont déjà accordé aux couples gays le droit au mariage et à l’adoption, la question fait débat en France, prenant depuis ces derniers temps, une certaine résonance. Il est vrai, que sous la pression électorale, Nicolas Sarkozy, durant son mandat - et cela dès 2007 -, aura même déjà songé à équiper les candidats éventuels d’un véritable kit familial. En effet, avec le contrat d’union civile, assimilable en tout point au mariage, une trouée était déjà ouverte aux tenants du mariage homosexuel, ainsi qu’en filigrane, à une autre problématique se posant consubstantiellement, l’adoption par des couples homoparentaux.

Et pour se faire, l’habile lobby avait trouvé un slogan digne d’une campagne publicitaire à la Séguéla : « le mariage pour tous ». Effrayée par la ringardisation décrétée par les médias, ces derniers jours, la droite restait tapie dans l’ombre, et l’Eglise laissait partir en éclaireur, le Grand rabbin de France. Réclamer le mariage pour les homosexuels aura été le dernier subterfuge de ces militants d’extrême-gauche aguerris, toujours à l’affut d’une nouvelle revendication, justification même de l’existence de certaines associations, dans une sempiternelle fuite en avant. Mais seulement, comme l’analyse Monsieur Zemmour, le lobby semble avoir vu trop gros. « Il tenait le mariage, il voulait les enfants ». Il est vrai, comme l’expose judicieusement Béatrice Bourges (auteur d’un ouvrage sur le sujet), si le droit à l’enfant revendiqué par les couples homosexuels - tel une nouvelle revendication exhibée par certains lobbies, et le dernier droit d’une société consumériste et hédoniste -, se trouve bien au cœur de ce des nouvelles expériences sociojuridiques, étrangement, le droit de l’enfant lui-même semble avoir été relégué aux oubliettes. Car peut-on réellement croire à la neutralité de la sexualité parentale dans la construction psychique de l’enfant ?

Pour le PaCS (au demeurant, fort mal négocié, à l’époque, car laissant trop de questions jurisprudentielles en suspens), « le lobby avait réussi à endormir les consciences, en jouant sur l’utilitarisme de chacun ; un droit de plus pour les homos, mais qui ne vous enlève rien », pour citer l’inénarrable Monsieur Zemmour. Mais cette fois, l’égoïsme utilitariste s’est retourné : un droit de plus pour certains, qui chamboule tout, jusqu’à la terminologie « père - mère » du livret de famille, remplacée par « parent 1 - parent 2 ». Des homosexuels se révoltent à leur tour contre l’emprise de ce lobby gay. Pour leur part, ils n’avaient jamais eu l’intention de se marier, demandant seulement à vivre tranquillement leur sexualité, pouvant avoir, à la rigueur, un neveu ou une nièce auxquels ils étaient attachés. Il est vrai, les grands écrivains homosexuels s’étaient, au passage, toujours moqués du mariage et même de l’amour, où comme disait Oscar Wilde, « on commence à se tromper soi-même, puis on finit par tromper l’autre ». En outre la souffrance chroniquement observée chez les enfants adoptés, qui n’ont de cesse de retrouver le père et la mère dont ils sont nés, ne risque-t-elle pas de s’aggraver dans le cas où la famille d’accueil ne représente même plus ce modèle ? Et quand sera-t-il de l’insertion sociale de l’adopté, dans le cas présent, surtout durant la petite enfance, puis l’adolescence, à une période où les enfants sont particulièrement cruels entre eux ?

En passant au crible, tous les arguments politiquement corrects en faveur de l’homoparentalité, Béatrice Bourges démontre également la nécessité d’une filiation parfaitement reconnaissable par les enfants, à travers la possibilité de se différencier sexuellement de leurs parents. Les chiffres sur l’adoption sont également à rétablir, dans un contexte élargi aux frontières de l’Europe. Au travers les résultats d’une vaste expertise dans différents domaines (psychanalitique, sociologique et juridique), sont ainsi dénoncés les véritables enjeux de société, se dissimulant derrière cette revendication marginale, au sein de la communauté homosexuelle, et à laquelle, il conviendrait plus que jamais, de se voir appliqué le sacro-saint principe de précaution. Puisque l’on ne devient pas enfant, mais l’on « naît » enfant.

                                                                                                                                                                              J. D.


10 mai, 2012

Les clés de la défaite de Sarkozy

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 22:51

Hier soir, à vingt heures, c’était la chronique d’une défaite annoncée, depuis des jours et des jours, depuis des mois même. La défaite de Nicolas Sarkozy était écrite, inévitable, inéluctable. Elle n’a jamais fait l’ombre d’un doute, sauf pour ceux qui ne voyaient pas la réalité en face. Fruit à la fois de la crise de 2008, qui a balayé tous les sortants européens, mais aussi de son discrédit personnel, de ces manières, son style, ses inconstances et ses incohérences, voire ses trahisons.

La question qui restait en suspens, n’était donc pas celle de la victoire et de la défaite, mais celle de l’ampleur de cette défaite. Surtout cette campagne a suscité beaucoup de polémiques, de sarcasmes, surtout pour les belles âmes de la droite et du centre, « campagne qui courait après le Front national », comme on l’a dit, décrié de Villepin à Bayrou, ou de Juppé à Raffarin dont le silence fut parlant. Les chiffres leurs répondent, la mobilisation du peuple de droite, a incontestablement payé, car Sarkozy a fini à 48 %. Il pourra longtemps regretter de n’être pas parti plus tôt en campagne. Mais il pourra surtout regretter de n’avoir pas tenu les promesses faites en 2007, à l’électorat populaire qui avait misé sur lui.

Il avait ainsi siphonné les voix du Front national, en parlant de laïcité, d’immigration, de patriotisme, de protectionnisme et de frontières, de chômage, leur donnant une porte de sortie gouvernementale, sans outrance verbale, mais aussi sans faiblesse. Sarkozy n’a pas respecté ses promesses, c’est la clef évidente de sa défaite. La campagne Buisson ne pouvait combler cinq ans de renoncements, d’incohérences. Pourtant, son discours de 2012 sur la frontière en a séduit plus d’un. Et Sarkozy laisse son parti avec un nouveau discours, mais qui déplaît fortement à certains. Les centristes et les modérés se sont tus, mais en échange, ils voudront reprendre en main la situation.

On ne sait ce que fera la droite populaire, le seul courant en phase avec l’esprit de la campagne sarkozyste. On ne sait ce que réalisera le Front national aux législatives. On ne sait également, si des élus de droite, accepteront de composer, de dialoguer avec le Front national comme le dit Gérard Longuet. Comme, on ne sait si l’unité de l’UMP y résistera.

                                                                                                                 J. D.

15 avril, 2012

Opération, au fumet électoraliste

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 16:54

Opération, au fumet électoraliste dans Politique latern

C’est tout un branle-bas médiatique, que nous avons eu récemment, autour des dernières interpellations d’islamistes radicaux présumés. Le Front national a fustigé la gesticulation électoraliste du chef de l’Etat, François Bayrou se dit opposé à toute mise en scène d’arrestation devant les caméras, et Martine Aubry, elle, s’est dite choquée par la médiatisation de ces opérations. Une opération électoraliste, l’accusation vient de partout, des socialistes, des partisans de Mélenchon, de ceux de Bayrou. Depuis l’entre-deux tours de 1988, l’assaut donné à la grotte d’Ouvéa et la libération des otages du Liban, par le gouvernement de Jacques Chirac, alors dans un duel présidentiel – qu’il perdra d’ailleurs -, avec François Mitterrand, l’accusation revient automatiquement. Comme un réflexe, réflexe conditionné, pavlovien. Lui aussi, finalement électoraliste. Quand François Hollande laisse tomber, qu’on aurait dû intervenir, plus tôt, plus fort, n’est-il pas lui aussi coupable de réflexion électoraliste ?

Le même Hollande – or période électorale -, n’aurait-il pas dénoncé avec véhémence, la stigmatisation de l’Islam. Daniel Cohn-Bendit, lui, parle de rafle, mot connoté depuis la grande rafle du Vel-d’hiv des juifs en 1942. Mélenchon tonne : « il faut que ça s’arrête ». Les attentats, les morts d’enfants. Non, les expulsions d’imams, de militants salafistes, qui affirment sans se lasser qu’il faut exterminer les juifs, tuer les mauvais musulmans et instaurer en France, la Charia. A chacun son électoralisme. Même la médiatisation, évidente, ostentatoire, n’est pas en elle-même scandaleuse. Elle sert évidemment les intérêts du candidat Sarkozy. Mais après tout, l’Etat a le devoir de faire connaître son travail, pour rassurer les populations. « Que les méchants aient peur, et que les bons se rassurent », disait Napoléon III. Mais sur le fond, revenons sur ce que disait François Hollande, on aurait dû, pu, peut-être faire davantage avant… On pourrait instruire le procès inverse de Nicolas Sarkozy. Pourquoi viens-tu si tard ? Pourquoi avoir cédé si longtemps aux lamentos des professionnels de l’indignation anti-raciste ? Pourquoi cette alliance passée avec l’organisation française des Frères Musulmans, grands rivaux du salafisme dans l’intégrisme islamiste ? Pourquoi cette intervention devant une salle remplie de femmes voilées, alors qu’il était ministre de l’intérieur ?

Le salafisme, volonté de revenir à la pureté originelle de l’Islam, est directement issue de la tradition wahabite, qui règnent chez les grands alliés de l’Amérique, l’Arabie saoudite, et des grands amis de la France, le Qatar. Qui n’investit pas seulement dans l’achat de joueurs au Paris-Saint-Germain, mais aussi dans les grandes entreprises françaises, et même dans les banlieues françaises, pour parait-il, dégager l’élite de demain, de la France de la diversité. Le même Qatar, qui a financé les salafistes, dans les campagnes électorales en Tunisie et en Egypte. Car les « Mohammed Merha », ne sont  pas un type nouveau de terroristes. Depuis plus de quinze ans, le criminologue Xavier Rauffer a repéré ce qu’il appelle, « ces hybrides, entre criminels et djihadistes », qui sont à ses yeux, consubstantiels au salafisme armé. Il se situe à l’intersection, entre l’idéologie et la délinquance, entre la religion et la criminalité. Les « Mohammed Merha » sont endoctrinés par ces Imams, que l’on a tant tardé à expulser.

Des prédicateurs islamistes à qui on refuse désormais la présence sur le territoire français, alors que leur présence et leurs discours, ne semble avoir dérangé personne, durant de nombreuses années. Les mauvais coucheurs étaient taxés d’islamophobie. On pourrait à contrario, bénir l’électoralisme, chaque prédicateur, chaque militant du salafisme en moins sur notre territoire, et bien c’est toujours ça de pris. Pas de petit profit et pas de petit répis…

                                                                                                                            J. D.

Mademoiselle N. Kosciusko-Morizet, ou les affres d’un(e) porte-parole sans voie

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 16:47

Mademoiselle N. Kosciusko-Morizet, ou les affres d'un(e) porte-parole sans voie dans Politique latern

Ce matin, évoquons la mise en sourdine de Nathalie Kosciuzko-Morizet, la porte-parole de Nicolas Sarkozy. Ce recul de l’avant-scène étant d’ailleurs particulièrement sensible, depuis le 18 mars, date à laquelle NKM avait fini par préciser par une lettre à la télé, sur France 3, qu’elle voterait pour François Hollande au 2e tour de la présidentielle, plutôt que pour le Front national. Et c’est vrai que depuis, on ne l’entend quasiment plus. Elle se tait et ça vaut mieux. Ce n’est pas entièrement de sa faute, d’ailleurs. NKM est une erreur de distribution. Non pas en soit, non, la jeune ministre ne manque ni de charme et de talent.

Au ministère de l’environnement, la polytechnicienne réunissait les compétences techniques et la volonté politique, le caractère bien trempé, sous une allure fragile. Elle portait les initiales magiques, comme on a les dents de la chance, les trois lettres NKM. Comme il y eut JJSS, VGE, DSK, BHL, sur le modèle inégalable de JFK. Comme porte-parole dans une présidentielle, elle avait tout les atouts, elle eut été parfaite, si ce candidat s’était appelé François Bayrou ou même François Hollande. Pour défendre le droit de vote des étrangers, le mariage homosexuel, la réduction de la dette, la justice fiscale, l’Europe de Schengen, le vivre-ensemble, « l’immigration, une chance pour la France ». Elle aurait pu à la rigueur représenter un Nicolas Sarkozy, candidat du centre et du centre-droit, jouant les modernes, les grands européens, les écologistes, les tolérants. Mais Sarkozy a lancé sa campagne dans la Figaro magazine, pas dans « Tétu » ou « Les Inrocks », a préféré le gros rouge qui tâche de la droite populaire.

NKM avait tout les atouts pour cette campagne de droite populaire. Sauf qu’elle n’est pas de droite, et ne vient pas du peuple, elle est l’incarnation d’une grande bourgeoisie, dont les enfants ont depuis longtemps adopté les valeurs libertaires de la bourgeoisie de gauche, les fameux bobos. Certes, elle a quand même des atouts, dont la jeunesse (trente-huit ans). Oui, elle est d’une génération, qui n’a pas cette culture idéologique, qui donnait à ses aînés un encrage politique plus affirmé. Pour elle les idéologies, c’est désuet, ringard. Elle adhère à la bien-pensance médiatico-politique, comme elle respire. L’évènement politique qui l’a traumatisé, c’est le 21 avril 2002, comme François Hollande, sans s’intéresser pour autant, aux causes structurelles de cette expression sociologique, dans le vote défouloir frontiste. Autrement dit, le peuple.

Elle embrasse comme du bon pain, José Bové, mais elle manifeste la plus profonde aversion pour Marine Le Pen. Son ennemi viscéral, c’est le Front national, le Parti socialiste n’est qu’un simple adversaire. Elle a parfaitement intériorisé les interdits posés par la gauche, à la droite. Elle est une bonne petite élève du politiquement correct. Ce sont pourtant les électeurs politiques du FN, que Sarkozy cherche à arracher à Marine Le Pen ou au moins, à convaincre de se rabattre sur lui, au second tour. Sa présence en haut de l’affiche était un contre-sens, dans une campagne sarkozyste, qui a tout misé sur la transgression ferraille ou fait mine de ferrailler, contre un système dont elle est un des plus beaux fleurons. Villepinte, c’était l’anti-NKM. Cela dit, on peut aussi penser que c’était un contre-pied astucieux, pour ratisser un peu plus large. Nadine Morano aurait pu davantage incarner cette ligne populaire, mais Sarkozy n’en a pas voulu.

Comme si, il ne savait pas faire avec les femmes. Rachida Dati qui insulte son premier ministre, Rama Yade qui l’a trahi, puis est venue le supplier pour obtenir une circonscription à Paris, Roselyne Bachelot qui comme NKM est à gauche sur tous les sujets de société, ou encore Valérie Pécresse qui ne parvient pas à sortir de son style techno. Les autres ont beaucoup de qualités, mais ne sont pas connus du grand public. En politique décidemment, les femmes, ce n’est pas son truc.

                                                                                                                       J. D.

Toulouse et Montauban

Classé dans : sujets de societe — llanterne @ 16:45

Un commentaire après l’intervention du Raid et la mort de Mohammed Merha, mais aussi après les obsèques des victimes, pour l’essentiel à l’étranger. La police française aura fait preuve d’efficacité, en tout cas. En quelques jours, le meurtrier a été démasqué, localisé, assiégé, puis neutralisé. Les fichiers informatisés, que condamne la gauche au nom des libertés individuelles, se seront avérés diablement utiles, dans la conclusion de cette enquête, et de son impitoyable mais inéluctable issue. Mais cependant, il s’avère que le terroriste n’est pas forcément le portrait-robot, dont certains avaient rêvé.

Dès le début de la semaine, les grands prêtres de la religion anti-raciste, de SOS Racisme, en passant par la Licra avaient dénoncé la libération d’une forme de populisme. Les tenants de la gauche caviar, de BHL à Julien Dray, s’en sont donnés à coeur joie, en passant même par le centriste François Bayrou, s’étant laissé aller, à une déclaration dans la presse, y dénonçant « ceux qui montrent du doigt, les uns et les autres ». Bref, Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy étaient les coupables tous désignés. Comme le soulignait Eric Zemmour, dans sa dernière chronique matinale, sur RTL, nos maîtres-censeurs avaient voulu nous refaire le coup de la rue Copernic, en 1980, de la rue des Rosiers en 1982. « Pas d’amalgame s’exclame désormais les mêmes, pourtant passé roi incontesté de l’amalgame ». Bien-sûr comme l’ont rappelé de Marine Le Pen à François Hollande, « pas d’amalgame » avec les musulmans français, nos compatriotes, qui ne sont évidemment pas complices de ce criminel. Il n’y a aucunement besoin de le préciser. Même si l’amalgame peut être fait rapidement, si l’on ne fait pas bien la distinction, la différence entre la pratique culturelle, liée à une origine familiale, d’un Islam modéré, et islamisme.

Mais cependant, il est vrai, le parcours de Mohammed Merha est emblématique, jusqu’à la caricature « heureusement encore rare », de la pente tragique, que suit ponctuellement notre société multiculturelle, dans ses dérapages. Cette affaire n’étant de surcroît, pas sans rappeler la sinistre et meurtrière cavale de Khaled Kelkal, terroriste présumé tombé sous les balles de la gendarmerie, en 1995. Tout justement ce que l’on pouvait dire, sans discrimination, scandale ni condamnation. Il est certain, que les liens entre délinquance et intégration, mais aussi entre une certaine forme de délinquance et les sirènes du terrorisme islamiste sont identifiables. Les armes de guerre en vente libre dans certaines banlieues de grandes villes ou de villes moyennes, la prison qui relâche les multirécidivistes trop vite, mais qui est devenu le lieu privilégié de l’endoctrinement islamiste, le rôle ambigu de certaines familles, ainsi que l’incroyable légèreté de « la politique de la ville », qui subventionne généreusement certaines associations dont personne ne sait rien, sans aucun contrôle coercitif. On peut et on doit s’interroger également, sur les conséquences d’une vision angélique de notre société, de notre modèle d’intégration et les aléas d’une immigration notamment extra-européenne, insuffisamment régulée, depuis les années 1970 et un droit du sol qui fabrique parfois des citoyens français, qui à défaut d’assimilation (et par des échecs personnels, parfois certes induits par notre société), ne rêvent plus parfois, que de mettre leur propre pays à genoux !

Par ailleurs, les responsables religieux de l’Islam, ne pourront se contenter de dénoncer d’avance, toute stigmatisation ou encore de jouer d’une complicité affichée aux curieux accents communautaristes, avec les responsables religieux du judaïsme, pour interdire toute réflexion sur leurs textes sacrés. Où se côtoient appel à la paix et appel à la guerre, homélie fraternelle avec les gens du livre, mais aussi, excommunication violente des infidèles, à commencer par les juifs et les chrétiens… Le salafisme, branche fondamentaliste de l’Islam - allié des Etats-Unis et de l’Occident -, se répand ainsi dans certaines de nos banlieues de grandes villes, comme un traînée de poudre. Et son soit-disant djihad n’est pas seulement un effort spirituel sur soi, mais une volonté de répandre la terreur chez les « supposés » mécréants (au premier rang de ses quo-relégionnaires), terreur assumée et revendiquée. Mais cette affaire bien que relevant du fait divers – inimaginable et impensable - n’est pas sans soulever de nombreuses problématiques, qu’il conviendrait de développer, à commencer par notre rapport à la nation, mais aussi au lien social, au civisme. Sans oublier le rapport à la laïcité, l’échec ponctuel (l’essentiel des immigrés, descendants d’immigrés à la 2e ou 3e génération suivant les terminologies de Michèle Tribalat présentant une intégration indéniable et remarquable), mais parfois cruellement constatable de notre politique d’assimilation. Ce qui recoupe la problématique du rapport à la citoyenneté.

Dans un ouvrage au titre évocateur, « La France va-t-elle disparaître », paru en 1996, l’essayiste Jean-Claude Barreau s’attachait au travers de ce pamphlet courageux et politiquement incorrect, à défendre « la France qui ignore les ethnies et apaise les religions, la France qui rayonne culturellement, inventive et ouverte aux autres ». Mais un modèle brillant, qui s’avère menacé de toutes parts, de l’intérieur comme de l’extérieur. Serait-ce la confusion des sentiments, se greffant sur une immigration incontrôlée (le regroupement familial méritant peut-être d’être débattu dans l’application absolue de son principe et partiellement remis en cause), servie par la tentation du tout-économique, la passion désincarnée de l’Europe, dans notre nation minée de surcroît par le relativisme abscons de nos élites ? Parler de la « France éternelle », comme disait de Gaulle, ne saurait être qu’une figure de style. Comme toute organisation humaine, la France est mortelle. Elle peut durer longtemps, car les nations sont millénaires. Mais elle peut aussi disparaître, si les différents facteurs qui la firent naître, la font mourir. Car au-delà de cette affaire sordide, le réel danger pour la cohésion sociale, reste indubitablement le communautarisme. Car ce-dernier, d’ailleurs relayé sans analyse aucune par les médias, s’avère bel et bien une menace concrète à sa survie, sur le moyen-long terme.

Les anthropologues nous ont d’eux-même enseignés avec moins d’humour, mais plus de science, on appartient à la terre où on est enterré. Si l’on suit cette loi de nos bons maîtres, il n’y a dans cette histoire, qu’un seul Français, le malheureux Abel Chenous, soldat d’origine kabyle et de religion catholique, enterré à Montauban. « Un musulman d’apparence », comme l’a dit avec une rare maladresse, Nicolas Sarkozy, oubliant ou ignorant, que sur la terre d’Algérie, on fut chrétien et juif, avant d’être musulman. Les autres victimes ont été enterrées au Maroc et en Israël. Les pauvres enfants martyrs furent accompagnés par notre ministre des affaires étrangères, Alain Juppé, qui y fit fort digne figure, devant les cercueils recouverts des deux drapeaux, français et israélien. Mais c’est en Terre Sainte, qu’ils reposent. On touche là, toutes les ambiguïtés de la double nationalité. On pourrait aussi dire, que c’est une richesse. Dans les années 80, on rétorquait ainsi aux mauvais coucheurs, qui tel Raymond Aron, affirmait que l’on devait qu’avoir une seule nation, qu’une seule allégeance, qu’on pouvait bien aimer et son père et sa mère.

Mais c’est dans le sein de leur mère, que ces enfants reposent. Pourtant il y a en France, des tombes juives, depuis 1500 ans, depuis la fin de l’empire romain. Ces enfants vivaient sur le territoire français, entre leurs familles, la synagogue et l’école confessionnelle, en vase clos. Un communautarisme pacifique, qui vivait sous la menace, d’un communautarisme violent, qui l’explique d’ailleurs en partie. On a moins peur, on risque moins, au milieu des siens. Seul Malek Boutih, l’ancien patron de SOS racisme, a osé dénoncer publiquement, le cancer virulent de l’antisémitisme dans de nombreuses banlieues. Seuls quelques professeurs de ces quartiers ont osé relater ces réflexions d’enfants refusant de se lever pour des juifs, ou exigeant en retour une minute de silence pour des enfants palestiniens. Mohammed Merah, lui, sera enterré en Algérie. Le pays où il n’est pas né et où il n’a pas grandi. Un cinglant démenti à Nicolas Sarkozy, qui affirmait, péremptoire, que cette histoire n’avait rien à voir avec l’immigration. Un cinglant démenti aussi, à tous les défenseurs du droit du sol, qui nous expliquent doctement, qu’on est du pays, où l’on est né. Qu’on est français, à partir du moment, où l’on a une carte d’identité française.

Comme l’analyse Eric Zemmour, l’historien Pierre Nora a coutume de dire que la France n’est pas un terrain vague, mais une histoire, une culture, une terre et des morts, qu’on adopte, qu’on fait sien, en devenant français, en s’assimilant. Si les victimes et l’assassin, se font enterrer ailleurs (sans exception, de surcroît), on peut légitimement se demander, pourquoi on s’obstine à vouloir faire de cette terrible histoire, une affaire française. Ou alors à l’envers, comme le stigmate douloureux, d’une défrancisation, d’une désafiliation, de notre difficulté croissante à faire une nation, de l’inexorable et inquiétante progression, sur notre belle terre de France, des terrains vagues…

                                                                                                                                     J. D.

31 décembre, 2011

L’éternelle fracture

Classé dans : Europe,Politique,sujets de societe — llanterne @ 11:20

 L'éternelle fracture  dans Europe latern

L’Europe est de nouveau au cœur du débat politique, ce dont on a eu la confirmation, avec le récent discours -début décembre-, de Nicolas Sarkozy, et on peut même dire, que l’on retrouve au-delà du clivage habituel gauche / droite, cette fracture de Maastricht, vieille de dix-neuf ans. « Plus rien ne sera comme avant ». On se souvient, Charles Pasqua le proclamait goulument, le soir du référendum sur Maastricht, en 1992. Mais ni Philippe Séguin, ni Philippe de Villiers, ni Charles Pasqua, ni Jean-Pierre Chevènement, les champions du non d’alors, n’ont jamais réussi à rassembler les républicains des deux rives, « pour faire turbuler le système », pour reprendre deux expressions chères à ce dernier. Jean-Marie Le Pen lui n’a jamais essayé.

Ostracisé par tous les autres, Le Pen avait le magot, le peuple. C’est lui qui posait la question, qui intéressait l’électorat populaire, depuis les années 1980, l’immigration, l’insécurité, questions devant lesquelles les autres tournaient pudiquement la tête. Bien que certaines de ses questions n’étaient traitées que dans quelques lignes dans le programme de 1974 du FN. Elles furent progressivement développées, au fil du temps, à partir du regroupement familial en 1977, par pragmatisme. A savoir, une équation insoluble qui a fait la fortune successive de Chirac et de Sarkozy, qui ont l’habileté de faire campagne sur des thèmes souverainistes : fracture sociale et sécurité pour le premier, identité nationale pour le second, s’accompagnant de la prudence de gouverner, en se soumettant aux canons européens… C’est parce que la gauche n’a jamais eu ce culot, empêtrée qu’elle est dans ses utopies internationalistes, et par sa répulsion contre-productive pour tout ce qui est national, qu’elle a perdu le peuple et trois présidentielles successives. Les départs successifs des souverainistes de gauche, de Chevènement à Mélenchon, n’ont jamais réussi à détruire la vieille maison socialiste, qui est redevenu ce qu’elle était, quand elle s’appelait la S.F.I.O., à savoir un parti d’élus locaux servi par leur clientélisme et leur savoir-faire de notables. Vous connaissez la célèbre formule du cardinal de Retz, ressortie par Mitterrand : « On ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment ». En 2007, Nicolas Sarkozy, en réduisant le grand écart entre Henri Guaino et Alain Minc, avait réconcilié les artisans du oui et du non au référendum sur l’Europe de 2005.

De même, en 2009, la fille de Jacques Delors s’abouchait avec la gauche du non, pour arracher l’appareil du PS à Ségolène Royal. Et voilà que la crise de l’euro, la rigueur imposée par les agences de notation et Berlin, détruisent ce savant travail tactique et projette une lumière crue, sur cette cruelle réalité. Le clivage entre la droite et la gauche n’existe plus. Sarkozy défend la rigueur et Hollande veut donner du sens à la rigueur. Mais si Marine Le Pen a remplacé son père, personne n’a remplacé Séguin et Pasqua, du côté des gaullistes. En dépit des valeureux efforts de Dupont-Aignan, qui y va vraisemblablement, avant tout de sa stratégie personnelle. L’UMP, à part la frange de la droite populaire qui conserve le silence le plus absolu, s’est ralliée à l’intégration européenne sous la férule allemande. Alain Juppé proclame ainsi sa flamme aux Etats-Unis d’Europe, qui l’aurait fait traiter de « cabri » par le général de Gaulle, et de « parti de l’étranger » par Chirac en 1978, depuis l’hôpital Cochin, lors de son fameux appel (avant de retourner sa veste à plusieurs reprises, car avant tout opportuniste et sans conviction). A gauche, Montebourg et Mélenchon ont donc remplacé Chevènement, mais ils n’osent pas plus que lui, aborder l’autre question majeure de la mondialisation, à savoir l’immigration, et la maîtrise des flux migratoires.

Le même clivage fondamental est ainsi persistant, depuis Maastricht. La France du haut est plutôt pour l’Europe, la France du bas (ouvriers, employés), est plus que jamais contre. Mais elle est également, plus que jamais majoritaire en voix. Mais aucun de ses porte-voix n’ait parvenu à renverser la table, jusqu’à présent. Ainsi, comme dans cette citation d’Il Gattopardo (Le Guépard), du romancier italien Giuseppe Tomasi di Lampedusa, en vingt ans, « tout a changé, pour que rien ne change »

                                                                                                                                                                      J. D.

27 décembre, 2011

La tentation de la droite populaire

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 6:21

La tentation de la droite populaire dans Politique latern

Le collectif des députés de la droite populaire, soit l’aile droite de l’UMP, a publié récemment des propositions pour 2012. Ils sont quarante-deux députés. Ils proposent notamment la taxation des riches, la fin du collège unique, la lutte contre la fraude et d’autres propositions. Ce qui a été l’occasion pour le Front National de lancer un nouvel appel de pied à ce collectif parlementaire, fondé en juin 2010 par Thierry Mariani et Lionel Luca, tel l’analysait le truculent journaliste au Figaro, Eric Zemmour. Un mouvement qui doit se faire une place entre la droite et l’extrême-droite, sur l’échiquier politique hexagonal.

Au début, on les a moqués, vilipendés, ridiculisés. Et puis la droite populaire a inquiété. Traité de stupidement « populiste », il est vrai qu’elle a aussi été usée juqu’à la corde. Les centristes se sont inquiétés de leur influence, un temps. Les médias ont évoqué avec « des trémolots dans la voix, la droitisation de l’UMP ». Comme si le sort de la République était en jeu… Mais en vérité, la droite populaire tente -et elle en est encore loin-, de revenir à la synthèse politique, qu’avait opéré le RPR, dans les années 80, à savoir un mélange d’autorité et de libéralisme, de patriotisme et d’ouverture sur le monde. Synthèse qui a explosé en décembre 1986, dans les manifestations contre la loi Devaquet. Depuis lors, l’UMP a été formé par les Chiraquiens, sur la soumission des consignes de la bien-pensance médiatique et aux positions des centristes.

Paradoxalement, la droite populaire est une des rares réussites du parti unique de la droite, créé par Alain Juppé en 2002. S’y mêle anciens du RPR et du parti républicain, qui se retrouvent selon des affinités idéologiques et non plus sur des affiliations aux anciens partis. La droite populaire en s’ouvrant aux citoyens, aimerait devenir l’aile conservatrice au sens aglo-saxon du terme, d’un grand parti républicain à l’américaine. Pour la candidature de 2017, au cas où l’UMP aurait des primaires, la droite populaire aurait probablement son candidat, qui affronterait celui des centristes et des libéraux. Alors le peuple de droite trancherait… Mais l’UMP est déjà en équilibre instable, et la droite populaire peut aussi annoncer la destruction du grand parti majoritaire de la droite. Si elle prend trop d’ampleur, trop d’influence, si son ouverture aux citoyens marche trop bien, si les centristes refusent de les cotoyer, alors l’UMP serait morte. Le scénario serait sans doute favorisé par une défaite de Sarkozy en 2012. Et surtout si la gauche introduisait la proportionnelle dans le mode de scrutin aux législatives. Alors une recomposition politique pourrait bien s’engager, qui pourrait bien rassembler, membres de la Droite populaire et membres du Front national.

Une nouvelle alliance, sans doute eurosceptique, anti-mondialisation, qui utiliserait comme arme politique absolue, l’une des propositions-phares de la droite populaire, le référendum d’initiative populaire à la suisse, qui révolutionnerait la vie politique nationale. Déjà le FN appelle la droite populaire à le rejoindre. Mais pour les amis de Marine Le Pen, la droite populaire n’est qu’un nouveau faux-semblant sarkozyen, pour attirer l’électorat populaire et concurrencer le FN sur ses terres, comme en 2007. Dans la réalité des faits, entre le FN et l’UMP, chacun parie que c’est l’autre, qui implosera le premier…

                                                                                                                               J. D.

2 juillet, 2011

Ce séisme du bac S

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 1:55

 Ce séisme du bac S dans Politique latern

Cette affaire de la fraude au bac, dans l’épreuve de maths de la série S, a fait la une de tous les journaux. Luc Châtel s’est voulu rassurant, déclarant que toute la lumière sera faite, que les services spécialisés de la gendarmerie étaient sur la brèche, et rappelant que la fraude est sévèrement punie par la loi. Au total, cinq personnes ont été interpelées et un employé d’imprimerie a été placé en garde à vue. Une affaire qui porte un nouveau coup, à cette institution qu’est le baccalauréat. Cela dit, ce n’est pas la première, ni la dernière fois, la fraude étant consubstantielle aux examens. Mais cette crise-là est aussi le révélateur d’un secret de polichinelle, qu’on s’obstinait à ne pas voir. Est-ce le fait que la fraude a touché l’épreuve reine des maths, dans la section S de l’élite ? Est-ce la légèreté avec laquelle, le ministre a supprimé la partie incriminée ? Est-ce la moyenne abaissée à neuf ? En tout cas, cette affaire de fuite a instauré comme un malaise…

Certains esprits paranoïaques ont même avancé, que le ministère avait provoqué lui-même cette fraude, pour montrer à tous la réalité, pour déciller les yeux des plus aveugles, qui s’obstinaient « à sanctifier ce monument national en péril ». Il est vrai que l’on aura tout vu, avec des consignes d’indulgence écrites, les options facultatives qui se multiplient, des notes gonflées « à l’hélium de l’indulgence », et des mentions bien et très bien, qui finissent par être atteintes dans leur aura. En le créant, Bonaparte ne s’imaginait sûrement pas, que le baccalauréat survivrait aussi longtemps. Surnommé familièrement « bac », et anciennement « bachot », l’épreuve aura connu d’importantes évolutions et franchi plusieurs paliers dans sa diffusion au sein de la population. Il y avait au XIXe siècle suffisamment peu de candidats pour que les professeurs de l’université fassent eux-mêmes passer les épreuves, comme on le voit dans « Le Bachelier » de Jules Vallès. A partir de 1924, le baccalauréat s’ouvre largement aux filles et à partir des années 1930, le lycée public devient gratuit (il était payant auparavant, sauf pour quelques rares boursiers, comme Marcel Pagnol ou Georges Pompidou, par exemple). Mais l’explosion du nombre de bacheliers intervient réellement à partir des années 1960-1970, quand le primaire supérieur est supprimé en 1963, au profit du fameux collège unique (1975).

Le baccalauréat est ainsi passé, en un peu plus d’un siècle et demi d’un diplôme élitiste et bourgeois, à un diplôme de base, indispensable à toute formation et à toute carrière professionnelle. Certes, le baccalauréat reste le premier grade universitaire, ouvrant la voie aux études supérieures. Mais toutes les filières sélectives des préparations aux grandes écoles, ainsi que les BTS et les IUT sélectionnent sur dossier, dès le mois de janvier, soit « six mois avant l’épreuve reine, reine d’un jour »… Ceux qui y croient, s’inscriront en université. La fac, elle seule, n’a pas le droit de trier. Trier, à savoir un mot maudit, qui dit sélection, dit élitisme… Mais pas autant maudit, pour ceux qui s’inscriront en masse, en communication ou en sociologie… Sans oublier les titulaires d’un bac professionnel, qui croient les ingénus, que c’est « bac » qui est important dans l’intitulé de leur diplôme, alors que c’est « pro », hélas. C’est-à-dire qu’ils ont une qualification professionnelle, mais pas les outils théoriques, parfois la simple maîtrise de la langue française, pour suivre un enseignement abstrait… 97 % d’échecs à l’université, pour les étudiants issus des bacs pro. Valérie Pécresse se flatte d’avoir organisé l’autonomie des universités, mais n’a jamais osé imposer la sélection à leur entrée, qui éviterait cette hécatombe. Sarkozy ne l’aurait pas laissé aller jusque là.  

Depuis l’échec de la réforme Devaquet, en 1986, la droite est pétrifiée, et « la gauche entonne le discours démagogique, du bac pour tous, de la fac pour tous, du diplôme pour tous », et tant pis pour le bac, grand rite initiatique national, maintenu comme un comateux en vie artificielle. Personne n’a voulu lui administrer de remède de cheval, pour le sauver. Et personne n’ose désormais le débrancher…

                                                                                                                                          J. D.

                                                                                                                                                                                              

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