La Lanterne (politique, sujets de société)

15 avril, 2012

Mademoiselle N. Kosciusko-Morizet, ou les affres d’un(e) porte-parole sans voie

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Mademoiselle N. Kosciusko-Morizet, ou les affres d'un(e) porte-parole sans voie dans Politique latern

Ce matin, évoquons la mise en sourdine de Nathalie Kosciuzko-Morizet, la porte-parole de Nicolas Sarkozy. Ce recul de l’avant-scène étant d’ailleurs particulièrement sensible, depuis le 18 mars, date à laquelle NKM avait fini par préciser par une lettre à la télé, sur France 3, qu’elle voterait pour François Hollande au 2e tour de la présidentielle, plutôt que pour le Front national. Et c’est vrai que depuis, on ne l’entend quasiment plus. Elle se tait et ça vaut mieux. Ce n’est pas entièrement de sa faute, d’ailleurs. NKM est une erreur de distribution. Non pas en soit, non, la jeune ministre ne manque ni de charme et de talent.

Au ministère de l’environnement, la polytechnicienne réunissait les compétences techniques et la volonté politique, le caractère bien trempé, sous une allure fragile. Elle portait les initiales magiques, comme on a les dents de la chance, les trois lettres NKM. Comme il y eut JJSS, VGE, DSK, BHL, sur le modèle inégalable de JFK. Comme porte-parole dans une présidentielle, elle avait tout les atouts, elle eut été parfaite, si ce candidat s’était appelé François Bayrou ou même François Hollande. Pour défendre le droit de vote des étrangers, le mariage homosexuel, la réduction de la dette, la justice fiscale, l’Europe de Schengen, le vivre-ensemble, « l’immigration, une chance pour la France ». Elle aurait pu à la rigueur représenter un Nicolas Sarkozy, candidat du centre et du centre-droit, jouant les modernes, les grands européens, les écologistes, les tolérants. Mais Sarkozy a lancé sa campagne dans la Figaro magazine, pas dans « Tétu » ou « Les Inrocks », a préféré le gros rouge qui tâche de la droite populaire.

NKM avait tout les atouts pour cette campagne de droite populaire. Sauf qu’elle n’est pas de droite, et ne vient pas du peuple, elle est l’incarnation d’une grande bourgeoisie, dont les enfants ont depuis longtemps adopté les valeurs libertaires de la bourgeoisie de gauche, les fameux bobos. Certes, elle a quand même des atouts, dont la jeunesse (trente-huit ans). Oui, elle est d’une génération, qui n’a pas cette culture idéologique, qui donnait à ses aînés un encrage politique plus affirmé. Pour elle les idéologies, c’est désuet, ringard. Elle adhère à la bien-pensance médiatico-politique, comme elle respire. L’évènement politique qui l’a traumatisé, c’est le 21 avril 2002, comme François Hollande, sans s’intéresser pour autant, aux causes structurelles de cette expression sociologique, dans le vote défouloir frontiste. Autrement dit, le peuple.

Elle embrasse comme du bon pain, José Bové, mais elle manifeste la plus profonde aversion pour Marine Le Pen. Son ennemi viscéral, c’est le Front national, le Parti socialiste n’est qu’un simple adversaire. Elle a parfaitement intériorisé les interdits posés par la gauche, à la droite. Elle est une bonne petite élève du politiquement correct. Ce sont pourtant les électeurs politiques du FN, que Sarkozy cherche à arracher à Marine Le Pen ou au moins, à convaincre de se rabattre sur lui, au second tour. Sa présence en haut de l’affiche était un contre-sens, dans une campagne sarkozyste, qui a tout misé sur la transgression ferraille ou fait mine de ferrailler, contre un système dont elle est un des plus beaux fleurons. Villepinte, c’était l’anti-NKM. Cela dit, on peut aussi penser que c’était un contre-pied astucieux, pour ratisser un peu plus large. Nadine Morano aurait pu davantage incarner cette ligne populaire, mais Sarkozy n’en a pas voulu.

Comme si, il ne savait pas faire avec les femmes. Rachida Dati qui insulte son premier ministre, Rama Yade qui l’a trahi, puis est venue le supplier pour obtenir une circonscription à Paris, Roselyne Bachelot qui comme NKM est à gauche sur tous les sujets de société, ou encore Valérie Pécresse qui ne parvient pas à sortir de son style techno. Les autres ont beaucoup de qualités, mais ne sont pas connus du grand public. En politique décidemment, les femmes, ce n’est pas son truc.

                                                                                                                       J. D.

Toulouse et Montauban

Classé dans : sujets de societe — llanterne @ 16:45

Un commentaire après l’intervention du Raid et la mort de Mohammed Merha, mais aussi après les obsèques des victimes, pour l’essentiel à l’étranger. La police française aura fait preuve d’efficacité, en tout cas. En quelques jours, le meurtrier a été démasqué, localisé, assiégé, puis neutralisé. Les fichiers informatisés, que condamne la gauche au nom des libertés individuelles, se seront avérés diablement utiles, dans la conclusion de cette enquête, et de son impitoyable mais inéluctable issue. Mais cependant, il s’avère que le terroriste n’est pas forcément le portrait-robot, dont certains avaient rêvé.

Dès le début de la semaine, les grands prêtres de la religion anti-raciste, de SOS Racisme, en passant par la Licra avaient dénoncé la libération d’une forme de populisme. Les tenants de la gauche caviar, de BHL à Julien Dray, s’en sont donnés à coeur joie, en passant même par le centriste François Bayrou, s’étant laissé aller, à une déclaration dans la presse, y dénonçant « ceux qui montrent du doigt, les uns et les autres ». Bref, Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy étaient les coupables tous désignés. Comme le soulignait Eric Zemmour, dans sa dernière chronique matinale, sur RTL, nos maîtres-censeurs avaient voulu nous refaire le coup de la rue Copernic, en 1980, de la rue des Rosiers en 1982. « Pas d’amalgame s’exclame désormais les mêmes, pourtant passé roi incontesté de l’amalgame ». Bien-sûr comme l’ont rappelé de Marine Le Pen à François Hollande, « pas d’amalgame » avec les musulmans français, nos compatriotes, qui ne sont évidemment pas complices de ce criminel. Il n’y a aucunement besoin de le préciser. Même si l’amalgame peut être fait rapidement, si l’on ne fait pas bien la distinction, la différence entre la pratique culturelle, liée à une origine familiale, d’un Islam modéré, et islamisme.

Mais cependant, il est vrai, le parcours de Mohammed Merha est emblématique, jusqu’à la caricature « heureusement encore rare », de la pente tragique, que suit ponctuellement notre société multiculturelle, dans ses dérapages. Cette affaire n’étant de surcroît, pas sans rappeler la sinistre et meurtrière cavale de Khaled Kelkal, terroriste présumé tombé sous les balles de la gendarmerie, en 1995. Tout justement ce que l’on pouvait dire, sans discrimination, scandale ni condamnation. Il est certain, que les liens entre délinquance et immigration extra-européenne, mais aussi entre une certaine forme de délinquance et les sirènes du terrorisme islamiste sont identifiables. Les armes de guerre en vente libre dans certaines banlieues, la prison qui relâche les multirécidivistes trop vite, mais qui est devenu le lieu privilégié de l’endoctrinement islamiste, le rôle ambigu de certaines familles, ainsi que l’incroyable légèreté de « la politique de la ville », qui subventionne généreusement certaines associations dont personne ne sait rien, sans aucun contrôle coercitif. On peut et on doit s’interroger également, sur les conséquences d’une vision angélique de l’immigration, insuffisamment régulée depuis trente ans, par un profond laxisme, et d’un droit du sol qui fabrique des citoyens français, qui à défaut d’assimilation, ne rêvent plus parfois, que de mettre leur propre pays à genoux !

Par ailleurs, les responsables religieux de l’Islam, ne pourront se contenter de dénoncer d’avance, toute stigmatisation ou encore de jouer d’une complicité affichée aux curieux accents communautaristes, avec les responsables religieux du judaïsme, pour interdire toute réflexion sur leurs textes sacrés. Où se côtoient appel à la paix et appel à la guerre, homélie fraternelle avec les gens du livre, mais aussi, excommunication violente des infidèles, à commencer par les juifs et les chrétiens… Le salafisme, branche fondamentaliste de l’Islam - allié des Etats-Unis et de l’Occident -, se répand ainsi dans certaines de nos banlieues, comme un traînée de poudre. Et son soit-disant djihad, n’est pas seulement un effort spirituel sur soi, mais une volonté de répandre la terreur chez les « supposés » mécréants (au premier rang de ses quo-relégionnaires), terreur assumée et revendiquée. Mais cette affaire bien que relevant du fait divers – inimaginable et impensable - n’est pas sans soulever de nombreuses problématiques, qu’il conviendrait de développer, à commencer par notre rapport à la nation, mais aussi au lien social, au civisme. Sans oublier le rapport à la laïcité, l’échec ponctuel – mais parfois cruellement constatable – de notre politique d’assimilation, ce qui recoupe la problématique du rapport à la citoyenneté.

Dans un ouvrage au titre évocateur, « La France va-t-elle disparaître », paru en 1996, l’essayiste Jean-Claude Barreau s’attachait au travers de ce pamphlet courageux et politiquement incorrect, à défendre « la France qui ignore les ethnies et apaise les religions, la France qui rayonne culturellement, inventive et ouverte aux autres ». Mais un modèle brillant, qui s’avère menacé de toutes parts, de l’intérieur comme de l’extérieur. Serait-ce la confusion des sentiments, se greffant sur une immigration incontrôlée, servie par la tentation du tout-économique, la passion désincarnée de l’Europe, dans notre nation minée de surcroît par le relativisme abscons de nos élites ? Parler de la « France éternelle », comme disait de Gaulle, ne saurait être qu’une figure de style. Comme toute organisation humaine, la France est mortelle. Elle peut durer longtemps, car les nations sont millénaires. Mais elle peut aussi disparaître, si les différents facteurs qui la firent naître, la font mourir. Car au-delà de cette affaire sordide, le réel danger pour la cohésion sociale, reste indubitablement le communautarisme. Car ce-dernier, d’ailleurs relayé sans analyse aucune par les médias, s’avère bel et bien une menace concrète à sa survie, sur le moyen-long terme.

Les anthropologues nous ont d’eux-même enseignés avec moins d’humour, mais plus de science, on appartient à la terre où on est enterré. Si l’on suit cette loi de nos bons maîtres, il n’y a dans cette histoire, qu’un seul Français, le malheureux Abel Chenous, soldat d’origine kabyle et de religion catholique, enterré à Montauban. « Un musulman d’apparence », comme l’a dit avec une rare maladresse, Nicolas Sarkozy, oubliant ou ignorant, que sur la terre d’Algérie, on fut chrétien et juif, avant d’être musulman. Les autres victimes ont été enterrées au Maroc et en Israël. Les pauvres enfants martyrs furent accompagnés par notre ministre des affaires étrangères, Alain Juppé, qui y fit fort digne figure, devant les cercueils recouverts des deux drapeaux, français et israélien. Mais c’est en Terre Sainte, qu’ils reposent. On touche là, toutes les ambiguïtés de la double nationalité. On pourrait aussi dire, que c’est une richesse. Dans les années 80, on rétorquait ainsi aux mauvais coucheurs, qui tel Raymond Aron, affirmait que l’on devait qu’avoir une seule nation, qu’une seule allégeance, qu’on pouvait bien aimer et son père et sa mère.

Mais c’est dans le sein de leur mère, que ces enfants reposent. Pourtant il y a en France, des tombes juives, depuis 1500 ans, depuis la fin de l’empire romain. Ces enfants vivaient sur le territoire français, entre leurs familles, la synagogue et l’école confessionnelle, en vase clos. Un communautarisme pacifique, qui vivait sous la menace, d’un communautarisme violent, qui l’explique d’ailleurs en partie. On a moins peur, on risque moins, au milieu des siens. Seul Malek Boutih, l’ancien patron de SOS racisme, a osé dénoncer publiquement, le cancer virulent de l’antisémitisme dans de nombreuses banlieues. Seuls quelques professeurs de ces quartiers ont osé relater ces réflexions d’enfants refusant de se lever pour des juifs, ou exigeant en retour une minute de silence pour des enfants palestiniens. Mohammed Merah, lui, sera enterré en Algérie. Le pays où il n’est pas né et où il n’a pas grandi. Un cinglant démenti à Nicolas Sarkozy, qui affirmait, péremptoire, que cette histoire n’avait rien à voir avec l’immigration. Un cinglant démenti aussi, à tous les défenseurs du droit du sol, qui nous expliquent doctement, qu’on est du pays, où l’on est né. Qu’on est français, à partir du moment, où l’on a une carte d’identité française.

Comme l’analyse Eric Zemmour, l’historien Pierre Nora a coutume de dire que la France n’est pas un terrain vague, mais une histoire, une culture, une terre et des morts, qu’on adopte, qu’on fait sien, en devenant français, en s’assimilant. Si les victimes et l’assassin, se font enterrer ailleurs, on peut légitimement se demander, pourquoi on s’obstine à vouloir faire de cette terrible histoire, une affaire française. Ou alors à l’envers, comme le stigmate douloureux, d’une défrancisation, d’une désafiliation, de notre difficulté croissante à faire une nation, de l’inexorable et inquiétante progression, sur notre belle terre de France, des terrains vagues…

                                                                                                                                     J. D.

31 décembre, 2011

L’éternelle fracture

Classé dans : Europe,Politique,sujets de societe — llanterne @ 11:20

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L’Europe est de nouveau au cœur du débat politique, ce dont on a eu la confirmation, avec le récent discours -début décembre-, de Nicolas Sarkozy, et on peut même dire, que l’on retrouve au-delà du clivage habituel gauche / droite, cette fracture de Maastricht, vieille de dix-neuf ans. « Plus rien ne sera comme avant ». On se souvient, Charles Pasqua le proclamait goulument, le soir du référendum sur Maastricht, en 1992. Mais ni Philippe Séguin, ni Philippe de Villiers, ni Charles Pasqua, ni Jean-Pierre Chevènement, les champions du non d’alors, n’ont jamais réussi à rassembler les républicains des deux rives, « pour faire turbuler le système », pour reprendre deux expressions chères à ce dernier. Jean-Marie Le Pen lui n’a jamais essayé.

Ostracisé par tous les autres, il s’est enfermé dans son donjon. Mais c’est lui qui avait le magot, le peuple. C’est lui qui posait la question, qui intéressait l’électorat populaire, l’immigration, l’insécurité, questions devant lesquelles les autres tournaient pudiquement la tête. A savoir, une équation insoluble qui a fait la fortune successive de Chirac et de Sarkozy, qui ont l’habileté de faire campagne sur des thèmes souverainistes : fracture sociale et sécurité pour le premier, identité nationale pour le second, s’accompagnant de la prudence matoise de gouverner, en se soumettant aux canons européens… C’est parce que la gauche n’a jamais eu ce culot, empêtrée qu’elle est dans ses utopies internationalistes, et par sa répulsion contre-productive pour tout ce qui est national, qu’elle a perdu le peuple et trois présidentielles successives. Les départs successifs des souverainistes de gauche, de Chevènement à Mélenchon, n’ont jamais réussi à détruire la vieille maison, qui est redevenu ce qu’elle était, quand elle s’appelait la S.F.I.O., à savoir un parti d’élus locaux servi par leur clientélisme et leur savoir-faire de notables. Vous connaissez la célèbre formule du cardinal de Retz, ressortie par Mitterrand : « On ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment ». En 2007, Nicolas Sarkozy, en réduisant le grand écart entre Henri Guaino et Alain Minc, avait réconcilié les artisans du oui et du non au référendum sur l’Europe de 2005.

De même, en 2009, la fille de Jacques Delors s’abouchait avec la gauche du non, pour arracher l’appareil du PS à Ségolène Royal. Et voilà que la crise de l’euro, la rigueur imposée par les agences de notation et Berlin, détruisent ce savant travail tactique et projette une lumière crue, sur cette cruelle réalité. Le clivage entre la droite et la gauche n’existe plus. Sarkozy défend la rigueur et Hollande veut donner du sens à la rigueur. Mais si Marine Le Pen a remplacé son père, personne n’a remplacé Séguin et Pasqua, du côté des gaullistes. En dépit des valeureux efforts de Dupont-Aignan, qui y va vraisemblablement, avant tout de sa stratégie personnelle. L’UMP, à part la frange de la droite populaire qui conserve le silence le plus absolu, s’est ralliée à l’intégration européenne sous la férule allemande. Alain Juppé proclame ainsi sa flamme aux Etats-Unis d’Europe, qui l’aurait fait traiter de « cabri » par le général de Gaulle, et de « parti de l’étranger » par Chirac en 1978, depuis sa chambre à coucher de l’hôpital Cochin. A gauche, Montebourg et Mélenchon ont donc remplacé Chevènement, mais ils n’osent pas plus que lui, aborder l’autre question majeure de la mondialisation, à savoir l’immigration, et la maîtrise des flux migratoires.

Le même clivage fondamental est ainsi persistant, depuis Maastricht. La France du haut est plutôt pour l’Europe, la France du bas (ouvriers, employés), est plus que jamais contre. Mais elle est également, plus que jamais majoritaire en voix. Mais aucun de ses porte-voix n’ait parvenu à renverser la table, jusqu’à présent. Ainsi, comme dans cette citation d’Il Gattopardo (Le Guépard), du romancier italien Giuseppe Tomasi di Lampedusa, en vingt ans, « tout a changé, pour que rien ne change »

                                                                                                                                                                      J. D.

27 décembre, 2011

La tentation de la droite populaire

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 6:21

La tentation de la droite populaire dans Politique latern

Le collectif des députés de la droite populaire, soit l’aile droite de l’UMP, a publié récemment des propositions pour 2012. Ils sont quarante-deux députés. Ils proposent notamment la taxation des riches, la fin du collège unique, la lutte contre la fraude et d’autres propositions. Ce qui a été l’occasion pour le Front National de lancer un nouvel appel de pied à ce collectif parlementaire, fondé en juin 2010 par Thierry Mariani et Lionel Luca, tel l’analysait le truculent journaliste au Figaro, Eric Zemmour. Un mouvement qui doit se faire une place entre la droite et l’extrême-droite, sur l’échiquier politique hexagonal.

Au début, on les a moqués, vilipendés, ridiculisés. Et puis la droite populaire a inquiété. Traité de stupidement « populiste », il est vrai qu’elle a aussi été usée juqu’à la corde. Les centristes se sont inquiétés de leur influence, un temps. Les médias ont évoqué avec « des trémolots dans la voix, la droitisation de l’UMP ». Comme si le sort de la République était en jeu… Mais en vérité, la droite populaire tente -et elle en est encore loin-, de revenir à la synthèse politique, qu’avait opéré le RPR, dans les années 80, à savoir un mélange d’autorité et de libéralisme, de patriotisme et d’ouverture sur le monde. Synthèse qui a explosé en décembre 1986, dans les manifestations contre la loi Devaquet. Depuis lors, l’UMP a été formé par les Chiraquiens, sur la soumission des consignes de la bien-pensance médiatique et aux positions des centristes.

Paradoxalement, la droite populaire est une des rares réussites du parti unique de la droite, créé par Alain Juppé en 2002. S’y mêle anciens du RPR et du parti républicain, qui se retrouvent selon des affinités idéologiques et non plus sur des affiliations aux anciens partis. La droite populaire en s’ouvrant aux citoyens, aimerait devenir l’aile conservatrice au sens aglo-saxon du terme, d’un grand parti républicain à l’américaine. Pour la candidature de 2017, au cas où l’UMP aurait des primaires, la droite populaire aurait probablement son candidat, qui affronterait celui des centristes et des libéraux. Alors le peuple de droite trancherait… Mais l’UMP est déjà en équilibre instable, et la droite populaire peut aussi annoncer la destruction du grand parti majoritaire de la droite. Si elle prend trop d’ampleur, trop d’influence, si son ouverture aux citoyens marche trop bien, si les centristes refusent de les cotoyer, alors l’UMP serait morte. Le scénario serait sans doute favorisé par une défaite de Sarkozy en 2012. Et surtout si la gauche introduisait la proportionnelle dans le mode de scrutin aux législatives. Alors une recomposition politique pourrait bien s’engager, qui pourrait bien rassembler, membres de la Droite populaire et membres du Front national.

Une nouvelle alliance, sans doute eurosceptique, anti-mondialisation, qui utiliserait comme arme politique absolue, l’une des propositions-phares de la droite populaire, le référendum d’initiative populaire à la suisse, qui révolutionnerait la vie politique nationale. Déjà le FN appelle la droite populaire à le rejoindre. Mais pour les amis de Marine Le Pen, la droite populaire n’est qu’un nouveau faux-semblant sarkozyen, pour attirer l’électorat populaire et concurrencer le FN sur ses terres, comme en 2007. Dans la réalité des faits, entre le FN et l’UMP, chacun parie que c’est l’autre, qui implosera le premier…

                                                                                                                               J. D.

2 juillet, 2011

Ce séisme du bac S

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 1:55

 Ce séisme du bac S dans Politique latern

Cette affaire de la fraude au bac, dans l’épreuve de maths de la série S, a fait la une de tous les journaux. Luc Châtel s’est voulu rassurant, déclarant que toute la lumière sera faite, que les services spécialisés de la gendarmerie étaient sur la brèche, et rappelant que la fraude est sévèrement punie par la loi. Au total, cinq personnes ont été interpelées et un employé d’imprimerie a été placé en garde à vue. Une affaire qui porte un nouveau coup, à cette institution qu’est le baccalauréat. Cela dit, ce n’est pas la première, ni la dernière fois, la fraude étant consubstantielle aux examens. Mais cette crise-là est aussi le révélateur d’un secret de polichinelle, qu’on s’obstinait à ne pas voir. Est-ce le fait que la fraude a touché l’épreuve reine des maths, dans la section S de l’élite ? Est-ce la légèreté avec laquelle, le ministre a supprimé la partie incriminée ? Est-ce la moyenne abaissée à neuf ? En tout cas, cette affaire de fuite a instauré comme un malaise…

Certains esprits paranoïaques ont même avancé, que le ministère avait provoqué lui-même cette fraude, pour montrer à tous la réalité, pour déciller les yeux des plus aveugles, qui s’obstinaient « à sanctifier ce monument national en péril ». Il est vrai que l’on aura tout vu, avec des consignes d’indulgence écrites, les options facultatives qui se multiplient, des notes gonflées « à l’hélium de l’indulgence », et des mentions bien et très bien, qui finissent par être atteintes dans leur aura. En le créant, Bonaparte ne s’imaginait sûrement pas, que le baccalauréat survivrait aussi longtemps. Surnommé familièrement « bac », et anciennement « bachot », l’épreuve aura connu d’importantes évolutions et franchi plusieurs paliers dans sa diffusion au sein de la population. Il y avait au XIXe siècle suffisamment peu de candidats pour que les professeurs de l’université fassent eux-mêmes passer les épreuves, comme on le voit dans « Le Bachelier » de Jules Vallès. A partir de 1924, le baccalauréat s’ouvre largement aux filles et à partir des années 1930, le lycée public devient gratuit (il était payant auparavant, sauf pour quelques rares boursiers, comme Marcel Pagnol ou Georges Pompidou, par exemple). Mais l’explosion du nombre de bacheliers intervient réellement à partir des années 1960-1970, quand le primaire supérieur est supprimé en 1963, au profit du fameux collège unique (1975).

Le baccalauréat est ainsi passé, en un peu plus d’un siècle et demi d’un diplôme élitiste et bourgeois, à un diplôme de base, indispensable à toute formation et à toute carrière professionnelle. Certes, le baccalauréat reste le premier grade universitaire, ouvrant la voie aux études supérieures. Mais toutes les filières sélectives des préparations aux grandes écoles, ainsi que les BTS et les IUT sélectionnent sur dossier, dès le mois de janvier, soit « six mois avant l’épreuve reine, reine d’un jour »… Ceux qui y croient, s’inscriront en université. La fac, elle seule, n’a pas le droit de trier. Trier, à savoir un mot maudit, qui dit sélection, dit élitisme… Mais pas autant maudit, pour ceux qui s’inscriront en masse, en communication ou en sociologie… Sans oublier les titulaires d’un bac professionnel, qui croient les ingénus, que c’est « bac » qui est important dans l’intitulé de leur diplôme, alors que c’est « pro », hélas. C’est-à-dire qu’ils ont une qualification professionnelle, mais pas les outils théoriques, parfois la simple maîtrise de la langue française, pour suivre un enseignement abstrait… 97 % d’échecs à l’université, pour les étudiants issus des bacs pro. Valérie Pécresse se flatte d’avoir organisé l’autonomie des universités, mais n’a jamais osé imposer la sélection à leur entrée, qui éviterait cette hécatombe. Sarkozy ne l’aurait pas laissé aller jusque là.  

Depuis l’échec de la réforme Devaquet, en 1986, la droite est pétrifiée, et « la gauche entonne le discours démagogique, du bac pour tous, de la fac pour tous, du diplôme pour tous », et tant pis pour le bac, grand rite initiatique national, maintenu comme un comateux en vie artificielle. Personne n’a voulu lui administrer de remède de cheval, pour le sauver. Et personne n’ose désormais le débrancher…

                                                                                                                                          J. D.

                                                                                                                                                                                              

25 juin, 2011

La Fête de la musique : incarnation du « festivisme » contemporain

Classé dans : sujets de societe — llanterne @ 13:46

La Fête de la musique : incarnation du

Ce mardi 21 juin, c’était la trentième édition de la Fête de la Musique, encourageant les musiciens amateurs et professionnels, à se produire bénévolement, à tous les coins de rue, dans les jardins et espaces publics. La fête de la musique, c’est l’expression d’une joyeuse convivialité collective, au travers d’une pratique musicale partagée, consacrée, pour néophytes et amateurs confirmés. Inaugurant la saison estivale, chaque année, l’évènement promeut la pratique de la musique, ouvrant l’accès de répertoires divers à un public large et varié. Mais derrière ce panégyrique, il est vrai, un trentième anniversaire qui est également l’occasion d’établir un bilan et d’apporter son point de vue sur « la fête voulue par tous ».

En 1976, le musicien américain Joël Cohen, travaillant alors pour Radio France-France Musique, propose pour cette antenne des « Saturnales de la Musique » pour le 21 juin et le 21 décembre (lors des deux solstices annuels). Après les élections présidentielles de 1981, l’idée adaptée par Maurice Fleuret et Jack Lang donnera naissance à la première Fête de la Musique. Le 21 juin 1982, c’est la première édition, correspondant à un essai, lançant des appels aux musiciens amateurs, les invitant à se produire en début de soirée, en plein air, dans les jardins ou espaces publics… Et le succès est au rendez-vous, contre toute attente, à Paris et dans plusieurs villes de province. Parallèlement, ce sont les débuts du mitterrandisme, les compagnons de route de l’idéologie anti-raciste des années 80, se réunissant ainsi autour de la musique, à l’image des grands concerts de la Concorde et de la place de la Bastille. Mais outre tout aspect, toute dimension politico-idéologique, la Fête de la Musique se pérennise et en moins de quinze ans, l’idée est reprise à l’étranger, notamment dans les pays voisins. Le nom français « Fête de la musique » est d’ailleurs repris assez souvent, ou sous des appellations littérales traduites, comme « Fiesta de la Musica » (Espagne), ou « Festa della Musica » (Italie), pour les festivités affiliées au programme français.

Depuis son lancement, le succès n’a pas été démenti. Coïncidant avec le premier jour de la saison estivale, c’est l’occasion d’une véritable liesse populaire, tous les ans, sous le slogan homophone « Faites de la musique ». Mais il est vrai que dans son approche, l’évènement consiste également à lâcher dans les rues tous les plus mauvais musiciens de France, le résultat se résumant le plus souvent, à une vaste cacophonie (autant dans sa composition, que de son interprétation). « Tous ces gens qui font prendre l’air à leur guitare », selon la formule piquante de l’humoriste Laurent Gerra. « On écoute un petit peu, c’est très Fête de la Musique ». Mais parfois, on y est aussi un peu contraint. Et lorsque le 21 juin tombe dans la semaine, les riverains ne peuvent assister « à la fête », mais se voient plus ou moins perturbés dans leur sommeil, jusqu’au milieu de la nuit, voire jusqu’à l’aube, suivant la proximité avec les lieux des festivités…

A défaut d’une abrogation pure et simple ou de limite, certains ont préconisé de choisir, par exemple, le 1er samedi des mois de juin ou de juillet, plutôt que la date fixe du 21 juin. D’ailleurs, il est curieux que notre peuple présenté comme frondeur se plie sans broncher, à ce calendrier. Comme la démonstration la plus probante des travers de notre époque, où le « festivisme » fait loi, « où le risible a fusionné avec le sérieux », comme l’a dépeint feu Philippe Muray, à travers cette image allégorique de l’« homo festivus »A Paris, mais aussi dans toutes les grandes villes de province (Lyon, Bordeaux, Marseille) et nombre de villes moyennes, la Fête de la Musique a pu s’apparenter, ces dernières années, à une vaste kermesse populaire à ciel ouvert, où la musique n’apparaissait plus nécessairement comme l’élément central. Au travers de toute la France, par son ampleur et par le fait qu’il expose un public large et varié (composé de badauds et riverains de tous âges), à des risques particuliers, l’évènement nécessite la mobilisation de moyens bien plus importants, que ceux utilisés habituellement pour ce type de manifestations (police nationale, gendarmerie, samu, secteur associatif). Ce qui a pu faire fuir nombre de spectateurs, voire des musiciens, ces dernières années, préférant l’organisation plus convenue des festivals et cafés-concerts, nuisant fortement à la réputation de « la fête voulue par tous »

Pour conclure sur cette note corrosive d’Alain-Gérard Slama, il est vrai « ce jour, quand j’entends de la cacophonie organisée dans les rues, je me dis que les musiciens méritent le traitement qu’ils s’infligent, mais pas celui qu’ils infligent aux autres ». On nous parle de remède contre la sinistrose. Mais en l’occurence, pour reprendre cette tirade d’Eric Naulleau, et cloturer crûment le débat : « Moi, j’aurai plutôt la nostalgie du silence… ».

                                                                                                                                                                              J. D.

14 juin, 2011

Roselyne Bachelot et l’exemple suédois

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 11:41

 Roselyne Bachelot et l'exemple suédois dans Politique latern

La semaine dernière, un rapport commandé à l’Inspection Générale des Affaires Sociales a été remis, à Roselyne Bachelot (Ministre des Cohésions Sociales et de la Solidarité). L’IGAS préconise l’évolution de la législation actuelle vers « un congé d’accueil de l’enfant » en bas âge, de deux mois au total, réparti à parts égales, entre la mère et le père. Le partage inégal des tâches domestiques alimenterait toujours l’inégalité professionnelle, entre les hommes et les femmes. C’est une des principales conclusions de ce rapport, l’objectif étant de tendre à plus d’équité, en la matière.

Roselyne Bachelot veille sur nos moeurs, sur nos mentalités. S’inspirant déjà de l’exemple suédois, elle se promettait de pénaliser les client(e)s des prostituées, il y a quelques temps. Elle s’attaque maintenant, à une réforme du congé parental. Mais les enfants dans tout cela, direz-vous ? Tous les pédo-psychiatres vous expliquent, que les enfants jusqu’à l’âge de six ans, ont surtout besoin de leur mère, rien que de leur mère, encore et toujours de leur mère. C’est sans doute pour cela, que ce rapport entend réduire le congé parental de trois ans à un an seulement. Il ne faudrait pas, que les mères ne se la coulent douce et ne retournent au boulot, darre darre. Le célèbre pédiatre Aldo Naouri a toujours expliqué, que le père n’est pas et ne peut-être une deuxième mère. Il est certain, qu’un père ne peut pas se lever la nuit, pour donner le sein à son enfant… Mais surtout, il occupe un rôle spécifique de séparation entre la mère et l’enfant, intervenant plus tard et qui ne fonctionne pas bien, si ce-dernier s’interfère trop tôt. 

Une femme devient mère en mettant un enfant au monde. Son rôle, sa place et sa fonction découlent également de ce fait biologique, et sont intimement liés entre eux. Les relations parentales sont fortement éclairées d’une autre manière, par le discours psychanalytique, autour des places respectives de la mère et du père. Surtout à une époque, où le modèle familial et parental traditionnel est plongé dans une crise profonde, les symptômes étant nombreux. Mais sous ce discours d’égalité, ce « congé d’accueil de l’enfant » s’inspirant du modèle suédois, relève surtout d’udiscours d’égalité, qui tourne à l’indifférenciation. C’est la théorie du genre née sur les campus anglo-saxons, dans les années 60, qui n’a cessé de faire son chemin depuis. Le sexe n’est qu’une construction culturelle et non naturelle. « L’homme est une femme comme les autres »On choisirait ainsi sa sexualité, « comme des fruits au marché »

Notre Ministre des Cohésions Sociales et de la Solidarité reste ainsi très active, nous sortant régulièrement, une nouvelle idée de son chapeau. Mais Mme Bachelot pourra en débattre avec le très catholique François Fillon, à qui elle doit son maintien dans le gouvernement, et aux électeurs de Nicolas Sarkozy, qui ne savaient pas qu’en votant pour lui en 2007, ils optaient en matière de moeurs, pour le modèle de la social-démocratie suédoise…

                                                                                                                            J. D.

 

10 juin, 2011

Le débat sur la double nationalité

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 2:13

Le débat sur la double nationalité  dans Politique latern

Henri Guaino a considéré récemment, que la question de la double nationalité méritait d’être débattue. La stratégie est toujours la même, au sein de la majorité, et Claude Gloasguen -député UMP-, a été placé à la tête d’une mission d’information, le nombre de personnes concernées en France étant estimé à entre quatre à cinq millions. Mais outre toute dimension tactico-politicienne, visant à s’attirer les voix du Front national, il est vrai toutefois que le sujet n’est pas vide, ni abscons et que le débat pourrait être soulevé.

Dans le passé, la question de la double nationalité a pu se poser, par exemple au sujet des Alsaciens, au lendemain du traité de Versailles. Mais dans la seconde moitié du XXe siècle, la France a toujours toléré la double nationalité. L’Allemagne, elle, refuse. On est soit allemand ou turc. Il est vrai qu’en France, on nous a longtemps expliqué, que l’on pouvait aimer à la fois, son père et sa mère. On a avancé, que c’était un facteur également de rayonnement de la culture française. Mais il est vrai aussi que l’on a vite déchanté, la fameuse double culture s’étant rapidement transformée en vide culturel et identitaire. Aussi bien par l’échec récurrent du modèle d’intégration, devenu trop peu exigeant, que par l’abandon de nombreux critères traditionnels d’assimilation, dans l’enseignement et ailleurs.

De nos jours, un sport populaire comme le football est particulièrement révélateur du malaise, à l’aune du récent scandale autour des joueurs bi-nationaux. Dans un entretien accordé à Anne Sinclair, dans les années 90, le Roi Hassan II déclara que les Marocains vivant en France ne se sentiront jamais français, laissant la célèbre journaliste pantoise. D’ailleurs, le Maroc interdit à ses citoyens d’abandonner la citoyenneté marocaine. Mais l’intégration n’est pas qu’un vain mot, et revêt indéniablement son importance. La hantise de la double allégeance revient parfois, avec ses problématiques inhérentes. Et les classes populaires les rejettent, car comme disait Jaurès : « La nation est le seul bien des pauvres ».  

Dans une ré-appropriation sémantique par la droite, l’assimilation n’est plus un mot tabou, Guaino l’utilise avec vigueur. Or, assimiler signifie devenir le même. Et après tout, il est vrai que la mère-nation peut exiger, que ses enfants choisissent parfois à la majorité. Comme dans un divorce, sans garde partagée et qui amènerait l’enfant à prendre parti et à choisir. C’est aussi un point de vue. « C’est avec le père ou avec la mère, avec moi ou contre moi… ».  

                                                                                                                                                          J. D.

30 mai, 2011

Ras-le-bol à Puerta del sol

Classé dans : Europe,Politique,sujets de societe — llanterne @ 17:14

Ras-le-bol à Puerta del sol dans Europe latern

Lancé le 15 mai dernier, à Madrid et dans plusieurs villes espagnoles (Barcelone, Grenade, Valence…), ce mouvement des indignés, « los indignados », a démarré à la veille des élections municipales du 22. En Espagne, la place Puerta del Sol, à Madrid, est devenue un foyer symbolique de la contestation. Les manifestants forment un groupe ambigu et hétérogène d’étudiants, de chômeurs, de retraités, voire de familles parfois, souhaitant exprimer leur ras-le-bol, à une classe politique espagnole corrompue, qu’ils jugent coupés de leurs réalités.

Depuis le 15 mai, « los indignados » occupent ainsi la fameuse place Puerta del Sol, comme d’autres occupaient la place Tahir, au Caire, il y a quelques mois. Un mouvement qui est partiellement activé par les réseaux sociaux également, à l’initiative de Démocracia Réal ! -Une vraie démocratie vraiment !-, ayant obtenu l’appui de plus de 200 petites associations. Ces manifestations sont le fruit d’une lassitude exprimée, à l’égard du bipartisme en vigueur en Espagne, où les deux grands partis majoritaires alternent successivement au pouvoir, à savoir le Parti Populaire (PP), et le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE), de Zapatero. Campant sous des tentes et des bâches bleues, des centaines de manifestants restent mobilisés sur la célèbre place madrilène (km zéro de la ville) et le théâtre de nombre d’évènements historiques, de la rébellion du dos de mayo (2 mai 1808), immortalisée par la célèbre toile de Goya, en passant par la proclamation de la IIe République par Primo de Rivera, jusqu’aux manifestations pour la liberté d’expression de l’après-franquisme.

Le jeune premier ministre espagnol, José-Luis Zapatero, élu démocratiquement en mai 2004, a annoncé sa retraite politique, à la fin de son second mandat. Il avait déclaré s’attendre sans surprise à une défaite de son parti, aux élections municipales. Ajoutant par ailleurs, qu’il comprenait parfaitement les motivations de ce mouvement, et que s’il avait vingt-cinq ans aujourd’hui, il manifesterait sûrement avec les jeunes dans la rue. On ne peut faire plus compréhensif, habile, politicien et démagogue aussi. Ce qui tue tout romantisme révolutionnaire dans l’oeuf, qui a toujours besoin de bouc-émissaire, voire d’un tyran et de la répression. Si ce n’est quelques débordements, comme à Barcelone où la Guardia Civil a dispersé des centaines de manifestants, on ne constate rien de tout cela à Madrid et dans d’autres villes espagnoles. On laisse les manifestants aller et venir, s’exprimer librement. On touche aussi à la problématique d’un pouvoir contesté, mais qui est démocratiquement issu du peuple. Les jeunes espagnols rêvent de révolution, mais sans Ben Ali ou Moubarak à chasser.

Soit une révolution introuvable, une révolution de la parole, qui ne peut ainsi déboucher sur rien, comme l’avait diagnostiqué Raymond Aron, en son temps, au sujet des évènements de mai 68. A la différence près, que l’Espagne se trouve dans une situation économique et sociale très difficile, qui est le contrecoup de l’explosion de la bulle immobilière, à la source de cette croissance bienfaisante mais artificielle, depuis une décennie. Le phénomène touche spécifiquement les jeunes espagnols, qui ont l’impression fondée, qu’ils auront moins de chance que leurs parents. Vient s’ajouter ce plan de rigueur adopté, coupant drastiquement dans les dépenses sociales. Et les jeunes espagnols se disent que droite et gauche ne changeront rien à tout cela, dans l’immédiat. « Puisqu’au dessus du pouvoir politique, du clivage droite / gauche, au-dessus du peuple même, soit disant souverain, il y a ces marchés qui imposent leurs lois rigoristes, au nom de l’argent qu’ils prêtent ou ne prêtent pas », comme l’analysait Eric Zemmour. Ces marchés anonymes, lointains, insaisissables, l’argent étant « un monarque volatile et désinvolte, qui joue à saute-mouton avec les frontières ».

Il n’y a plus de Roi à embastiller et à guillotiner, plus de deux cent familles à identifier et chasser, de fortunes à saisir et confisquer. C’est la problématique de la démocratie moderne, surtout dans un pays comme l’Espagne, qui en a été privée durant si longtemps, et qui a été vécue comme un cadeau par leurs aînés, après la guerre civile, la dictature et le franquisme. On considère presque l’alternance, comme un jeu de dupe. Le phénomène s’est même étendu par effet de contagion, au Portugal voisin, avec quelques manifestations à Lisbonne, les plus importantes depuis la révolution des oeillets. Le gouvernement socialiste de José Socrates a d’ailleurs démissionné le 23 mars dernier. En Grèce, l’agitation est importante également. La semaine dernière, c’était jour de grève à Athènes, accompagné de manifestations contre les mesures d’austérité, et les privatisations décidées par le gouvernement. Plus personne ne croit sur les marchés à la capacité de la Grèce de rembourser sa dette, avec des taux plafonnant à 25 %. Un plan de restructuration de la dette grecque a été proposé récemment, et tout le pays est contraint de se serrer la ceinture.  

Les mouvements de contestation gagnent ainsi nombre de pays européens, s’en prenant aux gouvernements en place, en Espagne, au Portugal, en Grèce, et même en Italie où Berlusconi risque de perdre les prochaines municipales. Mais comme l’a analysé le philosophe Maxence Hecquart, la démocratie moderne – qui est après tout, une construction législative et intellectuelle encore récente -, paraît de plus en plus fondée sur des relations matérielles comparables à des contrats commerciaux, par la communication et un certain « mercantilisme » politique. Ce régime ne donne plus l’impression, d’être à proportion humaine, les gouvernants paraissant coupés plus que jamais de la masse et les gouvernés raisonnant au rythme des images, avec leur part d’illusion.

La démocratie est une religion absolutiste, en rupture avec un ordre ancien, amenant à aller toujours vers plus de démocratie (directe, participative…). Mais ce qui se révèle être, hélas, qu’un miroir aux alouettes, dans des sociétés où le politique a rétrocédé nombre de ses prérogatives…

                                                                                                                                                              J. D.

28 mai, 2011

Les soutiens inattendus de DSK

Classé dans : Politique,sujets de societe — llanterne @ 8:22

Les soutiens inattendus de DSK dans Politique latern

Cette affaire DSK n’en finit de mettre en émoi. Quelques personnalités -parfois des proches de l’accusé atteints par les échos de cette affaire lointaine- ont pris parti, se disant scandalisés par le traitement, qui lui a été réservé. Dans la sphère politico-médiatique, les réactions ont été ainsi nombreuses et parfois inattendues, à savoir souvent des marques d’indignation, voire des appels à la retenue adressés au président de la République même, de Robert Badinter à BHL, en passant par Jean-François Kahn ou Jean-Pierre Chevènement.

Il est vrai, la gauche française est émouvante dans cette affaire. Elle est prête à tout pour défendre l’un des siens, jusqu’à en piétiner, tous les principes qu’elle défend la main sur le coeur. Imaginons un autre instant, un Nicolas Sarkozy ou voire Jean-Marie Le Pen, impliqué dans un scandale similaire… Ce qui pourrait être objet à de multiples et diverses interprétations. Fort heureusement, DSK échappe à ses procès dans le procès. Mais le positionnement de certains de ses défenseurs ne manque parfois pas de cachet, ni de piquant. A commencer par les déclarations de Jack Lang, qui s’est fait le chantre d’un féminisme militant ou de la dignité féminine, durant des années. Ou encore le grand juriste Robert Badinter, qui a pourtant longtemps vanté avec des trémolots dans la voix, les mérites du système accusatoire américain, où l’avocat a autant de droit que le procureur et l’accusé a des droits imprescriptibles. Mais qui retrouve maintenant des vertus à la justice française, après en avoir longtemps dénigré les archaïsmes inégalitaires, hérités du code Napoléon…

Aux Etats-Unis, c’est le parquet qui instruit à charge et c’est la défense qui doit elle, assurer les recherches pour la décharge de l’accusé. Chez nous, c’est en principe un juge d’instruction, qui instruit à décharge. Cela dit, notre procédure est sans doute préférable, bien qu’imparfaite, car moins brutale. Mais les Américains mettent ainsi en oeuvre leur habituelle procédure judiciaire. En France, nous avons la présomption d’innocence, il est vrai. Auquel vient s’ajouter la loi d’Elisabeth Guigou, votée en 2000. Même si l’application en est parfois discutable. Alain Carignon ou Loïk Le Floch-Prigent ont bien été offerts en pâture aux journalistes, en leurs temps, et Michel Roussin a bien été arrêté à la sortie de son ministère. Tandis qu’Eric Woerth aura bénéficié de la présomption d’innocence… Mais outre les dessous politiques dans le traitement de certaines affaires, il est vrai sinon, que l’on peut ressentir une légitime compassion pour un destin brisé, son entourage, sa famille, ses proches. Notre narcissisme hexagonal peut également en ressortir chatouillé.

Mais certains avocats / défenseurs de principe de DSK, desservent plus la cause qu’ils prétendent servir, démontrant surtout un réflexe de caste arrogante. La même erreur a d’ailleurs été commise, dans d’autres affaires de moeurs, comme avec Frédéric Mitterrand ou avec le réalisateur international, Roman Polanski. Ce sont d’ailleurs les mêmes, le plus souvent. Mais alors, il est vrai que l’on est en droit de se demander, si Dominique Strauss-Kahn a-t-il vraiment besoin de soutiens si frangibles dans cette affaire ?

                                                                                                                                                         J. D.

 

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