Un commentaire après l’intervention du Raid et la mort de Mohammed Merha, mais aussi après les obsèques des victimes, pour l’essentiel à l’étranger. La police française aura fait preuve d’efficacité, en tout cas. En quelques jours, le meurtrier a été démasqué, localisé, assiégé, puis neutralisé. Les fichiers informatisés, que condamne la gauche au nom des libertés individuelles, se seront avérés diablement utiles, dans la conclusion de cette enquête, et de son impitoyable mais inéluctable issue. Mais cependant, il s’avère que le terroriste n’est pas forcément le portrait-robot, dont certains avaient rêvé.
Dès le début de la semaine, les grands prêtres de la religion anti-raciste, de SOS Racisme, en passant par la Licra avaient dénoncé la libération d’une forme de populisme. Les tenants de la gauche caviar, de BHL à Julien Dray, s’en sont donnés à coeur joie, en passant même par le centriste François Bayrou, s’étant laissé aller, à une déclaration dans la presse, y dénonçant « ceux qui montrent du doigt, les uns et les autres ». Bref, Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy étaient les coupables tous désignés. Comme le soulignait Eric Zemmour, dans sa dernière chronique matinale, sur RTL, nos maîtres-censeurs avaient voulu nous refaire le coup de la rue Copernic, en 1980, de la rue des Rosiers en 1982. « Pas d’amalgame s’exclame désormais les mêmes, pourtant passé roi incontesté de l’amalgame ». Bien-sûr comme l’ont rappelé de Marine Le Pen à François Hollande, « pas d’amalgame » avec les musulmans français, nos compatriotes, qui ne sont évidemment pas complices de ce criminel. Il n’y a aucunement besoin de le préciser. Même si l’amalgame peut être fait rapidement, si l’on ne fait pas bien la distinction, la différence entre la pratique culturelle, liée à une origine familiale, d’un Islam modéré, et islamisme.
Mais cependant, il est vrai, le parcours de Mohammed Merha est emblématique, jusqu’à la caricature « heureusement encore rare », de la pente tragique, que suit ponctuellement notre société multiculturelle, dans ses dérapages. Cette affaire n’étant de surcroît, pas sans rappeler la sinistre et meurtrière cavale de Khaled Kelkal, terroriste présumé tombé sous les balles de la gendarmerie, en 1995. Tout justement ce que l’on pouvait dire, sans discrimination, scandale ni condamnation. Il est certain, que les liens entre délinquance et intégration, mais aussi entre une certaine forme de délinquance et les sirènes du terrorisme islamiste sont identifiables. Les armes de guerre en vente libre dans certaines banlieues de grandes villes ou de villes moyennes, la prison qui relâche les multirécidivistes trop vite, mais qui est devenu le lieu privilégié de l’endoctrinement islamiste, le rôle ambigu de certaines familles, ainsi que l’incroyable légèreté de « la politique de la ville », qui subventionne généreusement certaines associations dont personne ne sait rien, sans aucun contrôle coercitif. On peut et on doit s’interroger également, sur les conséquences d’une vision angélique de notre société, de notre modèle d’intégration et les aléas d’une immigration notamment extra-européenne, insuffisamment régulée, depuis les années 1970 et un droit du sol qui fabrique parfois des citoyens français, qui à défaut d’assimilation (et par des échecs personnels, parfois certes induits par notre société), ne rêvent plus parfois, que de mettre leur propre pays à genoux !
Par ailleurs, les responsables religieux de l’Islam, ne pourront se contenter de dénoncer d’avance, toute stigmatisation ou encore de jouer d’une complicité affichée aux curieux accents communautaristes, avec les responsables religieux du judaïsme, pour interdire toute réflexion sur leurs textes sacrés. Où se côtoient appel à la paix et appel à la guerre, homélie fraternelle avec les gens du livre, mais aussi, excommunication violente des infidèles, à commencer par les juifs et les chrétiens… Le salafisme, branche fondamentaliste de l’Islam - allié des Etats-Unis et de l’Occident -, se répand ainsi dans certaines de nos banlieues de grandes villes, comme un traînée de poudre. Et son soit-disant djihad n’est pas seulement un effort spirituel sur soi, mais une volonté de répandre la terreur chez les « supposés » mécréants (au premier rang de ses quo-relégionnaires), terreur assumée et revendiquée. Mais cette affaire bien que relevant du fait divers – inimaginable et impensable - n’est pas sans soulever de nombreuses problématiques, qu’il conviendrait de développer, à commencer par notre rapport à la nation, mais aussi au lien social, au civisme. Sans oublier le rapport à la laïcité, l’échec ponctuel (l’essentiel des immigrés, descendants d’immigrés à la 2e ou 3e génération suivant les terminologies de Michèle Tribalat présentant une intégration indéniable et remarquable), mais parfois cruellement constatable de notre politique d’assimilation. Ce qui recoupe la problématique du rapport à la citoyenneté.
Dans un ouvrage au titre évocateur, « La France va-t-elle disparaître », paru en 1996, l’essayiste Jean-Claude Barreau s’attachait au travers de ce pamphlet courageux et politiquement incorrect, à défendre « la France qui ignore les ethnies et apaise les religions, la France qui rayonne culturellement, inventive et ouverte aux autres ». Mais un modèle brillant, qui s’avère menacé de toutes parts, de l’intérieur comme de l’extérieur. Serait-ce la confusion des sentiments, se greffant sur une immigration incontrôlée (le regroupement familial méritant peut-être d’être débattu dans l’application absolue de son principe et partiellement remis en cause), servie par la tentation du tout-économique, la passion désincarnée de l’Europe, dans notre nation minée de surcroît par le relativisme abscons de nos élites ? Parler de la « France éternelle », comme disait de Gaulle, ne saurait être qu’une figure de style. Comme toute organisation humaine, la France est mortelle. Elle peut durer longtemps, car les nations sont millénaires. Mais elle peut aussi disparaître, si les différents facteurs qui la firent naître, la font mourir. Car au-delà de cette affaire sordide, le réel danger pour la cohésion sociale, reste indubitablement le communautarisme. Car ce-dernier, d’ailleurs relayé sans analyse aucune par les médias, s’avère bel et bien une menace concrète à sa survie, sur le moyen-long terme.
Les anthropologues nous ont d’eux-même enseignés avec moins d’humour, mais plus de science, on appartient à la terre où on est enterré. Si l’on suit cette loi de nos bons maîtres, il n’y a dans cette histoire, qu’un seul Français, le malheureux Abel Chenous, soldat d’origine kabyle et de religion catholique, enterré à Montauban. « Un musulman d’apparence », comme l’a dit avec une rare maladresse, Nicolas Sarkozy, oubliant ou ignorant, que sur la terre d’Algérie, on fut chrétien et juif, avant d’être musulman. Les autres victimes ont été enterrées au Maroc et en Israël. Les pauvres enfants martyrs furent accompagnés par notre ministre des affaires étrangères, Alain Juppé, qui y fit fort digne figure, devant les cercueils recouverts des deux drapeaux, français et israélien. Mais c’est en Terre Sainte, qu’ils reposent. On touche là, toutes les ambiguïtés de la double nationalité. On pourrait aussi dire, que c’est une richesse. Dans les années 80, on rétorquait ainsi aux mauvais coucheurs, qui tel Raymond Aron, affirmait que l’on devait qu’avoir une seule nation, qu’une seule allégeance, qu’on pouvait bien aimer et son père et sa mère.
Mais c’est dans le sein de leur mère, que ces enfants reposent. Pourtant il y a en France, des tombes juives, depuis 1500 ans, depuis la fin de l’empire romain. Ces enfants vivaient sur le territoire français, entre leurs familles, la synagogue et l’école confessionnelle, en vase clos. Un communautarisme pacifique, qui vivait sous la menace, d’un communautarisme violent, qui l’explique d’ailleurs en partie. On a moins peur, on risque moins, au milieu des siens. Seul Malek Boutih, l’ancien patron de SOS racisme, a osé dénoncer publiquement, le cancer virulent de l’antisémitisme dans de nombreuses banlieues. Seuls quelques professeurs de ces quartiers ont osé relater ces réflexions d’enfants refusant de se lever pour des juifs, ou exigeant en retour une minute de silence pour des enfants palestiniens. Mohammed Merah, lui, sera enterré en Algérie. Le pays où il n’est pas né et où il n’a pas grandi. Un cinglant démenti à Nicolas Sarkozy, qui affirmait, péremptoire, que cette histoire n’avait rien à voir avec l’immigration. Un cinglant démenti aussi, à tous les défenseurs du droit du sol, qui nous expliquent doctement, qu’on est du pays, où l’on est né. Qu’on est français, à partir du moment, où l’on a une carte d’identité française.
Comme l’analyse Eric Zemmour, l’historien Pierre Nora a coutume de dire que la France n’est pas un terrain vague, mais une histoire, une culture, une terre et des morts, qu’on adopte, qu’on fait sien, en devenant français, en s’assimilant. Si les victimes et l’assassin, se font enterrer ailleurs (sans exception, de surcroît), on peut légitimement se demander, pourquoi on s’obstine à vouloir faire de cette terrible histoire, une affaire française. Ou alors à l’envers, comme le stigmate douloureux, d’une défrancisation, d’une désafiliation, de notre difficulté croissante à faire une nation, de l’inexorable et inquiétante progression, sur notre belle terre de France, des terrains vagues…
J. D.